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Territoires n°519 - juin 2011

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Le sommaire

Les articles en ligne :

Portrait de Michel Gairaud rédacteur en chef du mensuel satirique le Ravi : "Il Ravi taille en infos", par Nicolas Leblanc

Un saut d’échelle vers la justice sociale, Alice Mazeaud, docteure en science politique, chercheure au Centre d’études juridiques et politiques et enseigante à l’université de La Rochelle.


 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : Le don, facteur de lien social / Renforcer la dimension citoyenne des projets / Bus gratuits de Gap à Compiègne / Un conseil pour la biodiversité
Pays en chantier : Coups de ciseaux
chronique de Philippe Langevin, Ardl Paca
Cult'urb : L'abrupte chute de Monsieur Vertigo
chronique de Maud Le Floc'h, pOlau - pôle des arts urbains
Portrait de Michel Gairaud : Il Ravi taille en infos
Satire dans tous les coins : Pays-de-la-Loire : Nantes, capitale de la verte embrouille / Lot-et-Garonne : Casseneuil privatise les véhicules municipaux
 
Actualités
 
L'événement : Rhône-Alpes se penche sur son sol
L’ébulition de M'ric
Brèves :La Halde reconnaît la « discrimination à l’adresse » / Même en région, une cour, ça compte / Un audit pour casser les idées reçues / Avis de sécheresse sur la culture administrative
La terre vue du fiel : De l'hermaphrodisme chez les dirigeants du FMI
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Point de vue :
Point de vue Laure Lechatellier, vice-présidente de la région Île-de-France, elle vient de lancer un Pass contraception à destination des lycéens franciliens : « La situation en Île-de-France est déplorable »
 
Dossier : Budgets participatifs : le retour de la star mondiale des dispositifs citoyens
 
Une nouvelle génération de budgets participatifs
Héloïse Ney, chercheure en sociologie et Julien Talpin, chercheur en sciences politiques
 
"A l'international, les budgets participatifs sont menacés par les dérives populistes"
entretien avec Yves Cabannes, professeur à l'University college London, unité de planification du développement
 
"Le budget participatif augmente la confiance entre les élus et les citoyens"
Entretien avec Bachir Kanouté, coordinateur de l'ONG sénégalaise Enda Ecopop
 
Europe du sud : des hauts et des bas
Giovanni Allegretti, chercheur au centre d'études sociales à l'université de Coimbra au Portugal
 
Les régions françaises misent sur l'enthousiasme lycéen
La rédaction de Territoires
 
Un saut d'échelle vers la justice sociale
Alice Mazeaud, maîtresse de conférence au centre d'études juridiques et politiques de La Rochelle
 
Reportage
Roubaix.
Silence, la Karavane passe !
 
International
Espagne. Les indignés de la Puerta del Sol expérimentent la démocratie directe
Vues d'Europe
Andalousie. Calabre.
Poudrières sociales en Méditerranée
 
Analyses
Pourquoi la pédagogie doit réinvestir la « rue »,Laurent Ott, formateur/chercheur en travail social
 
Le temps qui pense
Citoyenneté en chantiers
Jean Bourrieau, chercheur en sciences de l'éducation
 
Et aussi ...
Lectures, courrier des lecteurs, Adels info, Autres voix
 
 
 
Les articles en ligne
 
Il Ravi taille en infos
Portrait de Michel Gairaud, rédacteur en chef du mensuel satirique de Paca, le Ravi, par Nicolas Leblanc.
 
Michel Gairaud est un homme du Sud : naissance à Montpellier, enfance à Sète. Il a beau faire une maîtrise de philo à Grenoble, une école de journalisme à Strasbourg, se frotter aux Dernières nouvelles d’Alsace ou a France 3 Champagne-Ardennes, « après dix ans de vadrouille, choisir Marseille, c’est mon "retour au Sud" », explique-t-il de sa venue sur la Canebière, en 2004, à la recherche d’un poste pour pratiquer ce qu’il sait faire : informer. Quelques courts CDD à Marseille l’hebdo se présentent, mais c’est la rencontre avec l’équipe du Ravi qui sera décisive.

Lance-pierres

Ce mensuel satirique, qui se donne toute la région Paca comme terrain d’investigation, en est alors à son numéro 6, et cherche la bonne personne pour prendre le relais au jour le jour du travail des fondateurs bénévoles. Lancé sans étude de marché, presque sans argent, par des non-journalistes animés de l’envie d’écrire ce qu’ils ont le sentiment de ne pas pouvoir lire dans la presse quotidienne régionale, le Ravi a besoin d’une dose de professionnalisme sans rien lâcher de son militantisme de l’information. Ce sera lui. « Ils étaient intéressés par mon parcours, le fait que j’ai une carte de presse, que je sois formé, engagé, militant de l’information… Mais il faut dire aussi qu’un journaliste prêt à travailler à temps partiel sur un contrat aidé, le tout payé au lance-pierres, il n’y en avait peut-être pas tant que ça ! », s’amuse-t-il. Depuis, le Ravi compte parmi les satiriques locaux les mieux conçus, aussi agréable à lire que révélateur d’infos provençales qui, sans lui, restent peu visibles. Est-ce suffisant pour parler de journal « alternatif » ? « Je n’ai jamais vraiment modifié ma façon de travailler », plaide Michel Gairaud. « Est-on un canard alternatif ? On fait de l’info, du journalisme. Ce sont plutôt les médias dits "classiques" qui en font de moins en moins. La limite, ce sont les moyens que nous pouvons mobiliser. Malgré cela, nous sortons des infos que la presse régionale ne voit pas : est-ce que cela plaide pour nous ou contre elle, qui ne publie plus que quelques bons papiers, noyés dans une information fade et sans goût ? »

Le système Gaudin

Le manque de moyens, voilà bien un des points communs aux journaux « associatifs », « satiriques » locaux ou « alternatifs » [1]. Mais pas seulement : « Après mon école de journalisme, j’ai un peu travaillé à La Croix, pour me frotter au national, puis j’ai décroché un CDI à Témoignage chrétien. Je ne suis pas catho, mais c’était là-bas un journalisme engagé, de convictions, qui me plaisait vraiment. Malheureusement la structure était très fragile, les conflits internes récurrents, et l’aventure s’est plutôt mal finie. » Au Ravi le bateau tangue également, mais la trajectoire est pour l’instant plutôt ascendante, et l’histoire semble encore devant. Il y a un an, le Ravi a tout de même dû lancer un large appel à soutien pour passer une période difficile. Résultat : il est toujours à l’eau, mais jamais très loin de la ligne de flottaison. « On a beau avoir les nerfs solides, être toujours au bord du gouffre n’aide pas à se projeter, à être ambitieux », regrette Michel Gairaud, qui se targue quand même de réussir avec ses co-aventuriers à développer le Ravi, petit à petit : « On essaye aussi de faire vivre La Tchatche, l’association qui édite le Ravi, par des rencontres, des débats, des interventions pour les scolaires. L’association grandit, se structure ; forme un noyau militant que nous devons articuler avec la professionnalisation du Ravi. » Aujourd’hui, la Tchatche emploie entre trois et quatre personnes – record historique –, plus des pigistes, une douzaine de dessinateurs (dont beaucoup de grand talent) et autant de contributeurs bénévoles. « Longtemps on n’arrivait pas à penser un numéro du journal avant de boucler celui en cours. Maintenant on fait de la préprogrammation sur six mois ! On a été les premiers à lancer le débat sur Marseille Capitale européenne de la culture, on a fait en avril un dossier sur l’eau avec Mediapart, on sort un numéro qui décrypte le système Gaudin, à un moment où tout le monde ne parle que de Guérini… » De la sueur, peu d’argent et des beaux projets : le Ravi est bien aujourd’hui le modèle d’un journalisme critique local, qui tarde, malheureusement, à se développer dans d’autres régions. Nicolas Leblanc
 
Un saut d’échelle vers la justice sociale
Alice Mazeaud, docteure en science politique, chercheure au Centre d’études juridiques et politiques et enseigante à l’université de La Rochelle.
 
Pionnière en matière de budget participatif des lycées (BPL), mis en place en 2004, la Région Poitou-Charentes inaugure avec l’édition 2010-2011 une nouvelle phase plus exigeante en affirmant une vocation redistributive entre les lycées. Une avancée en termes de justice sociale.


Initié en 2004 après l’élection de Ségolène Royal à la présidence de la région Poitou-Charentes, le budget participatif des lycées (BPL) vient de faire un saut d’échelle décisif pour concilier les objectifs de démocratisation de la décision et de justice sociale. L’importance du budget en jeu (dix millions d’euros), la participation massive (24 000 participants en 2009-2010) et les profondes réorganisations de l’administration régionale qu’il a générées le distinguaient déjà fortement des expériences participatives françaises, plus souvent consultatives et confidentielles que décisionnelles et mobilisatrices. En six ans, le BPL a connu une participation croissante (qui avoisine aujourd’hui 15 % de la communauté éducative) et constitue un moment privilégié d’échange au sein de chaque lycée. Compte tenu de la participation d’acteurs autrefois marginalisés au sein de la communauté éducative (lycéens et personnels techniciens, ouvriers et de service – Tos –, notamment), il a favorisé l’expression de besoins jusqu’ici inconnus ou non pris en charge, et profondément nourri la politique régionale des lycées, en particulier dans le domaine de la vie lycéenne. En raison des résistances initiales des proviseurs, les promoteurs du BPL avaient dû réduire leur ambition : l’objectif de justice sociale, inspiré du modèle de Porto Alegre, n’avait pu être traduit dans la procédure. La délibération s’organisait exclusivement à l’échelle du lycée et aucun critère redistributif n’avait été introduit. L’objectif de justice sociale n’était cependant pas complètement absent ; en témoigne le choix d’une enveloppe globale, plutôt que par lycée, qui devait permettre aux assemblées participatives de voter pour les projets qui répondaient à leurs besoins, en dotant les établissements ayant les plus gros besoins (et aussi les plus chers) de sommes plus importantes [1]. Si la liberté ainsi offerte aux participants de déterminer leurs propres priorités a permis la mise en lumière de nouveaux problèmes sociaux, l’absence d’organisation procédurale de la distribution entre les lycées a produit des effets anti-redistributifs : en raison de la mise en balance des besoins les plus coûteux (rénovation de l’internat) avec des besoins très mobilisateurs (les voyages) mais peu coûteux, une part substantielle des ressources du BPL a profité à des lycées (lycées généraux de centre-ville, plutôt en bon état) que la région ne considérait pas comme prioritaires.

Une assemblée participative interlycées

Jusqu’à l’année dernière, la prise en compte des inégalités interlycées est revenue régulièrement sur l’agenda. En 2010, les organisateurs du BPL ont expérimenté un budget participatif des Maisons familiales et rurales (MFR) qui a permis à 600 personnes issues de toutes les MFR de la région de débattre et de décider des besoins à satisfaire par le budget participatif. Forts de cette expérience perçue comme un succès, tant par les organisateurs que par les participants, les promoteurs du BPL, soucieux de donner un second souffle à une procédure en voie de routinisation, ont mis à profit le nouveau mandat de l’équipe conduite par Ségolène Royal pour réaliser un saut d’échelle décisif pour l’année 2010-2011. L’objectif de justice sociale est cette fois-ci clairement affirmé : il s’agit d’organiser une assemblée participative interlycées au cours de laquelle les participants décident des critères de définition d’une enveloppe différenciée selon la situation et les besoins des établissements, dans l’objectif de corriger les inégalités sociales et territoriales entre les établissements. Cette assemblée participative s’est tenue le 16 février 2011 et a réuni 900 personnes issues des 93 lycées et établissements régionaux d’enseignement adapté (Érea) de la région. Des petites tables de discussion réunissant dix personnes issues de différents lycées ont permis aux participants de débattre et d’échanger sur les inégalités au lycée et sur les critères prioritaires pour une plus juste répartition des ressources entre les établissements. Chaque table disposait d’un ordinateur pour que les participants notent les points importants, et une équipe réalisait en temps réel la synthèse des discussions. Pour les participants, cette synthèse quasi instantanée a été perçue comme un gage de sincérité de la procédure : les uns et les autres se reconnaissant dans les paroles retranscrites se sont sentis véritablement impliqués et pris en compte. Cette synthèse témoigne aussi de la richesse des échanges sur le rôle de l’école, des inégalités sociales entre les établissements ou entre les filières : « Le bien-être passe par des locaux propres, du mobilier adapté y compris pour les handicapés », « Mélanger les filières pro et générales pour montrer que l'on peut être égaux, que l’on soit plus manuel ou plus cérébral », « C'est important de donner plus à ceux qui sont défavorisés pour leur permettre de faire des activités que d'autres, avec des parents plus aisés, peuvent faire en dehors », a-t-on pu entendre.

Limiter le saupoudrage

La reconnaissance de la sincérité de la démarche était un enjeu important car, à l’issue de la journée, les participants votaient sur les critères déterminant le montant final de l’enveloppe allouée à chaque établissement. Cinq critères ont été soumis au débat : l’investissement financier réalisé par la Région dans les lycées depuis 2005, la qualité des locaux et des équipements des lycées, la situation sociale des élèves, la situation géographique et enfin les effectifs du lycée. D’autres critères suggérés par les participants n’ont pas été retenus par l’équipe du BPL dans une procédure d’écoute sélective transparente. Par leur vote, les participants ont très clairement affirmé la vocation redistributive du BPL en retenant les trois critères suivants :
- la qualité des locaux et des équipements du lycée : il s’agit de favoriser les lycées dont la qualité des locaux et des équipements (qualité d’accueil, d’hébergement, de restauration
scolaire) est moindre ;
- la situation géographique : il s’agit de favoriser les lycées situés en zone rurale, car les activités (culturelles ou sportives) y sont moins nombreuses et plus difficiles d’accès en raison de la distance des équipements et de
l’absence de transport collectif ;
- la situation sociale des élèves : il s’agit de favoriser les lycées qui comptent parmi leur effectif le plus fort pourcentage d’élèves issus de milieux socioculturels défavorisés.
Pour chacun de ces critères, chaque lycée s’était vu attribuer un certain nombre de points, ce qui hiérarchisait les établissements. Ainsi, les lycées qui cumulaient les contraintes (lycée rural, sous-équipé, dont les élèves sont principalement issus des classes défavorisées) étaient situés en haut de cette hiérarchie. Dans un souci de transparence, le détail des opérations de calcul des points de chaque lycée et du vote est entièrement accessible sur le site internet du BPL. De façon à limiter le saupoudrage et à favoriser la redistribution, trois tranches ont été définies : les vingt lycées prioritaires de la première tranche ont obtenu une enveloppe de 150 000 euros, les vingt lycées les moins prioritaires une enveloppe de 30 000 euros et les lycées dans la moyenne une enveloppe de 66 000 euros. Un rapide coup d’œil comparatif met en évidence la redistribution opérée par le BPL : dans la tranche des lycées les moins prioritaires figurent certains lycées les mieux dotés par le BPL les années précédentes. La dernière étape de ce nouveau BPL se déroule en ce moment. Au sein de chaque établissement, les participants sont invités à décider des projets (équipement, aménagement, vie lycéenne) qu’ils souhaitent financer grâce à l’enveloppe du BPL : les lycées jugés prioritaires par l’assemblée participative régionale peuvent ainsi réaliser des projets plus coûteux ou plus nombreux et satisfaire ainsi leurs besoins. S’il est trop tôt pour réaliser un bilan des usages et des effets des ressources ainsi redistribuées, un enjeu majeur est déjà de faire partager à l’ensemble des membres de la communauté éducative l’expérience de la démocratie et de la justice sociale vécue par les 900 participants de l’assemblée participative régionale.

bpl.poitou-charentes.fr