Brèves : Villiers-le-Bel
: La science éclaire la rénovation urbaine ; Pays
de Lorient : Un km à pied ça muscle le Scot ;
Perpignan-méditerranée : Positive attitude ; Picardie
: soutenir la dynamique associative
En blogs pour 2008 : Révolution
blog-blog chronique de Gérard Leray,
blogmaster de la Piquouse de rappel (http://lapiquouse.info)
Portrait de Joëlle Morel,milite pour soutenir la diversité
culturelle dans son quartier
Actualités
L'événement
: Bilan des élections locales
de mars 2008
L’ébulition de M'ric
Brèves : Éducation
nationale : des chiffres et des lycéens ; Déficit
public : A qui la faute ? ; Grenelle, suite : Autoroutes : stop
ou encore ? ; Insertion : Le RSA et les boutiquiers
Syn-chronique :Le racisme quotidien et la loi Les 50 dernières années
vues à travers les pages de Correspondance municipale,
puis de Territoires
La terre vue du fiel : Sauvez
la planète : adoptez un paysan par Jean-Stéphane Devisse
et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Interview : Philippe
Deplanque, président du Cnajep : " Le chemin parcouru
est impressionant"
Parlons droit : Droits
et redevances d'enregistrement des substances chimiques
Au-delà de la loi, la désobéissance
civique force le débat
" La désobéissance civique
intervient quand tous les canaux de la démocratie
sont bouchés "
interview de José Bové, membre
de la Confédération paysanne et de Via campesina
Brève histoire de la désobéissance
civile
par Hourya Bentouhami, université Paris
Diderot
Désobéir au nucléaire
par Xavier Renou, porte-parole des Désobéissants,
collectif adhérent au réseau Sortir du nucléaire
Les insoumis à la xénophobie
d’État
par Aline Chambras et Blanche Caussanel
Le combat de la légitimité
contre la légalité
par Evelyne Sire-Marin, magistrate, membre de
la Ligue des droits de l’Homme
" Je me considère comme un
lanceur d’alerte "
interview de Noël Mamère, député-maire
Vert de Bègles
International Italie
: Modène, les raisons d'un échec
Analyse
La démocratie
participative dans les agendas 21 locaux, par Souleymane
Koné de l'université de Reims et Patrick Jolivet,
économiste, École centrale de Paris
Réaction
sur "La dictature du projet", Philippe Labbé,
sociologue. Il a publié plusieurs ouvrages dont Les Bricoleurs
de l’indicible aux éditions Apogée où
il est directeur de la collection Les Panseurs sociaux.
Philippe Labbé, sociologue. Il a publié
plusieurs ouvrages dont Les Bricoleurs de l’indicible
aux éditions Apogée où il est directeur
de la collection Les Panseurs sociaux
Un débat ne
demande qu’à rebondir… Exemple avec celui
lancé par Matthieu Warin, directeur du centre intercommunal
Le Granjou (Monestier-de-Clermont) dans le dernier numéro
de Territoires. Il s’attaquait à la toute puissance
du concept de " projet ", passage obligé de
bien des professionnels… et des citoyens, affirmant son
caractère " sclérosant ", notamment
dans le développement local. Ce qui a fait bondir Philippe
Labbé sur son clavier. Le débat continue.
Ah, ce projet ! De quoi ne serait-il pas coupable puisqu’il
est " l’un des principaux obstacles " à
l’émancipation des citoyens ? Que ne véhiculerait-il
sinon " l’inspiration néo-libérale
" ? Que réduirait-il à néant sinon
la spontanéité, " le sens de nos métiers
", " les aspirations, les initiatives, les désirs
" ? La diatribe de Matthieu Warin parue dans Territoires
d’avril, fort agréable de lecture et bien construite,
évoque un auteur avec lequel, sans doute, je partagerais
bien des convictions… hormis un hiatus en amont, la mécanique
d’un procès – justifié – des
dérives du projet qui, du coup, voudrait invalider –
injustement – le concept. Attention, camarade ! Ce modus
operandi est celui, habituel, de ceux dont l’auteur et
moi-même ne partageons pas les conceptions. Certes, le
projet a métastasé l’espace du discours,
devenant une notion passe-partout aussi proliférante
que " l’accompagnement "… Mais sa généalogie
pondère ce réquisitoire. Dans les années
70-80, la vague du projet a inondé tous les champs, du
social (Bertrand Schwartz) à la formation (Jean Vassileff)
et au management (" de projet ", " participatif
par objectifs ", etc.). Inévitablement, et singulièrement
pour qui connaît la mer et ses marées, on devait
s’attendre au ressac. Ce qui arriva. Mais, avant de décrypter
les critiques des contempteurs succédant aux yeux de
Chimène des laudateurs, interrogeons-nous sur l’irruption
historique du projet à ce moment de basculement, les
seventeen.
Naviguer dans un archipel d’incertitudes
On passe, rapidement (crack pétrolier...), d’une
société relativement protégée, une
économie de distribution succédant à une
économie de production, à une société
déterminée par le marché. Mauroy, figure
tutélaire de la gauche, avale sa cravate et cède
la place à un fringant premier ministre, Fabius, qui
vient en 2CV à Matignon tout en organisant la soumission
à l’économie de marché. Dans la presse,
à l’époque, on lit les premières
inquiétudes qui s’expriment en " Y a t-il
un pilote dans l’avion ? ". Expression populaire,
vulgate, qui toutefois n’est pas que sens commun mais
bon sens. En effet, notre société s’acculture
d’une société de la complication, où
la raison cartésienne fournit les réponses, à
une société de la complexité, c’est-à-dire
d’abord de l’incertitude. " On ne sait pas
de quoi demain sera fait " est un leitmotiv qui explique,
sinon justifie, le projet. En effet, dès lors que demain
n’est que la copie d’aujourd’hui, nul besoin
de projet : il suffit de reproduire (La reproduction, Pierre
Bourdieu et Jean-Claude Passeron, 1970). Par contre, si demain
est synonyme d’inconnu, comment s’y préparer
dans la mesure où personne, même aventureux, ne
souhaite être pris au dépourvu ? Arrive ainsi le
projet qui, pour Edgar Morin, penseur de la complexité,
est une façon de naviguer dans un archipel d’incertitude.
Synthétisons, raccourcissons : le succès du projet
est inversement proportionnel à la stabilité de
la société.
Les années passent et accentuent l’instabilité.
L’État, Maître des horloges (Philippe Delmas,
1992), ne garantit même plus le minimum syndical conventionnel
de perspective et, devenu " animateur " (L’État
animateur : essai sur la politique de la ville, Jacques Donzelot
et Philippe Estèbe, 1994), se cale sur " le culte
de la nanoseconde " de L’homme mondial (Philippe
Engelhard, 1996). Le projet fait son lit puisque, encore une
fois, comment aborder demain dès lors que celui-ci est
inconnu sinon en imaginant, en construisant des scenarii, en
évaluant sans cesse (si tout va bien, s’il ne faut
pas modifier ce que l’on fait, etc.) ?
Diktat
Comme prévisible, après l’amour, le désamour.
Dans les années 90 et jusqu’à aujourd’hui,
le projet va être convoqué chez le procureur pour
délit d’obsolescence avec un chef d’accusation
exprimé comme tel : diktat. Dans le champ du social,
les " piou-piou " qui se sont jetés sur le
projet vont devoir revoir leur copie : le projet ne serait que
l’expression soft d’une violence symbolique d’autant
plus cruelle qu’elle s’exerce de façon privilégiée
contre celles et ceux qui sont les moins dotés culturellement
et qui ont d’autres chats à fouetter, comme par
exemple parvenir à joindre les deux bouts. Qui plus est,
à faire rêver avec le projet, on met en place les
conditions certaines d’une désillusion, d’un
désenchantement. Cette thèse sera abondée
par plusieurs, dont Denis Castra qui, tout en délicatesse
et sous l’expression " La dictature du projet ",
soupçonne les intervenants sociaux pro-projet d’une
" ignorance de certains processus élémentaires
de la vie psychique, comme, par exemple, la construction de
la temporalité. " (L’insertion professionnelle
des publics précaires, 2003). Pour Serge Ebersold, le
projet est " un outil de classement " et contribue
à construire l’inemployabilité (La naissance
de l’inemployable, 2001). Gérard Mauger, le doigt
sur la gâchette bourdieusienne, pourfend les nouveaux
métiers du social qui gèrent le non-emploi, propagent
les principes entrepreneuriaux et font de la logique du projet
leur clé de voûte (Les politiques d’insertion.
Une contribution paradoxale à la déstabilisation
du marché du travail, 2001). Bref, qu’il s’agisse
du social, de la sociologie politique (l’illusionnisme
du " néomanagement " de Laurent Boltanski et
Eve Chiapello dans Le nouvel esprit du capitalisme, 1999) ou
de la sociologie du travail (La souffrance en France de Christophe
Dejours, 2000), le Landerneau des sciences sociales tonne d’un
désamour auquel souscrit Matthieu Warin avec une perspective
critique principalement fondée sur l’opposition
entre le projet " droit, carré, modélisé
" et " le sel de l’existence… l’imprévu,
le fortuit ". Jusqu’à écrire que le
projet est, dans le développement local, " réducteur,
sclérosant, inhibiteur. "
Projet et programme
L’exercice d’un article ne permet guère l’exhaustivité
argumentaire que pourtant, face à tant de critiques,
mériterait une réhabilitation du projet. Le risque
de la réponse est corollairement celui de la contribution
originelle : une radicalité qui, paradoxalement, ne va
pas aux racines mais défouraille tous-azimut. Aussi je
me contenterai de deux observations, la première très
empirique, la seconde plus théorique. Lorsqu’on
interroge les intervenants sociaux (animateurs, éducateurs,
conseillers d’insertion, agents de développement,
etc.) pour qu’ils caractérisent un comportement
habituel des jeunes des classes populaires avec lesquels ils
travaillent, le rapport au temps " ici et maintenant "
est la réponse la plus partagée. Cependant, si
ce constat est juste, ne serait-ce que parce qu’il est
exprimé par celles et ceux qui sont en front line et
au quotidien avec ces jeunes, il appelle une autre question
: pourquoi cette immédiateté ? Réponse
: parce que le présent est menaçant et qu’il
faut y faire face, ce qui exclut d’envisager l’avenir.
En d’autres termes, c’est l’histoire du doigt
du sage qui montre la lune : le problème n’est
pas dans le projet, celui-ci témoignant d’une capacité
de s’extraire d’un présent difficile, donc
d’avoir trouvé des solutions, mais dans l’absence
de projet. La vraie " dictature " n’est pas
celle du projet, mais celle de la vacuité du projet qui
instrumentalise la personne, la contraint à survivre
au jour le jour sans la perspective de s’accomplir en
tant que sujet et de s’émanciper en tant qu’acteur.
Le hiatus " épistémologique " de la
critique radicale du projet réside dans la confusion
entre celui-ci et le programme. Le premier est plastique, ascendant,
autonome, incertain mais équilibré de valeurs
et de réalisations ; il emprunte des chemins de traverse,
tutoie l’aléatoire, bricole dans la complexité.
Le second est linéaire, descendant, hétéronome,
maître de lui comme de l’univers et bardé
de technicité ; il raffole de la boîte à
outils et néglige ce qui fait sens et que j’appelle
la " professionnalité " (Les Bricoleurs de
l’indicible, 2003 et 2004). Tout ceci est fort bien expliqué
à de nombreuses reprises, mieux que je ne saurais le
faire, par Edgar Morin dont – sacrifice incommensurable
– je ne retiendrai en guise de conclusion que deux phrases,
l’une sur l’historicité et le lien entre
passé, présent et futur projeté, l’autre
sur la notion de stratégie interchangeable avec celle
de projet : " Tout être humain, toute collectivité
doit irriguer sa vie par une circulation incessante entre son
passé où il ressource son identité en se
rattachant à ses ascendants, son présent où
il affirme ses besoins et un futur où il projette ses
aspirations et ses efforts. " (Les sept savoirs nécessaires
à l’éducation du futur, 2000). " La
stratégie s’oppose au programme, bien qu’elle
puisse comporter des éléments programmés.
Le programme est la détermination a priori d’une
séquence d’actions en vue d’un objectif.
Le programme est efficace dans des conditions extérieures
stables, que l’on peut déterminer avec certitude.
[…] La stratégie s’établit en vue
d’un objectif, comme le programme ; elle va établir
des scénarios d’action et en choisir un, en fonction
de ce qu’elle connaît d’un environnement incertain.
La stratégie cherche sans cesse à rassembler les
informations, les vérifier, et elle modifie son action
en fonction des informations recueillies et des hasards rencontrés
en cours de route. " (La tête bien faite, 1999).
Des désobéissants
en écharpe tricolore
Par Sabrina Costanzo et Sterenn Duigou
De plus en plus d’élus
n’hésitent plus à braver la loi pour défendre
les intérêts de leurs administrés et agir
en révélateurs de problèmes nationaux.
Parrainages républicains d’enfants sans-papiers,
arrêtés anti-OGM, anti-coupures d’électricité,
d’eau, de gaz, anti-expulsions locatives, de saisies,
ou encore non organisation des élections… les élus
sont de plus en plus nombreux à être des désobéissants.
Des maires, des députés, qui s’engouffrent
dans les vides juridiques, enfoncent les portes de leurs compétences,
font le choix de l’illégalité pour mettre
en débat dans l’espace public et politique des
questions de société qui, sans cela, sont reléguées
aux oubliettes. " La désobéissance civique,
arme ultime et non-violente, est particulièrement adaptée
pour défendre les causes humanitaires, les problèmes
de société, de vie en commun, de solidarité
", estime ainsi Yves Manguy, ex-maire de Londigny (Charente)
et actuel conseiller municipal. Ce dernier a promulgué,
à quatre reprises, entre 2002 et 2007, des arrêtés
anti-OGM, qui ont été retoqués à
chaque fois. Faucheur, simple citoyen parrain de sans-papiers,
il a aussi, en tant qu’élu, procédé
à des baptêmes républicains de clandestins.
Élu désobéissant hyper actif, ses engagements
sont le fruit d’un militantisme de longue date. En 1989
déjà, il défendait le droit des paysans
à produire leurs propres semences. André Guérin,
maire PCF de Vénissieux, mène lui aussi une bataille
au long court : " C’est la treizième année
que je réalise des arrêtés anti-saisies
et anti-expulsions. " En juin 2007, il élargit son
champ d’action et décrète des arrêtées
anti-coupures d’eau, électricité et gaz
: " J’ai été retoqué à
chaque fois. Mais je continue. Maintenant, j’ai un dossier
plus étoffé qui présente des cas de familles
modestes, dans des situations insoutenables. "
Pleinement désobéissants
Des élus déterminés pour qui il est pourtant
souvent difficile de définir s’ils agissent au
nom de leur mandat ou comme simple citoyen. Le témoignage
de Nathalie Guerrin, maire du 1er arrondissement de Lyon, est
un exemple signifiant. Elle a révélé à
la presse qu’elle avait hébergé des sans-papiers.
Ses paroles soulignent la complexité de cet acte pris
entre l’être et la fonction. Cacher des sans-papiers,
résister contre la législation et être représentante
de ce système : voilà une équation complexe,
tout comme celle qui consiste à déterminer la
frontière entre les actions qui relèvent ou pas
de la désobéissance civique. " Désobéissance
civique : ce n’est pas toujours formulé en ces
termes, car il s’agit d’un concept abstrait. Mais
les maires ont tous eu le sentiment de répondre par un
acte de résistance civique à une forme de négation
du droit à la santé. C’est un acte symbolique
fort qui sort des sentiers battus ", déclare Christian
Paul, député PS de la Nièvre. Il fait partie
des nombreux maires, près de quatre-vingts toutes tendances
politiques confondues, qui ont refusé d’organiser
les élections municipales et cantonales des 9 et 16 mars
2008, dans le but de protester contre la fermeture d’une
maternité, d’éviter la fermeture de l’activité
de chirurgie de l’hôpital et de relancer l’activité
des services hospitaliers. Yves Manguy indique, lui, qu’il
" ne considère pas totalement les arrêtés
anti-OGM comme un acte de désobéissance civique,
mais comme une action de sensibilisation à un problème
lié à la fonction de représentant des administrés.
" Il se sent par contre pleinement désobéissant
lorsqu’il est faucheur ou parrain de sans-papiers.
Répondre au désordre
La portée de ce genre d’actions est d’autant
plus forte lorsqu’elles se placent dans le cadre d’actions
collectives, lorsqu’elles sont soutenues par un réseau
associatif local ou national et, last but not least, par la
population. André Guérin affirme avoir collaboré
avec des agents ÉDF, les " robins des bois ",
qui ont rétabli le courant dans certains foyers modestes
victimes de coupures d’électricité. "
Il y a eu trois ou quatre assemblées générales
des maires et l’ensemble des actions ont fait l’objet
de délibérations, ont été argumentées
et préparées techniquement ", témoigne
pour sa part Christian Paul, au sujet de la non-organisation
des élections en 2008. " L’association des
usagers de l’hôpital a aussi joué un rôle
important dans la mobilisation des élus le jour des élections.
" Yves Manguy insiste sur le fait qu’il se "
place toujours dans le cadre de démarches collectives.
Car ce n’est pas par des actes de bravoure que l’on
résout les problèmes. " Lorsqu’il décrète
le premier arrêté anti-OGM en 2002, il le réalise
aux côtés de soixante-quinze maires, dans une volonté
commune d’anticiper le développement de ces cultures.
En 2006, c’est avec le soutien d’une douzaine de
maires de Charente qu’il décide de faire appel
devant le tribunal administratif de Poitiers, sur la base de
son seul arrêté. Les élus charentais sont
aussi en lien avec neuf associations du département qui
participent à un comité de vigilance sur les OGM
et animent localement le débat sur le sujet. La dimension
collective joue sur le rapport de force et n’est pas sans
effet sur les sanctions. Dans la Nièvre, le préfet
était en mesure de sanctionner les maires pour leur refus
d’organiser les élections. " Mais procéder
à une punition collective aurait été mal
venue ", explique Christian Paul. " Le préfet
aurait eu juridiquement raison, mais politiquement tort. Dans
le cadre de mouvements collectifs, les sanctions ont leurs limites
et sont politiquement difficiles. De plus, nous ne serions pas
allés jusque-là sans avoir le soutien de la population
dans sa majorité. " Un soutien qu’il est là
aussi nécessaire d’appréhender dans toute
sa complexité. Car il s’agit en effet de distinguer
l’adhésion à la cause de l’adhésion
à l’acte. " Bien des citoyens sont réservés
sur les fauchages, voire les contestent, mais ils ont pourtant
pleinement conscience des problématiques liées
aux OGM, ou sont même totalement contre ", constate
Yves Manguy. " Ce n’est pas évident de trouver
le juste milieu, de ne pas être trop provocateur dans
nos actions qui peuvent engendrer des réactions négatives
par leur caractère illégal. Mais l’important
ce n’est pas l’acte de désobéissance
civile, mais ce qu’il y a derrière, c’est-à-dire
la reconnaissance du problème."
Des actions qui sont soutenues localement parce qu’elles
sont destinées à résoudre des problèmes
locaux ? Pas seulement. Si les élus souhaitent par leurs
actes de désobéissance dénoncer une situation
locale, ils en font surtout le révélateur d’un
problème national. Si, en 2005, Yves Manguy justifie
son arrêté anti-OGM par la présence sur
sa commune de deux agriculteurs en convention bio, c’est
non seulement pour répondre à la crainte de ses
administrés, mais aussi pour interpeller l’administration
sur le vide juridique qui entoure la question des OGM. À
travers ses arrêtés, André Guérin
souhaite lui voir reconnu au niveau national le fait que l’eau
ou l’énergie soient considérés comme
des " éléments constitutifs de la vie quotidienne
". Dans la Nièvre, au-delà des revendications
relatives à la fermeture de la maternité et à
l’activité de l’hôpital, c’est
bien le droit à la santé pour tous qui est la
toile de fond de ces événements. Et Christian
Paul d’insister : " Nous avons agi pour protester
contre l’attitude de l’État qui ne respecte
pas le droit à la santé. L’attitude désinvolte
des autorités sanitaires est facteur de désordre,
et la désobéissance civique répond à
ce désordre. " Sabrina
Costanzo et Sterenn Duigou