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Les lectures de Territoires
 
Les fiches de lecture en ligne depuis janvier 2004,
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International
Environnement, culture santé
Minorités, discriminations, interculturel
Démocratie locale, initiatives locales
Décentralisation, collectivités locales
Justice, médiation, sécurité
Politique, social
 
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économie, développement local   international

Le livre noir de la RGPP, Collectif, 2011, 136 pages, disponible en PDF sur www.force-ouvriere.fr
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Remue-ménage dans la sous-traitance, Un DVD de Ivora Cusack, 70 minutes, Collectif 360° et même plus, 2008, 10 €
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Une monnaie nationale complémentaire, Philippe Deruder et André-Jacques Holbecq, Yves Michel 2011, 180 pages, 12 €
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Le temps des grâces, Dominique Marchais, 2011, DVD de 2 h 03, Capricci (www.capricci.fr), 16 €
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La France surendettée ?, Hervé Morel, Les petits matins, 2011, 224 pages, 16 €
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Services en milieu rural : nouvelles attentes, nouvelles réponses, Coordonné par Jean-Claude Bontron, Odile Plan, Jean-François Ayats et Maurice Guéneau, Pour, revue du Groupe de recherche pour l’éducation et la prospective (Grep), n° 208, janvier 2011, 20 €
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Adieu à la croissance. Bien vivre dans un monde solidaire, Jean Gadrey, éditions Alternatives économiques, 192 pages, 15 €, Voir aussi le blog de l’auteur : www.alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey
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Indices, Documentaire de Vincent Glenn, 2010, 81 mn, en salles le 2 mars, disponible en DVD  à cooperative@d-h-r.org  dans quelques mois
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Solutions locales pour un désordre global, Un film de Coline Serreau, DVD de 113 min, éditions Montparnasse, 2010, 20€
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La tôle et la peau, Documentaire de Claude Hirsch, Lieux fictifs éditions, 2010, DVD de 52 minutes. www.lieuxfictifs.org, 12 €
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La formation et l'accompagnement au service de la création et de la reprise d'entreprises, Pour, revue du Groupe de recherche pour l’éducation et la prospective (www.grep.fr) n° 204, 2010, coordonné par Nelly Schutz-Stephan et Joseph Gautier, ? pages, 20 €
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Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent, Patrick Criqui, Benoît Faraco, Julien Damon et Michel Micheau, L’Aube, 2010, 240 pages, 20€
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Total impunité – Les dessous d’une multinationale au dessus de tout soupçon, Jean-Philippe Demont-Pierot, Respublica éditeur, 2010, 260 pages, 18,9€
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Les associations face aux mutations du monde rural, revue Pour, Groupe de recherche pour l’éducation et la prospective (www.grep.fr), n° 201, coordonné par Jean-François Ayats, Sophie Rouault, Serge Cordellier, Jacqueline Mengin et Christophe Jamet, octobre 2009, 176 pages, 20€
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Petit dictionnaire des mots de la crise, de Philippe Frémeaux illustré par Gérard Mathieu, éditions Les petits matins / Alternatives économiques, 2009, 140 pages, 12€
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Notre usine est un roman, Sylvain Rossignol, La Découverte poche, 2009, 12 €
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Nauru, l’île dévastée, Comment la civilisation capitaliste a anéanti le pays le plus riche du monde, La Découverte, 2009, 152 pages, 12 €
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Ma mondialisation, de Gilles Perret, Mécanos production et La vaka, distribué par Les films du paradoxe, DVD 19,5 €
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La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale, Pierre Dardot et Christian Laval, La Découverte, 2009, 504 pages, 26 €
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Monnaies régionales, de nouvelles voies vers une prospérité durable, Bernard Lietaer et Margrit Kennedy, éditions Charles-Léopold Mayer, 2008, 20 €
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Essai sur l'oeconomie, Pierre Calame, éditions Charles-Léopold Mayer, 2009, 588 pages 25 €
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Pour sauver la planète, sortez du capitalisme, Hervé Kempf, Seuil, 2009, 160 pages, 14 €
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Bonheur national brut, film de Sandra Blondel et Pascal Hennequin, Fokus 21, 2009, 68 minutes, 20€
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Comment démarrer en mutualisation, ouvrage collectif de l’AMI (Ateliers mutualisés pour un usage social de l’information), 2008, 129 pages, 12 €
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La folie des hauteurs. Pourquoi s’obstiner à construire des tours ?, Thierry Paquot, Bourin éditeur, 240 pages, 2008, 19€
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La République et ses territoires, la circulation invisible des richesses,
Laurent Davezies, Le Seuil, La République des idées, 2008, 96 pages, 10,50 €
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L’argent caché de l’Élysée,
René Dosière, Le Seuil, 2007, 178 pages, 17
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Les banques coopératives en France, le défi de la performance et de la solidarité,
Patrick Gianfaldoni, Nadine Richez-Battesti, L’Harmattan, 2006, 294 pages, 25
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Le bizness, une économie souterraine,
Nasser Tafferant, Presses universitaires de France, 2007, 180 pages, 22
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La concertation dans les projets de pôles d’échange,
Cértu, 2006, 44 pages, 20 €
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Antimanuel d’économie, tome 2 Les cigales
, Bernard Maris, 2006, éditions Bréal, 384 pages, 21 €
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La consommation citoyenne
, hors-série d’Alternatives économiques, 2006, 175 pages, 9,5 €
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Le don, une solution ?
, Ritimo, Cap Humanitaire et Peuples solidaires, 2006, 96 pages, 6 €
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Dictionnaire de l’autre économie
, sous la direction de Jean-louis Laville et Antonio David Cattani, édition mise à jour et augmentée, Folio, 2006, 720 pages, 10,9 €
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Guide de la consommation responsable et solidaire en Paca
, Apéas, 2005, 114 pages, 8 €
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Acteurs et initiatives solidaires. 1er annuaire de la Haute Vallée de l’Aude
Base Sud Audois, 2005, 5€
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Évolution de l’accueil du jeune enfant.
La valeur ajoutée de l’économie sociale et solidaire, recueil d’expériences
Chambres régionales de l’économie sociale Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes, 2004, 190 pages, 10 €
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Comment s’éduquer à une économie plus solidaire ?
Mouvement pour le développement solidaire (MDS), 2005, 48 pages, 4 € port compris Lire la fiche

Alter-éco… économie plurielle et travail social
coordonné par Évelyne Piednoir, Le Sociographe n° 16, janvier 2005, 125 pages, 10 € Lire la fiche

Catalogue des exposants du 3e Forum régional pour l'économie sociale et solidaire (3 - 4 octobre 2003)
édité par l’Adepés (Agence pour le développement et la promotion de l'économie solidaire en Midi-Pyrénées), 2003, 8,48 € (frais de port compris)
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Du Larzac à Bruxelles, José Bové, entretiens avec Jean Quatremer, Le Cherche Midi, 2011, 170 pages, 13,5
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Yves Lacoste – La géopolitique et le géographe,Entretiens avec Pascal Lorot, Choiseul éditions, 2010, 270 pages, 20€
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Agathe,Christophe Vadon et Pat Masioni, tome 1 : Agent S.I., tome 2 : Chargée de mission C.I., Grad 2011, 48 pages, 13,5 €
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Guidebook to Direct Democracy,Bruno Kaufmann, Rolf Büchi, Nadja Braun, Initiative and Referendum Institute Europe, 2010, 275 pages, www.iri-europe.org (lecture en ligne, téléchargeable, ou sur commande 20 € pour l’édition papier)
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Les migrations subsahariennes,Revue Hommes et Migrations Juillet - octobre 2010, coordonné par Patrick Gonin, 319 pages, 10 €
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Révolutionnaires du nouveau monde,Michel Cordillot, édition Lux, 216 pages, 12,35€
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Les députés européens et leur rôle,Julien Navarro, éditions de l´Université de Bruxelles, 2009, 296 pages, 25€
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Reconstruire l’Afrique,Ousmane Sy, éditions Charles Léopold Meyer, avec les éditions Jamana et l’institut de recherche et débat sur la gouvernance (IRG), 2010, 220 pages, 19€
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France, Europe : quels regards sur la jeunesse ?,Les Cahiers de Profession Banlieue, 2010, 166 p, 13,5 €
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Une tombe au creux des nuages – Essais sur l'Europe d'hier et d'aujourd'hui, Jorge Semprún, Flammarion, collection Climats, 2010, 328 pages, 19 €
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Torturer made in USA, Marie-Monique Robin
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Viva Favela ! Quand les démunis prennent leur destin en main, Joaquim Melo , avec Elodie Becu et Carlos de Freitas, éditions Michel Lafon, 2009, 284 pages, 17,95 €
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Comprendre le monde. Introduction à l’analyse des systèmes-monde,Immanuel Wallerstein, La Découverte Poche, 2009, 173 pages, 8 €
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Repères pour un développement humain et solidaire,Paul Houée, éditions de l’Atelier et éditions ouvrières, 2009, 254 pages, 22€
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Dieu n'est pas un paysan, Mamadou Cissokho, Présence africaine / Grad, 2009, 296 pages348 pages, 20 €
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Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy, sous la direction de Adame Ba Konaré, La Découverte, 2008, 348 pages, 22 €
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Acteurs et territoires du Sahel. Rôle des mises en relation dans la recomposition des territoires, Abdoul Hameth Ba, ENS éditions, 2007, 16 €
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Manuel de l’antitourisme, Rodolphe Christin, éditions Yago, 2008, 126 pages, 15€
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Africa Trek 1, 14 000 kilomètres dans les pas de l'Homme, du Cap au Kilimandjaro et Africa Trek 2, 14 000 kilomètres dans les pas de l'Homme, du Kilimandjaro au lac de Tibériade, Sonia et Alexandre Poussin, 571 et 762 pages, Pocket, 2007, 7,7 € chacun
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Comment la France a perdu l’Afrique, Antoine Glaser et Stephen Smith, Hachette Littératures Pluriel actuel, 2006, 280 pages, 8,40€
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Participations citadines et action publique : Dakar, Rabat, Cotonou, Tunis, Jérusalem, Sanaa, sous la direction d'Olivier Legros, coédition Adels/Yves Michel, 2008, 209 pages 22€
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Altermondialiste, moi ?, nouvelle édition augmentée, Ritimo, Artisans du monde et Crid, 2008, 108 pages, 6€
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Ingrid, Sergio Coronado, Fayard, 2008, 284 pages, 18 €
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Le petit alter, dictionnaire altermondialiste, Attac, éditions Mille et une nuits, 2006, 396 pages, 20 €
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La place des habitants dans les politiques urbaines en Europe, Actes de la rencontre du 21 Juin 2005, Profession Banlieue, 2007, 89 pages, 18,50 €
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Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Jared Diamond, Gallimard, NRF Essais, 2006, 640 pages, 29,50 €
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Démocratie participative en Europe,
dossier coordonné par Stefan Bratosin avec la collaboration de Jean-Thierry Julia, revue Sciences de la société, n° 69, 2006, Presses universitaires du Mirail, 228 pages, 20€
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Le modèle suédois. Santé, services publics, environnement : ce qui attend les Français,
Magnus Falkehed, La petite bibliothèque Payot, 2005, 208 pages, 8 €
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100 propositions du Forum social mondial,
Arnaud Blin, Larbi Bouguerra, Antonio David Cattani, Estelle Granet, Pierre-Yves Guihéneuf, Yves Hardy, Andreas Hernandez, Véronique Kleck, Caroline MacKenzie, Paulo Vizentini et Marco Weissheimer, éditions Charles Léopold Mayer, 2006, 18 €
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Gestion de proximité et démocratie participative. Une perspective comparative,
sous la direction de Marie-Hélène Bacqué, Henri Rey et Yves Sintomer, , La Découverte, Coll. Recherches, 2005, 314 pages, 28,50€
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Dépression sur le Sud Caucase, Voyage entre guerre et paix
Bernard Dréano, éditions Paris Méditerranée, 2003, 180 pages, 15 € Lire la fiche

Pouvoirs, revue internationale Sud/Nord folies & cultures n°20
éditions érès, 190 pages, 19 € Lire la fiche

Clés pour une éducation au développement durable
Bruno Riondet, Hachette éducation-CRDP Poitou Charentes, 2004, 142 pages, 11,45€
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Fils de novembre. Témoignage pour le cinquantenaire du 1er novembre 1954
Smaïl Goumeziane, Paris-Méditerranée / Edif 2000, 2004, 350 pages, 20 Lire la fiche

Porto Alegre, l’espoir d’une autre démocratie
Marion Gret et Yves Sintomer, nouvelle édition, La Découverte, 2005, 140 pages, 7,5 €
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Journal de guerre d'un pacifiste, Bouclier humain à Bagdad
Nadir Dendoune, préface de Stéphane Hessel, 100 pages, 15 €, 2004, CFD-éditeur, Le patio éditeur Lire la fiche

Dynamiques locales et mondialisation
coordonné par Michel Rautenberg, Cahiers lillois d’économie et de sociologie, L’Harmattan, 2003 200 pages, 16,8 € Lire la fiche

Le mouvement altermondialiste
Eddy Fougier, revue Problèmes économiques et sociaux, n°897, février 2004, 110 pages, 9 €
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L’asile en France et en Europe.
État des lieux 2004, IVe rapport annuel de Forum réfugiés, juillet 2004, 165 pages, 13 Lire la fiche

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environnement, culture, santé   minorités, discriminations, interculturel

Soignants Chanteurs, Association Grand’air et p’tits bonheurs, préface de Jean-Pierre Olive, éditions Repas, 2011, 137 pages + un DVD, 16
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Fin de concession, Un DVD de Pierre Carles, 128 minutes, C-P Productions, 20 €
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Projets culturels et participation citoyenne, Coordonné par Françoise Liot, L’Harmattan, 225 pages, 2010, 21,5 €
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La terre qui meurt, Françoise Choay, Fayard, 2011, 100 pages, 12 €
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Horizons alimentaires, Cyril Andrès et Damien Lagrnge, Bleue comme une orange et Escales productions, DVD de 66’, 18 €www.bleuecommeuneorange.org
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Village toxique, Grégory Jarry et Otto T., éditions FLBLB et Le nombril du monde, 2010, 60 pages, 13€
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La centrale, Elisabeth Filhol, POL, 2010, 141 pages 14,5 €
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93 la belle rebelle, Un film de Jean-Pierre Thorn, 73’, sortie le 26 janvier 2011, www.adr-production.fr
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Mainstream. Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde, Frédéric Martel, Flammarion, 2010, 464 pages, 22,5€
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Requiem pour un thon, Romain Chabrol, Les petits matins, 222 pages, 2010, 15€
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La décroissance. 10 questions pour comprendre et débattre, Denis Bayon, Fabrice Flipo et François Schneider, La Découverte, 2010, 235 pages, 15€
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Philosophie du rock, Roger Pouivet, Puf, 2010, 260 pages, 23 €
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Itinéraire d’un militant écologiste, Jean-Pierre Morichaud, Marie Delarbre éditions, 2009, 117 pages, 9 €
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Les pionniers de la ville durable, Yvette Veyret et Jacqueline Jalta, éditions Autrement, 2010, 235 pages, 22 €
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Développements durables : tous les enjeux en 12 leçons, Ruth Stegassy et Cyria Emelianoff, éditions Autrement, 2010, 294 pages, 25€
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La fabrique du patrimoine, Nathalie Heinich, éditions de la Maison des sciences de l’Homme, 2009, 288 pages, 21€
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Les transports, la planète et le citoyen, Ludovic Bu, Marc Fontanès et Olivier Razemon, Rue de l’échiquier, 2010, 192 pages, 12€
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Les États et le carbone, Patrick Criqui, Benoît Faraco, Alain Grandjean, Puf, 2009, 330 pages, 15€
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Antimanuel d’écologie, Yves Cochet, éditions Bréal, 2009, 310 pages, 21€
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èvre de l’or,
documentaire d’Olivier Weber, éditions France Télévisions, octobre 2008, 91 minutes
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Un climat d'injustice. Crise et inégalités écologiques, revue Mouvements des idées et des luttes, n° 60, octobre - décembre 2009
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Territoire et développement durable. Diagnostic, François Besancenot, L’Harmattan, 2009, 472 pages, 39 €
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L’atlas mondial de l’eau, David Blanchon, Autrement, 2009, 79 pages, 15 €
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L’eau, pour une culture de la responsabilité, Antoine Frérot, Autrement, 2009, 193 pages, 20 €
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Éco-quartiers en Europe, Philippe Bovet, Terre vivante, 149 pages, 29 €
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La ville autrement, Alternatives économiques, hors-série n°39, juin 2009, 144 pages, 9,5 €
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Les écoquartiers, Pierre Lefèvre et Michel Sabard, éditions Apogée, 261 pages, 21€
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L’empreinte écologique, Aurélien Boutaud et Natacha Gondran, Repères La Découverte, 2009, 128 pages, 9,05 €
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Le retour à la terre, tome 5 Les révolutions, Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet, Dargaud collection Poisson Pilote, 2008, 48 pages, 10,40 €
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Habitat groupé : écologie, participation, convivialité, Christian La Grange, Terre vivante, 2008, 144 pages, 27 €
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La politique culturelle à Rennes, 1977-2008, Mémoires et réflexions, Martial Gabillard, Éditions Apogée, 704 pages, 2008, 25 €
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Les trois cosmonautes et autres contes, Eugenio Carmi et Umberto Eco, Grasset jeunesse, 2008,  96 pages, 17,90 €
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Cuisine bio pour fruits de saison, Terre vivante, 2008, 160 pages, 16 €
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Les guerres de mémoires. La France et son histoire, sous la direction de Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson, La Découverte, 2008, 335 pages, 20 €
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Honorine Perino, produit par Rés’OGM Info, DVD 1h30, 15 € pour les particuliers ; associations et collectivités : contacter Rés’OGM au 04 78 42 95 37
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Le monde selon Monsanto : de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien, Marie-Monique Robin, La Découverte / Arte Editions, 2008, 370 pages, 20 €. Le DVD est disponible sur www.arteboutique.fr et chez Nature & Découvertes
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Le Plan B. Pour un pacte écologique mondial, Lester R.Brown, Calmann Lévy / Souffle Court éditions. 2007, 400 pages, 20€
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La fin du progrès, Ronald Wright, Naïve éditions, 2006, 136 pages 16 €
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Le tourisme autrement,
hors-série pratique d’Alternatives économiques, mars 2008, 9,50,€
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Pour un nouvel urbanisme, la ville au cœur du développement durable, Denis Clerc, Claude Chalon, Gérard Magnin et Hervé Vouillot, Coédition Adels et Yves Michel, 2008, 160 pages, 15 €
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Paysans, un tour de France de l’agriculture durable,
Jacques Grossard, vendredi treize éditions, collection Urban’s guide, 2007, 96 pages, 9,9 € , www.transboreal.fr
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Huit villes à découvrir en Île-de-France. Plaine Commune (Saint-Denis, Villetaneuse, Stains, Aubervilliers, La Courneuve, L’Île-Saint-Denis, Épinay-sur-Seine, Pierrefitte-sur-Seine),
Jacques Grossard, vendredi treize éditions, collection Urban’s guide, 2007, 96 pages, 9,9 €
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Changer la vie ? Les classes moyennes et l’héritage de mai 68,
Marie-Hélène Bacqué et Stéphanie Vermeersch, éditions de l’Atelier, octobre 2007, 176 pages, 18 €
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Imaginaires de l’eau, imaginaire du monde, dix regards sur l’eau et sa symbolique dans les sociétés humaines,
ouvrage coordonné par Hana Aubry, La Dispute, 2007, 250 pages, 6,10 €
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Media Crisis, Peter Watkins,
Homnisphères, nouvelle édition 2007, 240 pages, 12
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La femme du ministre,
Gérard Delteil, L'Archipel, 2007, 362 pages, 20,95€
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Amiante, chronique d’un crime social, collectif,
Septième choc éditions, 2005, 15€ (10 % du prix est reversé à l’association de défense des victimes de l’amiante : bdamiante@yahoo.fr)
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L’économie verte expliquée à ceux qui n’y croient pas,
Pascal Canfin, préface de Dominique Voynet, Les petits matins, 2007, 152 pages, 14
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Devenons des médias alternatifs !
, Esteban, éditions Le p’tit gavroche, 2006, 366 pages, 10 €, www.guidaltern.org
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Jouer le conflit
, d’Yves Guerre, L’Harmattan, 2006, 200 pages, 17,5 €
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Un drap sur le Kilimandjaro, Chroniques vertes et vagabondes,
de Pascal Dessaint, Rivages, 2005, 5 €
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Les figures de l’écologie politique,
revue Écorev n° 21, décembre 2005, 112 pages, 8€
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Le développement soutenable
Franck-Dominique Vivien, collection Repères, La Découverte, 2005, 120 pages, 8,5 €
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Objectif développement durable : comprendre agir sur son territoire
Réseau des agences régionales de l’énergie et de l’environnement, 2005, 105 pages, gratuit
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Achats et développement durable : enjeux, méthodologie et initiatives
Comité 21, Afnor, 2005, 175 pages, 30 €
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Pétrole apocalypse
Yves Cochet, Fayard, 288 pages, 19 €
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Almanach du développement durable
présenté par les parcs naturels régionaux de France, Dakota / Dexia éditions, août 2005, 140 pages, 18,5 €
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Échos de Résonance
Jean-Michel Delage, Association de visu, 2005, 50 mn DVD : 20 € port compris
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2011
Gérard Delteil, L'Archipel, 2005,
408 pages, 20,95 €

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Pratiquer la formation réciproque à l'école
Sous la direction de Claire Héber-Suffrin, éd. Chronique sociale, collection pédagogie / formation, 2005, 220 pages, 18,5 €
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L’école, lieu de citoyenneté
François Galichet, esf éditeur, collection pratiques et enjeux pédagogiques, 2005,
125 pages, 14 €
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Réseaux de santé : la qualité en pratique. Contributions à une démarche collaborative d’amélioration de la qualité de santé
Didier Ménard, Laurent Konopinski, Éric Drahi, Coordination nationale des réseaux de santé, 2005, 160 pages, gratuit.
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Quels atouts et quels obstacles pour des politiques locales de santé ?
Actes de la Xe université de l’Institut Renaudot, Les publications de l’Institut Renaudot, 2004, 90 pages, 10 €
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Urgentiste
Patrice Pelloux, éd. Fayard, avril 2004, 257 pages, 18 € Lire la fiche

Planète attitude. Les gestes écologiques au quotidien
Gaëlle Bouttier-Guérive et Thierry Thouvenot, éd. Seuil pratique et WWF, 2004, 15 € Lire la fiche

L’exil et l’accueil en médecine, revue
Pratiques n°26, juillet 2004, 96 pages, 12,2 € Lire la fiche

San-Antonio au bercail
septembre 2003, 1,50 € Lire la fiche

Décrocheurs d’école : redonner l’envie d’apprendre aux adolescents qui craquent
Gilbert Longhi et Nathalie Guibert, éditions de La Martinière, 2003, 250 pages, 15
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Sociologie de Lyon, Jean-Yves Authier, Yves Grafmeyer, Isabelle Mallon et Marie Vogel, La Découverte, 2010, 128 pages, 9,5 €
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Laïcité, mode d’emploi. Cadre légal et solutions pratiques : 42 études de cas, Dounia Bouzar, Eyrolles éditions d’organisation, 2011, 175 pages, 19 €
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Les internés du ghetto. Ethnographie des confrontations violentes dans une cité impopulaire, Manuel Boucher, préface de Didier Lapeyronnie, L’Harmattan, 2010, 424 pages, 38€
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Roms de France, Roms en France, Coordonné par Jean-Pierre Dacheux et Bernard Delemotte, édition Cédis, 2010, 103 pages, 10 €
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Requiem pour un émeutier, Christian Cogné, Actes Sud, 2010, 230 pages, 20 €
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Le Travail Social à l'épreuve du Néo-Libéralisme, Raymond Curie, L’harmattan, 2010, 15
Itinéraire d’un militant écologiste2 pages, 15€

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Le mariage est une mauvaise action, Voltairine de Cleyre, ouvrage traduit et annoté par Yves Coleman, éditions du Sextant, 2009, 64 pages, 7€
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Migrer au féminin, Laurence Roulleau-Berger, Puf, 2010, 192 pages, 15€
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Jules des chantiers, Frédérique Jacquet et Sébastien Vassant, collection L’Histoire sensible, Les éditions de l’atelier, 2008, 108 pages, 18€
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Les Garçons Ramponeau. Biographie populaire, réalisé par Patrice Spadoni, production Canal Marches, Coffret de 4 DVD, 19 € À commander sur : www.paroles-et-memoires.org ou www.canalmarches.org
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Les missions du possible - Avec et pour les jeunes en parcours d’insertion, Anne Le Bissonnais, Apogée, collection « Les panseurs sociaux », 2009, 192 pages, 18 €
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Les pratiques émancipatrices. Actualités de Paulo Freire, sous la coordination de Françoise Garibay et Michel Séguier, éditions Syllepses et Nouveaux regards, 2009, 277 pages, 20 €
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Rejet des exilés, le grand retournement du droit de l´asile, Jérôme Valluy, éditions du Croquant, 2009, 382 pages, 22 €
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Rénovation urbaine. Les leçons américaines, Thomas Kirszbaum, Presses universitaires de France, collection La ville en débat, 2008, 86 pages, 8 €
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Discriminer pour mieux régner. Enquête sur la diversité dans les partis politiques, Vincent Geisser et El Yamine Soum, Les éditions de l’atelier, 240 pages, 2008, 18,50 €
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J’étais un chef de gang, Lamence Madzou, suivi de Voyage dans le monde des bandes, Marie-Hélène Bacqué, La Découverte, 2008, 241 pages, 17€
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Jeanne de la Zone, Étienne Davodeau et Frédérique Jacquet, collection histoire sensible, L’Atelier, 2008, 108 pages, 18 €
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Accueillir ou reconduire. Enquête sur les guichets de l’immigration, Alexis Spire, Raisons d’agir, 2008, 124 pages, 7€
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L'immigration de A à Z, Mohsen Dridi, publication de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives, 2007, 437 pages, 15€
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Ne rien oublier en partant (2006, 40’) et Quartiers en devenir (2008, 26’),
Films de Corinne Marie, Vipère au poing productions (www.vipereaupoingproductions.fr)
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Les politiques de l’immigration en France et au Royaume-Uni, perspectives historiques et contemporaines,
sous la direction de Lucienne Germain et Didier Lassalle, L’Harmattan, 2006, 217 pages, 19,5€
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Paroles sans papiers, ouvrage dirigé par Alfred et David Chauvel, Delcourt, 2007, 72 pages, 14,95€
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Altermondes, "Seine Saint Denis, arrêt sur images", hors-série n°4, hiver 2007, 51 pages 5€
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Prendre place dans la cité : jeunes et politiques municipales,
Véronique Bordes, L’Harmattan - Injep, collection Débats jeunesses, décembre 2007, 253 pages, 19
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L’État et les quartiers. Genèse d’une catégorie de l’action publique,
Sylvie Tissot, éditions du Seuil, collection Liber, 2007, 300 pages, 22
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Le temps des HLM 1945-1975, La saga urbaine des Trente Glorieuses,
Thibault Tellier, Autrement, collection Mémoires / culture, 2007, 224 pages, 20 €
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Émeutes en banlieue, lectures d’un événement,
revue Espaces et société n° 128-129, éditions Érès, 265 pages, 28
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Qui a peur du postcolonial ? Dénis et controverses
, revue Mouvements, septembre-octobre 2007, 176 pages, 15 €
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Histoire(s) de relogement. Paroles d’habitants, regards de professionnels,
Catherine Payen et Ryma Prost-Romand, L’Harmattan, 2007, 144 pages, 14,50 €
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Parias urbains, ghetto, banlieues, État,
Loïc Wacquant, La Découverte, 2007, 336 pages, 12,5 €
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De la parole à l’écriture, ateliers d’écriture en France, au Portugal et au Maroc,

Françoise Sérandour, L’Harmattan, 2007, 335 pages, 29,50

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Oui à une société avec les jeunes des cités !,
Joëlle Bordet, éditions de l’Atelier, 2007,
207 pages, 18

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Le bon, la douce et la caillera,
Diaby Doucouré, préface de Faïza Guène, photos de Camille Millerand, L’Harmattan, 180 pages, 14 €
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Brosses et Malais, quartier sensible ?,
Luc Blanchard, Studio Graph, 95 pages, 12€
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marianne & allah. Les politiques français face à la " question musulmane ",
Vincent Geisser et Aziz Zemouri, La Découverte, 2007, 297 pages, 20 €
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Nouvelles pratiques sociales,
volume 18, n° 2, printemps 2006, Presses de l’université du Québec, 13
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Repenser la solidarité : l’apport des sciences sociales,
sous la direction de Serge Paugam, Presses universitaires de France, 992 pages, 2007, 49 €
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Les recompositions culturelles. Sociologie des dynamiques sociales en situation migratoires,
Abdelhafid Hammouche, Presses universitaires de Strasbourg, 2007, 224 pages, 16€
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Religion, identité et espace public,
Profession Banlieue, 2006, 80 pages, 15 €
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La France invisible
, sous la direction de Stéphane Beaud, Joseph Confavreux et Jade Lindgaard, La Découverte, 2006, 647 pages, 26
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Eux et nous,
de Joël Roman, Hachette, collection
Tapage, 2006, 150 pages, 10

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Les classes moyennes à la dérive,
Louis Chauvel, Le Seuil, 2006, 112 pages, 10,5 €
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L’indépendance au présent,
de Paul Néaoutyne, avec Jean-François Corral et André Némia,
préface de Didier Daeninckx, Syllepse, 2005, 200 pages, 20€
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Ville, quartiers, banlieues, Les ressources des habitants,
revue Économie & Humanisme
n° 376, 120 pages, 13 €
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Jeunes des quartiers populaires Construction de l’identité image et autonomie,
Les cahiers de Profession banlieue, 2005, 130 pages, 13,5
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L’islam imaginaire. La construction médiatique de l’islamophobie en France - 1975-2005,
Thomas Deltombe, La Découverte, 2005, 380 pages, 22
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La fracture coloniale - La société française au prisme de l’héritage colonial
n° 67, décembre 2005, sous la direction de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, La Découverte, 2005, 310 pages, 20 €
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Bonne année ensemble, Espace 19, 2006, 24 pages, 4 €
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La sous représentation des Français d’origine étrangère. Crise du système représentatif ou discrimination politique ?
coordonné par Adda Bekkouche, L’Harmattan, 2005, 150 pages, 14 €
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Gouverner la ville. Les voies urbaines de la démocratie moderne
Thierry Oblet, Puf 2005, 306 pages, 28 €
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Si la ville m’était contée…
Gilles Rabin et Luc Gwiazdzinski, Eyrolles, 2005, 250 pages, 14,9 € Lire la fiche

La société des voisins
sous la direction de Bernard Haumont et Alain Morel, direction de l'architecture et du patrimoine, éditions de la Maison des sciences de l'Homme, collection Ethnologie de la France, 2005, 335 pages, 23 € Lire la fiche

Tsiganes à l’école : pédagogie interculturelle pour l’accès aux apprentissages
CRDP de l’académie de Versailles, 2003, 109 pages + CD-Rom, 12 € Lire la fiche

L'impasse
Pierre Dubuys, coll. L'églantine, éditions Sansonnet, 2004, 95 pages, 7 € Lire la fiche

Pour une décentralisation solidaire : aux acteurs de s’en saisir, à l’État d’assurer l’égalité de traitement
n° 172, décembre 2003 d’Union sociale, 35 pages, 5,8 € Lire la fiche

De la citoyenneté locale
sous la direction de Rémy Leveau, Catherine Withol de Wenden et Khadija Mohsen-Finan, Institut français des relations internationales, 2003, 160 pages, 15 € (diffusion La Documentation française) Lire la fiche

Identités & démocratie, diversité culturelle et mondialisation : repenser la démocratie
sous la direction de Ronon Le Coadic, Presses universitaires de Rennes, 410 pages, 20€
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démocratie locale,
initiatives locales
  décentralisation,
collectivités locales

Je jardine ma ville,
Échange de Sylvie Cachin avec Sylvie Ligny, préface de Gilles clément, Conversations écologiques, éditions Rue de l’échiquier, 2011, 96 pages, 12
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L’insertion professionnelle et sociale des jeunes
,Philippe Labbé, avec Michel Abhervé, collection Les panseurs sociaux, éditions Apogée, 220 pages, 19
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Initiatives des jeunes dans les espaces ruraux, Groupe de recherche pour l’éducation et la prospective, revue Pour, n° 211, septembre 2011, 20 e, www.grep.fr
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Les nouveaux collectifs citoyens, Ivan Maltcheff, préface de Patrick Viveret, Yves Michel, 2011, 170 pages, 11€
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Être « développeur » de territoire, Marc Vandewynckele et Joseph Licata, association Conforte, Chronique sociale, 2010, 11,90 €
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Gérer ensemble les territoires, vers une démocratie coopérative, Jean-Eudes Beuret, Anne Cadoret, éditions Charles Léopold Mayer, 2010, 228 pages, 18 €
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Jeunes mineurs en associations. Quels impact sur leurs parcours ?, Stéphanie Rizet, cahiers de l’Injép n° 28, 2010, 12 €
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La démocratie délibérative - anthologie de textes fondamentaux, Charles Girard et Alice Le Goff, Hermann éditeurs, 2010, 550 pages, 32 €
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és populaires de parents - Des parents acteurs, chercheurs, citoyens,
Sous la direction d’Emmanuelle Murcier et Michelle Clausier, Chronique sociale, 2010, 192 pages, 16,5 €
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La démocratie internet Promesses et limites,
Dominique Cardon, La République des idées / Seuil, 2010, 11,5 €
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Non au Mac Drive, documentaire de Frédéric Chignac, 95 minutes, disponible auprès du réalisateur : frederic.chignac@club-internet.fr
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État d’élue, film français de Luc Decaster, 1h34, sortie le 10 mars 2010, distribué par contre-allée : contre-allée@hotmail.fr, 0142462742
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DVD Conférence de citoyens sur les services publics locaux, octobre 2008 - mars 2009, organisée par l´Institut de la gestion déléguée, l´Association des maires de France et le Comité des partenaires. Pour l’obtenir : pvdev@fondation-igd.org ou 01 44 39 27 00,
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La démocratie participative, sous la direction d’Yves Sintomer, la Documentation française, coll. Problèmes politiques et sociaux, n° 259, avril 2009, 9,90€,
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La République antiparticipative : les obstacles à la participation des citoyens à la vie locale,Jean Tournon, L’Harmattan, 2009, 176 pages, 17 €,
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Extensions urbaines : lasuite dans les idées, CAUE Haute-Garonne, Éditions Loubatières, 2009, 87 pages, 19€,
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Faire des hommes libres, Boimondau et les communautés de travail à Valence (1941-1982), Michel Chaudy, collection Pratiques utopiques, éditions repas 2008, 171 pages, 15€,
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Manuel de l'animateur urbain, les bases du métier, Émlie Barrau, avec la collaboration de l'équipe du PMRU-Congo, éditions du Gret, Fonds européen de développement, 2008, 184 pages, 10€,
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Une vie pour… Ici et là-bas, solidaire,
Alain Desjardin, Le Petit Pavé, 2008, 405 pages, 26€,
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Savoirs en débat : Perspectives franco-allemandes, sous la direction de Sezin Topçu, Cécile Cuny et Kathia Serrano-Velarde, L’Harmattan, 2008, 276 pages, 26,50 €,
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Chantier ouvert au public, le Viel Audon, village coopératif, édition Repas, collection pratiques utopiques, 2008, 194 pages, 15€,
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Recettes d’hier et d’ailleurs. Besançon et les cuisines du monde,
CCAS de Besançon, Néo éditions, 112 pages, 20 €,
livret de cuisine en ligne:
www.migrations.besancon.fr
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Le nouvel esprit de la démocratie, actualité de la démocratie participative, Loïc Blondiaux, Le Seuil, La République des idées, 2008, 112 pages, 10,5€
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Cultures et pratiques participatives : perspectives comparatives
, sous la direction de Catherine Neveu, L’Harmattan, Logiques politiques, 2007, 396 pages, 32€
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Huis clos pour un quartier
, de Serge Steyer, Mille et une Films, DVD de 52 minutes, 18 € pour les particuliers. Institutions, se renseigner : 02 23 44 03 59.
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La démocratie participative, de Jean-Pierre Gaudin,
Armand Colin, 2007, 121 pages, 9
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Le pouvoir au peuple, Jurys citoyens, tirage au sort et démocratie participative,
Yves Sintomer, La Découverte, 2007, 13
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Une mauvaise maire,
Jacques Jouet, POL, 2007, 125 pages, 12 €
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Une histoire de l’éducation populaire,
Jean-Marie Mignon, La Découverte, collection Alternatives sociales, 2007, 264 pages, 24€
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Télé Millevaches, Samuel Deléron, Michel Luleck et Guy Pineau, éditions Repas, 2006, 164 pages, 15 €
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La participation politique : crise ou mutation ?,
dossier réalisé par Bruno Denis, Problèmes politiques et sociaux n° 927, La Documentation française, 2006, 120 pages, 9,20 €
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Nous, femmes sans frontière,
Thierry Maricourt, Licorne/L’Harmattan, 2006, 17€
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Ville, action " citoyenne " et débat public,
revue Espaces et sociétés n° 123, éditions Érès, 2005, 200 pages, 25 €
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Le pouvoir local ou la démocratie improbable,
Michel Koebel, éditions du Croquant, coll. Savoir / agir, 2006, 10 €
Lire la fiche et l'interview de l'auteur

L’association, image de la société. Carnet de voyage d’un militant invétéré,
de Michel Adam, préface d’Henry Noguès, l’Harmattan, 2005, 255 pages, 23 €
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Évaluation et démocratie participative Auteurs ? méthodes ? buts ?
sous la direction de Jean-Claude Boual et Philippe Brachet, L’Harmattan, 2004, 250 pages, 22 € Lire la fiche

Les jeunes et les associations, entre participation et engagement
Colas Grollemund et Rémy Le Floch, Crefad documents, 2004, 115 pages, 10 €
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La raison démocratique aujourd’hui. Le principe de puissance un. Débats et combats.
Patrick Braibant, L’Harmattan, questions contemporaines, 230 pages, 21 €
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Quand la démocratie locale se professionnalise
actes de la rencontre du 23 octobre 2003, Profession banlieue, 185 pages, 18,5 €
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Les nouvelles dimensions de la citoyenneté
sous la direction de Philippe Tronquoy, Cahiers français n° 316, septembre / octobre 2003, La Documentation française, 95 pages, 9 € Lire la fiche

La démocratie participative, promesses et ambiguïtés
Michel Falise, L’Aube essai, 2003, 200 pages, 17,8 € Lire la fiche

La démocratie en débat, les citoyens face à l'action publique
Sandrine Rui, éditions Armand Colin, collection Sociétales, 2004, 263 pages,
21,5 €
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Les missions de l’agent de développement local, spécificités et apports d’une nouvelle profession dans la dynamique des territoires
Actes, Institut de psychologie et sociologie appliquée, 2004, 45 pages, 5 € port compris Lire la fiche

Pour une démocratie participative
Antoine Bevort, Presse de sciences Po, La bibliothèque du citoyen, septembre 2002, 130 pages, 12 € Lire la fiche

La participation des usagers / clients / citoyens au service public
France qualité publique / La Documentation française, 2004, 132 pages, 25 € Lire la fiche

Associations de proximité et pouvoirs publics, quels partenariats pour quelle participation à la vie publique ?
n°164, décembre 2003, de La Tribune Fonda, numéro spécial Fonda Paca, 100 pages, 11,6 € Lire la fiche

Participation, débat public, internet et multimédia, quel accompagnement local ?
décembre 2003, Observatoire des télécommunications dans la ville, 85 pages, 30 € Lire la fiche

Pourquoi la démocratie est en panne. Construire la démocratie participative.
éd. La Découverte, 2003, 236 pages, 17 € Lire la fiche

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Rond-point,
Pierre Goetschel, 52’, Candela productions et L’œil sauvage, 20
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Dictionnaire des politiques territoriales,
sous la direction de Romain Pasquier, Sébastien Guigner et Alistair Cole, presses de Sciences Po, 2011, 590 pages, 25
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Petits départements et grandes régions,
Loeiz Laurent, L’Harmattan, 2011, 185 pages, 17,50
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Dans la tourmente,
un DVD de Franck et Marie-Laurence Delaunay, 55 minutes, Candela productions et TV Rennes 35, avec la participation de Public Sénat, 20
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Design des politiques publiques,
La 27e région, la Documentation Française, 2010, 164 pages, 18
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Formation professionnelle : nouvelle gouvernance et sécurisation des parcours,
Revue Pour n° 207, octobre 2010, 20
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L´intercommunalité en campagne. Rhétoriques et usages de la thématique intercommunale dans les élections municipales de 2008, sous la direction de Rémy Le Saout, Presses Universitaires de Rennes, 2009, 200 pages, 16
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Gouverner les métropoles, Christian Lefèvre, éditions Lextenso en partenariat avec LGDJ et Dexia, 2009, 115 pages, 9,50 €
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Départements ou régions, les réformes territoriales de Fénelon à Jacques Attali, Maud Bazoche, l'Harmatta, 2008, 357 pages, 12 €
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Décentraliser d'accord, démocratiser d'abord, le gouvernement local en question,
Marion Paoletti, La Découverte, collection Sur le vif, 2007, 154 pages, 12 €
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Les Règles du jeu urbain, entre droit et confiance,
sous la direction d’Alain Bourdin, Marie Lefeuvre et Patrice Melé, Descartes et Cie, 316 pages, 18
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La machine France. Le centralisme ou la démocratie,
Jean Ollivro, éditions du Temps, 2006, 252 pages, 17€
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Périphéries, un voyage à pied autour de Paris,
Luc Gwiazdzinski et Gilles Rabin, L’Harmattan, 2007, 262 pages, 22 €
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La délégation des services publics locaux.
Yves Delaire, éditions Berger-Levrault, 364 pages, 45€
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Le quartier, enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales, sous la direction de Jean-Yves Authier, Marie-Hélène Bacqué et France Guérin-Pace, La Découverte, 2007, 304 pages, 26 €
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Pour un vrai Sénat des territoires,
revue Pouvoirs locaux n° 67, décembre 2005, Institut de la Décentralisation, 150 pages, 12,20
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Conférences de citoyens, mode d’emploi,
par Daniel Boy et Dominique Bourg, éditions Charles Léopold Mayer, 2005, 100 pages, 18 €
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Les services publics : les défendre ?, les démocratiser ?,
sous la direction de Philippe Brachet, Publisud, 2005, 320 pages, 25 €
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La décentralisation depuis 1945

Robert Delbo, LGDJ – Dexia, 118 pages, 9,5 Lire la fiche

Pourquoi ça ne va pas plus mal ?

Patrick Viveret, éd. De l’Aube, 264 pages, 18 € Lire la fiche

Démocratie contre capitalisme

Thomas Coutrot, La dispute, 2005, 235 pages, 20 € Lire la fiche

Les effets de l'intercommunalité
sous la direction de Rémy Le Saout et François Madoré, Presses universitaires de Rennes, 2004, 225 pages, 19 € Lire la fiche

Identités et gouvernance urbaine des villes nouvelles face aux nouveaux enjeux de l’intercommunalité. Le cas de Cergy-Pontoise et Saint Quentin-en-Yveline
Anne Sauvayre et Didier Vanoni, revue Recherche sociale n° 170, juin 2004, 115 pages, 11 € Lire la fiche

Pour un urbanisme rural
Didier Boutet, L’Harmattan, 230 pages, 20 €
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Citoyens d’Europe, des étrangers qui votent,
sous la direction de Bernard Delemotte, avec Henri Del Pup, Serge Depaquit, Paul Oriol et Audrey Vizuete, collection Villes plurielles, éd. Licorne / L’Harmattan,
2004, 215 pages, 17 €
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Démocratie et télésurveillance
Stéphane Callens, Les savoirs mieux, Presses universitaires du Septentrion, Villeneuve-d’Ascq, 2002, 180 pages, 13,5 €
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Les nouveaux principes de l'urbanisme
François Ascher, 2001 et 2004 pour le format poche aux éditions de l'Aube, 109 pages,
12,50 €
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La capacité politique des régions, une comparaison France / Espagne
Romain Pasquier, col. Res Publica, Presses universitaires de Rennes, 2004, 230 pages, 16 € Lire la fiche

M. Carignon : un corrompu de retour aux affaires ?
Association démocratie écologie solidarité, Grenoble 2003, 80 pages, 5 € Lire la fiche

Demain, la décentralisation
Les cahiers de Profession banlieue, 2003, 130 pages, 13,5 € Lire la fiche

La vie rurale, enjeu écologique et de société, propositions altermondialistes
François Plassard, éditions Yves Michel, 2003, 140 pages, 13 € Lire la fiche

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justice, médiation, sécurité   politique, social

Médiations, les ateliers silencieux de la démocratie, Jacques Faget, Toulouse, éditions Érès, 2010, 304 pages, 25€
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La nuit sécuritaire : le manifeste des 39, revue Sud-Nord n° 23, éditions Érès, 2009, 19 €
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L’affaire des affaires. L’enquête. Tome 2/3, scénario de de Denis Robert et dessins de Laurent Astier, Dargaud, 2009, 208 pages, 22 €
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Une société de surveillance ? L’état des droits de l’Homme en France, Ligue des droits de l’Homme, édition 2009, 126 pages,10€
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L’affaire des affaires. Tome 1 : L’argent invisible, Denis Robert, Yan lindingre, Laurent Astier, Dargaud, 2009, 206 pages, 22 €
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La France a peur de Nic Oumouk,
Manu Larcenet, Dargaud collection Poisson Pilote, avril 2007, 48 pages, 10,40 €
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Une démocratie asphyxiée, L’état des droits de l’Homme en France édition 2008,
Ligue des droits de l’Homme, La Découverte – Sur le vif, 2008, 120 pages, 10 €
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Sarkozy dans le texte, connaître pour mieux combattre,
Réformistes et solidaires, 2005, 140 pages, 7€ Lire la fiche

L’illusion de l’ordre. Incivilités et violences urbaines : tolérance zéro ?
Bernard Harcourt, Descartes & Cie, 2006, 140 pages, 20 € Lire la fiche

PolitiquesLes damnés de Nanterre
Chantal Montellier, Denoël Graphic, février 2005, 88 pages, 20 € Lire la fiche

La vérité sur Cesare Battisti
éditions Viviane Hamy, collection Bis, 2004 Lire la fiche

Émergences culturelles et jeunesse populaire. Turbulences ou médiations ?
sous la direction de Manuel Boucher et Alain Vulbeau, éditions L'Harmattan, collection Débats jeunesses, 2003, 360 pages, 24 € Lire la fiche

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Tous au Larzac, Film (1h58) réalisé par Christian Rouaud, sortie en salles le 23 novembre 2011
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Après la gauche,Jérémy Forni, DVD de 90 min, Compagnie des Phares & Balises, 2011, 20€
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Les vérités du matin, Francette Lazard et René Piquet, les éditions de l’atelier, 2011, 236 pages, 20€
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L'horreur managériale, Étienne Rodin, L´échappée, 2011, 126 pages, 10€
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Pendant qu’ils comptent les morts, Marin Ledun et Brigitte Font Le Bret, La Tengo éditions, 2010, 165 pages, 15 €
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La pire espèce, Agathe André, Richard Malka et Ptiluc, Grasset / Vents d’Ouest, 2010, 96 pages, 15 €
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Les aventures de Sarkozix, Guy Delcourt, Wilfrid Lupano, Bruno Bazile et Jérôme Maffre, éditions Delcourt, 48 pages, tome 1 (2010), 9,95 euros, et tome 2 (2011), 10,5 €
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Les éditocrates, Mona Chollet, Olivier Cyran, Sébastien Fontenelle, Mathias Reymond, Pocket – La Découverte, 2009, 190 pages, 6,6 €
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L'oligarchie, ça suffit, vive la démocratie, Hervé Kempf, Le Seuil, 2011, 192 pages, 14 €
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Vieillir dans la pauvreté, Sous la direction de Didier Gelot et de Jean-Pierre Bultez, La documentation française, Problèmes économiques n° 977, octobre 2010, 104 pages, 9,9 €
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Les places et les chances. Repenser la justice sociale, François Dubet, Seuil / La république des idées, 2010, 119 pages, 11,5 €
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Graine d’ananar - Pierre-Joseph Proudhon, Ouvrage collectif réalisé par l’Urrafa, éditions du Monde Libertaire, 2009, 80 pages, 5 €
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Une vraie retraite à 60 ans c’est possible, Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné, éditions Jean-Jacques Gawsewitch, 2010, 222 pages 18,90 €
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Quai d’Orsay, Abel Lanzac et Christophe Blain, Dargaud, Tome 1, 2010, 15,5 €
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Indignez-vous !, Stéphane Hessel, Indigène éditions, 2010, 22 pages, 3 €
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Construire des actions collectives, Bernard Dumas, Michel Séguier, éditions Chronique sociale, 4e édition, 2010, 232 pages, 19,30€
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Qu’ils s’en aillent tous ! Vite, la révolution citoyenne, Jean-Luc Mélenchon, Flammarion, 2010, 142 pages, 10€
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Le Mai 68 des historiens. Entre identités narratives et histoire orale, Sous la direction d’Agnès Callu, Presses universitaires du Septentrion, 2010, 312 pages accompagnées d’un CD de témoignages audiovisuels, 25€
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Ce qui tue le travail, Francis Gainsburger, Michalon, 2010, 192 pages, 17 €
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« Si ça vous amuse », chronique de mes faits et méfaits,Flammarion, 2010, 578 pages, 21 €
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Les jours heureux, Association citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, La Découverte, mars 2010, 14 €
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Cas de conscience, Pierre Joxe, éditions Labor et Fides, 2010, 248 pages, 19,5 €
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Le Quai de Ouistreham, Florence Aubenas, L’Olivier, 2010, 270 pages, 19€
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Le trotsko et la coco. Reconstruisons la gauche, volume 1, Christian Piquet et Marie-Pierre Vieu, entretiens avec Sylvia Zappi, éditions Arcane 17, mars 2010, 132 pages, 14 €
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La France Libre, Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Folio histoire, 2001, tome 1 : 848 pages ; tome 2 : 688 pages, 11,40 €
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Au coeur des luttes des années 60. Les étudiants du PSU, Publisud, 2010, 32 €
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Maire Vert en banlieue, entretien de Michel Bourgain avec Évelyne Perrin, éditions Les Petits matins, 2010, 296 pages, 10 €
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69, année politique, de Francis Zamponi, Roman noir, Seuil, 2009, 325 pages, 21€
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Apartés, Cécile Duflot avec Guy Sitbon, Les petits matins, 2010, 220 pages, 15 €
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Cahiers Sens Public, nº 11-12, « Malaise dans le capitalisme, de quoi sommes-nous contemporains ? », octobre 2009, Lyon, éditions Sens Public, 296 pages, 20€
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L’affranchie du périphérique, Didier Daeninckx, L’Atelier, 2009, 100 pages, 15,5€
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3 euros par jour, Nelly Zin, Albin Michel, 2010, 15€
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Comment les électeurs font-ils leur choix. Le panel électoral français 2007, sous la direction de Bruno Cautrès et d’Anne Muxel, Presses de Sciences Po, 2009, 385 pages, 28€
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Alias Caracalla, Daniel Cordier, Gallimard, 2009, 944 pages, 32 €
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Walter, retour en résistance, documentaire de Gilles Perret, DVD 22 €
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La Montée des incertitudes. Travail, protection, statut de l’individu, Robert Castel, Seuil, 2009, 457 pages, 23 €
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Crise écologique ou crise sociale ? Vivre ensemble autrement, François Plassard et Florence Jullion, Ovadia 2009, 194 pages, 14 €
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Le travail-une nouvelle question politique, Jean-Louis Laville, collection "solidarité et société dirigée par l'auteur, Desclée de Brouwer, 2008, 233 pages, 23 €
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Les enragés du football, l'autre mai 68, Faouzi Mahjoub, Alain Leiblang et François-René Simon, Calmann-Lévy, 2008, 12 €
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Itinéraire d'une femme française - Clamart, Bab
El-Oued, Epinay-sur-Seine, Hamida Ben Sadia, Bourin éditeur, 2008, 240 pages, 19 €
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La régulation des pauvres, Serge Paugam et Nicolas Duvoux, Puf, novembre 2008, 128 pages, 10 €
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Le profane en politique : Compétences et engagements du citoyen, sous la direction de Thomas Fromentin et Stéphanie Wojcik, L’Harmattan, 2008, 314 pages, 28,50 €
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Le goût du pouvoir, Jacques de Courson, L'Harmattan, 2008, 117 pages, 15 €
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Identités de l’individu contemporain,
sous la direction de Claude Calame, Textuel, coll. La Discorde, 2008, 159 pages, 18 €
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Dico Sarko, l'indispensable manuel de survie en Sarkozie, Charb, éditions 12 bis, 2008, 80 pages, 10,5 €
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Sommes-nous des paresseux?... Et 30 autres questions sur la France et les Français,
Guillaume Duval, Le Seuil, 2008, 225 pages, 15€
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Un petit tour chez les Français,
Raphaël Krafft, Bleu autour, 2007, 258 pages, 17 €
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" Où est passée la gauche ? "
, revue Mouvements, La Découverte, n° 50, juin-août 2007, 183 pages, 15

" Les droites au pouvoir. ", revue Manière de voir, Le Monde Diplomatique, n° 95, octobre-novembre 2007, 98 pages, 7
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Cinq siècles de pensée française, Hors-série spécial n°6 de la revue Sciences Humaines, octobre - novembre 2007, 116 pages, 7,90 €
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Contribution au débat politique. Comment rendre au politique le pouvoir d’agir ?, Bernard Debry, éditions Connaissances et savoirs, 2007, 10 €
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Quelle démocratie voulons-nous ? Pièces pour un débat, sous la direction d’Alain Caillé, La Découverte, 2006, 144 pages , 8€
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L’Autre campagne, 80 propositions à débattre d’urgence, ouvrage coordonné par Georges Debrégeas et Thomas Lacoste, préface de Lucie et Raymond Aubrac, La Découverte, 2007, 300 pages, 14 €
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La Contre-Démocratie,
Pierre Rosanvallon, Seuil, 346 pages, 21€
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Pour en finir avec la démocratie,
François Amanrich, 2006, éditions Papyrus, 172 pages, 22 €
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Initiatives des jeunes dans les espaces ruraux
Groupe de recherche pour l’éducation et la prospective, revue Pour, n° 211, septembre 2011, 20 e, www.grep.fr
En 1995, la revue Pour avait proposé un dossier « les jeunes ruraux en quête de territoires vivants » et acteurs d’actions collectives. Le présent numéro met davantage l’accent sur les initiatives individuelles des jeunes, ce qui est plus dans l’air du temps. Une première partie, « Nature des initiatives », est centrée sur la diversité  des initiatives, rapportant des exemples de jeunes autour d’un Foyer rural dans le Vaucluse, ou les stratégies d’installation de jeunes ingénieurs comme exploitants, et Philippe Sahuc retrouve des jeunes du temps de sa vie de facteur rural. Marie-Odile Nouvelot-Gueroult note, à propos des jeunes : « Certains d’entre eux, notamment ceux qui sont en difficulté, ont tendance à privilégier la constitution de groupes informels, hors contrainte, à durée de vie limitée…, mais ils peuvent aussi contracter avec une structure sur la base de leur projet personnel. » Une seconde partie, « Cadres d’émergence des initiatives », recense des dispositifs d’appui et d’accompagnement, avec la difficulté pour les structures institutionnelles de respecter la spécificité des initiatives de jeunes. Cette seconde partie rapporte de nombreux programmes et actions en faveur de l’initiative des jeunes, tant au niveau de l’État, des collectivités locales et autres institutions : projets d’appui aux jeunes soutenus par des caisses d’allocations familiales, les Foyers ruraux et le service civique, le rôle du MRJC comme structure d’émergence et d’appui aux jeunes, mais aussi des initiatives plus nouvelles comme les « free parties » en Bretagne, obligeant à des négociations d’un type nouveau entre jeunes et moins jeunes ! La troisième partie, « Diversité du monde rural et des jeunesses », diversités des parcours d’accès à l’autonomie : les jeunes s’installant en zone de montagne, ceux qui ont la chance de succéder à des parents installés et ceux qui n’ont pas cette chance, et avec des éclairages sur les jeunes  hors de notre hexagone, en Irlande, au Paraguay et en Tunisie. Etienne Beaudoux
 
Soignants Chanteurs
Association Grand’air et p’tits bonheurs, préface de Jean-Pierre Olive, éditions Repas, 2011, 137 pages + un DVD, 16 
Soignants Chanteurs, retrace la rencontre de deux mondes, où la technicité des soins côtoie la technicité des arts. Des hospitaliers, des bénévoles et des artistes ont tous été à l’initiative de la création d’ateliers et d’œuvres collectives. Ils se sont formés et ont formé à leur tour, pour améliorer le quotidien des malades et de leur famille. Ils ont ainsi, par leurs actions créatives, remis à leur juste place la considération de l’individu et les mots « empathie », « dignité », « respect » et « partage », qui prennent alors tout leur sens. Et ont aussi enfin permis d’introduire les mots « plaisir » et « bonheur » au sein d’un environnement parfois très difficile, aussi bien pour les soignants que pour les patients. Par leur travail, tous ont tissé des liens sociaux forts, luttant ainsi contre le sentiment d’isolement. Les « soignants chanteurs » ont révélé des grands talents et permis à certains de se dépasser et d’apaiser leurs souffrances. Par la transmission de leur savoir et de leur expérience, ils permettent de lutter contre un univers administratif et comptable parfois impitoyable au vue de notre actualité en crise et dominée par les chiffres et la rentabilité... Pour citer Jean-Pierre Olives, ces « assoifés d’azur » nous donnent une belle leçon d’humanité. Ils nous apportent un grand soleil en nous ouvrant les bras de leur association « Grand air et p’tits bonheurs ». Nous voici plongés avec eux, à Toulouse à la fin des années 90, quand tout commence suite à leur rencontre avec un chanteur lyrique. Les éditions Repas ont le mérite d’avoir mis en lumière ces hommes et ces femmes, leur courage et leur innovation... Leur approche de l’art, comme tuteur aux soins, suscitera d’autres vocations. Cet ouvrage fait partie de la collection Pratiques utopiques, avec pour ambition de montrer qu’il y a toujours place pour des réalisations libres et solidaires. Tout en se donnant d’autres priorités que le profit : une autre vision du monde. Corinne Augustin
 
Tous au Larzac
Film (1h58) réalisé par Christian Rouaud, sorti en salles le 23 novembre 2011
Après avoir retracé en 2007 l’histoire des Lip, Christian Rouaud raconte dix ans de mobilisations face à l’extension du camp militaire du Larzac, à partir de 1971. Le plateau semblait désert au ministre Michel Debré qui reconnaît seulement l’existence que de « quelques vieux qui élevaient vaguement quelques moutons dans des conditions moyenâgeuses ». Les 103 familles pourtant présentes risquent alors de perdre leurs terres au profit de l’idéologie militariste. Année après année, rassemblement après rassemblement, cette opposition dépasse son seul impact local en attirant antimilitaristes, maoïstes et d’autres contestataires, comme en témoigne la diversité de composition des comités de soutien. L’union libre entre les hippies et les paysans est très bien illustrée par les difficultés de la construction d’une nouvelle bergerie, ou l’occupation de nouveaux terrains achetés par l’armée. On rit beaucoup et on comprend mieux comment ce symbole de désobéissance civile a pu émerger, sans doute suite à un double quiproquo entre paysans et nouveaux arrivants autour des pratiques non-violentes. Malgré le blocage des terrains par la déclaration d’utilité publique, ils décident de passer outre et de s’étendre pour continuer à vivre. Le documentaire suit avec beaucoup d’humanité les acteurs d’un Larzac rayonnant sur toute la France avec ses brebis. Si les militants ont la parole, seules les images d’archives montrent l’autre côté de la barrière avec des militaires qui montent la garde face à cet étrange ennemi intérieur. Sans rien ignorer de l’impact des combats sur la production agricole ou sur la vie de famille, la caméra tâche de retranscrire aux plus jeunes générations l’ambiance qui reignait. Le mouvement deviendra logiquement, en 2003, une terre d’accueil des luttes altermondialistes jusqu’aux combats récents contre l’exploitation du gaz de schiste. Gilles Pradeau
 
L’insertion professionnelle et sociale des jeunes
Philippe Labbé, avec Michel Abhervé, collection Les panseurs sociaux, éditions Apogée, 220 pages, 19
Nous avions présenté un ouvrage de la collection « les panseurs sociaux » (Territoires janvier 2010), livre de Anne Le Bissonnais à propos d’une mission locale à Etampes (Éssonne). Cet ouvrage de Philippe Labbé, responsable de la collection, brosse un bilan complet des missions locales en actualisant une publication de 2005. Les missions locales, filles des propositions de Bertrand Schwartz en vue de mettre l’accent sur la qualification professionnelle des jeunes, mais aussi sur leur insertion sociale. « Les missions -locales sont une synthèse très originale du double mouvement qui, depuis trente ans, caractérise l’évolution de nos institutions, au carrefour de la décentralisation, constituée par des responsabilités accrues confiées aux élus des différentes collectivités territoriales et de la déconcentration des services de l’Etat, rapprochant du terrain les lieux de décisions. » Et l’auteur note avec amusement un rapport récent très louangeur de l’Inspection des finances, à propos du « modèle, mission locale ». La notion « d’insertion des jeunes » est rappelée, autour de quatre champs : la personne (santé, gestion de l’espace privé), la sociabilité (le vivre ensemble), le sociétal (normes sociales, citoyenneté), et l’économique (emploi et revenus). Les enjeux majeurs d’avenir du dispositif sont proposés : améliorer la relation aux entreprises, qui assimilent trop souvent les missions locales à un service social, améliorer la participation des jeunes par des dispositifs institutionnalisés, promouvoir des politiques de « qualité intelligente ». Voilà des pistes pour les missions locales qui sont également valables pour bien d’autres dispositifs d’accompagnement économique, social, culturel. Cet ouvrage sera utile à tous ceux qui veulent « penser / panser » l’avenir des jeunes de leur territoire et, plus largement, à tous ceux qui veulent alimenter le débat pour des propositions de dispositifs d’action au -niveau de leur territoire. Étienne Beaudoux
 
Je jardine ma ville
Échange de Sylvie Cachin avec Sylvie Ligny, préface de Gilles clément, Conversations écologiques, éditions Rue de l’échiquier, 2011, 96 pages, 12
Sylvie Cachin, paysagiste, raconte avec passion comment elle a fleuri des villes avec ses habitants. L’intérêt de son récit, c’est la simplicité de l’expérience. À sa lecture, chacun peut se dire que c’est possible et, surtout, que c’est génial : alors pourquoi pas s’y mettre de suite ?! Il suffisait d’oser le mettre en place, d’en parler avec des élus, de bien travailler la question avec les jardiniers de la ville et de mobiliser des habitants et les riverains des rues à fleurir. Elle apporte une méthode, un calendrier, des exemples et montre l’intérêt de l’expérience. Chacun y voit sa place confortée et de nouveaux liens se développer. Ensemble, de nouveaux jardins poussent. De nouveaux paysages urbains. Plantes vivaces, économies d’eau, exposition au soleil, entretien assuré par les riverains sont les nouveaux principes d’organisation. Ils inaugurent d’une ville pensée à taille humaine, avec la force de la convivialité, de l’entraide et de l’engagement. L’entretien entre Sylvie Cachin et Sylvie Ligny, cependant, est trop long. La collection gagnerait sans doute à réduire de moitié les textes des entretiens proposés et à en éditer deux par livre. Cet échange est préfacé par Gilles Clément, qui s’interroge : « Et si, au lieu de tenir à distance cette nature profuse, nous la placions au cœur de notre vie, n’aurions-nous pas quelques surprises heureuses ? » Le fleurissement et la réinstallation de la nature dans les villes, ainsi que la biodiversité, sont des enjeux nouveaux, mais déjà ancrés dans les indispensables pour repenser l’urbain. Pauline Bureau.
 
novembre 2011
 
Rond-point
Pierre Goetschel, 52’, Candela productions et L’œil sauvage, 20
Avouons-le, le DVD est resté plusieurs semaines sur mon bureau avant que je le glisse dans l’ordinateur. 52 minutes sur le thème du rond-point, avec juste l’assurance de la maison de production que ce n’était pas un film technique, et qu’il pourrait m’intéresser. C’était faible. Mais suffisamment intriguant pour que le visionnage ait quand même lieu. Rond-point n’est pas un documentaire ; même s’il est mis en scène, ce n’est pas plus une œuvre de -fiction. C’est un véritable essai sur la complexité et la circularité du monde contemporain, guidé, traversé, nourri, percuté par l’objet giratoire autour duquel nous tournons sans guère y prêter attention. On y parle d’aménagement du territoire, de fluidité de la ville, de périurbanité, de transports ; mais on y parle aussi de poésie, de philosophie, de spiritualité, d’esthétisme. Les points de vue, prises de parole, expériences visuelles, témoignages se succèdent, se chevauchent et réussissent à nous surprendre à tous les coups. C’est la force du film, qui s’appuie, outre sur une image sensible au montage intelligent, sur une humilité et une simplicité assumée ; le réalisateur ne cantonne pas les intervenants dans leurs stéréotypes. Le joueur de vielle à roue donne son sentiment sur la marche du monde, alors que le théoricien fini par se taire et nous offrir l’image de son désarroi (après avoir dénoncé l’avènement d’« un monde où tout serait possible, mais où rien ne sera possible »). L’élu local, lui, commanditaire de ronds-points s’il en est, n’a finalement pas grand chose à dire (Jean-Marc Ayrault, « jouant » son propre rôle de guest star est, sur ce point, caricatural). La voix off, qui tutoie le spectateur, le personnage -principal, un Jacques Tati sans chapeau ni pipe, les images de dizaines de ronds-points de France ou les scènes de négociations financières entre un paysagiste et des élus locaux, rendent ce film légèrement (et délicieusement, pour les amateurs du genre) surréaliste. Et parfaitement adapté à une réflexion sensible sur la ville et ses paysages -habités. Nicolas Leblanc
 
L´horreur managériale
Étienne Rodin, L´échappée, 2011, 126 pages, 10 

Augmenter la -productivité à moindre coût. Pour celui qui n´est pas convaincu de l´absurdité de l´impératif managérial, le livre d´Étienne Rodin est un grand bonheur. Il ne s´agit pas seulement d´un pamphlet politique, mais d´une véritable déconstruction de l´idéologie managériale avec laquelle nous fonctionnons tous les jours. Jeu des étiquettes, carrières bureaucratisées verticales, -développement des référentiels de qualité, valorisation des compétences, culte mental de la discipline managériale, telles sont les bêtises de la soi-disant philosophie du management qui dévitalise les collectifs. Accepter de manière béate l´idéologie néolibérale en faisant du marché un horizon indépassable de notre temps, telle serait notre condition selon Étienne Rodin. Le diagnostic est sans faille, il montre comment le système capitaliste récupère les tentatives d´alternatives au moyen de l´idolâtrie managériale. La démocratie participative est un trompe-l´œil masquant en réalité un dressage plus subtil des consciences aux normes inhumaines de l´absolu financier. Cette affirmation mériterait des nuances, dans la mesure où la diversité des pratiques participatives plaiderait davantage pour une forme réelle d´innovation dans les politiques publiques à mener. La responsabilité sociale des entreprises, l´illusion -autonome sont autant de déclinaisons des stratégies de récupération qui étouffent la créativité et l´intelligence -collective. L´hystérie managériale n´améliore pas les relations humaines et se révèle contre-productive, elle illustre le devenir des sociétés occidentales de plus en plus bureaucratisées. Certes, le livre en reste au diagnostic sans explorer les possibilités de résistance à cette soft-idéologie à l´intérieur des entreprises. La critique devrait permettre de questionner en profondeur les manières d´échapper ou de contourner ce système de normes. L´horreur managériale fait suite à L´horreur économique, publié quinze ans plus tôt par Viviane Forrester et qui avait eu une influence profonde sur le mouvement altermondialiste. Un ouvrage à conseiller pour déconstruire les méthodes managériales au service du capitalisme financier. Christophe Premat

 
Les vérités du matin
Francette Lazard et René Piquet, les éditions de l’atelier, 2011, 236 pages, 20€
Deux surprises à la -lecture de ce livre : une première quant à son objet sur le double témoignage d’anciens responsables du PCF n’ayant ni quitté sur la pointe des pieds, ni avec fracas le Parti (avec un grand P) ; et une deuxième surprise quant à la technique de production de cet ouvrage, fait à partir d’échanges de longs courriers électroniques entre les auteurs écrivant ainsi à quatre mains. Sur cet aspect original, disons que la technique entraine parfois des redites et apparents désordres, mais que cela donne de la vie. Tous deux ont vécu de -l’intérieur la grande époque du Parti, René Piquet, fils de paysan solognot, responsable du PCF en Loir-et-Cher et au bureau politique jusqu’en 1994, et Francette Lazard, née dans le monde de la finance, membre de la direction de France Nouvelle et de l’Humanité et au bureau politique jusqu’en 1997. Tous deux sont des « engagés » qui racontent leur envie de changer la société au-delà de leur adhésion à une organisation. On croise dans ce témoignage Waldeck Rochet, Jacques Duclos, Maurice Thorez et Benoît Frachon, sans oublier Georges Marchais. René Piquet ne cache pas son désarroi face à l’invasion de Prague par les chars soviétiques en 1968, Francette Lazard avoue être passée à côté du « féminisme » et on perçoit derrière leur témoignage les contraintes conscientes de la ligne du Parti. Après de longues années en responsabilité, l’un et l’autre font part des limites entre engagement personnel et encadrement du Parti. C’est un exercice de mémoire et de réflexion -philosophique et politique, de l’intérieur du Parti, mené avec lucidité et franche retenue. À lire et à faire lire à ceux qu’intéresse l’histoire du PCF, et à ceux que -questionne l’adhésion à une organisation « sans chercher à reproduire un modèle usé ». « Il n’y a ni modèle, ni précédent. Ni formule clef en main. Tout un nouvel art de la politique, du combat politique reste à découvrir, dans une perspective de dépassement du capitalisme. » Étienne Beaudoux
 
Être « développeur » de territoire
Marc Vandewynckele et Joseph Licata, association Conforte, Chronique sociale, 2010, 11,90€
Pour les nombreux praticiens, lecteurs de Territoires, cet ouvrage sera peu accrocheur dans une première approche. Le développement des territoires et les méthodes de recherche-action-participative ont fait l’objet de nombreux ouvrages ou communications depuis plusieurs décennies, plus opérationnels que cet ouvrage. Les auteurs se réfèrent fortement à Itamar Gassel (1926-1996), concepteur d’une approche de recherche action participative et à Paolo Freire, plus connu par ses approches de conscientisation. Si on dépasse l’impression initiale, on pourra puiser dans la première partie beaucoup de rappels utiles sur l’observation initiale au niveau des territoires de vie, ou territoires de fonction (école) ou de développement ; également sur la démarche participante avec les habitants-acteurs dynamiques avec des exemples belges et savoyards, sur l’importance du « transfrontalier », non seulement géographique mais mental, sur le passage du local au global pour éviter l’enfermement. La deuxième partie de l’ouvrage est un abécédaire à consommer au gré des envies : « c » comme conscientisation, « e » comme « empowerment » ou évaluation, « r » comme restitution, « t » comme transfrontalier, etc. Chacune des définitions pouvant être goûtée isolément mais étant constitutive de la démarche globale proposée par les auteurs. Cet ouvrage n’est pas le document de synthèse qu’on souhaiterait sur la recherche-action-participative pour acteurs de développement local, urbain ou rural. Mais il y contribue. Étienne Beaudoux
 
Après la gauche
Jérémy Forni, DVD de 90 min, Compagnie des Phares & Balises, 2011, 20
Un hangar désaffecté où une série d´hommes, entre 60 et 85 ans, passent des entretiens individuels : tel est le décor proposé pour nous faire entrer dans une réflexion sur le sens de la gauche après la chute du mur de Berlin. Bernard Stiegler, Edwy Plenel, Christophe Aguiton, Albert Jacquard, Toni Negri, Lionel Jospin et d´autres commentent les défis posés à la gauche à l´ère néolibérale. Certains, à l´instar de Bernard Stiegler, se demandent si être de gauche a un sens vu que les partis institutionnels acceptent les principales lois de l´économie libérale. Le documentaire frôle l´auto-analyse des intellectuels et des anciens responsables politiques, car l´objectif est de comprendre ce qui se joue à partir du début des années 90. Quelles sont les nouvelles idées à investir, comment la gauche de demain peut-elle s´inspirer à bon escient des combats d´hier ? Le documentaire insiste en filigrane sur l´héritage des traditions de gauche dans les pays occidentaux : quelles luttes peut-on transmettre aux nouvelles générations face à l´apathie et à la brutalité des rapports sociaux de l´époque néolibérale ? Être de gauche, c´est être éternellement dans une posture de lutte, c´est certainement cette attitude qui perdure et qui ne disparaîtra pas. Nous sommes dans une phase de transition où il faudra recomposer des arènes collectives au-delà des mouvements sociaux ponctuels. L´hyperindividualisme touche à sa fin, il importe par conséquent de proposer des solutions collectives concrètes. Albert Jacquard se demande tout haut si la notion de propriété privée a un sens à l´heure où les ressources de la Terre sont épuisées : la Terre appartient à l´humanité et à aucun individu particulier, voilà l´exemple de contrat écologique à réinventer. Ce documentaire s´achève sur cette éternelle espérance démocratique des individus et des collectifs dominés, cette fibre « Spartacus », comme la nomme si bien Edwy Plenel. Christophe Premat.
 
Les nouveaux collectifs citoyens
Ivan Maltcheff, préface de Patrick Viveret, Yves Michel, 2011, 170 pages, 11
Un petit bouquin court, et particulièrement utile à tous ceux qui pensent que l’action collective est encore la seule voie vers le changement de société, sort chez notre co-éditeur régulier, Yves Michel. Il s’agit du livre d’Ivan Maltcheff, préfacé par notre chroniqueur Patrick Viveret. En deux grandes parties, toujours très imagées et concrètes, il raconte comment les collectifs citoyens, ces groupes que nous connaissons tous et que, pour beaucoup, nous fréquentons régulièrement, inventent des solutions pour rendre le monde plus pérenne et plus solidaire. Seul problème : ces groupes sont quelquefois eux-mêmes invivables et hautement fragiles. C’est tout l’enjeu de la pensée d’Ivan Maltcheff : que les nouveaux collectifs citoyens vivent et se développent sur le modèle de la société qu’ils souhaitent bâtir : démocratiques, respectueux de l’individu, ouverts à la créativité, intuitifs, soignants et reliants. Force est de constater qu’il y a du travail ! S’appuyant sur forces exemples, l’auteur nous décrypte d’abord les maux qui rongent nos organisations associatives, coopératives ou informelles, puis nous proposent de nombreuses solutions alliant transformations personnelles et transformations collectives. Avec deux moteurs essentiels de la transformation du mode : la joie, et le plaisir. Mais attention, il ne suffira pas de dire « chiche » : il faut partager cet objectif, en comprendre sa portée complète, et se donner les moyens et les outils pour l’atteindre. Si dépasser les enjeux de pouvoir dans les associations, par exemple, était facile, il ne serait pas si indispensable de lire et de faire lire ce livre. N. L
 
octobre 2011
 
Du Larzac à Bruxelles
José Bové, entretiens avec Jean Quatremer, Le Cherche Midi, 2011, 170 pages, 13,5
Quand un opposant au Traité constitutionnel européen rencontre un tenant du oui... L’affiche des entretiens de José Bové avec le journaliste et blogueur sur les affaires européens au quotidien Libération Jean Quatremer était prometteuse. De son parcours militant à son engagement au sein d’Europe Écologie, en passant par sa campagne référendaire menée après des années à critiquer la politique agricole commune comme porte-parole de la Confédération paysanne ou au sein de Via Campesina, le livre donne beaucoup de clarifications sur la personne de José Bové. Pour ceux qui en doutaient, la page du référendum est donc tournée, car Bové défendait déjà en 2005 un projet positif d’une Europe citoyenne et fédérale. Si on se souvient de la Taxe Tobin, il est logique pour Bové d’estimer que l’Union est un « nain budgétaire en plus d’être un nain politique », alors qu’il faudrait avancer dans le dépassement de l’État-nation. Cependant, au-delà de la réflexion intéressante sur la gauche européenne, on en saura peu des premiers combats menés au sein du Parlement Européen. Le livre ne consacre d’ailleurs qu’une vingtaine de pages sur une certaine idée de l’agriculture, ou du monde rural. Les co-auteurs ont fait le choix de ne pas rentrer dans le vif du sujet, alors même que Bové est, au Parlement, vice-président de la commission sur l’agriculture et que son premier rapport est destiné à assurer un salaire équitable aux agriculteurs. Le livre reste donc aux portes du Parlement Européen, malgré son titre. Il faudra attendre encore quelques années pour connaître l’analyse de la marge de manœuvre de l’ex-altermondialiste au sein du Parlement, face à une majorité conservatrice et, surtout, face la Commission et au Conseil européen.
À quel point la prochaine Pac protégera-t-elle les paysans et le Larzac, fief que José Bové rejoint chaque fin de semaine après son travail bruxellois ? C’est ce que nous suivrons dans les mois qui viennent.. Camille Pesnel
 

Les aventures de Sarkozix

Guy Delcourt, Wilfrid Lupano, Bruno Bazile et Jérôme Maffre, éditions Delcourt, 48 pages, tome 1 (2010), 9,95 euros, et tome 2 (2011), 10,5 

La déferlante de BD satirico-politiques est en route et devrait aller en s’accélérant dans les semaines qui viennent. Personnage incontournable, caricatural par nature, notre président de la République est pain bénit pour les auteurs de bande dessinée. Avec les Aventures de Sarkozix, c’est Guy Delcourt en personne, le patron de la maison d’édition éponyme, qui s’est mis au travail avec deux scénaristes et un dessinateur. Deux tomes, Tout pour ma gaule et Et ils coulèrent des jours heureux (le tome 3, N’en jetez plus, est annoncé pour novembre 2011), nous font remonter le temps, participant au passage à la célébration du 350 millionnième album d’Astérix vendu. Mais ici, il s’agit donc de Sarkozix, gérant avec son équipe – Fillius, Alliomarix, Hortefix et cie – la Gaulle qu’il vient de conquérir. Au travers de gags d’une à deux planches, les auteurs essaient de pousser le plus loin possible la ressemblance avec les événements de la saga Sarkozy : la fête au Foutriquet’s, le casse-toi pauv’con, ou encore la rencontre avec Carlabrunix. Une manière légère de revivre les nombreux éléments marquants du quinquennat. Le tout est presque drôle. « Presque », parce que se replonger en permanence dans les frasques et la conduite de l’État façon Sarkozy fait au final difficilement rire. Mais aussi parce que, si certains gags sont bien pensés (le coup du « bouclier » – entendu au sens propre, avec porteurs et tout et tout – fiscal, ou le zèle d’Adopix), on fini par se lasser assez vite des noms en « ix », « us » et autre consonance latine. Ne s’improvise pas Goscinny qui veut et l’on est loin de la finesse que le créateur d’Astérix mettait (à l’époque dorée des premiers albums) dans les noms de ses personnages et dans ses gags, et nous faisait attendre avec impatience la prochaine aventure. Sabrina Costanzo

 
La pire espèce
Agathe André, Richard Malka et Ptiluc, Grasset / Vents d’Ouest, 2010, 96 pages, 15 €
Un groupe d’animaux victimes du décrochage de la barge qui les liait à l’Arche de Noé échouent sur une île mystérieuse. Seuls au monde, ils y organisent une société, qui a bien entendu méchamment tendance à compiler tous les travers de la nôtre. Voici un album ouvertement politiquement incorrect, où l’on retrouve avec grand plaisir la patte prédominante de Ptiluc – l’auteur de Pacush blues et Rat’s –, tant sur le plan graphique -(animaux malpropres aux yeux exorbités, évoluant dans une ambiance assez gore), que dans sa façon de mettre en scène avec un humour noir des personnages aussi déjantés que décadents. L’intrigue n’a pour fonction que de nous faire visiter cette l’île, qui fait cohabiter le quartier de la « Fabrique de la rumeur », bordé par le rivage de « L’ondit », avec « Fric city », le « Festival des vieilles bourriques et des bons sentiments », ou encore le « Refuge de la raison ». C’est là que vivent des peuplades d’animaux savoureuses, décrites comme autant de tribu socio-politiques : les ânes gauchistes, qui peuvent être têtus comme des mules ; les hyènes de garde ; les pitbulls fachos ; les oiseaux journalistes (c’est-à-dire autant les pigeons qui se font manipuler par leurs sources que les perroquets qui répètent sans vérifier), etc. L’intérêt, c’est que chacun en prend pour son grade, sans préséance ni favoritisme. Pour paraphraser le slogan de feu Hara-Kiri, qui ne renierait pas cette satire animalière, c’est « bêtes » et méchant. S. C.
 
Le livre noir de la RGPP
Collectif, 2011, 136 pages, disponible en PDF sur www.force-ouvriere.fr
En éditant son Livre noir de la RGPP, et aujourd’hui en le réactualisant, Force ouvrière ne s’est pas enfermé dans un exercice technique et abscon, car le sujet va bien au-delà de cet acronyme (RGPP pour Réforme générale des politiques publique) : il s’agit fondamentalement de l’état et de l’avenir des services publics ; de tous les services publics. Cet ouvrage très complet, rassemble de nombreuses micro-luttes sectorielles, auxquelles la centrale syndicale donne un sens global, et notamment politique : « Jamais concertées, jamais débattues, ni au Parlement, ni avec les élus locaux, ni avec les organisations syndicales, ni avec les ministères, 561 mesures de la RGPP ont été élaborées entre 2007 et 2011 en catimini par le Comité de modernisation des politiques publiques (CMPP) : quelques préfets et hauts dirigeants du ministère du budget ainsi que des acteurs du secteur privé intéressés directement à la privatisation de missions publiques du fait de l’activité de leurs sociétés. Chaque mesure est, de fait, source de conflits d’intérêts. » Une perspective troublante qui ouvre le bal des réductions de postes et de moyens à donner le tournis : une quarantaine d’exemples concrets sont traités, rangés dans onze thèmes touchant la vie courante : se déplacer, travailler, se former, s’informer, être en sécurité, se nourrir, se cultiver, se loger, se soigner, consommer, avoir des loisirs. Que du futile ! 140 pages qui font certes froid dans le dos, mais qui ont l’immense mérite d’être très claires et lisibles… et qui donnent envie de changer les choses, en 2012 ? Nicolas Leblanc
 
Dictionnaire des politiques territoriales
Sous la direction de Romain Pasquier, Sébastien Guigner et Alistair Cole, presses de Sciences Po, 2011, 590 pages, 25
84 entrées réparties sur 19 lettres et rédigées par 81 auteurs (dont au moins seize ayant fait des apparitions récentes dans les colonnes de Territoires, ce qui nous laisse une belle marge de progression !) :
ce dictionnaire des politiques territoriales se présente en premier lieu aux yeux du lecteur potentiel comme une somme à l’usage des acteurs locaux (dans la collection « références » des presses de Sciences Po !). Mais il ne faut pas y voir pour autant une compilation de données techniques assommant des étudiants en droit public par la dissection des quelques 168 sigles et acronymes (tout de même) placés le long des 590 pages de cet édifice savant. Chaque article, court, clair, accompagné de quelques repères bibliographiques, représente un exercice de synthèse passionnant sur des notions qui ne sont pas toujours prises en compte à leur juste valeur : de « action publique territoriale » à « ville (politique de la ville) », ce dico passe par les cases « approche socio-historique », « cumul des mandats », « demande sociale », « fédéralisme », « inégalités territoriales », « mixité sociale », « patrimoine », « référendum local » ou « usagers », sans oublier les démocraties « locale » et « participatives ». Si ces deux derniers articles (signés respectivement par Rémi Lefebvre et Guillaume Gourgues) penchent par moment du côté de l’épistémologie, ils ont l’immense intérêt de proposer une objectivation en 2011 de ces deux notions, et en moins de six pages chacune ! La chose n’est pas si courante pour que l’on se permette d’en faire l’impasse. Au final, si l’ouvrage porte mal son titre (il ne s’agit pas d’un dictionnaire des politiques territoriales au sens strict, mais des notions qui structurent et traversent les politiques territoriales, ce qui est bien plus passionnant), il est bien plus abordable que son profil pourrait le laisser croire, et constitue une lecture critique et d’une grande richesse des politiques locales que l’on veut trop souvent faire passer pour techniques et rébarbatives. N. L.
 
Pendant qu’ils comptent les morts
Marin Ledun et Brigitte Font Le Bret, La Tengo éditions, 2010, 165 pages, 15 
L’ouvrage date de 2010 mais reste d’une brûlante actualité : il n’a malheureusement, pas pris une ride. S’appuyant sur l’expérience de France Télécom, il décrit et décrypte la souffrance au travail vécue par les salariés de cet ex bastion du service public qui va connaître, de janvier 2008 à décembre 2009, un pic de 32 suicides. Ce petit livre est construit sur la conversation entre un sociologue, ex salarié de France Télécom, et une psychiatre, médecin du travail, qui a suivi de nombreuses personnes en situations de stress et de souffrance. Les deux auteurs partagent leurs expériences respectives, et s’aident mutuellement à comprendre une actualité qui n’a, pour eux, rien d’extérieure. Ainsi quand Brigitte Font Le Bret fait le récit de cet ingénieur qui lui raconte par le détail comment il compte liquider, balistiquement parlant, ses deux supérieurs pour se libérer de la pression que ceux-ci lui impose. Ou encore quand son patient l’appelle sur son portable, accroché à son balcon, prêt à sauter. Sur cette « matière », il aurait été facile de tomber dans le pathos, et la révolte sensationnaliste. Au contraire, les deux auteurs discutant tentent de poser avec mesure leur vécu comme leurs questionnements, soulignant la complexité, pour les individus, de se sortir du système globalisant de ce que Bernard Floris, chercheur à Grenoble, appelle dans une postface absolument éclairante le « management par la menace » : « Le management par la menace constitue un système enfermant consistant à soumettre les salariés à une domination totale avec l’apparence de leur consentement. Son dispositif a pour redoutable effet de transférer le conflit d’intérêts indépassable entre le capital et le travail en conflit psychique de chaque individu avec lui-même ou contre ses proches, et en crainte paralysante. Il transforme la promesse émancipatrice du travail en assujettissement de soi par soi, au prix de souffrances pathogènes et destructrices. » Le livre se concluant sur cette interrogation teintée d’indignation : « Quand refuserons-nous de vivre et travailler ainsi ? »  N. L.
 
septembre 2011
 
Remue-ménage dans la sous-traitance
Un DVD de Ivora Cusack, 70 minutes, Collectif 360° et même plus, 2008, 10
Des tracts qui volent dans le hall d’un hôtel luxueux, un pique-nique dressé au pied de la réception au son de l’harmonica, des femmes qui tapent sur des casseroles sous le regard interloqué, compatissant, parfois méprisant des clients… C’est un sacré remue-ménage auquel nous assistons dans ce documentaire au long cours d’Ivora Cusack, tourné pendant quatre ans. Car la lutte des femmes de chambre parisiennes fut longue. En mars 2002, trente-cinq femmes, d’origine africaine pour la plupart, employées par la société Arcade pour travailler dans les hôtels du groupe Accor, se mettent en grève. Leurs revendications : obtenir la rémunération de toutes les heures travaillées et dénoncer les cadences de travail – une chambre toutes les 17 minutes pour 1,63 e. Un rythme auquel on finit par s’habituer tôt ou tard, avance à demi-mot la direction d’Arcade, essentiellement représentée au travers d’images d’archives du journal télévisé. Après un an de lutte, ces femmes engagées obtiennent une première victoire. Mais, quelques mois plus tard, Mayan Faty, la déléguée syndicale, est licenciée après treize ans dans l’entreprise. La lutte reprend alors. Alternant témoignages des grévistes et scènes de manifestation, Remue-ménage dans la sous-traitance s’attache à montrer l’apprentissage de la mobilisation par ces femmes, pour la plupart engagée pour la première fois dans une lutte – et parfois contre l’avis de leur mari – afin de faire reconnaître leurs droits. Au rythme du slogan « Arcade pourri, Accor complice ! » que scandent ces femmes, le film témoigne en creux des dérives de la sous-traitance, où la raison économique prime sur les considérations humaines. Mais le plus frappant reste le manque de solidarité et de compassion de la part des employés et directeurs d’hôtels, auquel répond l’aide du comité de soutien et de l’intersyndicale dans la lutte menée par ces femmes pour retrouver leur dignité. Un bel exemple de solidarité. Camille Pesnel
 
Dans la tourmente
Un DVD de Franck et Marie-Laurence Delaunay, 55 minutes, Candela productions et TV Rennes 35, avec la participation de Public Sénat, 20

2004. Le nouveau président (PS) du conseil général d’Ille-et-Vilaine annonce la volonté de sa nouvelle majorité politique de réorganiser l’institution départementale pour la territorialiser dans sept agences départementales. Alors, forcément, les grandes manœuvres s’annoncent : les 2 000 agents concernés entrent de plain-pied dans quatre années d’un plan stratégique qui doit les amener à changer de poste, de lieu de travail, de collègues… Installés à Rennes, ils vont devoir partir à Saint-Malo, Fougères, Montfort, Bain-de-Bretagne, Vitré, Redon… ou rester. Entre réflexions personnelles et négociations collectives, le film est l’histoire de ce changement, vécu au niveau de l’institution mais surtout au niveau de chaque personne concernée. Si l’on peut regretter de ne pas suffisamment entrer dans la mécanique de précision qu’est la conduite du changement – qui semble assez efficacement menée par l’équipe de direction du département –, Marie Laurence et Franck Delaunay, les réalisateurs, interrogent un panel d’agents dans des postes divers tout au long du processus pour comprendre comment ils réagissent à ce bouleversement professionnel. Les phases de négociations avec les syndicats sont également filmées, ce qui constitue d’ailleurs quelques scènes fortes du film. Une réflexion sur la territorialisation de l’action publique du point de vue des usagers aurait pu présenter une autre facette du problème, mais le film fait quasiment l’impasse sur ce sujet. Reste que l’ensemble montre que le changement, même assez radical, n’est pas en soi repoussé par les fonctionnaires territoriaux, mais que sa conduite demande une très forte écoute et un accompagnement extrêmement cohérent, car le changement reste un élément perturbateur qui peut dégénérer rapidement en stress et en souffrance. Nicolas Leblanc

 
Yves Lacoste – La géopolitique et le géographe
Entretiens avec Pascal Lorot, Choiseul éditions, 2010, 270 pages, 20 €
À 82 ans, Yves Lacoste est un mandarin, un baron de la géographie, statut qui ne semble d’ailleurs guère le gêner, bien au contraire. Ce n’est pas qu’il ait besoin de reconnaissance par ses pairs, auprès desquels le fondateur de la revue Hérodote est bien reconnu comme le chef de file de l’école française de géopolitique et un géographe qui compte dans le paysage. Mais c’est sans doute que la géographie reste la moins comprise des sciences humaines. Alors que le terme « géopolitique » court les colonnes des journaux pour désigner à peu près tout et n’importe quoi (de la géopolitique du pétrole à la géopolitique du golf…), Yves Lacoste, avec l’aide avisée de Pascal Lorot, qui dirige les revues Géoéconomie et Sécurité globale, reprend la notion à la base et replace son parcours dans l’Histoire du siècle. De la géopolitique allemande de l’entre-deux guerres à la naissance, puis au développement d’une école française, Yves Lacoste explique la singularité de la pensée des conflits territoriaux. Sans rien simplifier, le professeur et son interlocuteur expliquent, décortiquent avec une grande clarté, sans jamais jargonner et, surtout, racontent le parcours de celui qui s’est rendu célèbre par le titre d’un de ses livre paru au milieu des années 70 : La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre. On y découvre le cheminement d’Yves Lacoste qui nous emmène aussi bien à la découverte de la gestion du Maroc avant son indépendance que dans une analyse passionnante de la révolution castriste à Cuba. On le suit également dans une descente en règle (et en flammes) des limites de la géographie de Roger Brunet (la chorématique), l’inventeur de la « banane bleue », qui a, elle aussi, connue son heure de gloire. Le livre devient (sur une partie finale assez courte) plus sujet à débat quand Yves Lacoste – que certains géographes traitent encore de « gauchiste » ! – revient sur son ouvrage de 1998, Vive la nation !, et sur ses analyse de la question postcoloniale dans les banlieues françaises. N. L.
 
Fin de concession
Un DVD de Pierre Carles, 128 minutes, C-P Productions, 20
En 128 minutes, on découvre le documentariste Pierre Carles (Pas vu, pas pris ; Enfin pris), toujours décidé à dénoncer la collusion des mondes politique, économique et médiatique, dans lequel il a évolué professionnellement avant de devenir persona non grata. Il commence sa démonstration par le scandale médiatique qu’est la privatisation de la première chaîne de télévision au profit du groupe Bouygues, qui a vu sa concession renouvelée au bout de dix ans alors que ses engagements de « mieux-disant culturel » n’ont pas été tenus (mais fallait-il y croire ?). On (re)voit des moments savoureux de l’histoire du Paf comme le média-training orchestré par Bernard Tapie pour ses amis du groupe Bouygues, dans lequel on découvre déjà les talents d’acteur que le personnage saura mettre en pratique une fois ses actions exercées dans le monde politico-financier remerciées. Et comment Bouygues, décrochant la timbale, met en œuvre sa ligne éditoriale de « temps de cerveau disponible », comme l’explique Patrick Le Lay, l’ancien PDG de TF1. L’enquête, laborieuse, menée par un Pierre Carles qui s’acharne à vouloir piéger ceux qui sont dans ce système (journalistes, hommes politiques ou patrons de chaîne) et à leur faire reconnaître qu’ils ont trahi leurs engagements, voire leur déontologie, patine un peu. Pas facile de faire avouer quoi que ce soit à ce genre de personnage, rompu aux médias et plutôt hostile à leur intervieweur. Le résultat pourrait décevoir, ou décourager, si l’auteur n’avait pas ajouté sa part de doute et de questionnement. S’acharnerait-il sur la sphère qui l’a rejetée quelques années auparavant ? Quels modes d’actions nouveaux sont à inventer ? Si le film n’apporte pas de réponse, il participe au devoir de mémoire. Les jeunes générations promptes à s’indigner ont vu le jour alors que TF1 appartenait déjà au privé. Leur rappeler que les ondes sont un patrimoine collectif qu’il est possible de revendiquer est une étape pour aller vers une information citoyenne. À ceux qui souhaitent changer la donne  de faire preuve de créativité, comme ces Polonais qui, en 1981, promenaient leur télévision en poussette pour protester contre la propagande du bulletin officiel d’information. Blanche Caussanel
 
Les éditocrates
Mona Chollet, Olivier Cyran, Sébastien Fontenelle, Mathias Reymond, Pocket – La Découverte, 2009, 190 pages, 6,6
L’été passé, pourquoi ne pas prolonger le plaisir par un petit « poche » qui va nous ramener doucement sur l’écume de l’actualité, l’humour en plus ? L’ouvrage, sous-titré « Ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n’importe quoi », donne le ton. Dans une sorte de mise à jour illustrée des Nouveaux chiens de gardes (Serge Halimi, Liber-Raisons d’agir, 1997), les quatre auteurs – trois journalistes et Mathias Reymond, un économiste – dressent le portrait (forcément) au vitriol de neuf éditorialistes multicartes du paysage médiatique français (l’édition originale à La Découverte compte dix portraits, Jacques Marseille ayant disparu dans l’édition poche, pour une raison qui nous est inconnue). Il s’agit de la crème de la crème de ces intellos-journalistes qui se portent garant du sérieux abyssal de leur propre pensée, et de la nullité crasse et immature de ceux qui les attaquent : Alain Duhamel (dit Le Cardinal) ; BHL, le traficoteur de vérités vues / pas vues ; Christophe Barbier et Nicolas Baverez, les « plus libéral que moi tu meurs » ; Jacques Attali, ou le David Copperfield de la pensée ; Alexandre Adler, le débusqueur d’antisémites ; Ivan Rioufol, le Mac Carthy du vendredi ; Laurent Joffrin, le capitaliste de gauche ; et Philippe Val, l’arriviste arrivé. Chaque éditocrate se fait tailler un costard sur mesure, basé sur ses prises de parole et ses positions : erreurs, revirements, outrances, caricatures, plagiats et accusations à tort et à travers s’enchaînent avec rythme. Les auteurs ont manifestement pris un certain plaisir à taper fort – plaisir qu’ils savent faire partager –, mais le tout dresse un tableau qui n’est pas dénué de sens : celui d’un paysage médiatique assez clairement libéral, où la recherche d’ennemis extérieurs (trotsko-gaucho-communistes, antisémites, islamistes, tout est bon et rien n’est très précis) tient lieu d’argument massue dans les éditoriaux de salon. Drôle et édifiant. N. L.
 
Petits départements et grandes régions
Loeiz Laurent, L’Harmattan, 2011, 185 pages, 17,50
Loeiz Laurent, ancien chercheur à l’Inséé est, depuis toujours, un militant du développement local et des Pays, principalement en Bretagne. Avec ce nouveau livre, il donne une fois de plus la preuve de l’originalité féconde de sa pensée en proposant une autre voie pour la réforme des collectivités territoriales que celle qui est mise en place par la loi du 16 décembre 2010, qu’il analyse et critique méticuleusement, ainsi que les rapports qui l’ont précédée. La force de sa démonstration repose sur l’étude détaillée d’une trajectoire historique : comment sont nées les communes, les départements, les régions ? ; quels rôles jouent ces structures dans le cadre des deux premiers actes de la décentralisation ? ; comment la situation actuelle résulte de compromis entre des thèses opposées traversant la classe politique et la haute administration. Loeiz Laurent déplore particulièrement l’effondrement de la vision analytique,  prospective et planificatrice que représentait le défunt Commissariat au Plan et, encore plus, l’effacement d’une conception opérationnelle de l’aménagement du territoire, avec la présence fantomatique d’une nouvelle Datar qui n’est plus qu’une ombre de l’ancienne. Puis vient la thèse. La restructuration du maillage communal est nécessaire, mais il ne peut être imposé d’en-haut. Elle doit être l’œuvre des communes elles-mêmes. Si les départements veulent survivre, ils doivent être beaucoup plus proches du terrain, c’est-à-dire beaucoup plus nombreux, à l’échelle des arrondissements qui coïncident souvent avec celle des Pays. Les régions sont trop étriquées et nombreuses. Entre 12 et 15 grandes régions correspondrait mieux à leur vocation stratégique. Des « métropoles-départements » peuvent coexister avec des espaces ruraux polarisés par des villes moyennes… Beaucoup d’autres idées fortement argumentées fouettent la réflexion. Georges Gontcharoff
 
juin 2011
 
Gérer ensemble les territoires, vers une démocratie coopérative
Jean-Eudes Beuret, Anne Cadoret, éditions Charles Léopold Mayer, 2010, 228 pages, 18
En 1997, la Fondation de France a lancé le programme « Ensemble pour gérer les territoires » qui a donné lieu à 600 projets. Dix ans après, elle a confié son évaluation aux deux chercheurs Jean-Eudes Beuret et Anne Cadoret. Cet ouvrage analyse et valorise la diversité de près de 300 initiatives locales de concertation et 47 projets autour de l’environnement et du développement durable. En ressortent les caractéristiques d’une gouvernance territoriale endogène : rurbanisation des campagnes ; dialogues entre agriculteurs et ostréiculteurs au sujet de la qualité de l'eau ; mise en association pour gérer des alpages, des marais, des espaces verts ; débats autour de la gestion d'un espace naturel ou de l'aménagement d'un quartier, etc. Les acteurs locaux, pour répondre à une situation problématique donnée, introduisent une nouvelle façon de vivre la participation démocratique indispensable à la dynamique des territoires. Ils analysent ensuite les impacts de ces projets et la place qu’ils occupent, entre démocraties représentative et participative. Plus des deux tiers des cas analysés constituent de véritables projets de gestion concertée, et bon nombre viennent compléter voire corriger l’action publique, qui paraît mal armée pour appuyer un processus décentralisé dynamique et multiforme. Alors que l’État se repose fréquemment sur les découpages territoriaux existants pour proposer une concertation, l’étude des initiatives locales montre qu’elles peuvent, soit conforter ces découpages, soit les mettre en cause et les redéfinir. Nombreuses, novatrices, ces initiatives méritent d'être mieux reconnues et soutenues afin de créer plus de synergies entre la gestion territoriale de l'environnement et les pouvoirs publics. Les auteurs plaident pour une meilleure prise en compte de ces initiatives par les pouvoirs publics, au sein d’une démocratie « coopérative », afin que démocraties participative et représentative se complètent plus harmonieusement et soient en synergie. La création d‘espaces de dialogue, producteurs de lien social, représente un enjeu majeur. Aussi, les auteurs suggèrent d’aller voir les nouvelles expériences publiques d’intervention qui ont lieu dans d’autres domaines – et qui sont caractérisées par la mise en réseau des acteurs, une formation de ceux-ci, l’audit et l’évaluation de la concertation, l’acquisition d’une audience – en mettant en lumière les passerelles entre les diverses approches. Brigitte Bouquet
 
Le temps des grâces
Dominique Marchais, 2011, DVD de 2 h 03, Capricci (www.capricci.fr), 16
Sorti en janvier 2011 en DVD, vous avez peut-être raté le film de Dominique Marchais. Pour combler cette lacune, courrez vous le procurer pour une diffusion entre amis ou entre voisins ! En deux heures et trois minutes, l’auteur réussit à concilier une réflexion très profonde sur le rapport de notre civilisation à la terre, l’état de l’agriculture française et l’histoire de son évolution, ainsi qu’une poésie évidente, dans les images comme dans le choix de certains témoignages. Formellement très soigné, construit de manière à ne pas lasser par de trop longues séquences d’interview ou des propos trop techniques, Le temps des grâces réussit la synthèse entre le documentaire militant et le film grand public. Le couple Bourguignon y explique la désolation des sols, Henri Baron prouve que l’on peut être et avoir été, Matthieu Calame incarne un mixte surprenant entre la tête et les jambes, Pierre Bergouniou fait sonner ses origines terrestres… Et les territoires cadrés par la caméra de Dominique Marchais collent toutes ces paroles en un tout qui nous ouvre les sens sur ce que nous voyons tous les jours, sans ne plus le comprendre. Avec deux messages qui servent de fil rouge : l’avenir de l’agriculture appartient à tous, et pas seulement aux paysans ; mais si nous ne les comprenons pas, seule l’impuissance sera partagée. Un film à voir et à labourer. À noter que les bonus, avec les débats des présentations en salle du film, forment une continuité intéressante.
Nicolas Leblanc
 
Projets culturels et participation citoyenne
Coordonné par Françoise Liot, L’Harmattan, 225 pages, 2010, 21,5 €
La culture a longtemps été assimilée à une préoccupation d’élites, que quelques représentants (comme André Malraux) eurent le louable souci de rendre accessible aux gens ordinaires. Pendant longtemps, « action culturelle » a été identifiée à « équipements culturels » et « animation culturelle », d’ailleurs assez dévalorisée par les érudits. Au-delà de ces césures anciennes, les auteurs tentent de démonter les approches des publics spécifiques et de proposer une approche de la diversité culturelle comme outil de citoyenneté. Les contributions réunies dans cet ouvrage proviennent d’universitaires et de praticiens. Le livre rend compte de pratiques (mais davantage du point de vue d’universitaires que des praticiens eux mêmes), qui ont pour point commun d’engager la participation des populations : pratiques d’installations photographiques à Bordeaux, commandes à des artistes sous l’égide de la Fondation de France, promotion de pratiques culturelles en hôpital, résidences d’artistes avec implication de la population locale au Blanc-Mesnil, maison des civilisations à la Réunion. Plusieurs textes rendent compte des pratiques anciennes, de l’éducation populaire aux initiatives urbaines d’aujourd’hui. Ainsi, cet ouvrage rapporte des expérimentations d’implication de populations, rendues actrices de moments culturels, et véritables supports de transformation sociale et politique. Quatre questions structurent tous ces textes : quelles représentations et quelles politiques de la culture ? Quels modes d’appropriation de la culture sont-ils possibles ? Quelle place pour la participation dans les projets culturels ? Comment prendre en compte la diversité culturelle ? Malheureusement, certains articles sont moins faciles à lire que d’autres. Au total, un dossier utile pour tous les acteurs soucieux de participation citoyenne dans l’élaboration et la mise en œuvre de projets culturels. Étienne Beaudoux
 
La France surendettée ?
Hervé Morel, Les petits matins, 2011, 224 pages, 16
Et si des modèles et solutions libéraux et keynésiens – ces choix économiques qui ne font qu'accentuer la dette que supporteront les prochaines générations – nous faisions table rase ? Hervé Morel, dans La France surendettée ?, fait ressortir les paradoxes de la pensée économique actuelle avec humour et pédagogie. Cet essai est peuplé des personnages des fables de la Fontaine : Perrette, son pot de lait et Jacquot, l'Huître et les Plaideurs... Mais aussi Bob Dylan et l'Avare de Molière. Grâce à des exemples réels et à des histoires, l'auteur explique, pose des questions et nous permet de comprendre les mécanismes et le vocabulaire de la finance et de l'économie. Le lecteur peut aussi vérifier ses acquis grâce aux points-clés à retenir à la fin de chaque chapitre. Un ouvrage pédagogique, donc, mais aussi de convictions pour sortir de l'impasse de l'endettement du pays. Lorsque l'État engage des dépenses non légitimées par la population (qu'il ne peut donc pas faire financer par des augmentations d'impôts) ou bien qui ne rapportent aucun revenu dans le futur, il emprunte et accentue ainsi la dette publique. Seul l'État a la possibilité de le faire sans devoir équilibrer son budget de fonctionnement (à la différence des collectivités locales). Ce qui lui permet de passer outre le refus des citoyens. L'endettement de la France montre en creux la crise de la démocratie. La réponse écologiste à la dette que propose l'auteur implique de penser les ressources en termes de stocks et non de flux (les ressources naturelles sont limitées et il faut gérer les déchets produits), « d'enchâsser l'économie dans un cadre moral » et de reconstruire du dialogue démocratique. Une réflexion et des propositions enthousiasmantes, qui montrent que les écologistes ont franchi une étape importante dans leur capacité à proposer un programme écologique, social et éthique pour 2012. Pauline Bureau
 
Agathe
Christophe Vadon et Pat Masioni, tome 1 : Agent S.I., tome 2 : Chargée de mission C.I., Grad 2011, 48 pages, 13,5
Agathe, étudiante en fin d’études, est curieuse de la planète et de ses habitants. Le tsunami fut pour elle un événement déclencheur qui l’a conduite à s’intéresser aux actions soutenues par des ONG ou des acteurs de coopération décentralisée. Création d’une crèche au Brésil, installation d’un dispensaire, projets de production maraîchère de groupements de femmes au Burkina Faso et mobilisation des pêcheurs pauvres du Sri Lanka : ce sont les différentes facettes d’actions de solidarité et de coopération internationale dans lesquelles elle s’implique avec son ami Cédric. Et la multitude des acteurs rencontrés en Europe et dans les pays du Sud sont présents dans les planches : militants associatifs, volontaires, organisations non gouvernementales, élus et agents des administrations. C’est un pari difficile de vouloir allier démarches ludiques et didactiques sur les thèmes de la solidarité internationale (tome 1 de la série) et de la coopération (tome 2). Certains ont déjà relevé ce défi dans le cadre de « l’éducation au développement », mais rarement de façon synthétique comme dans ces deux albums. Beaucoup d’informations (trop sans doute pour les moins concernés) sont diffusées à travers un dessin agréable et deux types de renvois : en fin de volume on trouve des lexiques sur quelques éléments clef du contexte (les acteurs de coopération, les types d’aide, les bailleurs de fonds, l’aide publique au développement, etc.) ; et sur le site du Groupe de réalisations et d’animation pour le développement figurent des développements supplémentaires. Les deux albums parus seront complétés par un troisième Agathe agissant ici, sans oublier là bas c'est-à-dire les pays du Sud. Pour les jeunes intéressés par les initiatives de solidarité / coopération et pour les moins jeunes tout autant concernés par la coopération décentralisée et le travail des ONG, deux bandes dessinées à lire et à faire lire. Étienne Beaudoux
 
Une monnaie nationale complémentaire
Philippe Deruder et André-Jacques Holbecq, Yves Michel 2011, 180 pages, 12
Suite utile au dossier de Territoires sur les monnaies complémentaires locales (n° 515), l’ouvrage propose la mise en place d’un projet de monnaie complémentaire nationale, appelé Espace économique complémentaire sociétal (ECS). Bien sûr, parler monnaie fait toujours peur : domaine réservé aux économistes, voire même domaine réservé… aux seuls Dieux et autres mains invisibles, du marché comme d’opérette. Pourtant, comme nous l’avons souvent défendu ici, et comme de nombreux citoyens le répètent de plus en plus, il est urgent de se réapproprier les débats sur les systèmes monétaires. Tout apport allant en ce sens est bienvenu, surtout quand, comme dans cet ouvrage, il fait l’effort pédagogique d’être accessible au plus grand nombre, et adopte un point de vue politique enthousiasmant. Il s’agit avant tout d’un exercice mental consistant à casser du dogme économique comme d’autres fendent du bois pour se défouler. Non, l’argent ne manque pas sur Terre. Non, l’économie n’est pas « naturellement » productrice de pauvreté et d’inégalités. Non, il n’est pas interdit de penser par soi-même et d’inventer des modèles complémentaires dont on contrôle enfin les finalités, les objectifs et les moyens d’actions, par une revivification de la démocratie qui trouverait, enfin, par ce système, de nouveaux champs de délibérations véritablement porteurs d’enjeux. Un livre qui vaut plus que son prix en euros. N. L.
 
Mai 2011
 
Guidebook to Direct Democracy
Bruno Kaufmann, Rolf Büchi, Nadja Braun, Initiative and Referendum Institute Europe, 2010, 275 pages, www.iri-europe.org (lecture en ligne, téléchargeable, ou sur commande 20 € pour l’édition papier)
Cela peut paraître paradoxal de proposer un guide d´utilisation de la démocratie directe, mais ce livre répond avant tout à un déficit de connaissances sur le sujet. La démocratie directe est encore trop réduite à une forme de pulsion de démocratie inadaptée aux enjeux politiques contemporains et reste cantonnée à l´exotisme d´un petit pays, la Suisse. Ce livre montre au contraire que l´histoire de la démocratie directe en Suisse est liée à la mise en place d´une culture politique du compromis et de la discussion. Il commence par décrire le quotidien d´une zürichoise, et montre comment cette citoyenne, qui sans être une professionnelle de la politique, est très impliquée par sa citoyenneté « active » : votations, élections et campagnes référendaires font partie de ses préoccupations et tiennent une place importante dans sa vie. On apprend également que l´outil a besoin d´être perfectionné et qu´une procédure a des chances d´être efficace si elle est bien préparée et si le sujet est bien posé. Toutes les questions sont abordées, sans aucun tabou : si la démocratie a un coût, celui-ci est pondéré par l´amélioration de l´efficacité économique, car les décisions prises démocratiquement à l´issue d´un débat permettent de faire émerger les enjeux de telle ou telle question. Les limites de la démocratie directe sont également abordées avec, en particulier, les types de votes discriminants : la Constitution a ainsi un rôle fondamental dans la protection des droits individuels et dans le calibrage de ces procédures. Le citoyen n´est pas incompétent lorsqu´il peut voter sur un sujet qui affecte son quotidien, il est au contraire capable de faire progresser le débat public et de s´organiser pour faire prévaloir son avis. Ce guide 2010, qui est réédité et enrichi de version en version, a le mérite d´éclairer toutes les personnes intéressées et engagées dans la participation citoyenne. Très utile, au moment où le traité de Lisbonne ouvre une possibilité inédite de démocratie participative au niveau européen. Et si la démocratie directe constituait l´avenir de nos oligarchies politiques fatiguées ? Christophe Premat
 
Services en milieu rural : nouvelles attentes, nouvelles réponses
Coordonné par Jean-Claude Bontron, Odile Plan, Jean-François Ayats et Maurice Guéneau, Pour, revue du Groupe de recherche pour l’éducation et la prospective (Grep), n° 208, janvier 2011, 20
En ces temps de mobilisation pour la défense des services dans les territoires ruraux, cette livraison de Pour place le projecteur sur quelques tendances fortes des évolutions à l’œuvre en milieu rural : l’élargissement du territoire local d’appartenance, le glissement de la notion de service public vers celle de services au public, apportés par des acteurs publics et privés (marchands et d’économie sociale). La première partie consacrée à « l’accès aux services, facteur d’équité sociale et territoriale » évoque la culture dans les campagnes, la fin de la justice accessible à tous, et l’école en milieu rural, maintenue grâce à la mobilité (transports scolaires) et à la réorganisation du maillage scolaire, avec un effet de « dissémination » caractéristique des territoires ruraux actuels. Les législations européennes, à l’œuvre derrière toutes ces évolutions, sont décortiquées. La seconde partie traite des « services, facteurs d’attractivité et de compétitivité », avec des leviers pour agir : une approche globale, la valorisation de l’existant, l’innovation, l’utilisation des nouvelles technologies d’information, le partenariat public-privé et les secteurs d’économie solidaire. À noter d’utiles fiches-expériences à travers la France. La troisième partie porte sur « les services, champs d’innovation sociale ». Des illustrations variées : la mutualisation des services dans la communauté du Val-de-Drôme, les régies de quartier et de territoire, le dernier café du village, le transport à la demande avec l’exemple du Soissonnais. Et l’introduction d’une réflexion stimulante sur la construction d’interventions articulées. La quatrième partie porte sur « les services, nouveaux gisements d’activités et d’emplois ». L’article « Les innovations d’une agriculture durable pluriactive, associée à des services émergents » débusque six gisements d’activités à fort potentiel d’emplois : les mesures agro-environnementales, la relance du cheval de trait, les animaux de compagnie, les attractions touristiques, les activités de nature, les produits agro-naturels. Ce numéro pourra servir aux élus et citoyens-acteurs pour faire un bilan des services dans « leur » milieu rural et à initier un effort d’imagination créatrice. Étienne Beaudoux
 
Vieillir dans la pauvreté
Sous la direction de Didier Gelot et de Jean-Pierre Bultez, La documentation française, Problèmes économiques n° 977, octobre 2010, 104 pages, 9,9 €
Ce numéro de Problèmes économiques est un recueil d'articles qui fait le point sur ce sujet crucial. On a beaucoup parlé de la pauvreté des jeunes, justifiant des mesures d'extension du revenu minimum. On a évoqué aussi les jeunes ménages (notamment les familles monoparentales) avec enfants, dont un sur cinq est en dessous du seuil de pauvreté. Par rapport à ces classes d'âge, les seniors partant à la retraite apparaissaient comme privilégiés, avec un départ idyllique pour une nouvelle vie, avec du temps, des revenus appréciables et une bonne santé... Un formidable progrès par rapport aux années 60, où la part des vieux « économiquement faibles » était de 30 %. Sous l'effet conjugué de l'investissement massif du marché du travail par les femmes et de l'amélioration des droits à la retraite, les 60 ans et plus ont atteint dans les années 2000 un niveau de revenu presque égal à celui des actifs. Mais ces acquis sont fragiles et apparaissent aujourd'hui menacés, comme le signalent les associations caritatives qui voient arriver aux côtés des publics habituels de nouvelles catégories de précaires, de plus en plus nombreuses, cantonnées dans la survie... La réforme des retraites de 2003 (loi Fillon) produit ses premiers effets sur la baisse des revenus des retraités, avec une accentuation particulière pour quatre catégories : les femmes, notamment les familles monoparentales ; les plus de 75 ans qui entrent progressivement dans la dépendance ; les immigrés vieillissants, dans un habitat indigne et privés d'accès aux soins ; les habitants des zones rurales. L'amélioration du niveau de vie des personnes âgées a cessé de progresser depuis 2004 et régresse aujourd'hui : en quelques années, la proportion qui était passée de 7 % en dessous du seuil de pauvreté (1984) puis stabilisée, est remontée à 10 %. On voit aussi s'effriter les solidarités intergénérationnelles, car les seniors ne peuvent plus aider leurs enfants comme autrefois. L'augmentation de la durée de vie n'est pas forcément une bonne nouvelle pour le grand âge. Une véritable régression sociale qui fait craindre une paupérisation massive et le retour de la grande précarité chez les plus de 60 ans. Un ouvrage utile et fort bien fait, qui plaide une fois de plus contre la réforme des retraites de 2010 et ses effets désastreux sur la fin de vie de nos aînés, notamment les plus fragiles. Jacqueline Lorthiois
 
Horizons alimentaires
Cyril Andrès et Damien Lagrnge, Bleue comme une orange et Escales productions, DVD de 66’, 18www.bleucommeuneorange.org
Cinq reportages à la suite, d’une dizaine de minutes chacun, forment ce film tout en simplicité révolutionnaire. Le fil rouge est on ne peut plus intime, et à la fois tout ce qu’il y a de plus collectif, de plus citoyen, de plus politique : l’alimentation. Sa grande valeur est de montrer des expériences qui donnent réellement envie, parce qu’elles ne paraissent pas hors de portée, tout en repoussant nos barrières habituelles. L’itinéraire commence sur un espace test agricole, un « germoir » où des candidats à l’installation agricole se testent, grandeur nature, et sont accompagnés dans leurs projets non conventionnels. L’urgence de renforcer l’éclosion de ce type de projets, la simplicité des moyens utilisés questionnent : pourquoi n’y a-t-il pas des « germoirs » dans tous les départements ? Cette interrogation sur la généralisation des expériences présentées est présente tout au long du film, que ce soit dans la séquence suivante, sur les jardins partagés, ou dans la très belle initiative d’« ateliers cuisine » au sein d’une entreprise d’insertion, Le Chênelet. Viennent ensuite une séquence qui prouve que le bio local dans les cantines, même rurales, c’est autant souhaitable que possible, et une autre présentant le compostage citoyen, ultime étape d’une alimentation enfin reliée à la terre. Assurément un très bon support de débat et / ou de mobilisation autour de projets, les pieds sur terre. Nicolas Leblanc
 
L'oligarchie, ça suffit, vive la démocratie
Hervé Kempf, Le Seuil, 2011, 192 pages, 14
Hervé Kempf continue à pointer la responsabilité des riches et des puissants dans l'impasse où nous sommes. Dans le capitalisme finissant, ils ont intérêt à faire croire au peuple qu'il vit en démocratie. En réalité, quelques-uns décident pour tous. Beaucoup, même certains écologistes (Hulot, Lovelock...) expriment leur méfiance à l'égard d'une démocratie décidément pas à la hauteur des enjeux. Le système qui s’installe a un nom, l'oligarchie, et les oligarques sont les riches, qu'on peut aussi nommer ploutocrates ; les 1 % qui, dans tous les pays riches, ont vu en vingt ans leur fortune doubler. Warren Buffet déclare que si lutte de classes il y a, c'est la classe des riches qui la gagne... Les clubs, Trilatérale, groupe Bilderberg, etc. concertent ces puissants, sans que les journalistes s'en préoccupent. Leur stratégie pour « gagner plein de fric » (dixit Dominique Strauss-Kahn), suppose avoir la virtuosité de passer du public au privé, de préférence dans des entreprises qu'on a suivies dans les cabinets... Suit un vertigineux palmarès où se côtoient diverses tendances politiques. Marchandisation générale de la sphère publique, financiarisation accélérée de l'économie dans le même temps, assèchement des budgets publics, concurrence privée favorisée, les lobbyistes qui font les lois, la télévision qui « paralyse le jugement »... Pourquoi ne nous révoltons-nous pas ? Ce constat sans issue coïncide avec celui d'une catastrophe écologique, un « effondrement », que la sacro-sainte « croissance » ne fera qu'accélérer. Kempf démontre que si l'on s'en tient au problème climatique, l'objectif d’une élévation de température limitée à 2°C ne sera tenu qu'en maintenant le revenu moyen en 2050 à son niveau actuel. Seule solution, la baisse des revenus des plus riches : « L'appauvrissement matériel des occidentaux est le nouvel horizon de la politique mondiale. » Refusant tout pessimisme, l'auteur pronostique que l'ampleur même des risques et des changements à entreprendre entraîne ipso facto vers une démocratie planétaire. Les références à Hérodote ou Périclès, les exemples de petites ou grandes victoires acquises en résistant donnent envie de croire que la catastrophe est évitable. Kempf ne donne pas de recettes, seulement des pistes, et nous renvoie à notre responsabilité collective. Et à un retour à la vertu, « ce sentiment d'une droiture humaine tournée vers les autres »... Michel Wilson
 
La terre qui meurt
Françoise Choay, Fayard, 2011, 100 pages, 12
Françoise Choay est philosophe et historienne des théories et des formes urbaines et architecturales. Autrement dit, elle porte un regard aussi rare que précieux sur notre monde. La terre qui meurt est un rapprochement bref et saisissant de deux textes de l’auteur, le premier, Espacement, ayant été publié pour la première fois en 1969, et le second, Patrimoine, quel enjeu de société, est inédit et contemporain. Si le premier est un parcours dans l’évolution de l’aménagement urbain vu comme fondement des sociétés humaines, le deuxième se penche sur la place du monument, puis du patrimoine dans le lien de ces mêmes sociétés humaines avec leur environnement, et au final avec leur propre dimension humaine. Autant dire que ce court ouvrage, totalement inclassable, et surtout sa seconde partie, relève les défis à la fois de « synthétiser » quarante ans de travaux de l’auteure (et de nombreux autres penseurs cités) en quelques pages, ce que l’ego de nombreux chercheurs pousse souvent à rendre purement impossible ; et en même temps de nous amener à une réflexion (certes esquissée, notamment concernant la révolution « électro-télématique ») sur le futur de l’Homme à partir d’un point de vue épistémologique restreint : l’étude des établissements urbains, voire les seules notions de « monument », « monument historique » et « patrimoine ». Un cri d’alarme qui ne convaincra peut être pas tous les lecteurs, mais qui a la force d’une pensée érudite, transversale et qui a laissé le temps long remplir sa « fonction créatrice ». N. L.
 
Sociologie de Lyon
Jean-Yves Authier, Yves Grafmeyer, Isabelle Mallon et Marie Vogel, La Découverte, 2010, 128 pages, 9,5
Lyon, troisième ville de France, ancienne capitale des Gaules, est associée à des images contradictoires : bourgeoise ou populaire, catholique ou franc-maçonne, industrieuse ou épicurienne, repliée sur elle-même ou ouverte…, qui sont autant de constructions sociales qui ont participé à la construction de son identité au cours de son histoire. Mais c’est aussi une ville qui change : de la « colline qui prie » (Fourvière) à celle qui « travaille » (la Croix-rousse), pour reprendre la formule de Michelet, elle a déplacé son centre de gravité et s’étend aujourd’hui sur la « Presqu’île », et vers l’agglomération. Les politiques volontaristes de ces dernières décennies ont permis d’intégrer des quartiers à forte identité dans une entité plus large, et les grands chantiers ont quelque peu modifié la forme de la ville et les pratiques de ses habitants. Elles ont contribué à sa transformation par la tertiarisation et la diversification de l’économie, par l’ouverture sur la société des savoirs via, entre autres, un investissement sur la recherche, et par un fort développement culturel. Celui-ci intègre valorisation du patrimoine et ouverture sur la création contemporaine et impacte la fréquentation touristique en donnant l’image d’une ville plus jeune, plus dynamique et qui acquiert peu à peu un statut international ; qui reste cependant à conforter. D’où aussi une certaine gentrification de la ville. Mais les inégalités socio-spatiales y persistent et, malgré une communauté urbaine puissante et dynamique, l’identité de la ville-centre reste forte et ne rejaillit pas sur les périphéries. Ce sont là quelques-uns des défis à relever. Bernard Bier
 
avril 2011
 
Adieu à la croissance. Bien vivre dans un monde solidaire
Jean Gadrey, éditions Alternatives économiques, 192 pages, 15 €
Après les décroissants Latouche et Ariès et le stimulant Tim Jackson, Jean Gadrey synthétise à son tour sa vision d’une société sans croissance. Le PIB et sa croissance comptabilisent le « beaucoup produire » d’une société, mais divergent du bien-être du peuple, et sont antagonistes du respect de l’environnement. Le système de production contemporain n’est « pas fait pour répondre à des besoins mais pour produire des désirs à des fins lucratives, (il) est particulièrement nocif pour les pauvres ». Construire une société post croissance peut être désirable. Face à la chute des gains de productivité, elle répondra par plus de qualité. Gadrey a d’ailleurs un verdict sans appel sur les Trente Glorieuses, dont « les externalités écologiques et sociales nous retombent dessus et vont continuer de le faire pendant très longtemps ». La production « durable » est riche en travail de qualité : elle représenterait 300 à 400 000 emplois de plus dans une agriculture écologique, le solde positif de 600 0000 emplois du scénario Négawatt, sans compter les emplois liés à un commerce relocalisé et à une offre de transports en commun accrue ? Sur ces points, Gadrey s’oppose aux décroissants. Alors, quelles solutions ? Celles qui existent déjà ! Pour sortir de la crise écologique, il faut s’attaquer à la crise sociale. Gadrey souhaite définir concrètement l’amélioration du bien-être pour tous dans une trajectoire sans croissance. À commencer par une efficace redistribution : 10 % prélevés sur les 10 % les plus riches amélioreraient le sort des 20 % du bas de l’échelle. Et pour les pays pauvres, le « bien vivre » peut venir d’une croissance verte, mais pas de celle du PIB. Loin de la « fin de l’histoire », des acteurs construisent des alternatives : la société civile, ses collectifs et associations, l’économie sociale et solidaire, les militants de la gratuité des monnaies locales ; certains relais institutionnels attentifs. À court terme, les moyens financiers mieux redistribués peuvent alimenter ce projet de société : socialiser la finance est donc une urgence absolue. Une lecture tonique, porteuse d’espoir. Puisse-t-elle inspirer les rédacteurs des programmes politiques de la période qui vient ! Michel Wilson
 
Jeunes mineurs en associations. Quels impact sur leurs parcours ?
Stéphanie Rizet, cahiers de l’Injép n° 28, 2010, 12
Comment traduire et accompagner les mineurs dans cette « injonction à participation » si commune dans nos politiques publiques locales ? Stéphanie Rizet, par sa recherche, attire notre attention sur une initiative peu connue : celle des Juniors associations, qui ont concerné 30 000 jeunes depuis dix ans. Les jeunes manquent d’expérience ? Donnons-leur l’occasion d’en avoir avant 18 ans en s’impliquant – avec l’accompagnement d’un référent local et l’adhésion à un réseau national – dans des structures parrainées par des « adultes » et concernant ce « no man’s land » des 13-18 ans. On peut voir dans les grands réseaux d’éducation populaire (comme la Ligue de l’enseignement) et Défis jeunes (puis Envie d’agir) autant de parrains possibles. Le travail de Stéphanie Rizet ne s’arrête pas à la présentation de ce dispositif ; le cœur de son projet, c’est de nous montrer les effets que la participation à l’animation de ces Juniors associations a eu sur les parcours de ces jeunes gens. Si l’expérience commune prend souvent fin avec le bac, Rizet relève des effets durables sur l’engagement citoyen… et le rôle majeur des tuteurs : « Monique, elle ne faisait pas tout, elle était là, pas loin ». En permettant à ces milliers de jeunes d’inventer leurs réponses, la démarche Juniors initiatives analysée de façon fine et convaincante par Stéphanie Rizet nous apprend beaucoup sur l’implication citoyenne à tous les âges et sur les manières multiformes dont se constituent et se reconstituent les réseaux sociaux de la jeunesse. Philippe Tizon
 
Graine d’ananar - Pierre-Joseph Proudhon
Ouvrage collectif réalisé par l’Urrafa, éditions du Monde Libertaire, 2009, 80 pages, 5 €
Toujours s’efforcer de distinguer une œuvre de son auteur, voilà un réflexe qui devrait nous éviter bien des écueils ! Parfois, néanmoins, il peut arriver que ce ne soit pas tout à fait l’auteur en lui-même qui nous révulse mais, plutôt, certains aspects de son œuvre. La vie de Pierre-Joseph Proudhon, par exemple, n’hérisse que rarement ceux qui trouvent la force de supporter son épouvantable style. Par contre, qu’il se mette à proférer quelques propos peu amènes à l’égard de la gente féminine, « certains, jouant les blasés ou les puristes, [n’hésiteront] guère à jeter aux orties l’ensemble de l’œuvre proudhonienne en se contentant de quelques arguments rapides, notamment sur son phallocratisme », malheureusement bien réel, comme en témoignent les 10e et 11e études de son ouvrage majeur : De la justice dans la Révolution et dans l’Église. Faut-il mettre à l’index l’œuvre de Proudhon au motif qu’il avait une conception plutôt rétrograde du rôle de la femme et voulait, par ailleurs, déclarer légalement excusable le meurtre, par le premier venu, d’un pédéraste pris en flagrant « délit de sodomie » ? Si nous ne devons pas hésiter à critiquer durement certains aspects de sa réflexion, nous devons aussi être conscients de ce que le Bisontin a apporté à la pensée. En effet, « ce n’est certainement pas perdre son temps que de se replonger dans les écrits de Proudhon, auteur d’une rare finesse politique et qui fut assurément un grand novateur ». Cela, l’ouvrage bien emmené d’un collectif d’anars rhône-alpins nous en convainc aisément. Grâce à eux, la pensée de Proudhon, pourtant difficile à résumer, n’a bientôt plus guère de secrets pour le lecteur, qui n’oubliera pas, s’il veut en savoir plus, de se reporter aux ouvrages du Franc-comtois, pour la plupart en ligne sur gallica.fr. Samuel Bon
 
Laïcité, mode d’emploi. Cadre légal et solutions pratiques : 42 études de cas
Dounia Bouzar, Eyrolles éditions d’organisation, 2011, 175 pages, 19
Des revendications religieuses viennent perturber de plus en plus fréquemment le bon fonctionnement des écoles, des structures sociales ou d’animation, des hôpitaux ou encore des entreprises, et provoquent parfois un malaise de l’ensemble des personnels ou usagers, laissant leurs responsables souvent très démunis. C’est à ce besoin que répond l’ouvrage de Dounia Bouzar, ancienne éducatrice PJJ, docteure en anthropologie du fait religieux et aujourd’hui consultante. Elle ne vise pas ici à entrer dans des débats théoriques autour de la laïcité, mais d’étudier très concrètement des situations-problèmes. Il ne s’agira surtout pas de mobiliser des arguments théologiques sur ce que seraient de « bonnes » pratiques religieuses (l’auteure insiste à juste titre sur ce point), mais de se référer à la loi (exigence de laïcité qui impose le respect et le droit de chacun à l’exercice de sa religion) et à des objectifs de bon fonctionnement de l’organisation concernée.À partir d’études de cas tirés de champs professionnels variés, relevant du service public (financement politique et associations religieuses, statut de fonctionnaire et neutralité, gestion des activités proposées par les structures municipales, gestion des élèves à l’école et au collège, gestion des usagers de l’hôpital) ou de l’entreprise (gestion d’un comportement, des pratiques religieuses, des signes religieux), elle clarifie à chaque fois la problématique, définit les éléments clés du débat, rappelle ce que disent la loi et la jurisprudence, avant de proposer systématiquement des réponses pragmatiques, conformes à la laïcité et à une éthique politique et éducative. Ce livre se révèle un vade mecum utile, mieux, indispensable aussi bien pour les acteurs de politiques publiques (État, collectivités ou associations) que pour les responsables de ressources humaines en entreprises. Bernard Bier
 
Les places et les chances. Repenser la justice sociale
François Dubet, Seuil / La république des idées, 2010, 119 pages, 11,5
Voici un ouvrage important, qui pose les bases d’une reconceptualisation de la justice sociale à gauche, préalable indispensable, aux yeux de François Dubet, à la mise en œuvre d’une offre programmatique progressiste, cohérente et convaincante. L’ouvrage distingue de façon didactique deux conceptions de la justice sociale, en présentant leurs avantages et limites respectifs. L’égalité des chances, aujourd’hui dominante, propose de créer les conditions permettant à chaque individu de partir à égalité sur la ligne de départ de la compétition sociale, les hiérarchies en découlant n’étant dès lors plus que le reflet du mérite de chacun. Si une telle approche est séduisante, elle supposerait des transformations radicales, comme l’abolition de la famille (pour éviter toute transmission culturelle susceptible de fausser le jeu social) ou celle de l’héritage, alors que la baisse des droits de succession rencontre aujourd’hui un fort assentiment au sein de la population. Mais l’argument central de Dubet contre l’égalité des chances est que l’idéologie du mérite risque (tel qu’on l’observe depuis trente ans avec le déclin de l’État - providence) d’accroître les inégalités : puisque toutes les positions sociales sont le fruit du mérite individuel, les inégalités seraient désormais justes. L’auteur met en garde cependant contre une vision trop caricaturale de l’égalité des chances, qui n’y verrait que la traduction idéologique du tournant néo-libéral, puisque l’idéologie du mérite est également au cœur du fonctionnement de l’école républicaine, avec tous les travers qu’il a pu démontrer dans ses ouvrages précédents. Compte tenu de ces limites, Dubet prend position pour l’égalité des places, qu’il définit comme la volonté de limiter les écarts entre positions sociales, revenus ou statuts : « Il s’agit moins de promettre aux enfants d’ouvriers qu’ils auront autant de chances que les enfants de cadres de devenir cadres eux-mêmes, que de réduire l’écart des conditions de vie et de travail entre les ouvriers et les cadres. » L’idéal-type de ce modèle n’est autre que l’État - providence à son apogée, caractérisé par de puissantes politiques redistributives. Mais pourquoi prendre une position qui pourrait paraître archaïque, en défendant un modèle qui semble avoir fait faillite ? Dubet avance ici deux arguments convaincants. Tout d’abord, un système social marqué par de moins grands écarts entre les places est meilleur pour tout le monde, riches comme pauvres. Il souligne en particulier les effets négatifs en termes de santé physique et psychique des systèmes les plus inégalitaires, où le stress et la peur du déclassement sont décuplés du fait que chacun a toujours beaucoup à gagner ou beaucoup à perdre compte-tenu de l’écart entre les places (La peur du déclassement. Une sociologie des récessions, Éric Maurin, La république des idées, 2009). Mais, surtout, l’égalité des places serait plus favorable à la mobilité sociale que l’égalité des chances. Avec cette dernière, en effet, les perdants de la compétition sociale sont tellement exclus que leurs enfants n’ont que très peu de chances de ne pas reproduire la position de leurs parents. À l’inverse, quand les places sont plus resserrées, les plus démunis ne sont jamais suffisamment exclus pour perdre toute chance d’ascension sociale. Si la démonstration de Dubet est convaincante, le lecteur reste néanmoins sur sa faim quand aux conditions permettant de restaurer une égalité des places efficace, même si l’auteur évoque le modèle danois de la « Flex-sécurité ». Si on peut imaginer qu’une révolution fiscale (Pour une révolution fiscale. Un impôt sur le revenu pour le XXIe siècle, Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez, La république des idées, 2011) rendant l’imposition réellement progressive pourrait aider, les déclinaisons précises d’une nouvelle égalité des places restent à définir, sous peine de faire de cet ouvrage un simple plaidoyer posthume pour un État-providence à bout de souffle, qui n’arrive plus à assurer sa fonction d’égalisation des conditions dans un contexte de mondialisation. Julien Talpin
 
Village toxique
Grégory Jarry et Otto T., éditions FLBLB et Le nombril du monde, 2010, 60 pages, 13
20 février 1987. Maires et conseillers généraux de neuf communes des cantons de Moncoutant et Secondigny sont informés que le sol granitique des Deux-Sèvres est en course pour obtenir l’installation d’un centre d’enfouissement des déchets nucléaires. Village toxique raconte la suite, c’est-à-dire les trois années de lutte des acteurs locaux opposés au projet.
Un travail très bien documenté qui repose sur les témoignages d’acteurs recueillis par le scénariste Grégory Jarry, recoupés et complétés par les informations parues dans la presse locale de l’époque. Un album de BD qui a été réalisé en parallèle avec la mise en scène, en 2010, d’une pièce du même nom, à l’initiative du Nombril du monde, association basée à Pougne-Hérisson (Territoires n° 454) qui organise un festival du même nom et des projets culturels à l’année. Contrairement aux codes habituels de la bande-dessinée, point de bulle, mais un texte assez dense appuyé par des dessins minimalistes qui complètent la narration. On apprécie la valeur informative et pédagogique de ce récit (narré par Yves Mourousi !), particulièrement les premières pages qui retracent l’histoire de la production de l’énergie nucléaire et de ses institutions. Les amateurs d’humour au second degré y trouveront leur compte, les autres se lasseront plus vite d’un texte faussement candide, générateur de décalages quelquefois à double tranchant. Mais l’intérêt majeur de Village toxique est avant tout de mettre l’accent sur l’engagement des populations locales, sur le sens du combat citoyen mené jusqu’au bout. Sabrina Costanzo
 
mars 2011
 
Quai d’Orsay
Abel Lanzac et Christophe Blain, Dargaud, Tome 1, 2010, 15,5 €
Arthur Vlamink, jeune doctorant étiqueté à gauche, est engagé au cabinet de Dominique de Villepin, pardon d’Alexandre Taillard de Worms (toute ressemblance entre les deux personnages n’est nullement fortuite), ministre des Affaires étrangères, comme chargé du « langage », c'est-à-dire de la rédaction des discours. Scénario inhabituel pour une BD de Christophe Blain plutôt habitué à manier les récits d’aventure avec Isaac le pirate ou Gus le cow-boy. Mais qui fait une entrée très remarquée et brillamment réussie dans le monde des récits égratignant le monde politique. Contrairement à toutes les BD parodiques ou satiriques qui ont Nicolas Sarkozy en ligne de mire ou qui jouent souvent sur la théorie du complot, le récit d’Abel Lanzac et de Christophe Blain ne se cantonne pas à la raillerie mais s’ouvre à la description en finesse du quotidien d’un cabinet ministériel et de la personnalité d’un ministre. Rien n’est d’ailleurs épargné à Taillard de Worms et à son cabinet : discours officiels, négociations internationales et gestion de crises inopinées s’enchaînent à un rythme effréné, que la très théâtrale mise en scène de Blain contribue à renforcer. Les grandes envolées lyriques du ministre, qui le rendent à la fois brillant et ridicule, prennent toute leur saveur grâce au dessin vif et hyper expressif de Blain. Ministre versatile et influençable, crise internationale dénouée en sous-main… : on imagine que si toutes les décisions ne sont pas prises tel que décrit par Blain et Lanzac, on n’est pas très loin de la vérité, l’actualité nous l’ayant montré à maintes reprises. Ce qui explique que l’on rit en lisant Quai d’Orsay tout en se disant que l’on a du souci à se faire. Sabrina Costanzo
 
Formation professionnelle : nouvelle gouvernance et sécurisation des parcours
Revue Pour n° 207, octobre 2010, 20
La formation tout au long de la vie est devenue un credo porteur pour répondre à la fois au problème du décrochage scolaire et à la demande de requalification professionnelle. La revue Pour a très tôt affirmé la nécessité d´une éducation permanente pour la formation des individus et leur évolution sur le marché du travail. Certes, si la formation continue et la mobilité professionnelle vont de pair, elles peuvent s´accompagner dans le même temps d´une forme d´insécurité sociale. S´agil-il de construire ce paradigme uniquement en fonction des besoins du marché ou, au contraire, pour éviter que les reproductions des inégalités sociales impactent définitivement le destin professionnel des individus ? C´est clairement la deuxième option qui est défendue, grâce à l´intervention de spécialistes et de politiques en charge de la formation professionnelle (Yann Auvray, directeur pédagogique de l´Institut national de formation et d´application, Pascale Gérard, vice-présidente de la région Paca déléguée à la Formation professionnelle, Jean-Paul Denanot, président du conseil régional du Limousin et de la commission formation professionnelle et apprentissage de l´Association des régions de France, David Mazurelle, directeur général du Fongecif Île-de-France). Les régions ont toute leur place dans cette démarche d´accompagnement des stratégies de requalification professionnelle aux côtés de l´État qui, après une longue absence, s´est réinvesti dans cette thématique à travers la loi du 24 novembre 2009. Une fois le tableau brossé et l´importance des collectivités locales soulignée, nous aurions aimé avoir une synthèse plus forte avec des objectifs concrets à atteindre. Les directeurs de ressources humaines des entreprises gagneraient davantage à être sensibilisés à cet aspect : la gestion des compétences pourrait être une manière de revaloriser les compétences et de participer à l´effort de requalification professionnelle des employés. Si les collectivités locales et les acteurs de l´emploi arrivent à énoncer clairement les principes de la mobilité professionnelle de demain dans l´optique de la formation continue, alors nous aurions peut-être une véritable politique de l´emploi non dépendante des besoins immédiats du marché. Christophe Premat
 
Design des politiques publiques
La 27e région, la Documentation Française, 2010, 164 pages, 18 €
L'imagination au pouvoir, voilà l'ambition du programme de la 27e région. En portant haut l'idée d'innovation sociale, la première session de l’appel à projets de ce cabinet a permis d'accompagner « des microprojets expérimentaux mobilisant la participation des communautés locales pour simuler, tester des idées et déboguer des problèmes ». Durant deux ans, ce sont onze territoires qui ont reçu des équipes pluridisciplinaires (designer, sociologue...) en résidence pour qu'ils travaillent durant trois mois avec les utilisateurs pour coconstruire des services publics innovants. Car l'un des principes de ces expérimentations repose sur le fait qu'il faut remettre l'utilisateur au centre de la conception en se basant sur sa propre expérience, et les designers savent inventer des outils pour dialoguer et tester rapidement ces innovations après une période d'immersion. Que deviennent ces expériences après le départ des équipes ? Parfois, les idées sont oubliées, faute d'accompagnement, mais bien souvent les projets continuent de se transformer, car les participants une fois mobilisés savent profiter de cet interstice pour continuer d'innover. Le pari de réouvrir des zones de test semble tellement réussi qu'un nouveau programme va bientôt voir le jour ; il consistera à accompagner des régions pour une autre façon de concevoir l'action publique, basée sur la recherche et le développement. Gilles Pradeau
 
La centrale
Elisabeth Filhol, POL, 2010, 141 pages 14,5
Yann, le narrateur du roman, est ce que l’on appelle un DATR (« directement affecté aux travaux sous rayonnements »), un « nomade du nucléaire », nom retenu par la presse pour désigner ces ouvriers contraints de se déplacer parmi les dix-neuf centrales qui alimentent le réseau ÉDF, « afin que tout un chacun puisse consommer, sans rationnement, sans même y penser, d’un simple geste ». Concrètement, le métier de Yann consiste à nettoyer les réacteurs lors « des arrêts de tranches » afin que soient effectués une maintenance du réacteur et un rechargement en combustible. Le monde principalement masculin des DATR, habitués à travailler dans des conditions qui laissent songeur, se divise en deux grandes catégories : celle des « gars valables qui jouent à se détruire à petit feu, tu ne sais pas pourquoi » et celle de ceux qui travaillent pour vivre en vendant leur corps au prix du kilo de « viande à Rem », l’ancienne unité de mesure des radiations sur un organisme, devenue le Sievert. Pour les premiers, ce qui compte, « c’est le danger, la certitude tous les jours de pouvoir se mettre en danger, qui n’est pas à la portée de n’importe quelle tâche dans une industrie quelconque ». Pour les seconds, il s’agit surtout de ne pas « recevoir la dose de trop, celle qui va vous mettre hors jeu jusqu’à la saison prochaine » : « vingt millisieverts, la dose maximale d’irradiation autorisée sur douze mois glissants. » Et lorsque cela arrive, qu’ils deviennent « le cas sur lequel on déroule la procédure » tout s’effondre : « douze mois ferme » sans pouvoir travailler. Dans tous les cas, et même si la question du logement ne cesse jamais de se poser – trouver « quelque chose de correct à un prix raisonnable » –, les premiers comme les seconds trouvent facilement du travail : les agences d’intérim, « qui poussent autour des centrales comme des champignons », les accueillent à bras ouverts. Ne reste plus, après, pour certains, qu’à trouver le moyen de satisfaire ce besoin essentiel de « se mettre en roue libre de la pensée », pour que « les mauvaises pensées ne reviennent pas en force » et prévenir « un engagement massif de tout le corps contre la volonté ». Le moyen, en quelques mots, de trouver le courage de perdre sa vie à la gagner, soit une triste perspective dont Elisabeth Filhol sait nous faire partager tout le sens tragique. Samuel Bon
 
Une vraie retraite à 60 ans c’est possible
Gérard Filoche et Jean-Jacques Chavigné, éditions Jean-Jacques Gawsewitch, 2010, 222 pages 18,90
À l’automne dernier, la question des retraites défrayait encore la chronique pendant que de nombreuses manifestations drainaient des millions de Français dans les rues des principales villes de l’Hexagone. Depuis, c’est vrai, le soufflé est légèrement retombé. Cela ne doit néanmoins pas nous dissuader de lire Une vraie retraite à 60 ans c’est possible, de Jean-Jacques Chavigné et Gérard Filoche, tous deux rédacteurs de la très intéressante revue Démocratie & Socialisme (http://www.democratie-socialisme.org). Car, ne nous y trompons pas, les retraites n’ont pas fini de faire couler de l’encre. L’offensive visant à en finir avec le régime de retraite par répartition mis sur pied au lendemain de la seconde guerre mondiale n’ayant pas encore atteint son but, la loi portant réforme des retraites du 10 novembre 2010 n’ayant très certainement rien réglé, la partie, en effet, n’est jamais que remise. Ainsi, lorsque le moment sera enfin venu, vaudra-t-il mieux se trouver prêt, ce que le bouquin de Chavigné et Filoche permet très largement. Pourquoi cela ? Pour au moins trois bonnes raisons. D’abord parce qu’« En dix questions - dix réponses, ce livre nous apprend, de façon simple et chiffrée, pourquoi et comment se révolter et défendre son droit à un bon salaire, à une sécurité sociale de haut niveau et à une vraie retraite ». Parce qu’en conséquence il propose, sans éluder la question redoutable de son financement, une véritable alternative aux « réformes » encore à venir. Parce qu’enfin, il contient, en annexe, un remarquable glossaire de tous ces termes et concepts indispensables à la compréhension des problèmes liés aux retraites, que les média traditionnels ne prennent malheureusement jamais la peine de définir ou expliciter. Samuel Bon
 
Indices
Documentaire de Vincent Glenn, 2010, 81 mn, en salles le 2 mars, disponible en DVD  à cooperative@d-h-r.org  dans quelques mois
Le documentariste Vincent Glenn a choisi de s'attaquer à un mythe économique : le PIB. En s'appuyant sur les interventions éclairantes de spécialistes, il explique comment cet indicateur est devenu tout-puissant dans les dernières décennies. En résumé : dans la logique d’après-guerre, le couple reconstruction / production est associé à une prospérité à retrouver… Mesurer la croissance économique a un sens. Aujourd’hui, le modèle de société de consommation des années 50 s'essouffle. Ce n'est pas la pénurie qu'il faut gérer mais la surproduction, et mieux répartir les richesses. Le PIB, érigé comme seul baromètre de bien-être, apparaît bien obsolète. Il est absurde de l’associer unilatéralement à la mesure de la bonne santé de la société : comme si produire était automatiquement bénéfique, aux hommes et à la démocratie ! Ainsi, les dommages environnementaux qui entraînent des coûts et des profits sont comptabilisés dans le PIB, tandis que le bénévolat ne l’est pas… Au fil des interventions de Patrick Viveret, Jean Gadrey, Aminata Traoré, Joseph Stiglitz et bien d'autres encore, les notions même de richesse, de croissance, sont réinterrogées. La sociologue Dominique Méda décrypte les raisons historiques qui nous ont conduit à ce système de pensée qui associe PIB, croissance et bien-être. Depuis le 18e siècle, l’idée selon laquelle l’opulence profite à tout le monde, y compris à la démocratie, est prééminente. Exhiber sa croissance est un signe de puissance. Au 19e siècle, le progrès humain affirme sa supériorité sur la nature qu’il doit transformer, voire anéantir. Au 21e siècle, alors que l’objectif d’anéantissement de l’environnement est en passe d’être atteint, il est temps d’adopter de nouveaux indicateurs : indice de développement humain, produit intérieur doux québécois, empreinte écologique. Déconstruire un tel mythe pour proposer des alternatives encore peu connues, rendre le sujet attractif pour le grand public, relevait de la performance. Vincent Glenn s’y est employé, avec très peu de moyens, en captant des notes d’humour et d’émotion parmi les personnes dont il a rassemblé les interventions. Le résultat donne un documentaire très instructif, un peu brut, qui sera un bon support pour ouvrir des espaces de débat. Blanche Caussanel
 
La démocratie délibérative - anthologie de textes fondamentaux
Charles Girard et Alice Le Goff, Hermann éditeurs, 2010, 550 pages, 32
Le champ de la démocratie délibérative s´est imposé en sciences politiques et sociales depuis la fin des années 80. Outre l´étude et la comparaison des différentes pratiques, il importait de présenter au lecteur les grands textes théoriques qui ont influencé les recherches en ce domaine et dont certains ont été écrits bien avant l´ancrage du paradigme délibératif au sein de la théorie politique. Cette anthologie répond sans aucun doute à cette exigence. Ces textes montrent que les pratiques délibératives modifient les perceptions de l´espace public et viennent compléter l´architecture des régimes représentatifs. Le célèbre texte de Jon Elster (1986) caractérise l´exercice de délibération qui ne se réduit pas à une simple agrégation de préférences individuelles tandis que Jürgen Habermas (1989) propose un cadre normatif à cette théorie : la souveraineté populaire s´exerce dans l´activation d´une raison communicationnelle et la mise en place d´une éthique de la discussion. James Bohman (1995) montre que la délibération est une prescription morale pour que des groupes socioculturels différenciés puissent être en mesure de s´accorder sur des principes communs. Maeve Cooke (2000) met en évidence plusieurs avantages de la démocratie délibérative : elle favorise l´éducation, la cohésion sociale, l´équité des décisions démocratiques et la rationalité pratique des décisions démocratiques. Cass Sunstein (2000) analyse les risques de polarisation des groupes dans les exercices délibératifs. Cette préoccupation est partagée par Bruce Ackerman et James Fishkin (2002) qui étudient le passage d´une opinion publique brute à l´état dispersé à une opinion publique délibérative. Le rapprochement de ces textes permet de synthétiser les débats théoriques portant sur la notion de délibération. In fine, ce livre sera un outil incontournable pour tous les acteurs travaillant dans ce domaine. Christophe Premat
 
Fevrier 2011
 
Indignez-vous !
Stéphane Hessel, Indigène éditions, 2010, 22 pages, 3 €
Les éditions Indigène, basées à Montpellier, publient d’habitude des textes sur les « savoirs et les arts des cultures non industrielles ». Avec cet ouvrage, dans la collection au très beau nom de « ceux qui marchent contre le vent » (nom emprunté aux Omahas, peuple indien rattaché à la famille des Sioux), elles sortent de leur terrain habituel, avec des textes militants « en faveur d’une révolution des consciences ». Le moins que l’on puisse dire est qu’elles ont eu du nez… éditorial. Le livre de Stéphane Hessel s’est déjà vendu à des centaines de milliers d’exemplaires (déjà 850 000 exemplaires tirés !, numéro 1 des ventes en France pour 2010). Essayons de comprendre. D’abord, le livre n’est pas cher : 3 ?. Quasiment cadeau. Il s’est trouvé à côté de la caisse de quasiment toutes les librairies de France et de Navarre, avec un bon bouche à oreille des libraires et des lecteurs. Même les grandes surfaces culturelles ont cédé à cette mode. Car quasiment personne ne peut attaquer Stéphane Hessel. À 93 ans, c’est un très vieux monsieur qui s’indigne. Et qui invite chacun à s’indigner pour au moins une cause importante. Ce livre est aussi très court, avec 22 pages (gageons qu’il sera vite dans la liste des auteurs du 21e siècle lus pour le bac ou en cours de philo !). Le titre, Indignez-vous !, est un régal pour tout-e français-e qui se respecte : ce peuple aime s’énerver pour un oui ou pour un non, et surtout pour un non. Et Stéphane Hessel a des arguments. À 24 ans, comme il le dit sans forfanterie, il était à Londres « où j’avais rejoint le général de Gaulle en mars 1941 ». Il a été résistant, torturé, envoyé à Buchenwald. Au lendemain de la guerre, Hessel est diplomate, en particulier ambassadeur de France aux Nations unies. À ce titre, il sera l’un des principaux rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Ensuite, il a milité avec bruit pour l’indépendance de l’Algérie. En 1996, on le retrouve parmi les médiateurs des sans-papiers de Saint-Bernard, et en 2006, il signe l’appel contre « cette agression abominable menée au nom d’Israël contre des Libanais et des Palestiniens, agression paranoïaque qui provoque en retour des tirs meurtriers contre des civils israéliens ». Il prône alors le boycott. Ici, il montre en quoi l’indignation est un moteur individuel et collectif. Indignez-vous ! est un ouvrage à offrir aux jeunes générations. J’en profite pour conseiller de (re)lire Matin brun, de Franck Pavloff aux éditions Cheyne, livre à 1 ? vendu à 1 600 000 exemplaires depuis 1998 et réédité pour la 12e fois ! Mathieu Glaymann
 
Les migrations subsahariennes
Revue Hommes et Migrations Juillet - octobre 2010, coordonné par Patrick Gonin, 319 pages, 10
Ce dossier de la revue Hommes et migrations aborde les migrations subsahariennes sous trois angles : la diversité des flux et leur évolution en Afrique de l’ouest, la présence des populations d’origine africaine sur le territoire français et les effets de ces migrations sur les territoires d’origine. Plusieurs travaux dans le dossier retracent l’histoire des migrations, et les changements liés au renouvellement des générations de migrants devenus, pour beaucoup, citoyens français. Dans la seconde partie, un article décrit le quartier de la Goutte- d’Or à Paris, succursale de l’entrepreneuriat sénégalais. Dans un autre, l’évolution des consommations alimentaires et cosmétiques est décryptée. Cela donne une vision diversifiée des tentatives d’intégration en conservant l’héritage du pays d’origine. Sur les relations des migrants subsahariens avec leurs territoires d’origine, le dossier revient sur le rôle majeur des migrants, non seulement pour la (sur)vie quotidienne des familles au pays, mais aussi pour le développement local. Dans ce domaine, avec la décentralisation et l’émergence des communes aussi bien au Mali qu’en Mauritanie, et plus anciennement au Sénégal, le rôle des associations de ressortissants sur lesquelles ont longtemps reposé les équipements collectifs (puits, centre de santé…) évoluent. Ces associations sont dans certains cas acteurs dans les communes, entre populations locales et autorités publiques. Un dernier article rend compte du durcissement, en France, des politiques publiques de contrôle des flux migratoires et des ambigüités du « développement solidaire », ce à quoi il aurait été utile d’ajouter des partenariats novateurs d’associations de ressortissants avec leurs collectivités publiques françaises d’appartenance. Étienne Beaudoux
 
Mainstream. Enquête sur cette culture qui plaît à tout le monde
Frédéric Martel, Flammarion, 2010, 464 pages, 22,5 €
Cet essai se lit quasiment comme un roman, parfois comme un polar. Il traite de la culture mainstream, ou « grand public », dominante, populaire. L’auteur montre comment elle est construite, comment se forgent les « armes » pour une guerre des esprits, pour une vraie « guerre culturelle ». Il se lit aussi comme un manuel de politique de Machiavel ou de guérilla du Che. Tout acteur local devrait lire cet ouvrage pour comprendre ce qu’il a en face de lui. Mais surtout pas de quoi il doit s’inspirer. Car si l’objectif est ici la maîtrise des esprits, on s’éloigne grandement d’un travail citoyen qui vise à développer l’esprit critique et à ne pas brider la création. Dans Mainstream, Frédéric Martel (à qui l’on doit un bon Le Rose et le Noir, les Homosexuels en France depuis 1968, au Seuil 1996) circule à travers le monde. Il nous rappelle que les États-Unis ont longtemps été les rois de la culture dominante avant d’être rejoints, voire dépassés dans certaines industries culturelles. Aujourd’hui, nos influences et plus encore celles de nos enfants sont complètement mondialisées. Ce livre nous fait comprendre pourquoi. Il nous fait voyager dans les principaux lieux de production culturelle de masse. L’expression mot même d’industrie culturelle était bannie il y a vingt ans dans la vieille Europe. Quand on lit ce livre, on comprend comment ce mot est devenu d’actualité. Les chapitres sur la montée de Bollywood ou les attentes de la Turquie vis-à-vis de l’Europe entre États-Unis et islam sont particulièrement remarquables. Après la lecture de Mainstream, allez dans une salle d’art et essai, enfermez-vous bien au chaud en lisant un bouquin d’un éditeur artisanal, écoutez un concert live dans votre café préféré, visitez un lieu remarquable connu seulement de vous ou chantez une chanson de votre patrimoine ancestral à vos proches. M. G.
 
L’aventure des mots de la ville à travers le temps, les langues, les sociétés
Sous la direction de Christian Topalov, Laurent Coudroy de Lille, Jean-Charles Depaule et Brigitte Marin, Robert Laffont, 2010, 1 568 pages, 39
Ce livre – qui n’est pas un dictionnaire, comme le précise le titre de l’article introductif de Christian Topalov – est une invitation à écouter la ville et ses mots de tous les jours dans huit langues différentes (sept langues européennes et l’arabe) et autant de sociétés urbaines aux interactions multiples. Le travail de recherche des 160 auteurs ayant participé à l’aventure présente 264 articles traitant trente à quarante entrées pour chaque langue. C’est un guide pour voyager dans l'espace, dans le temps et dans les langues, à travers les mots utilisés pour parler aujourd’hui des villes. Ce travail part de la conviction que ce sont les mots de tous les jours qui font exister la ville : ils constituent la vie urbaine en la qualifiant, en décrivant ses usages, en la hiérarchisant et en lui donnant de la valeur. Les mots dans leur usage ainsi que dans les emprunts aux autres langues, leur apparition dans un registre spécifique ou les variations dans leur signification au sein d’une même langue interrogent le territoire urbain, sa morphologie, les moyens de s'y mouvoir et les façons de partager l'espace. Ainsi, à titre d’exemple, la navigation entre les mots cidade, cité, città, city, cuidad… ou bien entre villa et fillâ (en arabe) fait découvrir de manière étonnante les découpages à différentes échelles de la réalité urbaine et spatiale en fonction des langues. Les auteurs invitent le lecteur à faire son propre cheminement comparatif pour comprendre comment chacune des langues organise les mêmes ensembles d’objets urbains. Les mots, placés au centre de l’enquête des chercheurs, se réfèrent à des entitées matérielles qui seraient « déjà là avant qu’on les nomme » et qui sont des produits de l’histoire. La connaissance des luttes et des processus qui ont conduit à la nomination et au classement des choses et des gens devient un moyen de comprendre l’histoire sociale et matérielle des villes, et donne des outils pour agir sur le monde ! Sawsan Awada
 
93 la belle rebelle
Un film de Jean-Pierre Thorn, 73’, sortie le 26 janvier 2011, www.adr-production.fr
C’est l’histoire d’un documentaire qu’on aurait aimé adorer. D’abord par son sujet : comment, depuis 50 ans, la créativité de la jeunesse de Seine-Saint-Denis transcende une situation sociale et politique violemment stigmatisante. C’est l’irruption du rock n’roll dans les années 60, le punk, le hip hop, le rap et le slam, mais aussi le folk jazz d’un Marc Péronne, enfant du canal. On aimerait trouver ce film génial, quand il nous donne des nouvelles de Loran, ex chanteur des Béruriers noirs (aujourd’hui à la tête des Ramoneurs de menhirs), groupe punk mythique qui a rythmé – sous le bonnet – les walkmen des collégiens des années 80 et les manifs anti FN allant avec ; quand il nous ressort de savoureuses images d’un clip de NTM, version 91, avec Joey Star et Kool Schen à peine descendus de leurs BMX, ou quand il nous fait découvrir l’alliance puissante de la guitare de Serge Teyssot-Gay (ex-Noir Désir, désormais Zone libre) avec le flow de Casey. Pourtant, quelques étincelles manquent pour mettre le feu à la pellicule. D’abord le mixage, pourtant élément central du travail d’un personnage tel DJ Dee Nasty présenté dans le film, est trop linéaire pour restituer l’énergie créatrice que Jean-Pierre Thorn veut nous faire partager. Ensuite, le choix de ne suivre que cinq artistes et de les questionner sur leur parcours personnel et sur leur rapport intime à la banlieue peine à brosser l’épopée, la fresque du bouillonnement culturel du 9-3. Enfin, si le réalisateur, dans le dossier de presse, souligne combien il souhaite montrer la beauté « à couper le souffle » de ces territoires de banlieue, entre architecture exubérante, friches industrielles, percées de rails et de voies rapides et de nature qui reconquiert le moindre espace, il ne le réussit qu’à de trop rares occasions. Au final, 93 la belle rebelle reste un documentaire à voir, un voyage elliptique mais qui donne du sens aux irruptions sonores qui franchissent le périph’, côté Est. Nicolas Leblanc
 
Universités populaires de parents - Des parents acteurs, chercheurs, citoyens
Sous la direction d’Emmanuelle Murcier et Michelle Clausier, Chronique sociale, 2010, 192 pages, 16,5 €, www.chroniquesociale.com
Voici un petit ouvrage qui (re)donne espoir, dans ces temps de stigmatisation des parents dits démissionnaires. Son objet est de présenter la démarche des Universités populaires de parents, (www.upp-acepp.com) promue par l’association des collectifs enfants, parents, professionnels (Acepp, www.acepp.asso.fr). Il s’agit d’une démarche de recherche-action, permettant à un groupe de parents de mener une recherche sur la parentalité. Le travail se base sur un réseau d’animateurs, avec l’appui d’un universitaire garant de la méthodologie pratiquée. L’Université populaire de parents vise à donner la parole aux parents, non comme objets d’étude, mais comme acteurs, producteurs de savoir. Beaucoup de témoignages permettent de comprendre la force de l’expérience. L’ouvrage présente cinq cas de « recherches des parents » : dans un bassin minier sur la transmission des valeurs d’autorité et de respect ; dans le Pas-de-Calais sur la cohérence éducative entre parents et autres adultes en contact avec les enfants ; à Pau sur le projet éducatif des parents et son évolution ; aux Minguettes sur la transmission des valeurs familiales par rapport à celles de la société ; à Pierre-Bénite et Saint-Genis-Laval sur le décrochage scolaire des enfants des milieux populaires. C’est une démarche de mise en mouvement de ceux qui, souvent, sont loin des institutions du savoir. Les auteurs évoquent d’ailleurs des similitudes de pratiques avec ATD Quart Monde. L’intérêt de cet ouvrage est donc double : il alimente la réflexion sur le rôle des parents avec les autres acteurs et donne des pistes sur des pratiques méthodologiques autonomisantes.É. B.
 
janvier 2011
 
La tôle et la peau
Documentaire de Claude Hirsch, Lieux fictifs éditions, 2010, DVD de 52 minutes. www.lieuxfictifs.org, 12€
Le film de Claude Hirsch donne tort à ceux qui affirment que la classe ouvrière n´existe plus, ou qu´elle a changé de nature : grâce à une série d´entretiens in situ, les ouvriers racontent leur quotidien, rythmé par des cadences infernales, des pauses déjeuner très rapides et un univers centré sur la production de biens matériels. Pas de nom d´entreprise, pas de lieux reconnaissables, le film montre une forme de permanence : malgré les évolutions technologiques et l´explosion des services, la condition ouvrière ressemble à celle de l´époque du fordisme. Nous entendons dans le film le terme d´OS (ouvriers spécialisés) et retrouvons la distinction entre main d´œuvre qualifiée et main d´œuvre non qualifiée. Il y a même en filigrane presque comme un clin d´œil au film de Chris Marker, Joli Mai (1963), qui s´appuyait entre autres sur des témoignages similaires d´ouvriers au début des années 60. Mais nous ne trouverons pas de trace d´une réflexion politique sur les conditions d´organisation d´une émancipation ouvrière. Cette galerie de portraits vient nous rappeler que nos sociétés dites postindustrielles, toujours centrées sur les postulats de la croissance illimitée et de la productivité, ont besoin d´une main d´œuvre anonyme. Formellement, le spectateur est installé dans le temps subjectif de la condition ouvrière : l´usine se transforme en décor de théâtre et les ouvriers deviennent les acteurs de leur propre vie. Le spectateur peut regretter que cette série de rôles fige quelque peu le film, mais c´est précisément l´intention du réalisateur : le film apparaît monotone, tout comme l´est la condition de ceux qui travaillent dans ces usines, entourés par la tôle et un monde hostile. À l´heure où d´aucuns estiment que le prolétariat a disparu, ce film vient rappeler au contraire que nos sociétés continuent à privilégier ce mode de fonctionnement. Christophe Premat.
 
Qu’ils s’en aillent tous ! Vite, la révolution citoyenne
Jean-Luc Mélenchon, Flammarion, 2010, 142 pages, 10
Jean-Luc Mélenchon est, depuis longtemps, un brillant orateur. Il a gardé un côté beau parleur qui fleure bon la IIIe République. À un moment, on a pu croire qu’il s’était assagi, lorsqu’au lendemain du cataclysme politique du 21 avril 2002, son ex-compère Julien Dray a rejoint François Hollande à la direction du PS de l’époque. Mais non. Il est considéré, y compris par ses ennemis politiques, comme un vrai penseur en politique, diplômé qu’il est en philosophie. Il a d’ailleurs écrit un livre de théorie politique appliquée au réel avec À la conquête du chaos (Denoël, 1991), qui reste l’un des rares livres politiques de ces vingt dernières années qui soit un vrai essai de qualité.  Dans ce nouvel ouvrage, la construction elle-même est intéressante. Jean-Luc Mélenchon articule l’ensemble de ses idées autour de sa « révolution citoyenne ». Il passe sous ce prisme différents domaines de l’action politique et donne des « coups de poings » contre la résignation. On comprend bien qu’il cherche à convaincre la partie de la population inscrite sur les listes électorales qui ne croit plus en la politique et qu’il vise à la ramener aux urnes. On peut apprécier que le modèle de son projet politique soit celui de certains pays latino-américains, mais moins aimer la critique systématique de la construction européenne.  Même si elle est en partie pertinente, aucune alternative réelle n’est proposée sur ce sujet. Mélenchon énerve beaucoup de monde, y compris par son positionnement populiste. Mais c’est un choix assumé pour refuser l’inaction béate et la langue de bois tiède de nombreux responsables politiques. Il veut redonner l’espoir et le sens de la lutte aux catégories populaires, et on ne peut qu’applaudir. D’un point de vue éditorial, ça marche, avec 20 à 25 000 livres déjà vendus. D’un point de vue électoral, la suite est à voir en 2012. Il a au moins réussi à créer un mouvement qui n’est pas mort-né et qui rééquilibre la gauche sur sa gauche plutôt que sur son centre. Mathieu Glaymann.
 
Solutions locales pour un désordre global
Un film de Coline Serreau, DVD de 113 min, éditions Montparnasse, 2010, 20€
Coline Serreau est une grande réalisatrice, que l’on sait politiquement engagée. La sortie de Solutions locales pour un désordre global avait bénéficié d’un bon bouche à oreille, et le film, pas forcément taillé pour un succès en salle, avait eu un certain retentissement. Sa sortie en DVD est une occasion pour ceux qui l’avaient loupé de se rattraper, mais surtout pour regarder ce film intelligent en groupe dans le cadre d’une réflexion collective sur l’alimentation et l’agriculture. La thèse en est assez simple : la « révolution verte », qui a industrialisé les agricultures mondiales au début du 20e siècle pour développer les rendements et multiplier les bénéfices de l’industrie qui y est liée, est une des plus grandes catastrophes que nous ayons enclenchée. Elle a engendré pauvreté, exode rural, appauvrissement des sols, empoisonnement de l’eau et maintenant suicides des paysans indiens, surendettement, et mainmise mondiale sur les semences par quelques grands groupes particulièrement mal intentionnés. Le premier tiers du film explique ce « complot » de l’industrie et de la finance contre l’agriculture vivrière. Le reste est consacré aux résistances locales et aux solutions inventées : les Amap, la réintroduction de semences paysannes, le bio, la culture sans labour… Le tout est passionnant (Lydia et Claude Bourguignon, spécialistes de la microbiologie des sols, sont définitivement savoureux et savent tenir leur auditoire, alors que l’éco-féministe indienne Vandana Shiva est passionnante), même si la forme, une succession de tronçons d’entretiens, est assez monotone. L’ensemble est particulièrement instructif, et l’accent donné aux solutions locales fait de ce film un outil de mobilisation particulièrement constructif. Nicolas Leblanc
 
Les internés du ghetto. Ethnographie des confrontations violentes dans une cité impopulaire
Manuel Boucher, préface de Didier Lapeyronnie, L’Harmattan, 2010, 424 pages, 38
Ghetto ou pas ghetto. Longtemps la sociologie résista à cette appellation appliquée à la réalité des banlieues dites difficiles ou populaires (selon la grille de lecture). À la suite de Didier Lapeyronnie (Le ghetto urbain, Robert Laffont, 2008), Manuel Boucher choisit de garder ce terme qui lui semble rendre compte d’une réalité de certains quartiers « impopulaires », à la fois lieux de relégation, qui cumulent les handicaps et la stigmatisation, et lieux vécus comme protecteurs  et « naturalisés » par des populations juvéniles fragilisées. Cet ouvrage se veut « sociologie des turbulences » et approche ethnographique de « la cité des enfants perdus », quartier d’habitat social de 12 000 habitants d’une ville moyenne de 51 000 habitants du sud-ouest de la France. L’auteur va suivre trois types de populations, les « jeunes turbulents », les « pacificateurs indigènes » (c’est-à-dire les habitants investis de leur fait et par les autorités d’une fonction de régulation sociale), enfin les « forces de sécurisation », tous « internés du ghetto », chacune de ces catégories étant d’ailleurs composite et dont il fera ressortir les représentations et les logiques d’acteurs. Passionnante enquête dans les quartiers d’exil, qui nous donne à voir des jeunes désespérés, entre ennui et violence ludique, entraînés dans une confrontation permanente avec des forces de l’ordre de plus en plus inquiètes des nouvelles formes d’affrontement, les uns et les autres mobilisant un « capital guerrier » et une volonté de ne pas perdre la face. L’abandon par le gouvernement de la police de proximité rend impuissante la police municipale, et transforme les autres forces de l’ordre en quasi force d’occupation. L’ensemble des habitants de la cité est ethnicisé, instrumentalisé par les forces politiques locales adverses qui cherchent à la fois leur base sociale et à pacifier la situation. Les « pacificateurs indigènes » se retrouvent alors pris dans une double contrainte, entre désir de reconnaissance et assignation à un rôle de régulateurs ethnicisés. Pire : ces populations sont « réifiées », « déshumanisées », dans un contexte d’abandon de l’« État social » au profit de l’« État pénal ». Seule une politique touchant aux racines sociales du mal et permettant aux populations de se reconstituer comme sujets politiques permettra, selon Manuel Boucher, d’inverser une dynamique qui ne peut conduire qu’à des explosions encore plus dures que celles de décembre 2005. Bernard Bier
 
Requiem pour un thon
Romain Chabrol, Les petits matins, 222 pages, 2010, 15€
Le polar écolo est en vogue. Ce premier roman, de Romain Chabrol présenté par son éditeur comme « consultant pour des ONG écologistes » et ancien « enquêteur en généalogie successorale et journaliste », ce qui est pour le moins original, aurait pu n’être qu’un essai de lier militance verte et romance noire. C’est en partie cela, mais Requiem pousse le bouchon un peu plus loin, grâce à son écriture précise et à l’ambiance qu’il dégage. D’abord parce qu’on y apprend beaucoup de choses, sur l’aviation civile comme sur la pêche au thon (principalement sur la pêche au thon !), mais aussi parce que l’atmosphère de légalité relative d’un secteur aussi lucratif que celui des thoniers en méditerranée est assez bien sentie, en tout cas le lecteur y croit. L’intrigue, elle, se tient, crédible et ménageant de belles surprises. On attend la seconde pêche. Nicolas Leblanc
 
Construire des actions collectives
Bernard Dumas, Michel Séguier, éditions Chronique sociale, 4e édition, 2010, 232 pages, 19,30€
Cet ouvrage entend montrer que l’action collective des groupes sociaux marginalisés est possible. Il propose une théorie de la pratique qui soit autant opérationnelle qu’explicative, un support de réflexion critique et un moyen de réalisations collectives. Après avoir donné des éléments de problématique sur la nécessité de l’intégration sociale pour lutter contre l’exclusion ; après avoir expliqué les actions et les dynamiques collectives de changement et montré les différents modèles et mécanismes, les auteurs proposent des matrices à prendre en compte. S’appuyant sur un triple processus d’action collective caractérisé par la conscientisation, l’organisation et la mobilisation, ils situent dans les dimensions, les pôles d’action interne et externe, les orientations d’action pédagogique et politique, les formes d’action offensives et défensives. Ils défendent la dynamique du projet émancipateur comportant une dimension existentielle de créativité et d’innovation et transformant l’intérêt personnel en communauté d’intérêt, ainsi que l’éthique du développement solidaire qui a pour rôle d’entretenir l’espoir, de stimuler des capacités d’espérance. Cet ouvrage – qui comporte 54 tableaux – fournit des repères, des outils d’analyse, des méthodologies et des démarches pédagogiques pour promouvoir une démarche de développement solidaire. Ainsi, malgré les problèmes et obstacles sociaux considérables, les auteurs développent une démarche alternative concrète visant une volonté de transformation sociale, la promotion de la citoyenneté pour tous, et le développement des solidarités. Le seul regret, dans cette 4e édition, est que la bibliographie ne soit pas à jour. Brigitte Bouquet
 
decembre 2010
 
Requiem pour un émeutier
Christian Cogné, Actes Sud, 2010, 230 pages, 20€
Un peu comme La journée de la jupe a brillamment levé le rideau sur la situation désastreuse des relations hommes / femmes, professeurs / élèves, élèves / enseignement dans certains établissements secondaires de banlieue délabrés, l’ouvrage de Christian Cogné a le mérite de secouer les esprits. Difficile de lâcher ce Requiem tant, à chaque page, on se prend une nouvelle claque. On a même parfois du mal à se relever. Surtout que Christian Cogné n’a, hélas, pas eu besoin d’inventer, au fil des chapitres, de sordides anecdotes pour malmener son lecteur : le livre est le témoignage sidérant, poignant, glaçant d’un professeur non-titularisé en vagabondage dans les lycées professionnels d’Île-de-France. De directeurs d’établissement en désertion ou en dépression ; de professeurs abandonnés, désavoués, désabusés, dépassés ; d’élèves illettrés, mal orientés, ultra-violents, désinvoltes, se révélant être parfois de véritables criminels… on se demande ce qui le fait tenir, aujourd’hui encore, devant ses élèves. Il ne nous épargne ni les nuits d’insomnies, ni les tournantes, ni les rackets, ni les violences qu’il a subi, les humiliations, aussi, nombreuses de la part du corps professoral, cette fois parce qu’il n’est pas professeur en titre. Il dénonce les rouages d’un enseignement professionnel véritable voie de garage pour jeunes sans avenir. Requiem pour un émeutier est un scénario chaotique qui résonne comme la défaite de l’enseignement professionnel. Pourtant, l’auteur s’accroche à son métier, justifiant un engagement permanent presque obsessionnel et détaillant ses petites victoires. Il raconte son cheminement intellectuel pour réussir à transmettre quelque chose à ses classes : un mot nouveau, une attitude parfois. Quand il explique son positionnement pédagogique, le plus beau métier du monde prend un nouveau coup. Ce livre est l’analyse d’un soldat de l’éducation qui vit sa vocation comme un chemin de croix. On l’admire beaucoup, on le déteste parfois, on apprend aussi surtout. Ça n’arrive pas si souvent. Sterenn Duigou
 
« Si ça vous amuse », chronique de mes faits et méfaits
Flammarion, 2010, 578 pages, 21
Michel Rocard vient de sortir un nouveau bouquin. À vrai dire, j’avais la sensibilité à vif après sa participation aux petites manœuvres de Sarkozy sur la taxe carbone et le grand emprunt. Ça ne m’amusait pas de le lire, mais je voulais comprendre… L’agacement a fonctionné dès les premières pages, notamment dans la délectation qu’il met à présenter des sujets compliqués, comme l’opportunité de breveter ou non les logiciels, expliquer le problème corse ou proposer en deux pages trois évidences et six pistes pour l’art de gouverner ! Mais devant l’accumulation de tant d’expériences, de convictions, de réflexions, on se dit qu’à plus de 80 ans, Michel Rocard a encore des choses à partager pour éclairer notre propre action. D’abord, il ressort que l’action publique est un équilibre improbable entre éthique, symbolisme et technique, entre responsabilité personnelle et action collective, entre discussion interculturelle et conception personnelle de l’efficacité et de la morale.  Mais, à chacun d’y réfléchir. Ensuite, il éclaire quelques grands dossiers. Surtout, il plaide pour des solutions radicalement nouvelles à la crise actuelle et propose des pistes de réflexion sur quelques grands enjeux transversaux : l’art de la paix n’est pas la victoire mais la prise en compte de ce qui est acceptable par chacun au nom du bien commun ; l’art de gouverner renvoie à une très grande attention portée à la manière de résoudre les problèmes locaux, et de remobiliser les citoyens ; l’ambition d’une organisation mondiale peut s’appuyer sur les projets de déclaration universelle d’interdépendance et de charte pour une gouvernance mondiale ; la perte de confiance dans l’action publique s’explique par la difficulté à situer le faible pouvoir de l’État, le poids des médias, le refoulement de l’écrit et le triomphe du spectaculaire. Tout ceci souligne en filigrane l’importance du combat culturel et de la transmission du savoir, mais aussi de la discussion collective sur le fond des problèmes. Pierre Simon
 
Ce qui tue le travail,
Francis Gainsburger, Michalon, 2010, 192 pages, 17€
Spécialisée sur le champ « travail - emploi », croisé avec la question du territoire, j'ai ouvert le livre de Francis Gainsburger avec une certaine appréhension : avait-il quelque chose de neuf à dire sur le sujet, au moment où le slogan présidentiel « travailler plus pour gagner plus » a perdu toute crédibilité politique ? Aux dires de l'auteur, ce livre aurait pu s'appeler Essai sur la perversité de la gestion. L'idée centrale est simple : les catégories de gestion qui permettent de transformer le complexe en « gérable » fournissent à nos dirigeants un prêt à penser qui échappe au long terme et se retourne contre les humains. Thèse qui n'est pas sans rappeler le livre La société malade de la gestion, de Vincent de Gaulejac (Seuil, 2005). Les indicateurs de productivité tiennent lieu d'efficacité, le délai raccourci remplace la qualité de service : ces politiques du chiffre gagnent le service public. Depuis 30 ans, l'emploi a été envisagé comme un problème en soi et les politiques se sont cantonnées à sa relance par l'offre ou la demande. Le travail, réduit à ce qu'il coûte à l'employeur et à ce qu'il rapporte au salarié, devient une simple valeur d'échange. Le livre évoque la tentative louable de Francis Gainsburger de ne plus se prêter à la mascarade de l'expert convoqué à la rescousse lors d'un projet de fermeture de site, caution d'une mort annoncée, justifiée par des considérants gestionnaires, où les syndicats perdants d'avance tentent eux-mêmes d'en retirer le maximum d'avantages financiers. Le refus d'une intervention qui ne soit pas doublement mandatée patronat-syndicats permet de prendre un peu de hauteur et de quitter une discussion réduite aux acquêts quantitatifs, avant séparation définitive. Au total, le livre est stimulant, et incite à ouvrir les yeux sur une tentation gestionnaire sans âme et une contamination généralisée qui, comme dirait Patrick Viveret, a tout oublié du facteur humain. Jacqueline Lorthiois
 
Roms de France, Roms en France
Coordonné par Jean-Pierre Dacheux et Bernard Delemotte, édition Cédis, 2010, 103 pages, 10
Qui sont-ils ? Quelles situations vivent-ils en France ? Quel est leur passé ? Cet ouvrage propose de comprendre nos stéréotypes sur les Roms pour pouvoir les dépasser, en apportant des pistes de réflexion et des réponses concrètes. Il s’adresse aux élus, aux citoyens, à tous ceux qui souhaitent dépasser les discours – gouvernementaux, mais pas seulement ! – ambiants, pour comprendre comment des migrations vieilles de plusieurs siècles posent toujours question au pays accueillant. Un exercice bien mené, où l’on revient sur l’origine étymologique du mot Roms, qui détaille des réalités complexes autour d’un peuple qui se décline en communautés éparpillées sur plusieurs continents et qui ne se définissent pas comme un ensemble. Il revient aussi sur une histoire douloureuse liée depuis plusieurs siècles au génocide, aux diasporas, aux législations restrictives, aux impositions étatiques à des normes de vie, etc. Il propose également de découvrir nos modes de vie du point de vue des peuples du voyage. Cette interrogation propose une réflexion élargie sur le rapport à la terre, à la propriété, à la consommation aussi. Il interroge sur les concepts de liberté, d’égalité et de citoyenneté. Le statut des gens du voyage, plus largement des Roms en France, soulève beaucoup d’interrogations, de l’indignation aussi. Cet ouvrage revient sur les législations en vigueur et peut s’utiliser comme un guide pratique, facile d’accès, qui a le mérite de proposer une vision pédagogique d’enjeux (l’altérité, le rapport à « l’étranger ») qui dépassent les frontières des questionnements autour des peuples du voyage. S. D.
 
Le Mai 68 des historiens. Entre identités narratives et histoire orale
Sous la direction d’Agnès Callu, Presses universitaires du Septentrion, 2010, 312 pages accompagnées d’un CD de témoignages audiovisuels, 25€
Il ne s’agit pas là d’un ouvrage de plus sur Mai 68, entre légende et réalité, entre hagiographie, rejet ou reniement. Il s’agit d’un ouvrage d’historiographie beaucoup plus ambitieux : à l’origine, un travail suivi d’un colloque sur l’histoire orale qui, pour des raisons d’opportunité de calendrier, a pris pour objet Mai 68. Comment des historiens (une soixantaine, parmi lesquels Agulhon, Le Goff, Perrot, Rémond…), certains exerçant à l’époque, chercheurs ou enseignants, universitaires ou chartistes, d’autres achevant leurs études, ont-ils vécu les « événements » ? Comment ont-ils été perçus et en quoi ont-ils pu infléchir leur parcours professionnel ? En quoi la formation disciplinaire a-t-elle impacté la lecture politique de l’événement en cours ? Et quid de la lecture rétrospective portée aujourd’hui sur ce qui reste un marqueur générationnel ? Les contributeurs nous offrent de fait une sociologie des institutions, une sociologie d’une profession, une sociologie de l’engagement politique, professionnel et une ouverture sur les imaginaires sociaux. Quel que soit leur niveau de participation, de sympathie ou d’antipathie, Mai 68 a été marquant, générateur de prise de conscience, mais aussi parfois de traumatisme. La discipline historique ne les préparait guère à anticiper sur l’événement, mais elle a permis à la plupart de prendre une certaine distance face à l’illusion de la nouveauté radicale ; et elle a été aussi parfois un obstacle à l’identification de ce qui se passait d’inédit. Il apparaît en fin de compte que, plus que l’année ou le mois de mai 68, ce sont les années 60 et 70, dont Mai 68 n’est qu’une manifestation, qui ont vu l’émergence de problématiques ou d’objets de recherche, d’une réflexion méthodologique et épistémologique, voire de pratiques (on pense à l’histoire du quotidien, à l’histoire des femmes) qui allaient transformer le champ de la recherche historique. Cet ouvrage collectif se révèle un passionnant moment d’histoire culturelle. Bernard Bier
 
La décroissance. 10 questions pour comprendre et débattre
Denis Bayon, Fabrice Flipo et François Schneider, La Découverte, 2010, 235 pages, 15€
Dans le débat très actuel qui va monter jusqu’à la présidentielle de 2012 sur la place de l’écologie politique dans une perspective de renouvellement de la pensée à gauche, cet ouvrage apporte une contribution aussi pédagogique que fondamentale. Voulant éclairer le lecteur en se faisant les avocats du diable sur la crédibilité de la « décroissance » comme concept politique pour sauver ce qui est encore possible de l’être, les auteurs donnent un sacré coup de pouce à ceux qui souhaitent expliquer que l’on peut être progressiste et rejeter, sans aucune ambiguïté, la croissance comme dogme économique. En dix questions simples et efficaces (« Que signifie "décroissance" », « Pourquoi la décroissance et pas le développement durable », « la décroissance, une vieille idée réactionnaire ? », « la décroissance est-elle malthusienne ? », « la décroissance, c’est la fin de l’économie de marché ? » ou encore « La décroissance n’implique-t-elle pas une vision autoritaire de la politique ? »…), Bayon, Flipo et Schneider nous offrent une démonstration, certes subjective, mais très argumentée, toujours claire, et richement référencée que les objecteurs de croissance sont définitivement sortis de la case « mouvement d’excités » où la pensée unique a trop longtemps voulu les cantonner. Nicolas Leblanc
 
novembre 2010
 
Cas de conscience
Pierre Joxe, éditions Labor et Fides, 2010, 248 pages, 19,5 €
C’est un homme politique particulier. Tout au long de sa carrière, il a été une « conscience ». Avec des grands principes anticolonialistes, une grande probité sur les relations entre vie publique et argent et des principes progressistes exigeants sur le travail ou sur la morale en politique. Cela ne l’a pas empêché d’être un proche de François Mitterrand au sein de la Convention des institutions républicaines, puis de le suivre au Parti socialiste lors du congrès fondateur d'Épinay, et ainsi d’intégrer le comité directeur dès 1971. Il a ensuite eu des responsabilités au sein du PS, puis est devenu député et président du groupe PS à l’Assemblée nationale après l’élection de Mitterrand, entre 1981 et 1984 puis de 1986 à 1988. Il a été ministre de l’Intérieur puis de la Défense, premier président de la Cour des comptes et membre du Conseil constitutionnel de 2001 à 2010. Ce livre est rare car c’est la première fois qu’un membre du Conseil constitutionnel français en exercice publie une « opinion différente ». En Espagne, en Allemagne, aux États-Unis, cette pratique est intégrée à la Cour elle-même : il s’agit d’exprimer une opinion qui diverge de la majorité du Conseil. Pierre Joxe était en 2010 le seul membre du Conseil encore nommé par un dirigeant de gauche. Il se livre à cet exercice sur la question des médias. Il montre que, sur plusieurs projets de loi, lui, Jean-Claude Colliard (autre membre nommé par la gauche, mais qui a quitté le Conseil constitutionnel en 2007) et même, sur certains sujets, d’autres membres de la majorité actuelle ont eu des opinions différentes. Et, à cette occasion, il remonte le temps et nous montre différents « cas de conscience » qu’il a eu à traiter, professionnellement (avec une forte dose de politique), ou politiquement. C’est assez éclairant car, on pourrait tous faire l’exercice à un moment plus ou moins avancé de notre existence de voir les choix que l’on regrette et les cas où l’on a pas forcément eu l’occasion – ou le cran – de tenir jusqu’au bout. Deux parties sont particulièrement à relever : la première sur le bétonnage du Languedoc-Roussillon, parce qu’elle est complètement inconnue, sauf des spécialistes ou des personnes qui l’ont vécu ; la seconde sur quelques dossiers traités par le Conseil constitutionnel, parce que l’on rentre un peu par le trou de la serrure dans cette institution essentielle de notre démocratie et que ce qui s’y passe est là aussi très largement méconnu. Tout le livre est un vrai plaidoyer pour que chacun-e, politique ou non, ait un « contrat de conscience ». Mathieu Glayman
 
La démocratie internet Promesses et limites
Dominique Cardon, La République des idées / Seuil, 2010, 11,5
L’espace public traditionnel s'est transformé avec l'arrivée d'internet et c'est précisément ce qu'étudie Dominique Cardon, sociologue au Laboratoire des usages d’Orange Labs. En permettant à chaque lecteur d'être aussi contributeur à égalité avec les autres, la liberté d'expression prend son envol. Les porte-parole traditionnels ont plus de difficultés à trier et organiser les informations disponibles pour le public. L'auteur arrive à retracer ce que fait le web à la démocratie en se concentrant avec nuance sur les vertus de la libération de cette parole dans l'espace public : « Internet permet donc d'enrichir la discussion politique des citoyens. Mais il creuse aussi la fracture entre ceux qui lisent, s'affichent et discutent de politique, et ceux qui, moins politisés, informés par les seuls médias télévisés, n'entrent pas dans la conversation numérique. » Les autres facettes de l'e-démocratie sont très rapidement esquissées dans cette synthèse efficace pour le lecteur, quel que soit son usage des nouvelles technologies. On aurait aimé de plus amples développements, comme dans les autres ouvrages de cette collection. Gilles Pradeau.
 
Les jours heureux
Association citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, La Découverte, mars 2010, 14€
Encore récemment, le gouvernement actuel, disait situer sa loi sur les retraites dans le sillon du gaullisme. Du gaullisme social, serait-on tenter d’ajouter. Pourtant, ce livre permet de bien démontrer, en une centaine de pages, que le pouvoir actuel est à l’opposé complet du projet gaulliste. Sans le savoir et sans forcément en prendre la mesure, notre système social et, pour partie, politique, bancaire, industriel et médiatique, est hérité des combats que le Conseil national de la résistance a inscrits dans son programme en 1944 et mis en pratique juste après la Libération du pays. Ce livre salutaire montre bien la genèse de ce texte fondateur très fort. Il en rappelle les débats et les décisions. Et c’est un étonnement pour quiconque observe ou agit dans la politique actuelle de constater que les discussions d’alors ont grosso modo lieu dans un espace démocrate de gauche alors que depuis, et notamment aujourd’hui, le curseur s’est largement déplacé à droite. Le livre balaie l’ensemble des réformes qui ont suivi la période collaborationniste de Pétain. Une Libération vécue par le personnel politique avec une vraie inventivité et une capacité à quasiment repartir d’une feuille blanche pour porter au pouvoir des réalisations très importantes comme la sécurité sociale, le vote des femmes, les nationalisations du service bancaire et industriel, parmi de très nombreuses autres mesures. Tout un système qui a peu ou prou fonctionné jusqu’en 1986. Année où un premier ministre, se réclamant de de Gaulle, a commencé à détricoter ces mesures. Une casse qui s’est accélérée avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy, le premier président de la République non gaulliste dans les faits (Giscard ne l’était pas mais se situe plus modestement dans sa lignée). Un livre à relire. Et dont la gauche devra s’inspirer si elle revient au pouvoir et qu’il lui prend l’envie de réellement mettre en place le care. Mathieu Glaymann
 
Médiations, les ateliers silencieux de la démocratie
Jacques Faget, Toulouse, éditions Érès, 2010, 304 pages, 25
Ce livre offre une synthèse inédite et critique sur les pratiques de médiation qui ont émergé au 16e siècle au sein de mouvements anabaptistes. Depuis les années 70, la médiation est devenue une référence et participe à de nouvelles formes de régulation politique. Elle s´enracine dans une critique de l´abstraction judiciaire (critical legal studies) et une volonté interactionniste où les acteurs concernés élaborent ensemble les solutions aux problèmes posés. Outre la promotion de la démocratie participative, la médiation est sous-tendue par un ensemble de valeurs éthiques : l´égalité, l´harmonie sociale et la reconnaissance des identités individuelles en souffrance. Le livre de Jacques Faget va bien au-delà de la célébration de ces pratiques et de leur récupération institutionnelle pour envisager les cultures de la médiation au sein des différents champs (politique, environnemental, judiciaire, familial, communautaire, scolaire, économique et sanitaire). Le développement de la médiation se traduit par la création de méthodologies, de filières académiques et de bureaux de consultants, d´où la nécessité de réfléchir et d´exercer un regard critique sur ces pratiques aux effets inégaux selon les contextes politiques porteurs. On aurait tort d´identifier la médiation à une simple méthode de résolution de conflits (problem solving) : les méthodologies divergent entre celles qui traitent séparément le différend et les personnes, celles qui se centrent sur les intérêts et non sur les positions et celles qui envisagent le bénéfice mutuel. La position des médiateurs est fondamentale car elle a une influence indéniable sur le résultat du processus. Jacques Faget analyse par exemple le modèle transformatif initié par les américains R. Barush Bush et Joseph Folger où la procédure est centrée sur les souhaits et les attentes des acteurs engagés concernant le futur. Le livre passe en revue les différents modèles de médiation (transformatif, narratif, négociation raisonnée, problem solving) et montre qu´il n´existe pas une définition universelle de la médiation si ce n´est qu´elle rassemble toutes les manières de dépasser les situations conflictuelles. Le livre de Jacques Faget est une invitation à poursuivre les recherches sur les effets de la médiation, à la fois sur la participation des acteurs concernés et sur les diverses formes de régulation produites. Christophe Premat
 
Le Travail Social à l'épreuve du Néo-Libéralisme
Raymond Curie, L’harmattan, 2010, 152 pages, 15 €
Avec une approche synthétique, cet ouvrage analyse les effets de l’évolution des politiques sociales « libérales » depuis les années 70 sur le travail social, montre et dénonce le développement de l’utilitarisme et la rentabilité néo-libérale. Selon l’auteur, cela engendre deux logiques différentes qui s’opposent, celles de l’intervention sociale et du travail social. La logique d’intervention sociale accompagne les nouvelles politiques sociales. Avec une vision économique, elle est basée sur la compétence, le court terme, le suivi, la logique de service, et tend à n’intervenir que sur les symptômes des problèmes. La logique du travail social, quant à elle, défend les finalités du travail social, se base sur la qualification, le long terme, l’accompagnement, la relation d’aide articulant l’individuel et le collectif, la recherche des causes des problèmes. Les politiques néo-libérales entraînent donc chez les professionnels des positionnements qui s’échelonnent entre l’implication critique et la résignation de circonstance en passant par de nombreuses interrogations. L’auteur pose donc la question de s’adapter au libéralisme et aux nouveaux modèles ou, à l’inverse, d’y résister, d’établir des priorités, de prendre des initiatives, de construire des alternatives. Se plaçant dans cette seconde position, il défend la régulation de l’État, l’intérêt d’un projet global, l’opposabilité, l’interculturalité, la qualification, le recours à l’aspect militant. Brigitte Bouquet
 
Philosophie du rock
Roger Pouivet, Puf, 2010, 260 pages, 23€
Non, Philippe Manœuvre n’a pas décidé de se lancer brusquement dans un ouvrage enivrant sur la philosophie du rock. Ici le rock n’est pas étudié comme mouvement musical. Non, il devient un objet d’étude esthétique… Enfin « objet esthétique » sont-ils les mots exacts ? Et bien, c’est un peu ça le problème avec cet ouvrage, la crainte, par la suite, de ne pas être sur d’avoir bien tout compris. Car dans ce livre, l’auteur, Roger Pouivet professeur de philosophie à l’université de Nancy 2 défend une thèse : « Le rock a commencé le 26 mars 1951. Ce jour-là sort l’enregistrement par le guitariste Les Paul et la chanteuse Mary Ford de How Hight the Moon. (…) Le rock consiste à la création d’œuvres musicales en tant qu’enregistrements dans le cadre des arts de masse. » Tout le texte découle comme un développement audacieux pour défendre cette affirmation. Audacieux par la nature même de l’objet étudié qui n’est finalement pas le rock comme musique mais qui correspond davantage à son support d’enregistrement et de diffusion, le disque, qui selon lui participe activement à sa définition. Cet ouvrage fera sans doute sortir de leur blouson de cuir les rockeurs, purs et durs, parce que le raisonnement très scientifique de l’auteur dans sa démonstration fait presque oublier l’enchantement d’un live de Jimmy Hendrix sur la scène de Woodstock. Je dis bien presque, car le professeur sème au gré des chapitres des petites descriptions enflammées de certains morceaux d’anthologie. Cependant, ici, pas question de revenir sur les racines du rock, laissez tomber les analyses ethnologiques des générations sex drugs and rock’n’roll, l’ouvrage offre la découverte de concepts philosophiques abordés de façon assez pédagogique, même si il faut être patient pour essayer d’en assimiler certains. Allez, il faudra bien un petit Chuck Berry pour digérer ces infos. Sterenn Duigou
 
octobre 2010
 
Développements durables : tous les enjeux en 12 leçons
Yvette Veyret et Jacqueline Jalta, éditions Autrement, 2010, 235 pages, 22€
Ce livre est une introduction aux enjeux du développement durable. Le néophyte y trouvera son bonheur grâce à des explications claires et bien illustrées. Il lira avec plaisir les fausses évidences des débuts de chapitre comme, par exemple, « Le développement durable luxe de riche » ou « la pauvreté est dûe aux méfaits et aux insuffisances de la nature ». L'expert sera plus difficilement rassasié, il mettra à profit les exemples de fin de chapitre, certains étant très bien développés. Ainsi, les questions de développement durable en Chine nous apportent un regard intéressant sur les défis colossaux que va devoir relever la république populaire. Le chapitre sur le quartier de Bedzed, près de Londres, un endroit où la communication en termes d’« écoquartier » semble plus importante que les réalisations concrètes en matière de durabilité, est particulièrement pertinent. Ressemblant à un manuel de géographie pour lycéens, à qui il semble s'adresser tant certains développements sont simplifiés, il aborde les questions d'éducation ou de pauvreté qui ne sont pas toujours rattachées par le grand public aux réflexions globales sur le développement durable. Il nous rappelle que beaucoup de ces questions sont avant tout des problèmes économiques, politiques et sociaux avant d'être liées aux ressources naturelles. Jacqueline Jalta, une des auteures, agrégée de géographie, écrit aussi des manuels scolaires. Les cartes sont ainsi joliment illustrées ce qui rend  le tout particulièrement abordable. Au passage, on saluera la maison d'édition Autrement pour sa collection sur le développement durable, et notamment son Atlas des développements durables de la même auteure, Yvette Veyret. Janoé Vulbeau
 
Les pionniers de la ville durable
Ruth Stegassy et Cyria Emelianoff, éditions Autrement, 2010, 294 pages, 25
Ce livre est un concentré de bonnes idées. Il ne délivre pas la recette pour construire une ville durable, mais développe beaucoup d’initiatives. À travers leur voyage européen, Cyria Emelianoff et Ruth Stegassy présentent des villes dites « pionnières », des acteurs et des réseaux œuvrant pour le développement durable. Les deux auteures conjuguent une vision de spécialistes avec l’ambition de rendre accessibles des questions d’urbanisme parfois pointues. Cyria Emelianoff est maître de conférence à l’université du Maine, spécialisée dans l’urbanisme durable ; Ruth Stegassy est journaliste, elle anime l’émission « Terre à Terre » sur France culture. Un panorama de dix-huit villes présente différentes manières de répondre aux problématiques du développement durable. Certains chapitres se concentrent sur l’élaboration d’agendas 21, tandis que d’autres privilégient la mise en réseau ou encore la requalification urbaine. La présentation des initiatives ne dépasse pas quatre pages, ce qui permet d’évoquer les principaux points sans entrer dans une trop grande technicité. La force de cet ouvrage est de laisser la parole aux maîtres d’œuvre. Ainsi, l’interview permet aux acteurs de préciser leur point de vue et leur engagement en faveur des villes durables. Certains sont des hommes politiques, d’autres travaillent dans l’administration. On est bien souvent impressionné par leur capacité à avoir une vue politique de long terme et de pouvoir associer un maximum d’acteurs sur des projets dont les bénéfices ne sont pas toujours évidents à court terme. Ainsi, la mairie de Växjö, en Suède, a su associer les pouvoirs publics, les universités et les entreprises, notamment automobiles, pour la réduction des émissions de Co2. Cette initiative réalisée par un maire de droite, prouve que tous les bords politiques peuvent agir pour l’environnement. On citera dans cette capacité à travailler en réseau la deputation de Barcelone qui, contre un engagement humain des villes catalanes, apporte un diagnostic environnemental et un appui financier pour la mise en place de leur agenda 21. Si le mouvement des villes durables est en marche, il reste encore trop marginal. Promouvoir les bonnes initiatives, comme le fait ce livre, ne peut donc être que positif. J. V.
 
La France Libre
Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Folio histoire, 2001, tome 1 : 848 pages ; tome 2 : 688 pages, 11,40€
Après la commémoration cet été du 70e anniversaire de l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, c’est le moment de ressortir ce livre, en deux tomes, qui retrace en 1 500 pages toute l’histoire de la France Libre ! Cet ouvrage balaie tous les aspects de la Résistance de l’extérieur, puis de l’intérieur. Il retrace les discussions entre courants politiques pour favoriser la meilleure stratégie afin de libérer la France du joug nazi et de faire tomber le gouvernement collaborationniste de Pétain. Les relations entre de Gaulle et Churchill sont développées, ainsi que l’histoire des centaines de réseaux qui s’organisent, petit à petit, dans le monde entier. Le combat se construit parfois de manière symbolique, autour de l’autorité politique des colonies. Ce livre est passionnant, car il détaille tous les enjeux, dont certains restent méconnus comme le financement complexe des réseaux de résistants, la question de la place des femmes, l’importance de la mission de Jean Moulin ou, encore, le rôle de la radio et des journaux. En revanche, deux faiblesses sont à relever dans cette œuvre : l’absence totale de toute référence au débat – qui fût important et symbolique – sur le droit de vote des femmes, et l’analyse très faible sur les questions liées à la décolonisation, avec l’évacuation de tout débat sur les massacres de Sétif de1945. L’idéologie de l’auteur y est peut-être pour quelque chose. Le livre a été écrit par un gaulliste historique qui, après s’être engagé dans l’armée française, a été fait prisonnier en Allemagne d’où il s’est échappé, puis a été refait prisonnier lorsqu’il a voulu passer par l’URSS pour rejoindre de Gaulle. À partir de 1942, il deviendra secrétaire du comité exécutif de la propagande et chef du service de diffusion clandestine de la France libre, entre 1942 et 1944. Il sera l’une des voix de Radio Londres. Qui a dit que l’histoire n’était pas politique ? Mathieu Glaymann
 
Le mariage est une mauvaise action
Voltairine de Cleyre, ouvrage traduit et annoté par Yves Coleman, éditions du Sextant, 2009, 64 pages, 7
Son père, un artisan libre penseur et socialiste, admirait Voltaire. C’est la raison pour laquelle il a appelé sa fille Voltairine, prénom hors du commun, comme celle qui le portera jusqu’à sa mort, en 1912. Contrairement à l’homme au « hideux sourire », cette dernière croira en la capacité de tous de se libérer des multiples chaînes qui les retiennent au sol. Et elle le répétera inlassablement jusqu’à son dernier souffle, lors de moult conférences, comme celle qu’elle prononcera le 28 avril 1907 dans les locaux de la Radical liberal league, et qui donne son nom à cet ouvrage que les éditions du Sextant ont publié récemment, agrémenté d’une biographie de son auteure. Anarchiste, Voltairine de Cleyre n’aura pas peu fait, selon son biographe Chris Crass, pour faire progresser la question féminine. Elle aura, en tout cas, « toute sa vie, (…) combattu le système de la domination masculine ». Était-ce en raison de son séjour de trois ans et demi dans un couvent, « de la façon dont la traitèrent la plupart des hommes qui partagèrent sa vie, [c'est-à-dire] comme un objet sexuel, une reproductrice ou une domestique » ? La plupart de nos révoltes provenant bien souvent des nos expériences personnelles, ce n’est pas impossible. On comprendrait en tout cas que la vie de cette femme contrainte d’avoir un enfant alors qu’elle n’avait jamais eu l’intention d’être mère et ne voulait pas en élever ait pu avoir quelque incidence sur ses réflexions. Mais, au fond, cela n’importe pas beaucoup. Bien moins, en tout cas, que la façon magistrale dont Voltairine de Cleyre s’y prend dans cet ouvrage pour avancer une thèse qui restera encore longtemps controversée, à savoir que « le moyen le plus facile, le plus sûr et le plus répandu de tuer l’amour est le mariage », entendu comme « relation permanente entre un homme et une femme ». Bien moins, surtout, que l’actualité du propos que nous délivre celle qui fut l’une des toutes premières féministes et qui, malheureusement, demeure bien moins connue que certains de ses épigones actuels, dont par charité nous ne citerons pas les noms, mais qui gagneraient certainement à relire Voltairine de Cleyre. Samuel Bon
 
Le trotsko et la coco. Reconstruisons la gauche, volume 1
Christian Piquet et Marie-Pierre Vieu, entretiens avec Sylvia Zappi, éditions Arcane 17, mars 2010, 132 pages, 14€
L’idée de cette collection de la toute jeune maison d’éditions Arcane 17, créée par Marie-Pierre Vieu, est intéressante : faire dialoguer entre eux plusieurs dirigeant-e-s de gauche issus de parcours et de générations différentes. Christian Piquet est un vieux liguard (de l’ex-Ligue communiste révolutionnaire, LCR) devenu l’un des animateurs du Front de Gauche avec sa « Gauche unitaire » ; il est élu régional en Midi-Pyrénées depuis mars dernier. Marie-Pierre Vieu est une jeune dirigeante du PCF, notamment membre du collège national exécutif du parti communiste depuis 2000, conseillère régionale et vice-présidente de la région Midi-Pyrénées en charge de l'économie sociale et solidaire entre 2004 et 2010... En reposant le livre, on se demande ce que l’on a lu d’intéressant dans ce dialogue. Pourtant, les questions posées par la journaliste du Monde, Sylvia Zappi, sont pertinentes, rythment bien l’ouvrage. Mais quasiment rien ne vient. Pas une idée nouvelle, pas une analyse originale, pas une esquisse de quelque chose de neuf. Sur la crise écologique, on ne lit rien. Pas un mot sur les alternatives générales possibles, ni dans la doctrine, ni dans le concret. Pas un exemple de mobilisation citoyenne, politique, syndicale, sociale qui donne envie. On est un peu atterré. Et pas un mot non plus sur des exemples de recomposition réussie à l’étranger, sur les exemples, à gauche, venus d’Amérique latine. On n’attendait pas forcément un livre -programme ou un grand sommet intellectuel, mais les deux acteurs qui dialoguent sont des personnages politiques plutôt intéressants. Mais, ici, très vides. Et leur « espace politique » en pleine recomposition mérite mieux. Cela ne nous empêchera pas de lire la suite de cette collection ; mais, pour cet opus, gagnez du temps, épargnez-vous-en la lecture. M. G.
 
Le Quai de Ouistreham
Florence Aubenas, L’Olivier, 2010, 270 pages, 19 €
Florence Aubenas est une grande journaliste. Sa célébrité, bien involontaire, suite à son séjour prolongé et souterrain en Irak, ne doit en aucun cas masquer cette réalité incontestable. Le quai de Ouistream est une plongée sidérante dans les faubourgs de notre monde économique. Ce n’est pas l’étendue de l’exploitation des « petites gens » par un marché du travail sans pitié et totalement déshumanisé qui laisse le plus bouche bée. Et pourtant, certaines pages sont sur ce point d’anthologie. Non, ce qui effraye le plus, c’est la faculté de ces chômeuses, de ces femmes de ménages, de ces partenaires d’infortune temporaire de l’auteure d’intégrer leur rang, inférieur, forcément inférieur, dans la société soi disant moderne. Si quelques-unes d’entre elles sont carrément lumineuses, la plupart se sont résignées (depuis l’enfance ?) à avoir une vie petite, difficile, soumise à des volontés qui les dépassent et qu’il convient de suivre à la lettre, fusse en égratignant une solidarité de classe déjà largement anémique. Pourtant, une question rôde : est-ce bien le rôle d’une enquête journalistique d’être sidérante ? Ne devrait-elle pas plutôt être édifiante ? Florence Aubenas, pour décrire ce monde de sous-prolétaires du plumeau, se glisse dans la peau de l’une d’entre elles, et nous conte au jour le jour son combat pour décrocher un travail à temps plein. Or, cette aventure, dont on ne doute pas un instant qu’elle soit vraie, est un roman, dans le sens où la narratrice est un personnage : celui dans lequel la journaliste s’est glissé. À aucun moment elle ne laisse percer ses ressources intellectuelles, son capital culturel, son expérience de vie pour réagir aux situations qu’elle croise ; la voir totalement affolée devant un formateur en conduite de cireuse électrique qui veut lui faire essayer l’engin laisse songeur, quand on connaît son passé de grande reporter. Soit c’est un tour de force : celui d’avoir vraiment réussi à devenir quelqu’un d’autre, soit c’est un effet de style, en l’occurrence une forme de tromperie. De même, on aurait aimé que la journaliste éclaire son récit de données sociales, économiques, politiques, qui aurait donné plus de force à ce Quai de Ouistream, qui ressemble au final à un long métrage d’un reportage de Strip-tease : tellement sidérant, qu’on ne sait plus si on doit y croire. Nicolas Leblanc
 
Itinéraire d’un militant écologiste
Jean-Pierre Morichaud, Marie Delarbre éditions, 2009, 117 pages, 9€
Jean-Pierre Morichaud, militant écologiste et anti-nucléaire, notamment à la fédération Rhône-Alpes des associations de protection de la nature (Frapna), installé dans la moyenne vallée du Rhône, une des zones les plus nucléarisées d’Europe, nous donne avec ce petit livre à la fois un témoignage de vie, et des messages d’engagement et de vigilance. Un militant écologiste, c’est ce redoutable échantillon d’humanité, fait de compétences techniques, d’aptitude au courage et à la dissidence, et de ténacité. Jean Pierre Morichaud nous détaille certaines luttes en cours : l’identification par enquête épidémiologique d’éventuelles causes de cancers induites autour de nos centrales nucléaires, le danger que fait courir la prolongation de vie de centrales vieillissantes, dont on sous-traite l’entretien. Mais aussi des cultures énergétiques adaptées à un petit village malien ! Un irréductible citoyen du monde, à découvrir. Michel Wilson
 
septembre 2010
 
Reconstruire l’Afrique
Ousmane Sy, éditions Charles Léopold Meyer, avec les éditions Jamana et l’institut de recherche et débat sur la gouvernance (IRG), 2010, 220 pages, 19€
Tous ceux qui, ces dernières années, ont suivi l’avancée de la décentralisation au Mali ou dans les autres pays d’Afrique de l’Ouest, seront particulièrement intéressés par cet ouvrage. Il éclaire le projet de l’artisan moteur de l’émergence des communes maliennes : Ousmane Sy. Fort de sa démarche permanente de retour au terrain, il développe tôt son intérêt pour « la chose publique ». En matière de développement rural, qui fut son premier champ d’action, il prône le « cousu sur mesure » contre les programmes de « prêt à développer ». Dans son livre, il rapporte son expérience motrice dans le modelage du paysage institutionnel et administratif malien. Ousmane Sy a mené, à différents postes de responsabilité, la « mission de décentralisation » qu’il considère comme « le retour de l’administration à la maison ». Il évoque Joseph Ki-Zerbo, disant que « l’Afrique doit tisser sa propre natte », car « si nous ne sommes pas de chez nous, nous ne sommes pas du monde ». Aussi, Ousman Sy décrit son implication des années 2000 ; mais l’expérience est trop récente et les moyens mobilisés sans doute insuffisants pour en faire le bilan. Le propos reste, cependant, clair sur le projet de construction du Mali nouveau avec ses 703 communes, mais nous restons sur notre faim en ce qui concerne la pérennité de l’exercice. Dans la deuxième partie de l’ouvrage, il traite de l’Afrique et au-delà. Ousmane Sy plaide à la fois pour un pouvoir central qui respecte les entités locales et un pouvoir local qui puisse prendre en compte les autorités coutumières. Derrière cette question, c’est tout le modèle de décentralisation qui est en jeu et le référentiel occidental de gouvernance promu par les organisations internationales. Mais il avoue que, face à l’urgence de l’intervention pour la décentralisation au Mali, ces questions ne lui sont venues qu’après. Après son plaidoyer pour construire un modèle démocratique s’appuyant sur les références nationales et les vécus des populations africaines, Ousmane Sy élargit son propos aux États africains post coloniaux, émiettés depuis la conférence de Berlin (1884-1885) et enfermés dans le carcan du modèle administratif jacobin. À la lecture d’un tel témoignage, après celui de Mamadou Cissokho (Dieu n’est pas un paysan, Grad - Présence Africaine, 2009, voir Territoires n° 500), on peut dire, au-delà de tous les afro-pessimistes, que l’Afrique est en marche.
Étienne Beaudoux
 
Les députés européens et leur rôle
Julien Navarro, éditions de l´Université de Bruxelles, 2009, 296 pages, 25
L´ouvrage de Julien Navarro apporte un éclairage complémentaire aux études empiriques de la représentation politique et du fonctionnement du Parlement européen. En se fondant sur des entretiens semi-directifs auprès de parlementaires européens de la législature 1999-2004, l´auteur ancre sa démarche dans une sociologie des rôles permettant d´analyser la manière dont les députés européens conçoivent leur fonction et agissent au sein de l´arène parlementaire (mesure de leur travail législatif via un certain nombre d´indicateurs, tels que le nombre de rapports rédigés, la participation à des commissions et à la rédaction de résolutions, la formulation de questions écrites). L´auteur présente une recherche inédite et fructueuse portant sur la subjectivité des acteurs (les parlementaires européens) selon leur situation politique et leur provenance sociale. L´originalité du travail tient à sa méthodologie, avec un choix assumé de croiser une approche qualitative (78 entretiens auprès de parlementaires) et une approche quantitative pour analyser le comportement politique des parlementaires européens qui ont vu l´Europe s´élargir pendant leur mandat. Il ressort de cette étude une typologie classant les parlementaires en cinq catégories selon leur perception de leur travail et de leur action au sein du Parlement européen : l´animateur qui délivre un message général et intellectuel, le spécialiste qui s´attache davantage à la dimension pratique des textes (impact sur les politiques publiques) et effectue un travail législatif très pointu, l´intermédiaire qui privilégie le mandat et la relation entre les représentants et les représentés, le contestataire qui a un rôle essentiellement critique et le dilettante qui fréquente plus rarement le Parlement en raison d´autres fonctions (responsabilité politique locale). Grâce à une série de variables sociologiques (situation professionnelle, cosmopolitisme), l´ouvrage en vient à décrire les motivations des personnes à endosser le rôle de député. Outre l´aspect gratifiant d´une telle fonction, le mode de scrutin a un impact sur la sélection des députés qui sont choisis en raison d´une certaine loyauté envers le parti politique national. Les députés ont des perspectives de carrière assez intéressantes après leur mandat. Les motivations des députés sont finalement le reflet d´une intégration européenne et d´une forme de normalisation des institutions européennes. La diversité des comportements des députés européens montre que le Parlement européen est un espace en construction d´un agir tout à fait nouveau et non cloisonné. Christophe Premat
 
Révolutionnaires du nouveau monde
Michel Cordillot, édition Lux, 216 pages, 12,35€
Tout le monde ne le sait pas forcément, il y eut jadis, aux États-Unis, un candidat socialiste qui se présenta à de nombreuses reprises aux élections présidentielles américaines : Eugen Victor Debs (1855-1926), longtemps président du Parti socialiste d’Amérique, qu’il avait largement contribué à fonder en 1901. L’ouvrage de Michel Cordillot, professeur d’histoire à l’université Paris 8, insiste sur le rôle essentiel que furent amenés à jouer, lors de sa campagne de 1908, les militants socialistes francophones. Il le rappelle d’emblée, ce qui constitue l’un des deux grands mérites du livre. L’autre consistant à faire découvrir au lecteur le « rôle aussi important que méconnu » de « ces drôles de Français d’Amérique », à propos desquels les travaux historiques, généralement bien informés sur le rôle joué dans l’histoire sociale des États-Unis par les immigrés de diverses origines, restaient désespérément muets. Car il y eut effectivement, aux States, des « partageux » de langue française. Et parmi ces derniers un être d’exception, l’autodidacte Louis Goaziou, qui, à en croire la très convaincante démonstration de Cordillot, fit « exister durant près d’un quart de siècle une presse révolutionnaire d’exception », dont on dévore les pages qui lui sont dédiées. Plus particulièrement celles consacrées à l’Union des travailleurs, journal qui, tout en concrétisant l’aboutissement des conceptions journalistiques de son fondateur, su « trouver – et surtout préserver – un équilibre entre les quatre fonctions principales que son fondateur entendait lui assigner simultanément : défendre une ligne politique déterminée, informer, éduquer et, enfin, créer du lien social avec et entre les lecteurs ». Cela dit, et malgré le scoop, découvrir qu’il y eut des « partageux » aux USA n’est peut-être pas le principal intérêt de ce livre, qui est plutôt de proposer au lecteur des pistes de réflexions sur un phénomène social constitutif de l’identité américaine : l’immigration. On ne perdra pas, en tout cas, son temps en lisant cette histoire oubliée d’une minorité au sein de la minorité que constitua, entre 1885 et 1922, l’ensemble des « socialisants » aux États-Unis. Samuel Bon
 
Au coeur des luttes des années 60. Les étudiants du PSU
Publisud, 2010, 32
Nous vivons dans un monde, non seulement en crise, mais en pleine accélération du temps des mutations, d'où des difficultés à intégrer celles-ci dans un récit riche des apports du passé et générateur d'une vision prospective porteuse de sens. Pourtant, les instruments existent et l'histoire du Parti socialiste unifié (PSU) en fournit pour sa part un exemple pertinent et peut-être plus parlant lorsque l'on s'attache à l'histoire des étudiants du PSU dans la période 1960-1971. On voit alors apparaître les éléments d'une nouvelle donne culturelle et sociale, dont les prolongements se retrouvent bien souvent dans nos questionnements actuels. Mai 68 fût, évidemment, l'instant phare de cette période, mais on en perdrait le sens si on ne s'appropriait pas la part essentielle des actions, débats et réflexions qui ont mûri durant toute la période des années 60 pour aboutir à cette explosion de l'imaginaire collectif. Les étudiants du PSU, parce qu'ils étaient impliqués dans les luttes politiques de ces années, en étroite liaison avec l'Union nationale des étudiants de France (Unef), acteur majeur des mobilisations étudiantes de la guerre d'Algérie à Mai 68, ont pu se retrouver au cœur des évolutions du mouvement étudiant. D'où l'intérêt de cet ouvrage collectif rédigé par un ensemble d'anciens étudiants du PSU, qui ont ainsi tenu à conserver une part de mémoire sans doute indispensable à la construction d'une approche collective des temps de la politique. Ils l'ont fait en restant fidèles à leurs idéaux de jeunesse, car ils croient toujours « qu'un autre monde est possible ». Cet ouvrage de 400 pages de contributions, rédigé par une vingtaine d'auteurs, résulte du travail collectif d'une centaine de participants à des réunions, qui ont rythmé un travail de dix-huit mois pendant lesquels les projets de témoignages et d'articles étaient librement débattus. En cette année 2010, qui marque le cinquantième anniversaire de la création du PSU, ce livre contribue à rappeler que ce parti, disparu depuis vingt ans, a joué un rôle essentiel dans le renouveau du socialisme en France. Serge Depaquit
 
La fabrique du patrimoine
Nathalie Heinich, éditions de la Maison des sciences de l’Homme, 2009, 288 pages, 21€
Le patrimoine ? Comment l’identifier, le conserver, le valoriser ? Voilà des questions sur lesquelles la sociologue du CNRS, Nathalie Heinich, nous éclaire dans un livre rigoureux, savant en plus d’être accessible. Depuis Prosper Mérimée, inventeur des fiches d’identification du patrimoine, jusqu’à André Malraux soucieux de faire un inventaire national, des possesseurs d’un bien historique jusqu’aux militants basiques du petit patrimoine local, il existe une multitude d’experts, de curieux, d’amateurs, de défenseurs, mais aussi d'opposants… Et tout ce monde manie des concepts que ce livre décortique en s’appuyant sur un travail de terrain, permettant de voir la diversité, sans cesse élargie, des patrimoines. Ainsi, l’inventaire général du patrimoine et l’inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques sont des procédures classiques rappelées par l’auteure, mais aux critères méconnus pour les non initiés. L’auteure développe : « C’est l’alliance de l’authentique et du singulier qui fait l’excellence, digne d’étude approfondie tandis que l’alliance de l’authentique et du commun fait simplement le repérable » ; ce qui d’ailleurs n’a rien à voir avec le beau ! La borne Michelin, la petite cuillère ancienne, pourvue d’un poinçon, en matériau précieux et avec une ornementation exceptionnelle peuvent faire partie intégrante du patrimoine du fait de leur authenticité. Avec son identification au patrimoine, « un bien privé devient, sinon public, du moins soustrait à la libre possession de son propriétaire, puisque désormais l’État exercera un droit de regard sur son aspect, ses abords, son statut juridique, voir son usage ». Ceci n’est d’ailleurs pas toujours du goût des propriétaires ! L’auteure ne cache pas les querelles d’expert : l’école du « maintien à l’identique », ou l’école du « respect des traces du temps ». Débats qui dépassent le commun des curieux de patrimoine. Ce livre contribue à rendre plus visibles les démarches de spécialistes, et à ce titre peut servir utilement les élus, agents de développement et militants associatifs pour que le patrimoine reste l’affaire de tous. Étienne Beaudoux
 
Migrer au féminin
Laurence Roulleau-Berger, Puf, 2010, 192 pages, 15€
Longtemps, la migration fut masculine, de travail et pendulaire. Cela changea lorsque la fermeture des frontières en Europe transforma l’immigration de travail en une immigration familiale. Nous sommes, dorénavant, dans une autre phase : les migrations sont de plus en plus diversifiées, multipolaires et… féminines, comme le souligne Laurence Roulleau-Berger. Aujourd’hui, un migrant sur deux est une migrante, phénomène largement ignoré et peu étudié. Autant dire déjà que cet ouvrage vient combler un manque. De cette migration, l’auteure esquisse les grands traits en s’appuyant sur des entretiens auprès de femmes actuellement en France, mais venant du monde entier. Il s’agit autant d’une immigration de passage que d’installation – ces notions tendent à se diluer comme s’estompent les frontières entre migrations politiques et économiques, catégorisations anciennes ne rendant pas compte des intrications entre les deux champs. Ce qui ressort, c’est la « cosmopolitisation » des biographies et la hiérarchisation mondiale des espaces économiques. L’auteure dessine une typologie de ces femmes : la nouvelle élite féminine bourgeoise et cosmopolite ; les femmes pauvres, reléguées dans les métiers du soin aux personnes ; et les femmes hobos (Le hobo, sociologie des sans-abri, Anderson N., Nathan, 2003), « nouvelles surnuméraires de la globalisation », sans papiers et déracinées. Sur le plan personnel, c’est l’individualisation des parcours et des stratégies. Ces situations de migrations s’accompagnent de brouillage des « ordres normatifs » et de développement de compétences adaptatives (un « capital spatial »). Avec, à chaque « bifurcation », recomposition des places, des statuts et reconfigurations identitaires. Mais ces migrations sont pour le plus grand nombre l’épreuve de la disqualification : si pèse le capital social antérieur, nombre de femmes se retrouvent dans des emplois sous qualifiées par rapport à leur situation d’origine. Aux plus aisées, la pluri-activité, l’« autonomisation revendiquée », aux autres l’« autonomisation contrainte » et la mono-activité.Cet ouvrage brillant, dont certains pourront regretter qu’il ne nous donne pas à voir les « coulisses » de l’enquête sociologique, s’appuie sur les avancées conceptuelles les plus récentes et participe à rendre visible ces « migrations au féminin », en montrant aussi qu’elles sont un analyseur des évolutions sociales et  politiques d’une « société-monde ». Bernard Bier
 
juin 2010
 
L´intercommunalité en campagne. Rhétoriques et usages de la thématique intercommunale dans les élections municipales de 2008
sous la direction de Rémy Le Saout, Presses Universitaires de Rennes, 2009, 200 pages, 16€
Le fait intercommunal pèse-t-il en France ?
Cette série de monographies s´attache à étudier le traitement du fait intercommunal lors de la campagne des élections municipales de 2008 en France. Grâce à des entretiens semi-directifs menés auprès des acteurs de cette campagne et à une analyse minutieuse de la profession de foi des candidats, le livre montre que l´intercommunalité est effacée dans les discours de campagne, quelles que soient la taille et l´influence de la structure intercommunale (communauté de communes, communauté d´agglomération ou communauté urbaine). Les réalisations intercommunales ne sont pas valorisées, les candidats adoptent un style de campagne communo-centré. Si l´intercommunalité ne fait pas partie des ressources de légitimation du discours politique, c´est parce que son fonctionnement est complexe et est perçu comme extérieur aux enjeux principaux de la politique municipale. Rares sont donc les communes qui affirment l´importance des structures intercommunales dans la concrétisation d´un certain nombre de politiques locales. Les études de cas en viennent à comprendre les raisons de l´effacement du fait intercommunal lors d´une campagne où les enjeux locaux ont pourtant été prédominants. La prudence des candidats tient au système même de l´intercommunalité, puisque le profil politique de la structure intercommunale dépend du résultat des élections municipales dans toutes les communes appartenant à cette structure : un maire élu sur une liste dans une commune peut ainsi être en minorité politique au sein de l´assemblée intercommunale lors du troisième tour communautaire, où les conseils municipaux élisent les membres des assemblées intercommunales. Il est donc risqué pour un candidat d´utiliser l´intercommunalité comme ressource principale du discours politique (sauf lorsque l´intercommunalité est récupérée au profit d´un renouveau politique local), alors même que les principaux défis de la politique locale dépendent de plus en plus de ces structures (plus de 85 % des communes sont intégrées à un ensemble intercommunal). L´ignorance volontaire de la thématique intercommunale lors de ces élections illustre en réalité le déficit démocratique de ces institutions, où le mode de suffrage diffère de celui des élections municipales. Nous sommes encore dans une phase de transition, où le manque de visibilité des structures intercommunales reflète la recomposition en cours de la carte territoriale française. Christophe Premat
 
Maire Vert en banlieue
Entretien de Michel Bourgain avec Évelyne Perrin, éditions Les Petits matins, 2010, 296 pages, 10
Maire Vert en ex-banlieue Rouge
Pour qui a travaillé avec ou côtoyé Michel Bourgain en tant que maire de l’Île-Saint-Denis, ce livre a l’immense mérite, de rendre accessible à  tout lecteur qui s’intéresse à la politique réelle, à la politique locale : il montre, dans le détail, l’enchaînement – parfois bousculé par la « vraie vie » – de l’action politique : repérage d’un problème, réflexion, mise en place d’un dispositif ou d’une action, réaction, analyse. Le livre d’entretien avec la sociologue Évelyne Perrin décortique, par les mots, l’action politique. Il souligne bien le long enracinement d’un élu de terrain, le travail collectif d’une liste municipale, la lente maturation d’un projet, les opportunités possibles ou non, les reculs, les doutes et les avancées. Il a l’intérêt de tenter d’intellectualiser l’action politique qui ne l’est pas forcément toujours à première vue. Il pose des principes, des enjeux, des mesures et les décline en actions réelles. Il n’esquive pas les questions gênantes et les inévitables ratés. Ce n’est ni un livre à charge, ni à décharge. Il est comme une auscultation d’un projet politique dans une ville pauvre financièrement, riche culturellement, socialement et très vivante sur le plan politique comme sur le plan du projet d’écologie populaire. Comme pour d’autres livres politiques, on aimerait lire les points de vue croisés de plusieurs acteurs, sur la plupart des sujets abordés. À lire, pour débattre, argumenter et ne pas se (laisser) désespérer par l’état du monde, ni trop atteindre par le « chagrin politique ». Mathieu Glaymann
 
Les transports, la planète et le citoyen
Ludovic Bu, Marc Fontanès et Olivier Razemon, Rue de l’échiquier, 2010, 192 pages, 12€
Chasse au carbone et aux fausses bonnes idées
Les auteurs, observateurs et praticiens avisés de la mobilité durable nous offrent un petit manuel du bien décider en la matière. Notamment en multipliant les exemples de choix aberrants faits de plus ou moins bonne foi par des responsables, mais aussi par chacun d'entre nous. Citons pêle-mêle la ligne B du RER, la ligne 13 du métro parisien, le bilan carbone réel des véhicules « propres ». C'est que la mobilité est le fait d'une multitude de microdécisions que des macropolitiques prétendent organiser. Avec des succès très mitigés, et beaucoup d’échecs nets. Cet ouvrage est clair, pédagogique, raisonnablement ambitieux (avec dix propositions aptes à réduire les déplacements polluants de 3 %, le résultat peut être appréciable...). Chiffres, exemples positifs et négatifs abondent, par exemple, sur les expériences de lutte contre la « mobilité précaire » (Nantes, La Ciotat, Royan). Les auteurs font notamment la chasse aux fausses bonnes idées, même et surtout quand elles sont « dans l’air du temps ». Cet excellent petit livre est à mettre d'urgence entre toutes les mains, les nôtres et celles des décideurs, pour enfin réduire les terribles conséquences de tant d'inconséquence ! Michel Wilson
 
Quarante ans d’urbanisme. Clés pour le présent
Patrick Criqui, Benoît Faraco, Julien Damon et Michel Micheau, L’Aube, 2010, 240 pages, 20
Quarante ans d’urbanisme

Les quarante ans de l’urbanisme à Sciences Po Paris sont un bon prétexte pour la réalisation de cet ouvrage collectif qui propose un retour sur quarante ans de pratiques et d’analyses de l’urbanisme. Ce livre propose les articles de neuf auteurs spécialistes de la question mais aux regards différents : praticiens, chercheurs ou encore enseignants. Dans cet ouvrage, les différentes analyses traitent aussi bien des politiques, du droit et des jeux d’acteurs de l’urbanisme en France ; des pratiques et des réflexions de l’aménagement du territoire en Île-de-France ; des politiques et des marchés fonciers ; des politiques de la ville et du logement ; ainsi que de théories basées sur des perspectives étrangères. L’un des constats réalisé et développé ici permet de comprendre les défis majeurs de l’urbanisme dans le futur : avec une population mondiale urbaine devenue majoritaire et des enjeux écologiques évidents, les nouveaux défis de l’urbanisme sont colossaux. L’ouvrage est pédagogique. Il intéressera particulièrement celles et ceux qui sont concernés par les politiques de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme... Car on ne trouve pas ici uniquement une histoire de la discipline, mais aussi des perspectives pour ceux qui s’intéressent à la transformation de ces activités. Pour penser et pour produire, notamment dans les zones urbaines actuelles, des villes durables adaptées aux défis « brûlants » des ressources énergétiques, des changements climatiques. Des défis véritables au cœur de la civilisation du « bien-vivre » des différentes sociétés humaines. Jacques Tolédano
 
La formation et l'accompagnement au service de la création et de la reprise d'entreprises
Pour, revue du Groupe de recherche pour l’éducation et la prospective (www.grep.fr) n° 204, 2010, coordonné par Nelly Schutz-Stephan et Joseph Gautier, 200 pages, 20€
Les Français peu motivés pour entreprendre ?
Ce dossier spécial de la revue Pour part du constat de la faible propension des Français à entreprendre, même si l’engouement récent pour le statut d’auto-entrepreneur peut faire illusion.  La première partie du dossier, intitulée « contexte économique et entrepreneuriat » brosse le contexte. « Quand le chômage menace l’emploi salarié et fragilise les secteurs d’activités classiquement porteurs d’emplois, de nouvelles organisations pour le maintien de l’emploi apparaissent, ainsi que de nouvelles formes d’emploi ». Une étude statistique analyse la dynamique de création d’entreprises dans l’espace rural français. Une seconde partie consacrée à « l’enseignement supérieur et la création d’entreprises » pointe la nécessité de développer l’esprit d’entreprise, en premier lieu, chez les étudiants. Une étude compare des étudiants brésiliens et français, et montre la moindre motivation de ces derniers pour la démarche entrepreneuriale. S’appuyant spécialement sur des initiatives des universités de Franche-Comté et de Bourgogne, le dossier fait la place à plusieurs initiatives de formation / accompagnement d’étudiants, futurs créateurs. La troisième partie, « entrepreneuriat et création d’emplois » met l’accent sur des réalisations de terrain. On connait le système français d’empilement des dispositifs d’appui aux candidats à la création souvent décrié. Une réponse novatrice est présentée :  « un espace collaboratif dédié aux entreprises et aux réseaux d’accompagnement à la création et la reprise d’entreprise en Bourgogne », c’est le programme « j’entreprends en Bourgogne » qui « préfigure une méthode centrée sur la coordination effective des services en direction des usagers, tout en conservant les compétences et les missions de chacun ». Ce dossier sera utile pour ceux qui cherchent les façons d’être acteur dans leur territoire. Mais ils devront aller glaner dans les multiples informations de ce dossier qui aurait mérité un traitement plus ordonnée, pour nous faciliter la tâche.  À noter dans l’introduction, la réflexion d’Etienne Marest sur l’intercommunalité et le manifeste Fonda / Adels : « Ancrer la démocratie dans les territoires » Étienne Beaudoux
 
mai 2010
 
Non au Mac Drive
documentaire de Frédéric Chignac, 95 minutes, disponible auprès du réalisateur : frederic.chignac@club-internet.fr
La machine à faire perdre la politique
Frédéric Chignac, qui vient de faire tourner Stéphane Guillon au cinéma dans Le temps de la kermesse est terminé, est également l’auteur de ce que l’on pourrait appeler un « documentaire de proximité ». Adoptant une forme ostensiblement bricolo-détendue-didactique, il nous balade dans son quartier bordelais d’adoption, la Barrière de Toulouse, à la découverte d’une association de quartier en lutte contre l’implantation d’un Mac drive. Lutte contre la mal bouffe ? Rejet de l’impérialisme américain ? Que nenni : le combat bovétiste de Millau est loin. Ce qui pose le plus problème à ces citoyens attentifs et combatifs, c’est une modification de la circulation induite par la construction nouvelle : un « tourne à gauche » réduisant la fluidité d’une artère déjà fort encombrée. Un peu de concertation, la recherche d’une solution intelligente et l’analyse froide de l’intérêt général (même si le débat sur la place de la bagnole en ville et de la consommation « drive » ne doit pas être éludé) aurait dû venir à bout de cette crispation, en quelques mois. Mais sauf que non. Et c’est exactement là que le film prend toute sa puissance : immédiatement, la machine à gâcher l’énergie citoyenne et à dégoûter de la participation se met en route, avec une force implacable. Tout y passe : les élus qui se retranchent derrière un savoir technique si indiscutable qu’il n’y a nul besoin d’en parler (et encore moins de le rendre public) ; le discours qui assimile les associations citoyennes aux pires conservateurs qui refusent tout projet en bloc ; la désinvolture de la non-réponse ; la manipulation d’un commerçant pour faire contre-feu ; jusqu’à l’agressivité juridique. Et tout ça pour quoi ? Pour la défense d’une solution technique ? Parce qu’il est simplement insupportable pour ces élus d’être contredits ? Par réflexe culturo-politique ? Voir l’ampleur (l’affaire va jusqu’au conseil d’État et est ici filmé sur quatre ans de batailles ! ) que prend la mobilisation contre ce Mac drive est à la fois passionnante, grâce à la forme de la narration, et instructive quant à l’engagement citoyen dans une démocratie représentative qui « octroie » de la participation quand ça l’arrange, si ça l’arrange. Nicolas Leblanc
 
Torture made in USA
Marie-Monique Robin
Busherie, et tellement pire
Il ne faut en aucun cas en douter, Marie-Monique Robin (Le monde selon Monsanto) fait partie de ceux qui rendent leurs armes de noblesses à la profession de journaliste. Avec son dernier documentaire, Torture made in USA, elle démontre comment le gouvernement Bush a rendu légal un des plus innommable, et hélas répandu, crime de guerre. L’enquêtrice propose d’essayer de comprendre le pernicieux mécanisme étatique qui a réussi, en peu de temps, à institutionnaliser la torture, au nom de la guerre du renseignement. Alors que le débat sur ce sujet se poursuit aux États-Unis, cette investigation met en perspective les discours des hauts responsables politiques américains depuis les attentats du 11 septembre 2001 et les déclarations des personnes auditionnées par les commissions d'enquête du Sénat mises en place après les scandales des photos d’Abou Ghraib. L’enquête, à charge, souligne aussi comment, jusqu’à ce que le scandale soit révélé aux yeux du monde, des personnalités politiques ont endormi les consciences en tentant de rendre tolérable la pratique de la torture. Les témoignages s’additionnent au lourd travail de documentation jusqu’à cette déclaration finale qui scelle l’enquête : « Je reconnais très clairement que nous avons torturé », avoue non sans repentir, le général Ricardo Sanchez, commandant de la force multinationale en Irak entre 2003 et 2004, face à la caméra. Torture made in USA est un documentaire à ne pas rater. La journaliste a, d’ailleurs, obtenu le prix Olivier Quemener / Reporters sans frontières au festival international du grand reportage d’actualité du Touquet-Paris-Plage, en mars dernier. Pour des raisons confuses de conflits entre auteur, producteur et diffuseur, ce documentaire n’est, pour l’instant, ni édité en DVD, ni diffusé à la télé et il n’y a pas de sortie salles de programmée. Un temps disponible  en ligne sur le site internet Mediapart en partenariat avec ACAT-France, Amnesty international et Human rights watch, il faut désormais le dénicher sur une plateforme d’échanges vidéos. Ubuesque !
S.D.
 
Apartés
Cécile Duflot avec Guy Sitbon, Les petits matins, 2010, 220 pages, 15€
Vert claire
« Pourquoi est-ce que tu vas te pourrir la vie dans la politique ? Je serais ton père, je serais pas content… » La première question posée par le journaliste Guy Sitbon à Cécile Duflot pose le ton de ce livre d’entretien : lui sera « cash » ; elle « nature ». Lui se positionne style vieille gauche « après moi le déluge », elle défend l’écologie politique contre ce même déluge. Dans les deux cas le discours est clair, direct, quelque fois presque naïf pour ce qui est de la secrétaire nationale des Verts, leader d’Europe Écologie et nouvelle conseillère régionale d’Île-de-France. Mais qui n’échangerait pas deux barils de cynisme contre un de (toute relative) naïveté ? En tout cas, la discussion au fil de ces 215 pages – écrits gros – est largement instructive, par moment passionnante quand la jeune responsable politique raconte son basculement de citoyenne à militante, puis à responsable de parti. Un itinéraire en accéléré qui offre une vision singulière, à hauteur d’épaule, de l’engagement politique d’une femme, jeune, mère, travaillant dans le privé et ayant milité tard. N.L.
 
Une tombe au creux des nuages – Essais sur l'Europe d'hier et d'aujourd'hui
Jorge Semprún, Flammarion, collection Climats, 2010, 328 pages, 19
Besoin d'Europe
Pour faire court, il dit parfois répondre qu'il est « en premier lieu et avant tout un ex-déporté du camp de Buchenwald ». Et c'est le plus souvent de par cette terrible et fondamentale spécificité d'« ex-déporté » que Jorge Semprún a été invité à participer à nombre de colloques, conférences, cérémonies commémoratives ou honorant son (époustouflante) œuvre littéraire. Une tombe au creux des nuages, dont le titre emprunte à un poème (prémonitoire) de Paul Celan, n'est pas un nouveau roman, mais un recueil d'interventions sur « l'Europe d'hier et d'aujourd'hui », s'échelonnant entre 1986 et 2005. Franco, Hitler, Staline, trois noms dont l'évocation suffit à elle seule à rappeler, qu'il y a peu, l'Europe était à feu et à sang. L'Europe d'aujourd'hui, explique Semprún à Weimar, en 1999, « est née en premier lieu de la lutte contre le nazisme, et en second lieu de la résistance au totalitarisme soviétique ». Plus de dix ans auparavant, lors des Colloques du Römerberg, il démontre que « c'est la démocratisation qui est à l'origine de la paix, quoi qu'en pensent certains. La paix – du moins sous sa forme perverse d'apaisement – peut même être à l'origine de la guerre ». Or, la démocratie, complète-t-il à Vienne, en 2005, « par son essence pluraliste et tolérante, parce qu'elle admet, et même postule, que le conflit civique d'opinions et de projets politiques se situe à la racine même de sa dynamique, pour toutes ces raisons, nous ne savons que trop que la démocratie est extrêmement fragile ». Parce que la démocratie est fragile, l'Europe l'est aussi. Et au regard du passé, il convient d'être vigilant. Il convient d'imaginer comment aller au-delà des « dictats du commerce » et de « la lutte perpétuelle entre les pouvoirs » qui, malgré tout, relient les nations, comme l'expliquait avant lui Husserl, philosophe allemand cité à maintes reprises au fil des interventions. Il convient de construire l'unité « supranationale » de l'Europe, qui trouve racine, non dans un périmètre territorial, mais dans « une tradition de pensée », dans son « histoire culturelle ». Notre histoire. Brigitte Gaborit
 
Les États et le carbone
Patrick Criqui, Benoît Faraco, Alain Grandjean, Puf, 2009, 330 pages, 15€
Carbone central
Publié dans la collection « développement durable et innovation institutionnelle », ce livre offre une somme d’informations précieuses sur ce qu’on peut dire de la situation climatique et énergétique, sur les efforts internationaux pour réguler les émissions de carbone et les outils disponibles en la matière. L’inventaire des instruments présentés, en particulier, paraît complet, ce qui sort de l’alternative trop souvent donnée pour incontournable entre taxe et marché carbone. Au contraire, les auteurs font apparaître les complémentarités entre tous les outils, même s’ils privilégient par trop les acteurs étatiques, dans leur capacité à mener des politiques nationales d’une part et des négociations internationales d’autre part. Par cette limite, l’ouvrage rédigé avant Copenhague laisse au final une impression d’incertitude quant à la suite, après l’échec du sommet. Face à l’incapacité de la plupart des États à orchestrer des mesures de préservation du climat efficace sur leur territoire, et plus encore à fédérer leurs approches au niveau planétaire, ne peut-on s’appuyer aussi sur d’autres acteurs ? En additionnant les impacts potentiels des acteurs locaux, des organisations non gouvernementales, des acteurs économiques les plus éclairés et même des différents groupes de population ne peut-on accélérer la sortie de l’impasse climatique ? Et le « système climat » décrit efficacement par les auteurs doit il être abordé séparément des systèmes « consommation » ou « biosphère » qui l’englobent ? L’ingéniosité des mécanismes imaginés pour limiter les atteintes humaines sur le climat bute sur le modèle global de surexploitation et de surconsommation. Peut on « administrer la planète » ?
Michel Wilson
 
69, année politique
de Francis Zamponi, Roman noir, Seuil, 2009, 325 pages, 21€
1969 : rumeurs à droite
1969 ne fût pas qu’une année érotique. Mais, en France, l’année 69 fût aussi politique. Avec une élection présidentielle qui se profile, depuis que l’icône De Gaulle a quasiment perdu la main, au moins quelques jours, laissant penser, en mai 68, qu’il pourrait quitter le pouvoir, et même la France. Alors, ça grenouille sec dans l’ancêtre de l’UMP. Chacun (car on est dans un milieu quasiment exclusivement masculin) a son favori pour d’autres lendemains : Pompidou ou Poher. D’autres veulent prolonger le « mythe » De Gaulle en lui déconseillant d’organiser un référendum dont tout le monde voit qu’il risque de lui revenir en boomerang, et de le faire sortir de la scène politique. Pompidou est suspect d’on ne sait trop quoi, un peu d’être trop moderne, de former un couple trop glamour pour l’électorat traditionnel, d’accointances avec l’URSS, de quasi collaboration avec l’ennemi communisto-cégétiste en ayant piloté et fait aboutir les accords de Grenelle au lendemain des évènements du « joli mois de mai ». Se monte alors un complot, appuyé par des rumeurs sur la bonne moralité dont, décidément, la droite se fait une spécialité depuis plus de quarante ans. Avec une autre de ses spécialités : avoir deux candidats, en gros d’accord sur l’essentiel au plan politique, mais avec deux personnalités si différentes que leurs entourages en font des points de clivages et sont prêts à tout pour écraser le concurrent. Le scénario de 69, année politique, avec un peu de Sac, un peu de people et des barbouzes, en fait un très bon polar politique, rythmé par des lettres de prison et des procès-verbaux d’auditions. À lire, que l’on aime le polar, la politique, la droite des années 60, l’ambiance blancho-venturo-lefebvro-blierenne des « tontons flingueurs », ou un peu tout ça à la fois.
Mathieu Glaymann
 
avril 2010
 
État d’élue
film français de Luc Decaster, 1h34, sortie le 10 mars 2010, distribué par contre-allée : contre-allee@hotmail.fr, 0142462742
Confidences d’une élue (presque) comme les autres
Luc Decaster nous permet de suivre pendant une année au jour le jour la vie d’une élue, Françoise Verchère, maire de Bouguenais (Loire-Atlantique) et, à ce titre, membre de la communauté urbaine nantaise. Le moment choisi est la période où, après deux mandats, elle décide de passer la main à la mairie : celle qui lui succède est élue avec le plein des voix du conseil municipal. On la voit également en campagne, distribuer des tracts ou discuter sur les marchés, pour l’élection au conseil général, croyant à ce qu’elle fait mais sans illusion sur la relation qui la lie aux électeurs : elle se présente sans étiquette après avoir quitté un parti dont les représentants nationaux trahissent les valeurs qui l’animent. On la voit dans les assemblées prendre la parole sans langue de bois. Elle abandonne la délégation de l’environnement au conseil général après avoir été mise en minorité sur les précautions à prendre avant de décider la création d’un aéroport international à Notre-dame-des-Landes, négation des choix de développement durable affirmés à longueur de discours. On la voit dans des manifestations qu’elle soutient (contre les OGM), dans les discussions avec les services techniques, mais aussi faire face à ceux qui ne veulent pas supporter le coût de l’assainissement, à ceux qui ne veulent pas d’un centre d’enfouissement des déchets ou d’éoliennes près de chez eux. Au long des réunions, des contacts téléphoniques incessants, des déplacements qui rythme sa vie d’élue, elle se livre avec beaucoup de vérité et de liberté : elle garde le sourire malgré tout, malgré la solitude ressentie après le décès de son compagnon, malgré le sentiment que le combat d’une vie pour l’intérêt général se heurte sans cesse aux intérêts particuliers. Luc Decaster parvient à nous faire entrer dans cet « état » d’élue, en alternant évènements, confidences, silences, notes de musiques, mais aussi en nous montrant les paysages de cette région nantaise. Au moment où la démocratie de délégation apparaît plus que jamais en crise, ce témoignage d’une élue locale parvient à nous convaincre. Sa pratique responsable lui confère une réelle légitimité, tout en nous montrant les limites de sa liberté vis-à-vis des jeux et enjeux de pouvoirs. Gérard Logié
 
Total impunité – Les dessous d’une multinationale au dessus de tout soupçon
Jean-Philippe Demont-Pierot, Respublica éditeur, 2010, 260 pages, 18,9
Quand les profits broient les Hommes
L’enquête de Jean-Philippe Demont-Pierot a le mérite de n’être guère tortueuse ; elle s’appuie en grande partie sur des éléments judiciaires ou officiels qui ne portent guère à discussion. En cela, elle ne délivre pas de gros « scoop », et pourrait laisser le lecteur trop avide de nouvelles explosives sur sa faim. Sauf que ce livre a une vertu journalistique précise : elle relie tous les éléments du puzzle, les met en perspective, et leur donne sens, ce que la communication de Total s’évertue à déconstruire au fil de l’actualité de cette multinationale, trop souvent liée à son goût à ce qui fait la « Une » des quotidiens. D’une suite de ce qui est présenté par la firme comme des accidents malheureux et des polémiques « droits-de-l’Hommiste » ou écolos, Jean-Philippe Demont-Pierot fait un portrait complet et précis d’un groupe industriel contrôlé par des hommes de l’ombre (notamment deux actionnaires ayant une minorité de blocage, les milliardaires Paul Desmarais et Albert Frère), en lien étroit avec des forces politiques (on y retrouve en bonne place Nicolas Sarkosy), à l’éthique minimaliste, aux casseroles nombreuses et à la stratégie industrielle hasardeuse. AZF, l’Érika, le financement de la junte militaire Birmane, les affaires en Irak et en Iran, les sables bitumineux canadiens et les projets catastrophiques au Kazakhstan, ou encore le scandale absolu des torchères de gaz dans le delta du Niger : le Total de Demont-Pierrot n’a pas grand chose à envier au Monsanto de Marie-Monique Robin. Une différence existe tout de même : l’auteur démontre, en effet, combien la stratégie industrielle de Total, à long terme, paraît hasardeuse, voire rétrograde, ce qui pour un industriel n’est pas souvent bon signe, surtout quand il intervient dans un secteur à l’aube de mutations gigantesques, comme c’est le cas pour l’énergie. Un des points passionnant du livre est en effet de montrer comment Total pourrait, si son système de gouvernance était différent et si ses dirigeants ouvraient les yeux sur le monde qui les entoure, devenir une force de progrès au service de la société, au lieu d’être le profiteur aveugle et irresponsable ici décrit.
N. L.
 
Viva Favela ! Quand les démunis prennent leur destin en main
Joaquim Melo , avec Elodie Becu et Carlos de Freitas, éditions Michel Lafon, 2009, 284 pages, 17,95€
De l’espoir par bidons entiers
Une banque alternative dans une favela brésilienne, une réalité contre la résignation pour que la production et la consommation du quartier facilitent le développement local… Le Conjunto palmeiras était un bidonville à vingt kilomètres de la ville touristique de Fortaleza, au nord du Brésil, dont les habitants avaient été expulsés pour réaliser hôtels de luxe et immeubles de standing au bord de la mer. Aujourd'hui, c’est un quartier. Les habitants se sont battus depuis les années 70, affrontant la dictature, les blocages administratifs et les catastrophes climatiques pour relier le bidonville aux services de la ville, en particulier pour obtenir l’eau potable, l’assainissement, et des transports collectifs corrects. Joaquim Melo témoigne avec émotion de son engagement dans ce combat collectif contre la pauvreté. Après de nombreuses batailles, ils ont aussi créé la Banque Palmas et une monnaie spécifique, qui a fini par être acceptée avec une parité avec le réal (la monnaie brésilienne officielle) par la Banque du Brésil. Depuis, les habitants gèrent une enveloppe de près de deux millions de reals (plus de 50 000 euros), et quarante-six banques communautaires ont vu le jour sur ce modèle en Amérique du Sud. Chaque habitant dispose d'une « carte de crédit » mensuelle à taux gratuit, de 20 palmas (la monnaie créée par la banque, environ 8 euros) pour consommer dans le quartier, le commerçant lui faisant une ristourne de 5 % sur ses achats. L'entrepreneur peut obtenir un prêt, sur la garantie de la viabilité de son projet et d’une solvabilité estimée sur son présent, et non sur son passé (prison, interdit bancaire, etc.) en réals, ce qui lui permet d'acheter ses fournitures et de payer une partie des salaires de ses employés. Du coup, l'entrepreneur peut réaliser son projet, et sa clientèle potentielle est incitée à se fournir chez lui. Avec les auteurs de ce livre, on suit Joaquim et ses voisins, pas à pas, dans ce récit tout simple, qui est une bonne bouffée d’espoir. Anne Cordier
 
Cahiers Sens Public, nº 11-12, « Malaise dans le capitalisme, de quoi sommes-nous contemporains ? »
octobre 2009, Lyon, éditions Sens Public, 296 pages, 20
Les mutations du capitalisme contemporain
« Dans tout danger, croît ce qui sauve », avait écrit le poète Hölderlin. C´est exactement l´objet de ce numéro de Sens Public, association et revue ayant un fonctionnement autonome. Le capitalisme est ainsi analysé à partir d´une perspective réellement interdisciplinaire, entre la philosophie, le théâtre, l´anthropologie politique et l´économie. L´essai d´anthropologie politique de Philippe Dujardin ouvre le numéro sur un questionnement fulgurant autour de la notion de contemporanéité : comment penser et qualifier l´époque dans laquelle nous vivons ? Quelles sont les relations d´équivalence entre les êtres ? Au nom de quels principes, de quels concepts et de quels schèmes font-ils société ? Philippe Dujardin opère une véritable réflexion interdisciplinaire en se référant à la fois à l´histoire, à la science politique, à la linguistique et à la philosophie. Au fond, l´anthropologie politique est déjà une certaine forme de pratique interdisciplinaire, et elle nous rappelle à bien des égards la manière dont Cornélius Castoriadis évoquait, dans une perspective holiste, les significations imaginaires sociales. Le reste des contributions du numéro s´interroge sur la création culturelle à l´ère d´un capitalisme mondial destructeur. Si la culture dépasse l´optique des politiques publiques définies par l´État et les acteurs économiques dominants, Joëlle Zask montre comment une politique culturelle efficace passe par une ouverture aux diverses formes d´individuation susceptibles de faire évoluer la collectivité humaine. Edelyn Dorismond rappelle que la créolisation définie par Édouard Glissant passe par une revalorisation de la diversité culturelle et par l´absence d´une compréhension uniforme des modes de vie. Pas plus que l´hégémonie coloniale, le système capitaliste mondial ne pourra imposer une cohérence des modes de vie autour d´une forme sociale et économique obsolète et injuste. D´autres contributions font apparaître le capitalisme comme un système de déjection : la valeur des produits change constamment et le système pousse à inventer de nouveaux besoins, de nouveaux marchés pour pouvoir survivre. Michel Vinaver, qui a dirigé une multinationale, s´est investi dans l´écriture théâtrale en travaillant autour de ce paradoxe. Plus le capitalisme évolue, plus il est fragile et moins il devient tenable en tant que système. C´est par les marges que le capitalisme sera dépassé, c´est-à-dire par l´ensemble des forces culturelles autonomes susceptibles de produire de nouvelles idées sociales. Nous sommes en cela les contemporains d´un véritable espoir de construction culturelle et sociale inédite et c´est ce dont voulait témoigner ces Cahiers Sens Public.Étienne Beaudoux
 
La nuit sécuritaire : le manifeste des 39
revue Sud-Nord n° 23, éditions Érès, 2009, 19€
Soigner ou normaliser ?
Cet ouvrage donne la parole aux psychiatres réunis autour des 39 signataires de la pétition « Le manifeste des 39 » récusant le discours de Nicolas Sarkozy prononcé le 2 décembre 2008 à l'hôpital psychiatrique d'Antony, et reprend le discours des participants au rassemblement « La nuit sécuritaire », qui s’est tenu le 7 février à Montreuil devant 1 500 personnes. Ils y dénoncent un usage sécuritaire et idéologique de la psychiatrie, la transformant en un des outils du contrôle social. En effet, il leur paraît que la normalisation des professionnels n’est finalement que le prélude à une normalisation des populations. Cet ouvrage montre une lutte contre le retour à une psychiatrie d'ordre public, à une psychiatrie normative, contre l’approche de considération du sujet au travers de ses symptômes et ses syndromes, contre une politique de la peur, du management et de la rentabilité qui dégrade un peu plus le système de soin général… Bref, une lutte contre « une machine technico-gestionnaire épouvantable, tapie au sein d’une idéologie d’enfermement, d’exclusion et de stigmatisation de la maladie mentale », comme l’écrit le psychiatre Hervé Bokobza. Refusant de faire de la psychiatrie une discipline d’enfermement et d’exclusion, les communications reprises dans cet ouvrage rappellent la place du sujet, la veillance et bienveillance envers lui, l’importance de la créativité, la nécessaire articulation avec le social, et en appellent à la résistance.
Brigitte Bouquet
 
mars 2010
 
Les associations face aux mutations du monde rural
revue Pour, Groupe de recherche pour l’éducation et la prospective (www.grep.fr), n° 201, coordonné par Jean-François Ayats, Sophie Rouault, Serge Cordellier, Jacqueline Mengin et Christophe Jamet, octobre 2009, 176 pages, 20€
Retrouver une dynamique rurale
En ces temps de débats sur l’avenir des territoires ruraux et de risques d’asphyxie financière de certaines associations, ce dossier de la revue Pour donne à la fois des rappels historiques et des pistes pour l’avenir. Christophe Jamet, dans  « Voyage au pays de la diversification rurale » et Jean Claude Bontron dans « Transformation du monde rural et champ du travail associatif » décortiquent les changements du monde rural et ses conséquences pour le champ associatif. Dans un article utile aussi bien aux anciens qu’aux jeunes n’ayant pas connu ces époques innovantes, « Les associations agricoles et rurales, l’État et les politiques publiques », Serge Cordellier et Jacqueline Mengin, dont on connaît le rôle actif dans cette histoire, retracent les racines du mouvement associatif en milieu rural (la Jac, les réseaux laïques : Foyers ruraux, Civam et autres groupes de développement agricole et rural) et du mouvement du développement local qui déboucha sur les états généraux des Pays en 1982 à Mâcon, jusqu’à l’émergence, plus récente, d’associations à vocation environnementaliste. Ils soulignent à quel point les pouvoirs publics et les associations ont été longtemps imbriqués pour agir, ainsi que le fait « qu’aujourd’hui, dans le domaine agricole et rural, les ruptures dans les logiques de financementsdes conventions pluriannuelles d’objectifs par des appels à projet… avec la tendance à transformer les associations en simples sous-traitantes des politiques publiques ». Peut on espérer que le Réseau rural français mis en place dans le cadre européen (www.reseaurural.fr) pourra combler ces insuffisances ? C’est l’objet d’un débat entre plusieurs personnalités, dont la conclusion évoque la création d’une « instance gouvernementale dédiée à la ruralité, à l’image de la délégation interministérielle à la Ville ». Dans une seconde partie, Samuel Féret laisse entrevoir, dans le cadre de l’évolution de la Pac, des perspectives en faveur du développement des territoires. Jean François Ayats note les nouvelles attentes des populations à l’égard des réseaux associatifs et les obligations croissantes de rendre compte à l’État qui demande la justification de leur utilité sociale aux associations, lesquelles n’ont pas l’habitude de l’évaluation (particulièrement quantitative). Un article de Nadine Richez-Battesti, Francesca Petrella, Ekaterina Melnik et Thomas Guérin rapporte une tentative d’analyse de la qualité de l’emploi dans le secteur de l’économie sociale et solidaire en région Paca qui donne quelques pistes. Rappelons au lecteur que sur cette question, aujourd’hui centrale, de l’évaluation des associations et de leurs activités, des travaux ont été réalisés au niveau par exemple de la Conférence permanente des coordinations associatives. La troisième partie donne la parole à « des associations diverses, de secteurs d’intervention variés ». Annie More, présente l’ADMR (Aide à domicile en milieu rural) et Thierry Damien présente Familles rurales. Jean-Luc Pineau illustre avec le jardin de cocagne d’Angers l’insertion par l’emploi accompagné ; Vincent Favrelière présente une démarche pour aider au démarrage d’un projet d’installation agricole. Serge Rondepierre présente Terre de liens pour l’accès collectif au foncier. Un article de Patrick Mundler, fondé sur une enquête, est consacré aux Associations pour la maintien de l’agriculture paysanne et, enfin, Yves Raibaud nous relate une histoire de développement local dans le Pays de l’Entre deux mers, centrée sur les activités culturelles, par ailleurs très absentes de ce dossier. On pourra également regretter le fait que quelques articles se limitent à une présentation institutionnelle de tel ou tel réseau, relevant d’une politique de communication assez pauvre. Ainsi, le grand intérêt de ce dossier est d’illustrer les changements dans le monde rural, les nouvelles attentes et attitudes des nouveaux ruraux par rapport aux associations. On aurait pu s’attendre à des illustrations plus novatrices dans la dernière partie et, à ce propos, on peut rappeler le grand intérêt de l’émission « Carnets de campagne » de Philippe Bertrand, sur France inter le midi, dont beaucoup d’expériences mises en valeur auraient leur place dans ce dossier. Enfin, les temps ont changé (au niveau des territoires et dans les pratiques de l’État), l’article historique de Cordellier / Mengin le montre bien et de nouveaux rapports doivent se créer au niveau des territoires de vie, entre anciens et nouveaux habitants, dans la cadre d’associations renouvelées. À ce propos, nous renvoyons aussi à l’article de Yves Gorgeu dans le Territoires de février 2010 (n° 505), avec des propositions pour un meilleur dialogue urbain-rural, qui éclaire des champs du possible. Étienne Beaudoux
 
Comment les électeurs font-ils leur choix. Le panel électoral français 2007
sous la direction de Bruno Cautrès et d’Anne Muxel, Presses de Sciences Po, 2009, 385 pages, 28
Est-ce ainsi que les hommes votent ?
Voici a priori un ouvrage réservé aux spécialistes ou férus de sciences politiques. Pourtant, une fois plongé dedans, même le néophyte aura du mal à décrocher. De là à dire que les auteurs de l’ouvrage jouent sur les mêmes ressorts que les auteurs de polar, il y a un pas que l’on sera ici tenté de franchir : les chercheurs du Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cévipof) s’efforcent de débusquer les mobiles du vote et nous en dévoilent toute la mécanique. La méthode d’enquête électorale utilisée par le Cévipof est celle du panel. Elle consiste à réinterroger à quatre reprises un même échantillon de 1 846 d’individus au cours d’une période recouvrant l’élection présidentielle et les législatives de 2007. Cette méthode, restée jusque-là très marginale en France, présente l’avantage, par rapport aux enquêtes postélectorales classiques, de suivre dans la durée le comportement des électeurs. L’enquête se concentre sur le temps de la campagne électorale, mais en le faisant dialoguer avec le temps plus long durant lequel se construisent les habitudes de vote et les comportements politiques, ce qui permet de cerner les facteurs sociaux, politiques, psychologiques, les effets de conjoncture et tous les ressorts complexes qui interviennent dans le processus de décision. La méthode du panel a pour principal atout, selon les auteurs, de comprendre l’interaction entre les trois « temporalités du vote » que sont « l’ensemble des prédispositions fixées sur le long terme, la confirmation ou la défection de ces prédispositions sur le cours terme du temps de la campagne, et le moment de cristallisation du choix final ». Cette analyse des dynamiques de formation des jugements et des choix politiques fournit des clés de lecture permettant de mieux comprendre le mouvement d’une élection, particulièrement intéressantes dans le cadre de la présidentielle de 2007, qui a présenté nombre de spécificités : une suspension temporaire de la crise de la représentation avec un regain de la participation, l’arrivée au pouvoir d’un homme de la majorité sortante, un premier rôle joué pour la première fois par une femme, un renouvellement de l’offre politique, l’instrumentalisation de la personnalisation des candidats, l’absence d’enjeu de politique publique qui se soit imposé de façon stable et saillante. La méthode par panel permet de cerner la façon dont les individus évoluent individuellement, mais aussi de comprendre comment se structurent les grands électorats : comment, pendant la présidentielle, éclate l’électorat du Front national et se construit celui de François Bayrou, et comment les législatives ont marqué le retour à un ordre des choses constaté avant la parenthèse de la présidentielle. L’étude confirme par ailleurs que l’électeur d’aujourd’hui n’est plus le même qu’hier. Bruno Cautrès et Anne Muxel soulignent ainsi qu’il est devenu « acteur au cœur d’un système en évolution constante, il n’a plus les mêmes fidélités et engagements de long terme que par le passé. Il compose, réagit, s’adapte et s’émancipe ainsi partiellement de ses enracinements idéologiques, culturels et sociaux. Il aborde l’élection d’une façon peut-être plus réflexive. » .
Sabrina Costanzo
 
3 euros par jour
Nelly Zin, Albin Michel, 2010, 15€
In vivo, minima
Le sous-titre met tout de suite dans l’ambiance : « 27 ans, 2 enfants, 3 euros par jour pour nourrir sa famille ». Ce livre, écrit avec la collaboration de la journaliste de Paris Match, Caroline Fontaine, s’avale vite. Il est direct, écrit simplement, sans emphase ni figure de style. Avec un minimum de recul et d’introspection. On pourrait se croire en train de lire un roman de Zola décrivant une ouvrière en France au 19e siècle, du Jack London décrivant une femme pauvre du début du 20e ou Steinbeck une femme pauvre des États-Unis dans les années 20. Pourtant, c’est une autobiographie d’une femme de la banlieue parisienne du début des années 2000, en France. Il décrit les phases de la descente d’une femme avec deux jeunes enfants, embourbée dans d’incessants problèmes d’argent. S’identifier à l’auteure est aisé et partagé : elle n’est pas suffisamment pauvre pour ne pas avoir de logement (au prix de démarche et de frais conséquents), elle travaille de temps à autre, a deux jeunes enfants, un peu de famille et quelques amis. Elle n’est pas SDF, n’a pas de problème grave de santé et cherche régulièrement à concilier ses vies de femme, de mère et de travailleuse. On la voit confrontée aux services publics, souvent démunis. Elle décrit l’étiolement progressif de son couple, ses envies de consommation, somme toute assez modestes. Elle montre aussi ses phases de découragement face aux critiques, aux remarques de l’entourage (sa mère, la maîtresse d’une de ses filles, son assistante sociale…). On la voit se dépatouiller au milieu d’une administration « sociale » qu’elle ne comprend pas. L’auteure ne s’apitoie pas sur son sort, décrivant aussi ses faiblesses, ses erreurs, en toute lucidité. À travers tout le livre, on remarque avec effarement le constat d’absence de toute réflexion politique, la quasi inexistence de ce champs, à l’exception d’un élu clientéliste qui appuie une demande de service. On voit, par le détail, les ravages des crédits à la consommation accordés sans sourciller par des établissements bancaires qui, ensuite, encaissent de généreux frais d’impayés et entraînent des personnes vers le surendettement, avec une plus ou moins grande insouciance des personnes concernées. Il serait intéressant d’avoir les situations décrites dans ce livre vues par plusieurs regards : son ex compagnon, sa mère, son assistante sociale, la directrice d’école, le personnel de la Caf, son banquier, les employés et élus municipaux qui suppriment l’accès de l’une de ses filles au centre de loisirs… On aimerait lire la suite de ce livre : la remontée (mais ce livre en fait sûrement partie !). Rien que pour avoir le plaisir de lire cette suite dans quelques années, achetez ce livre (afin que l’auteure touche des droits) et parlez-en autour de vous. Il décrit la crise in vivo. Mathieu Glaymann
 
Jules des chantiers
Frédérique Jacquet et Sébastien Vassant, collection L’Histoire sensible, Les éditions de l’atelier, 2008, 108 pages, 18
Des civelles à l’amiante
Tous ceux qui ont aimé Jeanne de la zone (Frédérique Jacquet et Etienne Davodeau, l’Atelier, 2009) auront grand plaisir à retrouver Jules, nouveau personnage dans le Saint-Nazaire des années 50. Il s’agit du deuxième album de la collection « L’Histoire sensible » des éditions de l’Atelier, une collection qui ambitionne de donner vie à un enfant d’hier, dans son milieu. Jules nous apparaît, sous la plume de Frédérique Jacquet, avec le vocabulaire rude des chantiers Penhoët, fleuri et odorant de son quartier du Marais. Les illustrations dans lesquelles on aimerait parfois un peu de couleur sont de Sébastien Vassant. Même s’il n’a pas de maman, il y a tellement beaucoup d’amour autour de Jules ; il y a aussi de l’amitié et des attentions chaudes avec Gustin le conteur, Jojo le charbonnier, Gégé qui apprend à faire en cachette des divisions compliquées pour essayer de décrocher une promotion au chantier, et tous les autres au Marais ou dans le quartier des chantiers de Penhoët. Et puis il y a Soizick qui sait si bien ranger les verres ballon au café Tranquille. La vie au quartier, c’est la débrouille, pêche aux civelles et bricole généralisée. Une vie au son du marteau pilon des chantiers, qui frappe et refrappe sans répit jusque dans la ville endormie, sur fond de grèves ouvrières et de guerre d’Algérie. Et sur fonds de solidarité entre ceux qui vendent l’Huma et Témoignage chrétien. Dans une seconde partie de l’ouvrage, de type dictionnaire spécialisé (qu’on aimerait peut être thématique et non alphabétique), connaisseurs et non connaisseurs de Saint-Nazaire apprendront tout sur les blockhaus, la « cariquelle » les métiers spécialisés (chaudronnier, riveur, traceur de coques...), la « grand-mère » (la célèbre grue des chantiers) et bien entendu le « France », honneur des chantiers en 1961. Nous avions été séduits par les photos d’Atget dans Jeanne de la zone. Certaines ont là aussi du caractère. Dans la troisième partie, Jules a vieilli et joue à « l’art d’être grand père ». Il dévoile plusieurs secrets à sa petite fille, notamment le drame de l’amiante pour beaucoup d’anciens du chantier. Il faut remarquer les nombreuses personnes et institutions remerciées à la fin de l’ouvrage, ce qui témoigne d’un travail d’appui sur la mémoire locale qui respire dans le texte. Une piste de travail applicable dans beaucoup de territoires. Après cette lecture, faisons le vœu de nombreux frères et sœurs à Jules et Jeanne.Étienne Beaudoux
 
Antimanuel d’écologie
Yves Cochet, éditions Bréal, 2009, 310 pages, 21€
Choisir avant le chaos
Avec le titre de l’ouvrage que nous propose Yves Cochet, Antimanuel d’écologie, il était normal de s’attendre à une présentation nouvelle et différente des questions environnementales. À la lecture, on constate que toute la première partie du livre, jusqu’au chapitre 10, adopte une logique descriptive sur le mode catastrophiste des enjeux écologiques de la planète (la crise laisse place au « désastre écologique »). L’auteur montre comment tout se tient et comment nos modes de production (agriculture intensive, transport énergivore, société de consommation, OGM...) et nos modes de vie dans les pays hautement industrialisés n'ont aucun avenir et nous précipiteront dans le chaos, dès que la pénurie de matières premières attisera les tensions et les conflits. Cet Antimanuel apparaît bien pédagogique, des illustrations bien choisies et un style simple et précis se trouvent néanmoins en rupture avec nombre d’extraits d’auteurs pour lesquels il vaut mieux être expert plutôt qu’apprenti. À partir du 11e chapitre, Yves Cochet passe du constat à des propositions politiques axées sur la sobriété, la relocalisation de l'économie, la solidarité et le partage, seuls capables d'empêcher le pire d'arriver. Pour lui, la décroissance est inéluctable : « mieux vaut la décroissance choisie, démocratique et solidaire, que la décroissance subie actuelle. » La logique semble implacable, la démonstration prend toute sa pertinence et le livre tout son sens.
David Pélage
 
L’affranchie du périphérique
Didier Daeninckx, L’Atelier, 2009, 100 pages, 15,5€
Balade en banlieue
Les éditions de l’Atelier publient leur première fiction, et ont la bonne idée de commencer par Didier Daeninckx. Le prolixe touche-à-tout, habitué de la série noire mais surtout défenseur de la banlieue et de la culture populaire, livre un texte entre roman et nouvelle, qui se déroule entre La Villette et Aubervilliers. Le long du canal, une étrange maison, aussi vivante qu’abandonnée, sert d’objet de quête à l’héroïne, dont on ne saura pas grand chose. Car l’essentiel est ailleurs, de l’autre côté du périphérique, mais aussi de l’autre côté du temps, dans lequel elle remonte pour tracer le passé de cette maison bleue. Didier Daeninckx parle avec douceur, malice et toute sa connaissance de ces lieux, de ces temps si loin et si proches. Il nous balade de la guerre d’Espagne à Twitter, d’un procès italien à une exposition de peinture Suisse, de la Résistance à la haute couture, sans jamais se perdre, sourire aux lèvres, vélo au vent. Aucune raison donc de décliner l’invitation. Nicolas Leblanc
 
fevrier 2010
 
DVD Conférence de citoyens sur les services publics locaux, octobre 2008 - mars 2009
Organisée par l´Institut de la gestion déléguée, l´Association des maires de France et le Comité des partenaires. Pour l’obtenir : pvdev@fondation-igd.org ou 01 44 39 27 00
Les conférences de citoyens, un outil pour la participation
La conférence de citoyens n´est pas un instrument nouveau. Pourtant, l´idée de filmer les séances et les synthèses des délibérations est une valeur ajoutée aux études sur la démocratie participative car cela permet au spectateur de se représenter concrètement le déroulement de la procédure. Les différentes étapes de la conférence (voyage des citoyens tirés au sort dans plusieurs villes, organisation de plusieurs week-ends de formation) sont minutieusement détaillées. Le film restitue la maturation du processus : les citoyens sont un peu désorientés et circonspects au début, puis entrent petit à petit dans les débats et se forgent une opinion éclairée et collective. La maîtrise du sujet (« comment les citoyens usagers pourraient-ils prendre part à l´amélioration des services publics locaux ? »), la convivialité des échanges et l´animation du groupe démontrent l´utilité de ce type de démarche. La conférence intervient sur trois lieux différents (Nantes, Nice et Dijon) et a lieu pendant les week-ends. Les citoyens assistent à des exposés de représentants d’associations, de sociologues, d’élus locaux et de responsables de services publics locaux, à la fois pour cerner la problématique de la question et donner des pistes de réflexion. Filmer les processus de délibération permet incontestablement de renforcer les études sur les interactions des acteurs et sur leur manière de s´approprier le thème du débat. La caméra ne doit néanmoins pas perturber le jeu des acteurs, mais l´ausculter par petites touches. L’objectif d´une telle démarche est de permettre aux personnes désireuses de se lancer dans une telle aventure d’avoir une idée de l’évolution possible de la conférence. Le film retrace les débats (synthèse, auditions) mais aussi les frustrations (incompréhension de certains exposés) rencontrées tout au long du processus. Il existe un avis citoyen construit sur les services publics locaux : la participation est l´organisation d´un débat construit avec la proposition d´une opinion collective. À l´avenir, elle est appelée à transformer l´esprit de l´action publique. Christophe Premat
 
Un climat d'injustice. Crise et inégalités écologiques
revue Mouvements des idées et des luttes, n° 60, octobre - décembre 2009
Vers le chaos écologique
Le dossier du dernier numéro de Mouvements, plaisamment intitulé « un climat d'injustice », encadre, au travers d’une riche série d'articles, la notion d'inégalités écologiques. Celles qui naissent du partage discriminant de l'accès aux ressources naturelles ou de l'exposition aux risques, celles aussi qui naissent des politiques écologiques elles-mêmes. L'ensemble donne une approche multicritères de la notion, dont il est un peu compliqué de tirer une conclusion synthétique, mais la complexité n'est-elle pas consubstantielle de l'écologie ? Quelques articles font saillie, à l’instar de l'interview de la vice-présidente de Bretagne, porteuse d'une charte pour la gestion intégrée des zones côtières, et qui évoque l'épouvantable situation des pêcheurs sénégalais dont les barques ne trouvent plus de poissons, chassés par le réchauffement climatique, et servant au transport de malheureux fuyards... Fabrice Flipo navigue lui dans la notion d'inégalité écologique et sociale au filtre des théories de la justice. Il conclut en signalant la montée de mouvements comme le sociétalisme. Il décortique avec Jean-Paul Gaudillière les paradoxes des utopies technocratiques comme la croissance verte confrontées à une décroissance sélective entre le Nord et le Sud, à une sobriété qui se structure sur le trop, et non sur le manque… Un autre article évoque la divergence technologique, autre alternative à la croissance ou la rupture. Les pauvres s'organisent, comme le montre l'histoire du mouvement des sans-terre, ou la participation croissante des pays du Sud aux négociations climatiques au point d'en faire le lieu principal où l'on parle de développement. Mais le mythe des éco-villes chinoises est mis à mal dans un des articles. Le salut ne viendra pas de là, donc, ni de technologies dématérialisées dont l'impact environnemental est considérable. Et, même hors dossier, le vernis écologiste du président brésilien Lula se fissure, ce que la démission de sa charismatique ministre de l'environnement, Marina Silva, a fait apparaître. Peu de perspectives sont donc ouvertes pour sortir de ces inégalités écologiques. Sombre 21e siècle! Signalons hors dossier deux articles divergents et donc stimulants sur l'évaluation des universitaires.
Michel Wilson
 
L’affaire des affaires. L’enquête. Tome 2/3
scénario de de Denis Robert et dessins de Laurent Astier, Dargaud, 2009, 208 pages, 22€
En plein dans le milliard
Le tome 1 de ce docu-roman graphique nous avait laissés groggy alors que Denis Robert était perdu dans les développement imprévus de ses enquêtes sur les affaires politico-financières. L’homme, le journaliste et l’enquêteur avaient été balancés sans autre forme de procès dans le grand cirque des révélations et des contre-feux. C’est justement sur un procès que le second tome s’ouvre : celui de la « deuxième affaire » Clearstream, celle des manipulations politiques entre Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy. Mais, ni Denis Robert, ni Laurent Astier (qui assure ici un trait de très haute tenue sans jamais relâcher la tension) ne s’embourbe dans cette affaire dans l’affaire, car c’est bien « l’affaire des affaires » qui les intéresse. Celle de savoir par quel nœud passe la majorité des transactions financières frauduleuses de la planète ; celle qui révèle l’outil de dissimulation dont se servent à la fois les corrompus, les mafias, et tous les adeptes de la main basse. Très largement abordable, instructif, et globalement saisissant. N. L.
 
Petit dictionnaire des mots de la crise
de Philippe Frémeaux illustré par Gérard Mathieu, éditions Les petits matins / Alternatives économiques, 2009, 140 pages, 12
Noël et crise en retards
Nous avions (quelle erreur !), oublié de vous signaler la possibilité d’un cadeau de Noël aussi peu coûteux que fort goûteux : le dernier livre (illustré) de notre confrère Philippe Frémeaux, rédacteur en chef d’Alternatives économiques. Ce qui pourrait n’être qu’un exercice de style devient très vite un tour de force : allier pédagogie et humour. L’auteur, aidé par les dessins de Gérard Mathieu, nous fait franchement rire à chaque détour de page, mais à aucun moment ne se perd dans des formules faciles qui nous feraient oublier que le but premier du journaliste Frémeaux est de nous faire comprendre dans quelle panade néolibérale nous sommes – et grâce à qui. Côté savoir, vous allez enfin découvrir le sens des mots « assureurs monoline », « stabilisateurs automatiques », « volatilité » ou « désintermédiation ». Côté humour, nous ne retiendrons, exercice cruel, qu’une seule phrase, tirée de la définition de « Marini (Philippe) », auteur d’un amendement à la loi de finances 2008 permettant aux actionnaires de déduire de leur revenu imposable les pertes subies en bourse : « L’idée était tellement choquante sur le plan éthique, stupide au plan économique et irresponsable au plan politique qu’elle fut immédiatement jugée séduisante par Jean-François Copé. » Délicieux.N. L.
 
La fièvre de l’or
documentaire d’Olivier Weber, éditions France Télévisions, octobre 2008, 91 minutes
Du désastre écologique à l’état pur
À la croisée des conséquences désastreuses de la mondialisation débridée et de la sale habitude humaine de flinguer la nature à tout-va pour quelques billets, le scandale de l’orpaillage en Amazonie représente un exemple et un combat hallucinants. Dans ce Far West entre Brésil et Guyane française, les réseaux de trafiquants font rentrer des quantités industrielles de mercure et s’adonnent à la traite des femmes et au blanchiment d’argent, pour mieux extirper les lingots du sol de cette forêt incroyable qu’ils défrichent impunément. Le Film d’Olivier Weber, sortie en salles l’année dernière, constitue un support de débats, d’informations et de mobilisations autant sur la provenance de l’or que nous achetons, sur la rapide dégradation du « poumon vert » de notre planète ou sur le sort des Amérindiens, le réalisateur filmant les Wayanas, côté Guyane française, pollués dans leur chair par le mercure nécessaire à l’or. Un des grands atouts du film est de montrer, de manière très directe, le point de vue des « chercheurs d’or », voire même de ceux qui osent légitimer le taux de malformations dans les populations autochtones. Un film coup de poing, dans un gant d’or.
N. L.
 
Les Garçons Ramponeau. Biographie populaire
réalisé par Patrice Spadoni, production Canal Marches, Coffret de 4 DVD, 19 ? À commander sur : www.paroles-et-memoires.org ou www.canalmarches.org
Mémoire de quartier
« Belleville est un village d’immigrés », rappelle Étienne Raczymow, né en 1925 « au 27 rue des Couronnes » dans le 20e arrondissement de Paris. Il se souvient, avec ses amis et voisins octogénaires Gaston Largeault et Jacob Szmulewicz, dans ce film-document Les Garçons Ramponeau, réalisé par Patrice Spadoni, du Belleville d’autrefois, de ce Paris disparu. Tous trois allaient à l’école Ramponeau, l’école des garçons, pour la moitié enfants d’immigrés, « pas méchants, mais bien voyous ». Chenapans en culotte courte, ils nous content leurs 400 coups et se remémorent leur terrain de jeux qu’était le Belleville d’antan ; des voitures à chevaux, des marchands de chiffons, de l’ouvreur aveugle du cinéma de quartier l’Épatant, des films de gangsters et des westerns… De la traque hebdomadaire des clandestins organisée en bas de la rue de Belleville par les forces de police. Des artistes en quête de célébrité qui, lançant la chansonnette sur un bout de trottoir ; ainsi, Étienne croisa Édith Piaf, au détour d’une rue... Les trois amis ont parcouru les événements du siècle dernier : les grandes manifestations de 1936, la seconde guerre mondiale, la clandestinité puis l’entrée dans la Résistance pour Jacob et Étienne, tous deux issus de familles juives venues de Pologne, le service du travail obligatoire (STO) pour Gaston. À la fin de la guerre, viendra le temps de l’attente et de l’espoir de voir revenir ceux qui ne reviendront pas. Puis l’indispensable retour au quotidien, à la vie et à d’autres luttes. Premier opus d’une série, qui en compte dix, intitulée « biographies populaires », projet soutenu par la région Île-de-France, les Garçons Ramponeau nous ramènent à des temps révolus, mais permet aussi la comparaison entre le nord-est parisien des années 20 et celui d’aujourd’hui, comme le fait Jacob : « Ma femme râle contre les jeunes qui restent en bas, je lui dis que nous aussi on le faisait. Aujourd’hui, les jeunes ont des désirs beaucoup trop grands. Je ne les condamne pas car le désir c’est naturel. Avant, il y avait le racisme anti-juif, maintenant c’est le racisme anti-musulman (...). Pour s’en sortir, il faut du temps. » En plus du film, le spectateur pourra retrouver sur les trois DVD inclus dans le coffret l’intégral des entretiens menés avec les trois protagonistes. Mathilde Azerot
 
janvier 2010
 
L’eau, pour une culture de la responsabilité
Antoine Frérot, Autrement, 2009, 193 pages, 20
Une face de l'eau
L’ouvrage d’Antoine Frérot, ciblé sur les services de l’eau et de l’assainissement, comporte trois parties, la première présentant classiquement les grands défis (démographie, urbanisation, pollutions des eaux, etc..) qui feront du 21e siècle « le siècle de l’eau », la seconde stigmatisant avec adresse « les faux amis de l’eau » (catastrophisme climatique, gratuité de l’eau, opposition simpliste privé / public, etc.) qui conduisent à des postures stériles, et la troisième proposant « les nouveaux modèles » (nouvelles ressources en eau, nouveaux modèles financiers, solidarités renforcées, nouvelle gouvernance) qui permettront de surmonter ces défis et d’assurer l’accès à l’eau et à l’assainissement pour tous, au Nord comme au Sud. Le propos est adroit. Il fait, bien sûr, la part belle aux références de Veolia, dont Antoine Frérot est désormais le directeur général (la plus grande usine de dessalement par membranes, en Israël, la formidable réduction des pertes d’eau du réseau parisien sous la gestion de Veolia, un partenariat public / privé innovant à Atlanta, etc.) et tout cela est de bonne guerre. En revanche, on aurait espéré un examen minimal du marché de l’eau en France, un examen critique des contrats d’affermage et de leurs effets pervers (étrangement absent alors que l’auteur reprend longuement la critique de la rémunération des opérateurs selon les m3 vendus…), et quelques mots tout de même sur « l’oligopole de l’eau », même si l’auteur a beau jeu de disqualifier des discours de dénonciation parfois manichéens (auxquels l’article « L’eau sous pression citoyenne et politique », paru en décembre 2007 dans Territoires, avait accordé une très large place…). Décevant car il ne suffit pas de disqualifier la disqualification simpliste du marché, il faut aussi qualifier les différentes formes de recours au marché, et analyser les dérives du modèle français, ce que l’auteur ne fait pas. Une interrogation enfin : l’auteur plaide avec force pour la transparence, la participation des usagers et de la société civile à la « nouvelle gouvernance » de l’eau. Souhaitons que ces propos se traduisent par une ouverture effective des informations des opérateurs lorsque la démocratie participative s’emparera enfin de la question de l’eau. Pascal Arnac

L’atlas mondial de l’eau, de David Blanchon, Autrement, 2009, 79 pages, 15
À lire aussi L’atlas mondial de l’eau, de David Blanchon, qui traite de façon condensée, claire et très visuelle bien sûr, de l’ensemble des problématiques liées à l’eau ; problématiques environnementales, sociales ou économiques. Ouvrage de synthèse et de vulgarisation, il permet une approche globale et efficace avant d’aborder des approches plus ciblées. Un petit étonnement : la très faible place accordée au réchauffement climatique et à ses conséquences pour l’eau. P. A.
 
Une société de surveillance ? L’état des droits de l’Homme en France
Ligue des droits de l’Homme, édition 2009, 126 pages,10€
La liberté en moins, la sécurité en plus
« Ne souriez pas trop vite, vous êtes filmés », telle pourrait être la devise du rapport 2009 de la Ligue des droits de l’Homme portant sur l’augmentation alarmante des dispositifs de surveillance au sein des sociétés occidentales. En s´appuyant sur un certain nombre de faits et de principes, ce livre rend compte des instruments déployés pour contrôler et surveiller l’action des citoyens. Une forme de mondialisation surveillée est en train de se mettre en place, avec une circulation de bases de données dans tous les sens sans que l’on ait de garantie effective sur la préservation de la liberté des citoyens. C’est au nom de cette dernière que la Ligue des droits de l’Homme a publié son rapport afin de dénoncer le sacrifice de la liberté sur l’autel de la sécurité, devenu un dogme fondamental des sociétés contemporaines. Il se trouve que l´ensemble des techniques de fichage (biométrie, nanotechnologies, vidéosurveillance) répondent davantage à un sentiment d’insécurité et demeurent détournées de leurs objectifs : là où le pouvoir politique prétend préserver la liberté des citoyens, il la fragilise en construisant des techniques de surveillance de plus en plus fortes. En France, il existe une dérive sécuritaire certaine, due à une quasi absence de contrôle de l’usage des fichiers de données : Edvige, tests ADN, listes d’élèves scolarisées, toutes ces bases servent davantage à dépister les citoyens jugés déviants et non-conformes à l´idéologie ambiante. On retrouve dans cet ouvrage l’inspiration de Michel Foucault avec l’idée que l’emprise de la norme est devenue de plus en plus forte dans une société à caractère liberticide. En s’appuyant sur les rapports de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, le livre dénonce la circulation de bases de données clandestines à l’instar du système de traitement des infractions constatées (Stic) et du Fichier national automatisé des empreintes génétiques (Fnaeg). Certes, ces pratiques ne sont pas nouvelles, les États-Unis avaient d’ores et déjà créé des dispositifs de surveillance pendant la guerre froide (système Échelon surveillant les télécommunications) ainsi qu’après (logiciel Carnivore permettant l’accès aux courriels jugés sensibles, dépistage des informations sur les passagers aériens depuis les attentats du 11 septembre 2001 avec le système PNR, Passenger name record). Ce livre invite à une prise de conscience vis-à-vis du despotisme doux en train de s’installer dans nos sociétés, justifiant des politiques de plus en plus sécuritaires et inévitablement xénophobes (rejet des Roms, traque des immigrés clandestins). Si la surveillance s’insère en permanence dans notre quotidien, nous avons néanmoins les moyens de résister en instituant des réseaux de vigilance citoyenne.
Christophe Premat
 
Les missions du possible - Avec et pour les jeunes en parcours d’insertion
Anne Le Bissonnais, Apogée, collection « Les panseurs sociaux », 2009, 192 pages, 18 €
Les jeux de l’insertion
Voilà un ouvrage qui donne de l’énergie et des idées pour accompagner les jeunes en parcours d’insertion. L’auteure s’appuie sur son expérience en mission locale dans le Sud de l’Essonne, à Étampes, pendant dix ans, pour relayer le vécu de jeunes en insertion (y compris les jeunes ruraux dont on parle rarement), donner à voir le travail des missions locales et contribuer à la réflexion prospective sur les politiques d’insertion. La première partie de l’ouvrage, intitulée « Des jeunes, de galère en "insertion" », est un état des lieux : 19 % des jeunes actifs de moins de 25 ans sont chômeurs. Les jeunes sans diplôme sont plus pénalisés que les autres, et les jeunes ruraux cumulent les handicaps. Le permis de conduire est pour eux un sésame vital. Mais les obstacles sont multiples : le logement, l’isolement, les difficultés familiales, le manque de vie culturelle, les discriminations expliquent autant leur situation que des systèmes de formation inadaptés pour ceux qui ne « rentrent pas dans le moule » de l’enseignement. La seconde partie, « Les missions locales : une approche globale et territoriale, des outils pour accompagner les jeunes dans leurs parcours », définit l’action de ces structures, enfantées par Bernard Schwartz. Les missions locales ont une double fonction : d’une part, accueillir, écouter et accompagner les jeunes et, d’autre part, contribuer à la construction de réponses adaptées dans les territoires. L’accès durable à l’emploi ou à l’activité nécessite d’agir sur les autres déterminants. L’auteure illustre la multiplicité des interventions au cas par cas. Et pour impulser des dispositifs performants pour l’accompagnement (en « jouant » avec l’accumulation de mesures qui s’empilent rarement de façon harmonieuse), deux clefs sont pointées : une connaissance fine de son territoire et le développement des partenariats publics, privés et associatifs. La troisième partie, « Les missions locales dans les politiques publiques d’insertion : une place à consolider », retrace la construction du dispositif des missions locales et les risques actuels d’un recentrage exclusif sur « la mise à l’emploi ». L’auteure fait appel à plusieurs voix du milieu des missions locales, ou au-delà, pour marteler l’intérêt prouvé par l’expérience de conserver l’approche globale de l’accompagnement et sa territorialité. Publié dans la collection « Les panseurs sociaux », cet ouvrage ne se limite pourtant pas à panser les plaies sociales, il rappelle, avec raison, des pistes politiques pour construire des dispositifs appropriés dans les territoires. Au-delà du public des jeunes en difficulté, des pistes peuvent être utiles à des accompagnateurs d’autres publics (personnes âgées, agriculteurs en difficulté, migrants retraités…). Et la démarche peut certainement être utile au-delà de notre Hexagone. Remarquons que l’auteure travaille actuellement avec les jeunes de Niamey (Niger). Pour tous ceux qui veulent agir dans leur territoire, un ouvrage accessible et de référence. Étienne Beaudoux
 
Territoire et développement durable. Diagnostic
François Besancenot, L’Harmattan, 2009, 472 pages, 39
Triste potasse
La recherche d'une méthode diagnostic étayée par des indicateurs de développement durable appliquée à un territoire aussi identifiable que le bassin potassique d'Alsace promettait beaucoup. Je me permets d'afficher une certaine déception, produite par la défaite du lecteur face à un ouvrage qui accumule les problématiques, pour reporter les propositions de solution... à des études ultérieures. L'identité du territoire, marqué un siècle durant par l'exploitation minière de la potasse, est décrite abondamment, de manière souvent intéressante. Puis, une longue partie reproduit les positionnements doctrinaux autour de la notion de développement durable, puis de celle de diagnostic. L'auteur propose une méthode « DPEIR : force directive - pression - état - impact - réponse », que le praticien territorial est curieux de voir appliquer au territoire décrit. L'attente est déçue. La troisième partie compare l'agenda 21 initial élaboré par la communauté de communes du bassin potassique qui a géré le territoire avant d'intégrer la communauté d'agglomération Mulhouse sud-Alsace (Camsa). L'auteur constate que l'agenda 21 de la Camsa est plus global que le premier, et que les actions inscrites dans ces documents correspondent essentiellement aux compétences des deux institutions... Il conclut, ainsi, que « plusieurs domaines restent à approfondir » en listant une série de questions... lesquelles sont justement celles qu'on espérait voir traiter au sein d’un ouvrage de 400 pages. Rester ainsi sur sa faim après un menu aussi copieux est une expérience troublante. La rigueur et l'exhaustivité du chercheur peuvent fréquemment, pour peu qu'une bonne coopération s'établisse avec les praticiens, faire apparaître des aspects instructifs de l'action publique. Ce n'est pas ce qui m'est apparu à la lecture de cet ouvrage. Michel Wilson
 
Notre usine est un roman
Sylvain Rossignol, La Découverte poche, 2009, 12€
Il était une dernière fois...
En 2004, ce sont 660 emplois qui sont supprimés de l’usine pharmaceutique Roussel-Uclaf (devenu Sanofi-Aventis), de Romainville (93). « Il faut que les gens sachent ce qui se passe ici depuis des mois… comment nos vies sont changées à jamais, comment les décisions prises par les dirigeants meurtrissent. » Parce qu’elle entend les salariés répéter en boucle ces mêmes mots, Annick Lacour, représentante CGT, décide, en 2005, de créer une association de salariés baptisée RU, pour Roussel-Uclaf (mais aussi en allusion à la RU 486, nom de la pilule du lendemain qui fut inventée à Romainville), dont l’objectif est de donner naissance à un livre qui relaterait l’histoire de « leur » usine. En 2006, les membres de l’association choisissent de confier à l’écrivain Sylvain Rossignol cette mission. Après plus de six mois d’entretiens avec les salariés, le jeune romancier décide de ne pas s’en tenir à un récit en forme de simples témoignages et compose une fresque polyphonique, courant de 1967 à 2006, dans laquelle s’incarnent des vies ordinaires et dignes, chargées d’une subtile émotion. Un livre où s'entremêlent histoires intime et collective, sociale et politique, à lire d'une traite ! A. C.
 
La démocratie participative
sous la direction d’Yves Sintomer, la Documentation française, coll. Problèmes politiques et sociaux, n° 259, avril 2009, 9,90€
Démocratie participative : ce qu’il faut savoir
Sous la direction d’Yves Sintomer – bien connu des lecteurs de Territoires et intervenant régulier de l’Adels –, la Documentation française, dans sa revue Problèmes politiques et sociaux d’avril 2009, nous livre un intéressant panorama des réflexions sur la démocratie participative – approches, outils et enjeux – face à la démocratie représentative. Intéressant par son gabarit caractéristique entre revue de recherche et dossier de synthèse ; intéressant par l’accessibilité des différentes contributions, ailleurs parfois plus ardues ; intéressant par le panorama réalisé entre approches les plus pertinentes des sciences politiques et analyses des outils. Sur le plan des approches, on trouvera une contribution de Pierre Rosanvallon sur le terme même de démocratie. Ensuite deux contributions « vivaces » issues de chercheurs référence : Jacques Rancière (La haine de la démocratie) sur le « paradoxe de la démocratie » et Bernard Manin avec une instructive adresse sur « les limites de la dimension démocratique du gouvernement représentatif ». Une pensée que l’on souhaiterait percevoir plus souvent chez certains élus, « absolutistes-élitistes » de la représentation. Marie-Hélène Bacqué, Alain Rey et Yves Sintomer actualisent leur réflexion sur la démocratie participative comme « complément ou inflexion de la démocratie représentative », Marie-Hélène Bacqué revenant sur l’idée d’empowerment et Loïc Blondiaux sur celle de « l’idéal participatif ». On trouvera enfin les signatures de Catherine Neveu – de l’habitant au citoyen – ainsi que celles de Carsten Herzberg et Anja Röcke sur une cartographie des modèles participatifs. Sur le plan des outils, l’ouvrage visite le débat public, les jurys citoyens, les conseils de quartier, les budgets participatifs, les forums hybrides, les assemblées citoyennes… tout cela dans des lieux parfois méconnus, comme la Colombie britannique par exemple. Même mise en appétit sur le chapitre « enjeux » entre la portée politique des dispositifs délibératifs, le piège de la proximité ou la place de la société civile dans la production de savoir (Christophe Bonneuil), la formation des préférences individuelles (Julien Talpin) ou enfin « l’enjeu de faire émerger un contre-pouvoir coopératif » (Archon Fung et Erik Olin Wright)… Cette juxtaposition éclairée de contributions de ceux qui pensent aujourd’hui la démocratie est un ouvrage idéal pour professionnels, élus et militants qui souhaitent faire un premier pas dans une démarche d’approfondissement. Quitte à aller ensuite dans les ouvrages initiaux des auteurs et lire les fondamentaux développés. Jacques Picard
 
decembre 2009
 
Walter, retour en résistance
documentaire de Gilles Perret, DVD 22
Le travail sans protection ?
À 76 ans, Robert Castel continue inlassablement, depuis La Gestion des Risques (Minuit, 1981) et surtout les magistrales Métamorphoses de la question sociale (Fayard, 1995), à approfondir la nouvelle question sociale. Le présent ouvrage regroupe une somme d’articles parus entre 1995 et 2008 plus ou moins réécrits. Dans la première partie, l’auteur s’élève contre l’idée reçue d’un droit du travail faisant obstacle à la fluidité du marché. L’histoire démontre l’inverse : à mesure que le droit du travail se constitue, le marché progresse. Castel approuve la thèse de Gorz [1] : l’impersonnalité du travail salarié lui confère son caractère libératoire. D’où une tension : le travail contraint le travailleur, mais constitue le socle qui lui permet la reconnaissance, en devenant support de droits. La société salariale culmine dans les années 70, avec le mariage heureux entre économique et social. Mais ce compromis ne peut se maintenir avec la fin du capitalisme industriel. Car l’emploi perd sa consistance, mais non son importance. Justement, sa fragilisation ou sa plus grande rareté lui confère une plus grande centralité encore. Il ne s’agit pas de la « fin du travail » (Rifkin, 1995) ou d’une « valeur en voie de disparition » (Meda, 1995), mais bien plutôt d’un « effritement » de la société salariale qui développe un « second marché » de l’emploi, invalidant une part croissante de la main-d’œuvre. D’où les risques de découplage travail / protections sociales, ayant pour conséquence de faire passer une partie de la population d’une « précarité » provisoire à une situation durablement installée dans le « précariat ». La deuxième partie du livre pose la question de la reconfiguration possible des protections face à cette nouvelle donne. Castel réfute la connotation négative d’« État providence » pour caractériser la période qui s’achève, préférant la notion d’« État social » réducteur d’insécurité. Progressivement, depuis les années 70, on quitte la visée universaliste de l’État social avec des « droits », pour des prestations « sous conditions », avec la multiplication de situations particulières et l’exigence croissante de contreparties (comme l’insertion pour le RMI). Or, l’individualisation des protections exigerait non pas « un moins », mais « un plus » de protection. La troisième partie dépeint un tableau assez sombre des « désafilliés » de toutes sortes, figures assez différentes du « pauvre » traditionnel. Car ces personnes n’ont d’autre problème que d’être en surnombre, employables, mais invalidées par la conjoncture. On assiste à la multiplication de situations de travail « en deçà » du droit, avec le développement de la concurrence entre égaux. Cette désaffiliation s’exacerbe bien sûr dans le cas des populations d’origine immigrée et des jeunes de banlieue. Dans sa conclusion, Castel se refuse à être optimiste, tout autant que pessimiste. Les garanties du droit et de la protection sociale ne peuvent plus s’accrocher uniquement au travail stable : articuler la flexibilité avec la protection des travailleurs, tel est le défi que nous devons relever. Au total, une fresque magistrale, qui s’éloigne des images toutes faites sur la fin du travail, ou du mirage d’une « société de pleine activité » à n’importe quelles conditions. Un regret : qu’un livre aussi fouillé n’ait pas du tout abordé la question du genre, comme si la construction des protections sociales s’était faite indifféremment pour les hommes et pour les femmes. Nicolas Leblanc

Ma mondialisation, de Gilles Perret, Mécanos production et La vaka, distribué par Les films du paradoxe, DVD 19,5
Profitez-en pour voir ou revoir Ma mondialisation, le précédent film de Gilles Perret sorti en salles en 2006. L’histoire invraisemblable d’un patron de l’industrie du décolletage, savoyard, employant 300 personnes en France et 700 à l’étranger (République Tchèque, Chine). Un décryptage limpide et effrayant d’une vallée industrielle qui joue le jeu débridé de la mondialisation, et qui s’y brûle les ailes après avoir beaucoup gagné. Passionnant. N. L.
 
Comprendre le monde. Introduction à l’analyse des systèmes-monde
Immanuel Wallerstein, La Découverte Poche, 2009, 173 pages, 8 €
Le monde selon Immanuel
Aux heures de pointe dans le métro, il y a un petit côté gênant à sortir Comprendre le monde de son sac. Ce n’est pas seulement que ce titre d’éditeur manque quelque peu de retenue ; c’est surtout que, serré au milieu d’une rame surpeuplée, on se sent un peu comme un martien en train de lire son manuel d’apprentissage du fonctionnement de la planète Terre. C’est d’ailleurs peut-être là une bonne manière de résumer la démarche d’Immanuel Wallerstein, qui nous propose une « introduction à l’analyse des systèmes-monde » ; approche dont il est le fondateur et qui a fait de lui un théoricien important pour les courants altermondialistes. L’ambition est donc ici de fournir une explication globale des mécanismes régissant nos sociétés modernes, en s’affranchissant de l’État-nation comme cadre d’analyse. En s’attachant à expliquer « l’économie-monde capitaliste » de manière relativement accessible, l’auteur nous offre, entre autres choses, une interprétation très éclairante de la « mondialisation » en montrant qu’elle n’est pas un phénomène nouveau, mais cyclique. Signalons aussi, en fin d’ouvrage, un glossaire très bien fait, qui n’a rien d’accessoire. Un bémol toutefois : il faudra plus ou moins croire Wallerstein sur parole. On souhaiterait que son discours s’appuie plus systématiquement sur des références historiques clairement identifiables. Nul doute que l’impact sur le lecteur n’en serait que plus fort. Mais l’auteur nous avait prévenu dès le début que l’analyse des systèmes-monde assume de ne pas faire reposer ses théories uniquement sur des données « falsifiables ». En refermant cet ouvrage, on n’aura donc peut-être pas complètement compris le monde, mais on aura au moins une idée précise de ce qu’en pense Wallerstein. Largement suffisant pour justifier un achat.
Mathieu Derrien
 
La République antiparticipative : les obstacles à la participation des citoyens à la vie locale
Jean Tournon, L’Harmattan, 2009, 176 pages, 17 €
Pourquoi ça ne marche pas ?
La vie associative doit-elle s’intéresser aux mille et une inventions de la démocratie participative locale ou se préoccuper des obstacles structurels à la participation citoyenne et aux moyens de les réduire ? Jean Tournon, directeur de recherche honoraire de la Fondation nationale des sciences politiques, actuellement responsable pour les Unions de quartier grenobloise d’une commission « démocratie locale et participation », a résolument choisi d’attaquer les causes qui freinent l’action citoyenne plutôt que de s’intéresser aux palliatifs. L’ouvrage propose donc une dizaine d’articles pour, non pas fustiger la démocratie représentative ou critiquer une fausse démocratie participative s’appuyant sur des groupes restreints (des lobbies), mais bien pour examiner, dans nos fonctionnements républicains, les multiples obstacles à la mise en place de processus démocratiques impliquant largement les citoyens. Souvent iconoclastes, les auteurs explorent toutes les facettes de cette résistance que la République met en œuvre, à tous les niveaux, pour limiter la participation des citoyens, et s’offrent quelques comparaisons avec des situations de pays plus ou moins proches : Italie, Suisse, Japon ou encore au Québec. François Hollard
 
Alias Caracalla
Daniel Cordier, Gallimard, 2009, 944 pages, 32
Une histoire de la résistance
Daniel Cordier est désormais un vieux monsieur très digne, un de ceux que les moins de 70 ans n’ont pas pu connaître jeune, mais qui peut, néanmoins, intéresser les moins de vingt ans, car son livre est précieux. Alias Caracalla est un journal qui relate, au jour le jour, les trois années les plus intenses de sa longue vie, du 17 juin 1940 au 23 juin 1943, quelques jours après l’arrestation de son « patron », Rex alias Jean Moulin, dont Cordier a été le secrétaire une année durant. Voici un parcours atypique. L’homme vient de l’extrême-droite royaliste maurassienne et antisémite, milite à l’Action française et s’engage en politique autour de ces idées. Il décide de rejoindre la résistance gaulliste dès le 17 juin 1940, d’abord, « pour ne pas être l’esclave des Boches », ensuite, par refus de l’armistice. Petit à petit, il va « dériver politiquement » en devenant l’apôtre du général de Gaulle, puis en s’engageant à gauche, liant la lutte contre le nazisme aux projets de justice sociale pour la Libération. Il est très intéressant de voir l’évolution de sa pensée, qui ne masque rien de ses doutes, de ses sentiments confus dans une période pour le moins troublée. À Lyon puis à Paris, Cordier va être le « secrétaire » de Rex-Moulin, dont il ne connaîtra la véritable identité qu’après la guerre. On découvre avec quel acharnement Jean Moulin chercha, souvent contre leur volonté, à unifier les mouvements de la Résistance, les partis politiques et les groupes isolés contre le régime hitlérien et contre Vichy. On voit toute la fatuité d’Henri Frenay et d’autres dirigeants de mouvements de résistance. On lit – avec délectation – les manigances, les coups, les arguments des différents mouvements de résistance et / ou politiques. Alias Caracalla – dernier lauréat du prix Renaudot-Essai – est complémentaire des précédents ouvrages de l’auteur, (Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon (trois volumes parus de 1989 à 1993 chez Jean-Claude Lattès) et Jean Moulin, la République des catacombes (Gallimard, 1999), lesquels étaient très documentés et essentiellement basés sur des écrits et des recherches historiques. Cet ouvrage est, quant à lui, presque exclusivement basé sur ses souvenirs. À lire pour Jean Moulin et pour les quelques similitudes – toutes proportions gardées – que l’on peut relever avec les coups bas politiques actuels et les résistances aux tendances populistes d’aujourd’hui en France et ailleurs dans le monde. Mathieu Glaymann
 
Éco-quartiers en Europe
Philippe Bovet, Terre vivante, 149 pages, 29 €
La société contre le néolibéralisme
L’expression « développement durable » est partout. Demain, pour les mêmes raisons, le mot « éco-quartier » connaîtra - vraisemblablement - la même fortune. Le moindre bâtiment affublé de quelques panneaux solaires sera célébré pour sa contribution éminente au sauvetage de la planète. Alors, comment s’y retrouver et démêler le « vrai » du « faux » ? Un conseil : commencez par lire l’ouvrage de Philippe Bovet. Clair, d’une lecture agréable, bien illustré et ponctué de références précises, ce livre est rafraîchissant et va à l’essentiel. Surtout, il pose correctement les défis qui nous attendent : concilier le développement urbain et l’écologie et créer l’habitat du futur dont nous avons besoin. Comme l’urbanisme est une affaire toujours singulière avec, à chaque fois, une histoire spécifique, un contexte particulier, des acteurs qui ont leurs particularités et des contraintes locales qui pèsent lourd, l’auteur a fait le choix de nous faire visiter douze réalisations en Europe. Histoire de prendre la mesure de la diversité des expériences. Mais, chemin faisant, on se rend vite compte qu’au-delà des différences, les mêmes questions se posent partout en des termes identiques, car il s’agit de faire face aux mêmes défis en créant une dynamique sociale. Le cas de l’éco-Zac de Rungis est exemplaire sur ce plan : partout se pose le problème de la participation. Une éco-Zac commence (presque) toujours par un projet des élus et des urbanistes. Faut-il se contenter de nos méthodes habituelles de participation ? Une éco-Zac est-elle un produit de consommation classique ? La lecture de l’histoire de l’éco-Zac de Rungis est conseillée à tous et, tout spécialement, aux élus. Ils pourront également apprendre que l’éco-quartier de Vauban (Fribourg-en-Brisgau) est devenu un haut lieu des énergies alternatives après qu’il y a eu, à cet endroit précis, une mobilisation intense et victorieuse contre un projet d’usine nucléaire. Les éco-quartiers ont toujours une histoire…Je vous recommande aussi de lire et de relire l’interview d’Hubert Burdenski, que chacun considère comme le « pape» des baugruppen. De quoi s’agit-il ? Les baugrappen, pour « groupes de projet en constitution » en allemand, font d’abord penser à nos coopératives, à la différence qu’ils se réfèrent spécifiquement à la notion de construction. Des personnes qui ont un projet se regroupent et déposent leur projet avec l’aide d’un architecte, en respectant, bien sûr, le cahier des charges de l’éco-quartier. Il peut en résulter jusqu’à 15 % d’économie, de quoi payer les surcoûts énergétiques et, surtout, une garantie d’avoir des futurs habitants, acteurs de l’éco-quartier. En prime, l’aménageur y verra le moyen efficace de contourner les promoteurs peu coopératifs. Enfin, cerise sur le gâteau, ce livre nous parle de Culemborg aux Pays-Bas, « l’un des éco-quartiers les plus aboutis d’Europe ». Pourquoi ? Parce qu’un éco-quartier est d’abord un acte d’urbanisme. Il ne s’agit pas seulement de construire des bâtiments passifs, des espaces verts, de penser des circulations douces. Tout cela est bien, mais il faut surtout les penser ensemble, de façon intégrée. Un quartier n’est pas l’addition des exploits de quelques architectes, fussent-ils géniaux. Car le but d’un éco-quartier est de générer une autre façon de vivre, plus économe, plus respectueuse de l’environnement, plus conviviale… Utopie ? Mais en avons-nous seulement le choix . Hervé Vouillot
 
Nauru, l’île dévastée
Comment la civilisation capitaliste a anéanti le pays le plus riche du monde, La Découverte, 2009, 152 pages, 12€
Micro-état, méga-tragédie
C’est à Nauru – prononcez Naourou –, la plus petite république de notre planète, située au cœur de l’océan Pacifique que Luc Folliet, journaliste indépendant, a mené une enquête des plus contemporaines. Car cet îlot de 21 km2, peuplé de 9 000 habitants, victime d’un désastre écologique, économique et social pourrait symboliser, à lui seul, toutes les dérives du système capitaliste dont souffre aujourd’hui à des degrés divers l’ensemble de notre village planétaire. Tout commence au 19e siècle quand un navigateur australien découvre, sur cette minuscule île, du phosphate. Très vite, Nauru, qui ne vit plus que par et pour l’exploitation de ce minerai, connaît un développement rapide et intensif d’un mode de vie « à l’occidental » et voit, petit à petit, ses paysages se ravager. Jusqu’à ce que la précieuse ressource vienne à s’épuiser dans les années 90. Depuis, c’est le déclin : devenu un des États les plus pauvres de la planète, Nauru n’intéresse plus que les banques offshore ou l’Australie, qui loue ses terres pour y établir des camps de rétention pour les immigrés et connaît le taux d’obésité le plus élevé du monde (78,5 % de sa population). Un ratage total. Aline Chambras
 
novembre 2009
 
La Montée des incertitudes. Travail, protection, statut de l’individu
Robert Castel, Seuil, 2009, 457 pages, 23
Le travail sans protection ?
À 76 ans, Robert Castel continue inlassablement, depuis La Gestion des Risques (Minuit, 1981) et surtout les magistrales Métamorphoses de la question sociale (Fayard, 1995), à approfondir la nouvelle question sociale. Le présent ouvrage regroupe une somme d’articles parus entre 1995 et 2008 plus ou moins réécrits. Dans la première partie, l’auteur s’élève contre l’idée reçue d’un droit du travail faisant obstacle à la fluidité du marché. L’histoire démontre l’inverse : à mesure que le droit du travail se constitue, le marché progresse. Castel approuve la thèse de Gorz [1] : l’impersonnalité du travail salarié lui confère son caractère libératoire. D’où une tension : le travail contraint le travailleur, mais constitue le socle qui lui permet la reconnaissance, en devenant support de droits. La société salariale culmine dans les années 70, avec le mariage heureux entre économique et social. Mais ce compromis ne peut se maintenir avec la fin du capitalisme industriel. Car l’emploi perd sa consistance, mais non son importance. Justement, sa fragilisation ou sa plus grande rareté lui confère une plus grande centralité encore. Il ne s’agit pas de la « fin du travail » (Rifkin, 1995) ou d’une « valeur en voie de disparition » (Meda, 1995), mais bien plutôt d’un « effritement » de la société salariale qui développe un « second marché » de l’emploi, invalidant une part croissante de la main-d’œuvre. D’où les risques de découplage travail / protections sociales, ayant pour conséquence de faire passer une partie de la population d’une « précarité » provisoire à une situation durablement installée dans le « précariat ». La deuxième partie du livre pose la question de la reconfiguration possible des protections face à cette nouvelle donne. Castel réfute la connotation négative d’« État providence » pour caractériser la période qui s’achève, préférant la notion d’« État social » réducteur d’insécurité. Progressivement, depuis les années 70, on quitte la visée universaliste de l’État social avec des « droits », pour des prestations « sous conditions », avec la multiplication de situations particulières et l’exigence croissante de contreparties (comme l’insertion pour le RMI). Or, l’individualisation des protections exigerait non pas « un moins », mais « un plus » de protection. La troisième partie dépeint un tableau assez sombre des « désafilliés » de toutes sortes, figures assez différentes du « pauvre » traditionnel. Car ces personnes n’ont d’autre problème que d’être en surnombre, employables, mais invalidées par la conjoncture. On assiste à la multiplication de situations de travail « en deçà » du droit, avec le développement de la concurrence entre égaux. Cette désaffiliation s’exacerbe bien sûr dans le cas des populations d’origine immigrée et des jeunes de banlieue. Dans sa conclusion, Castel se refuse à être optimiste, tout autant que pessimiste. Les garanties du droit et de la protection sociale ne peuvent plus s’accrocher uniquement au travail stable : articuler la flexibilité avec la protection des travailleurs, tel est le défi que nous devons relever. Au total, une fresque magistrale, qui s’éloigne des images toutes faites sur la fin du travail, ou du mirage d’une « société de pleine activité » à n’importe quelles conditions. Un regret : qu’un livre aussi fouillé n’ait pas du tout abordé la question du genre, comme si la construction des protections sociales s’était faite indifféremment pour les hommes et pour les femmes. Jacqueline Lorthiois

1 « Revenu minimum de citoyenneté, droit au travail et droit au revenu », André Gorz, dans Futuribles, février 1994.!
 
Les pratiques émancipatrices. Actualités de Paulo Freire
sous la coordination de Françoise Garibay et Michel Séguier, éditions Syllepses et Nouveaux regards, 2009, 277 pages, 20€
L’héritage de Paulo Freire
Cet ouvrage est un jalon important dans l’action (forcément collective et de longue haleine) initiée par le grand pédagogue et militant de l’éducation populaire, le Brésilien Paulo Freire (1921-1997). Il retrace et éclaire les principes fondateurs de l’éducation émancipatrice, telle que l’a conçue et mise en pratique l’auteur de La pédagogie des opprimés. Il rassemble aussi une diversité d’expériences qui s’en inspirent, les croise et les discute avec le souci d’expliquer et de diffuser ces méthodes qui ont valeur autant politique que pédagogique. Un certain nombre de chercheurs et praticiens, dont certains avaient travaillé avec Paulo Freire, ont décidé, en effet, de faire fructifier son œuvre. Ils ont organisé un premier séminaire à Recife en 2002, puis à Paris, avec l’appui de l’Unesco. Ils se sont constitués en « cercle des pédagogies émancipatrices » avec le dessein de construire ensemble des connaissances utiles à l’action, d’interconnecter et de renforcer les réseaux qui en font l’expérience. Recherche-action, participation citoyenne, capacitation ou empowerment, échange de savoirs, travail en réseau : les mots-clés de ces démarches émancipatrices ne nous sont généralement pas étrangers. Mais en avons-nous tiré toutes les richesses ? Aucune pédagogie, nous dit Freire, n’est neutre : soit elle contribue à renforcer la domestication des individus, soit elle est outil d’émancipation. Celle-ci se bâtit dans la vie réelle. Elle doit se fonder sur un nouveau rapport, fait de réciprocité, entre l’enseignant et l’apprenant. L’éducation, au sens de Freire, est le refus de l’homme abstrait, coupé du monde et des autres. Le refus du prêt à penser, de « l’éducation bancaire », comme il est dit dans l’ouvrage. En amenant les personnes à problématiser leurs expériences concrètes, les formations-actions leur permettent de développer une vision critique qui, s’appuyant sur le collectif, débouchera sur la volonté de transformer le monde plutôt que de l’accepter tel qu’il est. L’appropriation des savoirs par les acteurs (les opprimés) eux-mêmes va bien au-delà des parcours individuels. La pédagogie est au cœur d’un mouvement tout à la fois radical et pacifique (car fondé sur le dialogue) de transformation de la société. Ce livre en révèle l’intelligence ; mieux, il donne ou redonne envie de se joindre au mouvement.
Gérard Léval
 
Gouverner les métropoles
Christian Lefèvre, éditions Lextenso en partenariat avec LGDJ et Dexia, 2009, 115 pages, 9,50€
La métropole cherche sa place
Cet ouvrage synthétique livre une explication structurée et illustrée du développement chaotique des organisations métropolitaines. En se basant sur une définition purement fonctionnelle de la métropole, l’auteur expose les grands tiraillements du comment gouverner les métropoles. Institutionnalisée par les politiques de décentralisation, théorisée par les courants de pensée politique, expérimentée à l’aide d’outils de gouvernance ou encore bousculée par l’essor d’une démocratie locale, la métropole reste perpétuellement en quête d’une cohérence existentielle. Efficace et pertinent, cet ouvrage, de par sa concision, laisse tout de même un peu sur sa faim. Mais n’est-ce pas là paradoxalement sa qualité principale ? Structurer la pensée du lecteur pour le pousser à approfondir ses connaissances sur le sujet. En concluant son travail sur une mise en exergue du risque de morcellement des territoires métropolitains, l’auteur donne finalement le coup d’envoi aux recherches et aux réflexions personnelles du lecteur. Emmanuel Marx
 
Repères pour un développement humain et solidaire
Paul Houée, éditions de l’Atelier et éditions ouvrières, 2009, 254 pages, 22
Le développement d’hier et de demain
Voilà, en 250 pages et trois parties, un voyage dans l’histoire du développement depuis les Trente glorieuses jusqu’aux temps incertains actuels. Paul Houée, en homme de savoir, d’observation et de terrain, analyse la situation présente et envisage les incertitudes de demain. « Tu ne connais pas ce qu’il y a de l’autre côté, mais tu nous encourages à passer… Tu es passeur de nuit et accoucheur d’aurore », note dans la préface Elena Lasida, maître de conférence à l’Institut catholique de Paris. La première partie brosse le tableau des changements sur notre planète et les défis multiples du moment (écologiques, politiques, économiques, etc.). Le développement est en panne et les conséquences peuvent être graves ! La seconde partie éclaire sur les diverses références intellectuelles et spirituelles (dont la « pensée sociale de l’Église ») pour refonder le développement. Il pointe aussi les approches empiriques participatives qui vont de l’expérience du Mené, pour laquelle Paul Houée a été acteur, jusqu’à l’engagement de nouveaux leaders, comme Mamadou Cissoko en Afrique de l’Ouest. La troisième partie donne des pistes pour un développement social et solidaire, participatif et durable, local et global. Paul Houée, en fils spirituel du Père Lebret, ne cache pas les tempêtes, mais invite à « ouvrir un horizon de sens aux mille petits pas de l’espoir et de la solidarité ». Une lecture utile en ces temps d’incertitude. Étienne Beaudoux
 
La nouvelle raison du monde. Essai sur la société néolibérale
Pierre Dardot et Christian Laval, La Découverte, 2009, 504 pages, 26€
La société contre le néolibéralisme
Le néolibéralisme est la cible de critiques récurrentes parmi les altermondialistes et les mouvances idéologiques de gauche qui s’insurgent contre l’émergence d’une société de marché. Le livre de Pierre Dardot et de Christian Laval va bien au-delà des slogans idéologiques pour préciser les fondements philosophiques du néolibéralisme. Le néolibéralisme est une rupture profonde au sein de la doctrine libérale classique. Conçu à la fin des années 30, au sein de cercles intellectuels restreints (colloque Walter Lippmann tenu à Paris les 26 et 30 août 1938), le néolibéralisme vise l’intervention de l’État au service du marché. En l’occurrence, les politiques publiques sont délivrées grâce au concours de la puissance publique et des forces du marché. La liberté individuelle n’est plus protégée dans la mesure où la commande publique se substitue à la main invisible du marché défendue naguère par un penseur tel qu’Adam Smith. Le néolibéralisme, en tant que doctrine fondée sur l’idée d’une société de marché où toutes les sphères de l’existence sociale (santé, éducation) sont indexées sur les échanges économiques, a pour précurseur l’ordolibéralisme élaboré par des économistes tels que Walter Eucken (1891-1950) et des juristes comme Franz Böhm (1895-1977) où l’ordre constitutionnel garantit les principes de la concurrence (cette conception a prévalu dans l’Allemagne fédérale après la Seconde guerre mondiale). La rationalité néolibérale a favorisé l’apparition d´un nouveau sujet se caractérisant par l’intériorisation d’un modèle de performance étendu à toutes les institutions sociales. L’individu néolibéral est sujet à des souffrances psychiques importantes, l’emprise de cette norme devenant difficilement soutenable. Le néolibéralisme n’est pas l’institution d´un marché libre, mais la rationalisation et la mise en place d’un contrôle social de plus en plus fort. In fine, la politique elle-même est menacée par cette idéologie, qui contredit les principes du débat public. Christophe Premat
 
octobre 2009
 
Les enragés du football, l’autre mai 68
Faouzi Mahjoub, Alain Leiblang et François-René Simon, Calmann-Lévy, avril 2008, 12
Un autre football est possible
Dans un an se tiendra la Coupe de monde de football en Afrique du Sud, la première sur le continent africain. Nous serons tous largement abreuvés d’informations au fil de ces prochains mois. Que vous aimiez le foot ou non, que vous ayez une proximité avec les valeurs majoritairement portées par Mai 68 ou non, que vous critiquiez les sommes investies, la soumission à la publicité, la transformation de clubs en quasi multinationales, le nationalisme ou le chauvinisme qui structurent largement le football actuel : ce livre est pour vous. Il montre la révolte de joueurs qui ont aussi « fait leur Mai 68 » en occupant le sacro-saint siège de la Fédération française de football. Des joueurs révoltés par leurs conditions de travail. À cette époque-là, les joueurs étaient propriété à vie de leur club et de leurs dirigeants, les salaires étaient misèreux, les journalistes sportifs avaient l’esprit critique et faisaient véritablement leur travail en n’ayant pas peur d’ébranler des institutions intouchables. Les supporters avaient un esprit «club sain» et non raciste, chauvin ou violent. L’esprit qui existe encore à Lens ou à Lille aujourd’hui prévalait partout. On retrouve dans le livre de nombreux questionnements qui ont agité les autres mouvements de Mai 68, la même société « du haut » incapable d’écouter et bardée de certitudes, les mêmes dialogues de sourds entre syndicats de joueurs ou de journalistes et patrons de clubs ou de journaux. Un esprit de remise à plat, de liberté, de discussions, de revendications précises (structurées dans un vrai cahier de doléances), d’intelligence collective a animé ce groupe qui comporte quelques « vedettes » de l’époque ou futures. Ne manque que la critique du machisme pour en faire un vrai livre complet. À offrir à Ken Loach ou à vos ami-e-s altermondialistes pour montrer qu’un autre football est possible (mais qu’il reste du boulot…) ! Mathieu Glaymann
 
Le travail – une nouvelle question politique
Jean-Louis Laville, collection « solidarité et société » dirigée par l’auteur, Desclée de Brouwer, 2008, 233 pages, 23€
Travailler oui, mais raisonnablement
Le sociologue Jean-Louis Laville, spécialiste de l’économie solidaire et des questions sociales, propose une version augmentée et actualisée de son ouvrage paru en 1999 sous le titre Une troisième voie pour le travail. Si le travail a été remis sur le devant de la scène avec la désormais célèbre maxime « travailler plus pour gagner plus », Jean-Louis Laville a pris soin de replacer la notion de travail dans l’histoire des sociétés, de l’économie sociale et des relations humaines. Le débat sur le travail (ré)apparaît comme question politique avec les turbulences que connaît le salariat dans les années 70. Le salariat « traditionnel » est voué à la disparition au profit d’une position de prestataire extérieur, d’une nouvelle organisation du travail. La question des 35 heures, largement développée, entraîne celle du temps libre, de l’allocation universelle ainsi que du secteur quaternaire : « Retrouver d’autres activités plus gratifiantes que l’emploi pour ne pas sombrer dans une société de travailleurs sans travail », dixit Hannah Arendt. Le temps libéré par le travail doit servir à la société via les associations, l’économie sociale et solidaire, sous la forme d’un engagement renouvelé à l’aune de la notion de service public. « Après les Trente glorieuses, les trente piteuses », prédit l’essayiste Nicolas Baverez que l’auteur reprend pour constater l’augmentation des inégalités et surtout des inégalités face au temps libéré par le travail… alors que la philosophe Dominique Méda avance le « travailler moins pour vivre mieux ». Mais que proposer pour avancer sur cette question politique ? On pourra regretter que l’auteur ne semble jurer que par l’économie sociale et solidaire et ne se positionne pas totalement dans le débat sur l’impératif et la sacralisation de la croissance, ainsi que sur le mythe (entretenu également par les sociaux-démocrates avec la redistribution) selon lequel seul l’essor de l’économie de marché pourrait résorber le chômage.
David Pélage
 
Extensions urbaines : la suite dans les idées
CAUE Haute-Garonne, Éditions Loubatières, 2009, 87 pages, 19€
Expérimenter l’agglomération de demain
Cette brochure du Conseil d’architecture, urbanisme et environnement (CAUE) de la Haute-Garonne se veut être un outil pour la construction collective de la ville de demain en rendant compte d’une démarche expérimentale. Elle part du constat d’une croissance effrénée de l’agglomération toulousaine, qui détient le plus fort taux annuel français des métropoles comparables pour la construction et l’étalement : en cinquante ans, le nombre de logements a été multiplié par cinq quand l’aire urbaine compte à peine 1,1 logement par hectare contre 4,9 à Lille, par exemple. Pour initier une démarche de qualité urbaine, six communes (du petit village de cinquante-cinq habitants à la ville de banlieue ou la bastide de sept mille habitants) ayant un projet d’extension, ont été choisies. Au programme : visites de sites remarquables, « ateliers des maires » et exposition des projets d’extension devant un comité de pilotage (composé, entre autres, du CAUE 31, de l’association des maires de Haute-Garonne, d’organismes HLM, de laboratoires de recherche, d’une école d’architecture et du conseil général). Dans le cadre du concours d’idées, des équipes « pluridisciplinaires » (bien que la seule ouverture hors architectes et urbanistes ne se limite aux ingénieurs horticoles…) ont alors proposé leur projet qui a été débattu en comité de pilotage et conseil municipal, voire plus largement. Cette méthode, séduisante car totalement ouverte pour la participation des habitants, a ses limites, les équipes ne pouvant pas concourir sur le marché et risquant de perdre leur propriété intellectuelle. En outre, on reste sur sa faim car, tant la méthodologie que les processus de participation ne sont pas clairement détaillés, et c’est pourtant cela qui semblait le plus utile. Béatrice Janiaud
 
La ville autrement
Alternatives économiques, hors-série n° 39, juin 2009, 144 pages, 9,50
L’urbanisme au service de la démocratie
Ce hors-série du mensuel Alternatives économiques tente d’expliquer comment concevoir et appliquer un urbanisme écologique. En France, dans les vingt-cinq années à venir, plus d’un million et demi de personnes viendront s’installer dans les zones urbaines, une densification qui se renforcera partout, plus encore dans les pays émergents. Plus de trente textes figurent dans ce document judicieusement découpé en cinq parties : « changer la ville », « état des lieux », « la ville durable en pratique(s) », « la ville durable en question(s) » et « la ville durable vue d’ailleurs ». Tous sont complétés d’une bibliographie, d’un lexique et d’un index. Face aux anciens modèles d’urbanisme désormais obsolètes, le modèle émergent semble être celui lié au concept du développement durable avec les appellations « agenda 21 local ». Ces documents comprennent souvent deux volets : une partie stratégique et des plans d’actions adaptés au territoire en question. Ils ne peuvent, à la différence des anciens modèles, qu’être élaborés de manière démocratique entre les différents élus, responsables et membres de la société civile. L’application, l’évaluation et l’actualisation sont faites également avec ces différents acteurs et le sérieux des travaux n’étant obtenu qu’avec un engagement constant des élus. La connaissance et l’appropriation des travaux favoriseront les changements des comportements et donc notre démocratie, toujours fragile, tant en France qu’ailleurs. Ce hors-série contribue en partie à ces éclaircissements. Jacques Tolédano
 
Crise écologique ou crise sociale ? Vivre ensemble autrement
François Plassard et Florence Jullion, Ovadia, 2009, 194 pages, 14€
Pour un nouveau contrat social
Ce livre, préfacé par Albert Jacquard, nous propose d’ « ouvrir le chemin d’une nouvelle constitution… ». Constat amer et désormais assez bien partagé : en ce début de siècle, et après trois cents ans de capitalisme de marché qui n’a pas permis l’accès à la richesse matérielle pour tous, la crise écologique est à nos portes. Le produit intérieur brut ne peut aucunement être l’indicateur global adapté, puisqu’il masque, notamment, la multiplication endémique des échanges virtuels, instantanés et planétaires, non régulés. L’homme « libéré » des sociétés démocratiques n’est plus qu’une marchandise. Et pourtant, les populations, par des révolutions silencieuses, s’opposent de plus en plus à leurs dirigeants. Les déçus de la démocratie représentative se font de plus en plus nombreux… Pour sortir de cette « barbarie », l’individu et les sociétés ont besoin de reconsidérer leurs rapports au collectif. Voici donc un essai sur les nécessaires métamorphoses qui favoriseraient l’émergence de fondements autour d’un « nouveau contrat social » (représenté par un tryptique fraternité / équité / liberté) entre les peuples européens et, si possible, entre les peuples de la planète. Cela passe notamment par une réappropriation du territoire, de la politique et l’avènement d’une « monnaie de convivialité ». Un plaidoyer pour que la société sorte de son adolescence et pour éviter le suicide collectif (« un effondrement »). La société néolibérale actuelle consacre en effet des dépenses inimaginables : mille deux cents milliards de dollars pour l’armement, cinq cents pour la drogue, autant pour la publicité, etc., quand le nécessaire et l’utile ne représentent que cent dix-sept milliards... Il est donc urgent de lire cet ouvrage et d’en étudier ses propositions.
Jacques Tolédano
 
Monnaies régionales, de nouvelles voies vers une prospérité durable
Bernard Lietaer et Margrit Kennedy, éditions Charles Léopold Meyer, 2008, 20€
Penser une monnaie du développement
Un livre passionnant et très complet, préfacé par Michel Rocard, se penche sur un sujet peu connu. De tout temps des monnaies locales ont coexisté avec des monnaies centrales, même si ces dernières ont parfois tenté de les détruire. Aujourd’hui, nous en manions tous, des tickets restaurants aux Miles de notre carte « grand voyageur ». De grands spécialistes de la monnaie comme Bernard Lietaer ou Toshiharu Kato, ex-dirigeant au sein du Miti (ancien ministère de l’économie japonais) théorisent le déploiement de monnaies régionales, et y contribuent activement. Pour Lietaer, par exemple, le Wir suisse, créé au lendemain de la crise de 1929, est un excellent exemple d’outil à promouvoir pour permettre un développement endogène, capable de limiter les problèmes de liquidités bancaires des petites entreprises. Le Japon, les länders allemands, les États-Unis fourmillent d’exemples de monnaies locales. Autant d’instruments de développement territorial, le plus souvent administrés de manière plus démocratique et transparente. En France, le Sol, déployé sur une idée de l’économiste Patrick Viveret, avec le soutien de quatre poids lourds de l’économie sociale (Macif, Maif, Crédit Coopératif et Chèque déjeuner), est expérimenté dans cinq régions. Puisse ce livre contribuer à multiplier d’autres expériences ! Michel Wilson
 
septembre 2009
 
Essai sur l´œconomie
Pierre Calame, éditions Charles-Léopold Mayer, 2009, 588 pages, 25

Les atouts de la nouvelle œconomie

« L´œconomie est une branche de la gouvernance. Elle a pour objet de créer des acteurs et des agencements institutionnels, des processus et des règles visant à organiser la production, la répartition et l´utilisation des biens et des services en vue d´assurer à l´humanité tout le bien-être possible en tirant le meilleur parti des capacités techniques et de la créativité humaine, dans un souci constant de préservation et d´enrichissement de la biosphère, de conservation des intérêts, des droits et des capacités d´initiative des générations futures et dans des conditions de responsabilité et d´équité suscitant l´adhésion de tous. » (p. 189). Pierre Calame a forgé ce concept d´œconomie pour rappeler le sens étymologique de l´économie consistant à gérer les affaires de la maison. L´œconomie ne se réduit pas à la chrématistique (calculs des profits et des gains d´argent), mais consiste en une nouvelle forme de répartition des échanges. Pierre Calame ne partage ni la vision des apôtres du néolibéralisme, ni celle des altermondialistes. L´œconomie s´appuie sur les énergies territoriales et les initiatives locales (accès au savoir, diagnostic partagé, participation des citoyens aux enjeux scientifiques et climatiques) ; elle est une vision élargie de l´économie, de la monnaie et des échanges de biens et de services. Penser le renouvellement de la répartition des biens et des services, telle est sa tâche principale. En réalité, l´auteur classe les biens en plusieurs catégories : les biens de catégorie 1 qui sont indivisibles (biodiversité, patrimoine), les biens de catégorie 2 qui se trouvent en quantité limitée (eau, minerai, charbon, pétrole) ; les biens de catégorie 3 concernent les biens industriels et les services à la personne, tandis que ceux de catégorie 4 sont éminemment partageables (accès à la connaissance, à la culture et aux nouvelles technologies). In fine, l´œconomie élabore pour chaque catégorie des agencements institutionnels spécifiques : la vision d´ensemble implique de prendre en considération l´imbrication de ces différentes catégories. La réduction de l´économie à la sphère marchande est un contresens sur la nature des échanges et des biens. En ce sens, la mondialisation est une chance si elle permet à une forme d´intelligence collective de prendre la mesure de ces nouveaux mécanismes institutionnels à inventer : une agence œconomique territoriale prenant en compte les ressources de chaque territoire par rapport aux quatre biens, des contrats reposant sur la définition de normes comme dans le cas des normes internationales Iso ainsi que des institutions permettant de gérer des problèmes de gouvernance concrète (comme le cas de l´Association mondiale des villes créée en 2005), les entreprises d´intérêt général. Le livre de Pierre Calame est un vrai régal pour ceux qui souhaitent des outils concrets d´action, il mobilise le partage des connaissances et est truffé de références à l´encyclopédie numérique Wikipedia. Christophe Premat

 
Manuel de l'animateur urbain. Les bases du métier
Émilie Barrau, avec la collaboration de l'équipe du PMRU-Congo, éditions du Gret, Fonds Européen de développement, 2008, 184 pages, 10€

Kit de survie en animation urbaine


Ce livre ose. Il cherche à saisir la complexité de l'animation d'un processus participatif, s'inquiète de ses différentes composantes et rassure sur les difficultés des projets collectifs. Il ose redire les principes de base, cherche à toucher l'essentiel, reprend ce que l'on ne se risque plus à exposer de crainte de passer pour naïf ou technos, de se tromper, de schématiser, de jargonner, de radoter.... Il ose nous proposer de retrouver une attitude philosophique, au sens de chercher ce qui est juste et non ce qui est vrai, sur des questions fondamentales : pourquoi réaliser une étude de milieu ? Pour connaître, comprendre, communiquer, mettre en relation... Qu'est-ce qu'une médiation ? « Anticiper en identifiant les situations conflictuelles éventuelles et en impliquant dans la démarche les potentiels facteurs de blocage... » Émilie Barrau rappelle que le métier d'animateur urbain est constitué de savoir-faire mais aussi de « savoir-être », et c'est surtout le positionnement des acteurs qu'interroge ce texte fluide et agrémenté d'encadrés présentant des précisions techniques ou des obstacles vécus, souvent drôles. Un aide-mémoire tout à fait transposable à tous les projets autres que des micro réalisations en Afrique. Dans « Maîtriser les techniques de base de l'animation sociale », chaque sujet expose les nécessités de la tâche, ses incontournables, les écueils fréquents. « Connaître le milieu », « animer une réunion », « rédiger un rapport » rappellent notamment les besoins de distinguer les enjeux et les rôles de chacun, d'adapter l'animation au contexte, de lever les malentendus... La seconde partie, « accompagner la réalisation d'un projet », donne les éclaircissements de base pour le montage et l'accompagnement d'un projet, sur les étapes de la conception et du chantier, sur les risques à négliger le fonctionnement ultérieur... Cet ouvrage sera utile à tout acteur de l'intelligence collective pour préparer le déroulement d'un projet, voire surtout pour convaincre ses partenaires de la nécessité de ne pas « remplacer l'élan vers l'avenir par des projets » prétendument urgents, comme le disait Pierre Sansot. Anne Cordier

 
Itinéraire d’une femme française - Clamart, Bab El-Oued, Epinay-sur-Seine
Hamida Ben Sadia, Bourin éditeur, 2008, 240 pages, 19€
Itinéraire d’une enfant pas gâtée
Ce livre est un mélange de dureté, d’engagement et d’optimisme. Qu’une femme militante de gauche raconte son parcours en révélant toute une partie de sa vie personnelle est déjà un choix audacieux, une forme de résilience. La dureté parcourt tout le livre, des moments difficiles d’une famille populaire au mariage arrangé et aux années passées dans une Algérie confrontée à une violence institutionnelle et politique très forte. La dureté est aussi dans les rapports familiaux même si, de la part de l’auteure, une compréhension du point de vue de l’autre est toujours présente en contrepoint à son propre jugement. Ce qui en fait un livre passionnant, c’est aussi le parcours d’une jeune femme d’origine immigrée qui devient militante puis cadre de la gauche française (sans attache à une sensibilité, sinon féministe, antiraciste et internationaliste). Et ce qui frappe dans ce récit de vie parcouru d’embûches et de drames, c’est l’optimisme qui le traverse. Malgré toutes les heures noires qu’elle a connues, Hamida Ben Sadia reste accrochée à quelques valeurs ou principes qui la portent, y compris dans les moments les plus douloureux. Deux petits regrets : une étonnante absence de recul lorsqu’elle décrit ses rapports avec d’autres femmes d’origine immigrée alors qu’elle est « professionnelle de la politique de la ville », et l’absence d’analyse de son poste de porte-parole de José Bové lors de la campagne présidentielle de 2007 qui la mit en lumière. En tous cas, la gauche (au contraire de la droite pour laquelle diversité = méritocratie) serait bien inspirée de mettre en avant ce type de militante endurcie. Après la lecture de ce livre très bien écrit, en 2010, on préfèrerait plutôt la voir candidate à Épinay (ou ailleurs en Île-de-France qu’elle connaît très bien) qu’à Bab el Oued. Mathieu Glaymann
 
Dieu n’est pas un paysan
Mamadou Cissokho, Présence Africaine / Grad, 2009, 296 pages, 20

Pour une agriculture familiale et africaine
« Dieu n’est pas un paysan », et même s’il est grand, il ne fait pas tout… et les paysans doivent aussi mettre la main à la pâte ! Mamadou Cissokho, Sénégalais et leader de la société civile agricole africaine, le sait d’expérience. Dans Dieu n’est pas un paysan, essai détaillé et vivant, il rapporte son témoignage personnel et collectif depuis 1974. À partir de son action menée à Bamba Thialène, village du Sénégal oriental, il raconte la construction progressive du mouvement paysan sénégalais devenu aujourd’hui autonome et incontournable. Il insiste sur l’importance de l’ancrage local pour construire du durable : le respect – sans en être prisonnier – de la culture et des traditions, la prise en compte de l’exploitation familiale et l’importance de la formation par l’exercice des responsabilités. Il décrit aussi l’avènement d’un mouvement paysan : de groupements locaux fédérés, allant, dans le cas sénégalais, jusqu’à l’organisation d’un comité de concertation des ruraux du Sénégal (CNCR). Ce comité devint l’interlocuteur des pouvoirs publics sénégalais et le fer de lance de la construction d’un mouvement au niveau de l’Afrique de l’ouest : le réseau des organisations paysannes et des producteurs d’Afrique de l’ouest (Roppa). Mamadou Cissokho retrace les stratégies mises en œuvre pour lutter contre la pauvreté, les alliances (avec les élus locaux, avec des techniciens externes, y compris au sein de la Banque mondiale), les essais, les succès (reconnaissance de la représentation  des paysans), mais aussi les échecs (spécialement pour les actions de commercialisation des produits agricoles et l’approvisionnement). Une histoire de vie, mais aussi une réflexion sur la contribution de cette histoire, individuelle et familiale, à un projet de société. Étienne Beaudoux

 
Départements ou Régions, les réformes territoriales de Fénelon à Jacques Attali
Maud Bazoche, L'Harmattan, 2008, 357 pages, 33€
Le jeu très politique du découpage territorial
C’est un jeu qui fait fureur depuis plus de deux siècles : découper la France en communes plus ou moins nombreuses, en départements plus ou moins grands, en régions plus ou moins puissantes, en circonscriptions administratives plus ou moins complexes. Le réforme territoriale qui s’annonce, sous la conduite du président Sarkozy, nous incite à un retour en arrière sur les innombrables propositions de divisions territoriales qui ont ponctué la vie politique française depuis la Révolution. Le grand mérite du livre de Maud Bazoche est de nous faire découvrir, méthodiquement, pas moins d’une cinquantaine de projets, cartes à l’appui si nécessaire. Jetons un regard sur les treize grandes régions proposées en 1864 par l’économiste libéral Fréderic Le Play, ou sur les vingt-cinq régions de Charles Beauquier, ce député de gauche qui proposa, en 1890, des conseils régionaux élus dans un cadre cantonal. Observons aussi le découpage des dix-huit régions préfectorales imposé par le régime de Vichy, ou encore le périmètre des dix-neuf régions du rapport de 1949 de Jean-François Gravier, auteur de Paris et le désert français. On pourrait presque croire que le découpage régional actuel est l’aboutissement logique de ses innombrables propositions. Mais non, l’ouvrage nous rappelle qu’un découpage territorial est d’abord le fruit des rapports de pouvoir du moment. Le découpage départemental a longtemps été défendu par les républicains contre les projets régionalistes des monarchistes attachés au retour des provinces de l’Ancien Régime. Mais c’est la gauche d’après-guerre, convertie aux nécessités du développement régional, qui fondera les régions. Le pouvoir communal est d’abord défendu par les notables de la bourgeoisie rurale du 19e siècle, avant de l’être par les socialistes du 20e qui imaginaient que dans les villes, le socialisme municipal pouvait contrer les libéraux qui régnaient sur l’État et sur l’économie. Il n’y a donc pas de bon découpage, semble nous dire cet ouvrage, en nous les faisant découvrir si nombreux. Et l’on comprend mieux que les projets d’aujourd’hui sont largement le résultat d’un discours conjoncturel sur la rationalisation des dépenses publiques et d’une volonté de reprise en main politique des régions. Voilà deux siècles que la France réforme son organisation locale, et cela ne semble donc pas terminé
. Bernard Deljarrie
 
Faire des hommes libres, Boimondau et les communautés de travail à Valence (1941-1982)
Michel Chaudy, collection Pratiques utopiques, éditions Repas 2008, 171 pages, 15 €
Utopistes de tous les siècles…
À l’heure des liquidations d’usines insuffisamment rentables pour les financeurs, il est utile de revenir aux vraies valeurs du travail et de la communauté de vie dans nos territoires ! Faire des hommes libres nous en donne l’occasion, reprenant le titre d’un fascicule de Marcel Barbu qui, en 1946, présente un projet de loi pour la transformation des entreprises anciennes en communautés de travail. Ce livre retrace, autour de la vie des personnages-clés que sont Marcel Barbu, Marcel Mermoz et beaucoup d’autres compagnons, l’expérience des « boîtiers de montres en Dauphiné » (Boimondau). De Besançon à Valence, ces utopistes, chrétien social pour le premier et libertaire marxisant pour le second, diffusèrent l’idée de communautés de travail et de vie dans la continuité des fourieristes et autres coopérativistes qui inspirèrent encore des expériences autogestionnaires plus contemporaines (Lip). D’ailleurs, Charles Piaget préface ce petit ouvrage. Notons que ce recueil de pratiques (surtout celles de Marcel Barbu) s’inscrit dans une collection (Pratiques utopiques) au sein de laquelle figure Godin, inventeur de l’économie sociale, à propos du Familistère de Guise. Étienne Beaudoux
 
juin 2009
 
Une vie pour… Ici et là-bas, solidaire
Alain Desjardin, Le Petit Pavé, 2008, 405 pages, 26
Une vie à cultiver la militance
Ce livre est une incroyable chevauchée dans l’histoire associative, syndicale et politique du 20e siècle. À travers le récit de vie d’Alain Desjardin, le lecteur va vivre de l’intérieur une partie des grandes luttes de ce siècle. Né dans une famille ouvrière de la Somme au milieu des années 30, l’enfant fait d’abord l’expérience des privations de la seconde guerre mondiale puis du rude travail de la terre, tout en lisant en cachette. Mais, à l’instar de toute une génération, c’est la guerre d’Algérie, « un véritable séisme dans ma vie » dit-il, avec la découverte de la violence, de l’injustice et du fait colonial, qui va cristalliser une vie d’engagements, celle d’un militant syndical à la CFDT et de l’éducation populaire dans le Nord. Il vivra mai 68 dans l’effervescence des entreprises en grève vers Roubaix et Tourcoing. Permanent syndical puis politique au Parti socialiste unifié, il n’aura de cesse de dénoncer le décalage entre « ce qu’il voit et vit sur le terrain – mépris, précarité, peur – et l’organisation déconnectée des appareils nationaux des partis et des syndicats ». Au milieu des années 70, il sera une cheville ouvrière de la lutte des Lip – une expérimentation de l’autogestion ouvrière – et de nouvelles formes de la solidarité internationale pour les Kanaks, les Palestiniens et les victimes du secret d’État nucléaire en Polynésie. Et, enfin, le Larzac, qui devient une terre d’adoption et le cadre d’un retour au rural, qui engendrera de nouveaux engagements à la Confédération paysanne, puis à l’association Accueil Paysan qui lui vaut d’être aujourd’hui président de l’union Peuple et culture. Une vie d’engagement pour la dignité qui va intégrer les valeurs de l’écologie politique, une urgence dit-il « pour d’autres pratiques de l’Homme au sein de la nature et de la cité », et déboucher sur son engagement chez les Verts. C’est finalement l’expérience rapidement avortée de maire de La Couvertoirade (Aveyron) qui reste la plus amère : l’expérience d’une gestion innovante qui se heurte à des situations acquises et des intérêts particuliers. L’exercice du pouvoir local est une suite de compromis : Alain Desjardin n’en avait peut-être pas la patience. Le récit de sa vie est pour sa génération la preuve que la révolte des sixties n’a pas été inutile ; que le cynisme n’a pas remplacé l’idéal ni la volonté de chercher, d’agir en collectif et de changer le monde. Les plus jeunes y puiseront l’idée que l’émancipation individuelle et collective reste un objectif noble et que l’engagement des femmes et des hommes n’est pas vain. Jacques Picard
 
La régulation des pauvres
Serge Paugam et Nicolas Duvoux, Puf, novembre 2008, 128 pages, 10€
RMI et RSA, même aveux d’impuissance ?
Voici un livre construit sur un entretien entre deux sociologues qui ont soutenu une thèse sur la question de la pauvreté avec vingt ans d’écart : un auteur confirmé (Serge Paugam) qui a déjà beaucoup écrit sur le thème et un jeune (Nicolas Duvoux) dont la thèse a été supervisée par le premier. En toile de fond, deux dates charnières : 1988 / 89, avec la mise en place du RMI par Michel Rocard, et 2008, avec le nouveau système du RSA proposé par Martin Hirsch. L’introduction (« À quoi servent les pauvres ? ») dénonce l’hypocrisie sous-jacente de la société qui oscille entre empathie et mauvaise conscience et utilise les pauvres pour conserver un statu quo social et disculper les « bienfaiteurs ». Le premier chapitre donne une définition de la pauvreté d’après Samuel : « ceux qui reçoivent assistance », et précise la mesure de cette pauvreté, qui reste très monétaire : « 50% en dessous du salaire médian ». Depuis 1970, les chiffres montrent une nette diminution de la pauvreté, de 15 % de la population en 1970 à 6 % en 2000, même si la tendance récente repart à la hausse. Mais cette analyse quantitative traduit insuffisamment la question, abordée dans le chapitre 2, de la « disqualification sociale » des personnes et une transformation de la catégorie, avec une « nouvelle pauvreté » liée au chômage des moins qualifiés. Serge Paugam distingue ainsi trois sous-ensembles : les « fragiles » aidés ponctuellement ; les « assistés » en dépendance régulière et les « marginaux » en rupture par rapport à la société. Le chapitre suivant passe les dispositifs en revue. La société balance entre deux explications : l’injustice et la paresse. L’histoire montre un renforcement progressif de la responsabilisation des populations : l’autonomie devient la norme face à l’usure de la compassion. Par rapport à la montée des travailleurs pauvres, les assistés commencent à faire figure de privilégiés. De plus en plus est reportée sur les individus la responsabilité de l’échec collectif d’intégration. Et l’ambiguïté grandit à propos des bénéficiaires : pour pouvoir être aidés, il faudrait être autonomes… Mais en responsabilisant les pauvres, ne dédouane-t-on pas trop facilement la société ? Puis vient un chapitre qui intéresse particulièrement notre revue : la question des « territoires de la solidarité ». La décentralisation, avec la dissociation entre l’économique (région) et le social (département), paraît peu cohérente. De plus en plus, il y a désengagement de l’État, voire des départements et report sur les communautés locales. Mais la notion de « destin  collectif » se perd au sein des habitants d’un même territoire. Insidieusement, la précarité de l’emploi (protection sociale dans le rapport à l’employeur) dérive vers la précarité du travail (du point de vue du travailleur : postes pénibles ou peu valorisants). En conclusion, les deux sociologues portent un même regard désenchanté sur notre société et se rejoignent sur le constat de son injustice et de sa cruauté grandissantes, en « régulant ses pauvres » dans une « précarité assistée », faute de pouvoir les intégrer. Jacqueline Lorthiois
 
Les écoquartiers
Pierre Lefèvre et Michel Sabard, éditions Apogée, 261 pages, 21€
L’explosion des éco-quartiers
L’urbanisme, en France, a beaucoup à se faire pardonner. Non seulement il n’arrive pas à donner un toit à tous ses enfants mais, en plus, il gaspille à tout va (terre, énergie, paysage). Il est responsable de plus de 50 % des émissions de gaz à effet de serre et tout indique que cela s’aggrave  chaque année… Pas étonnant dans ces conditions que les élus, les urbanistes, et… les citoyens s’inquiètent, voire s’affolent au point de renier ce qu’ils ont (souvent) adoré : le tout maison individuelle et les lotissements à perte de vue. Il en résulte une floraison d’initiatives… et de livres. Celui de Pierre Lefèvre et Michel Sabard se situe dans ce contexte et traite d’un mot emblématique de cette recherche d’un « nouvel urbanisme » : les éco-quartiers. Un nouveau concept apparu récemment en France, mais aujourd’hui en croissance exponentielle. Qu’on en juge : en 2008 aucun éco-quartier n’était réalisé dans notre pays, seuls deux étaient en début de chantier à Lille et à Angers. À l’automne de la même année, les auteurs de notre livre  recensent quatorze projets.
Le gouvernement lance un concours en 2008 : 160 dossiers de candidatures sont déposés ! On connaîtra les lauréats fin juin 2009. Le Grenelle de l’environnement a placé la barre très haut ; il demande explicitement de réaliser ces nouveaux quartiers dans toutes les agglomérations ! La France était à la traîne, et entend rattraper son retard. Mais pour faire quoi ? Les auteurs s’attachent à préciser la définition officielle, voire ministérielle, du concept : rude affaire car la définition est complexe et vite technique. On saura (sans doute) vite les choix réels quand l’État choisira les lauréats du premier concours qu’il vient de lancer. Les éco-quartiers seront-ils une vraie avancée pour la société ? Les logements seront-ils plus économes en énergie ? Vont-ils générer moins de déplacements ? Le droit au logement y trouvera-t-il son compte ? Le deuxième intérêt du livre est de resituer les quatorze éco-quartiers recensés dans la ville ou l’agglomération qui les ont programmés. Dans cette optique, ce livre est un précieux outil de documentation. Certains diront que de nombreux maires font déjà des écoquartiers sans le savoir. Pas sûr, car les éco-quartiers doivent être les « briques de la ville durable à construire », selon la belle formule de La revue durable. Tous les élus et aménageurs sont invités à y réfléchir et, pourquoi pas, à s’inspirer des exemples réussis déjà fonctionnels qui, pour le moment, ne se trouvent qu’à l’étranger. À la fin du livre, une phrase mériterait d’être écrite en lettres d’or : « L’éco-quartier, conçu comme simple produit de consommation, court à l’échec ». Tellement vrai, mais dommage que les auteurs ne nous en disent pas plus. Hervé Vouillot
 
mai 2009
 
L’affaire des affaires. Tome 1 : L’argent invisible
Denis Robert, Yan lindingre, Laurent Astier, Dargaud, 2009, 206 pages, 22
Sous les valises
Ils sont tous là, dans une dramaturgie qui se met doucement en place, même si l’album s’ouvre sur la période de la « révélation », dans les médias, des rebondissements les plus chauds de l’affaire Clearstream version Villepin - Sarkozy. Les connus, Sarko donc, Chirac, Van Ruymbeke, mais aussi Jean-Marie Cavada au détour d’une page, les symboliques, comme le « spectre corrupteur », et la foule des anonymes. Si L’affaire des affaires est une vraie réussite, c’est justement parce que ce n’est pas un projet pédago-militant, ce qui était le pire danger guettant un tel sujet, mais un vrai roman graphique, où Denis Robert joue son rôle. Un rôle présenté sous un jour particulier. Ce n’est plus la piste d’un journaliste chevronné, hyper spécialiste et reconnu (malgré toutes les campagnes de dénigrements) que nous suivons dans les arcanes des affaires politico financières internationales ; c’est le cheminement intérieur – et domestique – d’un trentenaire (il a 50 ans, Denis Robert, mais le trait généreux de Laurent Astier lui fait bien gagner deux décennies !) utopiste, bricoleur, et tourmenté. Dans cet optique, une interview télévisée est avant tout un choix à faire entre un dîner en famille et une soirée sur Paris ; une enquête qui s’ouvre est en concurrence avec un roman à écrire. Mais conter cela, est-ce le dessous du dessous des affaires, la plus petite des lorgnettes, ou une des seules qui compte vraiment : celle de la vie ? Et comme, au passage, l’intrigue de cette histoire vraie contemporaine est tout de même de la plus brûlante des actualités, celle de l’argent roi… Dargaud annonce une série en trois tomes : le second est attendu avec impatience. Nicolas Leblanc
 
Bonheur national brut
film de Sandra Blondel et Pascal Hennequin, Fokus 21, 2009, 68 minutes, 20 €
Aux petits bonheurs
Le documentaire des deux fondateurs de l’association Fokus 21 se base sur une idée séduisante : en allant directement interroger trois acteurs pionniers représentatifs de formes installées ou émergentes d’alternatives économiques, il s’agit de construire, par résonances, une image d’un nouveau monde économique possible. L’initiative est d’autant plus la bienvenue qu’elle advient, en ce début 2009, en plein dans une période où l’interrogation des limites du système économique dominant est plus que jamais d’actualité. Sur l’éco-centre du Périgord, centre de sensibilisation et de formation à l’éco-construction, à la coopérative Ardelaine, en Ardèche, pionnière incontestée du développement solidaire local, et sur les terres de la première Amap de France, aux Olivades, en Provence, les deux réalisateurs laissent traîner leur caméra. On peut peut-être regretter le manque de contextualisation, une volonté de mélanger les images qui ne sert pas toujours la clarté du propos, l’absence de présentation des personnages… Pourtant la passion de ceux qui rentrent dans le champ de l’objectif est bien palpable. Un peu brut, mais indispensable. N. L.
 
Pour sauver la planète, sortez du capitalisme
Hervé Kempf, Seuil, 2009, 160 pages, 14 €
Les ravages de la « profitation »
S’il faut ne garder qu’un livre sur la question du « capitalisme » en ce début 2009, c’est celui d’Hervé Kempf. Poursuivant sa chasse aux prédations des oligarchies qui dirigent la planète, il en tire la conclusion tonique ; « sortez du capitalisme », « racket légitime organisé par la classe dominante », selon Al Capone… Le capitalisme, comme la rafflésie, immense fleur putride de Sumatra, n’est-il pas voué à une prochaine extinction ? Au moins ses perversions et ses impasses nous conduisent-elles dans le mur : il nous reste sept années selon Sajendra Pachaudri pour contenir la hausse moyenne de 2° C sur notre planète en 2100, au-delà de laquelle les climatologues renoncent à la prévision. Après trente années de productivité soutenue, de financiarisation massive, de corruption généralisée, d’inégalités sociales croissantes, la biosphère et l’humanité sont dans une crise majeure. Au point que les géologues britanniques écrivent que nous avons quitté l’holocène, commencé avec le néolithique, pour entrer dans l’anthropocène qui voit se modifier en profondeur par l’action humaine les sédiments, l’atmosphère, les eaux, les espèces… Pas plus les « bons gestes pour la planète » que les technologies innovantes ni la « croissance verte » ne sauront sauver le capitalisme. Quel est le prix à payer pour la vie des générations futures ? L’économie et le surréaliste débat entre Stern et Nordhaus ne nous donnent pas la réponse : il s’agit d’un choix éthique, et politique. C’est l’éthique qui devra guider « les hommes et les femmes de cœur » auxquels en appelle Hervé Kempf, pour aller vers l’après capitalisme. Il en trace l’itinéraire : économies et frugalité, notamment énergétique, taxation des riches, baisse du temps de travail, relocalisation de l’agriculture, entreprises coopératives, marchés régulés, nouveaux indicateurs… Quels dirigeants sauront prendre ce chemin ? Au prix de quelles secousses ? « Je ne sais pas », avoue l’auteur. Partager le diagnostic permet peut-être d’avancer vers la solution… Michel Wilson
 
Avril 2009
 
Rénovation urbaine. Les leçons américaines
Thomas Kirszbaum, Presses universitaires de France, collection La ville en débat, 2008, 86 pages, 8
Exemple nord-américain
À l’heure où l’on dresse en France un bilan très mitigé des opérations de renouvellement urbain et plus particulièrement du Programme national de rénovation urbaine (PNRU), le détour outre-Atlantique que propose ce petit livre vient à point nommé stimuler et enrichir la réflexion. Si l’auteur, Thomas Kirszbaum, démontre que les politiques publiques ont joué un rôle essentiel dans la diversification urbaine et les phénomènes de déségrégation sociale qui l’ont accompagnée, il invite par ailleurs, à l’aide du « miroir grossissant » américain, à considérer la rénovation urbaine à la fois comme une opportunité et un risque plutôt qu’une simple finalité. Il commence par remettre en cause la vision dualiste de la ville américaine, et explique que le modèle de la segmentation raciale (villes chocolat / banlieues vanille) a laissé place à une organisation spatiale en patchwork plus complexe . Puis il passe en revue les stratégies urbaines qui se sont succédé depuis les années 50. Tandis que l’urban renewal des premiers jours privilégiait une stratégie de dispersion spatiale des populations noires avec pour conséquence une exacerbation des divisions raciales, l’approche bottom-up du développement communautaire des années 70-80 encouragea la mixité endogène consistant à provoquer une « dilution » sociale interne aux quartiers, grâce à l’élévation socio-économique d’une partie de ses habitants. La troisième voie, celle sur laquelle s’attarde Kirzbaum, cherche à concilier les logiques place et people. En effet, le programme Hope VI, introduit en 1992 par l’agence fédérale du logement et de l’urbanisme (le US Department of housing and urban development) s’appuie sur les préceptes du New Urbanism (préconisé entres autres par l’urbaniste américain Peter Katz) qui visent à rendre la ville aux habitants en conjuguant métamorphose physique et recomposition sociale des quartiers dévastés. Même si le programme Hope VI a souffert de nombreuses lacunes, il n’en reste pas moins riche en enseignements dont le PNRU, méthodologiquement plus rigide, gagnerait à s’inspirer. Corinne Nativel
 
Rejet des exilés, le grand retournement du droit de l´asile
Jérôme Valluy, éditions du Croquant, 2009, 382 pages, 22€
La bureaucratie de l’exil

Le droit de l´asile contemporain est guidé par une idéologie national-sécuritaire propre à envisager le demandeur d´asile comme une menace potentielle, un étranger indésirable. Par national-sécuritaire, Jérôme Valluy entend le fait que les principes des conventions de Genève sur les réfugiés politiques passent après la raison des États qui entendent protéger leurs frontières d´une immigration massive. Grâce à un travail méticuleux de recherche alliant entretiens et travail d´archives, l´auteur a judicieusement montré comment, depuis la fin des années 70, il y a eu un retournement du droit de l´asile contre les exilés au nom d´un impératif de contrôle des flux migratoires dicté par les gouvernements des pays européens. Ces politiques n´ont pas été instituées en raison d´une vague de xénophobie populaire se traduisant par la montée des thèses d´extrême-droite ; elles sont plutôt dues à une réaction des administrations aux conséquences de la décolonisation et à ses effets politiques. Dès la fin des années 60, les personnels administratifs travaillant antérieurement dans les colonies, se retrouvent réintégrés au ministère de l´Intérieur. Ils contribuent alors activement à la mise en place d´un jugement défavorable à l´exil et à l´immigration en général. L´auteur a été recruté comme juge à la Commission des recours aux réfugiés et s´appuie en partie sur son expérience autobiographique pour montrer comment des institutions internationales telles que le Haut commissariat pour les réfugiés ont été gagnées par ce jugement technocratique. Le gouvernement de l´exil désigne l´ensemble des politiques publiques ayant pour fonction de freiner l´immigration, Jérôme Valluy dénonçant la mise en forme d´une xénophobie gouvernementale dans les pays européens. En France, la décision de la fermeture des frontières prise par le conseil des ministres le 3 juillet 1974 n´est pas une rupture dans l´histoire migratoire, mais le signe du renforcement de ces thèses en vogue au sein des élites politiques et administratives. Le fait migratoire est devenu l´objet d´une bureaucratie spécifique s´attelant à mettre en application les dispositifs de rejet des exilés. Christophe Premat
 
Savoirs en débat : Perspectives franco-allemandes
sous la direction de Sezin Topçu, Cécile Cuny et Kathia Serrano-Velarde, L’Harmattan, 2008, 276 pages, 26,50€
Mieux comprendre les savoirs citoyens
Cet ouvrage propose une analyse critique des notions de « société de savoir », « société de la connaissance » et « savoirs citoyens ». De plus en plus mobilisées dans les discours politiques, universitaires et militants, ces expressions restent souvent dans un flou conceptuel que tentent de clarifier les contributions réunies dans cet ouvrage, à la suite des journées d’études « Société de la connaissance et démocratie en Europe » co-organisées par le CSU, l’Université Humboldt de Berlin et le centre Koyre en 2005-2006. La démarche est originale car elle croise des travaux de jeunes chercheurs s’inscrivant dans deux traditions scientifiques (la sociologie politique et la sociologie des sciences) et deux contextes nationaux (français et allemand). Une première partie théorique revient sur les catégories utilisées pour analyser la place du savoir dans les sociétés occidentales contemporaines, qui prennent des sens différents en France et en Allemagne. La « société du savoir » est, par exemple, davantage mobilisée dans les débats politiques outre-Rhin. Une deuxième partie rassemble des études empiriques sur les savoirs élaborés au sein de dispositifs participatifs et de mobilisations sociales dans des contextes diversifiés, des budgets participatifs à l’écriture d’une encyclopédie en ligne, en passant par les mouvements sur le nucléaire. Si la troisième partie, portant sur la construction du rôle d’expert dans l’espace politique, médiatique et scientifique est plus classique, cet ouvrage apporte à l’évidence une nouvelle pierre à l’édifice d’une meilleure compréhension des savoirs citoyens. Héloïse Nez
 
Comment démarrer en mutualisation
ouvrage collectif de l’AMI (Ateliers mutualisés pour un usage social de l’information), 2008, 129 pages, 12€
Innover en mutualisant
L’ouvrage livre tout d’abord une réflexion générale sur les pratiques de la mutualisation au sein de l’économie sociale et solidaire (ÉSS), en les comparant et en les opposant aux pratiques d’alliances en œuvre au sein du secteur capitaliste marchand. Puis il propose, au travers de douze monographies, l’approfondissement de la réflexion, en mettant en exergue douze principes de la mutualisation (construire des liens, innover, fédérer, etc.), et en montrant leur mise en application par douze structures sociales et solidaires (Sél de Paris, Max Havelaar, Aligre FM, ...). Enfin, dans leurs conclusions, les auteurs s’efforcent de mettre en évidence les potentiels de la mutualisation pour la consolidation et le développement de l’ÉSS, avec une reprise de réflexions croisées sur la sphère capitaliste marchande et la sphère publique. Un regret cependant : malgré ces dernières réflexions, on a le sentiment que les auteurs n’ont pas vraiment tenté d’ouvrir des pistes de réflexion pour bousculer les frontières entre l’ÉSS et ces deux autres sphères économiques. Ainsi, à titre d’exemple, l’ouvrage cite très rapidement le mouvement des logiciels libres, en soulignant à juste titre l’exemplarité et la proximité avec la mutualisation telle que pratiquée par les structures de l’ÉSS. Mais ce mouvement révèle justement l’une des voies possibles pour permettre à l’ÉSS une démarche plus offensive vis-à-vis du marché, celle des connaissances ouvertes. Il est dommage que la réflexion n’ait pas été engagée dans cette direction, en lieu et place d’une rapide citation. Un intéressant carnet de route et une réflexion utile qui gagnerait à sortir des limites de l’ÉSS. Pascal Arnac
 
mars 2009
 
Le retour à la terre, tome 5 Les révolutions
Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet, Dargaud collection Poisson Pilote, 2008, 48 pages, 10,40
Manu et Manu dans un pré
« Depuis que Mariette a repris la Fac, je sais pas ce que j’ai, c’est bizarre, avant j’étais plutôt serein... Maintenant je m’interroge, j’ai les boules, ça va de mal en pis… Merde !!! C’est sûrement un signe… » Dès l’ouverture du 5e tome du Retour à la terre, le lecteur est mis au jus : Manu Larssinet (le héro de la BD, pas Larcenet, l’auteur !), parti vivre à la campagne dans le tome 1, déprime dans son sweet à rayures ringard et dans sa nouvelle situation d’homme au foyer, sa copine Mariette poursuivant loin ses études. Seul avantage de la situation, Capucine, sa petite fille qu’il garde la journée, fait évoluer son style de dessinateur BD en sautant sur ses genoux. Car on l’aura compris, Le retour à la terre jongle en permanence avec l’autobiographie : Manu Larcenet, lui aussi parti vivre à la campagne, va même jusqu’à inviter son pote Ferri (le vrai, le même dans la vie et dans la BD, c'est-à-dire le co-auteur) pour lui tenir compagnie et trouver auprès de lui des réponses à ses questions existentielles.
Larcenet et Ferri, auteurs et héros, n’hésitent jamais à tourner leur situation en dérision : pour se reprendre en main, Manu bricole une chatière pour un chat qui s’en fout, mais qui permet à Capucine de faire sa première fugue, ou encore essaie de troquer son sweet contre un poncho de la ligne Florent Pagny pour homme garantie 100 % commerce équitable… sans succès. Les situations cocasses, mais toujours au final attendrissantes, s’enchaînent au rythme
des strips d’une demi-page. Mais l’humour, omniprésent et décalé, se met naturellement au service d’un récit profond, intimiste, mêlant introspection et caricature légère du milieu rural : Les Ravenelles sont en pleine campagne électorale et entre complots politiques ruraux et pots de vin, Manu met ses talents de blogueur au service de Monsieur Loupiot, l’épicier en lutte contre Krachdiscount (« un hypermarché aux Ravenelles, vous n’y pensez pas… »). De la bulle fine et de société, à n’en pas douter. Sabrina Costanzo
 
La France a peur de Nic Oumouk,
Manu Larcenet, Dargaud collection Poisson Pilote, avril 2007, 48 pages, 10,40 €
Banlieue dessinée
« La France a peur », brocarde le journaliste qui ouvre l’album en ressassant les plus éculés des préjugés véhiculés lors des émeutes de banlieues de 2005 et de celles de moindre ampleur qui ont pu se dérouler depuis. Pendant ce temps, Nic(olas) Oumouk, lui, contemple les voitures qui brûlent de la fenêtre de sa chambre et rêve « d’aller faire peur à la France avec les copains ». Car sa mère veille : « Pas d’émeutes, surtout la veille des contrôles de biologie. » Mais son rêve va devenir réalité bien malgré lui.
Alors que Nic contemple une bagnole qui flambe et y lance une canette de coca en scandant « je suis un barbare, la France a peur », il se voit confier un sac de cocktails Molotov par les (vrais) émeutiers et se fait pincer par les flics. Et le voilà propulsé chez André Grimbeyroux à Rallerolles-Pamoisan pour y effectuer une peine d’intérêt général. Il y découvre le best-seller local, le kebab bio (avec du poisson, « sacrilège ») qui commence à perdre des parts de marché face à son principal concurrent : l’Alterkebab de Montsang.inc. Avant d’aider Msieur André à ne pas se faire « alterniquer » par la firme internationale, et de déjouer un complot mondial forcément ultra secret, Nic doit d’abord affronter des poules acariâtres (il jure que pour se venger, il mangera des nuggets au fast-food), et se familiariser avec les mots et travaux de la ferme.
La banlieue et la campagne : les deux obsessions de Manu Larcenet sont ici réunies dans cet album. Le récit prend le prétexte d’aventures plus ou moins loufoques pour lancer la réflexion sur la situation des banlieues et sur les OGM. Manu Larcenet ne juge pas, mais soulève les interrogations avec sensibilité et intelligence, tout comme il ne caricature pas non plus les personnages mais se moque tendrement d’eux : Nic et son pote Jambonneau envisagent de revoir leur poignée de main, car l’actuelle les fait arriver en retard au collège tous les matins.
Avec Le retour à la terre (voir ci-dessus), ou encore Le combat ordinaire, dont le Tome 4 Planter des clous est à ne rater sous aucun prétexte, Manu Larcenet creuse le sillon d’une BD engagée, ouverte et intelligente, qui réussi le tour de force d’être drôle sans être parisianniste, touchante sans à aucun moment se déconnecter de la réalité.
S. C.
 
L’empreinte écologique
Aurélien Boutaud et Natacha Gondran, Repères La Découverte, 2009, 128 pages, 9,05 €
Empreintes de funambules
L’idée d’empreinte écologique tient beaucoup aux travaux du club de Rome qui, étude à l’appui, a ouvert la conscience du 20e siècle en démontrant qu’une croissance infinie était aussi irréaliste que suicidaire. Mais Aurélien Boutaud et Natacha Gondran, dans une introduction qui place parfaitement l’enjeu de cet indicateur alternatif, remonte en fait jusqu’à la chute de l’Île de Pâques pour démontrer tout l’intérêt de l’empreinte. Les habitants de l’île, en effet, fondateurs d’une société prospère, ont lentement déclinés en surexploitant leur milieu naturel, insulairement clos, et notamment le bois, jusqu’à précipiter la chute brutale de leur civilisation, faute de matière première naturelle pour alimenter leur économie locale. Leur empreinte écologique était désastreuse et, surtout, ce qui les différencie de notre société actuelle, ils n’avaient pas les moyens d’exporter leurs nuisances ou d’importer les ressources naturelles d’autres territoires. Expérimentant le monde fini, ils illustrent l’échec d’une exploitation aveugle. Or, c’est bien pour que nos modes de vie et de production ne soient plus aveugles que l’empreinte écologique, qui compare les ressources naturelles mondiales disponibles aux ressources utilisées par l’homme, a été mise sur pied, et tente de s’imposer comme un indice composite – à l’image d’un PIB en économie – universel. Outre l’histoire de l’empreinte, ce petit livre explique avec beaucoup de pédagogie comment celle-ci peut être calculée nation par nation, et analyse les derniers résultats connus. Édifiant. Nicolas Leblanc
 
Discriminer pour mieux régner. Enquête sur la diversité dans les partis politiques
Vincent Geisser et El Yamine Soum, Les éditions de l’atelier, 240 pages, 2008, 18,50 €
Apartheid à la française
Au moment, historique, où Barack Obama est investi à Washington, on se demande si une telle révolution est possible en France. Lire l’étude de Vincent Geisser et El Yamine Soum ne rend pas très optimiste. La barrière culturelle de notre histoire coloniale serait-elle plus haute encore que celle de l’esclavage ? Les statistiques sont implacables : partis, institutions, équipes d’hommes et de femmes sollicitant un mandat pour la gestion de nos territoires, toutes ces organisations demeurent gauloises. Plus encore, nos représentations, nos justifications de toutes sortes, avouées ou non, conscientes ou pas, témoignent au mieux d’un aveuglement collectif terrifiant, au pire d’un cynisme répugnant. Un apartheid entretenu et silencieux que nous nommons pudiquement diversité (pour ne pas dire discrimination, stigmatisation, déni de droit) et qui masquerait la « lutte des races ». Les auteurs font dialoguer interviews de personnalités issues des minorités visibles et extraits de discours de dirigeants de la démocratie représentative. Dirait-on d’un cadre supérieur de Neuilly cotisant à l’ISF qu’il fait partie de la minorité visible ? Leur argumentaire vient donner du poids à la rumeur – insistante de nos jours autant que dérangeante – selon laquelle la participation est un enterrement de la « lutte des classes ». De quoi réfléchir. François Hannoyer
 
fevrier 2009
 
J’étais un chef de gang, Lamence Madzou, suivi de Voyage dans le monde des bandes, Marie-Hélène Bacqué
La Découverte, 2008, 241 pages, 17
La sociologie est un sport de cité
J’étais chef de gang est un ouvrage fort et atypique. Son originalité tient au fait qu’il présente une démarche autobiographique et une recherche sociologique qui s’alimentent mutuellement.
L’autobiographie est le récit de la vie déjà bien remplie de Lamence Mazdou, jeune homme âgé aujourd’hui de 35 ans. Né au Congo, il arrive en France à l’âge de cinq ans. Résidant à la cité de Montconseil à Corbeil-Essonnes, il se retrouve à la fin des années 80, alors encore adolescent, à la tête d’une bande de jeunes organisée, les Fight Boys. Ce gang, comme il le nomme lui-même, va mener de 1988 à 1991 une guerre violente aux autres bandes franciliennes, afin de s’assurer le contrôle de la région et une tranquillité territoriale pour mener un business lucratif (racket, escroquerie, deal, cambriolage, protection et chantage, notamment) dans une relative impunité. Du moins jusqu’à ce que Serge Dassault, maire de Corbeil, désirant acheter la « paix sociale », « lâche » le quartier de Montconseil au profit de la cité voisine, les Tarterêts. Lamence Madzou est alors arrêté et expulsé vers le Congo, en plein conflit entre les troupes présidentielles de Pascal Lissouba et celles de l’ancien président Sassou Nguesso. Lamence Mazdou s’engagera dans cette guerre avant de revenir en France et de retrouver ses papiers grâce à un vice de forme. Le livre aurait pu s’arrêter là.
Mais tel n’est pas le sens qu’ont voulu lui donner Lamence Madzou et Marie-Hélène Bacqué. Ce qui nous est livré est un véritable travail sociologique. Tout d’abord par la mise à disposition du corpus d’analyse, un récit fruit de longues heures d’entretiens entre la sociologue et son sujet, qui permet à tout un chacun de se construire une vision de ce parcours de vie. S’ensuit, dans la seconde partie, une analyse fouillée et argumentée, qui repose sur le récit lui-même, mais également sur des entretiens réalisés auprès d’autres acteurs impliqués dans l’histoire de Lamence Madzou. Sa lecture nous aide à objectiver et à mieux interpréter ce qui se joue derrière cette trajectoire, en décortiquant les modes de vie, les relations entre les acteurs (famille, police, justice et politique), les constructions identitaires et les références (rap et gangs nord-américains) qui sous tendent la constitution progressive des bandes des cités. Ainsi, le récit ne se conçoit pas sans l’étude, et réciproquement.
L’ouvrage met ainsi en cause pas mal d’idées reçues sur la banlieue, et notamment celle d’une violence cantonnée aux franges reléguées des villes. On découvre ainsi la forte mobilité des jeunes des cités qui raisonnent à l’échelle de la métropole : contrôle des axes du RER et des lignes de métro « stratégiques » afin de se préserver des attaques extérieures, par exemple. Ainsi, les violences sont loin d’être exclusives aux cités et se déplacent sur les terrains ennemis, parfois localisés dans les centres urbains : le 19e, les Halles, La gare du Nord. Comme le souligne Marie-Hélène Bacqué, loin de renvoyer à une coupure entre les cités et le reste de la ville, c’est dans la ville elle-même que se jouent les pouvoirs et les rivalités territoriales. De même, si la précarité, le chômage et la fragilisation sociale contribuent à alimenter la violence, ils n’en constituent pas les causes exclusives, qui apparaissent bien plus complexes. S’y mêlent des formes de répression larvées, où les ambiguïtés du jeu politique désireux de contrôler une paix sociale favorisent une cité sur une autre selon des règles clientélistes obscures et dangereuses pour la démocratie locale.
Cet ouvrage vient à point nommé pour faire contrepoids aux essais généralistes et peu documentés sur la ville et sa banlieue. Dans le droit fil d’une sociologie de terrain qui plonge au plus près des milieux qu’elle étudie, il éclaire d’un jour nouveau la violence urbaine, mais aussi la vie quotidienne des quartiers populaires, sans a priori ni compromission, sans fascination ni diabolisation. Il présente tout simplement une œuvre sociologique qui joue pleinement son rôle sociétal : « Celui de donner à voir l’existence de différents mondes, le regard des acteurs qui les constituent, aussi dérangeant soient-ils. »
Jean-Pierre Lévy
 
La politique culturelle à Rennes, 1977-2008, Mémoires et réflexions
Martial Gabillard, Éditions Apogée, 704 pages, 2008, 25 €
Une histoire rennaise
Martial Gabillard a été l’adjoint d’Edmond Hervé à la mairie de Rennes de 1977 à 2008, avec la responsabilité de la culture jusqu’en 2001. Bien qu’historien de formation, il raconte minutieusement l’histoire de l’action culturelle de Rennes comme « un acteur engagé ». Encore qu’elle soit passionnante pour les Rennais et pour les Bretons, l’intérêt de cette abondante monographie dépasse de beaucoup son cadre géographique. Alors qu’on dit trop souvent les pouvoirs locaux impuissants, on mesure très bien ici le rôle du volontarisme politique dans l’action culturelle locale, ainsi que le rôle de la culture dans la transformation urbaine. Cette action publique s’effectue aussi bien au travers des initiatives prises par le pouvoir communal qu’au travers de la constante et efficace reconnaissance par le pouvoir communal des initiatives culturelles issues de la société civile. C’est cette rencontre fructueuse entre l’ascendant et le descendant qui fait tout l’intérêt de la démarche culturelle rennaise. On voit là également les évolutions des actions culturelles municipales. Autrefois, le rôle des communes se réduisait souvent à la construction d’équipements culturels, centraux ou de quartier. Aujourd’hui, les élus attachent une importance croissante à la programmation dans et, de plus en plus, hors des murs des équipements. On est passé d’une préoccupation exclusive relative aux contenants à un engagement raisonné relatif aux contenus. On saisit aussi comment Rennes, sous l’impulsion de Martial Gabillard, a su donner et maintenir son véritable sens à la décentralisation culturelle. « Le surgissement territorial des collectivités locales » est patent, comme le dit l’auteur qui illustre la manière dont les communes « sont devenues majeures, conscientes, prospectives » dans le domaine de la culture. Comme, à Rennes du moins, cette action a été menée dans la durée, on évalue mieux l’importante marge de manœuvre locale, alors que les politiques nationales ont tellement fluctué durant cette époque. Passant de Malraux à Jack Lang et à la triste période actuelle d’effacement et de paupérisation de l’État, il est passionnant de voir comment la ville continue de déployer son projet au-delà des modes et des contraintes extérieures. On s’aperçoit alors que les élus locaux « ont été les premiers à étendre le champ des politiques culturelles sur le terrain qu’avaient défriché les fédérations d’éducation populaire, les premiers à reconnaître comme culturelles les expressions multiples et diverses de la population ». C’est là que l’histoire rennaise croise un temps celle de l’Adels. Au sein de l’association, vers 1977-1978, a fonctionné un groupe de réflexion sur l’évolution des politiques culturelles locales. En interactivité avec notamment les expériences de Rennes (Martial Gabillard) et de Grenoble (René Rizzardo), et de quelques autres, l’Adels avait publié alors une revue, Les cahiers de l’Atelier, sorte d’annexe culturelle de Correspondance Municipale, qui cherchait à rendre compte de ce courant et à l’animer. Des experts comme Pierre Moulinier, Claude Domenach, Bernard Pingaud, Bernard Faivre-d’Arcier (qui devait, plus tard, prendre en charge le festival d’Avignon) participaient à cette réflexion, dont il faudrait mesurer l’impact dans les politiques culturelles municipales d’aujourd’hui. Georges Gontcharoff
 
Habitat groupé : écologie, participation, convivialité
Christian La Grange, Terre vivante, 2008, 144 pages, 27 €
Restons groupés
Les éditions Terre Vivante publient un très beau petit livre en forme de manuel destiné aux porteurs d’un projet d’habitat collectif. En ces temps où les crises financière, écologique et économique vont encore accroître les difficultés pour se loger, les pratiques d’autoproduction collective en réponse à nos besoins de base sont certainement une solution à sérieusement envisager.
L’auteur, Christian La Grange, est architecte d’intérieur. Il vit aujourd’hui dans un éco-village des Cévennes, après des expériences successives d’habitat collectif en ville et à la campagne. Il partage de manière très concrète ses expériences, en tirant des méthodes pour réaliser de tels projets, sur les plans financier, juridique, technique, mais aussi pour savoir vivre ensemble… Le livre est illustré de photos aguichantes (il fait toujours beau quand on vit groupé, et on fait souvent la fête !), de superbes dessins au trait, et de schémas de montage technique. Vous apprendrez au passage à réaliser un puits canadien, un cabanon, un four à pain, etc.
Le mouvement est parti du Danemark, puis a essaimé dans les pays scandinaves et anglo-saxons. Aujourd’hui souvent baptisées éco-villages, ces expériences de vie collective dépassent le simple habitat. Elles intègrent le plus souvent une certaine forme de décroissance, de simplicité volontaire. Des démarches de partage de tâches, d’outillage ou de matériel s’y intègrent fréquemment, comme des activités de production. L’auteur suggère de ne pas se limiter à un seul projet commun, mais d’agréger plusieurs projets à géométrie et participation variables. Une maison commune est un élément fort, permettant le partage d’activités collectives, et éventuellement des services communs (laverie, atelier…). En outre, la salle ou maison commune permet d’économiser de l’espace et donc de l’argent dans les parties privatives.
Une autre condition à la réussite d’un tel projet est l’attention portée à la constitution du groupe. L’auteur suggère de formaliser l’adhésion et le retrait, d’éviter les personnes trop fragiles émotionnellement. Prendre son temps, s’imprégner progressivement de l’évidence du projet. Ne pas dépasser dix participants (les Danois vont jusqu’à trente, les Néerlandais jusqu’à cinquante, les Suédois jusqu’à 200 !), clarifier les questions de relations financières, avec une préférence pour une participation de chacun. Les formes juridiques permettant d’encadrer de telles expériences sont variées : la copropriété, la société civile coopérative, très répandue, qui sépare le fait de gérer son habitat et la propriété, la simple association… Un bon notaire est alors utile ! Ainsi qu’une charte commune, dont l’auteur fournit un modèle, décroissant et non-violent. Pour terminer, le livre ouvre quelques pistes d’extension de ces expériences : dans la vie de quartier, par exemple, ou en direction des publics précarisés ; la « cabanisation spontanée », observée ici ou là peut s’organiser en éco-village, comme le montre l’exemple du quartier de la Baraque à Louvain-la-Neuve (Belgique). L’habitat groupé peut enfin constituer un mode adapté pour anticiper sur le vieillissement, parce que « mieux vaut vivre solidaire que solitaire ». Pour « reprendre la main » sur nos vies, le retour au groupe, à la communauté et la sortie de l’individualisme s’imposent. Michel Wilson
 
Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy
sous la direction de Adame Ba Konaré, La Découverte, 2008, 348 pages, 22 €
Guaino-Sarko, y’a pas bon du tout
Nul n’a oublié les vives réactions qu’a suscitées le discours de Dakar prononcé par Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007 à l’université Cheikh-Anta-Diop. L’auteur du discours, le conseiller spécial Henri Guaino, aurait remis son texte au Président juste avant son allocution sans que le chef de l’État ne le relise (paraît-il), et aurait affirmé, dans le Nouvel économiste du 11 décembre : « un discours pose un jalon dans un monde de l’éphémère  » ! Cet ouvrage collectif d’une vingtaine d’intellectuels, historiens et écrivains principalement africains, fait une remise au point argumentée et imparable de tous les a priori, contre-vérités et poncifs post colonialistes déversés à cette occasion et livre une passionnante restitution des grandes étapes de l’histoire de l’Afrique. Les quatre parties du livre s’attachent à remettre en cause l’idée saugrenue selon laquelle l’Afrique n’aurait pas d’histoire et serait un continent éternellement enlisé ; à comprendre pourquoi subsistent en France encore tant de préjugés et stéréotypes au sujet de l’Afrique ; et s’interroge sur le mythe de la France bienfaitrice et de sa mission civilisatrice en Afrique qui se heurte à la démonstration éclatante de la perversité et de l’aliénation de la colonisation durant plus d’un siècle, faisant suite à la période de l’esclavage et de ses ravages humains, économiques, sociaux et culturels pendant 400 ans. Enfin, une dernière partie démonte les pistes d’avenir proposées en leur opposant les solutions que les Africains eux-mêmes imaginent. David Pélage
 
Janvier 2009
 
La folie des hauteurs. Pourquoi s’obstiner à construire des tours ?
Thierry Paquot, Bourin éditeur, 240 pages, 2008, 19
Les tours phalliques se refusent à la ville
Thierry Paquot, « philosophe de l’urbain », comme il se présente lui-même, publie une sorte de pamphlet contre la mode internationale et désormais parisienne des tours. Mais son livre, d’une ébouriffante érudition, est beaucoup plus que cela. Il est aussi une réflexion sur les rapports entre l’homme et la ville, une leçon sur les professions trop séparées d’architecte et d’urbaniste, un plaidoyer très convaincant pour une « ville habitable », « un urbanisme de l’accueillance » permettant aux citadins d’être à la fois autonomes et solidaires. Fourmillant d’idées très stimulantes pour l’esprit, il prône « un éco-urbanisme ». Son actualité est liée à la pression « d’un petit groupe de personnalités branchées, surfant sur un phénomène de mode » qui a réussi à convaincre le maire de Paris et sa première adjointe que « l’image d’une ville moderne est nécessairement associée à la présence de tours ». Dix-sept sites sont proposés par dix architectes de renom qui voient dans la construction de tours « l’acmé de leur carrière ». Elles devraient être édifiées à la frontière entre Paris et ses banlieues, notamment porte de la Chapelle, porte de Bercy ou porte d’Ivry. Thierry Paquot développe d’abord un panorama historique et géographique des tours dans le monde et de leur explosion actuelle : « Elles naissent du désir de quelques capitaines d’industrie de manifester leur puissance économique », ce qui explique qu’elles soient « phalliques et phallocratiques ». L’auteur fait ensuite le bilan assez décevant des tours existant actuellement à Paris et dans la proche banlieue (Jussieu, Montparnasse, avenue d’Italie, Front de Seine, porte Maillot – le cas de la Défense étant à part). Leur pauvreté architecturale s’accroît : « portées au début par une" avant-garde" architecturale, les tours sont dorénavant abandonnées à une" arrière-garde" », l’avant-garde étant maintenant tournée vers les éco-quartiers et l’architecture durable. Thierry Paquot démonte ensuite les trois principaux arguments des pro-tours. Contrairement aux idées reçues, les tours n’augmentent pas la densité urbaine, elles n’assurent pas la mixité sociale, et quelles que soient les techniques de pointe employées, elles sont formidablement énergivores. De plus, elles sont traumatisantes pour leurs occupants. (« Les stars de l’architecture ne se préoccupent jamais vraiment de la vie ordinaire des gens qui habitent les tours ou qui y travaillent »). Les tours constituent l’antithèse de la ville, elles « se refusent à la ville » et à la rue, « elles se ferment comme une huître » ; elles constituent « des lieux d’enfermement, de repli sur soi, de contrôle excessif » ; « les vigiles y sont les maîtres ». Par conséquent, « elles ne créent pas les conditions d’une véritable urbanité ». Georges Gontcharoff
 
Jeanne de la Zone,
Étienne Davodeau et Frédérique Jacquet, collection histoire sensible, L’Atelier, 2008, 108 pages, 18
Jeanne, Yann, Mamadou et autres de la zone
En 1900, Jeanne habite la zone derrière les fortifications de Paris, entre ville et campagne. Elle vit dans un cabanon construit par Baptiste, son père chiffonnier. Entre gens de la zone « on se dit bonjour et on se cause ». Jeanne a un ami, Luigi, l’immigré italien, abîmé par le travail dans une usine de produits chimiques. La vie de Jeanne se déroule entre odeurs et fracas des usines, et les événements de la vie quotidienne avec Rosalie, la blanchisseuse, et l’oncle Édouard, qui croit « au grand soir ». Jeanne de la zone est le premier volume d’une nouvelle collection, « L’histoire sensible », aux éditions de l’Atelier, qui ambitionne de donner vie à l’histoire d’un enfant d’hier. Ici, c’est réussi : Jeanne prend vie, sous la plume de  Frédérique Jacquet, l’auteure du texte Douce banlieue, écrit avec Gérard Mordillat. Elle prend vie aussi grâce aux illustrations en noir et blanc d’Étienne Davodeau, qui nous a habitués au réalisme social avec Les mauvaises gens. L’ouvrage comprend en deuxième partie un abécédaire en mots et en images, dictionnaire du monde de Jeanne : bicoque, chiffonnier, terrain vague… des mots de la zone. L’envie nous prend d’enrichir ce dictionnaire, illustré de photos d’Eugène Atget. La troisième partie met en scène les descendants de l’héroïne de l’histoire. La fille de Jeanne et sa petite-fille, Camille, mettent en commun leur « mémoire d’amour de Jeanne ». Un bout de vie de gens que l’on voudrait voir reproduire avec d’autres « Jeanne » qui pourraient s’appeler Yann, Mireille ou Mamadou, dans d’autres territoires de vie d’hier et d’aujourd’hui. À lire et à faire lire, cette histoire sociale pour les enfants de 10 à 100 ans.
Étienne Beaudoux
 
Les trois cosmonautes et autres contes
Eugenio Carmi et Umberto Eco, Grasset jeunesse, 2008,  96 pages, 17,90€
Il était une fois…
En alliant leur art (celui du « fabricant de mots » pour Umberto Eco ; celui du « fabricant d’images » pour Eugenio Carmi), les deux célèbres Italiens réussissent à ressusciter le conte à l’aune des problématiques contemporaines en proposant trois fables (La bombe du général, Les trois cosmonautes et Les gnomes de gnou), à lire dès 3 ans. Illustrés avec brio et douceur, écrits avec simplicité et justesse, ces trois contes abordent les questions de la pollution ou de l’impérialisme avec subtilité et ironie, permettant ainsi aux plus jeunes de découvrir tout à la fois philosophie, écologie et poésie ! Entre l’utopie de la « république spatiale » ou la révolution des « atomes en colère », c’est avec une grande sensibilité que les deux hommes évoquent leur époque, ses contradictions et ses travers. Un livre intelligent pour les enfants comme pour leurs parents. Aline Chambras
 
Acteurs et territoires du Sahel. Rôle des mises en relation dans la recomposition des territoires
Abdoul Hameth Ba, ENS éditions, 2007, 16€
Les ONG fleurissent au Sahel
Géographe, migrant lui-même et responsable d’une association de solidarité internationale, Abdoul Hameth Ba tente d’analyser les recompositions territoriales à l’œuvre dans le bassin du fleuve Sénégal à l’aune des actions de développement des ONG étrangères et sénégalaises, des associations d’émigrés et villageoises locales qui ont vu leur nombre et leur poids largement augmenter ces trente dernières années. Sous l’effet cumulé des plans d’ajustement structurels, des lois de décentralisation et de la formation d’une véritable diaspora très fortement liée au pays d’origine, l’auteur décrit une nouvelle économie de la coopération, du développement et de la migration qui remodèle progressivement les structures sociales locales et dans laquelle il veut voir, malgré ses aspects pervers, une « responsabilisation » des populations et l’expérimentation d’une « citoyenneté active ». Une nouvelle ère en somme, en matière de gestion des territoires et du développement local, dans un contexte où l’État est quasi absent. L’étude est d’un indiscutable bon sens et très riche en éléments factuels. Elle sera utile à ceux qui chercheront une présentation générale des acteurs et des dynamiques en cours dans l’espace rural sahélien. Elle perd malheureusement de sa valeur explicative à vouloir trop embrasser. Les typologies un peu fastidieuses et le cadre théorique assez flou font rêver le lecteur à des études de cas moins nombreuses mais plus fouillées, sur un sujet d’un intérêt majeur. Thomas Perrot
 
Cuisine bio pour fruits de saison
Terre vivante, 2008, 160 pages, 16 €
Soigner ses papilles
Une fois n’est pas coutume, Territoires vous présente un recueil de recettes salées et sucrées autour des fruits pour stimuler votre imagination culinaire au fil des saisons. Ce petit livre propose 130 idées pour cuisiner vingt-trois fruits qu’on trouve communément en France et incite à consommer des produits locaux, bio de préférence, mais sans prosélytisme. On trouvera des informations sur l’origine, les variétés et les valeurs nutritives des fruits, ainsi que des propositions pour préparer ces fruits de façon rapide, souvent peu coûteuse, à l’aide de nombreuses épices pour tenter de nouvelles associations. Une incitation forte pour (re)découvrir des variétés anciennes, des goûts, des saveurs, des textures, en sortant du circuit de l’agriculture intensive qui menace la biodiversité et en réduisant la consommation effrénée de produits fades venant du bout du monde. Blanche Caussanel
 
decembre 2008
 
Les guerres de mémoires. La France et son histoire.
sous la direction de Pascal Blanchard et Isabelle Veyrat-Masson, La Découverte, 2008, 335 pages, 20
La mémoire, une histoire de pouvoir
À une époque où l’idée d’imposer aux élèves du primaire la mémoire d’un enfant des camps de la mort a été envisagée, et où la tendance est à légiférer en matière de faits historiques, la question de la concurrence des mémoires devient un enjeu emblématique de notre société. Les guerres de mémoires, ouvrage dirigé par un historien spécialiste du fait colonial, Pascal Blanchard, et par une sociologue des médias, Isabelle Veyrat-Masson, regroupe les contributions d’historiens, sociologues, politologues et anthropologues pour qui la réminiscence des revendications mémorielles (l’histoire des groupes particuliers) va de pair avec une absence de projet politique. Les auteurs tentent de mettre au jour le rôle de l’État et des médias dans le façonnage de l’histoire.  Pourquoi un événement prévaut-il sur un autre ? Comment cette hiérarchie se met-elle en place et par qui ? Pourquoi mai 68 a-t-il occulté l’événement fondateur que fut mai 58 et l’avènement de la Ve République ? Et, toujours, quelle frontière entre histoire et mémoire ? Préfaçant l’ouvrage, Benjamin Stora, spécialiste de l’histoire de l’Algérie, écrit ainsi que « le voyage perpétuel vers un passé personnel signale une crise du futur et que « le travail historique aide à sortir de ce dilemme entre trop-plein et absence de mémoire ». Permettre au lecteur de saisir les enjeux politiques, historiques mais aussi les conditions socio-économiques dans lesquelles s’inscrivent ces « guerres de mémoires », qui elles aussi ont une histoire, est l’objectif de cet ouvrage complexe, à lire crayon en main. Mathilde Azerot
 
Accueillir ou reconduire. Enquête sur les guichets de l’immigration
Alexis Spire, Raisons d’agir, 2008, 124 pages, 7
De l’autre côté du guichet
Qui sont ces hommes et ces femmes chargés au quotidien du traitement « ordinaire » de l’immigration ? Ceux-là mêmes qui décident de délivrer ou non des papiers aux migrants ? Le sociologue Alexis Spire a mené l’enquête de 2003 à 2007 au sein des préfectures, consulats et autres services d’attribution des visas. Dans Accueillir ou reconduire, il analyse ce qu’il nomme la « politique des guichets ». On découvre que ces services, qui emploient un personnel peu diplômé, sont relégués au bas de l’échelle administrative. Qu’une grande partie des agents y sont eux-mêmes issus de l’immigration, que les femmes y sont surreprésentées et que l’immense majorité est originaire du monde ouvrier. Alexis Spire montre comment l’application de la loi est très largement laissée à la seule interprétation des agents qui, par ailleurs, ne reçoivent aucune formation juridique, croulent sous les dossiers et jouissent d’une importante autonomie vis-à-vis de leur hiérarchie. Comment, au final, le gouvernement, tiraillé entre, d’une part son devoir de garantir les droits de l’Homme et, d’autre part, ses priorités plus comptables, délègue aux fractions subalternes de l’administration la mission de donner corps à la notion d’« immigration choisie ». À lire absolument.
M. A
 
Le profane en politique : Compétences et engagements du citoyen
sous la direction de Thomas Fromentin et Stéphanie Wojcik, L’Harmattan, 2008, 314 pages, 28,50€
Vers le profane expert ?
Cet ouvrage collectif, coordonné par deux jeunes chercheurs en droit public et science politique, résulte d’une journée d’étude organisée en 2005 sur les « rhétoriques et pratiques scientifiques et sociales du profane ». Il interroge la pertinence et les limites de la notion de « profane » (c’est-à-dire « l’habitant », le « citoyen lambda », etc.), de plus en plus utilisée tant par les acteurs des dispositifs de participation que par les chercheurs les analysant. Si cette expression est contestable, étant donnée la diversité des savoirs que mobilisent les citoyens dans ces processus participatifs, elle prend tout son sens lorsque les habitants, sortant de leur rôle de citoyens « ordinaires » en cherchant à se faire reconnaître en experts du sujet débattu, sont remis à leur place de « profanes » par les élus. Le livre montre ainsi que l’opposition entre profanes et initiés est l’enjeu et le résultat de luttes. Il présente l’intérêt de croiser des réflexions théoriques sur le rôle et le sens du profane en politique, notamment de Loïc Blondiaux et Daniel Gaxie, et des travaux empiriques de jeunes chercheurs qui interrogent la mobilisation de cette notion dans différents contextes, en France et en Europe, dans une grande diversité de domaines (la justice, la télévision, le nucléaire, la culture, etc.) et de dispositifs participatifs (budgets participatifs, conférences citoyennes, jurys de citoyens, etc.). Au-delà du statut du profane, les auteurs questionnent la nature des savoirs citoyens, les échanges de savoirs entre acteurs et l’impact de la participation citoyenne dans la décision publique. Autant de bonnes questions ! Héloïse Nez
 
Une démocratie asphyxiée, L’état des droits de l’Homme en France édition 2008
Ligue des droits de l’Homme, La Découverte – Sur le vif, 2008, 120 pages, 10 €
Rama rame-t-elle pour rien ?
Allez, c’est le dernier mois pour pouvoir encore vous présenter l’édition 2008 de l’État des droits de l’Homme en France, titrée avec bonhomie Une démocratie asphyxiée… Derrière l’écran de fumée de l’implosion du Parti socialiste et l’écran de feu, réel celui-là, des crises financières et économiques, on en oublierait presque (c’est évidemment une formule, il y a des choses que, heureusement, on n’oublie pas) le traitement à coups de masse que le régime sarkozyste a choisi pour réformer les libertés individuelles depuis la dernière élection présidentielle. Jamais gagnants, mais toujours bien placés (pour prendre des coups), les étrangers en terre de France sont au premier rang de la révolution culturelle actuelle, et le bon ministre Hortefeux compte et recompte en ce moment ses expulsions pour boucler son bilan annuel. Mais, ce qui est passionnant (et ce qui est effrayant) dans ce livre, c’est que la Ligue des droits de l’Homme ne s’arrête pas au seul « tout sécuritaire » et livre en 110 pages une analyse bien plus globale du système dans lequel nous vivons : celui du bridage du parlement et de la justice, de la société du contrôle et du fichage, de l’ADN et des charters bien sûr, mais aussi de la réforme du droit du travail, de la séparation entre les honnêtes gens qui en font « plus » et la « glandouille » version Amara, ou encore des liens diplomatiques avec la Libye, le Chine et la Russie où la valeur « contrats » a remplacé les principes et les droits de l’Homme. « Sur ce sujet comme sur beaucoup d’autres, l’agitation frénétique de l’acteur principal du jeu politique oblige, pour y voir clair, à prendre un peu de recul. L’art du bateleur étant de détourner sans cesse l’attention, il est important, pour ne pas se laisser vendre n’importe quoi, de ne pas perdre la mémoire et de prendre le temps de la réflexion », ainsi commence avec beaucoup de justesse l’introduction de Jean-Pierre Dubois. L’exercice est salutaire et, au final, si le livre n’est pas franchement joyeux sur la longueur, il est vraiment bien construit, et à lire d’urgence… En espérant que l’édition 2009 ne soit pas pire. Nicolas Leblanc
 
novembre 2008
 
Cultivons la terre. Pour une agriculture durable, innovante et sans OGM
Honorine Perino, produit par Rés’OGM Info, DVD 1h30, 15 pour les particuliers ; associations et collectivités : contacter Rés’OGM au 04 78 42 95 37
Film 100 % naturel
Les OGM ont quelquefois l’inconvénient, en tant qu’objet de lutte, de focaliser les débats quand on parle d’agriculture, et de les rendre vindicatifs voire ennuyeux. Mais pas de cela ici. Honorine Perino réussit le tour de force de proposer une heure et demie de film agréable, fluide et tout à fait accessible sur l’agriculture durable, en n’utilisant les OGM que comme un fil rouge, qui sait se faire discret pour laisser la vedette à ces paysans et ces chercheurs qui construisent une agriculture en adéquation avec leurs valeurs. On se promène le long de ces onze courts chapitres pour aborder la variété quasi infinie des blondes tiges de blé, la lutte biologique ou le voyage de ces paysans rhône-alpins partis en Syrie pour discuter de sélection participative des semis. On est interpellé par le mouvement général de l’agriculture qui perd ses savoirs et son autonomie de pensée, ce qui rend d’autant plus porteur d’espoir les visites de ces fermes qui ont choisi de recommencer à réfléchir par elles-mêmes. On y croise un éleveur de vaches laitières qui a remis ses ruminants aux pâturages, ou un fermier qui utilise des insectes auxiliaires pour se débarrasser des parasites du maïs. Et, partout, on comprend que les OGM ne sont que la face émergée de l’iceberg d’une normalisation dramatique des modes de cultures, qui ravage les sols et ne voit la nature que comme une source de nuisances à dompter. Le film a été sélectionné au Festival pariscience et aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Nicolas Leblanc
 
Africa Trek 1, 14 000 kilomètres dans les pas de l'Homme, du Cap au Kilimandjaro
Africa Trek 2, 14 000 kilomètres dans les pas de l'Homme, du Kilimandjaro au lac de Tibériade
Sonia et Alexandre Poussin, 571 et 762 pages, Pocket, 2007, 7,7 € chacun
Voyage alternatif en Afrique
Avec ces deux volumes d’Africa Trek, Sonia et Alexandre Poussin nous livrent un récit de voyage passionnant et un témoignage vivant de l’Afrique de l’Est contemporaine. Le parcours de ce jeune couple d’aventuriers est aussi peu commun que la nature de leur périple africain : tandis qu’elle a travaillé dans l’humanitaire au Népal, au Vietnam et en Irak, lui est écrivain voyageur et a raconté ses aventures avec Sylvain Tesson dans deux précédents ouvrages : un tour du monde en bicyclette en un an et une marche de 5 000 km sur le toit du monde. En 2001, ils s’élancent dans une folle marche à pied à travers le continent africain, sans aucune autre assistance que la générosité de leurs hôtes de passage. La lecture de leurs trois années de pérégrinations le long de la vallée du Rift, du cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud au lac de Tibériade en Israël, est étonnante. On peut regretter certains passages un peu moralisateurs, mais l’ensemble est très bien écrit et agrémenté de belles photos. Au-delà de la justification initiale de la marche – refaire symboliquement le voyage du premier homme, de l’australopithèque à l’homme moderne – et de l’incontestable exploit sportif, on retient surtout de cet ouvrage une expérience humaine hors du commun et un nouveau regard posé sur le continent africain. Une invitation à voyager autrement, loin du tourisme de masse et au plus près des populations locales. Héloïse Nez
 
Le manuel de l'antitourisme
Rodolphe Christin, éditions Yago, 2008, 126 pages, 15€
Savoir voyager
Le 20 juin1936 signa l’avènement d’une révolution: les congés payés. Mais aussi, pour certains, l’avènement d’un fléau : le tourisme. C’est en substance le propos du sociologue Rodolphe Christin qui fustige, dans son Manuel de l’antitourisme, les effets pervers du tourisme de masse. Tandis que le secteur figure au premier rang de l'activité économique mondiale (733 milliards de dollars de recettes en 2006), l’auteur montre qu’à la démocratisation des vacances et des loisirs s’est substituée l’obsession de combler tout temps « mort ». Ou comment le réel a laissé place au virtuel, via une arme redoutable : le management, qui par souci de « développement » (entendez « profits ») va parfois jusqu’à ravager des territoires entiers, détruire des cultures et finalement banaliser, « occidentaliser » tout paysage. Et de dénoncer le low cost, le règne de l’avion, responsables de la surconsommation de voyage – par la réduction des distances – mais aussi de l’aggravation de l’effet de serre. Si le ton emprunté par l’auteur peut agacer, (le touriste est qualifié d’« idiot du voyage », mais qu’est-on dès lors que l’on voyage ?) son dessein est cependant louable : réhabiliter le hasard, les imprévus, les détours, les petites galères aussi. En bref : l’immersion en terre inconnue. Une manière d’interroger notre vision du monde et de reposer l’éternelle question : pourquoi partons-nous ? Mathilde Azerot
 
octobre 2008
 
Le Plan B. Pour un pacte écologique mondial
Lester R.Brown, Calmann Lévy / Souffle Court éditions. 2007, 400 pages, 20€
L’autre plan B
Agronome de formation, Lester Brown dirige depuis 2001 l’organisme de recherche interdisciplinaire Earth policy institute à Washington. Son dernier livre, dont la version française est préfacée par Nicolas Hulot, applique à notre civilisation le diagnostic porté sur les crises des civilisations passées par Jared Diamond et Ronald Wright, notamment (Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie, Jared Diamond, Gallimard, 2006, Territoires n° 479 ; La fin du progrès, Ronald Wright, Naïve éditions, 2006, Territoires n° 490). La moitié de son livre dresse un inventaire implacable des menaces qui pèsent sur l’humanité et la biosphère. L’autre moitié, le fameux « plan B », propose une mobilisation internationale, tant des dirigeants que des individus pour transformer cette urgence écologique en opportunités. Cinq grands signaux, parmi beaucoup d’autres, montrent à l’évidence que la civilisation humaine court à son déclin, voire pire encore. La déplétion pétrolière a commencé à la priver du carburant qui a alimenté sa croissance depuis cent cinquante ans. La pénurie d’eau frappe désormais toutes les zones de la planète. Les températures globales – mais aussi locales – augmentent rapidement et inexorablement, avec le niveau des mers. La disparition de certaines des zones les plus fertiles du globe et les plus peuplées commence à engendrer des exodes climatiques massifs. La disparition des ressources naturelles (sols, forêts, espèces, ressources halieutiques, ressources minières, désertification, pollutions, etc.) renvoie tout aussi directement aux causes de disparition des nombreuses civilisations passées. L’optimisme de Lester Brown pour nous sortir d’affaire prête parfois à sourire : 161 milliards de dollars annuels bien employés pour de massifs projets sociaux et environnementaux devraient suffire. On peut partager cet optimisme, très américain,
et penser que l’élection de Barack Obama pourrait donner un des signaux forts au lancement de ce plan B. On peut craindre pourtant que les mécanismes et systèmes qui nous propulsent dans le mur ne s’inversent pas simplement par une bonne volonté partagée. En corollaire,l’impasse du système capitaliste et la difficulté d’imaginer ensemble un système de gestion et de gouvernance alternatif pour la planète n’est pas évoquée par notre grand écologiste anglo-saxon. Mais il s’agit certainement du scepticisme culturel inhérent aux vieilles nations européennes… Une chose est sûre : les solutions évoquées figurent parmi celles qu’il nous faudra mettre en œuvre, à défaut de se résigner à disparaître. Michel Wilson
 
Le monde selon Monsanto :
de la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien
Marie-Monique Robin, La Découverte / Arte Editions, 2008, 370 pages, 20 €. Le DVD est disponible sur www.arteboutique.fr et chez Nature & Découvertes.
Le procès de Monsanto
Monsanto se présente comme une « entreprise agricole » cherchant à « aider les paysans du monde à produire des aliments plus sains, tout en réduisant l’impact de l’agriculture sur l’environnement ». Mais qui est réellement le premier semencier de la planète, détenteur de 90 % des OGM cultivés dans le monde ? Dans une enquête minutieuse, diffusée sous la forme d’un ouvrage et d’un documentaire, Marie-Monique Robin signe un réquisitoire percutant contre la multinationale. Elle revient d’abord sur le passé chimique de la firme, pour savoir « si on peut lui faire confiance sur les OGM », et découvre l’histoire d’une des entreprises les plus controversées de l’ère industrielle. Les PCB, la dioxine, l’agent orange, les hormones de croissance laitière et bovine, le désherbant Roundup : la liste est longue des produits dangereux dont la firme a caché la toxicité afin de garantir ses profits. La journaliste s’intéresse ensuite aux OGM, en sillonnant la toile et la planète à la recherche d’archives et de témoignages, et dévoile les stratégies de la firme pour imposer sa loi et contrôler à terme la production de la nourriture du monde. Les conséquences environnementales et sociales de cette entreprise économique basée sur le brevetage du vivant sont dramatiques. Un signal d’alarme contre une multinationale qui a entre ses mains l’avenir de l’humanité. Héloïse Nez
 
Comment la France a perdu l’Afrique
Antoine Glaser et Stephen Smith, Hachette Littératures Pluriel actuel, 2006, 280 pages, 8,40€
Coup de pompe Afrique
On ne s’éternisera pas sur l’identité du coauteur de cet ouvrage pédagogique qu’est le journaliste Stephen Smith. Accusé d’« afro-pessimisme » par ceux qui n’ont pas aimé son livre Négrologie de 2003 ou mis en cause dans ses analyses du génocide rwandais (un génocide n’est guère un événement propice aux discussions dépassionnées), il n’en reste pas moins un des rares journalistes qui s’entête à analyser les évènements africains contemporains. Dans Comment la France a perdu l’Afrique, le propos se resserre sur une composante essentielle de la politique extérieure de la France au 20e siècle : sa politique africaine. L’Empire « françafricain » a été une clé de compréhension centrale de la position de la France dans le monde, mais qui le décrit comme tel aujourd’hui ? Qui débat de la stratégie géopolitique actuelle de la France en Afrique ? Peut-être, comme c’est l’hypothèse de ce livre, la France ne connaît-elle plus l’Afrique, n’y a plus aucun projet ? En effet, les palais de l’empire sont vides, sillonnés seulement par quelques mercenaires, des dictateurs ou des «conseillers » qui n’ont plus réactualisé leurs dossiers depuis vingt ans. Un livre, à la vérité, passionnant, et bien plus franco-pessimiste qu’afro-pessimiste. Nicolas Leblanc
 
Chantier ouvert au public, le Viel Audon, village coopératif
édition Repas, collection pratiques utopiques, 2008, 194 pages, 15€,
La révolution des grains de sable
Que l’on connaisse le lieu, le Viel Audon, et l’ouvrage se dévorera comme un bon roman dont le fait de connaître la fin ne gâche pas le plaisir de la lecture. Que l’on lise le livre et l’on finira forcément un jour par emprunter le chemin muletier pour se rendre au hameau de Balazuc, et voir. Voir comment ce « nulle part » où Gérard Barras a conduit trois de ses amis, un jour de novembre 1970, est passé de l’état de ruine à celui de hameau pluriactif conjuguant aujourd’hui des activités agricoles, d’accueil, de formation (pour le réseau Repas, entre autres), de chantiers de jeunes, de vente de produits locaux, d’éducation à l’environnement… allant même jusqu’à proposer les très à la mode cours de cuisine, mais version gastronomie des plantes (testé et conseillé !). Au fil des pages, parsemées de témoignages, le Viel Audon se livre, sous la plume de Béatrice Barras, membre de la première heure de cette épopée communautaire. Elle nous raconte comment cette bande de jeunes, dans une atmosphère post mai 68, « sous les pavés… » a trouvé une ruine qu’elle retape grâce aux chantiers de jeunes qui se sont succédés et se succèdent encore. Avec, dès le départ, l’intuition que le Viel Audon a pour vocation de « construire lui-même sa propre histoire à travers ceux qui s’y investissent ». Puis, comme un seul pari fou ne suffisait pas, voilà que parallèlement se greffe le projet de remet en activités une ancienne filature de laine. Les différentes étapes qui voient le hameau et le projet prendre forme sont naturellement jalonnées de traversées du désert et de sursauts salvateurs. Avec, en toile de fond, la difficulté de mener plusieurs vies de front : l’une consacrée à gagner malgré tout sa croûte et l’autre à redonner vie à un village et à une filature en ruine. Mais avec toujours la même force de conviction, qui fait qu’aujourd’hui encore le Viel Audon réussit à résister aux pressions sécuritaro-administratives et demeure inaccessible en voiture. Une particularité qui donne au Viel Audon toute son âme, et ses vertus pédagogiques : chaque geste doit en conséquence être réfléchi, simplifié pour limiter les déchets, les transports… Et qui est à l’origine d’une institution vieille de trente-cinq années de chantiers : la chaîne humaine. Une chaîne pour transporter les sacs de ciment, symbole de solidarité, et de transmission qui, comme en témoigne « un ancien » des chantiers, « construit quelque chose de différent sans pour autant faire la révolution. Ou alors c’est la révolution des grains de sable. » Sabrina Costanzo
 
Septembre 2008
 
Participations citadines et action publique :
Dakar, Rabat, Cotonou, Tunis, Jérusalem, Sanaa,
sous la direction d’Olivier Legros, coédition Adels/Yves Michel, 2008, 209 pages, 22€
« Tactiques » participatives au Sud
Si les expériences participatives européennes et latino-américaines sont bien connues, ayant fait l’objet de nombreuses recherches, c’est loin d’être le cas de l’Afrique, du Proche et du Moyen-Orient. La participation y constitue pourtant un nouveau cadre de référence de l’action publique en milieu urbain, imposé par les bailleurs internationaux à partir des années 90. Dans cet ouvrage collectif, urbanistes, sociologues et géographes analysent les réactions des acteurs du Sud face à cette « injonction participative ». En élargissant leur réflexion aux actions collectives en milieu urbain, ils mettent en avant les « tactiques » des collectifs citadins : s’ils adhèrent au « prêt-à-porter gestionnaire » de l’aide internationale, c’est pour faire valoir leurs intérêts, tout en continuant à agir en marge des actions publiques. Comme le montre la remarquable contribution sur la banlieue dakaroise, loin d’encadrer leurs modes de mobilisation, les dispositifs participatifs contribuent à élargir leur répertoire d’action collective. Certes, le décalage reste fort entre les discours et les pratiques, dans des pays où l’aménagement urbain est confisqué par les classes dirigeantes déniant toute compétence aux citoyens dans la production et la gestion de la ville. Or, si les citoyens réussissent rarement à remettre en cause la totalité d’un projet urbain, ils trouvent dans les dispositifs participatifs institutionnels une nouvelle voie d’expression et de contestation pour en négocier certains éléments. Héloïse Nez

 
Le goût du pouvoir
Jacques de Courson, L’Harmattan, 2008, 117 pages, 12,5
Le dégoût des élus
La présentation de l’ouvrage, par l’auteur, sur la quatrième de couverture, aurait dû suffire à m’avertir : « Ma thèse », expose Jacques de Courson, « est qu’au-delà de leur ambition de servir leurs contemporains, les élus locaux sont à la fois des brutes et des petits marquis, fascinés par le pouvoir sur les êtres et les situations ». Mais la forme de l’ouvrage (douze nouvelles tirés de souvenirs ou d’histoires vraies racontées à l’auteur) était attrayante : ascensions politiques, batailles à la Clochemerle, anecdotes de cabinets… De même que la personnalité de l’auteur, président de l’association Urbanistes du monde et auteur d’un essai sur la prospective urbaine. Malheureusement, tout dans ce livre n’est qu’aveuglement, et sous couvert de perspicacité et de clins d’œil complices, Jacques de Courson se trompe sur toute la ligne. Il couvre « les élus locaux » de ridicule, mais confond le demi million de représentants politiques avec les 40 000 chefs d’exécutifs (maires, présidents de conseil…). Ensuite, il tente des généralisations à tout bout de champ en utilisant la petite histoire et le récit. Enfin, il accuse les élus locaux de tous les maux (sauf peut-être de la cupidité : ses pauvres personnages ne sont « que » rongés par des ego surdimensionnés, l’avidité du pouvoir, la compétition, mais ils ne connaissent pas la corruption… ouf !), tout en les défendant : n’importe qui ferait pareil, car il présente la conquête du pouvoir et son affirmation sur les êtres qui vous entourent comme… « un plaisir ». Chacun voit le plaisir où il peut… Nicolas Leblanc
 
L’immigration de A à Z
Mohsen Dridi, publication de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives, 2007, 437 pages, 15 €
Immigration, nom féminin
Des « Accords de Schengen » aux « Zones d’éducation prioritaires », Moshen Dridi, membre fondateur de la Fédération des Tunisiens pour une citoyenneté des deux rives (FTCR) et figure reconnue du mouvement associatif issu de l’immigration, décline, en près de 673 mots, la question de l’immigration. Exhaustif et précis, ce mémento recense toute l’histoire politique et sociale des migrations, en égrenant et décryptant les noms d’associations, d’administrations, de films, les textes de loi, les expressions, les dates marquantes, etc., utilisés ou nés dans le champ des flux migratoires. Un outil pratique et symbolique qui permet de rendre palpable le vécu des migrants, caché derrière chaque vocable. Aline Chambras
 
La fin du progrès
Ronald Wright, Naïve Editions, 2006, 136 pages, 16 €,
Un éternel recommencement ? L’ouvrage de l’archéologue canadien et auteur à succès, Ronald Wright, nous invite à déduire le sort de notre civilisation postmoderne de celui de quelques civilisations passées. Si certaines comme à Sumer ou sur l’Île de Pâques ont disparu, d’autres comme les empires maya ou romain ont laissé une descendance. Les crises connues par ces civilisations, que l’auteur définit comme « des sociétés importantes et complexes, fondées sur la domestication des végétaux, des animaux et des êtres humains », sont à chaque fois liées à un déséquilibre irréversible entre pression environnementale et démographie. À une certaine « sagesse » initiale dans le mode d’occupation de l’espace se substitue, via le goût du pouvoir et l’appropriation oligarchique des productions, une surcharge autodestructrice, qui amène la chute soudaine mais prédictible des civilisations. L’image du Pascuan, habitant de l’Île de Pâques, qui abattit le dernier arbre est frappante. L’auteur voit dans l’histoire d’Homo sapiens une aptitude innée à l’autodestruction, depuis le génocide probable des néanderthaliens (« les bons n’ont pas gagné »), en passant par la surchasse puis, pour sortir de la pénurie de gibier, l’invention de l’agriculture, source de la civilisation mondiale. Cette civilisation mondiale est, elle aussi, menacée de collapsus : nombreuses sont les voix avisées qui l’annoncent depuis la fin du 19e siècle. Pour l’auteur, « notre meilleure chance d’éviter le sort des sociétés passées, c’est que nous connaissons leur histoire. C’est maintenant notre dernière chance d’assurer l’avenir ». À condition de ne pas vivre dans l’espoir que la solution viendra d’elle-même... Michel Wilson
 
juin 2008
 
Altermondialiste, moi ?
nouvelle édition augmentée, Ritimo, Artisans du monde et Crid, 2008, 108 pages, 6 €
Dis, c’est quoi être altermondialiste ?
Savez-vous, qui sont les altermondialistes ? Connaissez-vous, leurs combats, leurs propositions ? Ce livre répond à toutes ces questions sur un ton bien trouvé : il faut informer, expliquer, mais surtout ne pas culpabiliser. Ici, pas de blabla, ni de long développement soporifique, bien au contraire, les textes sont concis, bien écrits, des propositions de pistes pour prolonger les réflexions sont proposées à chaque sujet traité (santé, faim, circulation, etc.) dans chacune des quatre parties, en commençant par " Comment va le monde ". Certes, la longue liste des plaies dont souffre le monde est toujours aussi insupportable, mais ce livre a au moins le mérite de donner quelques explications sur les mécanismes qui les provoquent. Bien entendu, le fonctionnement de nombreuses organisations internationales, comme la Banque mondiale, le FMI, l’Onu, est savamment critiqué, et c’était prévisible. Toutefois, les nombreux sujets sont abordés avec simplicité. Si vous ne vous sentez pas encore prêts pour manifester au prochain sommet du G8, ce guide donne aussi quelques conseils pour transformer ses comportements, et apporter son grain de sable pour changer le monde. Rien que ça ! Bien sûr, cette brochure réalisée par des organisations altermondialistes défend leur cause, mais c’est aussi un appel à la citoyenneté quand il montre que l’action, la mobilisation peuvent fonctionner, et surtout qu’il n’y a pas qu’une seule forme d’engagement. Cette brochure, réellement pédagogique, souhaite promouvoir une autre image de la mondialisation, plus humaine. Après sa lecture, on s’interroge : " un autre monde est-il possible ? ". Si vous ne pouvez pas répondre, vous aurez au moins lu qu’ils sont nombreux à y croire, et maintenant vous savez pourquoi. Sterenn Duigou
 
Recettes d’hier et d’ailleurs. Besançon et les cuisines du monde
CCAS de Besançon, Néo éditions, 112 pages, 20 ?, livret de cuisine en ligne sur www.migrations.besancon.fr
Envie de se lécher les babines ?
Qu’y a t-il de commun entre l’Oumek Houria et l’Adass Polo ? Tous deux sont des plats d’ici et d’ailleurs, à retrouver dans le livre de recettes colorées édité par le Centre communal d’action sociale de Besançon. Souhaitant valoriser la diversité culturelle et l’échange intergénérationnel sur son territoire, le CCAS a soutenu cette initiative originale comme une passerelle pour les promouvoir. C’est aussi une aventure humaine née, au départ, de la rencontre de femmes d’origines diverses dans les espaces solidaires. Grâce à Jocelyne Lotz-Choquart, cuisinière, ces créateurs de saveurs révèlent leur secret culinaire. L’histoire de ces recettes et de leurs origines rend le propos encore plus délicieux. Les non-cuisiniers apprécieront ces explications, les plus enhardis essaieront de les réaliser. À chaque page, ses saveurs, à chaque plat son " chef ". De la cuisine citoyenne ! S. D.
 
Le tourisme autrement
hors-série pratique d’Alternatives économiques, mars 2008, 9,50 €
Voyage, voyage…
Les Français aiment voyager. Mais, à l’heure de la crise pétrolière, du réchauffement climatique et du creusement des inégalités internationales, l’essor du tourisme pose de nombreuses questions économiques, sociales et environnementales. Des dilemmes auxquels la rédaction d’Alternatives économiques tente de répondre dans son dernier hors-série, en évitant le piège de la culpabilisation ! Car, comme les auteurs le rappellent " le développement du tourisme est aussi le fruit de l’émancipation du salariat ". Donc pas question de regretter la démocratisation du tourisme ! Néanmoins, pas question non plus de " bronzer idiot ". Aussi ce guide propose une analyse très fine des impacts du tourisme et, surtout, il recense et jauge les acteurs du " tourisme autrement " (tourisme rural, tourisme solidaire, tourisme social) en plein développement. Un seul bémol : l’insistance sur l’impact des déplacements en avion a un léger effet agaçant quand on aime que vacances puissent rimer avec bout du monde. Aline Chambras
 
Ne rien oublier en partant (2006, 40’) et Quartiers en devenir (2008, 26’)
Films de Corinne Marie, Vipère au poing productions, www.vipereaupoingproductions.fr
Émotion en barres
Deux films pour une même démarche, celle de faire parler les locataires d’immeubles condamnés à la démolition dans le cadre d’opérations de renouvellement urbain. " Opération ", " renouvellement " et " urbain ", voilà bien des mots que l’on n’entend guère dans la bouche des personnages filmés par Corinne Marie. Ils nous parlent de leurs souvenirs, liés à leur logement, à leur allée, à leur quartier ; ils nous parlent de leurs voisins, de leurs amis ; ils nous parlent un peu de l’Opac, qui les logent et les dé-logent " comme des pions sur un jeu d’échec " ; ils nous parlent de leur vie, filmée de manière minimaliste, assis sur leur canapé ou au pied de leur ex-tour. Quasiment tous sont choqués, attristés, nostalgiques quand ils évoquent la démolition, passée ou à venir de leur appartement. Et semblent apprécier d’être écoutés, que leur témoignages soient enregistrés, pris en considération… L’exercice, nécessaire, laisse pourtant le visionneur sur sa faim, et des questions restent sans réponse : l’omniprésence de l’émotionnel, voire du pathos, de la nostalgie n’est-elle pas un leurre, un biais dans lequel sont tombés filmés et réalisatrice ? Pourquoi les questions que posent les habitants, à l’Opac, à la mairie, sur la crise du logement ou la rénovation urbaine ne sont-elles pas posées aux acteurs concernés, avec plus de force, par le film ? Face à des habitants si unanimes pour encenser le passé, mais si impuissants à se sentir acteurs au présent, on aurait aimé que le projet – militant – de Corinne Marie se face plus pédagogue, voire s’engage dans une forme de médiation. Qu’il desserre le cadre. Nicolas Leblanc
 
mai 2008
 
Ingrid
Sergio Coronado, Fayard, 2008, 284 pages, 18 €
Hommage à Ingrid B.
Le livre de Sergio Coronado consacré à Ingrid Betancourt, devenue emblématique en France, est très documenté. Il retrace le parcours politique de cette femme engagée, cocktail de multiples rencontres et combats en Colombie et ailleurs dans le monde. Il montre la cohérence politique du projet de cette militante, que la lutte contre les corruptions a conduit à critiquer l’organisation sociale inégalitaire de son pays – les propriétaires et bon nombre de riches industriels étant mêlés aux responsables politiques libéraux, conservateurs ou paramilitaires. Puis l’auteur relie ces deux axes à l’écologie politique populaire (ce sont les mêmes qui sont corrompus et qui exploitent les populations et les ressources naturelles). Il décrit quatre qualités principales de l’action d’Ingrid Betancourt : son internationalisme, sa puissance de travail et sa pugnacité, son courage intellectuel et physique qui l’amènent, dans un pays qui concentre une très grande violence et 80 % des otages de la planète, à pourfendre la corruption et les petits arrangements entre amis et, enfin, son pragmatisme associé à une direction très politique de son mouvement. Le livre est très accessible. On y sourit en lisant le côté ridicule des Verts mexicains lors d’un rassemblement international. On y croise des personnages très attachants, notamment Eduardo Chavez, ancien militant du M19, Marelby Nubia, la comptable de la campagne présidentielle, Angelica Lozano ou Clara Rojas, qui, enlevée en même temps que sa candidate et amie, a été otage environ cinq ans. Mathieu Glaymann
 
Identités de l’individu contemporain
sous la direction de Claude Calame, Textuel, coll. La Discorde, 2008, 159 pages, 18€
Un individu en crise ?
Dans ce petit ouvrage coordonné par Claude Calame, édité avec le soutien du Conseil scientifique d’Attac, une dizaine de sociologues, d’anthropologues et de philosophes se penchent sur le statut de l’individualisme contemporain et ses rapports avec la démocratie et le capitalisme. Depuis l’avènement d’une société néolibérale où le profit est roi, l’individu-consommateur a-t-il définitivement relayé l’individu-citoyen du siècle des Lumières ? Quelles sont les brèches dans la conception hégémonique d’un " individu abstrait réduit à la seule liberté du commerce " ? Ce sujet complexe et très actuel est ici abordé d’un point de vue théorique. Certaines contributions sont ainsi denses et difficiles à appréhender pour des non spécialistes de la philosophie politique. Mais d’autres sont plus accessibles, comme celle d’Alain Caillé, qui remet en cause le lien entre consécration de l’individu et triomphe de la démocratie, et détecte dans la promotion de l’individualisme une forme de décomposition de la démocratie. En dépassant le stade de la critique, Albert Richez s’interroge sur les conditions de la métamorphose de l’" individu atomisé " en citoyen engagé. Le désintérêt apparent des citoyens pour la politique ne serait pas lié à leur retrait dans la sphère marchande mais " au fait qu’ils ne se sentent pas concernés par des enjeux qui les dépassent ". Les perspectives d’un nouvel engagement citoyen et politique résident ainsi dans le développement d’une démocratie plus participative. Héloïse Nez
 
Paroles sans papiers
ouvrage dirigé par Alfred et David Chauvel, Delcourt, 2007, 72 pages, 14,95€
Résistances animées
Parce que la chasse aux sans-papiers fait de plus en plus tristement la une de l’actualité, les éditions Delcourt ont demandé à neuf auteurs (dont Joann Sfar, Gipi, Kokor ou encore Lorenzo Mattotti) de mettre en bande dessinée neuf témoignages de sans-papiers. Chaque parcours ainsi retracé, que ce soit celui de Martine la Congolaise, de Serge l’Ivoirien, de Raissa la Tchétchène, de Joao le Brésilien ou de Brahim le Marocain, montre de manière
édifiante les conditions absurdes et inhumaines dans lesquelles sont plongés les immigrés clandestins, entre fuite, errance, misère, honte ou traque. Réalisée avec l’aide des associations Cimade et Migreurop, préfacée par Emmanuelle Béart, cette BD engagée propose également une " petite histoire récente des sans-papiers ", depuis les lois Pasqua de 1993 et l’occupation de l’église Saint-Bernard à Paris, en 1996. Aline Chambras
 
Les politiques de l’immigration en France et au Royaume-Uni, perspectives historiques et contemporaines
sous la direction de Lucienne Germain et Didier Lassalle, L’Harmattan, 2006, 217 pages, 19,5€
Histoire politique de l’immigration
Au cours du vingtième siècle, la question de l’immigration a souvent fait débat en France et au Royaume-Uni. Cet ouvrage collectif s’attache à analyser l’évolution des lois sur l’immigration et des statuts des migrants dans ces États. Avec clarté et précision, ce livre revient sur les contextes historiques et les atmosphères nationales dans lesquelles ces politiques d’immigration ont été mises en œuvre. L’introduction, d’ailleurs, présente une étude comparative de l’évolution législative dans les deux pays. L’analyse du processus de fermeture de Sangatte illustre, sans conteste, la coopération entre le Royaume-Uni et la France dans une commune volonté de contrôler les flux migratoires au-delà des frontières nationales, et pose la question des statuts des migrants, notamment autour de l’évolution du droit d’asile. Riche d’enseignements, ce livre, en analysant l’histoire, souligne simplement et intelligemment que l’immigration sans visage restera un sujet de débat, qui se réglera de plus en plus sur la scène européenne. Sterenn Duigou
 
Avril 2008
 
Le nouvel esprit de la démocratie
Loïc Blondiaux, Le Seuil, La République des idées, 2008, 112 pages 10,5 €
Plaidoyer pour la démocratie participative
L’objet du livre est l’étude des dispositifs qui visent à institutionnaliser la participation des citoyens. Dans cet ouvrage, tout en affirmant qu’une meilleure participation des citoyens à la chose publique vaut la peine, l’auteur fait le constat de nombreuses difficultés dans sa mise en œuvre. L’ouvrage est porté par deux ambitions, d’abord descriptive, puis politique et critique. On y trouve notamment les explications du retour du courant d’idées pour une participation citoyenne à la politique, un inventaire des dispositifs existants, en France et à l’étranger. L’auteur s’interroge ensuite sur la nature des changements que l’on en attend. Il pose les limites, les contradictions, parfois même le retournement de la démocratie participative contre les objectifs dont elle se réclame. En présentant les effet politiques de la diffusion de ce " nouvel esprit " de la démocratie, ses résultats et finalités, en montrant des logiques de maintien des structures de domination politique traditionnelles d’une part, et en donnant d’autres exemples qui sont des motifs d’espérance, dans la transformation des démocraties représentatives existantes, Loïc Blondiaux propose un ouvrage accessible et éclairant. Un travail de clarification qui manquait à ce jour, à conseiller à tous ceux, citoyens, techniciens et élus, qui cherchent de nouvelles voies de transformation démocratique pour une société plus égalitaire. Blanche Caussanel
 
Dico Sarko
Charb, éditions 12 bis, 2008, 80 pages, 10,5 €
Jeux de mots
Caustique et cruel, le dictionnaire concocté par le dessinateur Charb a l’immense mérite de rappeler que les mots ont un sens. Sens que Nicolas Sarkozy, comme les grands médias, semblent prendre un malin plaisir à déformer. Ainsi, comme s’en délecte Charb, le suicide est aujourd’hui " le moyen par lequel un employé sabote l’image de son entreprise ", partager consiste à " renoncer à avoir tout et accepter la dictature communiste ", la souffrance naît du fait que " la peinture de (son) 4x4 a été rayée " et un discours est un " texte écrit par un autre, qu’un homme politique, qui ne le comprend pas, lit à des gens qui s’en foutent ". En montrant par l’excès combien ces mots sont aujourd’hui détournés de leur sens, quand ils n’en sont pas vidés (comme c’est le cas du mot réforme), Charb dresse un tableau désopilant de notre langage et par-là de notre pensée… Drôle et inquiétant ! Aline Chambras
 
Altermondes "Seine- Saint-Denis, arrêt sur images"
hors-série n°4, hiver 2007, 51 pages 5 €
Le 9.3. à l’honneur
Parce que le journaliste est avant tout " un passeur d’informations " et non " un faiseur d’actualités ", la jeune et fraîche revue trimestrielle de solidarité internationale, Altermondes, a choisi de consacrer son dernier hors-série au département de la Seine-Saint-Denis, le bien connu " 9.3. " Histoire de rappeler que, contrairement à ce que les tenants de la mode du sensationnalisme voudraient nous faire croire, les banlieues ne sont pas ces zones " informes " où de jeunes encagoulés passent leur temps à incendier les voitures de leurs voisins. Ainsi, ce sont douze jeunes Séquano-Dionysiens en personne qui, aidés par des journalistes professionnels, écrivent sur leur département, via des angles d’approches, tels que l’écologie, l’ethnopsychiatrie, la citoyenneté ou la santé. Bref, bien loin des clichés habituels sur les trafics, la délinquance ou la montée des intégrismes, ce département, qui fête cette année ses quarante ans d’existence administrative – le 93 est en effet né en 1968 – acquiert un nouveau visage, humain et complexe. Un vrai visage finalement, et non un masque figé par les préjugés. Illustré par de très belles photographies de Camille Millerand, ce hors-série donne enfin la part belle à un département encore bien trop souvent mis au ban… A. C.
 
Sommes nous des paresseux ? ... Et 30 autres questions sur la France et les Français
Guillaume Duval, Le Seuil, 2008, 225 pages, 15 €
Réponse à tout
La première qualité de ce livre est sans conteste son extrême clarté. À travers trente questions qui font bien souvent le lit des préjugés et des conversations de bistrot, Guillaume Duval, rédacteur en chef à Alternatives économiques, nous livre un traité de pédagogies économique, démographique, sociologique et politique de première importance. Non pas qu’il prétende au prix Nobel d’économie avec ce nouvel ouvrage, mais il nous livre là 225 pages utiles comme un livre de recettes de cuisine de famille, l’annuaire de La Poste ou le guide du jardinage biologique. Car chacune des questions qu’il décortique et auxquelles il apporte des réponses franches et argumentées peut ressortir à tout moment dans une conversation entre amis, collègues, connaissances : " Les Français sont-ils des paresseux ? ", bien sûr, mais aussi " L’école réduit-elle les inégalités ? ", " Y a-t-il trop d’immigrés en France ? ", " Pourquoi est-il si difficile de se loger ? ", " Les Français paient-ils trop d’impôts ? ", " Pourquoi l’État français n’est-il pas plus efficace ? " ou encore " Est-ce la faute de Bruxelles si la France va mal ? "… Foin des fantasmes et autres approximations, Guillaume Duval nous donne les chiffres, les explications des chiffres et le dessous des explications des chiffres ; il y ajoute les comparaisons internationales et les évolutions dans le temps. Bref, tout le panel des bonnes réponses pour tordre le coup à la pensée unique, libérale, chauvine, ou simplement ignorante. Un régal. Nicolas Leblanc
 
Mars 2008
 
Décentraliser d'accord, démocratiser d'abord, le gouvernement local en question
Marion Paoletti, La Découverte, collection Sur le vif, 2007, 154 pages, 12€
Oser la participation
Le livre de Marion Paoletti est salutaire, à plusieurs titres : dans cette période d'élections municipales, de rapports divers et variés sur la nécessaire et sempiternelle question de la réforme de nos institutions représentatives, il rappelle comment et pourquoi s'est constitué au cours de notre Ve République ce " mille-feuille " de collectivités territoriales, avec des compétences croisées, enchevêtrées et dans lequel le citoyen a peu de place... Il démontre avec une conviction dans laquelle l'Adels se reconnaîtra, comment l'architecture de la décentralisation telle qu'elle se construit depuis maintenant presque trente ans est le résultat de compromis bancals entre divers corporatismes d'élus : entre les niveaux historiques que sont la commune, le département, l'État-nation et les niveaux plus récents constitués par l'agglomération, la région et l'Europe, aucun choix stratégique n'a été fait par nos représentants parlementaires. Ajoutée à cela, l'incapacité à favoriser la discussion et la décision collectives au sein des assemblées élues, le constat est accablant pour le citoyen et la réelle possibilité qui lui est donnée par les textes de peser sur la décision publique. Marion Paoletti reprend les propositions chères à la convention pour la VIe République : non-cumul des mandats, séparation des pouvoirs exécutif et délibératif au sein du pouvoir municipal, élection au suffrage universel des élus intercommunaux, etc., pour exprimer à quel point la mise en œuvre d'une démocratie participative doit reposer sur un système représentatif renouvelé dans sa conception et sa culture pour tendre vers ce qu'elle appelle " un idéal délibératif ". Pour montrer que c'est possible, que les élus " n'ont rien à perdre à une participation crédible des populations, articulée aux décisions finales ", elle donne des pistes : réforme constitutionnelle mais aussi instauration de règles participatives débattues et fixées collectivement en début de mandat... Gageons que les nouvelles équipes en place se saisiront de ces propositions pour, à leur niveau, faire évoluer encore davantage leurs pratiques et réclamer en même temps la démocratisation de nos institutions locales. Céline Braillon
 
Cultures et pratiques participatives : perspectives comparatives
sous la direction de Catherine Neveu, L’Harmattan, Logiques politiques, 2007, 396 pages, 32€
Diversité des cultures participatives
Cet ouvrage collectif coordonné par Catherine Neveu illustre particulièrement bien la polysémie de la notion de démocratie participative et la diversité des expériences qui se sont multipliées ces dernières années dans des contextes très variés. La succession d’analyses de dispositifs participatifs au Mali et en République Tchèque, dans une île du Pacifique Sud et au Kirghizstan, en Amérique latine et en Europe, par des anthropologues et des politistes, dresse un tableau comparatif des pratiques et des cultures participatives, et des manières de les observer. Une pluralité de conditions sociales et culturelles explique ainsi l’émergence de nouveaux modes d’action politique.
Si certaines expériences nous sont déjà familières, on découvre avec curiosité la spécificité des modes de prise de parole en public dans les cultures polynésiennes ou le rôle joué par les ONG internationales dans la transformation des rapports de pouvoir dans la société kirghize. L’intérêt de cet ouvrage, qui nous invite à dépasser une vision ethnocentrique de la participation, réside également dans son approche généalogique. L’analyse des trajectoires historiques des dispositifs participatifs, pointant des éléments de continuité avec des techniques de prise de décision politique expérimentées dans le passé, montre que la diversité des modalités de participation provient des nécessaires adaptations aux contextes, aux traditions et aux représentations politiques. Héloïse Nez
 
La République et ses territoires, la circulation invisible des richesses
Laurent Davezies, Le Seuil, La République des idées, 2008, 96 pages, 10,50€
Divorce consommé
Dans son dernier ouvrage, Laurent Davezies, professeur de développement territorial à l’université Paris 12 Val-de-Marne, déconstruit certaines idées reçues en matière d’économie et de géographie, en démontrant scientifiquement que, de nos jours, c’est paradoxalement dans les régions les plus riches que la pauvreté augmente le plus. En d’autres termes, les territoires où sont concentrées le plus de forces productives et où la croissance économique semble la plus forte ne sont pourtant pas ceux qui connaissent le plus grand bien-être social. Une nouveauté inhérente à la mondialisation qui contredit bon nombre de discours faisant de la croissance à tout crin le garant du développement. A. C.
 
Pour un nouvel urbanisme, la ville au cœur du développement durable
Denis Clerc, Claude Chalon, Gérard Magnin et Hervé Vouillot, Coédition Adels et Yves Michel, 2008, 160 pages, 15€
C'est beau une ville durable
Connaissez-vous le point commun entre la barre HLM de Corviale (un kilomètre de long) à Rome, et la ligne Maginot ? Vous l’apprendrez à la lecture de cet essai écrit à huit mains, mutualisant l’économie, l’urbanisme, l’écologie pour porter un regard simple et direct sur la ville de demain. Les auteurs déconstruisent quelques idées reçues. Ils nous apprennent à porter un regard critique sur les choix urbains d’hier et d’aujourd’hui. L’extension de l’urbain par la périphérie est une erreur fondamentale parce qu’elle signifie débauche d’énergie, accroissement de la pollution, perte de qualité de vie, marquage social. Ou encore sur les constructions collectives : voit-on qu’elles économisent de l’espace qui devient disponible pour créer des commerces, des services, des jardins publics ? Le développement durable est une clé pour entrer dans un urbanisme radicalement différent : il oblige à une vision globale qui déconcerte pendant un temps : au milieu de l’ouvrage, on se dit " c’est foutu, on n’y arrivera jamais ". Mais la pédagogie patiente et pragmatique des auteurs ouvre un chemin qui conduit vers l’urbanisme zéro énergie, socialement acceptable. Ce que nombre de citoyens et d’élus considèrent encore comme des injonctions idéologiques abstraites s’érige ici, concrètement, en projet de ville soutenable. F. H.
Pour en savoir plus sur cet ouvrage
 
février 2008
 
Changer la vie ? Les classes moyennes et l’héritage de mai 68
Marie-Hélène Bacqué et Stéphanie Vermeersch, éditions de l’Atelier, octobre 2007, 176 pages, 18 €
Moyennes couches
" Il faut liquider l’héritage de Mai 68 " : cette saillie de l’actuel chef de l’État alors en campagne, inscrite dans une idéologie de l’autorité, n’est que la pointe émergée de la complainte conservatrice entendue sur un large spectre du champ politique et intellectuel. L’intérêt de cet ouvrage est d’entrer dans ce débat par le prisme des classes moyennes. Considérées comme audacieuses (des aventuriers du quotidien) et porteuses d’innovation sociale en mai 68 et dans les années 70 (le pari de changer la vie pour changer la société), les classes moyennes ascendantes de l’époque sont aujourd’hui plutôt décrites dans un vocabulaire " décliniste " : déstabilisées ou à la dérive, en voie de paupérisation, repliées sur elles-mêmes ou sécessionnistes, la génération des baby boomers contre celle des baby loosers, etc. Un vocabulaire inapte, disent nos auteurs, pour décrire la réalité de ces couches moyennes et leurs modes d’identification et de construction. C’est à travers une recherche sur un habitat autogéré de dix-sept logements de la région angevine (Habitat différent) que l’ouvrage donne un éclairage sur " l’état des rêves " de ces couches moyennes. Comment ce groupe, porteur d’une utopie collective, a-t-il évolué face à l’individualisation des comportements et des valeurs ? ; que lit-on à travers ce groupe de l’évolution des modes d’engagement ?
Les réponses sortent notre débat du simplisme et de la caricature et font apparaître des couches moyennes aujourd’hui très segmentées. Après une première partie très ramassée consacrée à la métamorphose des classes moyennes de 1968 à 2000, l’ouvrage décrit la construction du collectif dans le milieu des années 70, les pratiques et représentations qui y sont partagées. Le projet angevin se construit dans un contexte local d’alternance politique (la gauche y arrive au pouvoir en 1977) et d’effervescence de groupes alternatifs issus de la gauche contestataire et anti-étatiste qui installent à Angers toute une série de pratiques nouvelles : librairies, radios, coopératives… Le collectif sera soutenu sans excès par la toute nouvelle municipalité d’Angers. On croise au long de l’ouvrage, dans une ville marquée par une forte empreinte catholique et par l’autogestion, les figures de mouvements d’éducation populaire, de la future confédération paysanne, de la CFDT… Nos lecteurs cinquantenaires y retrouveront trace d’un vocabulaire, d’élans qu’ils ont pu connaître. Les plus jeunes découvriront pourquoi certains de leurs aînés sont nostalgiques. Tous nourriront leur propre réflexion sur la liquidation supposée impérative de mai 1968 à partir de l’itinéraire d’un groupe d’expérimentateurs qui est interrogé et s’interroge sur sa dépolitisation. Mais des expérimentateurs qui auront aussi largement influencé les politiques publiques. Une très utile bulle d’air dans une époque un peu plombée. Jacques Picard
 
Huit villes à découvrir en Île-de-France. Plaine Commune (Saint-Denis, Villetaneuse, Stains, Aubervilliers, La Courneuve, L’Île-Saint-Denis, Épinay-sur-Seine, Pierrefitte-sur-Seine)
Jacques Grossard, vendredi treize éditions, collection Urban’s guide, 2007, 96 pages, 9,9 €
Saint-Denis, contre image
Un week-end dans le Luberon ? Un saut à Cancale ? Trois jours à Bruxelles ? Le francilien cherche souvent une destination à ses heures perdues que l’on nomme encore vacances. Nous nous représentons souvent nos flâneries dans le cœur des grandes villes européennes, sur le littoral ou encore dans les bucoliques campagnes. Et pourtant, Jacques Grossard, passionné par son territoire, guide intarissable et plein d’esprit, nous emmène pour une balade attachante là où on ne s’y attendait pas. On navigue avec lui entre Thiers, le périph et Charles VII, les choux des maraîchers, les perdrix et le métro, Max et les ferrailleurs, Jean de Florette et Hélène et les garçons, Grand corps malade, Marie la boyaudière et Christofle, ou encore Paul Éluard, Francisque Poulbot ou Didier Daeninckx. Bref, il nous fait visiter Plaine Commune, cette agglomération autour de Saint-Denis qui, non, ne rassemble pas que le Stade de France, la Basilique de Saint-Denis et des HLM à perte de vue. L’ouvrage présente au contraire un équilibre parfait entre valorisation de l’histoire du territoire, nostalgie du passé ouvrier, et vraie découverte de trésors contemporains. Cent pages à la contre image des préjugés qui collent à cette banlieue ; cent pages qui donnent sérieusement envie d’aller y passer un week-end. Une gageure ! N. L.
 
Paysans, un tour de France de l’agriculture durable
Frédéric Gana et Tifenn Hervouët, éditions Transboréal, 2007, 128 pages, 20 € www.transboreal.fr
Éloge de la paysannerie
En France, une exploitation agricole disparaît tous les quarts d’heure. Et avec elle des savoir-faire, des rites, des gestes, des saveurs, des odeurs. Pour rendre hommage à ces artisans de la terre menacés par les industriels de l’agro-alimentaire, Frédéric Gana, gourmet et photographe et Tifenn Hervouët, comédienne et gastronome, ont sillonné, de mars à septembre 2005, la France des maraîchers, des céréaliers, des fromagers, des vignerons, des boulangers, allant à la rencontrede tous ceux pour qui la terre nourricière est restée sacrée. Agrémenté de superbes photos, ce livre donne à voir une France paysanne que l’on aurait pu croire disparue. Mais qui résiste. Qui plus est, avec le sourire. À la fin de ce périple, Tifenn Hervouët et Frédéric Gana, jusque-là citadins, se sont établis sous une yourte en Corrèze, chez une des paysannes qu’ils ont rencontrées. A. C.
 
Prendre place dans la cité : jeunes et politiques municipales
Véronique Bordes, L’Harmattan - Injep, collection Débats jeunesses, décembre 2007, 253 pages, 19 €
Place des jeunes dans la cité et institution locale
Les ouvrages traitant de la jeunesse des périphéries urbaines sont peu centrés sur les pratiques des professionnels. C’est tout le mérite de cet ouvrage écrit par Véronique Bordes, docteure en sciences de l’éducation et chargée de recherches à l’université Paris X Nanterre, que de nous emmener au cœur d’un service municipal de la Jeunesse, celui de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Pendant près de trois ans, la chercheuse, qui avait animé pour l’Adels le séminaire national de formation sur les politiques locales de la Jeunesse, a effectué une observation socio-ethnographique du rapport entre professionnels et " usagers " du service jeunesse, posant comme hypothèse que les rapports entre jeunesse et institutions locales sont au cœur de la construction de la cité de demain. Ce livre, et c’est sa force, est donc un témoignage sur le quotidien d’un service jeunesse dans une ville de banlieue. Il montre le positionnement des jeunes dans ce service à travers leurs usages, leurs revendications, et leur intervention dans leur recherche d’une place sociale mieux reconnue. Comment cette jeunesse peut-elle prendre la parole et s’inscrire comme acteurs dans l’espace social de la commune ? La politique locale de la jeunesse d’un territoire naît, et surtout évolue grâce à des interactions qui existent entre les jeunes et l’institution municipale. Véronique Bordes nous décrit le quotidien de ces interactions et présente le conflit comme un mal nécessaire, une étape à franchir pour que la jeunesse rencontre l’institution. Nombre de professionnels y trouveront des mots posés sur leurs difficultés, leurs espoirs et leurs pratiques toujours fragiles. Ils trouveront des réflexions sur le rôle de " police des jeunes " qui leur est officieusement attribué. Un ouvrage qui se situe dans la conception d’une politique locale où la jeunesse est considérée comme une ressource. J. P.
 
janvier 2008
 
Le temps des HLM 1945-1975, La saga urbaine des Trente Glorieuses
Thibault Tellier, Autrement, collection Mémoires / culture, 2007, 224 pages, 20€
Le miroir aux HLM
Quelles conséquences les grands ensembles, HLM, Zup et autres constructions qu’on ne sait pas toujours désigner, ont-elles eu sur l’évolution sociale et
culturelle de la période 1945-1975 ? En croisant l’histoire urbaine avec les champs culturels et sociaux, Thibault Tellier, spécialiste de l’histoire urbaine, contribue à combler les lacunes concernant cette époque en mettant en évidence l’influence de ces constructions sur la société actuelle. L’étude historique remet très vite en cause le discours qui consiste à dire " c’était le bonheur, les gens étaient heureux d’avoir un logement neuf et propre avec l’eau courante et le chauffage central "...
En effet, il apparaît que les problèmes d’isolement dus à la mobilité ont rapidement eu des conséquences sur la qualité de vie de ces quartiers. D’autre part, le rêve de la maison individuelle et sa représentation d’une ascension sociale était déjà très présent dans les esprits et a vite réduit les grands ensembles à une étape dans le parcours résidentiel des habitants. Le sentiment de relégation est apparu très tôt ; les exemples tirés des enquêtes d’opinion réalisées dès 1960 montrent que les HLM ont été rapidement décriées par leurs habitants. De plus, les médias ont diffusé une image très négative et ont largement influencé l’opinion de la population française de l’époque. Il est intéressant et rare de mettre en avant ces constats qui sont, la plupart du temps, attribués à la seule époque contemporaine.
À l’heure où la restructuration des grands ensembles est un des thèmes majeurs de l’actualité urbaine, ce livre permet d’aborder la question en tenant compte de la forme certes, mais aussi du fond. En effet, en revenant sur l’impact qu’ont eu les grands ensembles dès leur origine sur la société, l’auteur donne une importance justifiée à cette forme urbaine dans l’histoire de la société contemporaine. En la prenant en compte, il remet en cause l’idée, souvent avancée, du caractère pathologique de ces constructions qui justifie bien des démolitions, leur prêtant plutôt la qualité d’avoir contribué à la mise en place de la politique de la ville et à la prise de conscience de nouveaux modes de vie. Charlotte Lurat
 
L’État et les quartiers. Genèse d’une catégorie de l’action publique
Sylvie Tissot, éditions du Seuil, collection Liber, 2007, 300 pages, 22€
Un autre regard sur les banlieues
À travers une enquête sociologique menée auprès des " réformateurs " de
la politique de la ville, à Montreuil notamment, Sylvie Tissot tord le cou à l’idée communément admise selon laquelle l’action publique centrée sur les " quartiers sensibles " s’expliquerait uniquement par l’urgence et la gravité des problèmes que connaissent ces territoires. En retraçant la genèse de la catégorie de " quartier sensible ", de 1985 à 1995, la sociologue montre que son apparition, puis son institutionnalisation, n’est pas le simple reflet d’une situation " objective ", mais résulte de choix politiques : " Ce qui est nouveau, ce n’est pas tant le "problème des banlieues" en soi que la manière de comprendre les problèmes sociaux constituée à partir de l’objet "banlieue". " Cette nouvelle manière de penser et de traiter les " problèmes sociaux ", à partir de la situation de territoires spécifiques, est à l’origine d’une redéfinition des politiques sociales. L’interprétation de la " question sociale " en termes de conflits de classes et de rapports de domination laisse place au paradigme de l’" exclusion ". En résultent de nouvelles formes d’intervention sociale, réduites au traitement local et individuel du " délitement du lien social ". Sylvie Tissot porte ici un regard critique sur la réforme des quartiers qui, en dépolitisant la " question sociale ", a construit un cadre d’analyse dont s’emparent aujourd’hui les partisans de l’approche sécuritaire dans les banlieues. Héloïse Nez
 
Un petit tour chez les Français
Raphaël Krafft, Bleu autour, 2007, 258 pages, 17 €
La petite reine de la présidentielle
Pour Raphaël Krafft, journaliste à Radio France, la dernière campagne présidentielle aura servi de prétexte pour sillonner la France à vélo. En s'invitant chez des gens ordinnaire, dont la parole n’est pas souvent sollicitée, le jeune homme rencontre Jacky à Saint-Dizier, puis un facteur du Limousin qui n'a pas la même appréciation du service public que sa hiérarchie. Il passe ensuite à Saint-Pierre-de-Colombier, en Ardèche, pour comprendre pourquoi Philippe de Villiers a recueilli 25 % des voix au premier tour et se retrouve au Puy-en-Velay, au côté de partisans de Ségolène, le 6 mai... Il raconte l'accueil reçu, les discussions, ses impressions, livre ses hypothèses sur l'influence du climat, de la géographie et de l'histoire sur le caractère des peuples... Une autre manière de regarder la France et ses habitants, d’appréhender le réel, de (re)faire du journalisme. Pauline Bureau
 
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decembre 2007
 
Cinq siècles de pensée française
Hors-série spécial n°6 de la revue Sciences Humaines, octobre - novembre 2007,
116 pages, 7,90 €
Cinq siècles de machisme français
Lorsque j’ai reçu, il y a quelques jours, un courriel racoleur vantant les mérites du dernier numéro spécial de la revue Sciences humaines intitulé " Cinq siècles de pensée française ", j’ai cherché à en savoir plus. C’est alors que je suis tombée de haut : un édifiant sommaire proposait pas moins de cinquante " penseurs " : quarante-neuf hommes et… Simone de Beauvoir. Révoltée par un tel sexisme ordinaire (il ne serait pas étonnant que le comité de rédaction ne se soit même pas rendu compte d’une telle absence), j’ai décidé de boycotter ce numéro. D’où la présente fiche de " non-lecture " de ce numéro spécial, que je vous invite à ne pas lire avec moi. Mais au préalable, une question me plonge dans un abîme de méditation : pourquoi l’auteure du Deuxième sexe a-t-elle échappé à cette éviction généralisée ? D’où cette interrogation qui me poursuit : Simone est-elle un homme ? Certes, Jean-Paul Sartre, dans ses Carnets de la drôle de guerre se demandait, en 1939, si " sa peur nauséeuse " de l’amitié masculine ne traduisait pas " une pédérastie larvée et barrée " ?… N’était-ce pas là l’explication subliminale à ce qualificatif dont il affublait Simone dans leur correspondance : force est de reconnaître qu’il n’y pas de féminin à " mon cher Castor… ".
De là, toutes sortes d’autres interrogations ont afflué en moi. Faut-il aussi masculiniser Olympe de Gouges et sa " Déclaration des droits de la femme ", dont elle a payé de sa vie cette parole sensée : " Puisque les hommes et les femmes sont égaux devant la guillotine, il n’y a aucune raison qu’ils ne soient pas égaux devant le droit de vote… " Raccourcie pour ces belles paroles, j’ai l’impression que l’oubli de son importance dans la Révolution la guillotine une seconde fois. George Sand avait pris, certes, un prénom d’homme et portait culotte, mais ses lettres d’amour à Musset ne semblent guère être équivoques quant à sa féminité. Elle aurait mérité d’être citée, si la naissance du féminisme faisait partie de l’" invention des sciences de l’Homme ", mais ici, visiblement, c’est avec un petit " h ". Au 19e et 20e siècles, pas la moindre femme politique (pardon Louise Michel), ni de philosophe (pardon Simone Weil)… ? Quant aux historiennes, je crois qu’on ne peut qu’être d’accord avec l’ouvrage de Michelle Perrot, cette grande chercheuse qui a écrit un ouvrage sur Les Femmes ou les silences de l’Histoire, déclarant " entre fugacité des traces et océan de l’oubli, ils sont étroits les chemins de la mémoire des femmes… " Il est bien regrettable que Sciences Humaines reproduise des archétypes sans faire l’effort de s’affranchir des visions classiques habituelles. J’attends vite un numéro " réparateur ", qui ferait la place à une pensée féminine et me réconcilierait avec cette parution. Jacqueline Lorthiois
 
Qui a peur du postcolonial ? Dénis et controverses
revue Mouvements, septembre-octobre 2007, 176 pages, 15€
Le regard " post colonial " dérange encore
Issue de quelques historiens et sociologues dans les années 80, l’approche " post-coloniale " recherche l’empreinte des rapports de force coloniaux sur les rapports sociaux actuels, et propose de réfléchir à la continuité des structures mentales et des imaginaires associés à la domination coloniale. Mais pourquoi, en 2007, le regard post-colonial dérange-t-il encore ? C’est à cette question que la revue Mouvements consacre son dossier de septembre-octobre 2007, qui sort à point : deux ans après l’ouvrage emblématique de Nicolas Bancel et Pascal Blanchard, La fracture coloniale (Territoires de mars 2006) et près de trente ans (1978) après la publication de l’ouvrage fondateur d’Edouard Saïd, L’Orientalisme, qui déconstruisait les représentations occidentales de l’autre, ouvrant la voie aux études anglo-saxonnes sur ce thème. À point aussi deux ans après la violente polémique suscitée par l’Appel " Nous sommes les indigènes de la République ", dans un contexte de remontée conflictuelle des mémoires et de production de lois de mémoire (loi Taubira en 2001, journée de l’esclavage en 2006). À point encore alors que la polémique engagée par la loi du 4 février 2005 sur les rapatriés, demandant d’enseigner les aspects positifs de la colonisation, est loin d’être éteinte. À point, enfin, après le discours incroyablement stéréotypé du président de la République à Dakar, sur une Afrique se mettant d’elle-même en marge de l’histoire ! L’occasion d’interroger le modèle républicain français qui, dans ses énonciations les plus rigides et dogmatiques, tend à occulter les rapports de domination en décourageant un traitement sérieux du problème des discriminations. Jacques Picard
 
Émeutes en banlieue, lectures d’un événement
revue Espaces et société n° 128-129, éditions Érès, 265 pages, 28 €
De Clichy à Villiers-le-Bel
Les rapports économiques modèlent l’espace en autant de parcelles qui reflètent les tensions et les contradictions culturelles de la société. En leur sein, et entre ces territoires, les rapports sociaux s’expriment comme un retour sur investissement, et ces retours sont parfois des retours de flamme. Vouloir réguler le conflit par la seule intervention sur l’espace, à l’instar de la rénovation urbaine, c’est poser un pansement sur une jambe de bois. Investir dans le développement social des quartiers ? Un leurre qui, seul, pérennise la stigmatisation des populations visées. Aucune de ces mesures ne peut réduire à elle seule les fractures à l’œuvre. Les événements de l’hiver 2005 sont un signe : la société est une réalité toujours mouvante. Pour comprendre l’histoire qui se joue, le regard scientifique, distancié, est nécessaire, autant que le travail de la société sur elle-même " en termes d’insertions sociale et professionnelle, de participation à la vie politique ". Ni seulement sociale, ni seulement urbaine, la voie est dans la démocratie participative, pensée comme levier de changement politique. Telle est la leçon de cet ouvrage dont le dossier central (et quelques contributions hors dossier) propose une lecture des émeutes en banlieue par différentes portes d’entrée : science politique, travail social, sociologie, histoire, anthropologie. Des témoignages et deux récits venant d’Allemagne et d’Angleterre éclairent le débat. François Hannoyer
 
Huis clos pour un quartier
de Serge Steyer, Mille et une Films, DVD de 52 minutes, 18 € pour les particuliers. Institutions, se renseigner : 02 23 44 03 59
Contre la marée pavillonnaire
Comment poussent les champs de maisons ? Par lâcheté. Voilà ce que nous démontre en 52 minutes, et avec beaucoup de bonheur, le film de Serge Steyer, Huis clos pour un quartier. À Auray, petite ville de Bretagne, il y a justement une colline qui est vouée à se couvrir de pavillons et de " petits collectifs ", comme on en voit partout ailleurs. Une forme naturelle, habituelle, logique, incontournable, indiscutable : du pavillon standard en milieu de parcelle, des flots de places de parking de chaque côté d’artères rectilignes comme des cartes bleues de promoteur, des espaces publics inexistants, des zones délimitées pour le social, l’accession, et le standing. Un, deux, trois, signez là messieurs les élus, l’affaire est faite. Cela arrive tous les jours, et Serge Steyer nous rappelle d’ailleurs que, tous les cinq ans, un million de maisons individuelles sortent de terre en France. Exceptionnellement pour le meilleur, massivement pour le pire. Sauf que, cette fois-ci, deux jeunes urbanistes vont batailler, avec les élus, les promoteurs, et un architecte particulièrement obtus, méprisant et borné, pour imposer une autre vision de la péri-urbanité. Pour créer un nouveau morceau de ville, où il ferait bon vivre et où l’urbanisme se mettrait véritablement au service d’un développement durable. Si le reportage ne cache rien des limites et des contraintes de l’engagement des acteurs dans cette aventure, il nous fait toucher du doigt ce que écologie urbaine et politique d’urbanisme peut vouloir dire. Un excellent film pour une soirée - débat sur le sujet ! Nicolas Leblanc
 
Imaginaires de l’eau, imaginaire du monde, dix regards sur l’eau et sa symbolique dans les sociétés humaines
ouvrage coordonné par Hana Aubry, La Dispute, 2007, 250 pages, 6,10 €
Histoires d’eau
Autrefois sacralisée, respectée, crainte, bénie, qu’est devenue l’eau dans nos imaginaires contemporains ? Un élément banal, souterrain, quotidien, qui nous parvient, quand bon nous semble, au gré du robinet… Pourtant, l’eau reste aussi cette ressource multiforme et vitale, autour de laquelle chaque société se construit et s’organise. Aussi les auteurs de cet ouvrage collectif cherchent-ils à rendre à l’eau sa dimension symbolique, en retraçant l’histoire de celle sans qui l’humanité n’aurait pu exister. Entre mythes et histoires, les auteurs savent également ancrer ce court essai dans l’actualité, en gardant toujours en vue qu’une gestion raisonnée et solidaire de l’eau est indispensable à la préservation de ce bien commun mondial. À lire sans modération. Aline Chambras
 
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novembre 2007
 
Où est passée la gauche ?
revue Mouvements, La Découverte, n° 50, juin-août 2007, 183 pages, 15€
Les droites au pouvoir
revue Manière de voir, Le Monde Diplomatique, n° 95, octobre-novembre 2007, 98 pages, 7€
Une droite décomplexée, une gauche naufragée ?
" La droite a gagné triomphalement en étant de droite, la gauche a perdu spectaculairement en n’étant plus clairement de gauche ". Dans un dossier coordonné par Marie-Hélène Bacqué, Jean-Paul Gaudillière et Hugues Jallon, la revue Mouvements revient sur la troisième défaite consécutive du Parti Socialiste à la présidentielle. Pourquoi la gauche a-t-elle fait, toutes tendances confondues, son plus mauvais score au premier tour depuis trois décennies ? La crise de la gauche française, dont les trajectoires de mouvements et de partis sont ici analysées pour la décennie 1997-2007, réside notamment dans la perte progressive de ses liens avec les catégories populaires.
Le numéro de Manière de voir sur " Les droites au pouvoir ", coordonné par Serge Halimi, rappelle que cette crise de la gauche n’est pas une spécificité française. La sélection d’articles parus dans Le Monde diplomatique depuis trente ans, dans une perspective internationale, révèle les dessous de la " contre-révolution conservatrice " lancée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher dans les années quatre-vingts. La reconquête du pouvoir par la droite, restée sur la défensive pendant les " Trente Glorieuses ", fut méthodique : " Une grève, ça se brise ; la "mondialisation", ça s’organise ; l’individualisme, ça s’encourage. " S’inscrivant dans cette " ère des restaurations ", l’élection de Nicolas Sarkozy a ainsi permis à la droite française de réaffirmer son identité et ses valeurs.
Ce retour de la droite n’a pas toujours fait bon ménage avec la démocratie, comme en témoigne l’article de Claude Julien datant de 1976, à propos d’une étude réalisée par un groupe d’experts conservateurs de la " commission trilatérale " sur la crise de la démocratie. Ces derniers estimaient que la démocratie est " ingouvernable " dès lors que chaque groupe social souhaite devenir aussi actif que la bourgeoisie : " Le fonctionnement effectif du système politique démocratique requiert habituellement une certaine mesure d’apathie et de non-participation de la part de quelques individus et groupes. "
On peut voir dans cette crainte d’un " excès de démocratie ", comme dans les réactions suscitées en France par les " jurys citoyens " de Ségolène Royal, un symptôme d’une " haine de la démocratie " persistante chez les élites politiques et intellectuelles. C’est ce que constate Loïc Blondiaux, dans un article intitulé " La démocratie participative sous conditions et malgré tout : un plaidoyer paradoxal en faveur de l’innovation démocratique ". Au terme d’un exposé clair et synthétique, le politiste estime que " si la suspicion est légitime et les raisons de se méfier innombrables, la gauche aurait tort de ne pas chercher dans cette direction aussi, en parallèle avec une réflexion plus classique sur la réforme des institutions, les leviers d’une transformation de nos pratiques politiques. "
Le dossier de Mouvements propose ainsi des pistes pour sortir la gauche française de son rôle " d’éternelle vaincue ". À commencer par une alliance entre ses diverses composantes : " Puisqu’il faut co-exister avec le PS, la gauche radicale serait bien inspirée de dépasser le Congrès de Tours et la période de la guerre froide et de développer une pratique gestionnaire là où les conditions en sont réunies, à commencer par le niveau local. " Cet appel fait écho à un article de Manière de voir sur la droite américaine des années soixante-dix, qui " constituait des majorités " pendant que la gauche " cultivait ses différences ". Héloïse Nez
 
Parias urbains, ghetto, banlieues, État
Loïc Wacquant, La Découverte, 2007, 336 pages, 12,5 €
Entre banlieues et ghettos : une sociologie nuancée
Pour faire taire ceux qui parlent trop, à son goût, d’une " américanisation ", forcément inquiétante des banlieues françaises, le sociologue Loïc Wacquant a choisi de confronter dans son dernier ouvrage l’univers de la cité des 4 000 de La Courneuve en Seine-Saint-Denis, à celui du ghetto sud de Chicago, aux États-Unis. Mêlant approche ethnographique et analyse sociologique pure et dure, le chercheur parvient à dresser un constat implacable : non, les quartiers périphériques (" l’ex-ceinture rouge " en France, " la ceinture noire " aux États-Unis), bien qu’ils soient des deux cotés de l’Atlantique tout autant stigmatisés dans les médias, ne recouvrent pas les mêmes réalités. Et, surtout, ne résultent pas des mêmes processus historiques, économiques et politiques. Car les " effets de lieux ", comme le souligne Loïc Wacquant, " s’avèrent être essentiellement des effets d’État projetés sur la ville ". Or, c’est justement au niveau du rôle de l’État que la différence reste
– jusqu’à présent – encore majeure entre France et États-Unis. Quand les banlieues du " Vieux continent " subissent de plein fouet désindustrialisation, paupérisation et brassage ethnique, celles du " Nouveau monde " paient le prix d’une politique de ségrégation raciale et d’abandon urbain. Pour autant, dans les deux cas, la précarité et la marginalisation avancées qui règnent dans ces quartiers sont les signaux clairs d’un dysfonctionnement politique et social, dangereux pour le vivre ensemble. Aline Chambras
 
Périphéries, un voyage à pied autour de Paris
Luc Gwiazdzinski et Gilles Rabin, L’Harmattan, 2007, 262 pages, 22 €
Voyage au cœur des marges
Ces Carnets de ville retracent l’itinéraire de deux spécialistes des questions urbaines, ayant parcouru pendant dix jours la banlieue parisienne à pied, à la recherche d’une approche sensible des espaces périphériques. Pour contribuer à la nécessaire réflexion des rapports entre les marges – la banlieue, si décriée –, et le cœur – Paris, si fantasmée –, bâtis sur des clichés que cette longue marche déconstruit peu à peu, les auteurs nous convient à une autre lecture de la ville, non sans humour, ni émotion. Cette démarche originale interpelle le sens que chacun donne au quartier, aux territoires, aux mobilités urbaines, aux espaces vécus, subis, parfois sublimés. Pour laisser apparaître des pistes innovantes, susceptibles d’établir une nouvelle gouvernance régionale, échelle plus pertinente que celle des politiques locales en vase clos, qui pourraient même donner des idées au niveau national, voire mondial. Parmi les plus audacieuses lancées par ces deux pèlerins laïcs dopés au café, " la création de nouvelles circonscriptions électorales de base de 15 à 20 000 habitants, avec à [leur] tête un maire élu au suffrage universel ". 15 000 habitants, étrangers compris. Les vertus de la marche ne sont plus à démontrer. Blanche Caussanel
 
Les Règles du jeu urbain, entre droit et confiance
sous la direction d’Alain Bourdin, Marie Lefeuvre et Patrice Melé, Descartes et Cie,
316 pages, 18 €
Villes de confiances
À travers des études de cas menées dans différentes villes françaises, européennes et américaines, des universitaires et professionnels, spécialistes de la question urbaine, de la sociologie et de l’aménagement du territoire, s’interrogent sur les usages du droit dans l’action urbaine. Partant du constat que dans les grandes villes règne une incertitude généralisée sur la question urbaine, l’anticipation d’une politique cohérente et planifiée implique l’adaptation des acteurs urbains à cette incertitude. Les auteurs cherchent ici à étudier, dans ce contexte, les nouvelles modalités de la régulation urbaine. En effet, à partir d’une incertitude, d’un conflit, d’un dysfonctionnement, les différents acteurs (acteurs publics, entrepreneurs privés, habitants, associations) vont créer des structures interactives pour élaborer ou redéfinir une règle du jeu qui serait acceptée de tous. Il n’est donc pas question d’une analyse juridique sur les règles de droit et leur usage dans les grande villes face aux préoccupations urbaines, mais d’une analyse plutôt sociologique à partir de cas concrets sur la mobilisation du droit au sein d’interactions sociales en vue de l’élaboration des règles urbaines. Les acteurs tendent à montrer que la régulation urbaine est moins une question de règles de droit que d’un climat de confiance. Cet ouvrage pourra intéresser en premier lieu les spécialistes de la ville, mais aussi les sociologues,
géographes, aménageurs, ainsi que les juristes. Romain Cazajous
 
Histoire(s) de relogement. Paroles d’habitants, regards de professionnels
Catherine Payen et Ryma Prost-Romand, L’Harmattan, 2007, 144 pages, 14,50 €
Histoires de vivre ailleurs
Le relogement, ce n’est pas qu’une histoire d’habitat. C’est aussi des histoires de rêves et d’illusions, de voisins et de familles, d’amour et d’avenir, de souffrances et de passés. La journaliste Catherine Payen et Ryma Prost-Romand, chargée de mission à l’Association régionale des organismes HLM de Rhône-Alpes, nous entraînent dans les heurts et malheurs des nouvelles politiques de renouvellement urbain, qui concernent des milliers de personnes chaque année. À travers la parole des locataires et des professionnels de l’habitat, ce livre décline toutes les étapes du processus de relogement. Des décisives réunions d’informations aux déménagements problématiques, en passant par le moment douloureux de la démolition de son chez-soi, on suit pas à pas le quotidien des chargés de mission qui doivent composer entre les désirs des habitants, les enjeux politiques et l’offre locative. Une manière aussi de découvrir une profession naissante et peut-être éphémère, " faite de combats, d’émotion, de joie, mais aussi de regrets ". Car entre les agressions verbales ou les relations affectives qui se nouent avec les locataires, c’est bien la complexité des rapports sociaux qui se joue ici. Avec les récits de Suzanne, octogénaire qui a quitté le quartier dans lequel elle vivait depuis quarante ans; de Maria, assistante maternelle et maman d’un petit garçon, qui veut déjà quitter son nouvel appartement; ou de Fathia, mère célibataire pour qui le déménagement incarne un nouveau départ…
Un ouvrage-clef qui permet de mieux comprendre les implications psycho-sociales du relogement, au-delà des clichés.
Pauline Graulle
 
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octobre 2007
 
Le pouvoir au peuple, Jurys citoyens, tirage au sort et démocratie participative
Yves Sintomer, La Découverte, 2007, 13 €
La démocratie locale est attendue au " tournant délibératif "
appelons-nous, c’était il n’y a pas si longtemps (presqu’un an), quand Ségolène Royal déclencha l’ire de bon nombre de nos élus et intellectuels en proposant la mise en place de jurys citoyens tirés au sort, comme dispositifs de veille démocratique de l’action de nos responsables politiques. Territoires s’est largement fait écho de ce débat, au-delà de la polémique qui faisait rage, pour tenter d’éclairer le jugement de nos lecteurs. Yves Sintomer fait ici une analyse historique et comparative des systèmes de tirage au sort, et montre combien les questions soulevées par ce mode de représentation dans les républiques athéniennes, médiévales et modernes de la Renaissance interpellent notre fonctionnement démocratique actuel.
Durant ces périodes d’avant les révolutions françaises et américaines, Yves Sintomer montre que le caractère démocratique du tirage au sort et aristocratique de l’élection semblait être une théorie acquise par ceux qui réfléchissaient aux systèmes de gouvernement. L’auteur analyse également les raisons de l’oubli du tirage au sort en politique et son maintien dans le système judiciaire à la fin du 18e siècle, principalement en France et en Angleterre. Citons quelques-unes d’entre elles : " La victoire d’une conception aristocratique de la république française insistant sur la constitution d’une élite de gouvernants distincts du peuple ", ou " l’idée que le jury n’implique que le jugement subjectif alors que l’État est le domaine de l’universel ". L’absence de la notion d’échantillon représentatif pour faire face à la taille des groupes sociaux à représenter est aussi désignée comme un frein majeur au développement du tirage au sort. La suite du livre montre comment le tirage au sort est réintroduit en politique par les jurys citoyens, les conférences de consensus ou les sondages délibératifs en Allemagne et aux États-Unis au début des années 70. Mais aussi plus largement dans des pays comme l’Australie, les pays scandinaves ou l’Espagne quand les mouvements avant-gardistes perdent de leur attrait. Yves Sintomer parle de " tournant délibératif " des pratiques participatives : plus grande qualité des débats, plus grande attention aux outils institutionnels de prise de parole équilibrée et égalitaire. Les expériences sont analysées en insistant sur les méthodes de sélection et sur les processus de construction des points de vue et de leur mise en débat (signe distinctif majeur vis-à-vis des sondages d’opinion) : ces deux points sont essentiels pour montrer la richesse, mais aussi les limites de ces processus délibératifs. Des propositions nourrissent le dernier chapitre de cet ouvrage, certaines d’entre elles sont bien connues des lecteurs de Territoires, d’autres, comme l’idée d’un Sénat tiré au sort, décoiffent ! À l’heure où un Grenelle de l’environnement est lancé avec beaucoup de questions sur le processus de sélection des parties prenantes, sur l’implication citoyenne autour des grands enjeux liés au bouleversement climatique et au développement durable, les réflexions et propositions d’Yves Sintomer devraient trouver un large écho, au moins du côté des associations, ONG et collectifs citoyens qui se sentent concernés. Céline Braillon
 
Media Crisis
Peter Watkins, Homnisphères, nouvelle édition 2007, 240 pages, 12 €
Site de Peter Watkins : www.mnsi.net/pwatkins
Cinéma politique contre junk media
Tandis que les écrans plats et autres home cinéma prospèrent dans les foyers, instillant leurs programmes prêts à consommer et standardisés, un cinéaste militant poursuit inlassablement sa réflexion critique sur les mass media comme sur ses créations cinématographiques, en inventant de nouvelles formes de travail, qui laissent la place à l’originalité et à la participation du public. Depuis quarante ans, Peter Watkins, citoyen britannique, expérimente et encourage l’émergence de productions alternatives pour détourner le public de l’idéologie consumériste des médias conventionnels, incapables de toute autocritique. Media Crisis est un livre sans concession, qui démonte les ficelles d’un mode de production audiovisuelle unique qui prive le citoyen de l’espace et du temps nécessaires pour penser, réfléchir et agir. Il incite chaque spectateur à s’interroger sur l’effet des programmes qu’il subit, le conduisant à des comportements stéréotypés, vides de sens, au détriment des préoccupations majeures de notre époque pourtant si troublée. Watkins milite pour mettre en débat public les modes de productions cinématographique et audiovisuelle, devenus aliénants, véritables outils de propagande des gouvernements qui excluent les questions cruciales liées au respect des droits humains et sociaux, à la crise environnementale, aux conflits armés. Cet ouvrage donne des pistes concrètes pour explorer l’expérience de la création de l’information, à l’heure où les révolutions technologiques se rendent accessibles à un plus grand nombre. Souvent censuré, Watkins redonne de l’espoir à ceux qui ont éteint leur téléviseur et invite chacun à se libérer du carcan politico-médiatique en devenant acteur et créateur d’une information consciente et responsable. La projection – discrète, seulement quinze copies – en salles de son film La Commune (Paris, 1871), à partir du 7 novembre prochain, est l’occasion de découvrir l’une des œuvres de cet artiste hors-norme. À ne pas manquer. Blanche Caussanel
 
Oui à une société avec les jeunes des cités !
Joëlle Bordet, éditions de l’Atelier, 2007, 207 pages, 18 €
Sortir de la spirale sécuritaire
Depuis des années, Joëlle Bordet, psychosociologue et chercheure au Centre scientifique et technique du bâtiment, traque inlassablement le réel derrière les fantasmes, pour sortir des logiques sécuritaires à l’œuvre dans les quartiers populaires. Comment, nous demande-t-elle, interpeller les " jeunes des cités ", sources d’inquiétude et objets de stigmates, dans leurs dynamiques créatrices ? Car, s’ils subissent discriminations et dominations, ils n’en n’inventent pas moins de nouveaux modes de socialisation, manifestant en permanence le désir d’avoir une
place dans cette société. C’est donc toute une série de moments de vie collective qui nous sont exposés, analysés, attestant qu’une transformation est à l’œuvre dans de nombreuses villes, produisant du changement dans une perspective partagée. Réaffirmant la responsabilité collective des adultes, l’ouvrage est construit en deux grandes parties : " Faire grandir les enfants confrontés à l’exclusion et la relégation " et " Une visée collective, construire des solidarités entre les adultes et les institutions ".
Plusieurs études de cas illustrent le propos : " Apprivoiser l’école par les parents " (expérience menée à la ZEP de la Grâce-de-Dieu à Caen) ; " Une culture partagée des droits et des lois par les institutions publiques " (à la Maison de la justice et du Droit de Villiers-le-Bel) ; " Le théâtre forum favorisant l’émancipation " (à Vaulx-en-Velin) pour terminer sur " Les organisateurs sociaux pour récréer des communautés de vie " (à la Cité des Poètes à Pierrefitte), déjà l’objet de plusieurs publications. Dans sa conclusion, Joëlle Bordet, si elle souligne l’importance, connue, du rapport au travail et à l’activité économique, insiste surtout sur le fait que l’accès au logement reste " l’enjeu essentiel de la reconnaissance effective de l’appartenance de ces jeunes à la France et de leur citoyenneté ". Faire société avec les jeunes des cités est un enjeu pour la démocratie. Joëlle Bordet nous propose des voies possibles pour y travailler. Jacques Picard
 
La démocratie participative
Jean-Pierre Gaudin, Armand Colin, 2007, 121 pages, 9 €
Le BA-ba de la démocratie participative
Dans cet ouvrage clair et synthétique, Jean-Pierre Gaudin interroge la participation " comme notion, comme pratique et comme idéologie ". Spécialiste de l’analyse des politiques publiques, il revient sur la genèse et la définition de la démocratie participative, présente quelques expériences et expose les limites de la démarche. Un condensé des débats en cours dans l’Hexagone sur les potentialités et les ambiguïtés de la participation, qui met l’accent sur le manque d’articulation entre démocratie participative et représentative : " Le vrai défi serait de pouvoir imbriquer étroitement les débats participatifs avec les choix globaux des assemblées représentatives. " Entre une démocratisation accrue ou une instrumentalisation du débat, l’auteur ne tranche pas, mais renvoie à une analyse " au cas par cas ". Héloïse Nez
 
De la parole à l’écriture, ateliers d’écriture en France, au Portugal et au Maroc
Françoise Sérandour, L’Harmattan, 2007, 335 pages, 29,50 €
Parole, parole, parole
L’auteure, Françoise Sérandour, enseignante, éducatrice de jeunes enfants, bibliothécaire et conteuse, sait de quoi elle parle : l’illettrisme, mais aussi l’échec scolaire ou l’exclusion privent, presque toujours, celui qui en souffre de " voix " et le confine dans un " enfermement " dévalorisant. Aussi, voit-elle dans le principe de l’atelier d’écriture un moyen de " communication " permettant de redonner à l’écriture son oralité et sa force de mise en scène. Dans son livre, construit à partir d’expériences de terrain, que ce soit en France, avec des élèves en mal d’intégration scolaire, au Maroc avec des femmes berbères analphabètes ou au Portugal avec des lycéens, Françoise Sérandour rend hommage à une pratique sociale et artistique, véritable source de prise de parole, de reconsidération, mais aussi de citoyenneté et d’enrichissement mutuel. Aline Chambras
 
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Septembre 2007
 
Les banques coopératives en France,
le défi de la performance et de la solidarité
Patrick Gianfaldoni, Nadine Richez-Battesti, L’Harmattan, 2006, 294 pages, 25 €
Dualité du capitalisme coopératif
L’ouvrage de Nadine Richez-Battesti et Patrick Gianfaldoni présente un vaste panorama de la situation des banques coopératives en France. Il fait suite à un important travail de recherche pour la délégation interministérielle à l'innovation sociale et à l'économie sociale sur le devenir des banques coopératives. La première partie dresse un large spectre du secteur. L’analyse comparative entre vision anglo-saxonne et française est très éclairante. Malgré les évolutions du contexte financier, les banques coopératives ont réussi à allier performance et spécificités. L’étude sur les modes de gouvernance ainsi que le questionnement sur les tensions entre capitalisme coopératif et les valeurs de coopération et de solidarité, propres au secteur de l’économie sociale et solidaire, sont également intéressants.
La deuxième partie analyse la contribution de ces banques au renforcement du secteur de l’économie sociale et solidaire. Les auteurs soulèvent leur frilosité face au secteur associatif, dont les besoins sont immenses. On peut relever cette même frilosité face aux initiatives solidaires, questionnement malheureusement peu abordé dans l’ouvrage.
La conclusion porte sur les nécessités de démarches innovantes pour maintenir la combinaison entre rentabilité et valeurs coopératives. Une gouvernance démocratique et un renforcement de l’efficacité du secteur sont donc nécessaires dans une période qui se révèle difficile pour la cohésion économique et sociale. Madeleine Hersent
 
Le bon, la douce et la caillera
Diaby Doucouré, préface de Faïza Guène, photos de Camille Millerand, L’Harmattan,
180 pages, 14 €
Ma cité va-t-elle craquer ?
Pour son premier roman, Diaby Doucouré, 29 ans, directeur d’une maison de jeunes à Aubervilliers (93) et conseiller municipal (socialiste) à Pantin, a choisi de s’inspirer de son vécu de banlieusard pour immerger le lecteur dans une " écriture urbaine et militante ". À travers l’histoire de la rencontre entre Sophie, jeune journaliste " de bonne famille ", venue faire un reportage sur la vie après les émeutes dans les quartiers, et Sékou, ex-délinquant reconverti en grand frère, c’est toutes les problématiques propres à ces " quartiers impopulaires " que sont devenues les banlieues qui sont pointées. Intégration, laïcité, délinquance, présence policière, école, orientation, mixité, rapports hommes – femmes…, Diaby Doucouré passe toutes ces questions au crible. Le récit prend la forme d’un long dialogue entre Sophie et Sékou, et met en scène les préjugés et les clichés propres aux deux protagonistes, permettant de rendre concrètes les difficultés vécues ou ressenties par les jeunes des quartiers, souvent perdus entre un modèle républicain qui prône l’égalité et une réalité sociale et économique faite d’injustices et de discriminations. Une manière de souligner que les difficultés d’intégration si souvent invoquées pour expliquer ce mal-être des banlieues ne sont pas à sens unique : si les jeunes des cités en quête d’identité et de reconnaissance ont du mal à s’approprier leur citoyenneté, les institutions sont elles aussi bien souvent incapables de leur donner un sentiment d’appartenance. Un docu-fiction d’actualité qui permet de travailler certaines ambiguïtés bien contemporaines. Aline Chambras
 
L’argent caché de l’Élysée
René Dosière, Le Seuil, 2007, 178 pages, 17 €
Cache cash élyséen
Nos concitoyens raillent volontiers leurs voisins d’Outre-Manche qui " entretiennent " l’image de la monarchie en supportant les frais de leur souveraine. Mais que savent-ils des coûts de notre monarque élyséen? Rien. Lever un coin de voile exigeait la persévérance d’un détective. Ne pas tomber dans l’enquête à scandale demandait de rester serein. Deux qualités du député René Dosière qui l’autorisent à émettre, en fin d’ouvrage, des propositions d’un élémentaire bon sens gestionnaire et citoyen. Ainsi, aujourd’hui, " le parlement vote – sans débat, tradition républicaine oblige – seulement un tiers des dépenses ". Nicolas Sarkozy, comme tous ses prédécesseurs, se déclare pour un État modeste... Comme chacun d’eux, augmentera-t-il les dépenses élyséennes ? En les transférant sur des budgets ministériels ? François Hannoyer
 
La femme du ministre
Gérard Delteil, L'Archipel, 2007, 362 pages, 20,95 €
Direct du droit, crochet du gauche
L’été est fini, mais comme personne n’est vraiment convaincu qu’il ait vraiment commencé, ce n’est guère une raison suffisante pour remiser les polars aux placards. Place donc au dernier Gérard Delteil, La femme du ministre ; ne vous arrêtez pas à la laideur de la couverture, c’est sans doute la météo qui a déprimé l’éditeur. L’histoire met en scène Renaud Chambon, ministre de l’Intérieur très en vue, pas très grand mais avide de communication politique et probable futur président de la République, dont la femme, pour le moins éprise de liberté, est surprise par un photographe de presse people en pleine divagation extra-conjugale… Le scandale n’était pas prévu par les responsables de la communication du ministre, qui pique une colère noire... comme un polar. Évidemment, toute ressemblance avec des personnes aujourd’hui aux commandes de l’État est parfaitement intentionnelle, de la part d’un auteur à la plume volontiers politique. Mais le plus intéressant est que Gérard Delteil ne s’arrête évidemment pas à la chronique du cynisme politique (extra)ordinaire, mais structure l’intrigue autour du meurtre d’une jeune journaliste, justement témoin de l’escapade sensuelle de la future première dame de France… La visite des coulisses de la politique spectacle n’en est que plus réjouissante.
Au passage, et dans un souci évident d’équilibre politique, vous pouvez en profiter pour lire ou relire l’excellent Dernier tango à Bueno aires, du même Delteil, ou l’histoire d’un ancien agitateur gauchiste devenu ministre socialiste bien rangé et qui finit par fuir la justice française en Argentine, les poches un peu trop pleines d’argent public. Nicolas Leblanc
 
Une mauvaise maire
Jacques Jouet, POL, 2007, 125 pages, 12 €
Une maire veille
Impossible de s’arrêter dans la lecture d’Une mauvaise maire ; prévoyez donc une heure et quart de libre pour l’inhaler de bout en bout. Le livre est une plongée dans la banlieue parisienne, à l’intérieur de la bulle d’air de madame la maire. Madame la maire est une femme, libre, de conviction, engagée, pragmatique, de principes, attachée, attaquée, droite, déstabilisée, amoureuse, attirée, forte, mais mise à plat. Madame la maire est une femme extraordinaire, qui nous rappelle d’autres élues ordinaires, aux racines politiques profondes et pourtant ballottées par les flots déstabilisateurs d’une société qui, vague après vague, se stratifie, se brouille, devient illisible, insaisissable. Madame la maire est droite et de gauche, mais dans une ville tortueuse, elle semble pencher. Et l’écriture de Jacques Jouet qui d’un mot nous
livre un sentiment, d’une phrase une situation, d’un livre une vie, coule sans pause. N. L.
 
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juin 2007
 
La machine France. Le centralisme ou la démocratie,
Jean Ollivro, éditions du Temps, 2006, 252 pages, 17 €
Machine arrière !
Ce livre est essentiel. Jean Ollivro, géographe, le partage en trois parties : symptômes, diagnostic, remèdes. Partant d’une analyse fine d’un certain nombre de crises récentes et révélatrices de la "maladie", la flambée des banlieues, le non au référendum sur l’Europe, la lutte contre le CPE, l’auteur démontre l’existence d’un formidable décalage entre un discours incantatoire républicain et la réalité sociale du pays. Le dogme égalitaire entre en contradiction avec les inégalités sociales et territoriales croissantes. Le dogme de la liberté se heurte au malaise social qui demande à l’État de plus en plus de sécurité, quitte à ce que les libertés soient restreintes. Les politiques de tous bords
surenchérissent dans ce domaine. La fraternité est contrecarrée par toutes les fractures sociales, par l’égoïsme des corporatismes, par la crispation autour des " avantages acquis ", par la peur de l’autre et de la réforme. La désignation de boucs émissaires (les immigrés, l’Europe, la mondialisation, le libéralisme…) exonère les politiques de leur impuissance et de leurs lâchetés.
Jean Ollivro dénonce encore avec force le " centralisme parisien " comme principal responsable de la crise. Tous les concepts sur lesquels le système s’appuie sont passés au crible : l’État unitaire, la République une et indivisible (l’égalité étant confondue avec l’uniformité), la conception en étoile de l’aménagement du territoire (et non des territoires), les rapports du centre et de la périphérie, le gouvernement par les élites parisiennes. Il parle avec pertinence des territoires si variés, porteurs de dynamismes sous-employées, qui composent notre espace national. Le poids du descendant y écrase les chances de l’ascendant. " Le problème majeur de la France est l’inégalité profonde entre les territoires qui ne permet pas d’atteindre l’idéal républicain. " L’absence de réelle décentralisation, en dépit des actes I et II qui l’ont mal
traitée (voir Territoires n° 451, octobre 2004 pour l’acte II et n° 435, avril 2003 pour l’acte I), se traduit par la prise en compte limitée et bridée du fait régional, par l’incapacité de faire disparaître les départements obsolètes,
par les contradictions et les
insuffisances dans la politique des pays… " Le mille-feuilles décisionnel à la française - six niveaux de compétences fiscales - n’a eu de cesse de se renforcer pour créer une invraisemblable pagaille ", analyse-t-il. Le pays s’enfonce dans " une fracture généralisée " : fracture sociale, fracture territoriale, fracture environnementale.
Pourtant, la troisième partie démontre " qu’il existe de nombreux leviers permettant de transformer la société ". Il faut pour cela mettre en œuvre de nouveaux concepts, comme le pluricentrisme et la subsidiarité ascendante. Le livre contient un puissant plaidoyer en faveur du couple région / pays, constituant l’armature d’un nouveau maillage et d’une nouvelle gouvernance du territoire. Le formidable ressort de la démocratie participative constitue aussi un remède majeur à notre maladie nationale : " une animation de la société civile, et non son contrôle. " Enfin, un regard plus informé sur ce qui se passe dans les autres pays européens nous ferait descendre de notre orgueil national et de notre sentiment d’exception pour trouver des pistes réalistes de réformes.
Chaque page de ce livre, rassemblant une documentation impressionnante et un grand bonheur d’expression, est un fort stimulant pour la réflexion comme pour l’action. Georges Gontcharoff
 
Effondrement. Comment les sociétés décident de leur disparition
ou de leur survie
Jared Diamond, Gallimard, NRF Essais, 2006, 640 pages, 29,50 €
À nous de choisir
Dans cet ouvrage atypique et passionnant, le biogéographe américain Jared Diamond analyse la disparition de sociétés anciennes, comme les Vikings du Groenland, les Mayas du Yucatán ou les anciens habitants de l'Île de Pâques. Évoquant un suicide écologique, ou " écocide ", il en conclut que l'effondrement de ces civilisations est systématiquement lié à la destruction des ressources naturelles dont elles dépendent. Sans tomber dans le déterminisme environnemental, l'auteur distingue quatre autres facteurs susceptibles de contribuer à la disparition d’une société : les changements naturels du climat, des voisins hostiles, la perte de partenaires commerciaux et l'inadaptation des réponses apportées par une société à ses problèmes. " Le passé est une riche banque de données dans laquelle nous pouvons puiser pour nous instruire, si nous voulons continuer à aller de l'avant ", souligne-t-il. L'originalité de sa minutieuse étude est de comparer ces peuples du passé et les sociétés actuellement les plus touchées par des problèmes environnementaux : au Rwanda, à Haïti, en Chine ou encore en Australie. Le modèle occidental de développement n'est pas plus durable que les pratiques des civilisations disparues. Seule l'échelle diffère, la globalisation de la dégradation écologique laissant présager un déclin mondial. Mais l'ouvrage reste optimiste : " Le destin d'une société est entre ses mains, et dépend substantiellement des choix qu'elle fait.". À nous, donc, de faire les bons. Héloïse Nez
 
Le petit alter, dictionnaire altermondialiste
Attac, éditions Mille et une nuits, 2006, 396 pages, 20 €
Pense-pas-bête
À ceux qui voudraient mettre de côté l’actualité politique hexagonale, un dictionnaire d’un genre nouveau, rédigé par des membres d’Attac, sous la direction de Jean-Marie Harribey, permet de se (re)plonger dans des réflexions plus globales. De " AGCS " à " Zone Franche ", la plupart des notions qui ont marqué l’essor du mouvement et de la pensée altermondialistes sont déclinées, dans la saine perspective de " contribuer au décodage du discours dominant ". Une manière pour Attac d’affirmer son volet éducation populaire et surtout de répondre à un besoin social d’information et de sens, dont témoigne
" la rapidité avec laquelle la population s’est appropriée des questions techniques aussi rébarbatives que la taxation des transactions de change ou, plus récemment, le traité constitutionnel européen ". Si l’entreprise est audacieuse, elle s’épargne deux dérives : celle de figer une réflexion en pleine évolution et celle de se faire passer pour le " prêt à penser " de l’altermondialisme. Gardez vos cerveaux disponibles ! Aline Chambras
 
La place des habitants dans les politiques urbaines en Europe
Actes de la rencontre du 21 Juin 2005, Profession Banlieue, 2007, 89 pages, 18,50 €
Politik of the città
En matière de politique de la ville, il est courant de dire que nous n’en sommes qu’à la préhistoire de la participation, que tout reste à faire, à imaginer, à enrichir. C’est d’ailleurs ce qui ressort de ces rencontres organisées par Profession Banlieue, le centre de ressources politique de la ville de Seine-Saint-Denis, où des voisins européens, d’Allemagne, d’Italie et de Grande-Bretagne sont venus livrer leurs expériences. Pour " faire la ville " et poser un regard critique ou développer une analyse cohérente, les outils existent. Ils sont maîtrisés et reconnus. Mais il faut aujourd’hui " faire avec la ville ", et les outils manquent. Ici, la richesse réside dans la mise en commun des compétences, dans l’échange de référentiels d’actions et la prise en compte de tous les acteurs (professionnels, habitants, élus). Les professionnels évoquent leurs doutes, leurs échecs et leurs réussites. Une mise à nu honnête et sans retenue, dont le but est d’enrichir une culture collective en pleine émergence. On observe, on écoute, on tente. Il n’y a pas encore de solution, de règles établies ; d’un pays, d’une culture, d’un peuple à l’autre, la démarche et les résultats diffèrent. Mais, partout, les fondements de la concertation restent inébranlables : on met en commun, on échange, dans le but de faire évoluer, d’aller vers le mieux. Si l’ensemble des expériences évoquées dans cet ouvrage démontrent que la prise en compte des habitants dans les politiques de renouvellement urbain est nécessaire, se pose encore la question de la participation citoyenne dans la vie publique en général, et de la révision des modes d’action dans la politique de la ville. Charlotte Lurat
 
Amiante, chronique d’un crime social, collectif
Septième choc éditions, 2005, 15 € (10 % du prix est reversé à l’association de défense des victimes de l’amiante : bdamiante@yahoo.fr)
Amiante : un siècle de mensonges
À travers quinze histoires vécues, le drame de l’amiante pique au vif. Cette BD rappelle, de manière vivante et modeste, que la France a été l’un des plus gros et l’un des derniers consommateurs d’amiante. Si les premières alertes ont été lancées en Angleterre en 1899 et en 1906 en France, ce minerai n’a été interdit sur le territoire national qu’en 1997, bien après la plupart des pays industrialisés. Cet album, qui met en scène une galerie de personnages touchés par ce fléau, fait froid dans le dos. Elle décrit bien les complicités entre monde industriel, responsables politiques et syndicalistes, tellement défenseurs de l’emploi qu’ils sacrifièrent, sans en avoir pleinement conscience, jusqu’à leurs collègues. Elle fait aussi la lumière sur la révolte des syndicats contre les conditions de travail inhumaines, et évoque le scandale de la reconstruction récente des villages d’Asie du sud-est après le tsunami. Le combat de salariés sacrifiés, d’associations et de responsables politiques ou syndicaux est souligné, dans la lignée de médecins ou d’inspecteurs du travail qui ont alerté, dès le début du 20e siècle, sur les ravages possibles.
3 000 personnes meurent chaque année de maladies liées à l’amiante, et on prévoit 100 000 décès d’ici 2025. De quoi attirer l’attention sur d’autres sujets critiques, comme le nucléaire, les OGM, le bâtiment, la mécanique ou la production d’engrais chimiques… Noir. Mathieu Glaymann
 
La délégation des services publics locaux
Yves Delaire, éditions Berger-Levrault, 364 pages, 45 €
Services compris
La question de la délégation des services publics locaux est centrale dans la définition de l’identité européenne, dans les orientations des projets de société en concurrence dans les échéances électorales, aussi bien que dans l’identité en gestation des territoires locaux. Mais elle est aussi épineuse, parce que touchant à la fois aux débats politiques, sociaux et de gestion territoriale. Il faut connaître précisément ce qui est constitutif d’une délégation, les différents modes de gestion et leurs conséquences. Ce que s’attache à expliquer Yves Delaire, (rédacteur, avant Raphaëlle Cadet, de la rubrique Parlons Droit de Territoires), spécialiste du droit public et fort d’une longue expérience dans l’assistance et le conseil aux collectivités territoriales. Un ouvrage pédagogique indispensable, pour préparer un contrat de mandature municipale. François Hannoyer
 
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mai 2007
 
marianne & allah. Les politiques français face à la " question musulmane ",
Vincent Geisser et Aziz Zemouri, La Découverte, 2007, 297 pages, 20€
Décoloniser l’islam de France
Entre " marianne & allah " – les minuscules en font foi – se dresse un certain nombre de spectres. Le spectre du prisme colonial, d'abord. Sans être une " explication totalisante ", il traverse tout le livre sous différents habits : " fantôme ", " héritage ", " filiation ", etc. On suit ses " traces " à travers les " cinq piliers " de la politique républicaine de l'islam : " une gestion bureaucratique et autoritaire ", " une conception sécuritaire ", un appui sur des " experts savants " pour légitimer cette politique, une " promotion d'un islam officiel " et le paradoxe d'un " islam français ". C'est l'essentiel de l'enquête " inédite " menée par les auteurs. Organismes, textes, lois et discours politiques, hommes de l'ombre et hommes en vue constituent les rouages intermédiaires de ce prisme. Le spectre du communautarisme, ensuite, qui constitue la thèse centrale de l'ouvrage : exhibé par le leitmotiv des discours politiques comme le mal fondamental gangrenant les banlieues et les rapports sociaux, il en cache un autre : un mode de gouvernance qui construit une " relation d'exception " avec l'islam en / de France en le communautarisant. Cercle vicieux s'il en est. La " question musulmane " en France est posée et traitée par les politiques en amont et en aval des concernés (les musulmans de France) et en totale contradiction avec les préceptes de Marianne. En amont, dans l' " obsession républicaine " d'unifier par le haut et de contrôler cet islam. En aval, en privilégiant une " gestion diplomatique " de l'islam cherchant caution auprès d'autorités extérieures ou en appui sur leurs représentants en France. La saga de la constitution d'une instance représentative de la communauté musulmane permet de suivre au gré des représentations et des acteurs politiques, de leurs affiliations idéologiques, réseaux et objectifs personnels la construction de la " chose musulmane " comme enjeu qui déborde les musulmans de France. Au-delà de l'islam et des musulmans de France en tant que tels, cette enquête déconstruit le processus de l' "islamisation politique de l'Autre ". Toutes les ficelles de cette islamisation sont passées au crible d'une analyse sans concession : l'instrumentalisation qui compte trouver une solution religieuse aux problèmes des quartiers populaires (façon Sarkozy), " civilisationnisme " à travers l' " épisode Stasi " (façon Chirac), anachronisme politique du " paternalisme indigénophile " (façon socialiste). Au niveau local, des lieutenants de tous bords excellent à tisser des réseaux clientélistes avec des leaders et responsables musulmans dont ils escomptent une plus value électorale. Trois styles sont décortiqués par les auteurs : le pragmatisme calculateur d’un Raoult en Seine-Saint-Denis ; le "dialogue intercommunautaire " entre élites d'un Vigouroux puis la stratégie versatile de son successeur Gaudin à Marseille ; et enfin le " mépris comme politique " d'un Frêche à Montpellier. " La construction d'un islam de France tranquillement inscrit dans le vivre ensemble républicain reste donc une utopie " concluent les auteurs, au terme de ce travail éclairant. Horizon des nouvelles générations : " décoloniser l'islam de France ". Abdellatif Chaouite
 
Quelle démocratie voulons-nous ? Pièces pour un débat
sous la direction d’Alain Caillé, La Découverte, 2006, 144 pages , 8€
Alter-moiement
Quel idéal de démocratie rassemble la très composite mouvance altermondialiste ? Est-elle structurée par un minimum de principes politiques et éthiques qui permettent de dessiner les contours d’une société plus démocratique que celle bâtie par le capitalisme rentier ? Telle est la question centrale de cet ouvrage collectif court, dense et passionnant coordonné par Alain Caillé, directeur de la revue du Mauss. Douze contributions d’altermondialistes classées en trois domaines tracent l’état de la théorisation des diverses tendances de la nébuleuse alter. Christophe Aguiton, Roger Sue, Jacques Testard et Patrick Viveret explorent les possibilités d’approfondissement de la démocratie en réseau : association, réseaux et délibération. Antonio Negri, Thomas Coutrot, André Bellon et Alain Caillé tracent les limites de cette approche horizontale en ce qu’elle prétendrait contourner la question du pouvoir, de l’économie et de l’État et intègre la contribution de Thierry Brugvin sur les ambiguïtés d’un appel à une gouvernance internationale de la société civile et de Philippe Corcuff sur les tensions qui traversent l’idéal individualiste. Enfin, Philippe Laville, Christian Lazzeri et Geneviève Azam exposent les rapports conflictuels entre nécessité économique et liberté démocratique et le lien difficile entre libéralisme économique et libéralisme politique. Alain Caillé pointe d’emblée les limites de l’ouvrage qui ne saurait épuiser un sujet aussi vaste. Il souligne une importante question laissée en suspens : la tension qui existe entre politique de redistribution (sur laquelle des visions, des outils, des formes de luttes font le ciment de la mouvance alter) et politique de reconnaissance de l’individu. Le droit à la différence se marie difficilement à une communauté ouverte à tous. Par ailleurs, il pointe les vifs débats en cours autour de la nature et du statut ambigu de l’individualisme contemporain et, concrètement autour de la question du multiculturalisme et de la place des religions dans une société démocratique. Jacques Picard
 
Une histoire de l’éducation populaire
Jean-Marie Mignon, La Découverte, collection Alternatives sociales, 2007, 264 pages, 24€
La vie après la mort de l’éducation populaire
Les ouvrages sur l’histoire de l’éducation populaire en France manquent. Jean-Marie Mignon propose un livre rapide qui, en 250 pages, est unes? histoire – ou plutôt sa manière de lire l’histoire – de l’éducation populaire, qui débute par la " reconstruction " de l’éducation populaire au milieu des années 40 et n’évoque que marginalement sa création dans la seconde moitié du 19e siècle ou son rôle essentiel lors du Front populaire. Dans une chronologie parfois ardue et avec l’ambiguïté toujours un peu piègeante de devoir faire à la fois une histoire des structures et celle d’une démarche, il évoque tour à tour les liens de parenté, et souvent, de conflit avec l’éducation, la culture, l’animation socio-éducative, pour conclure par les " limites des modèles installés " et les " défis à relever " aujourd’hui. Quelques regards hors de métropole permettent d’élargir le point de vue. Tout comme la confrontation de l’éducation populaire avec les nouvelles formes d’engagements (développement durable, commerce équitable, échanges réciproques de savoirs, démocratie participative, défense des " sans droit "). Bien que le limitant davantage à l’épanouissement qu’à l’émancipation individuelle et collective, cet ouvrage a le mérite de réfléchir à un avenir pour l’éducation populaire, s?ce qui ne va pas de soi, lorsque l’on sait que l’auteur a été théoricien de la mort de ce mouvement au tournant des années 70 ! Denis Adam
 
Contribution au débat politique. Comment rendre au politique le pouvoir d’agir?
Bernard Debry, éditions Connaissances et savoirs, 2007, 10€
Politistes, à vos manuels !
Trente-cinq petites pages :
le temps d’un atterrissage dans le local en venant de la planète et de l’Europe pour décrire la crise des institutions politiques à tous les niveaux de gouvernance. Et trente-cinq autres pour décoller des territoires décentralisés – que l’auteur propose de reconfigurer – et pour émettre des propositions jusqu’au niveau mondial. En proposant ce court voyage, Bernard Debry, directeur général de la communauté urbaine de Brest, cherche d’abord à débattre. Les lecteurs de Territoires partageront l’avis de ce serviteur de l’État quand il constate que " la supranationalité politique ne doit pas être déconnectée de la supranationalité économique, ou alors la loi du marché pique la place de la démocratie ". Ils regretteront cependant que l’auteur borne la crise actuelle à celle des institutions, quand il y a tant à dire et à travailler sur le rapport des citoyens à la politique. François Hannoyer
 
Brosses et Malais, quartier sensible ?
Luc Blanchard, Studio Graph, 95 pages, 12€
Destruction de la Maison blanche
Bien sûr, l’expérience d’un territoire sert rarement d’enseignement à un autre. Luc Blanchard nous raconte celle de Bessancourt (95), ville créée "en chemin de grue". On lira avec intérêt l’histoire des trente dernières (et glorieuses ?) années qui ont vu naître et se développer son quartier Brosses et Malais. Les héros ? Un " colon ", un éducateur, les jeunes, une adjointe aux affaires sociales, un directeur de MJC, un président d’amicale de locataires, entre autres…. L’auteur fait œuvre d’écrivain public pour décrire leurs relations et la gestion de leur territoire par les acteurs eux-mêmes. Cette intelligence collective permet de décrypter, par exemple, les nombreux symboles entremêlés dans la destruction du centre social " la Maison blanche ". F. H.
 
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avril 2007
 
Repenser la solidarité : l’apport des sciences sociales
sous la direction de Serge Paugam, Presses universitaires de France, 992 pages, 2007, 49€
Un nouveau solidarisme
Repenser la solidarité : c’est l’ambition que se sont donnée une cinquantaine d’univer-
sitaires et de représentants de la société civile réunis dans un séminaire de " Normale sup’ " au cours de l’année 2005 / 2006. Les chercheurs ont accepté de confronter leurs travaux aux regards des professionnels de la solidarité pour, ensemble, envisager les réformes nécessaires à la refonte du lien social et à la réduction des inégalités.
Ainsi, l’ouvrage fait l’inventaire de toutes les dimensions des inégalités en les reliant entre elles, au lieu de les appréhender séparément : la justice, la famille, les liens intergénérationels, le salariat, le racisme et les discriminations, les ségrégations urbaines, la santé sont analysés clairement, sous différents angles. Chacun, le citoyen, l’homme politique, le militant associatif, le professionnel peut s’approprier cet outil, certes volumineux, pour réfléchir à ce que le solidarisme peut vouloir dire aujourd’hui, dans un contexte d’inégalités renforcées. Serge Paugam, qui a dirigé les travaux, rappelle dans sa conclusion les questions transversales qui traversent les divers modes d’intervention sociale, dont l’éthique de la solidarité, les compromis pour concilier efficacité économique et solidarité sociale, les frontières de la solidarité, du local au supranational. Dans cette période de campagnes électorales, ce livre apporte des connaissances indispensables au débat démocratique pour ceux qui considèrent que le concept de solidarité, loin d’être dépassé, est au cœur de notre contrat social renouvelé. Céline Braillon
 
La concertation dans les projets de pôles d’échange
Cértu, 2006, 44 pages, 20€
Concertation et pôles d’échanges
Les pôles d’échanges constituent des aménagements particulièrement complexes et multipartenariaux : gares routières, gares ferroviaires et leurs places d’accès, pôles d’échanges intermodaux… Ils semblent être les parents pauvres de la concertation et l’étude montre pourquoi. Le Cértu étudie de manière très fine les difficultés de la concertation dans ce cadre : réticence chez les maîtres d’ouvrage et chez les professionnels, qui pensent que la concertation n’est justifiable que pour des dossiers simples ; intérêts divergents des usagers des transports (eux-mêmes très divers, réguliers, occasionnels, proches, lointains…) et des riverains ; choix difficile du " périmètre de la concertation " (interférences entre les pôles d’échange et le reste de l’organisme urbain). Il cerne aussi les conditions impératives à remplir pour que la concertation soit le fait du plus grand nombre, réelle, efficace, pas trop coûteuse en argent et en temps, et qu’elle donne, à la fin, un objet urbain pertinent (plus pertinent grâce à la concertation), satisfaisant le plus grand nombre. Mais, au-delà, l’intérêt réside dans des réflexions plus générales sur les conditions et les formes de la concertation en matière d’aménagement et d’urbanisme. La diversité des motivations des décideurs est cernée avec force : produire un aménagement urbain pertinent de qualité et, surtout, adapté aux besoins des usagers ; assurer " l’acceptabilité " des projets ; dynamiser la vie démocratique locale. Les difficultés pratiques de la concertation font aussi l’objet d’un inventaire précis. Il en découle toute une série de conseils pour réussir, et de fiches techniques pratiques détaillant les outils qui peuvent faciliter l’opération : étude du contexte et du milieu, monitoring de l’opinion publique, information descendante, réunions publiques, expositions, ateliers d’usagers et de riverains, " déambulations accompagnées ", tests d’offres ou de scénarios, enquêtes de satisfaction. Il s’agit d’une mine de conseils pour ceux qui veulent se lancer dans l’aventure. Georges Gontcharoff
 
Une histoire de l’éducation populaire
Jean-Marie Mignon, La Découverte, collection Alternatives sociales, 2007, 264 pages, 24€
La vie après la mort de l’éducation populaire
Les ouvrages sur l’histoire de l’éducation populaire en France manquent. Jean-Marie Mignon propose un livre rapide qui, en 250 pages, est une histoire – ou plutôt sa manière de lire l’histoire – de l’éducation populaire, qui débute par la " reconstruction " de l’éducation populaire au milieu des années 40 et n’évoque que marginalement sa création dans la seconde moitié du 19e siècle ou son rôle essentiel lors du Front populaire. Dans une chronologie parfois ardue et avec l’ambiguïté toujours un peu piègeante de devoir faire à la fois une histoire des structures et celle d’une démarche, il évoque tour à tour les liens de parenté, et souvent, de conflit avec l’éducation, la culture, l’animation socio-éducative, pour conclure par les " limites des modèles installés " et les " défis à relever " aujourd’hui. Quelques regards hors de métropole permettent d’élargir le point de vue. Tout comme la confrontation de l’éducation populaire avec les nouvelles formes d’engagements (développement durable, commerce équitable, échanges réciproques de savoirs, démocratie participative, défense des " sans droit "). Bien que le limitant davantage à l’épanouissement qu’à l’émancipation individuelle et collective, cet ouvrage a le mérite de réfléchir à un avenir pour l’éducation populaire, ce qui ne va pas de soi, lorsque l’on sait que l’auteur a été théoricien de la mort de ce mouvement au tournant des années 70 ! Denis Adam
 
Nouvelles pratiques sociales
volume 18, n° 2, printemps 2006, Presses de l’université du Québec, 13€ www.puq.ca
Nouvelles pratiques citoyennes
Tous les articles de ce volume de la revue Nouvelles pratiques sociales intéresseront les acteurs de la démocratie participative. On en retiendra particulièrement deux, dont les enseignements nous semblent de nature à éclairer les " nouvelles pratiques citoyennes ", thème de la livraison. Dans le premier, Michel Parazelli fait état d’un dispositif adapté des principes de socio-psychanalyse introduits dans le champ de l’intervention sociale par Gérard Mendel. Le sociologue décrit la forme et le fond de huit ans de travail auprès de jeunes de la rue, de responsables institutionnels, de policiers et d’intervenants sociaux, centrés sur cet objectif : " Comment viser l’égalité des rapports entre les individus lorsque ceux-ci sont déjà inscrits dans des positions inégales dès le départ ? ". À lire quand on cherche à faire rimer offre de participation et intégration sociale, hors des discours incantatoires. Et où l’on comprend que, loin des paillettes de la participation spectacle, la démocratie participative requiert l’élaboration exigeante de méthode. Plus loin, Anne Latendresse examine les corporations de développement économique communautaires (CDÉC) à Montréal d’une part, et le budget participatif de Porto Alegre d’autre part. Dans le dialogue avec les entreprises pour les CDÉC, dans les choix de gestion des ressources publiques à Porto Alegre, la question est la même : comment renforcer la société civile pour éradiquer la dualisation sociale et spatiale de nos sociétés post-modernes ? On lira aussi avec intérêt la contribution de Laurence Bherer, " Démocratie participative et qualification citoyenne " : faire participer, est-ce affadir l’expertise d’usage en l’institutionnalisant, ou est-ce la condition sine qua non pour inscrire durablement le citoyen comme acteur de la décision publique? François Hannoyer
 
Le bizness, une économie souterraine
Nasser Tafferant, Presses universitaires de France, 2007, 180 pages, 22€
En parallèle
Pour son premier ouvrage, le sociologue Nasser Tafferant a choisi comme terrain d’enquête son ancien quartier, à Mantes-la-Jolie (78). Un choix personnel mais aussi scientifique, pour un sujet de recherche audacieux : l’économie parallèle, ou plus exactement l’existence de nombreux trafics (pièces détachées, lingerie féminine, parfum, vêtements de marque, électroménager, etc.) permettant à certains habitants d’améliorer quotidien ou fin de mois. L’auteur ayant délibérément choisi de ne pas s’intéresser au trafic de drogue, trop spécifique (mauvaise image du dealer, connotation négative de sa marchandise). En revenant sur son propre terrain, le chercheur, identifié par les revendeurs comme appartenant à un passé scolaire et résidentiel commun, peut donc susciter confiance et confidences. Et ainsi se fondre dans la posture de l’observateur légitime. Aussi, après une introduction plutôt théorique et pédagogique, cet essai, jalonné de témoignages pris sur le vif, donne à voir et à comprendre comment cette économie parallèle se donne comme légale et morale aux yeux de nombreux participants, ou du moins comme moyen d’accéder, certes de manière déviante, à un bien-être matériel banalement conformiste. Comme si le trafic n’était qu’une solution pour devenir un adulte respecté et prospère. A. C.
 
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mars 2007
 
L’Autre campagne, 80 propositions à débattre d’urgence
ouvrage coordonné par Georges Debrégeas et Thomas Lacoste, préface de Lucie et Raymond Aubrac, La Découverte, 2007, 300 pages, 14 €
Se lancer dans les débats
Voici un livre à lire impérativement avant le 22 avril prochain. Surtout si la campagne présidentielle, telle qu’elle se joue sur les scènes médiatiques, vous ennuie, vous exaspère ou vous déprime. Ouvrage collectif, l’Autre campagne, 80 propositions à débattre d’urgence, distille les avis, savoirs et autres expertises de professionnels en tout genre (syndicaliste, militant associatif, philosophe, économiste, politiste, biologiste, écologiste, etc.) habilités à parler en raison de leur connaissance des thèmes abordés et non pas, à la différence des candidats à l’Élysée, à la suite de leur entrée dans la course au mandat suprême. Chacun dans leur domaine, ils se posent une question, fondamentalement politique et contemporaine, et suggèrent les moyens d’y répondre, ouvrant ainsi la perspective d’une alternative au désenchantement politique. " Utopie réaliste ", comme le présentent les préfaciers, Lucie et Raymond Aubrac, cet ouvrage, en forme de feuille de route, permet d’envisager cette " élection à haut risque ", selon les propres mots des animateurs de l’initiative Georges Debrégeas (lire page 16) et Thomas Lacoste, à l’aune d’un regard critique et sincère, qui prend le temps de passer en revue toutes les problématiques que notre société se doit d’affronter. Remède à l’atonie et à la mesquinerie des débats, ce livre, clair et engagé, prend formellement le parti d’outiller intellectuellement le citoyen. Pour que ce dernier puisse se réapproprier une campagne, pour l’instant bien protocolaire, et ainsi, " résister à l’ordre établi, à l’ordre promis ". Afin d’aiguiser son bulletin en toute lucidité. Aline Chambras
 
Le quartier, enjeux scientifiques, actions politiques et pratiques sociales
sous la direction de Jean-Yves Authier, Marie-Hélène Bacqué et France Guérin-Pace, La Découverte, 2007, 304 pages, 26€
Marquer son territoire
Le mot est à la mode : " quartier ". Mais derrière ce vocable, utilisé de plus en plus à toutes les sauces, quelle est la réalité du quartier ? Lieu " d’enfermement territorial et social ", sorte d’ " entre soi qui menace la cohésion sociale " ? Ou, à l’inverse, espace " ressources ", facteur de développement d’une démocratie participative de proximité porteuse de nouveaux liens sociaux ? C’est à ces questions que tentent de répondre une vingtaine de chercheurs dans ce livre très documenté et étayé. En analysant tout d’abord les politiques propres aux quartiers, puis la représentation et les usages des habitants des quartiers et, enfin, la force et les faiblesses de ces espaces de vie, les auteurs de l’ouvrage cherchent à mettre en valeur " la création de nouvelles centralités ".A. C.
 
Télé Millevaches
Samuel Deléron, Michel Luleck et Guy Pineau, éditions Repas, 2006, 164 pages, 15€ repas@wanadoo.fr
Comme sur un plateau… de télé
Non, le nom de télé Millevaches, comme celui du célèbre plateau, ne se réfère pas au fameux bovin. Pour en connaître l’origine, à vous de lire… Vous découvrirez l’histoire de cette télé pas comme les autres, véritable exemple de développement local (Territoires n° 475). Issue de passions, d’actions, de volontés de réagir d’une poignée d’hommes et de femmes bien décidés à ne pas laisser mourir leur pays et de montrer qu’il s’y passe des choses, que des rencontres sont à faire et de nouveaux liens sont à tisser, à inventer. D’un acharnement à ne pas quitter et à faire vivre ce plateau, à cheval sur trois départements, faussement condamné à l’agonie par ceux qui n’y viennent jamais. Un petit groupe hétéroclite, maires, curés, néo ruraux, se sont lancés dans l’aventure il y a vingt ans, commençant en bidouillant et sans jamais baisser les bras, pour créer Télé Millevaches. Les turpitudes rencontrées pour le financement, la non pérennisation d’emplois aidés qui se succèdent, la bataille – perdue mais menée ! – pour tenter d’obtenir un passage sur un canal hertzien à une heure où ce canal public ne diffusait pas, font partie des meilleurs moments de cette aventure humaine qui est fière de fêter ses vingt ans. Les moyens alternatifs pour tourner, monter et diffuser contre vents et marées les magazines qui s’enchaînent, la durée dans laquelle s’est inscrite cette expérience font désormais de cette télé un exemple pour tous ceux qui veulent se lancer dans l’aventure, dont ils pourront avoir un avant goût grâce au CD Rom d’extrait d’émissions joint à l’ouvrage. Blanche Caussanel
 
Les recompositions culturelles. Sociologie des dynamiques sociales en situation migratoires
Abdelhafid Hammouche, Presses universitaires de Strasbourg, 2007, 224 pages, 16 €
Du vécu aux politiques
Enseignant chercheur en sociologie à Lyon 2, Abdelhafid Hammouche nous donne avec son dernier ouvrage une remise en perspective d’un nombre considérable d’études de terrain, à Saint-Étienne, dans l’agglomération lyonnaise et dans d’autres territoires proches de Lyon. Revendiquant une approche inspirée de Bourdieu et d’Abdelmalek Sayad, il opère à partir des observations de terrain une théorisation d’un processus complexe de " recompositions culturelles " à l’œuvre depuis plus d’un demi-siècle parmi des populations principalement originaires d’Algérie. Le sociologue nous amène à nous familiariser avec les trois âges de l’immigration décrits par Sayad, avec les stratégies que les familles et les individus élaborent pour " tirer leur épingle " d’un jeu en perpétuelle transformation. Nous sommes ainsi emmenés dans les modes successifs des démarches matrimoniales, les manières de s’approprier les espaces p0?ublics ou semi publics, les enjeux de socialisation portés par différentes expériences associatives, le rapport évolutif au temps des vacances (Ah ! Ce beau texte des rappeurs Groupe 113 Tonton du bled !)… Naviguant de discours théoriques complexes à de multiples exemples de " vécu " souvent touchants, Abdelhafid Hammouche nous rend plus intelligible le long apprentissage des migrants. Il nous montre aussi par touches le décalage entre cette réalité et les politiques publiques qui prétendent la traiter. Michel Wilson
 
Religion, identité et espace public
Profession Banlieue, 2006, 80 pages, 15€
Foi et loi
Pourquoi le fait religieux pose-t-il problème aujourd’hui, plus de cent ans après la loi de séparation de l’Église et de l’État ? L’une ou l’autre se sentiraient-ils menacés ? Faut-il voir dans cette résurgence une remise en question des valeurs de la France chrétienne ? Une atteinte à la cohésion républicaine ? Le petit ouvrage publié par Profession banlieue est l’un de ceux qu’on aimerait avoir sous le coude quand nos débats passionnels s’enflamment et que nous cherchons comment raison garder. Pédagogique, serein, il déconstruit nos représentations sociales et tente de rassurer les esprits inquiets. Les auteurs, chercheurs en sciences sociales et politiques, montrent comment, par amalgames successifs, nous voyons dans la jeune fille voilée de Creil l’opprimée d’un processus sectaire, derrière le garçon arabe des hordes barbares, dans les quartiers de relégation l’invasion du non-droit. Ils émettent l’hypothèse que ces craintes sont l’expression d’une phobie du communautarisme, mais aussi d’un doute sérieux quant au modèle républicain d’intégration, d’une remise en questions de nos outils de cohésion sociale. Plus profondément ancrées peut-être dans notre inconscient collectif, nos craintes témoigneraient d’un refus des processus identitaires pourtant à l’œuvre avec les religions majoritaires, la négation de libertés individuelles pourtant au cœur de l’idéal républicain. La notion d’identité multiple, intersticielle dans la modernité contemporaine, s’opposant à celle, singulière, portée par une modernité unitaire qui est désormais derrière nous, est particulièrement intéressante. Elle me rappelle cette conversation avec Momo, emploi-jeune aux Mureaux (78) : " Vous croyez qu’on est sans foi ni loi ? C’est le contraire. Les jeunes d’ici, ils se mélangent les idées entre trop de lois : celles de la famille, de l’école, de la rue, de la religion, de la violence à la télé, de la publicité… " Peut-on mieux expliquer comment la communauté porte l’idée de socialisation ?
François Hannoyer
 
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fevrier 2007
 
La Contre-Démocratie
Pierre Rosanvallon, Seuil, 346 pages, 21€
La contre-démocratie contre les barricades
L’idée de base du livre de Pierre Rosanvallon est simple, assez inédite et productrice de réflexions passionnantes. Depuis son origine athénienne, la démocratie marche sur deux pieds. En premier lieu, les citoyens élisent des représentants, des gouvernants. C’est l’origine de la démocratie représentative. Simultanément, sont tirés au sort, parmi les citoyens, des magistrats (juges, tribuns,…) qui surveillent et qui éventuellement sanctionnent les représentants. C’est l’origine de ce que l’auteur appelle, non sans ambiguïté, la " contre-démocratie ". Ce deuxième canal de l’exercice du pouvoir, délégué par les citoyens, n’est pas dirigé contre la démocratie, mais est destiné à éviter ses dérives ou à les redresser. L’auteur explore les textes et les doctrines qui constituent le fil rouge de la " défiance et de la vigilance citoyennes vis-à-vis des élus ". Car, dès le début de la démocratie, prévaut l’idée que le pouvoir corrompt et que les citoyens doivent intervenir, en permanence, pour surveiller, juger, sanctionner, révoquer leurs représentants. Le désamour citoyen actuel à l’égard de la démocratie représentative est-il la suite contemporaine de la défiance récurrente des électeurs vis-à-vis de leurs élus ? L’engagement croissant des citoyens dans les formes multiples des instances de participation, offertes ou conquises, exprime-t-il une certaine institutionnalisation du courant de la " contre-démocratie " ? La résurgence des thèmes de la défiance vis-à-vis des élus, de leurs déviations autoritaires et mafieuses, de leur incapacité à tenir leurs promesses et à changer le monde ; l’édification de mécanismes de contrôle (y compris dans la conception ségolienne des jurys citoyens) expriment-elles le désir de rénovation du pouvoir représentatif ? Ou, au contraire, expriment-elles la volonté de prendre le pouvoir à la place de ceux qui l’accaparent et qui le gèrent si mal, ce que signifierait de manière exacte le terme de " contre-démocratie " ? Autrement dit, s’agit-il de réformer la démocratie représentative par le développement de la démocratie participative, ou de renverser, par la révolution et par un autre pouvoir, une représentation devenue néfaste au peuple ? De tout cela, Pierre Rosanvallon ne dit pas grand-chose, en historien tourné plus vers le passé et le mouvement des idées que vers le présent et les avatars contemporains des mouvements sociaux. Georges Gontcharoff
 
Eux et nous, de Joël Roman,
Hachette, collection Tapage, 2006, 150 pages, 10 €
Eux, c’est nous
" Eux ", ce sont " ces jeunes de banlieue " que Joël Roman désigne sous ce vocable pour nous rappeler, à " nous " – classes moyennes, classes populaires, militants associatifs, élus, acteurs sociaux, lecteur lambda, etc. – d'où ils viennent, qui ils sont, ce qu’ils vivent au quotidien, comment les institutions leur parlent ; pour nous dire que ces jeunes ne sont pas le problème mais la solution, qu’ils ne sont pas des gêneurs mais notre ressource. À partir d'une analyse des discours ambiants qui amalgament largement islam, banlieue et terrorisme, qui fondent une politique du tout sécuritaire, Joël Roman nous rafraîchit la mémoire sur l'histoire des quartiers depuis trente ans, et sur les politiques publiques successives qui ont été menées. Il revient également sur notre passé colonial, en particulier en Algérie, et sur ses conséquences sur les conditions réelles d'intégration des populations qui ont immigré à l'époque en France.
Tout cela pour nous dire que ce n'est pas de l'angélisme de crier à la responsabilité collective, que ce n'est pas du communautarisme que de défendre des identités culturelles assumées dans l'espace public.
Le social-populisme qui permet de voguer allègrement sur la vague du Front national est ici vigoureusement fustigé : " On ne combat des idées que par des idées, un discours politique que par un autre discours politique, une analyse par d'autres analyses ", nous rappelle à juste titre l'auteur. Il ne va pas falloir l’oublier en ces temps de bouillonnements préélectoraux. Enfin, l'auteur revient sur nos fondamentaux : qu'est-ce que vivre ensemble ? Qu'est-ce qui fonde une identité collective ? Qu'est-ce qu'une communauté politique aujourd'hui ? Et il conclue sur une injonction à laquelle nous ne pouvons qu’être sensibles, celle de rassembler nos énergies dans un " nous " global, pour trouver des solutions à la hauteur des enjeux de société qui nous sont posés aujourd'hui. Céline braillon
 
La France invisible
sous la direction de Stéphane Beaud, Joseph Confavreux et Jade Lindgaard, La Découverte, 2006, 647 pages, 26€
Qui sont ces gens là ?
Ils sont Rmistes, surendettés, femmes au foyer, etc., et ont un point commun : " un sentiment de non-reconnaissance et de mépris social ", qui leur fait parfois se sentir " invisibles ". À moins qu’une association, un mouvement ne les mette brusquement sur le devant de la scène sociale, comme récemment ce fut le cas des SDF, grâce à l’opération " tentes " de Médecins du monde, à l’été 2006, reprise par les Enfants de Don Quichotte à la fin de l’année 2006. Mais, en dehors de ces coups de projecteur ponctuels et spectaculaires, notre société semble avoir du mal à s’envisager dans sa diversité, sa complexité et surtout ses non-dits. Habitude ? Indifférence ? Honte ? Manque de données ? C’est à toutes ces mauvaises raisons qu’a voulu s’attaquer la vingtaine de journalistes, sociologues, historiens, etc. qui a participé à l’écriture de La France invisible. Dans cet ouvrage incontournable en cette période de langue de bois, chaque groupe
d’invisibles, classé par ordre alphabétique, est décrit, analysé et commenté, entre sociologie, entretiens et investigation. Dans une deuxième partie plus théorique, ce sont les connaissances et les représentations du monde social qui sont directement mises en cause : elles doivent impérativement abandonner l’idée de la " gestion sociale " pour se recentrer sur celle de la " question sociale ". Si elles veulent parler du monde tel qu’il est. Aline Chambras
 
L'économie verte expliquée à ceux qui n'y croient pas
Pascal Canfin, préface de Dominique Voynet, Les petits matins, 2007, 152 pages, 14 €
Dialogue socratique
Tout commence quand Pascal Canfin, journaliste à Alternatives économiques et président de la commission économique et sociale des Verts, en route pour un week-end de novembre en Normandie, tente de dissuader l’ami qui l’emmène de mettre la climatisation. En vain. Conscient que les préceptes écologiques, s’ils sont connus de tous, ne sont pas appliqués, voire sont méprisés, l’auteur n’a de cesse, durant ce séjour, de prouver à ses amis, souvent très sceptiques, que l’écologie n’est pas qu’une mode " bo-bo " mais qu’elle porte, aussi et surtout, une vision économique et sociale de la société.
Véritable vivier de propositions visant à faire de l’écologie le moteur de nos sociétés de demain, cet ouvrage expose, sous forme de dialogues pris sur le vif, tous les aspects d’une politique soucieuse de respecter l’humain et son environnement. Aux lecteurs d’accoucher ou non de la fibre écolo… A. C.
 
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janvier 2007
 
Le modèle suédois. Santé, services publics, environnement : ce qui attend les Français
Magnus Falkehed, La petite bibliothèque Payot, 2005, 208 pages, 8 €
Coup de froid sur Le modèle
À l´heure où la France a entamé une série de réformes et de mutations diverses, ne serait-ce que dans le domaine des services publics, il peut être utile d´analyser comment ces transformations non seulement changent la vie des citoyens du "laboratoire" scandinave, mais influ-encent aussi la société, ses structures et les valeurs qu´elle véhicule. Cela d´autant plus que les réformes que la France engage actuellement semblent parfois calquées, presque jusqu´à la caricature, sur celles qui ont été menées depuis une dizaine d´années en Suède. " Voilà qui est clair : c’est bien une " expédition dans le futur proche, peut-être celui de la France " que propose Magnus Falkehed, journaliste indépendant qui travaille en France pour des journaux suédois.
La première partie de son livre est consacrée aux services publics : transports, poste, éducation, électricité, hôpitaux... Magnus Falkehed y décortique secteur par secteur les réformes engagées ces dernières années en Suède, leurs conséquences et leurs aspects positifs et / ou négatifs : " point de service postal " situé dans le coin loto et bonbons du supermarché, femme enceinte qui a perdu les eaux et se voit redirigée en taxi vers un autre hôpital, flambée du prix de l´électricité lors de l´hiver 2003, école à la recherche d´argent qui loue ses locaux pour des soirées dansantes le week-end, SL (les transports collectifs de Stockholm) recevant 31 687 notes de taxi en 2002 après avoir promis de rembourser les trajets en taxi lorsque les transports avaient plus de 20 minutes de retard... À partir d´illustrations concrètes, Magnus Falkehed dresse un panorama de la société suédoise qui donne à réfléchir. Le livre vivant, agréable et rapide à lire, présente un double intérêt : il se penche sur l´impact des réformes sur la vie quotidienne, avec de nombreux exemples et témoignages. De plus, il opère un aller-retour constant entre les réformes opérées en Suède et ce que cela donnerait si elles étaient transposées en France.Hélène Cabioc'h
 
La participation politique : crise ou mutation ?
dossier réalisé par Bruno Denis, Problèmes politiques et sociaux n° 927, La Documentation française, 2006, 120 pages, 9,20 €
Dernières questions avant élections
Après le résultat désastreux pour les partis et les médias dominants du référendum de ratification du Traité constitutionnel européen et la multiplication des actions protestataires en dehors des traditionnels partis et syndicats, le dossier n° 927 de Problèmes politiques et sociaux, titré La participation politique : crise ou mutation ?, apporte les points de vue clairvoyants des experts en sciences politiques à tous ceux qui s’interrogent sur le devenir de la démocratie. En 120 pages se trouvent condensées les questions se rapportant à la participation politique en France. Découpé en trois grandes parties (constat du déclin de la participation chez les électeurs, militants et citoyens ; tentatives d’explication de cette désaffection ; et enfin nouvelles formes mises en œuvre pour redynamiser la citoyenneté, notamment au niveau local, via la démocratie participative), ce dossier porte le débat sur le sens de l’action locale, ses limites, ses imperfections. Serait-elle un laboratoire d’idées revivifiantes pour la démocratie, ou un simple pansement sur une jambe de bois ? Un dossier qui aide à mesurer, en somme, le fossé séparant les pouvoirs publics des citoyens, et le chemin restant à parcourir pour consolider les nouveaux ponts jetés entre les acteurs de la société. n Blanche Caussanel forcené et exclusion croissante, afin de fonder un " nouvel humanisme ". Blanche Caussanel
 
Devenons des médias alternatifs !
Esteban, éditions Le p’tit gavroche, 2006, 366 pages, 10€
Altérix chez les médias
Ce guide invite à un voyage au cœur de l’information, non pas celle que l’on trouve habituellement dans les kiosques à journaux, mais à travers la jungle des médias différents. Les irréductibles dénicheurs de presse alternative ayant commis cet annuaire ont réussi le tour de force de recenser plus de 500 sources d’information " hors système ", aux quatre coins de l’hexagone, oubliant tout de même de citer Territoires ! Le premier tiers du guide donne des pistes pour créer son propre média, prenant pour exemple quelques cas d’école tels que la naissance de la revue écologiste Silence ! ou du site Indymedia, collectif regroupant des organisations de médias indépendants. Viennent ensuite les foisonnants contacts de revues, sites, blogs, télévisions, radios associatives et citoyennes, classés selon une quarantaine de thématiques touchant notamment à l’économie sociale et solidaire. À signaler, chez le même éditeur, la parution au printemps prochain du guide des métiers et formations alternatives. B. C.
 
Pour en finir avec la démocratie
François Amanrich, 2006, éditions Papyrus, 172 pages, 22 €
Faut-il jeter les dés ?
Le hasard au secours de la démocratie ? C’est décidément dans l’air. Patrick Braouezec l’invoquait pour désigner le candidat antilibéral à la présidentielle ; Ségolène Royal, et d’autres avant elle, pour composer les jurys citoyens… Dans son ouvrage " Pour en finir avec la démocratie ", François Amanrich développe l’idée que le tirage au sort devrait corriger la dérive principale de notre démocratie : elle n’est plus représentative, simple réplique moderne de l’Ancien Régime avec son Président-Roi et les trois ordres, nobles / politiques, clergé / fonctionnaires et tiers-État / société civile.
Le fonctionnement clérocratique (du nom du procédé athénien de tirage au sort) propose d’organiser une nouvelle pyramide démocratique assise sur une " base " locale. " À ce niveau seulement le vote populaire est un vote réellement démocratique. Tout un chacun, dans son quartier ou dans son village, est en mesure de connaître celui pour lequel il se prononce. " Au-delà, un système de désignation et de tirage au sort vient empêcher les carriérismes, les listes créées par opportunisme, les lobbies et les prébendes. L’auteur, qui a recueilli plus de 180 signatures dans sa course à l’Élysée, prétend assainir les institutions et y remettre les vertus initiales de la démocratie : égalité (d’accès aux fonctions politiques), compétence (par l’apprentissage progressif auprès des techniciens), indépendance (vis-à-vis des effets de mode et des lobbies), responsabilité (dans la réalisation d’une mission et non dans la gestion d’un mandat).
Mais l’essentiel n’est-il pas ailleurs ? La démocratie n’a-t-elle pas davantage besoin de repenser le contrat social qui lie les différentes composantes de la société ? D’organiser les moyens collectifs de débat contradictoire entre les intérêts spécifiques des uns et des autres ? Dans le dialogue qu’il organise avec lui-même et qui structure son ouvrage, François Amanrich paraît bien seul face aux moulins à vent contre lesquels il part en guerre. François Hannoyer
 
Démocratie participative en Europe
dossier coordonné par Stefan Bratosin avec la collaboration de Jean-Thierry Julia, revue Sciences de la société, n° 69, 2006, Presses universitaires du Mirail, 228 pages, 20 €
État des lieux européen
Si la démocratie participative bénéficie en ce début de 21e siècle d’un intérêt grandissant, dont la preuve en est la multiplication des expériences et des discours portés par cette notion, il n’en reste pas moins que ce concept politique et social renferme toujours questionnements et controverses. Apparu dans les années 60 aux États-Unis, le terme de démocratie participative désigne à l’origine le moyen permettant " la transformation des individus par l’éducation à la démocratie ".
Aujourd’hui, entre volonté de contrecarrer les excès et les défaillances de la démocratie représentative, désir d’élargir le champ du débat public et de la citoyenneté et espoir de transformation et d’émancipation sociale, la démocratie participative se cherche une réalité et une véritable définition. À travers un tour d’horizon des différentes pratiques en place en Europe (Belgique, Suède, Espagne, Grèce, Roumanie, etc.), les chercheurs, ayant collaboré à cet ouvrage, dessinent en filigrane ce que pourrait être et faire la démocratie participative européenne de demain. À condition que s’ouvre au plus vite un profond dialogue sur le sens du projet politique européen. Aline Chambras
 
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Decembre 2006
 
La consommation citoyenne
hors-série d’Alternatives économiques, 2006, 175 pages, 9,5 €
Guide 100 % recyclable
C’est le guide le plus complet sur le sujet que j’ai pu tenir entre mes mains… Le hors-série pratique d’Alternatives économiques sur La consommation citoyenne ne fait l’impasse… sur rien. En 175 pages particulièrement claires, vous trouverez des réponses à toutes les questions que vous vous posez, et surtout à celles que vous ne vous posez pas encore. Exemple : voyageant au Japon (il est d’ailleurs conseillé de ne pas y aller en avion : " un aller-retour Paris - Asie du Sud-Est représente près de la moitié des émissions de gaz à effets de serre annuelles d’un français ", page 136), vous souhaitez y acheter des souvenirs qui ne nuisent pas à l’environnement ? Il vous faudra donc vérifier la présence de l’écolabel japonais, décrit page 56. Autre exemple : vous dînez avec le responsable du développement durable du groupe Casino (c’est un ami du beau-frère de votre cousin) : il vous vante l’efficacité énergétique des camions qui livrent son groupe, qui ont diminué de 35 % en cinq ans leur consommation. Ne le contrez pas frontalement, rappelez-lui simplement que, avec l’augmentation des flux de livraison, les émissions de gaz à effet de serre liées au transport de marchandises vendues chez Casino ont augmenté de 20 % depuis 2002 (page 100). Cela se nomme l’effet " rebond ", et l’ambiance de la fin de soirée est garantie. Garanties ? Le guide présente plus de quarante labels, des plus sûrs aux plus bidons, des marques, des boutiques, des sites internet, mais aussi des voies d’actions, individuelles et collectives… Du bio, de l’équitable, du solidaire, du responsable, la jungle du " citoyennement responsable " est taillée à la machette par les journalistes d’Alternatives économiques pour que chacun puisse mieux y retrouver ses petits et travaille sur ses contradictions de consommateur-citoyen. Nicolas Leblanc
 
Les classes moyennes à la dérive
Louis Chauvel, Le Seuil, 2006, 112 pages, 10,5 €
Crash de classe
Dans cet ouvrage, le sociologue Louis Chauvel étudie le devenir des classes moyennes, groupe intermédiaire dont le sort économique, social et culturel dans la société est le pivot de sa bonne santé démocratique. Dans une démonstration sans appel et en dépit des indicateurs optimistes publiés régulièrement par l’Inséé, et après avoir rappelé à quel point le terme " classes moyennes " ne désigne plus un groupe homogène, l’auteur montre par quel processus ces couches intermédiaires sont désormais menacées de déclassement. Selon Louis Chauvel, ce recul risque d’entraîner la société toute entière dans un marasme dangereux aux conséquences politiques potentiellement désastreuses : l’espoir d’ascension sociale ne faisant plus vivre les classes populaires, les fruits de la croissance économique ne profitant plus qu’aux seniors et aux élites, la mauvaise santé des classes intermédiaires ayant perdu leur légitimité de modèle, met en péril la société dans son ensemble. Après avoir bénéficié des largesses des Trente glorieuses et des révolutions de 1968, la société française se porte mal de n’être traitée que pour ses symptômes. À l’approche des échéances électorales, l’auteur invite à réfléchir sur notre modèle de développement devenu insoutenable, entre individualisme forcené et exclusion croissante, afin de fonder un " nouvel humanisme ". Blanche Caussanel
 
Antimanuel d’économie, tome 2 Les cigales
Bernard Maris, 2006, éditions Bréal, 384 pages, 21 €
Un manuel fort bien pourvu
Bernard Maris nous livre ici le second volet de son Antimanuel d’économie, ouvrage didactique qui poursuit, après l’analyse de l’existence (tome 1, Les fourmis), celle de l’essence des lois économiques qui régissent le monde moderne (tome 2, Les cigales). D’une manière habile, il présente les notions essentielles de la science économique pour mieux s’en écarter et jeter des ponts vers l’anthropologie, la philosophie, l’histoire, ce qui séduira tous ceux pour qui cette matière reste rébarbative et difficile d’accès. Une façon aussi de replacer l’humain au cœur du débat. L’éclectisme dont fait preuve l’auteur dans le choix des textes et illustrations qui jalonnent cet ouvrage vient servir l’analyse militante de ce professeur d’économie engagé. B. C.
 
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novembre 2006
 
Le don, une solution ?
Ritimo, Cap Humanitaire et Peuples solidaires, 2006, 96 pages, 6 €
Pourquoi donner ?
Comment ne pas donner idiot, sortir du tout caritatif ? Après nous avoir conseillés sur des vacances responsables, le réseau Ritimo nous propose cette fois de réfléchir au sens du don pour ne pas engendrer d’effets néfastes en croyant aider. Dans ce petit guide pratique, Ritimo démonte quelques bonnes vieilles idées reçues et pratiques nuisibles. Non, le réflexe courant – et déculpabilisant – de donner de l’argent, moyen simple, rapide et sans contrepartie, pour soutenir sans s'impliquer, n’est pas forcément la panacée en matière de don. Non, toutes les associations qui récoltent des dons ne sont pas hantées par le fantôme de M. Crozemarie. Le chapitre " donner de l’argent " arrive d’ailleurs en dernier au sommaire. Et non encore, tous les vieux bidules qui ne servent plus chez nous ou sont périmés ne feront pas forcément le bonheur des habitants du Tiers-monde. Avaleriez-vous sans sourciller un médicament périmé depuis plusieurs mois ? Dans ce guide, on cherche à éviter le don inadapté, (con)-descendant, aberrant, pour aller vers un don facteur de changement, qui s’inscrit dans un ensemble de pratiques responsables et solidaires. Vous y trouverez de très nombreux contacts pour agir et des références bibliographiques pour poursuivre la réflexion. Vous étiez déjà consom’acteur ?, devenez aussi don’acteur ! Blanche Caussanel
www.ritimo.org
 
Dictionnaire de l’autre économie
sous la direction de Jean-louis Laville et Antonio David Cattani, édition mise à jour et augmentée, Folio, 2006, 720 pages, 10,9 €
L’autre dictionnaire d’économie
Développement local, économie solidaire, biens publics mondiaux, décroissance, autogestion… Cinq exemples de la soixantaine de concepts-clés définis dans ce dictionnaire-encyclopédie. Il regroupe une somme de connaissances liées à l’" autre " économie, portées notamment par le mouvement altermondialiste, dont les pratiques émergent depuis plus d’un quart de siècle sans trouver suffisamment d’échos dans les courants de pensée et médias dominants. En mettant en lumière ce pan sous-estimé de l’économie, sorti de l’ombre du secteur marchand régi par les politiques néolibérales, ce dictionnaire met en avant une multitude de représentations, de pratiques et d’initiatives porteuses de renouveau démocratique et de solidarité. Les articles, rédigés par des universitaires reconnu-e-s en sciences économiques, sociales et politiques, définissent clairement les notions et font le lien avec des pratiques sociales innovantes. Viennent s’y adjoindre de précieuses références bibliographiques. Une contribution nécessaire donc, à porter d’urgence dans le débat public. B. C
 
Sarkozy dans le texte, connaître pour mieux combattre
2005, Réformistes et solidaires, 2005, 140 pages, 7€
Un livre qui a déjà quelques mois mais qui reste indispensable : pas cher et bien fait, il classe les citations de l’actuel ministre de l’Intérieur et ses faits d’armes passés par thème. On retrouve ses amis chers (Balkany, Carignon, Tom Cruise, Devedjian…), mais aussi ses rapports avec la double peine, l’atlantisme, le cumul, l’islam de France, etc. En tout, 133 entrées qui permettent à la fois de comprendre que le discours sarkozyste dessine bien un projet de société (libéral-autoritaire) et que l’ambition du président de l’UMP semble sans borne. Pas forcément digeste, mais c’est comme les médicaments : plus c’est dur à avaler, plus c’est utile. À noter : une " mise à jour permanente " participative est ouverte sur le site www.re-so.net.
 
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octobre 2006
 
L’indépendance au présent
Paul Néaoutyne, avec Jean-François Corral et André Némia, préface de Didier Daeninckx, Syllepse, 2005, 200 pages, 20€
La leçon kanak
Dans un long entretien, Paul Néaoutyne, qui préside la province Nord, l’une des trois provinces à majorité indépendantiste de Nouvelle-Calédonie, nous livre, avec précision et pédagogie, le sens de la lutte du peuple kanak pour l’indépendance. Après la lutte armée, le combat s’est transformé en une négociation opiniâtre entre trois partenaires : l’État français, qui a spolié la terre des Kanaks il y a plus d’un siècle et demi, le Rassemblement, qui regroupe, autour de Jacques Lafleur, ceux qui veulent rester dans la République, à 20 000 kilomètres de Paris, et le Front de libération kanak socialiste, qui a entrepris, autour de Jean-Marie Tjibaou puis, après sa disparition brutale, de Paul Néaoutyne, de recouvrer la pleine souveraineté du peuple kanak sur son territoire. Après les accords de Matignon, et le référendum qui engage le peuple français tout entier dans le respect d’un calendrier, il y a eu les accords de Nouméa, qui jalonnent le chemin devant conduire en 2016 le choix du peuple kanak et de ceux qui partagent avec lui son existence, depuis parfois trois générations. Au fil d’un discours simple et direct, le lecteur comprend que ce qui est en jeu, c’est davantage que l’indépendance politique, souhaitée par les représentants du peuple kanak. Dans un monde dominé par la puissance de l’argent, le choix que nous présente Paul Néaoutyne est un combat de survie de l’humanité. À quelles conditions pourrons-nous décider pleinement de l’avenir de nos territoires, sans les mettre en péril ? Paul Néaoutyne nous donne une leçon de réalisme sans abondonner l’essentiel. Un essentiel qui nous concerne doublement, en tant que citoyens français et citoyens du monde. Gérard Logié
 
Jouer le conflit
Yves Guerre, L’Harmattan, 2006, 200 pages, 17,5 €
Yves Guerre nous fait une proposition alléchante : devenir les " dieux que nous n’aurions jamais dû cesser d’être ". Difficile de refuser. Son ouvrage ne porte pourtant pas sur la mythologie contemporaine. Il s’agit en fait d’un excellent " guide " pour (enfin) comprendre le théâtre-forum, sous toutes ses formes : d’où il vient, ce qu’il est, comment le penser, comment le pratiquer.
Car, en sus de la pensée politique qu’Yves Guerre sait si bien rattacher à la pratique de son art, le livre nous offre des éléments concrets pour mettre en pratique le jeu comme composante de l’établissement d’une dynamique de groupe – forcément émancipatrice et transformatrice. Indispensable si l’on veut savoir de quoi on parle en évoquant cette forme, devenue incontournable, du traitement politique de la conflictualité. N. L.
 
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Septembre 2006
 
L’illusion de l’ordre. Incivilités et violences urbaines : tolérance zéro ?
Bernard Harcourt, Descartes & Cie, 2006, 140 pages, 20 €
Violence de la tolérance zéro
Le livre de Bernard Harcourt, professeur de droit à l’université de Chicago, part d’un constat simple : tout le monde s’accorde à dire que la théorie de la vitre brisée est juste. Il s’agit de l’idée selon laquelle, dans un quartier où les " désordres " s’installent, la criminalité va fleurir. Autrement dit, si on laisse les incivilités et autres dégradations du cadre de vie impunies, on dévalorisera l’ordre et l’autorité publique, et on encouragera les comportements criminels. De cette " théorie ", énoncée en 1982 par Kelling et Wilson, et que ce dernier désigne aujourd’hui comme une " intuition " non vérifiée, découle une politique, celle de la " tolérance zéro ". Puisque la délinquance se répand par contagion, à partir des désordres quotidiens, supprimons sans répit ces derniers pour " assécher " le mouvement vers la criminalité. Des villes américaines ont testé : ça marche, c’est formidable ; et l’exportation massive vers l’ensemble des Sarkozy du globe est prête. Sauf que rien n’est aussi simple, et que ça commence à se savoir. D’abord, la " théorie " : elle n’a jamais été vérifiée et, pire, tous les éléments existants montrent qu’il n’y a pas de corrélation directe entre désordre et délinquance. S’ils ont le même terreau, la misère sociale, ils ne s’influencent pas entre eux. Ensuite, l’exemple phare : New York, années 90, le maire met en œuvre la tolérance zéro, et " nettoie " les quartiers un à un.
Le résultat spectaculaire se diffuse dans le monde entier mais ne doit rien à la tolérance zéro. Bernard Harcourt expose les autres facteurs explicatifs et montre comment les variations des chiffres de l’insécurité, à New York et dans d’autres villes américaines, sont déconnectées de cette politique qui continue à séduire les élus, alors que les scientifiques savent son incohérence. Mais la partie la plus intéressante du travail de Bernard Harcourt est la mise en lumière des effets secondaires de la tolérance zéro. Il s’agit non seulement du coût des politiques de sécurité et de l’explosion des violences policières et des discriminations ethniques, mais aussi plus profondément de ce qu’il nomme " la création du sujet " : " Quand nous évaluons les stratégies policières et les pratiques répressives, nous devons réfléchir à leur impact sur notre conscience sociale, nos jugements, nos souhaits. Nous devons les considérer d’un œil critique, non seulement pour évaluer leur efficacité, pour en comprendre la signification sociale, mais aussi et surtout pour examiner comment elles vont nous formater en tant qu’individus. Nos références conceptuelles prennent forme au regard des pratiques policières de notre vécu. " En un mot : devons-nous laisser au chef de la police de New York le soin de déterminer et de hiérarchiser universellement les normes sociales en vigueur ? Que ceux qui sont pour déménagent à Neuilly. N. L.
 
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juin 2006
 
Un drap sur le Kilimandjaro, Chroniques vertes et vagabondes
Pascal Dessaint, Rivages, 2005, 5 €
Chroniques à lire le nez en l’air
L’auteur est quasiment devenu un incontournable des polars contemporains. Dans ce court recueil de chroniques, il est dans un tout autre registre. Il écrit sur lui-même, sa compagne, ses amis et sur leurs rapports à la nature. Fana de balades et d’oiseaux notamment, il entame son livre par un rappel qui, simplement lu et " avalé " par notre cerveau peut faire froid dans le dos : " Vingt minutes, c’est le temps désormais qui s’écoule entre la disparition d’une espèce, animale ou végétale, et une autre. Il y a quinze ans, il disparaissait une espèce tous les trois mois, un rythme qui était déjà, selon les écologues, douze mille fois supérieur à la normale. "
Mais, malgré cette entame et la belle phrase de Philippe Léotard mise en exergue, " Qu’est-ce que nous avons fait de la beauté du monde ? ", ce court roman est gai, virevoltant, documenté et au final vraiment agréable à lire.
Il parle de la nature que chacun peut observer quotidiennement, de notre rapport aux sites naturels. Il donne envie de se balader, plutôt en vacances " paysannes " ou " solidaires ". Les dialogues et les réparties sont réjouissants, certains hilarants. Et quelques pages sont à recopier ou à mémoriser comme, par exemple, le texte de son ami Maurice : " Dans cette maison, nous appliquons le protocole de Kyoto. " Un petit livre à offrir pour montrer qu’écologie au quotidien ne rime pas avec ennui. Mathieu Glaymann
 
Nous, femmes sans frontière
Thierry Maricourt, Licorne / L’Harmattan, 2006, 17 €
Belles du Plateau
Il est toujours difficile de réaliser un livre à partir de témoignages multiples ou d’ateliers d’écriture. L’accueil fait à de telles productions est souvent empreint, au pire, de condescendance, au mieux, d’une volonté du lecteur qui s’apparente à de la bonne conscience, assez éloignée d’une vraie envie de lecture. Ceci constitue souvent une erreur, et nous fait passer à côté de quelques textes éclairants, humains et vivants. C’est le cas de cet ouvrage, écrit par le romancier et essayiste Thierry Maricourt. " Rends-nous belles ", lui ont demandé les femmes du Plateau Rouher, à Creil. Des femmes " sans frontières ", comme le nom de l’association qui les réunit et qui porte ce projet de livre, comme leurs origines et comme leurs espoirs. Thierry Maricourt organise leur témoignage (la France, l’arrivée, la vie dans le quartier, le poids des coutumes, l’avenir, etc.), mais les met aussi en résonance avec sa propre histoire, celle de son enfance, de sa jeunesse à La Courneuve, celle de son identité d’écrivain à l’œuvre imprégnée d’humanité, tout comme les vies vécues de ces femmes de Creil. N. L.
 
100 propositions du Forum social mondial
Arnaud Blin, Larbi Bouguerra, Antonio David Cattani, Estelle Granet, Pierre-Yves Guihéneuf, Yves Hardy, Andreas Hernandez, Véronique Kleck, Caroline MacKenzie, Paulo Vizentini et Marco Weissheimer, éditions Charles Léopold Mayer, 2006, 18 €
Une autre fin d’été est possible !
Puisque les deux livres précédents ne vous tiendront pas tout l’été, en voici un troisième que vous pourrez vous réserver pour les jours qui précèderont votre retour au travail. D’abord parce qu’il vous permettra de vous réhabituer à penser (vous verrez, ce sera sans doute utile), ensuite parce que, ce qui tombe à point pour conclure des vacances, il vous emmènera en voyage autour de la planète. De l’" alterplanète ", en fait, puisque ces 100 propositions du Forum social mondial font un point on ne peut plus utile sur les alternatives mises à jour par le Forum social mondial de 2005. Des onze espaces thématiques, onze envoyés spéciaux, femmes et hommes de différentes nationalités, résument, contextualisent, expliquent et analysent les avancées intellectuelles ou pratiques que l’on peut retirer de ce rassemblement (presque) planétaire. Sur l’économie, les savoirs, la démocratie, la paix, la communication, etc., l’ouvrage offre un démenti fort à ceux qui pensent que les alters passent leur temps à " refuser " sans rien " proposer ". Et pour ceux qui le savaient déjà, l’ouvrage est un vrai memento de chantiers à ouvrir, de réflexions à mener. Last but not least, pour ceux qui prétexteraient qu’ils sont en voyage à l’étranger tout l’été pour ne pas le lire, sachez qu’il est publié simultanément en portugais, en anglais, en français et en espagnol par un réseau international d’éditeurs indépendants. N. L.
 
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mai 2006
 
Ville, action " citoyenne " et débat public
Revue Espaces et sociétés n° 123, éditions Érès, 2005, 200 pages, 25 €
Espaces et débats publics
Bordeaux, Tours, San Diego : trois villes si dissemblables, incomparables, trois illustrations de la mauvaise forme du débat public. Dans ces trois villes, les associations, les si complexes " simples " citoyens et les minorités y peinent respectivement à trouver dans les autorités publiques un interlocuteur avec lequel co-construire la ville. Instrumentalisation, incompréhension, rétrécissement de l’espace public…, les articles de Sandrine Rui, Agnès Villechaise-Dupont (Bordeaux), Hélène Berthelen, Catherine Neveu (Tours) et Emmanuelle Le Texier (San Diego) éclairent sans fard des instances et des processus de " concertation " pour
certains mal ficelés, pour d’autres malveillants.
Mais aucune de ces auteures n’oublie de montrer combien la société civile et les citoyens tentent de trouver leur place " malgré tout ", revendiquent une place de discutant, apprennent, s’organisent, essayent. On notera aussi dans ce numéro d’Espaces et sociétés un article de Bruno Sabatier sur les résidences fermées à Toulouse, présentées comme un élément de construction de la " ville privée ". Un phénomène qui n’est pas du tout éloigné de la question du débat – et donc de l’espace – public, et de sa régulation démocratique.
 
Ville, quartiers, banlieues, Les ressources des habitants
Revue Économie & Humanisme n° 376, 120 pages, 13 €
Viens dans les quartiers
Ce dossier se compose de trois parties : quelles sont les grandes ressources des habitants des quartiers populaires ?, pourquoi ne se développent-elles pas au grand jour ?, que faire pour un développement participatif des quartiers ? De très nombreuses contributions en font un dossier, certes un peu inégal, mais tout de même important dans le mouvement actuel de retour en compréhension sur les évènements de novembre 2005. Là où Territoires faisait un pas de côté pour replacer les banlieues dans la situation générale des métropoles (n° 467, L’archipel urbain à l’épreuve de l’implosion sociale), Économie & Humanisme se place au centre du problème avec ce thème des ressources des habitants des quartiers. Une vision complémentaire où l’on ne ratera pas par exemple les analyses de Marc Hatzfeld sur la culture des cités ou d’Olivier Masclet sur le silence politique des quartiers.
 
Jeunes des quartiers populaires, construction de l’identité image et autonomie
Les cahiers de Profession banlieue, 2005, 130 pages, 13,5 €
Ce Cahier retrace un cycle de qualification du centre de ressources politique de la ville de Seine-Saint-Denis datant de mars 2005, ce qui ne l’empêche pas de s’inscrire en pleine actualité, au contraire. Car la compréhension des choses essentielles est toujours d’actualité ! Et pour essentielles, les questions posées par cet ouvrage le sont, tout autant que les réponses apportées sont claires et riches. Les éclairages de Marc-Olivier Padis sur l’émergence de la catégorie " jeunesse " et de Cyprien Avenel sur la construction de l’image des " jeunes des cités " sont précieux, et rappellent combien il est dangereux de véhiculer des catégories fourre-tout et des images simplistes et généralisantes des " jeunes de banlieues ". S’en suit deux textes sur la construction identitaire des jeunes, en confrontation entre les générations et entre les sexes. Puis, dans son article sur l’accès à l’autonomie, Vincent Cicchelli nous donne une clé : " Ce que l’on pourrait déplorer aujourd’hui, ce n’est nullement un déficit de connaissance sur les jeunes – on n’a jamais disposé d’une telle quantité de données sociales portant sur eux –, c’est en revanche une plus grande difficulté à analyser la jeunesse du fait de cette circularité des savoirs. " Pour le sociologue, les jeunes sont la cible de discours politiques, médiatiques aussi bien que scientifiques, et les trois se combinant, les résultats en sont des visions particulièrement ambiguës. D’où l’importance des deux questions posées en introduction de cet ouvrage : que transmettre aux jeunes générations et comment aider les jeunes à prendre place dans la société?
 
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Avril 2006
 
Le pouvoir local ou la démocratie improbable
Michel Koebel, éditions du Croquant, coll. Savoir / agir, 2006, 10 €
Lire l'interview de l'auteur
Le livre gris de la démocratie locale
Voici un ouvrage court, simple à lire, et stimulant. Il résume les principaux travaux qui ont été réalisés ces dernières années sur les difficultés et les ambiguïtés de la mise en œuvre de la démocratie représentative. Sa tonalité générale est clairement pessimiste. L’Adels et Territoires sont d’ailleurs égratignées au passage pour leur excès d’optimisme. " Les descriptions et les analyses sont souvent victimes de l’enthousiasme militant et du souci de valoriser les (trop rares) expériences [de participation] réalisées. Cet enthousiasme conduit à en exagérer les aspects positifs et à en ignorer les limites, accréditant la croyance en des avancées démocratiques sur l’ensemble du territoire, alors qu’il ne s’agit que d’un nombre limité de communes exemplaires. " Voici un beau sujet de débat avec nos lecteurs. Par ailleurs, une attaque maladroite qui révèle une information insuffisante sur un supposé soutien de la revue à une candidate socialiste décrédibilise les propos de l’auteur. On sait très bien que l’Adels ne fait campagne ni pour ni contre aucun candidat. Mais revenons à ce qui fait l’intérêt du livre. La première partie de son analyse concerne les élus. Michel Koebel montre que l’accès au pouvoir est très fortement inégalitaire et que la sélection sociale et la professionnalisation des élus
locaux s’accroissent. Le droit, comme les pratiques, encouragent le pouvoir personnel, facilement autocratique, au détriment de toute collégialité. " Pour conserver le pouvoir conquis et se faire réélire, les élus doivent à la fois contrôler l’image qu’ils donnent d’eux-mêmes et de leur politique, maîtriser la gestion de l’administration et des finances locales, contrôler les associations, les groupes d’intérêt, les notables
locaux, par des subventions, des prêts de locaux, des services rendus (implicitement échangés contre leur allégeance). " Description d’un clientélisme généralisé. Mais l’auteur n’est pas plus tendre pour les citoyens. " C’est au moment où les élus locaux brandissent leur plus grande familiarité avec les problèmes des habitants que les élections locales se vident de leurs électeurs… ".
Même constat du côté des dispositifs de concertation et de participation : " Tout un marché de la démocratie locale s’est déployé de façon exponentielle. " Mais comme les élus cherchent de plus en plus à instrumentaliser les associations, à les pousser dans une logique d’entreprise, sous-traitantes des politiques locales, la communication locale est contrôlée et l’information diffusée par le pouvoir n’est que rarement un instrument de pédagogie citoyenne, sombrant dans l’autojustification et l’autosatisfaction. De même, l’administration locale, avec son taux croissant de personnel contractuel, est présentée comme soumise au pouvoir du patron de droit divin incarné par le maire. Les instances participatives, thématiques ou de quartier, ne disposant d’aucun pouvoir réel de décision, elles illustrent dès lors un simulacre d’écoute de la parole d’une faible partie des habitants. Chaque idée, chaque affirmation de ce livre s’appuie sur des références à des travaux de sociologie politique et à des statistiques. L’auteur n’a pas peur de gratter avec vigueur toutes les plaies actuelles de la démocratie locale. Mais est-ce le meilleur moyen d’acheminer le système vers une quelconque guérison ? En effet, nous pourrions mettre en face de chacune des affirmations de ce livre des contre-exemples qui nous rendraient moins affligés. Georges Gontcharoff
 
Les figures de l’écologie politique
revue Écorev n° 21, décembre 2005, 112 pages, 8 €
Courants alternatifs et renouvelables
Le dernier numéro d’Écorev balaie une grande partie de l’histoire de l’écologie politique, avec notamment une interview passionnante d’André Gorz, des extraits de textes ou de publications déjà parus de Cornélius Castoriadis sur " la force révolutionnaire de l’écologie " et d’Herbert Marcuse sur " l’utopie de la science et des techniques ".
Et une masse de portraits, notamment de René Dumont, Serge Moscovici, Solange Fernex, de l’Indienne Vandana Shiva ou de la Kenyane Wangari Maathai. Et des lieux (Plogoff, le Larzac, Tchernobyl…) significatifs ou l’histoire de mouvements (Confédération paysanne, Greenpeace…). Avec forcément quelques oublis, en particulier le Brésilien Chico Mendes ou Peter Garett, et pas un mot sur les Grünen. Ce document, très bien fait et illustré de manière vivante avec des documents d’époque, montre bien qu’" en partant de la critique du capitalisme, on arrive immanquablement à l’écologie politique qui, avec son indispensable théorie critique des besoins, conduit en retour à approfondir et radicaliser encore la critique du capitalisme " (André Gorz). Comme souvent chez les écologistes, le numéro est gâché par un article " pour une spiritualité militante " de Starhawk, mélange de magie, néo-paganisme et outils militants de sorcière (sic). À lire, malgré cet article, pour mieux appréhender l’un des courants politiques récents les plus vivants et divers. Mathieu Glaymann
 
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Mars 2006
 
La fracture coloniale - La société française au prisme de l’héritage colonial
n° 67, décembre 2005, sous la direction de Pascal Blanchard, Nicolas Bancel et Sandrine Lemaire, La Découverte, 2005, 310 pages, 20 €
Déconstruire l’imaginaire colonial
L’actualité des banlieues et des " bienfaits de la colonisation " a au moins un mérite : elle donne une publicité inespérée à un certain nombre d’ouvrages récents qui abordent le passé colonial de la France. Il en est de très distanciés, d’autres très idéologiques : tous mettent en débat dans l’espace public les séquelles profondes de l’histoire coloniale dans la société d’aujourd’hui. La fracture coloniale, ouvrage collectif, émerge incontestablement parmi ces publications. La France demeure hantée par son passé colonial, sur fond de nostalgie de grandeur, notamment par ce rapport complexe à l’" Autre ", hier indigène, aujourd’hui " sauvageon ". Partant d’une enquête conduite à Toulouse, les trois coordinateurs de l’ouvrage auscultent les prolongements contemporains de ce passé à travers les différentes expressions de la fracture coloniale qui traversent aujourd’hui la société en réunissant une vingtaine de contributions, toutes passionnantes. Parmi elles, on note celle de Marcel d’Origny sur l’indépendance d’Haïti et son occultation, la charge précise d’Olivier Le Cour Grandmaison sur la réhabilitation du passé colonial de la France, le nouveau regard apporté par Thomas Deltombe (voir ci-dessous) et Mathieu Rigouste sur l’ennemi intérieur et la construction médiatique de la figure de l’" Arabe ", ou encore Didier Lapeyronnie, avec " La banlieue comme théâtre colonial ". Ni repentance, ni autoflagellation, ni accusation : juste un ouvrage passionnant, très accessible, qui traite de la société française comme société post coloniale ; un outil essentiel du travail de la société sur elle-même et une affirmation essentielle pour les Français des " minorités visibles " : voir enfin leur histoire prise en compte. Jacques Picard
 
L’islam imaginaire. La construction médiatique de l’islamophobie en France - 1975-2005
Thomas Deltombe, La Découverte, 2005, 380 pages, 22 €
Médias déformants
Thomas Deltombe, journaliste indépendant, s’est plongé dans les archives de la télévision française et a passé au crible les journaux télévisés et les principales émissions consacrées à l’Islam depuis trente ans. De la révolution iranienne de 1979 au 11 septembre 2001 ; du foulard à la seconde guerre d’Algérie ; de la marche des Beurs à l’institutionnalisation de l’Islam de France, il rapporte un récit de voyage au cœur de la machine à façonner l’imaginaire. Décortiquant dérapages et manipulations, étudiant certaines déclarations ahurissantes, mais aussi les tentatives authentiques de sortie du conformisme, Thomas Deltombe montre comment le petit écran a fabriqué un " islam imaginaire ".
 
Un bon coup de wassingue !
La Wassingue , 1 €
Sous-titré " Le torchon des arts méningés ", voici sorti le premier opus de La Wassingue. Ne cherchez ni à la droguerie, ni au kiosque, ce ch’ti journal qui pose des grandes questions et qui se présente lui-même comme un journal citoyen à parution aléatoire, est dispo à Lille et à Tourcoing, (et sur http://wassingue.info).
La wassingue (" la serpillière ", pour les gars et les filles du Nord…) essuie ses pieds sur les OGM et frotte notre intérêt avec notamment deux très bons dossiers sur " vivre avec 400 euros pas mois " et les réfugiés de Calais.
Et comme s’y ajoute de la poésie, de très bons dessins, un micro-trottoir imaginaire et instructif (" Comment faire la révolution ? ") et un cadeau de très bon
goût (une boîte d’Antisarkosique à découper et à utiliser quand on regarde le 20 heures), cette première Wassingue est déjà un must. À passer.
 
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Janvier 2006
 
Pour un vrai Sénat des territoires
revue Pouvoirs locaux n° 67, décembre 2005, Institut de la Décentralisation, 150 pages, 12,20 €
Le Sénat les cumule…
C’est ce qu’on appelle vulgairement s’en prendre plein les bancs. Il est vrai que la Chambre haute à la française n’a jamais eu une cote de popularité très élevée. Mais aujourd’hui, alors que les réflexions, à gauche et, on le voit aujourd’hui avec François Bayrou, à droite également, se font plus pressantes sur l’opportunité d’un grand balayage constitutionnel, on n’hésite plus, chez les politiques et plus encore chez les juristes, à demander sa suppression pure et simple. Ce dossier de Pouvoirs locaux est donc parfait pour se faire une idée argumentée sur la question. Si son titre fait notamment référence à la contribution du vice-président de l’Institut de la décentralisation, Adrien Zeller, il ne recouvre pas exactement l’étendue des articles. Car, du côté de Michel Bussi, de Patrick Le Lidec, de Marie-Christine Blandin, mais surtout de Romain Pasquier et de Paul Alliès, les propositions de réformes s’appuient fermement sur les insuffisances et les graves déséquilibres constatés dans l’organisation actuelle du Sénat. Ruralisme, départementalisme et conservatisme sont bien sûr mis à l’index. Romain Pasquier souligne combien une poursuite efficace de la régionalisation dans la décentralisation ne pourra se mener sans une réforme profonde du Sénat, bastion départementaliste. De même, un quasi consensus se constate au fil des pages sur le problème du cumul des mandats nationaux et locaux. Et si plusieurs auteurs appellent de leurs vœux l’avènement d’un " bundesrat français " (Guy Carcassonne), l’ambiguïté des liens entre élus locaux et travail législatif national reste âprement discutée. Christian Poncelet, en brossant un portrait de l’assemblée qu’il préside comme une " maison des territoires ", ne fait ainsi rien d’autre que décrire, involontairement ou non, mais de manière criante, un lieu de lobbying des élus locaux auprès de l’État, ce qui ne peut être satisfaisant. Seul point positif, lui aussi assez consensuel, qui ressort de ce dossier pour les sages : leur misogynie supposée est mise à mal par une ouverture aux femmes qui, toute relative qu’elle est, porte le pourcentage de sénatrices à 17 % quand la France continue de ne connaître que 10 % de députées. N. L.
 
Guide de la consommation responsable et solidaire en Paca
Apéas, 2005, 114 pages, 8 €
Nombreux sont ceux qui s’interrogent aujourd’hui sur leurs modes de vie, de consommation, et les conséquences directes que ces actes ont sur le système économique, l’environnement, parfois à l’opposé des valeurs qu’ils portent en eux. Le Guide de la consommation responsable et solidaire en Paca, édité par l’Agence provençale pour une économie alternative et solidaire, est un outil construit en quatre grands thèmes (consommation et participation, expérimentations, protection et respect de l’environnement, information) qui propose de nombreuses idées et adresses, et incite chacun à mettre en œuvre, à son échelle, de nouvelles habitudes de consom’acteur. Un guide pratique et utile pour promouvoir la citoyenneté économique en Paca … et ailleurs. 04 91 99 02 40, www.apeas.fr
 

Bonne année ensemble

Espace 19, 2006, 24 pages, 4 €
Après avoir lu l’ouvrage précédent, vous brûlez de prendre les choses en main pour participer à l’écriture d’un avenir apaisé. " L’Agenda 21 local reste sans doute la démarche la plus prometteuse de véritables changements au regard des enjeux du développement durable ", rappelle ce guide. Lui aussi très clair, bâti à partir de nombreux témoignagL?es d’acteurs, il donne des clés d’action, notamment dans sa troisième partie " méthode ".
Les documents locaux reproduits sont particulièrement bienvenus pour une mutualisation des expériences. Seul Bémol : si le guide affirme bien l’essence participative du développement durable, la partie sur la " démocratie locale participative " a été réduite à sa portion congrue.
Espace 19 : 251, rue de Crimée – 75019 Paris, 01 40 36 15 78
 
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decembre 2005
 
Pétrole apocalypse
Yves Cochet, Fayard, 288 pages, 19 €
Le dernier des jerricans
La sortie du dernier livre d’Yves Cochet donne l’occasion d’une lecture critique de ses thèses sur l’avenir de la planète. Comment peut-on les résumer ? Nous vivons la fin imminente du pétrole bon marché. " Le pic maximal de production du pétrole est vers 2007 ", avance-t-il. La hausse des prix des hydrocarbures sera la fin du monde tel que nous le connaissons, induisant un triple choc : géologique, économique et géopolitique. La conséquence est " un chaos social " dont l’auteur suggère qu’il sera pire que la grande dépression de 1929 ou que la débâcle française de 1940. Mais, dans ce contexte, un miracle peut surgir : une société de sobriété avec autosuffisance locale et régionale, une relocalisation économique assurée par le protectionnisme, une planification concertée et un rationnement. Cuba est pris comme exemple à suivre : " Cuba est aujourd’hui le pays où s’applique le mieux l’expression ambiguë de développement durable, par nécessité historique douloureuse, et non par choix politique volontariste ". Pour adopter totalement les thèses d’Yves Cochet sur les conséquences " apocalyptiques ", il faut d’abord nier les possibilités d’adaptation des économies développées à l’élévation des niveaux des prix. Il faut oublier le caractère dynamique des ressources exploitables, en fonction aussi bien des coûts que des avancées technologiques. En particulier, le charbon peut être converti en carburants liquides, via des procédés éprouvés (Fisher Tropsch). Ainsi, la Chine construit des usines sous licence sud-africaine, produisant 440 millions de barils par an, sur la base d’un prix de revient de quinze dollars le baril. Mais au prix de combien de carbone dans l’atmosphère ! Le danger majeur n’est-il pas alors, avec le développement des hydrocarbures de remplacement, celui de l’accélération du changement climatique ? La question importante devient : " Combien de carbone consommera-t-on durant le prochain siècle ? ", et non " Combien de carbone restera-t-il ? ", comme on dit " Combien de pétrole restera-t-il ? ". La fin du pétrole, en quelques décennies, n’est alors plus une conséquence de la seule pénurie, mais celle d’un choix politique (avec un peu de temps pour s’adapter). S’il y a des chocs physiques sur le pétrole, ils auront lieu chez les pauvres du Sud qui n’ont pas la même possibilité d’adaptation que les pays du Nord. Le scénario " Négawatt " et les travaux de Benjamin Dessus (revue Global chance) portent le débat sur l’émergence " d’une société de sobriété ", sur le développement de nouvelles technologies permettant de diviser radicalement nos émissions de CO2, sur la possibilité de se passer du nucléaire… Si nos politiques publiques et nos comportements changent, nous ne sommes pas forcément obligés de passer à une écologie de survie ou " de guerre ". Dominique Frager
 
Le développement soutenable
Franck-Dominique Vivien, collection Repères, La Découverte, 2005, 120 pages, 8,5 €
L’auteur est économiste, et c’est de sa discipline qu’il donne des repères pour la compréhension du développement durable, qu’il choisit de nommer soutenable. Complet, pédagogique, le livre ne fait pas l’impasse sur les controverses et débats qui secouent le développement durable. Au contraire, il s’appuie dessus pour montrer que l’intérêt premier du concept est de nous aider à nous reposer des questions collectives et essentielles sur notre modèle de développement, nos méthodes de régulation et notre vision du changement social. " Souvent présenté comme la solution aux problèmes qui se posent à l’humanité, le développement soutenable doit être considéré avant tout comme une énigme ", affirme ainsi Franck-Dominique Vivien. Une énigme aussi irrésoluble que nécessaire.
 

Objectif développement durable : comprendre agir sur son territoire

Réseau des agences régionales de l’énergie et de l’environnement, 2005, 105 pages, gratuit
Après avoir lu l’ouvrage précédent, vous brûlez de prendre les choses en main pour participer à l’écriture d’un avenir apaisé. " L’Agenda 21 local reste sans doute la démarche la plus prometteuse de véritables changements au regard des enjeux du développement durable ", rappelle ce guide. Lui aussi très clair, bâti à partir de nombreux témoignages d’acteurs, il donne des clés d’action, notamment dans sa troisième partie " méthode ".
Les documents locaux reproduits sont particulièrement bienvenus pour une mutualisation des expériences. Seul Bémol : si le guide affirme bien l’essence participative du développement durable, la partie sur la " démocratie locale participative " a été réduite à sa portion congrue.
 

Achats et développement durable : enjeux, méthodologie et initiatives

Comité 21, Afnor, 2005, 175 pages, 30 €
Descendant dans un champ d’action du développement durable, ce troisième ouvrage permet, lui aussi en utilisant largement le principe du témoignage d’acteur, de guider les responsables achats des collectivités dans la révolution culturelle actuelle. Car le livre rappelle que " l’époque où la compétence achat consistait uniquement à bien négocier est loin derrière nous " : les responsabilités sociale, environnementale, éthique de l’acheteur sont, sinon engagées, du moins mises en avant dans ses actes envers ses fournisseurs. Le livre a le mérite d’appuyer à la fois sur des éléments de stratégie, de méthodologie, et sur des bornes réglementaires ou législatives. Ce qui permet de savoir pourquoi il faut changer, comment et dans quelles limites.
 
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novembre 2005
 
Les services publics : les défendre ?, les démocratiser ?
sous la direction de Philippe Brachet, Publisud, 2005, 320 pages, 25 €
Les services publics ont besoin de démocratie, et vice et versa
Depuis près de trois ans, Philippe Brachet anime un groupe de travail constitué entre plusieurs réseaux associatifs, ayant pour but de réfléchir à l’avenir des services publics, au moment où ils traversent une crise décisive, aussi bien à l’échelle française qu’à l’échelle européenne. À cet important travail collectif, Philippe a ajouté son érudition et sa passion. Mais la vraie originalité de ce livre est son point de vue, résolument réformiste. Sa thèse est que rien ne sert de rêver à un retour aux services publics tels qu’ils ont été conçus à la Libération, c’est-à-dire à un système obsolète. Rien ne sert, non plus, de se contenter de dénoncer les dangers réels de l’ultra-libéralisme, du tout marchandise et du tout marché. Il faut proposer une alternative crédible entre ces deux impasses. Les pistes de sortie de crise sont largement explorées tout au long de l’ouvrage. Il s’agit " de refonder les activités de service public sur les besoins sociaux, à partir de l’expression de tous les acteurs concernés ". Les décideurs - financeurs, État et collectivités territoriales, ne peuvent pas à eux seuls réformer, dans une vision régalienne et autoritaire. Les techniciens - salariés ne le peuvent pas non plus, dans une vision forcément à composante corporatiste. Il faut impérativement faire intervenir les citoyens - usagers, car c’est l’acceptation, sans réserve, de cette intervention par les deux autres types d’acteurs qui peut nouer l’alliance salvatrice et ouvrir de nouveaux horizons. Pour en arriver là, le livre s’autorise beaucoup de détours utiles : une réflexion approfondie sur le rôle des pouvoirs publics, qui n’arrivent plus à tenir leur rôle, en particulier de régulation, face à la puissance du privé et aux directives européennes basées sur " la concurrence non faussée " ; une réflexion très décapante sur le rôle des " grands corps " traditionnellement autoritaires et hostiles aux interventions démocratiques ; une évaluation des conséquences de l’application du principe de subsidiarité aux services publics ; le décorticage du rôle des idéologies (marxisme, libéralisme, autogestion…) dans la conception et les dérives du service public, etc. Georges Gontcharoff
 
L’association, image de la société. Carnet de voyage d’un militant invétéré
Michel Adam, préface d’Henry Noguès, l’Harmattan, 2005, 255 pages, 23 €
L’association (au moins) en trois dimensions
La première qualité de ce livre est sa pédagogie. Michel Adam vous conduit où il veut, de chapitre en chapitre, du plus simple au plus complexe, grâce à l’appui de nombreux schémas. Le " carré magique " que l’on explore tout au long du livre permet d’identifier les quatre pôles de l’association et les relations qu’ils entretiennent entre eux. Le pôle de l’appartenance (celui de l’engagement des personnes ayant " des affinités ") exprime les finalités, les valeurs, le sens de l’association. Le pôle de la gouvernance (celui des instances qui orientent l’association) veille aux objectifs et aux buts. Le pôle de la production (celui des services matériels ou immatériels mis en œuvre par des permanents) expérimente les moyens et les méthodes de l’action. Le pôle de l’utilité sociale (celui des consommateurs des services et des biens produits par l’association) permet d’évaluer les résultats… Chaque association possède là une grille de lecture pour construire et analyser de façon critique son propre organigramme.
La seconde qualité évidente de ce livre est d’être nourri d’expériences associatives, nombreuses et variées, vécues personnellement par l’auteur et illustrant son analyse de très nombreux exemples concrets. Un va-et-vient constant entre la théorie (quelquefois un peu pléthorique et coriace) et la pratique permet d’aller très loin dans l’analyse de la réalité plurielle de chaque association et des associations en général. Michel Adam donne alors une typologie originale de la vie associative, en une quinzaine de catégories et sous-catégories. Un second schéma sert de fil conducteur : celui de " l’hologramme ". L’association constitue un hologramme de la société " puisqu’elle contient de nombreuses figures de ce tout, telles que l’école, l’entreprise, le réseau, la communauté. Cette partie contient le tout sociétal et lui ressemble ". G. G.
 

Conférences de citoyens, mode d’emploi

Daniel Boy et Dominique Bourg, éditions Charles Léopold Mayer, 2005, 100 pages, 18 €
Saviez-vous que les conférences de consensus ont été inventées par des médecins américains, en 1977, pour rationaliser les choix technologiques de leurs confrères face à des pronostics donnés ? Savez-vous que, dans cette droite ligne, c’est en France l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé qui utilise le plus cette méthode de mise en débat de problèmes complexes ? Savez-vous encore que les conférences de citoyens, variante de la conférence de consensus où un panel de " profanes " (non experts) remplace le panel de médecins originel, proviennent eux du Danemark, et datent de 1987 ? Qu’il a fallu encore dix ans pour qu’une conférence de citoyens soit organisée en dehors du Danemark, en Autriche ? Oui ?
Alors, il vous faudra lire quand même ce petit livre, que ses auteurs présentent comme un " plaidoyer en faveur du débat public ", pour apprendre tout le reste, notamment les balises juridiques et méthodologiques de ces conférences où l’action se passe plus dans la salle qu’à
la tribune.
 
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octobre 2005
 
La décentralisation depuis 1945
Robert Delbo, LGDJ – Dexia, 118 pages, 9,5 €
La décentralisation en-jeu de société
C’est un petit ouvrage beaucoup plus ludique que ce que son titre et un examen trop rapide pourraient laisser croire. Bien sûr, les auteurs (Robert Delbo est un pseudo, qui cache quatre plumes) parlent de décentralisation, mais l’organisation du livre permet de laisser croire au lecteur qu’il s