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Territoires n°507 - avril 2010

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Le sommaire

Les articles en ligne :

"Nous avons demandé aux gens ce que le bien-être signifiait pour eux", entretien avec Michel Renault, économiste, coordinateur pour le réseau Pekea du projet Indicateurs sociétaux de bien être territorialisés.

Presse quotidienne régionale en eaux troubles, par Sterenn Duigou.


 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : Grenoble : accéder à la ville et à l'emploi, sans handicap ; Circuit courts : les lieux testagricoles se multiplient ; Île-de-France : partager les compétences salariales ; Paris : concertation, les associations perdent patience
Pays en chantier : Amère victoire
chronique de Philippe Langevin, Ardl-Paca
Cult'urb : La ville durable par le provisoire
chronique de Maud Le Floc'h, pOlau - pôle des arts urbains
Portrait de Lucien Kroll : Architecte (du) vivant
Satire dans tous les coins : Noirmoutier : faut-il sauver notre patrimoine à tout prix ?
 
Actualités
 
L'événement : L'évènement Sous les pavés du PIB
"Nous avons demandé aux gens ce que le bien être signifiait pour eux", entretien avec Michel Renault
L’ébulition de M'ric
Brèves : Régionales : l’illusion de la baisse du cumul des mandats ; Vote des étrangers : le retour du « serpent de mer » ; Vote électronique : grands bulletins sur petits écrans ; Corruption : cachez cette charte que je ne saurais voir...
La terre vue du fiel : Dans la famille girouette, le (petit) père...
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Point de vue : Jean Legal, docteur en sciences de l'éducation : «Les militants "adultes" de la démocratie participative sont très peu concernés par la participation des enfants »
Démoocratie participative - Modes d'emploi : Conseil de quartier, qui tient la plume ?
par Matthieu Pillard, Responsable du service démocratie locale et maisons des services publics à la direction de la démocratie, du développement et de la vie des quartiers de Villeurbanne
 
Médias locaux : crises et châtiments
 
Presse quotidienne régional en eaux troubles ?
Sterenn Duigou
 
"Il y a un problème de renouvellement éditorial"
entretien avec Jean-Marie Charon
 
"Certains titres ont vécu de leurs rentes"
entretien avec Patrick Le Floch
 
Ouest-France : l'empire médiatique du soleil couchant
Sterenn Duigou
 
Internet et la presse locale : "La PQR est un emblème menacé"
entretien avec Denis Ruellan et Bernard Poulet
 
Les télés locales se cherchent encore
Sabrina Costanzo
 
Indépendante et alternative : une autre presse est possible
Nicolas Leblanc
 
Reportage Paris. Un nano-débat pour des mégatechnologies à hauts risques
 
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Italie. Gênes, théâtre d’un débat public à la Française
Vues d'Europe Rosarno : des journaliers exploités et maltraités se révoltent
Chronique réalisée par les volontaires du programme européen d'Echanges et partenariats
 
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Pouvoir régional : de nouveaux enjeux
Les correspondants de nuit, dix ans plus tard
Voyage en terres d’innovations sociales
 
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Les articles en ligne
 
« Nous avons demandé aux gens ce que le bien être signifiait pour eux »
Entretien avec Michel Renault, économiste, coordinateur pour le réseau Pekea du projet Indicateurs sociétaux de bien être terriorialisés (Isbet), mené avec le conseil régional de Bretagne.
 
Pouvez-vous présenter le réseau Pekea? Que recouvre le concept de « valeur sociétale » ?

Pekea, acronyme de « a political and ehtical knowledge in economic activities », c’est-à-dire « un savoir politique et éthique sur l’activité économique », est né sous forme associative en 2000. Depuis 2006, ce réseau mondial de réflexion est reconnu comme une ONG avec un statut consultatif auprès du conseil économique et social des Nations unies. Notre objectif est de penser l’économie autrement, sans s’enfermer dans des débats théoriques mais, au contraire, en s’efforçant de ne pas perdre de vue l’action. Le projet Pekea a permis de faire émerger le concept de « valeur sociétale », qui consiste à affirmer qu’il faut circonscrire le rôle du marché et rendre à la société sa capacité de définir elle-même la valeur des choses. Le Club des gouvernements locaux Pekea a été lancé avec le soutien de collectivités locales en France et à l’étranger (pour la France : Rennes métropole, le conseil général d’Ille-et-Vilaine, le conseil régional de Bretagne et le conseil régional Nord-Pas-de-Calais) et permet de lier théorie et action concrète. Les collectivités locales bénéficient du recours à des experts qui travaillent avec elles à la mise en place d’outils leur permettant de mieux mesurer le bien être sur leur territoire. Les chercheurs peuvent se frotter à des problèmes concrets et, ainsi, enrichir le concept de « valeur sociétale ».

Quels sont les travaux menés par le Club des gouvernements locaux Pekea ?

Le travail le plus poussé est le projet Indicateurs sociétaux de bien être terriorialisés (Isbet) mené avec le conseil régional de Bretagne. Nous travaillons aussi avec le conseil général d’Ille-et-Vilaine sur la mise en place d’indicateurs de bien-être appliqués à la petite enfance. La première phase du projet Isbet a consisté à calculer un IDH au niveau régional puis au niveau de chaque département. L’idée est de respecter dans l’esprit les trois éléments qui constituent l’IDH du Pnud (éducation, santé et revenu) et de voir, au niveau local, quelles sont les statistiques les plus pertinentes dont on dispose et que l’on peut combiner pour obtenir un indicateur territorialisé. La seconde phase du projet a pour objectif principal d’associer les citoyens de la communauté de communes du Val-d’Ille et de la communauté de communes du canton de Pipriac à la construction d’indicateurs de situations ressenties. Nous avons demandé aux gens ce que le bien être signifiait pour eux à l’occasion de réunions publiques et de groupes de travail.
La synthèse de ces paroles nous a permis de déterminer pour chaque territoire des indicateurs avec des gradations qualifiant les situations de mauvaises à idéales. Le diagnostic territorial mené sur la base des indicateurs de situation est achevé. Il a fait l’objet d’une restitution publique et a permis d’identifier les points forts et les points faibles des territoires. La vitalité associative fait par exemple la force du Val-d’Ille, qui pèche dans l’organisation des transports.

Quelle est la finalité des ces nouveaux indicateurs ?


Les indicateurs ne sont utiles que si des actions concrètes sont menées pour améliorer les situations qu’ils ont permis de qualifier. L’idée est de travailler sur les points faibles des territoires et d’engager les communautés de communes dans une démarche de progrès. Le conseil général d’Ille-et-Vilaine a intégré l’IDH 35 dans les indicateurs de contexte utilisés pour orienter ses politiques publiques. Nous avons le projet de faire un indicateur de santé social territorialisé qui sera, lui aussi, intégré au sein des indicateurs de contexte. Depuis que nous avons sensibilisé les élus à ces questions, les choses avancent. Le projet Isbet a d’ailleurs été initié sous l’impulsion des services techniques sensibilisés à la question à l’issue d’un séminaire international organisé à Rennes en 2006 sur les nouveaux indicateurs locaux de richesse. Nous sentons de la part des élus et des techniciens la volonté de disposer d’évaluations qui diffèrent des évaluations monétaires classiques. Propos recueillis par Sabrina Costanzo
 
Presse quotidienne régionale en eaux troubles
Sterenn Duigou
 
Malgré un modèle économique qui se fragilise, la presse quotidienne régionale (PQR) reste la numéro un. Depuis 1944, le secteur a évolué pour le pire et parfois le meilleur. Où en est-t-elle aujourd’hui ? État des lieux d’un secteur familier et néanmoins bien opaque.

La presse quotidienne va mal ; voici bien une inquiétude devenue banalité. Dans le marché médiatique de la presse écrite quotidienne, il existe un secteur qui continue de réunir, dans les meilleurs jours, presque 18 millions de lecteurs. Peu étudiée, la presse quotidienne régionale (PQR) représente une soixantaine de titres répartis sur le territoire. Son histoire et son avenir font moins parler que les tracas des grands quotidiens nationaux. Et pourtant, à la tête des groupes de la PQR, ceux qui ont été surnommés les « barons » de l’information locale se sont partagé le lectorat français. Malgré une audience à faire pâlir les grands nationaux et une meilleure résistance à la dernière crise, ce puissant pan médiatique s’épuise. Les titres de la presse quotidienne régionale accumulent un ensemble de faiblesses et de difficultés économiques que leurs propriétaires ont bien du mal à endiguer. Manque d’indépendance, concurrence inexistante, monopole territorial, rigidité éditoriale… La PQR est la cible de vives critiques déontologiques. Grâce au déploiement de ses éditions, elle reste malgré tout le dernier relais de l’information dans de nombreux territoires délaissés ou isolés. Historiquement, c’est d’ailleurs grâce à sa capacité à produire de l’information ultra locale que ces titres ont fait recette. Ils ont su déployer, à cet effet, un véritable réseau de journalistes et de correspondants, aujourd’hui parfois menacés par les restrictions.

La guerre des chiffres
L’année 2009 a été catastrophique d’un point de vue économique. Les médias ne font pas exception. Face au marasme du secteur, la PQR a pourtant mieux résisté. Elle accuse, avec les médias sur internet (-5 %), la plus faible baisse de chiffre d’affaires du secteur, avec une estimation de -11 %. Ce chiffre, dont Jacques Hardoin, directeur général de La Voix du Nord et président de la commission publicité du syndicat de la presse quotidienne régionale (SPQR), s’est gargarisé, en janvier dernier, semble révéler une meilleure vitalité des groupes de PQR. Il occulte, cependant, une réalité économique préoccupante au sein de ses titres. Entre 2008 et 2009, l’audience de la PQR a diminué de 3,3 % [1]. Un chiffre qui peut s’expliquer par une forte audience entre 2007 et 2008 grâce, notamment, aux élections municipales. Le constat perdure. Sur les dix dernières années, les quotidiens régionaux ont perdu quelques 640 000 lecteurs, passant de 18 264 000 lecteurs par jour [2] en 2000 à 17 200 000 en 2009 [3]. Parallèlement, leur diffusion n’a cessé de chuter. Entre 1985 et 2004, elle est passée de presque 2,2 milliards d’exemplaires vendus par an à moins de deux milliards [4]. Une baisse inquiétante mais rarement relevée, car la presse quotidienne régionale reste globalement la plus lue. Un autre phénomène préoccupant pour l’avenir de la PQR  vient s’ajouter  : le vieillissement de son lectorat. Une constante qui perdure depuis la fin des années 70. Le renouvellement des lecteurs est, en réalité, un vrai casse tête. Ces titres peinent à en trouver de nouveaux. Si le taux de pénétration (c’est-à-dire le taux de lecteurs par rapport aux populations couvertes) reste important dans les secteurs ruraux ou les petites villes, il est très faible dans les périphéries et les grands centres urbains. Par exemple, le taux de pénétration du Progrès à Lyon est inférieur à 10 %, contre un taux de pénétration des titres locaux de 60 % dans le Finistère ! Face à ce constat, ces quotidiens se trouvent devant une problématique extrêmement complexe, leur rigidité éditoriale ne facilitant souvent pas l’accès à de nouvelles cibles. Pas question de tout remettre en cause : une des solutions mise en place par les groupes a été la publication de suppléments vendus avec les titres, comme Femina. Les quotidiens du septième jour ont aussi fait leur apparition, comme Dimanche Ouest-France, là encore pour élargir le lectorat. Mais les quotidiens régionaux, dans leur ensemble, ont bien du mal à surpasser leurs faiblesses, malgré la résistance de quelques titres qui progressent comme Le Télégramme.

Un territoire divisé par groupe médiatique
Le paysage des groupes de PQR se dessine à grands traits entre les différents points cardinaux. Seule une poignée de titres a échappé aux rachats (voir cartes pages 24 et 25 ). En effet, ils ont pour la plupart été rachetés par des groupes pluri-médias, qui ont développé leurs activités avec des gratuits, de la presse d’annonces, des télévisions locales, des entreprises de communication et de publicité. Certains d’entre eux sont nés, logiquement, dans le prolongement de la réussite de titres plus importants. Historiquement, le groupe Sud-Ouest s’est d’abord constitué autour du quotidien du même nom, avant de racheter les titres voisins géographiquement. Ce dernier a, d’ailleurs, récemment annoncé qu’il allait chercher à ouvrir son capital : « Le résultat net du groupe sera négatif d’environ 20 milions d’euros, voire un peu moins. Nous recherchons en priorité un partenaire industriel qui partage nos projets et ceci dans la durée», a déclaré le président du directoire du groupe au Figaro, Pierre Jeantet. Une situation économique préoccupante. Dans la course à la survie financière, si Ouest-France est le quotidien payant le plus lu en France, avec plus de deux millions de lecteurs, ce n’est pas le groupe le plus puissant. À l’est de la France, le groupe EBRA pour Est-Bourgogne-Rhône-Alpes, dont le Crédit mutuel est l’actionnaire majoritaire, a affirmé son monopole sur 23 départements. Avec notamment huit quotidiens locaux, trois hebdomadaires locaux, un gratuit, une presse d’annonce, le groupe EBRA est, dans le domaine de la presse régionale, le plus puissant. 101 éditions pour 3,5 millions d’audience, EBRA, peu connu au niveau national, ne laisse pas beaucoup de place à la concurrence locale. La majorité de ses titres sont en situation de monopole ou de concurrence interne. Ils restent peu de survivants, à l’exception du petit groupe l’Alsace-le Pays.

Quel pluralisme ?
Ce découpage de l’information locale pose la question cruciale de la concurrence entre les titres. La seule zone de véritable concurrence en France se déploie sur trois départements bretons : Le Finistère, les Côtes-d’Armor et, dans une moindre mesure, le Morbihan. Sur ces territoires, les rédactions de Ouest-France et du Télégramme se livrent une véritable guerre de l’information, qui favorise d’ailleurs un taux de pénétration global élevé : en 2008, 58 % des Bretons lisaient quotidiennement un titre régional, contre une moyenne de 34 % pour l’ensemble des Français [5]. Une fois n’est pas coutume, la concurrence favorise une information plus réactive, qui semble attirer davantage le lectorat. Ailleurs, la question de l’existence du pluralisme au sein de la PQR est véritable. Il existe ce que le Conseil de l’Europe nomme « des zones de concurrence interne », c’est-à-dire, des territoires où des titres, appartenant au même groupe, sont en concurrence. De plus, les titres rachetés le sont rarement parce qu’ils sont en bonne santé économique. Rien ne garantit alors la pérennisation des emplois, dans un contexte de crise, ou d’une édition locale qui ne rapporte plus assez. Sans passer par le rachat, la mauvaise situation économique de certains titres comme, La Nouvelle République du Centre-Ouest (NRCO), a détérioré davantage l’état de l’information dans certaines zones comme le Cher. Le titre, présent depuis plus de soixante ans dans le déparement, y diffusait chaque jour 12 000 exemplaires, en moyenne. Ce qui représente 30 000 à 40 000 lecteurs quotidiens. Le dernier numéro a été publié le 30 septembre 2009. Quarante-cinq journalistes ont été licenciés suite à cet abandon. Des restrictions qui ne devraient pas sauver le titre d’un futur rachat. D’ailleurs, dans ce type de cas, les groupes acquéreurs, pour rentabiliser leurs achats, comptent généralement sur des économies d’échelle, et baissent toujours plus les moyens alloués aux rédactions locales. Synergies intertitres et moyens en recul ne sont pourtant pas à proprement parler des gages d’une information de qualité… Des craintes légitimes persistent donc. La nouveauté, la concurrence, la diversification du traitement de l’information locale entraînent la création de nouveaux titres, mais rarement sur le modèle historique de la PQR, qui reste ancrée dans une tradition un peu dépassée. Sans parler d’internet où elle a bien rattrapé son retard, la presse écrite payante locale semble, sous cette forme, avoir un avenir bien incertain.Certains continuent quand même de s’y frotter, comme 24 Ore en Corse, lancé mi-mars, qui souhaite faire de l’ombre à Corse Matin, un quotidien appartenant au groupe Hersant, en jouant la carte de l’indépendance justement. Certains titres trouveront peut-être la potion magique qui convaincra les lecteurs. En attendant, ces mastodontes semblent s’enliser dans un modèle économique qui freine toute évolution en faveur d’une presse quotidienne d’information locale de qualité. Sterenn Duigou