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Territoires n°499 - juin 2009

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Le sommaire

Les articles en ligne :

"Une certaine forme de totalitarisme lignt", entretien avec Roland Gori, à l'origine de l'Appel des appels.

Court-circuitons la mal'bouffe : consommons local.


 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : Observer et développer les pratiques participatives, Un éco-quartier qui laisse dubitatif..., Le MDS Réfléchit à l'animation collective.
Gueule de blogosphère : L'Europe de l'Atlantique au mont Ararat attendra encore
chronique de Gérard Leray, blogmaster de la Piquouse de rappel (http://lapiquouse.info)
Portrait d'André Barthélémy : L’agitateur serein
Pays en chantier : Le tiers espace
chronique de Philippe Langevin, Ardl-Paca
 
Actualités
 
L'événement : Libertés publiques : pourquoi elles sont menacées
Lire l'entretien avec Roland Gori, à l'origine de l'Appel des appels : "Une certaine forme de totalitarisme lignt"
L’ébulition de M'ric
Brèves : La relance par la régression, Culture : les communes font le gros de l’effort..., la Halde veut ouvrir grand les emplois fermés, Carte électorale : pocker menteur
Syn-chronique : Le local, espace économique
Les 50 dernières années vues à travers les pages de Correspondance municipale, puis de Territoires
La terre vue du fiel : Écolo, c'est pas un métier facile
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Parlons droit : Simplification du droit et allègement des procédures
Point de vue : Julien Damon : « Le système français d’hébergement des sans-abri est le plus alambiqué d’Europe »
 
Collectivités locales : des consommatrices responsables ?
 
Acheter éthique est un choix politique
Interview de Maud Lelièvre, les Éco maires
 
En changeant leurs politiques d’achats, les collectivités locales peuvent…
... Favoriser la réduction des déchets
... Consommer moins d’énergie
... Favoriser le commerce équitable
... Favoriser le tourisme social et solidaire
... Favoriser les dynamiques d’insertion
... Favoriser l’emploi des personnes handicapées
... Favoriser l’économie sociale et solidaire
... Favoriser l’agriculture biologique
... Favoriser les produits alimentaires locaux ... Protéger les forêts
 
Court-circuitons la mal’bouffe : consommons local !
 
Des maisons dernière génération
 
De l’éthique au boycott : le choix en question
 
Reportage Charente. Qui a peur du Petit colibri
 
Analyses
Bilan critique de la gestion intégrée des zones côtières
Culture, territoire et démocratie locale : une valse à trois
 
Et aussi ...
 
Lectures, forum des lecteurs, Adels info, Autres voix
 
 
 
Les articles en ligne
 
« Une certaine forme de totalitarisme light »
Interview de Roland Gori, à l’origine de l’Appel des appels, psychanalyste et professeur de psychologie et de psychopathologie clinique à l’université d’Aix-Marseille. Auteur de L’empire des coachs, une nouvelle forme de contrôle social, Albin Michel, 2006
 
Quelles sont les lignes de force qui caractérisent l’Appel des appels lancé le 31 janvier 2009, qui regroupe tous les professionnels « qui ont l’humain pour cœur de métier » face aux menaces croissances qui planent sur les libertés ?

Plusieurs appels ont précédé l’Appel des appels : Sauvons la recherche, Sauvons la clinique, et surtout Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans, lancé en janvier 2006, qui est à mon avis le plus symptomatique. Il faisait suite à un rapport de l’Inserm de 2005 qui établissait un lien direct entre les troubles de conduite chez l’enfant et l’évolution vers la délinquance, et à un plan gouvernemental qui préconisait la détection très précoce des troubles du comportement. Face à ce « discours génétique » – les individus seraient génétiquement déterminés à commettre un crime ou un délit –, l’appel Pas de zéro de conduite a marqué un moment important de forte réaction de la part des professionnels (pédiatres, psychiatres, médecins de santé publique, etc.) qui ont manifesté une opposition sociale et culturelle à l’instrumentalisation de leur savoir et de leurs pratiques professionnelles. Les psychiatres ne peuvent pas être considérés comme experts dans des problèmes complexes qui comportent de nombreux paramètres autres que psychopathologiques. Vouloir dépister les signes de la délinquance à partir des troubles de conduite des enfants, c’est confondre médical et répressif, les pratiques de soins pouvant vite dériver vers des fins de contrôle social : le déviant doit être repéré dès l’enfance, surveillé, voire écarté de la société pour ne pas gêner les braves gens. L’Appel des appels se situe dans le prolongement de cette action. Il constitue une réaction à l’extension sociale de la normalisation. Depuis plusieurs années, on assiste à l’éclosion de pétitions, de réactions qui témoignent du chagrin et de la colère des professionnels du secteur public qui se voient imposer une façon de travailler ne correspondant pas à leurs engagements, à leurs convictions (le souci de l’autre), une refonte de leur métier selon des valeurs néo-libérales : culture du résultat, concurrence, individualisme, performance. Ce constat qui s’impose dans la psychiatrie est aussi valable pour la culture, l’éducation, l’information, la recherche, la justice et, bien sûr, les libertés publiques. Les acteurs de ces domaines doivent partager leurs expériences pour résister ensemble. C’est pourquoi l’Appel des appels est multiprofessionnel, transversal et ouvert vers la cité. Aujourd’hui, les professionnels doivent aller vers la cité et reconnaître le caractère politique de leurs métiers. Ils doivent se réapproprier l’espace public.

L’imposition de normes gestionnaires dans tous les champs de la société est-t-elle vraiment nouvelle ?
Depuis une quarantaine d’années est apparue l’idée que l’analyse économique pouvait rendre compte de quasiment tous les comportements : elle compose une grille d’intelligibilité pour comprendre le monde, le rapport à soi, aux autres. Cette analyse est issue des courants néo-libéraux radicaux et conservateurs qui se sont imposés aux États-Unis pour ensuite se diffuser en Europe. Aujourd’hui, on va encore plus loin dans la logique : l’heure n’est plus à la promotion des plus méritants, mais des plus performants, car seul le résultat compte. Le sujet est défini par l’ensemble de ses performances, l’individu est quasiment devenu une stock option. C’est cette logique qui fait qu’on impose aux soignants en psychiatrie des soutiens logistiques à leurs missions qui sont autant de dispositifs de servitude : on leur demande d’établir des protocoles et de cocher des cases pour indiquer ce qui est fait. Le soignant est réduit à la somme des actes techniques qu’il est conduit à faire, l’hôpital devient une entreprise, l’usager un client, la recherche de programmes de technicisation prime sur les projets thérapeutiques. Les soignants sont pris dans une logique managériale de gestion du soin, on leur demande de faire du chiffre. Les professions qui travaillent avec l’humain ne veulent pas continuer à avaler cette novlangue néo-libérale dont les valeurs sont en crise dans les milieux qui l’ont générée.

Comment la société a-t-elle pu accepter un tel contrôle ?
On fait croire à l’individu qu’il est autonome,  alors qu’il est pris dans les mailles de dispositifs de soumission. La conception économique de l’humain, ainsi que les dispositifs de normalisation sociale conduisent les individus à adhérer librement aux contraintes qu’on impose à leur existence. Nous sommes dans une période où, au nom de la liberté, on exige le consentement aux normes néo-libérales. On demande aux individus de se départir de leur parole politique pour s’insérer dans le consentement social. Ce phénomène est perceptible dans l’urgence exprimée par les professionnels à partager une parole politique. Cette situation contient les germes d’une certaine forme de totalitarisme light dans la gouvernance des individus. Je dis light car il est encore possible de résister à cette culture d’aliénation, de chosification de l’humain ; de réagir par la révolte morale, la déconstruction des idéaux néo-libéraux et la reconstruction de l’espace public : c’est cette posture que les signataires de l’Appel des appels ont choisi d’adopter. Propos recueillis par Sabrina Costanzo
www.appeldesappels.org
 
Court-circuitons la mal’bouffe : consommons local !
Par Aline Chambras
 
De plus en plus de collectivités, se lançant dans l’achat responsable, prennent le parti de recourir le plus possible aux produits de qualité fabriqués localement. Une manière d’humaniser et de verdir les filières de distribution et d’assurer des débouchés aux paysans et artisans locaux. Reste que le Code des marchés publics ne simplifie pas particulièrement ce genre de démarches.

Bien que dans le nouveau Code des marchés publics, le critère de « production locale » n’apparaisse pas, de nombreuses collectivités, soucieuses de donner une image éthique et responsable de leur consommation, en font un critère d’appel d’offres : « En faisant appel aux agriculteurs locaux, nous leur témoignons notre solidarité et, surtout, les dégageons de la problématique de la distribution. Ce critère de solidarité me semble être une des conditions pour une consommation publique plus éthique et responsable, puisqu’en achetant le plus de produits possible auprès de fournisseurs locaux nous confortons le tissu économique du territoire et aidons les petits producteurs, jusque-là bien souvent incapables de rivaliser dans les appels d’offres avec les tenants de l’agro-industrie», explique Daniel Leblay, adjoint au maire à Mouans-Sartoux, commune très à la pointe dans le domaine de l’achat public éthique (10 000 habitants, Alpes-maritimes). « De plus, en ajoutant des critères, comme la garantie d’être fourni en produits ne contenant pas d’OGM ou issus de l’agriculture raisonnée, ou même certifiés bio, nous affichons aussi notre soutien à une agriculture locale de qualité, et nous pouvons même aider des producteurs de notre territoire à faire évoluer leur production et à s’engager dans une agriculture plus respectueuse de l’environnement en leur assurant une clientèle », poursuit l’élu. Ainsi, depuis 2007, la municipalité de Mouans-Sartoux a signé un partenariat avec Romuald Lefèvre, un artisan boulanger installé dans la commune afin qu’il fournisse les trois cantines scolaires et le centre de loisirs de la ville en pain. Parce que dans l’appel d’offres, la Ville précisait vouloir du pain à la farine T80, meilleure pour la santé (plus riche en fibres, en minéraux et en vitamine, notamment), ce jeune boulanger a dû modifier sa méthode de fabrication, ce qui ne lui a posé aucun problème, bien au contraire, puisqu’il aspirait depuis longtemps à produire du pain de haute qualité. Depuis peu, il propose même aux clients de sa boulangerie une baguette T80, comme celle proposée dans les cantines, histoire que les parents ne soient pas en reste. Une relation commune-artisan dont les conséquences se répercutent donc sur l’ensemble du le territoire : satisfaction des papilles des enfants de la commune, prise de conscience parentale et surtout engagement public pris par la Ville de ne plus se fournir auprès d’une boulangerie industrielle située à Antibes.

Manger local

Dans la même veine, la ville de Brive-la-Gaillarde, consciente de l’influence qu’elle peut avoir sur l’économie locale, a décidé, dès 2001, de mettre un point d’honneur à privilégier les produits locaux dans les cantines de la commune. Jusque-là, la Ville traitait avec un fournisseur allemand pour l’achat de viande. Mais pour Bernard Murat, élu maire en 2001, ce choix est incohérent dans un territoire où l’élevage bovin, notamment, est très important. La ville décide donc de changer le cahier des charges de l’appel d’offres et place en 7e position le critère du prix et en premier celui de la qualité du produit, tout en rajoutant des clauses « techniques particulières », comme l’absence d’OGM, ou la traçabilité. Une manière claire et équitable de favoriser les producteurs locaux qui a même débouché sur l’organisation de ce que l’on appelle aujourd’hui « la filière limousine ». En Isère, de même, le conseil général a mis en place depuis 2002 l’opération « manger bio et autrement à la cantine » dans les collèges du département. Pour y parvenir, il a chargé l’association de producteurs pour le développement de l’agriculture biologique dans l’Ain, l’Isère et la Haute-Savoie (Adabio) d’aider les établissements scolaires à s’approvisionner en produits de qualité. L’Adabio a ainsi mis en relation les intendants de ces écoles avec un réseau d’une quinzaine de producteurs bio du coin proposant de la viande de bœuf, de veau et de porc, de la volaille, des produits laitiers, des légumes et des fruits. En intégrant dans leurs commandes des critères privilégiant les produits issus d’une agriculture locale de qualité, les établissements scolaires de l’Isère agissent ainsi directement sur leur territoire, en y garantissant le maintien d’activités agricoles à taille humaine et donc en y préservant un tissu rural dynamique ; mais aussi, en y limitant les transports et donc la pollution et les dépenses énergétiques, et en affichant clairement son attachement à une agriculture respectueuse de l’environnement et de qualité. D’autant qu’en proposant des produits « citoyens, solidaires et bio » dans leurs cantines, les collectivités  participent à la formation des éco-consommateurs de demain. Une exemplarité qui en impactant les esprits devrait avoir des répercussions sur les achats et les comportements de ces futurs citoyens.

Entrave à la libre concurrence

Reste que, parfois, les collectivités ont du mal à faire passer leurs critères de sélection des produits dans les appels d’offres. En effet, pour les sous-préfectures chargées du contrôle de légalité, la notion d’entrave à la libre concurrence reste encore fluctuante et il n’est pas rare que de petites communes ne parviennent pas à y faire figurer le critère de « production locale » comme un critère éthique et responsable et non déloyal. C’est d’ailleurs pour pallier ces difficultés que la commune de Mouans-Sartoux, réfléchit actuellement à la mise en place d’une régie municipale agricole. À savoir acheter une réserve de terres agricoles et y faire travailler, sous le statut d’employés municipaux, des agriculteurs afin qu’ils répondent à l’ensemble des besoins alimentaires de la commune. Un projet ambitieux et novateur que les élus de la Ville étudient avec attention, dans la double perspective du développement local et de la consom’action.
À suivre…