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Territoires n°487 - avril 2008

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Le sommaire

Les articles en ligne :

Les régions françaises face à leur santé sociale, par Florence Jany-Catrice et Rabih Zotti, du centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques.

"L'éco-quartier peut servir de levier à un changement de mode de vie ", interview de Cyria Emelianoff, maîtresse de conférence à l'université du Mans.



 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : Amiens : Pressions sur un journaliste ; Montlouis-sur-Loire : Habitat durable pour voyageurs ; Trièves : Un territoire à croquer
En blogs pour 2008 : Citoyens déboussolés
chronique de Gérard Leray, blogmaster de la Piquouse de rappel (http://lapiquouse.info)
Portrait de Elizabeth Bourguinat, milite pour préserver son quartier de la muséification
 
Actualités
 
L'événement : Participation:"Il faut contraindre les élus à la vertu !", interview de Loïc Blondiaux
L’ébulition de M'ric
Brèves : Économie : Le coût des services publics locaux ; Tourisme social : Le droit aux vacances à la trappe ; Biodiversité : Une arche de Noé verte avant le déluge ? ; Communication locale : Un député en croisade contre la communication.
Syn-chronique : "Eclater la mairie"
Les 50 dernières années vues à travers les pages de Correspondance municipale, puis de Territoires
La terre vue du fiel : OGM ou nucléaire, on n'a pas fini de rigoler
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Interview : Dario Vergara, fondation de l'association Participa : " L'Amérique latine est un véritable laboratoire de la participation "
Parlons droit : Le cumul d'activité des fonctionnaires
 
Des éco-quartiers aux villes durables
 
Pour un nouvel urbanisme. Un livre au cœur du développement durable
Extraits choisis de l'ouvrage
 
" L’urbanisme est un bien commun ! "
interview de Denis Clerc, conseiller de la rédaction d’Alternatives économiques, coauteur de Pour un nouvel urbanisme.
 
Grand Lyon. Maisons passives pour développement durable actif
 
" L’éco-quartier peut servir de levier à un changement de mode de vie. "
par Cyria Emelianoff, maîtresse de conférences à l’université du Mans.
 
L’éco-quartier qui cache la ville durable
par Taoufik Souami, urbaniste et sociologue
 
Seine-Saint-Denis. Une coopérative d'accession à la propriété : durable parce que social ?
 
International Norvège : Une concertation d'aménagement urbain alternative à Oslo
 
Analyse
 
Les régions françaises face à leur santé sociale , par Florence Jany-Catrice et Rabih Zotti, du centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques.
 
Débat : La dictature du projet
 
Et aussi ...
 
Lectures, forum des lecteurs, Adels info, le bloc-notes de l'Adels
 
 
 
Les articles en ligne
 
Les régions françaises face à leur santé sociale
par Florence Jany-Catrice et Rabih Zotti, du centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques. Florence Jany-Catrice est coauteure avec Jean Gadrey de Les nouveaux indicateurs de richesse, La Découverte, 2007
 
Téléchargez l'article complet avec les tableaux, les graphiques et les cartes
format pdf (1,1 Mo)

 
" L’éco-quartier peut servir de levier à un changement de mode de vie "
Cyria Emelianoff, maîtresse de conférences à l’université du Mans, auteure de " Les quartiers durables en Europe : un tournant urbanistique ? " Urbia, n° 4, juin 2007, université de Lausanne.
 
Que vous inspire la construction d’éco-quartiers un peu partout en Europe ?

Je trouve que cette nouvelle approche en matière d’urbanisme est indispensable et est plutôt positive. Les éco-quartiers tentent d’incarner un nouvel urbanisme, ce sont des espaces d’expérimentation. Car, dans le domaine de l’éco-construction et de l’urbanisme, il ne faut pas oublier que les idées doivent être expérimentées grandeur nature. Dans le quartier du Kronsberg, à Hanovre, en Allemagne, la suppression des ponts thermiques pour les maisons sans chauffage ne pouvait pas être appréhendée par le seul biais de la modélisation. Elle s’est réalisée au cours du chantier, en corrigeant les erreurs au fur et à mesure de l’avancée des constructions. Il faut reconnaître qu’en matière de durabilité urbaine, on sait encore peu de choses, d’autant que les enjeux et exigences évoluent très vite : l’expérimentation reste donc essentielle. Mais dans le domaine de l’innovation sociale, les éco-quartiers ont été assez timides. Un champ entier reste à explorer, pour croiser durabilités sociale et écologique.
Un second apport des éco-quartiers réside dans le fait que, dans certains cas, malheureusement pas très nombreux encore, les habitants sont très impliqués et participent à la gestion du quartier et à sa conception. Des groupes d’habitants-promoteurs se mettent en place, y compris en France, dans de nombreuses villes, en demandant aux municipalités un terrain pour pouvoir construire un petit éco-quartier. Ils peuvent s’associer à des bailleurs sociaux, comme c’est le cas à Strasbourg. Ce n’est donc pas seulement le passage vers un habitat durable qui se joue, mais aussi et surtout l’invention d’un mode de vie plus durable. En effet, il a été montré que la dynamique collective dans ce type de quartier (typiquement le Vauban à Fribourg, en Allemagne) entraîne l’individu dans des pratiques de consommation et de mobilité plus attentives à leurs impacts environnementaux et sociaux. Ce qui n’est pas suffisant pour éliminer les contradictions de la vie quotidienne, mais peut néanmoins réduire la dissonance cognitive vécue par les individus. D’une part, l’organisation collective permet d’adhérer à des groupements d’achat, des systèmes de partage de voitures, etc., et facilite ce type de choix ; d’autre part, ces pratiques sont socialement valorisées et reconnues par la communauté du quartier. L’individu est ainsi encouragé à franchir des étapes supplémentaires, alors qu’il peut en être dissuadé dans des secteurs qui n’offrent tout simplement pas ces possibilités, ni des modes de valorisation sociale de ces pratiques.
Ainsi, dans l’éco-quartier d’Eva Lanxmeer, situé dans la ville de Culemborg aux Pays-Bas, dont l’une des spécificités est d’avoir été conçu par une association d’habitants, on sent une saine émulation entre les résidents, qui n’ont de cesse de réfléchir à de nouvelles initiatives. Certains diront que cet " entre soi ", cet esprit communautaire est problématique : je ne le pense pas. Il faut reconnaître que nous vivons tous dans des " entre soi ", dans nos réseaux relationnels, professionnels, etc. Les éco-quartiers, dont la plupart intègrent une part d’habitat social, ne sont pas spécifiques à cet égard, sauf dans quelques cas de dérapage des coûts de construction et de ségrégation socio-environnementale. Eva Lanxmeer, pour revenir à cet
exemple, accueille 30 % d’habitat social, un institut pour des handicapés
mentaux et quelques équipements. Certes, ce sont aujourd’hui des personnes au capital culturel élevé, à l’image de l’électorat type des Verts, qui s’investissent dans ces éco-
quartiers. Mais ce sont aussi celles qui sont à la fois le plus à même d’avoir le temps et les moyens de mettre en pratique cette forme d’éco-citoyenneté et, surtout, d’ouvrir des voies montrant des réalisations concrètes, qui inspirent de nombreux techniciens, élus,
professionnels et acteurs civils.
L’enjeu est de dépasser ces premières réalisations, pour réfléchir à la manière d’encourager des modes de vie durables, sans se contenter d’une approche architecturale. L’éco-quartier n’est pas une question d’habitacle, de coque mais, au contraire, il peut servir de levier à un changement de mode de vie, qui lui-même engage une autre perception des solidarités. Il reflète aussi un changement culturel profond, mais encore latent.
Enfin, le développement des éco-quartiers répond à la nécessité de tester des solutions décentralisées et diversifiées, qui dépendent des énergies locales utilisables, des sites et des milieux, des traditions de démocratie locale, des cadres réglementaires ou incitatifs eux aussi assez divers, en fonction des pays et régions. Je crois que l’éco-quartier, étant fortement lié au milieu dans lequel il est construit, n’est pas exportable et diffusable, il nécessite à chaque fois une démarche d’expérimentation.

Cela signifie-t-il que les préceptes de développement durable à l’œuvre dans les éco-quartiers ne peuvent pas être appliqués ensuite dans la ville tout entière, dans une perspective globale d’avènement d’un urbanisme durable ?

Non, au contraire, il ne faut pas dissocier le quartier de la ville. L’intérêt des éco-quartiers a aussi été de mettre au point et de tester, par exemple, de nouvelles normes de construction ou d’isolation thermique. Normes qui, lorsqu’elles ont fait leurs preuves, peuvent ensuite être généralisées, comme dans le cas du standard " Kronsberg " inventé dans ce quartier et appliqué dans la construction neuve à Hanovre, sur le foncier appartenant à la ville. Mais cette transférabilité se limite à quelques paramètres ou innovations techniques, et ne concerne pas le projet urbain en tant que tel. D’autre part, le risque d’une articulation insuffisante entre la ville et ces quartiers, et c’est là je crois l’aspect négatif des éco-quartiers, est de conduire à une ville encore plus dissociée, ségréguée, entre quartiers à haute qualité environnementale, où l’on trouve un habitat écologique haut de gamme, et quartiers à basse qualité environnementale. Ce qui revient à accroître les inégalités territoriales et à renforcer le sentiment de relégation dans certaines catégories sociales, lorsqu’elles peuvent appréhender ces nouveaux environnements. L’urbanisme durable ne peut être cantonné à des opérations très spécifiques, d’autant que l’action sur le bâti existant est prioritaire en termes de résultats globaux. La diffusion des pratiques d’éco-urbanisme est aussi un enjeu social.

Est-ce que cela signifie que ces éco-quartiers ne répondent pas à une vraie logique de développement durable, puisque ce concept lie étroitement le progrès social aux avancées écologiques ?

Je pense en effet qu’une politique d’urbanisme durable bien nommée doit avoir pour priorité de remettre à niveau les territoires dégradés sur les plans social et environnemental (souvent liés), en dépolluant, par exemple, des sols contaminés, en éloignant les incinérateurs des zones d’habitation, en luttant contre la spéculation foncière, etc. Mais, pour cela, les moyens financiers ne sont pas au rendez-vous… Propos recueillis par Aline Chambras
www.unil.ch/ouvdd/page46591.html