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Territoires n°517 - avril 2011

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Le sommaire

Les articles en ligne :

Intercommunalité : respections les dynamiques locales !, Adels-Unadel

Les régions visent la comparaison, Sabrina Costanzo


 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : Villejuif : un festival pour relier le quartier ; Orne : une halte garderie aux portes des familles ; Paris 18e : le Petit Ney devient grand ; Nord-Pas-de-Calais : coconstruire la démocratie participative
Pays en chantier : Où sont les territoires de la créativité ?
chronique de Philippe Langevin, Ardl-Paca
Cult'urb : Le récit et le territoire
chronique de Maud Le Floc'h, pOlau - pôle des arts urbains
Portrait de Laurent Sochard : Apprendre des plus pauvres
Satire dans tous les coins : Clermont-Ferrand : Les belles-lettres réduites en bas de casse ! / Saint-Mulhouse : le retour de l'humaniste Rhénan
 
Actualités
 
L'événement : Intercommunalité : respectons les dynamiques locales !
L’ébulition de M'ric
Brèves :Quand l’ONU dessine l’avenir en vert / La gauche marque dans le but vide / Vie parlementaire : où se niche l’opposition ? / Reconnaître la discrimination territoriale
La terre vue du fiel : Dans le nucléaire, le salut est dans la fuite
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Point de vue :
Point de vue Jean-Pierre Worms, président de France initiative :
« On a fabriqué des citoyens dépendants de l’État »
Démocratie locale mode d'emploi : Petits engagements entre voisins
Chronique de Matthieu Pillard, responsable du service démocratie locale de Villeurbanne
 
 
Dossier : Indicateurs de richesse : qu’est-ce qui “compte” le plus pour vous ?
 
Le débat public autour du bien-être interpelle la politique
Andrea Paracchini
 
Le PIB emporté dans une Spiral
Etienne Ballan, membre de l'association Arenes
 
Face aux limites de la statistique classique, la participation
Entretien avec Christine Ruyters, attachée scientifique à l'Institut wallon de l'évaluation, de la prospective et de la statistique
 
A la ville, au village et en entreprise, discussions de hautes valeurs
Nicolas Leblanc
 
Des indicateurs de bien-être construits collectivement
Sabrina Costanzo
 
Les régions visent la comparaison
Sabrina Costanzo
 
Reportage
Nantes-Paris
Rêves de comptoir
 
International
Sénégal. Forum social mondial à Dakar : du social au politique ?
Vues d'Europe
Espagne.
Esclavage moderne ou agriculture exemplaire : Almeria au coeur d'enjeux diplomatiques
Chronique réalisée par les volontaires du programme européen d'Echanges et partenariats
 
Analyses
Associations, péril en la demeure, par Jean-Pierre Duport et Thierry Guillois
Les élus locaux en Europe, étude du Conseil des communes et régions d'Europe
 
Le temps qui pense
Le PSU et la deuxième gauche : entre révolution et réformisme
Gregory Busquet, maître de conférence en sociologie urbaine
 
Et aussi ...
Lectures, courrier des lecteurs, Adels info, Autres voix
 
 
 
Les articles en ligne
 
Intercommunalité : respectons les dynamiques locales !
L’Association pour la démocratie et l’éducation locale et sociale et l’Union nationale des acteurs et structures du développement local s’associent pour animer un groupe interassociatif de suivi et d’analyse de la réforme des collectivités locales. Le présent article est issu des travaux de ce groupe. Un point d’étape important de cette démarche se déroulera lors de la 2e Université d’été du développement local, « Quelle nouvelle étape de décentralisation pour quelles dynamiques territoriales demain ? », les 14, 15 et 16 septembre 2011, à Villiers-les-Nancy.
 
Dans chaque département, les préfets vont bientôt installer les nouvelles commissions départementales de la coopération intercommunale (CDCI), afin de leur présenter le projet de schéma départemental de la coopération intercommunale (SDCI). Préparé par leurs services pour aboutir, avant la fin de l'année, au remodelage complet de l’intercommunalité, quels objectifs et quels principes politiques incarne-t-il ? Acteurs engagés depuis de nombreuses années dans le mouvement du développement local, l’Adels et l'Unadel souhaitent rappeler les valeurs et les pratiques institutionnelles démocratiques, issues de cette histoire, qui devraient guider l’élaboration des schémas départementaux de la coopération intercommunale.

Le découpage territorial actuel est loin d’être satisfaisant et une réforme est nécessaire pour l’améliorer. Nous ne contestons pas la volonté de simplification et de clarification, mais nous contestons vivement la méthode que la réforme territoriale induit. Loin de défendre le statu quo dans le paysage de l’intercommunalité, nous pensons qu’une autre réforme est possible, bâtie sur la construction commune et non sur la rupture, construite dans le temps patient de la concertation et non dans la précipitation, basée sur la volonté des acteurs locaux et non sur l’autoritarisme de l’État relayé par ses responsables locaux.

Chaque intercommunalité est issue d’une histoire locale qui ne peut être résumée à quelques seuils et normes…

Nous regrettons une approche technocratique et « descendante » du schéma départemental, rédigé par des services préfectoraux dans une logique administrative, statistique et uniformisatrice, tenant insuffisamment compte des réalités portées par les acteurs locaux. Le réseau des intercommunalités est loin d’être homogène : il y a de trop petites communautés, réunissant peu de communes, peu d’habitants et peu de moyens et que l’on peut estimer difficilement viables, même si elles ont été construites par des acteurs locaux. Mais il y en a aussi de trop grandes, réunissant trop de communes, trop d’espace pour que les sentiments d’identité et de proximité puissent leur servir de ciment. Il y a des intercommunalités qui ont été construites uniquement pour agrandir le périmètre du pouvoir d’un élu ou pour bénéficier des majorations de financements. Mais il y a aussi beaucoup d’intercommunalités solidement soudées, souvent depuis longtemps, sur un sentiment d’identité, une histoire commune, des projets construits et gérés en commun. Les Pays qui ont commencé à se constituer dès 1965 et se sont répandus sur presque tout le territoire français, ont souvent généré des intercommunalités de ce type. Il n’est donc pas possible de traiter toutes les intercommunalités de la même manière et de les faire toutes rentrer dans une norme identique, même si des dérogations sont prévues pour les zones de montagne et quelques cas particuliers.

La démarche intercommunale doit être issue de la volonté des élus et des citoyens, et non de logiques technocratiques

La loi donne l’initiative du projet de schéma départemental de la coopération intercommunale (SDCI) aux préfets, et précise que les amendements des élus ne s’imposeront qu’à une majorité qualifiée des deux tiers, ce qui s’avèrera souvent difficile à atteindre et renforcera donc les propositions préfectorales. Nous craignons qu’une approche basée sur la réduction de nombre de structures, encore une fois dans une logique de réduction des coûts par des économies d’échelle, n’aboutisse souvent à des concentrations de pouvoirs sur de trop vastes ensembles, éloignés des réalités locales et des volontés des acteurs. Nous estimons que les modes de fonctionnement des communautés doivent reposer sur un « pacte » négocié librement entre les communes associées. Si nous partageons l’objectif d’achèvement de la carte intercommunale, nous voulons laisser aux communes isolées le temps de proposer leur rattachement à une intercommunalité de leur choix, sans pression autoritaire. Et si nous partageons aussi l’objectif de suppression des enclaves et des discontinuités territoriales, nous estimons primordial de consulter les citoyens dans cet objectif.
De plus, la volonté expansionniste et hégémonique de certaines agglomérations nous inquiète pour l’avenir du périurbain et du rural. Il aurait été possible de construire la restructuration nécessaire à partir de l’initiative des acteurs locaux, élus et citoyens associés dans une démarche ascendante. Cela aurait certainement été plus long, mais aurait offert l’avantage d’une réforme que les acteurs se seraient appropriée, à la place d’une réforme imposée d’en haut et combattue par un grand nombre d’associations d’élus et de citoyens. Nous restons attachés à la conception d’origine de l’aménagement du territoire, à savoir à un découpage territorial basé sur la « polarisation » du rural sur un gros bourg ou une petite ville, dans un échange interactif, gagnant-gagnant. D’un bout à l’autre de la France, les exemples abondent de la pertinence de cette approche équilibrée entre le rural et l’urbain.

Ne pas accentuer la distance entre les citoyens et leurs élus

Réussir la carte intercommunale de demain passe par un renforcement de la démocratie locale et de la gouvernance. Or, agrandir fortement les périmètres intercommunaux risque d’éloigner encore un peu plus le citoyen et poser des problèmes de gouvernance. Il est donc nécessaire de prendre en compte la volonté des élus de travailler ensemble, la capacité à mettre en œuvre un projet commun partagé par la population et l’histoire du territoire. Le projet de territoire doit être un projet partagé entre les élus et les techniciens mais sans oublier les représentants des forces vives, de la société civile du territoire. La présence des conseils de développement auprès des agglomérations et des Pays assurait cette fonction de dialogue démocratique dans la construction et dans la gestion d’un projet de territoire. La loi de réforme des collectivités n’en dit pas un mot, et c'est regrettable. Peut-on concevoir les si puissantes métropoles sans adjoindre à leur conseil métropolitain un conseil de développement métropolitain ouvert à la société civile ? Depuis longtemps, nous prônons la présence d’un conseil de développement auprès des communautés de communes. Le peu de place pour la démocratie dans ces enjeux locaux ne peut être que déploré : il ne faudrait pas que la restructuration de l’intercommunalité se fasse uniquement par arrangements techniques entre les élus ou par accommodements plus ou moins occultes entre les élus et les préfets, dans l’opacité et à l’écart de l’intervention des citoyens. La démocratisation de la gestion des services portés par l’ensemble des structures intercommunales constitue une ardente nécessité, et impose une alternative aux pratiques actuelles souvent opaques. Mais le débat public doit avoir lieu avec les citoyens. Nous demandons très clairement que les élus locaux prennent toutes les initiatives pour non seulement informer les citoyens et usagers sur la reconfiguration des territoires et des services publics locaux, mais aussi pour les associer à la gestion de ces services. Cela nécessite notamment que les changements de responsabilités, l’exercice des mandats correspondants et les éventuels changements organisationnels liés à une restructuration de ces services soient définis avec eux de manière transparente.

L’intercommunalité doit avant tout rester une démarche de projet

Pour la restructuration de l’intercommunalité, si restructuration il doit y avoir, nous rappelons un principe que nous avons toujours défendu, à savoir que le projet doit précéder la structure et non le contraire. Cela signifie que la restructuration de l’intercommunalité doit impérativement respecter les territoires communautaires qui sont adossés à un fort projet territorial, ne pas les dissoudre dans des regroupements qui noieraient leur dynamique politique et sociale. Cela signifie aussi que la restructuration de l’intercommunalité doit se garder de tailler des structures artificielles qui ne s’appuieraient pas sur une cohérence et sur un projet territorial préalable. Ceci, de façon à éviter la mise en place de coquilles vides : des intercommunalité au périmètre élargi mais incohérentes et inefficaces. Il est donc particulièrement important de prendre complètement en compte, dans le processus de restructuration éventuel, les dynamiques impulsées dans le cadre des Pays. En outre, l’enjeu des mois à venir dépasse les frontières départementales. Il nous paraît important d’insister sur la nécessité de garder ouverte la possibilité de cartes qui ne soient pas rigoureusement incluses dans les frontières départementales, car le développement de certains territoires doit aussi se réfléchir au-delà de ces frontières administratives, de même que l’équité territoriale et fiscale.

Des territoires cohérents capables de contractualiser avec leurs partenaires

Le projet de territoire est un projet global. Il assure la mise en cohérence et la synergie de projets sectoriels de développement économique, social, culturel, durable, etc. La restructuration ne peut pas aboutir à la régression qui consisterait à confiner les nouvelles communautés à l’addition de projets sectoriels, voire catégoriels, qui ne seraient pas cousus ensemble pour constituer un projet de territoire, contractualisable en tant que tel, avec les différents financeurs potentiels, en particulier avec les régions dans le cadre du volet territorial de leur action. Le développement n’est pas une procédure administrative décrétée d’en haut, parmi les autres, mais un processus qui s’appuie sur le dynamisme des acteurs locaux librement associés. Depuis les chartes intercommunales de développement et d’aménagement de 1983, conçues dans l’esprit de la décentralisation, au travers des volets territoriaux des contrats de plan, puis des contrats de projet État / régions, des procédures départementales et des procédures européennes, la contractualisation constitue l’instrument de mise en œuvre des projets de territoire. Cette démarche doit impérativement être maintenue. Pour qu’elle soit possible, il est indispensable que la restructuration de l’intercommunalité fasse émerger des territoires cohérents, capables de contractualiser à partir des choix opérés par leurs acteurs. Les communautés ainsi définies constituent le premier échelon de l’aménagement du territoire. Rien ne doit empêcher qu’elles puissent passer entre elles des accords, afin de prendre en charge des politiques interterritoriales (inter-Scot, schémas de services…) dans des échelons d’une taille plus importante. Il ne faut pas confondre les deux niveaux et nier ainsi les immenses ressources qui sont mobilisables – et souvent mobilisées – dans la proximité et la solidarité territoriales.

Les syndicats mixtes qui encouragent la coopération intercommunale sont à préserver

Nous reconnaissons que le système traditionnel des syndicats de toutes natures aboutit à une « géométrie variable » complexe, mais somme toute généralement maîtrisée, sauf dans les cas de syndicats maintenus bien que n’ayant plus d’objet et d'existence. Les syndicats de communes, à vocation unique ou à vocations multiples, correspondent souvent à des réalités de vie ou à des impératifs techniques (bassins versants…) qui font que l’on ne s’associe pas toujours avec les mêmes communes selon les compétences déléguées. L’objectif a priori de faire rentrer toutes les compétences dans un même périmètre n’est pas forcément pertinent. Les syndicats mixtes fermés constituent souvent la meilleure manière de porter des équipements intercommunaux importants. Ils ont d’ailleurs été constamment encouragés par l’État, qui continue de les choisir pour structurer les nouveaux pôles métropolitains, comme il les a prônés hier pour structurer les Pays. Les syndicats mixtes ouverts correspondent parfaitement à la gestion public / privé, promue par ailleurs, et constituent un mode de gestion d’équipements importants qui a fait ses preuves. Pourquoi donc partir du principe qu’il faut réduire de moitié, voire plus, ce système de gestion du local qui a fait les preuves de sa souplesse et de son efficacité, sinon par la volonté impérieuse de réduire le nombre de structures pour réduire les coûts, ce qui, au passage, est loin d’être démontré ?

Les acteurs locaux doivent provoquer le débat et préparer au plus vite les négociations


Les préfets connaissent bien ces enjeux, les réformes efficaces sont celles qui mûrissent dans le débat démocratique d’où émergent les compromis qui donnent de la légitimité aux décisions. Les instructions gouvernementales incitent les préfets à conduire à marche forcée le bouclage de la carte de l’intercommunalité et à ne pas tenir compte des dynamiques locales de développement, comme des aspirations des citoyens. Aussi revient-il aux élus et aux acteurs locaux mobilisés dans les territoires d’être vigilants et de préparer ensemble, très en amont, les négociations de ces schémas. Enfin, il est indispensable de préciser que ces négociations ne doivent pas faire l'économie de vraies démarches démocratiques dans les territoires concernés : face aux enjeux évoqués, il est en effet essentiel que les élus permettent aux habitants d'exprimer leurs avis lors de débats locaux citoyens. Nos réseaux associatifs continueront d'être attentifs à la manière dont se traduit sur le terrain la réforme des collectivités territoriales. Nous appelons, en outre, les acteurs locaux à se mobiliser en vue d'une autre réforme territoriale, une réforme qui serait porteuse d’un nouvel élan de décentralisation au profit des dynamiques des territoires et des pratiques participatives.

 
Les régions visent la comparaison
Sabrina Costanzo
 
Les conseils régionaux les plus en avance dans l’élaboration de nouveaux indicateurs de bien-être travaillent aujourd’hui à leur diffusion. Échelon intermédiaire de territoire, ils élargissent leurs champs d’actions pour toucher plus largement, au niveau européen, ou plus finement, au niveau communal.

Les conseils régionaux qui se sont lancés depuis quelques années dans des démarches de construction de nouveaux indicateurs essaient aujourd’hui d’encourager leur systématisation auprès des autres régions, avec pour objectif d’en faire des outils de comparaison à cette échelle, mais aussi aux niveaux supra et infrarégionaux. Certaines démarches ont pour vertu de renseigner les situations régionales, sans pour autant avoir été pensées à des fins comparatives : baromètre régional du développement durable (Midi-Pyrénées), tableau de bord du développement durable (Aquitaine, Bourgogne) ou de l’environnement (Alsace), ou encore des indicateurs régionaux de développement durable (Bourgogne). Le programme Isbet, porté par le réseau Pekea (lire page 32) [1] a calculé un indice de développement humain territorialisé sur l’espace breton à un niveau régional, départemental et cantonal afin d’appréhender les différences qui touchent les territoires dans le domaine de la santé, des inégalités de revenus, de l’éducation, etc. Ces déclinaisons de l’indice de développement humain (IDH) ont été mises au point d’après les travaux d’Aurélien Boutaud, qui a réalisé ce type de calcul pour d’autres régions, parmi lesquelles l’Île-de-France, en partenariat avec l’Institut d’aménagement et d’urbanisme (IAU-ÎDF). Iuli Nascimento, chargé d’études environnement et responsable du programme indicateurs régionaux de développement durable à l’IAU-ÎDF, indique que « le conseil régional d’Île-de-France a demandé la construction d’indicateurs pour repérer les disparités entre collectivités, mieux répartir ses aides et mieux orienter ses politiques publiques ». En 2006, la mission d'information sur la pauvreté et l'exclusion sociale d’Île-de-France (Mipes) [2] et l’ IAU-ÎDF ont mis au point le calcul d’un IDH alternatif territorialisé. La Mipes a ensuite souhaité aller plus loin, en construisant, avec les ONG et d’autres organismes du secteur social, un indicateur de situation sociale qui agrège une quinzaine d’indicateurs socio-économiques et qui est actualisé tous les ans. Un indicateur composite de vitalité économique a aussi été mis au point par l’IAU-ÎDF. Un indice global de qualité de vie et de bien-être vient d’être finalisé et vise à qualifier l’éco-système d’un territoire donné. Contrairement aux indicateurs renseignant les secteurs économiques et sociaux, il a été conçu pour être un outil de comparaison entre régions, en France voire au niveau européen, et permet aussi de faire des simulations. « Nous souhaitons monter un groupe de travail pour aider les conseils régionaux qui le souhaitent à produire les données qui renseignent ce nouvel indicateur et à l’utiliser », explique Iuli Nascimento.

Des indicateurs pour mieux redistribuer les aides


Le conseil régional Nord-Pas-de-Calais, engagé sur ces questions depuis 2003, œuvre pour faire en sorte que chaque région s’approprie l’IDH, l’ISS (indicateur de santé sociale) et l’empreinte écologique. Myriam Cau, vice-présidente au développement durable et à la démocratie participative, pilote à cet effet un groupe de travail au sein de l’Association des régions de France (ARF) [3]. L’idée est de mutualiser pour faire gagner du temps aux conseils régionaux qui se penchent tout juste sur la question, « et d’obtenir de l’ARF une prise de position politique forte qui pose qu’à côté du PIB, il existe d’autres indicateurs qui sont reconnus par nombre d’acteurs et qui sont opérationnels », insiste Myriam Cau. « Il faut que les conseils régionaux usent de leur poids pour inciter l’État à tenir compte de paramètres autres que le PIB pour, par exemple, distribuer les dotations de péréquation. Alors que dans les dix premières grandes villes les plus pauvres, sept se situent en Nord-Pas-de-Calais, notre budget régional vient d’être amputé de 100 000 euros suite à une très légère croissance de notre PIB ! » Un travail identique est mené à l’échelle européenne au Comité des régions, où les crédits des politiques européennes de cohésion sociale sont attribués principalement en fonction du PIB. La Région a déjà obtenu de l’État et de l’Union européenne de mettre l’IDH et l’empreinte écologique dans la batterie d’indicateurs utilisés pour l’évaluation des contrats de projets État / région et des programmes européens en Nord-Pas-de-Calais. « Ce qui est important, c’est que ces indicateurs aient un usage effectif à toutes les échelles de territoire. Au niveau européen, national et régional, mais aussi au niveau infrarégional », souligne la vice-présidente. Le Conseil régional encourage les acteurs locaux à en faire des critères d’évaluation des Schémas de cohérence territoriale et a mis au point un IDH4 calculé au niveau communal, afin de permettre une analyse plus fine des inégalités de développement sur le territoire régional et réorienter ses politiques publiques, par exemple dans le cadre du programme culture et territoires.

1 Ce projet s’inscrit dans la démarche de l’OCDE visant à élaborer un guide méthodologique pour « construire ensemble des indicateurs de bien être et de progrès social ».  
2 Créée dans le cadre d’un partenariat État-région, la Mipes est une instance permanente d’information, d’observation et d’échanges qui a pour objectif d’informer et d’approfondir la réflexion sur la pauvreté et l’exclusion sociale en Île-de-France. 3 Myriam Cau pilote le groupe de travail avec l’aide de la direction du Développement durable, Prospective et Évaluation de la Région.