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Syn-chronique :"Eclater la mairie" Les 50 dernières années
vues à travers les pages de Correspondance municipale,
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La terre vue du fiel : OGM
ou nucléaire, on n'a pas fini de rigoler par Jean-Stéphane Devisse
et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Interview : Dario Vergara,
fondation de l'association Participa : " L'Amérique
latine est un véritable laboratoire de la participation
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Parlons droit : Le
cumul d'activité des fonctionnaires
par Florence Jany-Catrice et Rabih Zotti, du
centre lillois d'études et de recherches sociologiques
et économiques. Florence Jany-Catrice est coauteure avec
Jean Gadrey de Les nouveaux indicateurs de richesse, La Découverte,
2007
" L’éco-quartier peut servir de
levier à un changement de mode de vie "
Cyria Emelianoff, maîtresse de conférences
à l’université du Mans, auteure de "
Les quartiers durables en Europe : un tournant urbanistique
? " Urbia, n° 4, juin 2007, université de Lausanne.
Que vous inspire la
construction d’éco-quartiers un peu partout en
Europe ?
Je trouve que cette nouvelle approche en matière d’urbanisme
est indispensable et est plutôt positive. Les éco-quartiers
tentent d’incarner un nouvel urbanisme, ce sont des espaces
d’expérimentation. Car, dans le domaine de l’éco-construction
et de l’urbanisme, il ne faut pas oublier que les idées
doivent être expérimentées grandeur nature.
Dans le quartier du Kronsberg, à Hanovre, en Allemagne,
la suppression des ponts thermiques pour les maisons sans chauffage
ne pouvait pas être appréhendée par le seul
biais de la modélisation. Elle s’est réalisée
au cours du chantier, en corrigeant les erreurs au fur et à
mesure de l’avancée des constructions. Il faut
reconnaître qu’en matière de durabilité
urbaine, on sait encore peu de choses, d’autant que les
enjeux et exigences évoluent très vite : l’expérimentation
reste donc essentielle. Mais dans le domaine de l’innovation
sociale, les éco-quartiers ont été assez
timides. Un champ entier reste à explorer, pour croiser
durabilités sociale et écologique.
Un second apport des éco-quartiers réside dans
le fait que, dans certains cas, malheureusement pas très
nombreux encore, les habitants sont très impliqués
et participent à la gestion du quartier et à sa
conception. Des groupes d’habitants-promoteurs se mettent
en place, y compris en France, dans de nombreuses villes, en
demandant aux municipalités un terrain pour pouvoir construire
un petit éco-quartier. Ils peuvent s’associer à
des bailleurs sociaux, comme c’est le cas à Strasbourg.
Ce n’est donc pas seulement le passage vers un habitat
durable qui se joue, mais aussi et surtout l’invention
d’un mode de vie plus durable. En effet, il a été
montré que la dynamique collective dans ce type de quartier
(typiquement le Vauban à Fribourg, en Allemagne) entraîne
l’individu dans des pratiques de consommation et de mobilité
plus attentives à leurs impacts environnementaux et sociaux.
Ce qui n’est pas suffisant pour éliminer les contradictions
de la vie quotidienne, mais peut néanmoins réduire
la dissonance cognitive vécue par les individus. D’une
part, l’organisation collective permet d’adhérer
à des groupements d’achat, des systèmes
de partage de voitures, etc., et facilite ce type de choix ;
d’autre part, ces pratiques sont socialement valorisées
et reconnues par la communauté du quartier. L’individu
est ainsi encouragé à franchir des étapes
supplémentaires, alors qu’il peut en être
dissuadé dans des secteurs qui n’offrent tout simplement
pas ces possibilités, ni des modes de valorisation sociale
de ces pratiques.
Ainsi, dans l’éco-quartier d’Eva Lanxmeer,
situé dans la ville de Culemborg aux Pays-Bas, dont l’une
des spécificités est d’avoir été
conçu par une association d’habitants, on sent
une saine émulation entre les résidents, qui n’ont
de cesse de réfléchir à de nouvelles initiatives.
Certains diront que cet " entre soi ", cet esprit
communautaire est problématique : je ne le pense pas.
Il faut reconnaître que nous vivons tous dans des "
entre soi ", dans nos réseaux relationnels, professionnels,
etc. Les éco-quartiers, dont la plupart intègrent
une part d’habitat social, ne sont pas spécifiques
à cet égard, sauf dans quelques cas de dérapage
des coûts de construction et de ségrégation
socio-environnementale. Eva Lanxmeer, pour revenir à
cet
exemple, accueille 30 % d’habitat social, un institut
pour des handicapés
mentaux et quelques équipements. Certes, ce sont aujourd’hui
des personnes au capital culturel élevé, à
l’image de l’électorat type des Verts, qui
s’investissent dans ces éco-
quartiers. Mais ce sont aussi celles qui sont à la fois
le plus à même d’avoir le temps et les moyens
de mettre en pratique cette forme d’éco-citoyenneté
et, surtout, d’ouvrir des voies montrant des réalisations
concrètes, qui inspirent de nombreux techniciens, élus,
professionnels et acteurs civils.
L’enjeu est de dépasser ces premières réalisations,
pour réfléchir à la manière d’encourager
des modes de vie durables, sans se contenter d’une approche
architecturale. L’éco-quartier n’est pas
une question d’habitacle, de coque mais, au contraire,
il peut servir de levier à un changement de mode de vie,
qui lui-même engage une autre perception des solidarités.
Il reflète aussi un changement culturel profond, mais
encore latent.
Enfin, le développement des éco-quartiers répond
à la nécessité de tester des solutions
décentralisées et diversifiées, qui dépendent
des énergies locales utilisables, des sites et des milieux,
des traditions de démocratie locale, des cadres réglementaires
ou incitatifs eux aussi assez divers, en fonction des pays et
régions. Je crois que l’éco-quartier, étant
fortement lié au milieu dans lequel il est construit,
n’est pas exportable et diffusable, il nécessite
à chaque fois une démarche d’expérimentation.
Cela signifie-t-il que les préceptes
de développement durable à l’œuvre
dans les éco-quartiers ne peuvent pas être appliqués
ensuite dans la ville tout entière, dans une perspective
globale d’avènement d’un urbanisme durable
?
Non, au contraire, il ne faut pas dissocier le quartier de la
ville. L’intérêt des éco-quartiers
a aussi été de mettre au point et de tester, par
exemple, de nouvelles normes de construction ou d’isolation
thermique. Normes qui, lorsqu’elles ont fait leurs preuves,
peuvent ensuite être généralisées,
comme dans le cas du standard " Kronsberg " inventé
dans ce quartier et appliqué dans la construction neuve
à Hanovre, sur le foncier appartenant à la ville.
Mais cette transférabilité se limite à
quelques paramètres ou innovations techniques, et ne
concerne pas le projet urbain en tant que tel. D’autre
part, le risque d’une articulation insuffisante entre
la ville et ces quartiers, et c’est là je crois
l’aspect négatif des éco-quartiers, est
de conduire à une ville encore plus dissociée,
ségréguée, entre quartiers à haute
qualité environnementale, où l’on trouve
un habitat écologique haut de gamme, et quartiers à
basse qualité environnementale. Ce qui revient à
accroître les inégalités territoriales et
à renforcer le sentiment de relégation dans certaines
catégories sociales, lorsqu’elles peuvent appréhender
ces nouveaux environnements. L’urbanisme durable ne peut
être cantonné à des opérations très
spécifiques, d’autant que l’action sur le
bâti existant est prioritaire en termes de résultats
globaux. La diffusion des pratiques d’éco-urbanisme
est aussi un enjeu social.
Est-ce que cela signifie que ces éco-quartiers
ne répondent pas à une vraie logique de développement
durable, puisque ce concept lie étroitement le progrès
social aux avancées écologiques ?
Je pense en effet qu’une politique d’urbanisme durable
bien nommée doit avoir pour priorité de remettre
à niveau les territoires dégradés sur les
plans social et environnemental (souvent liés), en dépolluant,
par exemple, des sols contaminés, en éloignant
les incinérateurs des zones d’habitation, en luttant
contre la spéculation foncière, etc. Mais, pour
cela, les moyens financiers ne sont pas au rendez-vous…
Propos recueillis par Aline Chambras www.unil.ch/ouvdd/page46591.html