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Territoires n°508 - mai 2010

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Le sommaire

Les articles en ligne :

"Pour ne pas réduire la démocratie à un simple spectacle", entretien avec Loïc Blondiaux, politologue et administrateur de l'Adels.

L'habitat alternatif : quoi de neuf, par Marie-Hélène Bacqué, sociologue.


 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : Cesson : plus beaucoup d’eau mais encore des idées ; Montigny-sur-Grosne : lumière sur le micro-mécénat ; Le Mans : conseil de jeunes sur internet ; Parc naturel régional du Vexin : un patrimoine rural économe en énergie
Pays en chantier : Petit quizz du développement rural
chronique de Stéphane Loukianoff, Unadel
Cult'urb : Le 104, Territoire de l'art encore possible
chronique de Maud Le Floc'h, pOlau - pôle des arts urbains
Portrait d'Albert Rousseau : Il connait ses Gam
Satire dans tous les coins : Vendée : le slogan qui fait des vagues
 
Actualités
 
L'événement : Justice et constitution : vers la création d’une cour suprême ?
L’ébulition de M'ric
Brèves : Les indemnités versées aux élus locaux en 2008 ; Bilan désastreux pour la réforme de l’urbanisme commercial ; Des logements plus petits et moins sociaux ; Droit à l'eau potable : la solidarité (si possible) renvoyée au local ...
La terre vue du fiel : T'inquiète, c'est juste une poussière dans l'oeuil
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Manifeste de l'Adels pour réinventer la démocratie
Loïc Blondiaux, politologue et administrateur de l'Adels : « Pour ne pas réduire la démocratie à un simple spectacle »
Démoocratie participative - Modes d'emploi : Le bleu participatif
par Laurence Faucon, directrice du développement des vies participatives à Niort
 
Habitat coopératif : une troisième voie pour l'accès au logement ?
 
" Habiter autrement " : de l'initiative à l'engagement
Anne d'Orazio, architecte urbansite
 
L'habitat alternatif : quoi de neuf ?
Marie-Hélène Bacqué, sociologue
 
Vers la reconnaisance des coopératives d'habitants
Sabrina Costanzo
 
La coopérative d'habitants impulsée par le haut
Claire Carriou, maîtresse de conférence en aménagement et urbanisme
 
"Architectes militants et hybridation des savoirs"
entretien avec Véronique Biau, architecte urbaniste
 
Quand bien vieillir rime avec vivre ensemble
Stéphanie Vermeersch, chargée de recherche CNRS, centre de recherche sur l'habitat
 
L'alternative coopérative en Suisse
Adriana Rabinovich, architecte, école polytechnique de Lausane
 
Le village vertical : un projet de vie "autrement"
Marie-Pierre Marchand, urbaniste
 
Reportage Grenoble. Conseil des résidents étrangers : la relance, après la tempête
 
International
Mali. Caisses d’épargne autogérées à Kayes
Vues d'Europe Let’s go dangle… depuis les squats grecs des exilés de Patrasl
Chronique réalisée par les volontaires du programme européen d'Echanges et partenariats
 
Analyses
Les banlieues dans les régionales ? ni vues ni connues
Médiation d’espaces publics : une voie d’avenir
 
Et aussi ...
Lectures, forum des lecteurs, Adels info, Autres voix
 
 
 
Les articles en ligne
 
"Pour ne pas réduire la démocratie à un simple spectacle"
Loïc Blondiaux, politologue, administrateur de l'Adels.
 
Après s’être penché sur ses 50 ans d’histoire, l’Adels a décidé de réaffirmer son projet associatif en le plaçant sous le signe de trois revendications : l’égalité politique, la justice sociale et l’auto-organisation (voir ci-contre). Pourquoi associer ces trois notions ?


En retournant aux sources de l’histoire associative, en cherchant à identifier ce qui constituait à la fois l’héritage, le trésor commun mais aussi le socle de valeurs partagées ici et maintenant par les membres de l’Adels d’aujourd’hui, nous avons bien repéré ces trois principes, constamment à l’œuvre. Mais nous nous sommes aperçus qu’ils ne pouvaient être dissociés, qu’ils ne faisaient sens que s’ils étaient reliés en un même projet d’ensemble. Trois convictions portent en effet l’Adels depuis les origines. La première est que nos démocraties, dans leur forme actuelle, n’épuisent en aucun cas le projet démocratique lui-même, et qu’il ne saurait exister de démocratie véritable sans ce que les grecs appelait « isonomie », à savoir une égalité de tous face à la possibilité d’influencer la loi. Sous ce regard, nos « démocraties » représentatives, qui confient à un tout petit nombre de professionnels le soin de gouverner au nom des autres, ne sont à bien des égards que des erzatzs, voire même ne méritent pas l'appellation de « démocratie ». La seconde relie précisément cette égalité politique à un idéal de redistribution des richesses, dans la mesure où tout démontre que la faible capacité d’influence de certains groupes sociaux se paye politiquement au prix fort, au travers de choix de politiques publiques systématiquement pris en leur défaveur. Le glissement progressif de nos démocraties vers l’état d’oligarchies qui ne disent pas leur nom, où seules certaines catégories de la population, les plus riches et les plus intégrées, sont capables d’agir sur l’agenda du pouvoir, en sont la preuve tangible. La troisième conviction est que tout ne peut se faire au travers des institutions. La démocratie, comme le disait Tocqueville, ce ne peut pas être seulement un régime, ce doit être aussi une forme de société. Pour qu’une démocratie soit vivante, il faut un peuple autonome, actif, imaginatif, critique, capable de trouver en lui-même la force de résister aux forces qui menacent de le dominer, mais aussi de s’organiser en vue de peser efficacement sur le pouvoir. Rien ne peut se faire sans cela.


Pourquoi est-il particulièrement important, pour le mouvement social, à ce moment de son histoire et de l’actualité politique, d’appuyer sur ces trois principes fondamentaux ?



L’action de l’Adels s’inscrit sur plusieurs scènes de combat et dans plusieurs temporalités qu’il faut sans doute distinguer grossièrement. Sur un plan très général et au regard d’une histoire politique relativement longue, nous vivons dans un état plus que paradoxal de la démocratie. En dépit d’un consensus autour de l’idée démocratique, il existe des signes incontestables d’épuisement et de dévitalisation de ce régime. Nous avons vécu un « moment démocratique » au sortir de la seconde guerre mondiale en Europe et jusque à la fin des années 70 dans lequel une forte participation électorale, doublée d’un mouvement ouvrier et syndical influent, avec un discrédit des idées et des élites économiques et politiques conservatrices ont permis notamment que se mettent en place des politiques sociales relativement favorables aux catégories populaires. Cette évolution s’est brutalement inversée à partir des années 80. Nous évoluons au contraire vers ce que le sociologue anglais Colin Crouch appelle un état de « post-démocratie » dans lequel il subsiste, certes, des élections libres, mais où l’indifférence politique croissante de la population, l’affaiblissement du mouvement ouvrier, la globalisation économique, l’interpénétration des milieux économiques et politiques dirigeants et la professionnalisation de la communication politique dans des médias de masse contrôlés par un petit nombre d'opérateurs ont largement contribué à réduire la vie démocratique à un simple spectacle. Dans le même moment, d’autres signes témoignent d’une capacité de mobilisation croissante de certains groupes sur des combats ciblés ; de la réussite de nouvelles causes dans l’espace public, portés par des mouvements sociaux de grande ampleur (autour de l’environnement par exemple) ; d’une élévation des compétences critiques de la population et d’une demande de consultation et de participation croissante dans certains secteurs de la société qui obligent les gouvernants à tenir compte de ce que nous avons appelé avec Yves Sintomer un « impératif participatif ». L’ambition que doit viser une organisation comme l’Adels doit être précisément d’accompagner et de peser sur ces dernières évolutions pour éviter précisément que la démocratie ne sombre dans le simulacre. Sur une scène plus immédiate et dans le contexte français, les atteintes au principe démocratique sont aujourd’hui le fait d’un gouvernement qui renoue avec un mode de prise de décision autoritaire, centralisé, quasi-monarchique, sans concertation véritable et au mépris des corps intermédiaires et des collectivités locales. C’est dans ce contexte aussi que s’inscrit le combat de l’Adels et que son action trouve son sens.


Face à la notion de démocratie participative qu’elle considère comme trop souvent dévoyée, l’Adels met en avant l’idée de « démocratie authentiquement délibérative ». Quels sont les enjeux que recouvre la mise en place de cet idéal démocratique ? S’agit-il de promouvoir, au sein d’une démocratie représentative transformée, le partage effectif de la décision, ou parle-t-on d’un partage du ou des pouvoir(s), dans un sens plus large ?



Je parlerai ici en mon nom personnel qui n’engage pas forcément l’Adels. Dans ce domaine, les concepts dont nous disposons sont des pièges. La notion de « démocratie participative » a connu aujourd’hui tant de viscissitudes et de détournements qu’elle peut effectivement sembler devoir être dépassée. Au sens fort et lorsqu’elle a été élaborée dans les années 70 dans la philosophie politique anglo-saxonne par des auteurs malheureusement trop méconnus en France comme Carole Pateman ou Benjamin Barber, l’idée de « démocratie participative » renvoie clairement à un idéal de citoyenneté active et critique au sens de Rousseau ou de John Stuart Mill et à l’opposé d’un idéal de démocratie « minimaliste » dans lequel n’est exigé du citoyen qu’une participation sous la forme d’un vote pensé comme une dépossession. L’enjeu est ici la politisation et l’engagement effectif des citoyens dans la vie politique, comme garantie de la liberté contre toutes les formes de domination. Mais la « démocratie participative », y compris dans ce contexte, n’équivaut nullement à la « démocratie directe » au sens où l’on pourrait tourner purement et simplement la page de la représentation. Il s’agit de résister, de contrôler, de peser, de borner la représentation, pas de se substituer à elle. À la suite de ce premier apport, d’autres auteurs ont élaboré, dans le sillage de Jurgen Habermas et de John Rawls, le concept de « démocratie délibérative », qui connaît aujourd’hui un succès extraordinaire dans la pensée politique internationale. Ce courant insiste sur le fait qu’une décision collective ne saurait être légitime qu’à la condition d’avoir pu être débattue par tous ceux qu’elle est susceptible d’affecter, dans le cadre d’une discussion à la fois publique, argumentée et inclusive. Ce courant insiste sur le processus de justification de la décision et oblige très clairement à repenser de fond en comble le processus de prise de décision qui doit faire l’objet d’un partage, au moins dans sa phase préparatoire. Mais, dans cette configuration théorique également, il n’est pas pensable de se passer in fine de représentants élus.
Ces deux perspectives ne me semblent nullement inconciliables. Il s’agit tout à la fois de penser des citoyens plus actifs, mieux capables de défendre leurs intérêts (démocratie participative) et un processus de prise de décision plus juste (démocratie délibérative). Il s’agit, par tous les moyens, d’encourager et d’appuyer les démarches, les dispositifs, les revendications qui vont dans ces deux directions. Je ne vois pas cependant comment, dans l’état actuel des choses, abandonner le principe même de représentation fondé sur l’élection. La démocratie directe reste une horizon, praticable sur certains enjeux et dans certaines circonstances, la démocratie représentative un moindre mal. L’enjeu de cette démocratie renouvelée (à la fois « participative » et « délibérative », appelons là « démocratie » tout court), est d’introduire une tension dans le processus même de représentation, d’obliger le représentant à se justifier de ses choix en continu. Il est également d’ouvrir la possibilité à chacun de se faire entendre sur ce qu’il croit être juste, d’influencer le cours de la décision. L’enjeu est précisément de penser les dispositifs qui rapprochent de cette situation d’égalité et obligent les représentants à intégrer cette parole citoyenne dans une décision dont il garde la responsabilité, mais une responsabilité qui prend dès lors pleinement son sens, puisqu’elle permet à chacun de juger les fondements sur lesquels reposent les choix effectués.

Égalité politique, , justice sociale, et auto-organisation
Manifeste pour réinventer la démocratie

Pour lire le manifeste de l'Adels cliquez ici

Pour télécharger le manifeste, cliquez ici
 
L’habitat alternatif : quoi de neuf ?
Marie-Héléène Bacqué, sociologue, professeure d'urbanisme, université de Paris Ouest Nanterre La Défense, Mosaïque Lavue
 
Les expériences d’habitat participatif qui semblent connaître un élan au cours de ces dernières années sont-elles vraiment nouvelles ? Indiquent-elles des transformations dans la production de l’habitat ? Tentatives de réponses.


On notera d’abord que la thématique de la participation dans le champ de l’habitat s’inscrit dans une longue discussion engagée depuis la fin du 19e siècle, au moment où est envisagée l’intervention publique dans la production du logement. La question se pose alors des modalités de cette intervention. Faut-il développer un secteur public du logement ou bien inciter à la production collective via la coopération, en s’appuyant sur la société civile ? En France, c’est le choix d’une intervention étatique qui prévaut, ce qui conduit après-guerre à la production massive d’un parc social qui représente aujourd’hui 17 % du parc de logements. Cela n’empêche pas l’existence d’une production coopérative sociale qui va d’ailleurs vite s’institutionnaliser, à l’image du secteur de l’économie sociale. C’est de la lignée de cette tradition coopérative, issue d’une branche du mouvement ouvrier, que se réclame une partie des expériences contemporaines cherchant à réactualiser et renouveler le statut coopératif. Celles-ci interrogent le rapport à la propriété, les formes de gestion et, plus largement, les politiques publiques du logement. Elles se nourrissent de la critique de la production publique et sont à comprendre comme une des dimensions de la reconfiguration de l’État social.

Interroger le politique

Mais ces expériences renvoient aussi à un autre héritage, celui d’une tradition alternative issue de la mouvance de 1968, qui s’est épanouie dans les années 70. Portées par ceux que l’on dénommait alors les « aventuriers du quotidiens » ou « la classe d’alternative », elles promeuvent des contre-modèles dans les domaines tels que la consommation, l’éducation ou la production d’énergie, valorisent l’expérimentation et le développement de nouveaux rapports collectifs. Dans le champ du logement, les opérations d’habitat autogéré des années 70 et 80 sont l’illustration de cette recherche d’un « vivre autrement ». Cette culture de l’alternative représente une interrogation du politique par les pratiques sociales. À ces deux courants, il faut rajouter la thématique du développement durable voire, parfois, de la décroissance. Ces idées étaient déjà présentes dans les mouvements alternatifs des années 70, en particulier dans leur critique des modes de développement ou des modes de consommation, mais elles se sont aujourd’hui imposées dans la société, au moins dans les discours. En reprenant cette dimension écologique, les collectifs actuels ne sont plus en décalage avec le discours commun ; ils sont plutôt un aiguillon. Ce qui caractérise les expériences d’aujourd’hui, c’est sans doute la rencontre de ces trois références idéologiques, qui conduit à interroger ensemble les politiques du logement, les modes de vie et la qualité environnementale de l’habitat. D’où une nébuleuse plus qu’un mouvement, portée par des acteurs divers et un certain flou conceptuel. Mais aussi, peut-être, la perspective de pouvoir penser la création d’un véritable secteur du logement porteur des valeurs de la solidarité et de l’écologie.


Pour aller plus loin
:
Changer la vie ? Les classes moyennes et l’héritage de mai 68, Marie-Hélène Bacqué et Stéphanie Vermeersch, Éditions de l’atelier, 2007.
Faire de la politique autrement, Hélène Hatzfeld, Rennes, Pur/Adels, 2005.
Les aventuriers du quotidien, Catherine Bidou, Puf, 1984.