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Territoires n°501 - octobre 2009

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Le sommaire

Les articles en ligne :

"Comment un élu peut-il justifier que l'expression des étrangers ne soit pas prise en compte?", entretien avec Hamou Bouakkaz, adjoint au maire de Paris chargé de la démocratie locale et de la vie associative.

Un toit pour grandir, par Mathilde Azerot.


 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : L'association l'outil en main cultive les iiens intergénérationnels ; Filtrage collectif aux roseaux en Loire-Atlantique ; Autant en rapporte le vent dans le Morbihan ; De la friche au quartier écolo à Tourcoing, Roubaix et Wattrelos
Cult'urb : Quand advient la ville foraine
chronique de Maud Le Floc'h, pOlau - pôle des arts urbains
Portrait de André Lafore : Délégué du médiateur de la République
Pays en chantier : Du réchauffement des pôles
chronique de Philippe Langevin, Ardl-Paca
Satire dans tous les coins : Caca...méra ! à Agen
Petite revue de presse de jourrnaux satiriques locaux
 
Actualités
 
L'événement : Droit de pétition : le parent pauvre de la démocratie locale
Lire l'interview d'Hamou Bouakkaz, adjoint au maire de Paris, chargé de la démocratie locale et de la vie associative
L’ébulition de M'ric
Brèves : La nouvelle dotation de développement urbain pose question ; Indicateurs : pour une approche plus large de la pauvreté... et plus durable de la richesse ; Le droit aux vacaces malgré tout
La terre vue du fiel : Onzième commandement
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Point de vue : Ugo Lanternier, adjoint au maire d'Aubervilliers, chargé des politiques du logement, "L'anonymisation des demandes de HLM a servi à régler tropismes et préjugés"
Démoocratie participative - Modes d'emploi : Membres des conseils de quartier : qui assure ?
par Matthieu Pillard, responsable du service démocratie locale et maisons des services publics à la direction de la démoratie, du développement et de la vie des quartiers à Villeurbannne
 
Logement des jeunes : accompagner vers l'autonomie
 
Faudrait-il que jeunesse se cache ?
 
L'accompagnement s'évalue mal
Interview de Martine Gruère et Patrice Ciuetat de la Fondation de France
 
Rapprocher locataires et propriétaires
 
"Le travail social doit être pris en charge par l'ensemble de la société"
Interview de Jean-Baptiste de Foucauld, fondateur de Solidarités nouvelles face au chômage (SNC)
 
Une clé pour s'en sortir
 
Un toit pour grandir
 
"On n'accorde pas à la jeunesse sa juste place"
Interview de Silvie Sanchez, directrice du Comité local pour le logement autonome des jeunes (Cllaj) Ouest-provence
 
"Développer massivement l'intermédiation locative"
Interview de Martin Hirsch, Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et à la jeunesse
 
Reportage Blaye (Gironde). Théâtre participatif au festival de Blaye
 
International Inde. Dharavi (Bombay) : un bidonville en résistance
 
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La vidéosurveillance, une mauvaise réponse à une vraie question
Débat sur le Grand Paris : quelle place pour le citoyen ?
 
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Les articles en ligne
 
"Comment un élu peut-il justifier que l'expression des étrangers ne soit pas pris en compte"
interview d'Hamou Bouakkaz, adjoint au maire de Paris, chargé de la démocratie locale et de la vie associative
 
La mairie de Paris vient de doter les citoyens d’un droit d’interpellation du conseil de Paris. Peu de villes ont mis en place la possibilité, pour les citoyens, de demander l’inscription d’un débat à l’ordre du jour d’un conseil municipal. Quels sont les objectifs politiques attachés à ce nouveau mode de participation des citoyens ?

Le droit d’interpellation a été mis aux voix du conseil de Paris au moyen d’une délibération puis d’un vœu. Il n’est pas encore entré en vigueur car l’opposition parisienne a choisi de contester juridiquement l’adoption, et donc l’exercice par les Parisiens de ce nouveau droit. Il répond pourtant aux demandes récurrentes des conseillers de quartier et des citoyens de disposer de nouveaux moyens d’interpeller leurs élus. Le droit d’interpellation vient encore accroître et diversifier le nombre d’outils dont disposent les citoyens pour s’exprimer et échanger avec leurs élus, comme par exemple la possibilité, dans certains arrondissements, d’interrompre le conseil ou de prendre la parole en fin de conseil d’arrondissement. Le droit d’interpellation permet de conférer une certaine solennité à cette nouvelle forme d’émergence et de prise en compte de la parole citoyenne.

Vous ne limitez pas l’exercice de ce droit aux seuls électeurs, comme le prévoit la loi de 2004, mais vous l’étendez à l’ensemble « des habitants majeurs de Paris ». Est-ce un pas de plus dans votre combat politique pour obtenir le droit de vote pour les étrangers extracommunautaires ?

En effet. Hélas, notre conception de la citoyenneté ne fait pas l’unanimité sur les bancs du conseil de Paris ! Comment un élu peut-il justifier aujourd’hui que l’expression politique des étrangers extracommunautaires sur les décisions qui les concernent ne soit pas prise en compte ?!

Toute question sera-t-elle automatiquement inscrite à l’ordre du jour du conseil de Paris ?

Automatiquement, non. D’abord, parce que la Loi exige que le maire conserve la maîtrise de l’ordre du jour. Ensuite, parce que le droit d’interpellation s’exercera selon une procédure à l’issue de laquelle toutes les demandes ne seront pas forcément « recevables », notamment si elles n’ont pas de rapport avec les compétences de la Ville et du Département. La commission parisienne du débat public (CPDP), qui sera installée prochainement, jouera d’ailleurs sur ce point un rôle majeur. Lorsque le droit d’interpellation sera exercé sur papier libre, les documents comportant les signatures seront directement adressés à la CPDP, en vue de leur validation, avant transmission au maire de Paris. Toutefois, la volonté de voir participer un nombre toujours croissant de Parisiens, les enjeux environnementaux et la question de l’accessibilité incitent à promouvoir davantage les procédures dématérialisées. En ce dernier cas, le texte de l’interpellation est adressé par voie électronique à la mission démocratie locale, laquelle vérifie, sous le contrôle de la CPDP, que le sujet de l’interpellation peut être mis en ligne sur le site de la ville de Paris. Les signatures peuvent alors être collectées pendant un an. Si le texte de l’interpellation recueille les signatures de 3 % des habitants, la CPDP propose au maire d’en inscrire le sujet à l’ordre du jour du conseil de Paris dans les six mois. La CPDP a également la faculté de proposer au maire un autre mode de prise en compte de l’interpellation. Le débat en conseil de Paris est public et pourra se conclure par la présentation d’un vœu ou d’une délibération. Propos recueillis par Sabrina Costanzo
 
Un toit pour grandir
Par Mathilde Azerot
 
Avignon. Accompagner un public fragilisé vers l’accession au logement est une tâche ardue. Une gageure lorsqu’il s’agit de jeunes précaires ou en difficulté. L’association Déclic s’y emploie pourtant depuis maintenant vingt-trois ans. Avec succès, ou sans répit, tout dépend d’où l’on se place.


« Déclic a été une bonne solution pour moi, même si au début je n’ai pas bien compris ce que c’était », témoigne Alice Redon, 22 ans, la voix haute, le ton franc. « J’ai pensé que c’était un prolongement de la Ddass et qu’il me faudrait rendre des comptes tout le temps. Mais ce n’était pas ça. » Assise dans le salon de son deux-pièces situé dans le quartier populaire de la Barbière, à Avignon, Alice raconte sans s’attarder son enfance bringuebalée de foyers en familles d’accueil et son adolescence sous tutelle des éducateurs spécialisés. Lorsqu’elle décide de prendre son autonomie, il y a un an à peine, elle entreprend, seule, les démarches pour obtenir un logement, visite des taudis et ne s’en sort pas. Son assistante sociale l’oriente alors vers l’association Déclic, où elle est reçue par une conseillère en économie sociale et familiale. Il faudra quatre à cinq mois d’attente pour, qu’en avril 2008, elle s’installe dans son appartement, pour un loyer de 73 euros par mois. Mais l’année a été dure. « J’ai passé une mauvaise période », confie la jeune femme qui veut quitter la région pour l’Île-de-France. Vendeuse dans un magasin de vêtements, elle plaque son poste du jour au lendemain, et arrête de payer son loyer. « Si je n’avais pas été avec Déclic, on m’aurait expulsée, c’est sûr, mais là, j’ai encore une chance. » Depuis qu’elle n’a plus d’emploi, le loyer a été ajusté à 44 euros. En sortant de l’appartement, Myriam Missud, responsable et coordinatrice des travailleurs sociaux à Déclic, est satisfaite et soulagée. « Elle a beaucoup réfléchi et elle s’est reprise, c’est comme ça qu’elle pourra avancer. »

Le temps qu’il faut
Fondée en 1986 par son actuelle directrice Monique Baltzli, Déclic (pour dispositif pour l’étude de contrats de location individualisés et cautionnés), réservée aux jeunes âgés de 16 à 30 ans, a été pionnière dans l’accompagnement. L’association agit au sein de l’Union nationale pour l’habitat des jeunes, qui se revendique d’une démarche d’éducation populaire. Déclic est actuellement présente sur trois sites, le grand Avignon, le nord-Vaucluse (Orange et Sorgues), et le sud-Luberon (Cavaillon et Istres-sur-Sorgues) où elle propose des logements en ALT (allocation logement temporaire), des logements avec bail glissant, en logement éclaté ou en hébergement d’urgence, comme ici à Avignon au sein du Foyer de jeunes travailleurs (FJT). Une référence qui a fait des émules et avancé les réflexions autour de l’accompagnement, notion pas toujours évidente à définir. Le principe est (presque) simple : Déclic se porte garant auprès des bailleurs publics ou privés pour les jeunes pouvant justifier de revenus réguliers ou les allocataires des minima sociaux. Ainsi, plus de 60 % des jeunes logés par Déclic vivent sous le seuil de pauvreté. C’est à l’association de s’assurer qu’il n’y a pas de problème d’hygiène ou de voisinage et, le cas échéant, d’intervenir. « L’accompagnement, c’est bâtir une relation de confiance avec le jeune en établissant des objectifs en fonction de sa situation personnelle et professionnelle, en définissant des priorités et, surtout, en mettant en œuvre un contrat », explique Myriam Missud. « La contractualisation est capitale, car elle responsabilise le jeune et signifie que tout est dit en amont, qu’il n’aura pas de surprise sur ses droits et ses devoirs. Notre mission est que le jeune atteigne la stabilité, qu’il devienne un citoyen à part entière. Nous avons une approche globale et nous travaillons avec différents partenaires, en charge de la santé, de l’emploi, etc. Il faut donc prendre… le temps qu’il faut. » Et d’ajouter, « il est vrai que la frontière est parfois mince entre le rôle d’encadrant et celui de maternant. C’est difficile de trouver le juste milieu. » Voici peut-être une des raisons pour lesquelles tous les travailleurs sociaux à Déclic sont en réalité des travailleuses... Car il n’est pas rare qu’éduc’ spé et conseillères en économie familiale et sociale doivent apprendre à leurs protégés à faire la vaisselle, à se servir d’un aspirateur ou d’un balai brosse. Il n’est pas rare, non plus, qu’elles doivent écouter et calmer les angoisses profondes et les tourments du quotidien.

« On fait partie du paysage »
À midi, l’équipe presque au complet déjeune dans la grande salle de repos. Monique Baltzli, la directrice, fait un tour de table de présentation. Florence Cabrol et Josiane Verdelhan sont en charge du Bureau immobilier social (Bis) qui s’emploie, entre autres, à développer l’offre de logements tant dans le parc public que privé et la recherche de nouveaux projets. Alicia Costa est responsable du service déménagement de l’association : créé en 1994, l’atelier propose à des ménages modestes des déménagements à prix hautement modérés, réalisés par des jeunes en insertion professionnelle encadrés par quatre permanents. Laure Lalanza, 23 ans, la dernière recrue de l’association, est conseillère en économie sociale et familiale et s’occupe à la fois de l’accueil, l’information et l’orientation et du pôle actions collectives. Le président, Dominique Laroche, est également présent. Il expose les difficultés financières de l’association. Signe des temps, les subventions sont chaque année revues à la baisse. « La notoriété vous fait passer du côté des institutions », déplore-t-il. « Il est nécessaire de rappeler qui l’on est. On nous reproche de coûter trop cher, mais nous sommes l’association qui a le plus de réussite et c’est devenu quelque chose de normal ou de banal. On fait partie du paysage. » L’association a, depuis quelques mois, installé son siège dans ce qui était auparavant une maison de retraite, à quelques dizaines de mètres à l’extérieur des remparts de la ville du Palais des papes. Un emplacement idéal. L’immeuble abrite le foyer de jeunes travailleurs avec 74 chambres, dont cinq ont été allouées pour l’hébergement en auberge de jeunesse, lesquelles ont toutes trouvé preneur en ce mois de juillet, période de festival. L’acquisition du lieu a été un parcours du combattant, et c’est l’équipe elle-même qui, faute de temps et de moyens, s’est chargée de repeindre, dans l’urgence, toutes les chambres. Leur équipement est simple : un lit, une armoire, un frigo, une table et une salle de bain. Chaque étage est doté d’une cuisine collective, d’une salle de détente, ainsi que d’une buanderie. Il semble que tous les locataires aient pris la poudre d’escampette, car les couloirs ne résonnent d’aucun bruit. Au rez-de-chaussée, un restaurant s’est installé et devrait ouvrir ses portes et sa carte très bientôt. Dans son bureau, tandis que la journée s’achève, Monique Baltzli, 54 ans, raconte l’histoire de cette association, aujourd’hui l’une des plus grandes d’Avignon, de ses succès, de ses difficultés et de ses espoirs, réalisés ou déçus. Elle est une ancienne de l’éducation surveillée à la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), éternelle insatisfaite : « La majorité du jeune signifiait la fin de la prise en charge par la PJJ et, donc, de l’hébergement. Sur simple signature du juge, le jeune se trouvait livré à lui-même. Le temporaire n’était pas satisfaisant. J’ai tout de suite voulu que le logement soit permanent et, par conséquent, travailler sur la durée. » Avec une vague idée en tête, elle se tourne vers sa propre administration. Elle obtient 5 000 francs, crée la structure où elle sera bénévole pendant cinq ans et amène l’idée de la sous-location, illégale à l’époque. Depuis, près de 15 000 jeunes ont trouvé un logement, grâce à Déclic. Vaucluse Logement, le plus gros bailleur social du département, sera le premier à mettre à disposition une quinzaine de logements. Aujourd’hui, l’association dispose d’un contingent d’une centaine de logements. « On fait du sur-mesure », revendique-t-elle. Deux histoires ont mal tourné. Elles ont fini au tribunal et, à chaque fois, la justice a été rendue en faveur de l’association. Une fois « seulement » Monique Baltzli a été physiquement attaquée, mais elle en minimise la portée. Une fois en vingt-trois ans, assure-t-elle, ça ne l’arrêtera pas. Mathilde Azerot
www.declicpourtoit.com