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Territoires n°515 - février 2011

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Le sommaire

Les articles en ligne :

«L’éducation prioritaire existe-t-elle encore ? », François Jarraud, rédacteur en chef du Café pédagogique, site spécialisé dans les politiques éducatives .

La monnaie, nouvel espace de démocratie ?,Nicolas Leblanc


 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves :La relocalisation a son journal ; Contrer les préjugés sur les Tsiganes ; La participation au cœur de l’agenda 21 ; Conseil local de la laïcité
Pays en chantier : Participer à la participation
chronique de Langevin de l'Ardl Paca
Cult'urb : L'événement comme test urbain ?
chronique de Maud Le Floc'h, pOlau - pôle des arts urbains
Portrait de Majdouline Sbaï : Diplomée de Sciences pop'
Satire dans tous les coins : Rezé : À précaire, précaire et demi
 
Actualités
 
L'événement : Pap Ndiaye : « Le but n’est pas de savoir combien il y a de Noirs en France, mais quelles sont les discriminations ! »
L’ébulition de M'ric
Brèves :Avant l’insécurité, c’est déjà l’insécurité ; La loi Molle durcit le ton ; L’État mise sur le préfet de région ; Le décembre noir de l'école publique rurale
La terre vue du fiel : Un flocon, ça va encore...
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Point de vue :
François Jarraud, rédacteur en chef du Café pédagogique :
« L’éducation prioritaire existe-t-elle encore ?  »
Démocratie participative, modes d’emploi : Mon héro du quotidien
Chronique de Matthieu Pillard, responsable du service démocratie participative à Villeurbanne
 
Dossier : Les monnaies locales dans les failles de l'économie
 
La monnaie, nouvel espace de démocratie ?
Nicolas Leblanc
 
Le rôle des pouvoirs publics dans le déploiement des monnaies sociales
Jérôme Blanc et Marie Fare, maître de conférence et doctorante en économie, université Lyon 2
 
"Une monnaie qui circule trois fois plus vite que l'euro"
Entretien avec Jean-Paul Pla, adjoint au maire de Toulouse (PCF) chargé de l'économie sociale et solidaire
 
La banque Palmas : une expérience phare de banque communautaire
Carlos de Freitas, consultant associatif, co-auteur de Viva favela ! (Michel Lafont, 2009)
 
L'ébullition des monnaies complémentaires françaises
Célina Whitaker, centre d'études du développement en Amérique latine
 
Reportage
La Roche-sur-Grane.
L’entrepreneur et le paysan unis pour un éco-lieu exemplaire
 
International
Vues d'Europe
Roumanie.
L’inertie face à la crise et le discours sur la « mentalité » roumainet
Chronique réalisée par les volontaires du programme européen d'Echanges et partenariats
 
Analyses
Peut-il exister un travail social communautaire à la française ?, par Jean-Claude Sommaire
Les jeunes, éternellement absents de la politique ?, par Gilles Pradeau
« Grand Paris » : faut-il arroser là où il pleut ?, par Jacqueline Lorthiois
 
Le temps qui pense
Éducation populaire : quand les traditions interrogent l’actualité
Jean Bourrieau, chercheur en sciences de l'éducation, chargé de mission éducation populaire en Seine-Saint-Denis
 
Et aussi ...
Lectures, courrier des lecteurs, Adels info, Autres voix
 
 
 
Les articles en ligne
 
«L’éducation prioritaire existe-t-elle encore ?»
François Jarraud, rédacteur en chef du Café pédagogique, site spécialisé dans les politiques éducatives www.cafepedagogique.net
 
Le Gouvernement a annoncé le 12 janvier la généralisation du dispositif « Éclair » pour « Écoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite ». Un énième dispositif dérogatoire au droit commun censé révolutionner l’éducation prioritaire : au final, les non spécialistes n’y comprennent plus grand chose. Où en est vraiment l’éducation prioritaire en France ?

D’abord il faut rappeler que l’éducation prioritaire concerne un collégien sur quatre, ce n’est pas l’affaire de quelques quartiers isolés. Il existe très clairement dans notre pays des ghettos scolaires, avec des inégalités très fortes entre les élèves, et entre les établissements. Et la suppression de la carte scolaire a plutôt aggravé cette situation, faisant partir des collèges les moins côtés de nombreux élèves vers les centres-villes. Avant de se demander si Éclair va changer l’éducation prioritaire, on peut se demander si celle-ci existe encore ! Si on écoute le Gouvernement, l’État investirait 20 milliards d’euros en plus chaque année pour ces établissements ; mais si on croit la Cour des comptes, il n’y a pas un euro de plus de mobilisé pour l’éducation prioritaire ! Ceci s’explique notamment parce que les enseignants de ces établissements sont beaucoup plus jeunes et coûtent moins cher ! Le système actuel, mis en place il y a cinq ans, est basé sur 250 collèges classés « réseaux ambition réussite » (Rar), sur lesquels les moyens supplémentaires – avec les réserves que je viens d’émettre – sont concentrés. Or, les premiers bilans sont plutôt positifs : le climat scolaire (conflits, socialisation…) s’est amélioré, et même pour ce qui est de la réussite scolaire, on constate plutôt des avancées. Mais alors pourquoi supprimer un système qui marche plutôt bien, même sans les moyens dont il aurait besoin ? Sachant que le dispositif Clair, qui va se transformer en Éclair en s’ouvrant aux écoles primaires, n’est expérimenté que depuis la rentrée 2010 !

Pourtant, une des dispositions d’Éclair est de permettre aux chefs d’établissement de « choisir » les enseignants, en recrutant par rapport au projet pédagogique, et sur une durée plus longue qu’aujourd’hui (cinq ans). Orienter et stabiliser les équipes pédagogiques, n’est-ce pas une vieille revendication des spécialistes de l’éducation ?

Ils appellent ça les « postes à profil », mais c’est d’une grande hypocrisie ! Le constat est exact : dans les établissements prioritaires, on ne trouve aujourd’hui presque que des enseignants et des principaux débutants, plus des profs stagiaires qui sont nommés là parce qu’ils n’ont pas beaucoup de points. La vérité, c’est que ça arrange tout le monde ! On leur donne très peu d’argent en plus, et on les fait venir en leur promettant… qu’ils pourront vite partir. Les postes à profil ne changeront strictement rien, puisqu’ils ne sont pas accompagnés de vraies incitations, notamment financières. Par exemple, en Angleterre, pour remplir ces postes, ils ont un système qui est surnommé : « les menottes d’or »… Ici, les quelques milliers de profs qui ont la fibre, qui acceptent de travailler dans ces conditions, ils sont déjà dans les établissements prioritaires. Alors, pour leurs « postes à profil », ils ne trouveront personne. Ce que les syndicats reprochent également, c’est que le système opère un glissement sur le « qui recrute qui » : la demande serait plutôt que l’équipe pédagogique détermine son projet, qui serve à recruter les nouveaux membres de l’équipe. Alors que le Gouvernement met le recrutement entre les mains du chef d’établissement, sur la base de son projet. Et là, le scepticisme des enseignants est grand ! Ce dont l’éducation prioritaire a surtout besoin, c’est d’une vraie stabilité des équipes et des dispositifs, et moins de systèmes dérogatoires, pour retrouver une véritable ambition d’égalité scolaire. Propos recueillis par Nicolas Leblanc
 
La monnaie, nouvel espace de démocratie ?
Nicolas Leblanc
 
La monnaie est à la fois l’outil central et bien souvent l’impensé le plus flagrant des modèles économiques dans lesquels nous organisons notre travail et nos échanges. C’est un réel paradoxe car, contrairement aux lieux communs les plus répandus, la nature d’une monnaie n’est pas neutre, et toutes les monnaies ne se valent pas.

Parce que la monnaie n’est pas qu’un outil technique indifféremment mis au service d’une forme ou d’une autre d’économie, de nombreux économistes ou activistes locaux développent depuis plusieurs décennies l’idée que la monnaie officielle ne saurait être la seule en circulation et que, notamment, les économies locales ont besoin d’un système monétaire plus riche que, par exemple en France, la simple circulation de l’euro. Ainsi sont nées et ont été expérimentées une série de monnaies alternatives, que l’on nomme en fonction de leurs caractéristiques « complémentaires », « fondantes », « sociales », « affectées » ou encore « locales ». Ces expériences ont souvent été des succès en termes de développement, de relocalisation de l’économie, ou de lutte contre l’exclusion. Pourtant, les réticences des acteurs face à cette question de la réappropriation de la monnaie par les citoyens sont nombreux, en partie parce que les monnaies officielles touchent directement à une certaine idée de la souveraineté nationale, voire continentale en ce qui concerne l’euro. Outils séduisants pour soutenir et enrichir l’économie sociale et solidaire, les monnaies complémentaires montrent aujourd’hui des signes de montée en puissance, sans doute parce que l’époque est favorable pour remettre en place les pseudos dogmes de l’économie dominante. Ainsi, du 16 au 18 février 2011, spécialistes et acteurs des monnaies complémentaires se réuniront à Lyon pour faire le point sur ces avancées lors d’un grand colloque international intitulé : « Trente années de monnaies sociales et complémentaires : et après ? » Une journée sera particulièrement réservée aux acteurs locaux de ces systèmes de monnaies complémentaires, en circulation ou en projet, pour impulser un réseau et des coopérations plus poussées qu’actuellement.

Enrichir et circuler au Pays
Reprenons donc à la base ce que sont les monnaies complémentaires, à quels enjeux elles répondent et où en est leur expansion actuelle. Le terme « complémentaire » est le terme générique, qui positionne la monnaie alternative en complément de la monnaie officielle. Il s’agit notamment de montrer que la monnaie créée ne vient pas en concurrence de l’euro, mais combler certains manques du système monétaire officiel. Ainsi, les monnaies officielles peuvent être capitalisées, prêtées avec un taux d’intérêt, et ainsi échapper à l’économie locale : produites par le travail local elles peuvent facilement s’envoler vers des placements plus ou moins lointains et ne quasiment pas circuler dans l’économie réelle, d’où un système monétaire qui tend vers une « rareté » problématique de la monnaie. Beaucoup de personnes, d’entreprises et d’institutions n’ont pas d’accès par le système classique à autant de monnaie qu’ils en auraient besoin pour vivre ou se développer. Pour pallier ce problème, les monnaies complémentaires sont « locales » et souvent « fondantes » : leur utilisation est circonscrite à une ville, une agglomération, une région ; de plus, pour qu’elles ne soient pas accumulées – et donc qu’elles ne perdent pas tout intérêt pour l’économie locale, elles sont dites fondantes, car elles perdent de la valeur au fil des mois, ou a une date limite de validité. Les taux les plus habituels de dépréciation tournent autour de 2 % par semestre. Ce système permet ainsi à ces monnaies complémentaires de tourner beaucoup plus vite que l’euro, et par là de créer beaucoup plus richesses localement. Autre défaut de la monnaie officielle : elle peut servir indifféremment à la rémunération de services à la personne ou au commerce des armes ; elle permet toutes les consommations, responsables ou non. Pour corriger cela, les monnaies complémentaires sont plus ou moins « affectées ». La plus connue des monnaies affectée est le chèque déjeuner : sa valeur est indexée sur l’euro, mais il n’est « affecté » qu’à la seule consommation de denrées alimentaires. De même, les monnaies locales orientent pour la plupart la consommation vers des biens et des services responsables socialement et environnementalement, et porteurs de développement local. Cela est rendu possible par l’entrée sélective d’entreprises ou de commerçants acceptant la nouvelle monnaie. D’autres distinctions existent, notamment parce que les monnaies complémentaires créées dans les pays émergents sont souvent couplées avec des systèmes de micro-crédits, encourageant l’investissement productif, alors que les monnaies européennes sont plus souvent centrées sur le soutien et l’orientation de la consommation. Au final, les monnaies complémentaires recouvrent tout de même plus de 4 000 systèmes à travers le monde, touchant une cinquantaine de pays et environ un million de personnes. Une diversité qui comprend les germes d’une réappropriation citoyenne de l’économie au potentiel gigantesque. Nicolas Leblanc