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Territoires n°488 - mai 2008

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Le sommaire

Les articles en ligne :

Réaction sur "La dictature du projet", par Philippe Labbé, sociologue.

Des désobéissants en écharpe tricolore, par Sabrina Costanzo et Sterenn Duigou.



 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : Villiers-le-Bel : La science éclaire la rénovation urbaine ; Pays de Lorient : Un km à pied ça muscle le Scot ; Perpignan-méditerranée : Positive attitude ; Picardie : soutenir la dynamique associative
En blogs pour 2008 : Révolution blog-blog
chronique de Gérard Leray, blogmaster de la Piquouse de rappel (http://lapiquouse.info)
Portrait de Joëlle Morel, milite pour soutenir la diversité culturelle dans son quartier
 
Actualités
 
L'événement : Bilan des élections locales de mars 2008
L’ébulition de M'ric
Brèves : Éducation nationale : des chiffres et des lycéens ; Déficit public : A qui la faute ? ; Grenelle, suite : Autoroutes : stop ou encore ? ; Insertion : Le RSA et les boutiquiers
Syn-chronique : Le racisme quotidien et la loi
Les 50 dernières années vues à travers les pages de Correspondance municipale, puis de Territoires
La terre vue du fiel : Sauvez la planète : adoptez un paysan
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Interview : Philippe Deplanque, président du Cnajep : " Le chemin parcouru est impressionant"
Parlons droit : Droits et redevances d'enregistrement des substances chimiques
 
Au-delà de la loi, la désobéissance civique force le débat
 
" La désobéissance civique intervient quand tous les canaux de la démocratie
sont bouchés "
interview de José Bové, membre de la Confédération paysanne et de Via campesina
 
Brève histoire de la désobéissance civile
par Hourya Bentouhami, université Paris Diderot
 
Désobéir au nucléaire
par Xavier Renou, porte-parole des Désobéissants, collectif adhérent au réseau Sortir du nucléaire
 
Les insoumis à la xénophobie d’État
par Aline Chambras et Blanche Caussanel
 
Le combat de la légitimité contre la légalité
par Evelyne Sire-Marin, magistrate, membre de la Ligue des droits de l’Homme
 
" Je me considère comme un lanceur d’alerte "
interview de Noël Mamère, député-maire Vert de Bègles
 
Des désobéissants en écharpe tricolore
par Sabrina Costanzo et Sterenn Duigou
 
International Italie : Modène, les raisons d'un échec
 
Analyse
 
La démocratie participative dans les agendas 21 locaux, par Souleymane Koné de l'université de Reims et Patrick Jolivet, économiste, École centrale de Paris
Réaction sur "La dictature du projet", Philippe Labbé, sociologue. Il a publié plusieurs ouvrages dont Les Bricoleurs de l’indicible aux éditions Apogée où il est directeur de la collection Les Panseurs sociaux.
 
Débat : Déni de démocratie en Drôme nucléaire
 
Et aussi ...
 
Lectures, forum des lecteurs, Adels info, le bloc-notes de l'Adels
 
 
 
Les articles en ligne
 
Réaction sur " La dictature du projet "
Philippe Labbé, sociologue. Il a publié plusieurs ouvrages dont Les Bricoleurs de l’indicible aux éditions Apogée où il est directeur de la collection Les Panseurs sociaux
 
Un débat ne demande qu’à rebondir… Exemple avec celui lancé par Matthieu Warin, directeur du centre intercommunal Le Granjou (Monestier-de-Clermont) dans le dernier numéro de Territoires. Il s’attaquait à la toute puissance du concept de " projet ", passage obligé de bien des professionnels… et des citoyens, affirmant son caractère " sclérosant ", notamment dans le développement local. Ce qui a fait bondir Philippe Labbé sur son clavier. Le débat continue.

Ah, ce projet ! De quoi ne serait-il pas coupable puisqu’il est " l’un des principaux obstacles " à l’émancipation des citoyens ? Que ne véhiculerait-il sinon " l’inspiration néo-libérale " ? Que réduirait-il à néant sinon la spontanéité, " le sens de nos métiers ", " les aspirations, les initiatives, les désirs " ? La diatribe de Matthieu Warin parue dans Territoires d’avril, fort agréable de lecture et bien construite, évoque un auteur avec lequel, sans doute, je partagerais bien des convictions… hormis un hiatus en amont, la mécanique d’un procès – justifié – des dérives du projet qui, du coup, voudrait invalider – injustement – le concept. Attention, camarade ! Ce modus operandi est celui, habituel, de ceux dont l’auteur et moi-même ne partageons pas les conceptions. Certes, le projet a métastasé l’espace du discours, devenant une notion passe-partout aussi proliférante que " l’accompagnement "… Mais sa généalogie pondère ce réquisitoire. Dans les années 70-80, la vague du projet a inondé tous les champs, du social (Bertrand Schwartz) à la formation (Jean Vassileff) et au management (" de projet ", " participatif par objectifs ", etc.). Inévitablement, et singulièrement pour qui connaît la mer et ses marées, on devait s’attendre au ressac. Ce qui arriva. Mais, avant de décrypter les critiques des contempteurs succédant aux yeux de Chimène des laudateurs, interrogeons-nous sur l’irruption historique du projet à ce moment de basculement, les seventeen.

Naviguer dans un archipel d’incertitudes

On passe, rapidement (crack pétrolier...), d’une société relativement protégée, une économie de distribution succédant à une économie de production, à une société déterminée par le marché. Mauroy, figure tutélaire de la gauche, avale sa cravate et cède la place à un fringant premier ministre, Fabius, qui vient en 2CV à Matignon tout en organisant la soumission à l’économie de marché. Dans la presse, à l’époque, on lit les premières inquiétudes qui s’expriment en " Y a t-il un pilote dans l’avion ? ". Expression populaire, vulgate, qui toutefois n’est pas que sens commun mais bon sens. En effet, notre société s’acculture d’une société de la complication, où la raison cartésienne fournit les réponses, à une société de la complexité, c’est-à-dire d’abord de l’incertitude. " On ne sait pas de quoi demain sera fait " est un leitmotiv qui explique, sinon justifie, le projet. En effet, dès lors que demain n’est que la copie d’aujourd’hui, nul besoin de projet : il suffit de reproduire (La reproduction, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron, 1970). Par contre, si demain est synonyme d’inconnu, comment s’y préparer dans la mesure où personne, même aventureux, ne souhaite être pris au dépourvu ? Arrive ainsi le projet qui, pour Edgar Morin, penseur de la complexité, est une façon de naviguer dans un archipel d’incertitude. Synthétisons, raccourcissons : le succès du projet est inversement proportionnel à la stabilité de la société.
Les années passent et accentuent l’instabilité. L’État, Maître des horloges (Philippe Delmas, 1992), ne garantit même plus le minimum syndical conventionnel de perspective et, devenu " animateur " (L’État animateur : essai sur la politique de la ville, Jacques Donzelot et Philippe Estèbe, 1994), se cale sur " le culte de la nanoseconde " de L’homme mondial (Philippe Engelhard, 1996). Le projet fait son lit puisque, encore une fois, comment aborder demain dès lors que celui-ci est inconnu sinon en imaginant, en construisant des scenarii, en évaluant sans cesse (si tout va bien, s’il ne faut pas modifier ce que l’on fait, etc.) ?

Diktat

Comme prévisible, après l’amour, le désamour. Dans les années 90 et jusqu’à aujourd’hui, le projet va être convoqué chez le procureur pour délit d’obsolescence avec un chef d’accusation exprimé comme tel : diktat. Dans le champ du social, les " piou-piou " qui se sont jetés sur le projet vont devoir revoir leur copie : le projet ne serait que l’expression soft d’une violence symbolique d’autant plus cruelle qu’elle s’exerce de façon privilégiée contre celles et ceux qui sont les moins dotés culturellement et qui ont d’autres chats à fouetter, comme par exemple parvenir à joindre les deux bouts. Qui plus est, à faire rêver avec le projet, on met en place les conditions certaines d’une désillusion, d’un désenchantement. Cette thèse sera abondée par plusieurs, dont Denis Castra qui, tout en délicatesse et sous l’expression " La dictature du projet ", soupçonne les intervenants sociaux pro-projet d’une " ignorance de certains processus élémentaires de la vie psychique, comme, par exemple, la construction de la temporalité. " (L’insertion professionnelle des publics précaires, 2003). Pour Serge Ebersold, le projet est " un outil de classement " et contribue à construire l’inemployabilité (La naissance de l’inemployable, 2001). Gérard Mauger, le doigt sur la gâchette bourdieusienne, pourfend les nouveaux métiers du social qui gèrent le non-emploi, propagent les principes entrepreneuriaux et font de la logique du projet leur clé de voûte (Les politiques d’insertion. Une contribution paradoxale à la déstabilisation du marché du travail, 2001). Bref, qu’il s’agisse du social, de la sociologie politique (l’illusionnisme du " néomanagement " de Laurent Boltanski et Eve Chiapello dans Le nouvel esprit du capitalisme, 1999) ou de la sociologie du travail (La souffrance en France de Christophe Dejours, 2000), le Landerneau des sciences sociales tonne d’un désamour auquel souscrit Matthieu Warin avec une perspective critique principalement fondée sur l’opposition entre le projet " droit, carré, modélisé " et " le sel de l’existence… l’imprévu, le fortuit ". Jusqu’à écrire que le projet est, dans le développement local, " réducteur, sclérosant, inhibiteur. "

Projet et programme

L’exercice d’un article ne permet guère l’exhaustivité argumentaire que pourtant, face à tant de critiques, mériterait une réhabilitation du projet. Le risque de la réponse est corollairement celui de la contribution originelle : une radicalité qui, paradoxalement, ne va pas aux racines mais défouraille tous-azimut. Aussi je me contenterai de deux observations, la première très empirique, la seconde plus théorique. Lorsqu’on interroge les intervenants sociaux (animateurs, éducateurs, conseillers d’insertion, agents de développement, etc.) pour qu’ils caractérisent un comportement habituel des jeunes des classes populaires avec lesquels ils travaillent, le rapport au temps " ici et maintenant " est la réponse la plus partagée. Cependant, si ce constat est juste, ne serait-ce que parce qu’il est exprimé par celles et ceux qui sont en front line et au quotidien avec ces jeunes, il appelle une autre question : pourquoi cette immédiateté ? Réponse : parce que le présent est menaçant et qu’il faut y faire face, ce qui exclut d’envisager l’avenir. En d’autres termes, c’est l’histoire du doigt du sage qui montre la lune : le problème n’est pas dans le projet, celui-ci témoignant d’une capacité de s’extraire d’un présent difficile, donc d’avoir trouvé des solutions, mais dans l’absence de projet. La vraie " dictature " n’est pas celle du projet, mais celle de la vacuité du projet qui instrumentalise la personne, la contraint à survivre au jour le jour sans la perspective de s’accomplir en tant que sujet et de s’émanciper en tant qu’acteur. Le hiatus " épistémologique " de la critique radicale du projet réside dans la confusion entre celui-ci et le programme. Le premier est plastique, ascendant, autonome, incertain mais équilibré de valeurs et de réalisations ; il emprunte des chemins de traverse, tutoie l’aléatoire, bricole dans la complexité. Le second est linéaire, descendant, hétéronome, maître de lui comme de l’univers et bardé de technicité ; il raffole de la boîte à outils et néglige ce qui fait sens et que j’appelle la " professionnalité " (Les Bricoleurs de l’indicible, 2003 et 2004). Tout ceci est fort bien expliqué à de nombreuses reprises, mieux que je ne saurais le faire, par Edgar Morin dont – sacrifice incommensurable – je ne retiendrai en guise de conclusion que deux phrases, l’une sur l’historicité et le lien entre passé, présent et futur projeté, l’autre sur la notion de stratégie interchangeable avec celle de projet : " Tout être humain, toute collectivité doit irriguer sa vie par une circulation incessante entre son passé où il ressource son identité en se rattachant à ses ascendants, son présent où il affirme ses besoins et un futur où il projette ses aspirations et ses efforts. " (Les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur, 2000). " La stratégie s’oppose au programme, bien qu’elle puisse comporter des éléments programmés. Le programme est la détermination a priori d’une séquence d’actions en vue d’un objectif. Le programme est efficace dans des conditions extérieures stables, que l’on peut déterminer avec certitude. […] La stratégie s’établit en vue d’un objectif, comme le programme ; elle va établir des scénarios d’action et en choisir un, en fonction de ce qu’elle connaît d’un environnement incertain. La stratégie cherche sans cesse à rassembler les informations, les vérifier, et elle modifie son action en fonction des informations recueillies et des hasards rencontrés en cours de route. " (La tête bien faite, 1999).
 
Des désobéissants en écharpe tricolore
Par Sabrina Costanzo et Sterenn Duigou
 
De plus en plus d’élus n’hésitent plus à braver la loi pour défendre les intérêts de leurs administrés et agir en révélateurs de problèmes nationaux.

Parrainages républicains d’enfants sans-papiers, arrêtés anti-OGM, anti-coupures d’électricité, d’eau, de gaz, anti-expulsions locatives, de saisies, ou encore non organisation des élections… les élus sont de plus en plus nombreux à être des désobéissants. Des maires, des députés, qui s’engouffrent dans les vides juridiques, enfoncent les portes de leurs compétences, font le choix de l’illégalité pour mettre en débat dans l’espace public et politique des questions de société qui, sans cela, sont reléguées aux oubliettes. " La désobéissance civique, arme ultime et non-violente, est particulièrement adaptée pour défendre les causes humanitaires, les problèmes de société, de vie en commun, de solidarité ", estime ainsi Yves Manguy, ex-maire de Londigny (Charente) et actuel conseiller municipal. Ce dernier a promulgué, à quatre reprises, entre 2002 et 2007, des arrêtés anti-OGM, qui ont été retoqués à chaque fois. Faucheur, simple citoyen parrain de sans-papiers, il a aussi, en tant qu’élu, procédé à des baptêmes républicains de clandestins. Élu désobéissant hyper actif, ses engagements sont le fruit d’un militantisme de longue date. En 1989 déjà, il défendait le droit des paysans à produire leurs propres semences. André Guérin, maire PCF de Vénissieux, mène lui aussi une bataille au long court : " C’est la treizième année que je réalise des arrêtés anti-saisies et anti-expulsions. " En juin 2007, il élargit son champ d’action et décrète des arrêtées anti-coupures d’eau, électricité et gaz : " J’ai été retoqué à chaque fois. Mais je continue. Maintenant, j’ai un dossier plus étoffé qui présente des cas de familles modestes, dans des situations insoutenables. "

Pleinement désobéissants


Des élus déterminés pour qui il est pourtant souvent difficile de définir s’ils agissent au nom de leur mandat ou comme simple citoyen. Le témoignage de Nathalie Guerrin, maire du 1er arrondissement de Lyon, est un exemple signifiant. Elle a révélé à la presse qu’elle avait hébergé des sans-papiers. Ses paroles soulignent la complexité de cet acte pris entre l’être et la fonction. Cacher des sans-papiers, résister contre la législation et être représentante de ce système : voilà une équation complexe, tout comme celle qui consiste à déterminer la frontière entre les actions qui relèvent ou pas de la désobéissance civique. " Désobéissance civique : ce n’est pas toujours formulé en ces termes, car il s’agit d’un concept abstrait. Mais les maires ont tous eu le sentiment de répondre par un acte de résistance civique à une forme de négation du droit à la santé. C’est un acte symbolique fort qui sort des sentiers battus ", déclare Christian Paul, député PS de la Nièvre. Il fait partie des nombreux maires, près de quatre-vingts toutes tendances politiques confondues, qui ont refusé d’organiser les élections municipales et cantonales des 9 et 16 mars 2008, dans le but de protester contre la fermeture d’une maternité, d’éviter la fermeture de l’activité de chirurgie de l’hôpital et de relancer l’activité des services hospitaliers. Yves Manguy indique, lui, qu’il " ne considère pas totalement les arrêtés anti-OGM comme un acte de désobéissance civique, mais comme une action de sensibilisation à un problème lié à la fonction de représentant des administrés. " Il se sent par contre pleinement désobéissant lorsqu’il est faucheur ou parrain de sans-papiers.

Répondre au désordre


La portée de ce genre d’actions est d’autant plus forte lorsqu’elles se placent dans le cadre d’actions collectives, lorsqu’elles sont soutenues par un réseau associatif local ou national et, last but not least, par la population. André Guérin affirme avoir collaboré avec des agents ÉDF, les " robins des bois ", qui ont rétabli le courant dans certains foyers modestes victimes de coupures d’électricité. " Il y a eu trois ou quatre assemblées générales des maires et l’ensemble des actions ont fait l’objet de délibérations, ont été argumentées et préparées techniquement ", témoigne pour sa part Christian Paul, au sujet de la non-organisation des élections en 2008. " L’association des usagers de l’hôpital a aussi joué un rôle important dans la mobilisation des élus le jour des élections. " Yves Manguy insiste sur le fait qu’il se " place toujours dans le cadre de démarches collectives. Car ce n’est pas par des actes de bravoure que l’on résout les problèmes. " Lorsqu’il décrète le premier arrêté anti-OGM en 2002, il le réalise aux côtés de soixante-quinze maires, dans une volonté commune d’anticiper le développement de ces cultures. En 2006, c’est avec le soutien d’une douzaine de maires de Charente qu’il décide de faire appel devant le tribunal administratif de Poitiers, sur la base de son seul arrêté. Les élus charentais sont aussi en lien avec neuf associations du département qui participent à un comité de vigilance sur les OGM et animent localement le débat sur le sujet. La dimension collective joue sur le rapport de force et n’est pas sans effet sur les sanctions. Dans la Nièvre, le préfet était en mesure de sanctionner les maires pour leur refus d’organiser les élections. " Mais procéder à une punition collective aurait été mal venue ", explique Christian Paul. " Le préfet aurait eu juridiquement raison, mais politiquement tort. Dans le cadre de mouvements collectifs, les sanctions ont leurs limites et sont politiquement difficiles. De plus, nous ne serions pas allés jusque-là sans avoir le soutien de la population dans sa majorité. " Un soutien qu’il est là aussi nécessaire d’appréhender dans toute sa complexité. Car il s’agit en effet de distinguer l’adhésion à la cause de l’adhésion à l’acte. " Bien des citoyens sont réservés sur les fauchages, voire les contestent, mais ils ont pourtant pleinement conscience des problématiques liées aux OGM, ou sont même totalement contre ", constate Yves Manguy. " Ce n’est pas évident de trouver le juste milieu, de ne pas être trop provocateur dans nos actions qui peuvent engendrer des réactions négatives par leur caractère illégal. Mais l’important ce n’est pas l’acte de désobéissance civile, mais ce qu’il y a derrière, c’est-à-dire la reconnaissance du problème."
Des actions qui sont soutenues localement parce qu’elles sont destinées à résoudre des problèmes locaux ? Pas seulement. Si les élus souhaitent par leurs actes de désobéissance dénoncer une situation locale, ils en font surtout le révélateur d’un problème national. Si, en 2005, Yves Manguy justifie son arrêté anti-OGM par la présence sur sa commune de deux agriculteurs en convention bio, c’est non seulement pour répondre à la crainte de ses administrés, mais aussi pour interpeller l’administration sur le vide juridique qui entoure la question des OGM. À travers ses arrêtés, André Guérin souhaite lui voir reconnu au niveau national le fait que l’eau ou l’énergie soient considérés comme des " éléments constitutifs de la vie quotidienne ". Dans la Nièvre, au-delà des revendications relatives à la fermeture de la maternité et à l’activité de l’hôpital, c’est bien le droit à la santé pour tous qui est la toile de fond de ces événements. Et Christian Paul d’insister : " Nous avons agi pour protester contre l’attitude de l’État qui ne respecte pas le droit à la santé. L’attitude désinvolte des autorités sanitaires est facteur de désordre, et la désobéissance civique répond à ce désordre. " Sabrina Costanzo et Sterenn Duigou