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Territoires n°511 - octobre 2010

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Le sommaire

Les articles en ligne :

Portrait de Laurent Bonelli : L’insécurité pour les nuls, par Sabrina Costanzo.

Relancer un mouvement du développement local, par Sterenn Duigou.


 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : Nord-Pas-de-Calais : larges publics pour courts métrages ; Aubervilliers : évaluation sociale partagée ; Tours : mieux qualifier les logements sociaux ; Île-de-France : des paniers au sortir des gares
Pays en chantier : La profession de foix
chronique de Philippe Langevin de l'Ardl-Paca
Cult'urb : La rue est à nous
chronique de Maud Le Floc'h, pOlau - pôle des arts urbains
Portrait de Laurent Bonelli : L'insécurité pour les nuls
Satire dans tous les coins : Baux-de-Provence : Quand j'entends "culture", je sors ma catapulte
 
Actualités
 
L'événement : Les villes dans la nébuleuse des réseaux verts
L’ébulition de M'ric
Brèves : Les fauteuils roulants encore enlisés ; L ’AME essuie une nouvelle attaque ;

La question prioritaire de constitutionnalité a le vent en poupe ; De l'or gris pour le monde rural
La terre vue du fiel : Champagne ! Le climat se barre en vrille !
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Ppoint de vue :
Yves Cariou, cofondateur de la Scop Oxymore :
« Beaucoup plus qu'une alternative au libéralisme »
Démoocratie participative - Modes d'emploi : Quand les conseils de quartier plongent dans le patrimoine local
par Matthieu Pillard, Responsable du service démocratie locale et maisons des services publics à la direction de la démocratie, du développement et de la vie des quartiers de Villeurbanne
 
Dossier spécial Université d'été du développement local :
Le développement local se (re)mobilise !
 
Relancer un mouvement du développement local
Sterenn Duigou
 
"Les enjeux globaux ne peuvent se résoudre que par des dynamiques territoriales"
interview croisée de Georges Gontcharoff, militant de la démocratie locale et du développement local, cofondateur de l'Adels et de l'Unadel et de Bernanrd Pecqueur, professeur de géographie à l'université Joseph Fourier de Grnoble, spécialiste du développement local.
 
Entre ruptures et continuités, le développement local creuse son sillon
Nicolas Leblanc
 
Construire le développement local de demain
Sterenn Duigou
 
Transformations et défis de l'ingénierie territoriale
par Laurence Barthe, maître de conférence en géographie et aménagement, université Toulouse le Mirail, département Dynamiques rurales.
 
Reportage
Paris.
Tri sélectif au carré des biffins
 
International
Île Maurice. Orienter les jeunes en abandon scolaire vers l'employabilité
Vues d'Europe Un forum social européen en demi-teinte
Chronique réalisée par les volontaires du programme européen d'Echanges et partenariats
 
Analyses
Anduze : le projet sociocratique d’une vallée, par Michel Wilson, administrateur territorial formé à la sociocratie
Méthodes participatives ou transformation sociale : pourquoi choisir ?, Pierre-Edouard Martin, chargé de mission Démocratie participative pour la ville de Vendôme, et président de l'association Matières prises
 
Le temps qui pense (Nouvelle chronique)
La Villeneuve de Grenoble : le paradoxe d'une cité exemplaire
Hélène Hatzfeld, politologue
 
Et aussi ...
Lectures, courrier des lecteurs, Adels info, Autres voix
 
 
 
Les articles en ligne
 
Portrait de Laurent Bonelli : L'insécurité pour les nuls

Sabrina Costanzo

 
Cette année, la rentrée universitaire aura aussi été, pour Laurent Bonelli, éditoriale. Chercheur spécialisé dans les questions de sécurité urbaine, de surveillance et de lutte contre le terrorisme, il a retrouvé les amphis de la fac de Nanterre, où il intervient comme maître de conférences en science politique depuis 2008, et a fêté la parution du dernier ouvrage qu’il a dirigé, L’État démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse en même temps que la réédition, actualisée et augmentée, de son ouvrage phare, La France a peur, qui décrit le développement de la notion « d’insécurité » et ses conséquences. Sorti en 2008, celui-ci est désormais disponible en format poche. Un détail qui compte beaucoup pour le chercheur, qui espère ainsi pouvoir communiquer plus encore les résultats de ses enquêtes. « L’intérêt des sciences sociales est d’être utiles, non comme une vérité révélée, mais comme des outils auxquels les gens peuvent recourir pour faire face aux problèmes qu’ils rencontrent. » Une manière de concevoir la recherche comme nécessairement articulée avec l’intervention sociale qui lui vient de Pierre Bourdieu, que le chercheur de 40 ans avoue discrètement avoir « eu la chance de rencontrer intellectuellement, mais aussi personnellement».

Travail intellectuel engagé
Laurent Bonelli va alors faire du « travail intellectuel engagé » bourdieusien sa ligne de conduite. « Il consiste à ne rien céder sur le fond du travail académique, c’est-à-dire sur le caractère scientifique des enquêtes et le respect des protocoles de travail, tout en essayant de rendre les résultats accessibles à des gens engagés dans des luttes sociales ou professionnelles », insiste avec force de conviction Laurent Bonelli. Et, en conséquence, d’alterner entre écriture d’articles dans des revues scientifiques et dans des journaux plus généralistes. Sans oublier les conférences et les formations, qui font de Laurent Bonelli un chercheur paradoxalement overbooké mais très accessible, tant par sa disponibilité que par son discours. Et les sollicitations sont nombreuses, la thématique sécuritaire s’étant imposée ces vingt dernières années comme un enjeu politique à part entière. Le colloque de Villepinte, en 1997, où le gouvernement de Lionel Jospin s’approprie la thématique de la sécurité, traditionnellement réservée aux partis de droite, constitue le point de départ de son intérêt pour une thématique avec laquelle il avait pu se familiariser lors de son service militaire effectué dans la gendarmerie, comme… photographe.

Bien accueilli par les policiers

« J’ai eu la chance d’être recruté comme chargé d’études à l'Institut des hautes études de la sécurité intérieure, qui dépendait du ministère de l’Intérieur, pour participer à la mise en place des contrats locaux de sécurité créés en 1997. Ceci m’a permis d’avoir une expérience concrète et pratique de l’ensemble des enjeux de sécurité locale. » Les carnets de notes de Laurent Bonelli en sortent noircis d’observations recueillies au contact des acteurs locaux et nationaux. Leur analyse aboutira à la rédaction de sa thèse, décrochée en 2007 – Émergence d’une préoccupation publique pour la sécurité en France depuis le début des années 80 –, qui constituera la base de La France a peur et qui décrit, outre la prise en compte de « l’insécurité » par les élus locaux, les mutations profondes intervenues dans l’organisation et les missions de la police, de la justice ou de l’école. « L’ouvrage a été plutôt bien  accueilli par les policiers, car il porte une vision sociologique, c’est-à-dire compréhensive des contradictions qui marquent aujourd’hui leur travail. »  La lecture politique de catégorisation « à gauche » qu’ont pu en faire certains élus, au niveau national, n’atteint pas le chercheur : « On échappe à cette logique binaire et politique de classement à droite ou à gauche dès lors que les acteurs se retrouvent dans l’analyse de leurs activités. Cette rigueur permet de continuer le travail d’enquête et d’éviter que les interlocuteurs ferment leurs portes et n’acceptent plus de témoigner. » Laurent Bonelli peut ainsi continuer à côtoyer l’institution policière pour une nouvelle enquête sur la manière dont se fabriquent les réformes de la police depuis le début des années 80. Un travail qui fera encore sans doute beaucoup parler. Sabrina Costanzo

Bio Express
1970 Naissance à Lourdes
1998-1999 Chargé d’études à l'Institut des hautes études de la sécurité intérieure
2001 La machine à punir, pratiques et discours sécuritaires (L’Esprit frappeur)
2008 La France a peur. Une histoire sociale de l’insécurité (La Découverte)
2008 Au nom du 11 septembre. Les démocraties à l’épreuve de l’antiterrorisme (La Découverte)
2010 L’État démantelé. Enquête sur une révolution silencieuse (La Découverte)

 
Relancer un mouvement du développement local
Sterenn Duigou
 
La première Université d’été du développement local s’est tenue à Foix, les 9, 10 et 11 septembre 2010, organisée par l’Union nationale des acteurs et des structures du développement local (Unadel) et l’université Toulouse-le Mirail, en partenariat avec de nombreux acteurs dont l’Adels. Historiques, enjeux, interrogations et inquiétudes du « mouvement » ont fait partie intégrante des débats.

Pour la première fois de son existence, l’Union nationale des acteurs et des structures du développement local (Unadel) organisait, en partenariat avec l’université Toulouse-le-Mirail, une Université d’été du développement local. Mouvement né dans les années 60 grâce au panache de militants de terrain, le développement local s’est depuis une vingtaine d’années institutionnalisé, technicisé, progressivement rebaptisé « développement territorial ». Dans un contexte politique défavorable aux territoires, face à la puissance de la globalisation, aux enjeux du développement durable, l’Université d’été a proposé aux acteurs du local des analyses, des débats et des ateliers afin de comprendre et de mieux maîtriser ces enjeux nouveaux qui forment la réalité du travail des agents du local. « Nous n’avons pas voulu ce rassemblement pour faire masse », commente Stéphane Loukianoff, délégué général de l’Unadel. « Son objectif n’est pas le même que celui des seconds États généraux des Pays, qui a rassemblé 550 personnes en 2008 et qui soulignait plus une forme de contestation. Notre ambition, ici, est de réunir une diversité importante d’acteurs du développement local sur différentes échelles de territoires, et d’introduire une réflexion collective sur l’avenir, pour ne plus subir, mais pour redevenir des acteurs du changement, dans un contexte politique et socio-économique défavorable. »

Engager la réflexion
Ce sont tout de même près de 250 participants, élus, techniciens, universitaires, associatifs, représentants de l’éducation populaire qui se sont réunis pendant trois jours, sur le site universitaire de Foix, en Ariège. Un site choisi comme un exemple réussi de ce que peut être le développement local. Il y a vingt ans, le choix de la construction de cette antenne de l’université de Toulouse dans les hauteurs de Foix faisait partie intégrante d’une volonté politique de préserver la vitalité du territoire. La vitalité du local, si compliquée à définir, est justement au centre de toutes les préoccupations. « Nous sommes à un moment charnière dans l’histoire du développement des territoires », témoigne Johan Milian, maître de conférences en géographie, co-organisateur de cette Université d’été. « Depuis une dizaine d’années, les dynamiques de développement engagées au niveau local subissent une tension. Un grand nombre a profité des politiques territoriales menées par les collectivités depuis l’appui de la Loi d'orientation pour l'aménagement et le développement du territoire, modifiée par la loi Voynet de 1999. Cet élan a été un succès, mais il a été en partie affaibli avec le glissement qu’a opéré l’État depuis 2003. Son approche de l’aménagement des territoires et les outils qui sont proposés se sont éloignés de l’esprit porté par la loi Voynet. Ils s’inscrivent dans le cadre de la stratégie européenne de Lisbonne, dont la référence est la notion de compétitivité territoriale. Les implications se traduisent de différentes manières, comme la réduction des moyens financiers, le désengagement de la présence de l’État, le transfert de compétences, voire des délégations vers le secteur privé. » Ce contexte, souvent évoqué par les participants, aurait pu sembler peu propice à un engagement réflexif sur l’avenir du développement local. Cependant, l’enthousiasme est fort, et le besoin de parole et d’écoute omniprésent.

Sortir du conflit de générations

La volonté des organisateurs est de donner la parole pour favoriser le débat et l’émergence de nouveaux principes, grâce à une mise en commun des expériences et le partage des connaissances. Hélène Schwartz, présidente de l’Unadel, développe : « Il y a beaucoup de choses qui bougent dans le développement local, il n’y a pas que les anciens combattants. L’idée de cette Université d’été, c’est d’être à la fois dans la continuité, en tenant compte des expériences passées et, surtout, et dans l’anticipation, en prenant en compte les mutations du développement local. » Nourrir les débats, redonner la parole, comprendre l’histoire des enjeux du développement local, soulever la complexité du contexte actuel, comprendre les différentes formes de développement… Trois jours ne suffisent pas, mais un travail s’initie. « Des ponts sont possibles entre les courants du développement local. Mais il y a une question de fond que tout ça ne règle pas », insiste Johan Milian qui interroge : « Au delà des outils et dispositifs qui sont ceux du développement territorial, quel sens et quelles perspectives sont contenus dans les projets de développement d'aujourd'hui ? Quels peuvent être la place et le rôle du développement local ? » Redonner du sens au développement local ? Telle est la question qui plane entre ces générations d’acteurs locaux. Cette interrogation reste suspendue comme un fil directeur pour nourrir les réflexions et penser à l’avenir. « Nous avons besoin d’insuffler du sens, nous devons nous adapter. Cette Université est l’occasion de faire face à ces nouveaux enjeux et de réaffirmer une volonté de mouvement social dans le développement local », explique la présidente de l’Unadel.

Relancer le mouvement social
Éviter le conflit de générations, renforcer les causes communes, surpasser l’institutionnalisation des métiers du développement local, inventer, transformer ; telles sont les ambitions de ces travaux. Dans un contexte préoccupant : avec l’avenir incertain de la décentralisation, la trés grande fragilisation des Pays, la suppression de la taxe professionnelle... ; cette Université provoque une forme de respiration pour les acteurs présents, qui expriment un refus de la résignation. Cependant, une interrogation demeure légitime quant à la portée de cette Université. « Pour la suite, ce n’est pas forcément la répétition de l’événement qui est importante, mais la mobilisation que nous espérons que ce colloque va apporter », continue Stéphane Loukianoff. « Ce rassemblement s’inscrit dans un ensemble d’initiatives. L’objectif est, dans les mois qui viennent, de continuer un travail sur une "feuille de route". Cette capitalisation est une première étape dans cette approche de travail collectif. Notre volonté est d’enclencher un processus durable et nous savons qu’une mobilisation sur la durée est un projet ambitieux et difficile à tenir. » Dès l’année prochaine, les participants sont, d’ores et déjà, invités en Meurthe-et-Moselle pour une nouvelle réunion. « D’une même voix, mettons-nous au travail pour nourrir nos réflexions », conclut Hélène Schwartz, enthousiaste. Des réflexions et une mise en mouvement qui commencent déjà à intéresser, notamment l’association des régions de France. Sterenn Duigou



Petite chronologie du développement local

• 1965 : 1ère expérience de développement local, au Mené (Bretagne)
• 1970 : création des plans d’aménagements ruraux
• 1975 : premiers « contrats de Pays »
• 1982 : acte I de la décentralisation (Loi Deffere): montée en puissance des régions et des départements. États généraux des Pays, à Mâcon, et création de l’Association nationale pour le développement local et les Pays (ANDLP)
• 1992 : loi ATR (administration territoriale de la République) et fort développement de l'intercommunalité. Création de l’Unadel
• 1995 : loi Pasqua sur la création des Pays
• 1997 « Territoires d'avenir » : rassemblement national du mouvement du développement local, à Carcassone
• 1999 : Loaddt, dite loi Voynet : renforcement des Pays et des territoires de projets, création des conseils de développement
• 2000 : lancement de la stratégie de Lisbonne au niveau européen
• 2005 et 2008 : États généraux des Pays (Unadel, APFP, ADCF)
• Octobre 2009 : lancement de la réforme territoriale…