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Territoires n°496 - mars 2009

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Le sommaire

Les articles en ligne :

Île-Saint Denis. Ebullition : vie et mort d'une associatio emblématique.

Seine-et-marne. Un atlas dynamique de la biodiversité.


 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : Savoie : une dynamique territoriale signée Scot ; Sur les murs, Zuman provoque ; Thiaucourt : concertation au fil de l’eau...
Gueule de blogosphère : Une révolte ? Non, sire, la blogosphère !
chronique de Gérard Leray, blogmaster de la Piquouse de rappel (http://lapiquouse.info)
Pays en chantier : Désavoués, mais indispensables ?
chronique de Stéphane Loukianoff, Unadel
 
Actualités
 
L'événement : Les collectivités locales et la crise du système financier mondial
L’ébulition de M'ric
Brèves : Une carte hospitalière au petit bonheur ; Alerte rouge pour le logement ; Plan de relance : simplifications inquiétantes ; Enfants des villes et enfants des champs
Syn-chronique : La décomposition du système fiscal local
Les 50 dernières années vues à travers les pages de Correspondance municipale, puis de Territoires
La terre vue du fiel : Le chouette camping du secrétaire d’État
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Parlons droit : Droit d’expression des élus de l’opposition : du mouvement !
Point de vue : « Nous sommes à une période charnière du féminisme », Marie-Pierre Martinet, secrétaire général du Planning familial
 
Lentement, les collectivités s'intéressent à la biodiversité
 
La défense de la biodiversité, un combat local ?
IAnne-Laure Benoit, chargée d’une étude sur les stratégies territoriales pour la biodiversité
 
« Les élus perçoivent ce qui peut à terme nuire à leur territoire »
Interview de Jean-François Legrand, sénateur
 
Pays de la Loire. Une tactique volontaire et concertée
 
« Il est indispensable de développer des actions localisées »
Interview d’Yves Girault, professeur au Muséum national d'histoire naturelle
 
Natureparif mobilise pour le « Compte à rebours 2010 »
 
Seine-et-Marne. Un atlas dynamique de la biodiversité
 
Quand la nature ordinaire devient exceptionnelle
 
Reportage L'Île-Saint-Denis (93). Vie et mort d'une association emblématique
 
International Maroc. Diagnostic participatif et question du genre
 
Analyses Contribution au débat sur le Grand Paris Pour des « pôles majeurs de développement » autour de Paris
 
Et aussi ...
 
Lectures, forum des lecteurs, Adels info, Autres voix
 
 
 
Les articles en ligne
 
Île-Saint-Denis (93). Vie et mort d'une association emblématique
Aline Chambras
 
En 1988, des habitants, inquiets de la montée du vote Front national dans leur commune de l’Île-Saint-Denis, créent l'association Ébullition. Aide au logement, entraide scolaire, soirées-débats, les nombreuses activités qu'elle propose sont vite reconnues et appréciées. Pourtant, après vingt ans de bons et loyaux services, l'association asphyxiée par la réduction des aides de l'État, vient d'annoncer sa disparition.

Au milieu des bureaux à moitié vides, Awa Traoré, Élisabeth Bourgain, Youma Traoré et Josiane Benabdelkader finissent d'empaqueter les derniers vestiges de vingt ans de vie associative. Depuis le 15 janvier, l'association Ébullition, pour laquelle elles sont salariées ou bénévoles, a été mise en liquidation judiciaire par le tribunal de Bobigny (93). Leur déménagement des locaux où Ébullition est installée depuis 2001 est imminent. « Tristes mais dignes », les quatre femmes énumèrent les « bons souvenirs » ravivés au hasard d'un drôle d'ustensile de cuisine posé dans un coin, d'une affiche annonçant une soirée de soutien encore accrochée à un mur ou d'un compte-rendu de réunion abandonné sur une table. Chaque anecdote évoque les vingt ans de combats associatifs menés tous azimuts par les membres d’Ébullition dans le but d’améliorer la vie de leur cité, cet étrange bras de terre en forme de croissant niché au creux d’un méandre de la Seine, entre Gennevilliers (92) et Saint-Denis (93), où vivent près de 7 000 habitants représentant plus de 80 nationalités.

Électrochoc citoyen et politique
Si elle a la charmante particularité d'être une des sept communes insulaires fluviales de France, l'Île-Saint-Denis n'échappe pas aux dures réalités sociales tristement caractéristiques des banlieues dionysiennes, avec notamment 24 % de chômeurs, 53 % de foyers non imposables et 70 % de logements sociaux. Aussi, quand le Front national recueille 17,36 % des suffrages à l’élection présidentielle de 1988, de nombreux habitants inquiets et incrédules se réunissent spontanément place du Bocage en centre-ville. « Cela signifiait que presque un électeur sur cinq avait voté pour Jean-Marie Le Pen! Dans une petite ville cosmopolite comme la nôtre, où tout le monde se connaît, c’était impensable », se rappelle Élisabeth Bourgain, une des fondatrices d'Ébullition. « C'est au cours de ce rassemblement improvisé qu'est née l'idée de créer une association dont les objectifs seraient de trouver des réponses au profond malaise social et citoyen qui venait de s'exprimer », poursuit-elle. Très vite, tout s’enchaîne : l'association est baptisée Ébullition, histoire de donner un avant-goût de sa volonté de foisonnement, les statuts sont déposés et le premier conseil d’administration est désigné. Composé de membres issus de toutes les origines géographiques et socio-professionnelles possibles (une comptable calédonien, une enseignante parisienne, une assistante juridique allemande, un tourneur marocain, etc.), ce premier conseil d’administration décide d'organiser une soirée de lancement, placée sous le signe de la fête et de la convivialité, afin de faire connaître l’association et ses aspirations locales. « L’idée était que les gens se rencontrent, se connaissent, pour ne plus avoir peur les uns des autres. Lutter contre la peur, c’est lutter contre le FN », explique Anne N’Guyen, une autre fondatrice d’Ébullition, dans l’ouvrage de Barbara Grinberg, Ébullition, portrait d’une association (Éditions du Toit, 2001). Dans une atmosphère conviviale et dansante, une centaine d’habitants se retrouvent dans la grande salle de la MJC et prennent connaissance de la charte d’Ébullition. Y est stipulé, par exemple, que « l’association inscrit son activité dans la perspective d’une citoyenneté rénovée qui reconnait les pleins droits à tous sans exclusive, qui prend soin de la nature et de l’environnement, qui prône une coopération enrichissante et pacifique entre peuples, qui assure la participation démocratique la plus large des citoyens aux choix, décisions et actions qui les concernent, qui permet le libre épanouissement de chacun, pour le libre développement de tous ».

Entraide militante
Quelques semaines plus tard, l’association met en place sa première activité régulière : l’entraide scolaire. « On a tout de suite ouvert quatre salles réparties dans quatre quartiers de la commune pour accueillir les jeunes après l’école », relate Élisabeth Bourgain. « L’objectif était multiple : bien sûr pallier les difficultés voire les impossibilités pour les parents, soit parce qu’ils sont illettrés, soit parce qu’ils ne parlent pas le français, soit parce qu’ils travaillent et n’ont pas le temps de s’occuper de la scolarité de leurs enfants. Mais aussi faire en sorte que ces lieux d’entraide soient ouverts à tous pour que ce soit tout le quartier qui accompagne les enfants. Pour, au final, tenter de permettre à ces jeunes de déjouer la spirale de l’échec scolaire », continue cette enseignante aujourd'hui à la retraite. Jusqu’en 1991, l’entraide scolaire est animée bénévolement par une petite dizaine de personnes. Puis les premières subventions versées par le Fonds d'action sociale pour les travailleurs immigrés et leurs familles (le Fas, devenu le Fasild et aujourd’hui l’Acsé) autorisent les premières embauches et l’ouverture d’une permanence dans la rue principale de la commune. Très vite, de nombreux jeunes prennent l'habitude d'y passer l’après-midi, qu'ils viennent profiter d'un accompagnement scolaire ou à l'inverse aider les plus petits. Au-delà de ses activités d’accompagnement scolaire, Ébullition multiplie les initiatives en direction des jeunes et organise pour eux des séjours à la campagne, une journée de nettoyage des bords de Seine, ou encore des séances d'éducation à l’environnement et à l’alimentation. Elle est finalement agréée centre de loisirs en 1995. Depuis 1993, des cours d’alphabétisation pour adultes sont mis en place, animés par Awa Traoré. Lors de ces cours, Awa Traoré rencontre essentiellement des mères de famille d’origine étrangère incapables de se débrouiller dans les méandres administratifs, ou commerciaux du quotidien, et leur apprend à comprendre les symboles sur les médicaments, à utiliser les transports en commun ou ne serait-ce que savoir écrire leur nom. Souvent poussés par leurs enfants qui fréquentent l’entraide scolaire à prendre ces cours d’alphabétisation, une trentaine d'adultes par an a suivi les séances de cette professeure patiente et attentive.

Provoquer le débat
Au fil des années, Ébullition, qui ne cesse de diversifier ses pratiques, apparaît de plus en plus comme un incontournable contre-pouvoir local. Ainsi, alors que la ville, fief communiste depuis l’après-guerre, connaît de grosses difficultés en matière de logements, Ébullition décide de « provoquer le débat », en organisant, par exemple, des « journées portes ouvertes » dans des habitations insalubres ou des occupations de logements vides. C’est également Ébullition qui prend en main la construction de protections sur les berges les plus dangereuses de l’Île, afin de réduire le nombre de chutes accidentelles d’enfants dans la Seine ; ou qui se charge de ramasser les appareils électroménagers et autres détritus. C’est en agissant ainsi, dans toutes les directions, qu’ Ébullition se fait connaître toujours d’avantage : « C’est quand j’ai vu passer, sous les fenêtres du studio de 16 m2 où je vivais alors avec mes cinq enfants, les membres de l’association en train de manifester leur soutien aux sans-papiers que je me suis dis c’est le moment ou jamais de faire entendre ma voix ! », se souvient Youma Traoré, malienne, dernière présidente de l’association. Après avoir rejoint les manifestants et engagé la conversation, c’est la révélation : étrangère, privée du droit de vote, ne pouvant pas « s'exprimer politiquement », cette rencontre la convainc de s'engager dans la « voie associative ». Un engagement qui a changé sa vie. Côté théorie, l’association ouvre des permanences juridiques et organise régulièrement des débats citoyens sur des sujets d’actualité, comme la question du voile à l’école, des attentats du 11 septembre, des événements en Palestine, etc. « Lors de ces débats, nous avons été frappés par les compétences et les savoirs de chacun, par notre grande richesse locale, peut-être favorisée par notre insularité qui renforce le côté “village” de la commune. Ainsi, nous nous sommes rendu compte que de nombreux Gazaouis habitent ici : parler de la situation à Gaza avec eux est très intéressant », souligne Élisabeth Bourgain. Clairement identifiée comme un espace de dialogue, de mobilisation et de solidarité, Ébullition devient vite le relais de tous les gens « en galère » de l’Île. « À force de s’occuper de tout, certains membres de l’association se sont mis à réfléchir à la création d’une liste pour les municipales de 2001, d’autant qu’en 1995, la liste "Île vivante", composée de nombreuses personnes d’Ébullition avait déjà obtenu trois élus », raconte Josiane Benabdelkader, qui anime la permanence juridique de l’association depuis 1995. Et c’est ainsi qu’au printemps 2001, la liste « Ensemble pour une Île vivante », emmenée par le Vert Michel Bourgain, mari d’Élisabeth et également cofondateur d’Ébullition, remporte la mairie. « Ce choix d'une démarche politique et d’un investissement municipal faits par certains membres de l’association a fait évoluer la sociologie d'Ébullition », se souvient Awa Traoré. En effet, alors que ceux qui choisissent d'entrer en politique viennent surtout de la classe moyenne, les personnes issues des milieux les plus populaires ou de nationalité étrangère restent dans le giron associatif. Autre fait notable : les hommes sont plus nombreux à avoir quitté le navire associatif et Ébullition se féminise à grande vitesse.

Le début de la fin
Ce mariage entre militantisme associatif et engagement politique provoque les premières tensions internes. Certains, qui estiment que le nouveau maire de l’Île, Michel Bourgain, s’est servi d’Ébullition comme d’un « tremplin », quittent l’association. D'autres, membres de l'association ou habitants lambda, vivent mal la confusion entre politique et associatif. Finalement, le nouveau maire de la commune décide de quitter l’association pour calmer les esprits. Josiane Benabdelkader, qui a un temps cumulé des responsabilités municipales et son poste d’animatrice sociale en accès au droit, a bien vite compris qu'elle n'était pas faite pour la politique : « J’avais tout le temps l’impression d’être en porte-à-faux. C’est difficile et frustrant car on se rend bien compte que la mairie ne peut pas tout, donc bien souvent je me retrouvais à me battre contre moi-même. » Progressivement, les différends apaisés, l'association se repositionne et continue ses combats, profitant du débouché politique pour les mener à bien : les étrangers sont ainsi autorisés à voter dans le cadre du référendum pour l'adhésion à l'intercommunalité Plaine-commune, la commune est enfin classée politique de la Ville et obtient ainsi des aides de l'État. Mais les années 2000 sont aussi celles des problèmes d'argent récurrents dans la trésorerie de l'association. Petit à petit, le désengagement de l'État qui réduit d'année en année les subventions alors que la demande se fait croissante, essouffle les membres de l'association réduits à « faire la manche ». « Avec la réforme Darcos de 2007 qui demande, notamment, aux enseignants de prendre en charge "les orphelins de 16 heures", nous avons du intégrer un nouveau dispositif coûteux alors que les financements ont été trop longs à arriver, Ébullition était endettée », racontent les trois femmes. La réélection de la liste « Ensemble pour une Île vivante » en 2008 n'est d'aucun secours. L'association doit suspendre ses activités. En juin 2008, l'entraide scolaire s'arrête. « Des jeunes nous demandent encore quand on recommence », sourit Josiane Benabdelkader. « D'ailleurs, ils ne sont pas à l'école, mais dans la rue après les cours », poursuit-elle. Awa Traoré a dû aussi cesser ses cours d'alphabétisation en juin 2008. Mais il lui arrive encore de recevoir des habitants chez elle pour les aider à remplir des documents. « On ne peut pas rester trois jours sans se retrouver, nous ne pouvons pas en rester là », lance Élisabeth Bourgain. Pour le moment, Josiane Benabdelkader a une piste pour retrouver un emploi d'animatrice sociale. Awa, qui se retrouve en retraite précoce, ne peut pas se résigner à se croiser les doigts. Il n'empêche, et elles en ont vraiment pris conscience quand la liquidation judiciaire a été prononcée, Ébullition est bel et bien morte. Aline Chambras
 
Seine-et-Marne. Un atlas dynamique de la biodiversité
Sabrina Costanzo
 
Le conseil général de Seine-et-Marne prépare un atlas qui présentera un inventaire de la faune, de la flore et des habitats, ainsi qu’une analyse de ces données. Enrichi et mis à jour, il permettra un suivi évolutif de la biodiversité départementale.

« Tout le monde parle de l’érosion de la biodiversité, mais avant de pouvoir prendre les mesures les plus adaptées pour la contenir, encore faut-il dresser un état des lieux. C’est la vocation première de l’atlas de la biodiversité, dont une des spécificités est de ne pas être un inventaire statique. Conçu de façon dynamique, il s’apparente à un observatoire où chaque milieu sera suivi pendant plusieurs années », explique Jean Dey, vice-président chargé de l’aménagement durable et de l’environnement au conseil général de Seine-et-Marne. Le projet d’atlas de la biodiversité a débuté en 2006, et est programmé sur cinq ans. 2009 est une année charnière entre les trois premières années axées sur la collecte des données et celles à venir, qui seront plus centrées sur l’analyse des données. L’atlas de la biodiversité est coconstruit par le conseil général, un réseau de scientifiques et d’experts, divers organismes institutionnels et des associations de naturalistes. Un réseau d’acteurs est indispensable pour mener une telle entreprise d’inventaires de la faune, de la flore et des habitats au niveau d’un département. À cette échelle, difficile de prétendre à l’exhaustivité, aussi les scientifiques ont proposé un plan d’échantillonnage basé sur le tirage au sort des zones d’observation de 4 km2 chacune. « Pour les entomologistes, c’est la première étude réalisée sur un si grand territoire. Car nous avons l’habitude de travailler sur des surfaces plus limitées et, la plupart du temps, choisies à l’avance en fonction de leur richesse potentielle. L’entomologiste a une tendance à aller chercher dans les stations réputées », assure Bruno Mériguet, chargé d’études à l’Office pour les insectes et leur environnement (Opie).

Analyse socio-économique de la biodiversité
L’Opie a mobilisé une dizaine de bénévoles chargés de mettre en œuvre les deux protocoles relatifs aux coléoptères, c’est-à-dire capturer ces insectes sur un ou deux sites proches de leur domicile. Si l’Opie se charge des carabidés (qui vivent sur le sol) et des cérambycidés (qui vivent dans le bois et les arbustes), ce sont au total une dizaine de groupes zoologiques (amphibiens, oiseaux, reptiles, poissons etc.) qui sont observés par d’autres associations, organismes institutionnels, ou par le Muséum national d’histoire naturelle qui communiquent des données déjà en leur possession ou effectuent de nouvelles récoltes. Les données récoltées par les bénévoles de l’Opie sont par la suite transmises aux naturalistes de l’association, qui procèdent aux identifications et les transmettent au conseil général, qui assure la coordination de la récolte des données, et les fait suivre au Muséum qui réalise une partie des analyses. « Les protocoles sont simples, mais rigoureux », précise Bruno Mériguet. « Il n’est pas nécessaire d’avoir des connaissances en entomologie pour les appliquer. » Romain Julliard, coordinateur scientifique de l’atlas, précise que « certains protocoles sont inspirés du programme national Vigie nature, par exemple ceux qui sont utilisés pour les oiseaux, et d’autres bénéficient de cette démarche pour être expérimentés ». Zone de test pour de nouveaux protocoles, le département fait aussi figure de pionner par l’ajout d’une dimension socio-économique aux analyses sur la biodiversité assurées par un collège scientifique. « Il s’agit d’analyser la perception sociale de la biodiversité, de la questionner du point de vue des acteurs seine-et-marnais : quelle est leur demande de biodiversité ?, quelles peuvent être les inégalités d’accès à la biodiversité ? etc. », explique Romain Julliard. « Cette approche pluridisciplinaire est possible grâce à un partenariat noué avec le laboratoire Dynamiques sociales et recomposition des espaces, de Paris 1. » Inventaire et analyses alimentent une base de données qui est enrichie en permanence, et qui sera remise à jour tous les cinq à dix ans, ce qui permettra l’analyse de l’évolution de la biodiversité et la vérification de la pertinence des mesures de préservation prises par le conseil général. Pour ce faire, des indicateurs de suivi de la connaissance en matière de biodiversité seront mis en place. L’atlas fera l’objet d’une publication et d’une mise en ligne et sera constitué de deux parties : la première présentera des cartes des espèces, des habitats et des continuités écologiques, la seconde une analyse des données de terrain. L’état d’avancement du projet permet d’ores et déjà de faire apparaître les premiers résultats, notamment sur les liens entre biodiversité et agriculture. L’intensification des pratiques agricoles se caractériserait par la raréfaction des communautés d’oiseaux spécialisés, c’est-à-dire présentes dans un seul type d’habitat.

La nature ordinaire au cœur de l’atlas
Les continuités écologiques, bien qu’étant des zones de nature ordinaire, ne doivent pas être oubliées et comptent même parmi les zones prioritaires à identifier, car elles permettent d’assurer le maintien des espaces de biodiversité extraordinaires. « L’enjeu de l’atlas porte plus sur la nature ordinaire que sur les espèces menacées, car ces dernières sont déjà connues. Par contre, si l’on veut analyser la qualité des écosystèmes, un travail de vérification de l’état de santé des espèces communes est absolument nécessaire, car c’est avec ces dernières et moins avec les espèces rares que les écosystèmes fonctionnent », indique Romain Julliard. « Cette démarche va de pair avec la politique départementale des espaces naturels sensibles », souligne Jean Dey. « L’atlas fournira aux élus des critères de choix objectifs pour déterminer le périmètre des zones à préempter. Et puis cet outil facilitera la prise de décision en matière d’aménagement du territoire. » Et le vice-président d’espérer que les documents de recensement de la biodiversité acquièrent un jour un caractère opposable pour ce qui est de la préservation des continuités écologiques. C’est bien là tout l’enjeu de la trame verte et bleue dans la loi Grenelle II.
Sabrina Costanzo