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Territoires n°486 - mars 2008

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Le sommaire

Les articles en ligne :

" Des indicateurs alternatifs pour concurrencer le PIB !", interview Jean Gadrey professeur émérite d’économie, coauteur de Les nouveaux indicateurs de richesse.

"Il faut lutter contre la notabilisation des élus locaux", interview de Salah Amokrane, conseiller municipal Motivé-e-s de 2001 à 2008.



 
Sommaire
 
Actualités
 
Brèves : Économie sociale et solidaire : La clé de Sol ; Économie : Territoires et stratégies régionales.
En blogs pour 2008 : Les blogs aussi ont des épines !
chronique de Gérard Leray, blogmaster de la Piquouse de rappel (http://lapiquouse.info)
L'événement : Banlieues en plan
L’ébulition de M'ric
Brèves : Emploi : La formation professionnelle recentralisée ? ; États généraux de la santé : Maisons de santé : enfin le consensus ? ; Haute-Vienne : L’épicerie d’art ; Santé : Cancers et pesticide, le scandale antillais ; Notation des ministres : Culture du résultat ou science de l’erreur?
Syn-chronique : Le vélo municipal à La Rochelle
Les 50 dernières années vues à travers les pages de Correspondance municipale, puis de Territoires
La terre vue du fiel : Marasme Poitevin
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Interview : Jean Gadrey, économiste : "Des indicateurs alternatifs pour concurrencer le PIB !"
Parlons droit : Élections : Au lendemain des municipales
 
60 initiatives pour agir localement
 
Comment imaginer l’avenir ?
 
Élections municipales : enjeux locaux, contexte global
Par Serge Depaquit, vice-président de l’Adels
 
Carte des 60 intiatives
 
Culture et développement pour chacun
"Aider mieux, sans forcément dépenser plus", interview de Dick Annegarn, artiste, directeur du Festival du verbe
 
Territoires de partages et de solidarités
"Notre société génère de plus en plus d’exclusion", interview de Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu social de Paris, président du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées
 
Une écologie citoyenne
"Le manque d’éducation à l’environnement est criant", Gilles Clément, jardinier paysagiste
 
Une démocratie bien vivante
" Il faut lutter contre la notabilisation des élus locaux", interview de Salah Amokrane, conseiller municipal Motivé-e-s à Toulouse de 2001 à 2008.
 
International Turquie : Rénovation byzantine
 
Analyse
 
Les associations : pôles de recherche en développement social, par François Hannoyer,
directeur de l’Adels
Le budget participatif, remède au clientélisme et à la corruption ?, par Osmany Porto de Oliveira, étudiant brésilien, prépare un mémoire de Master 2 recherche intitulé Coopération décentralisée et démocratie participative : une étude de Porto Alegre et Saint-Denis.
 
Débat : Rénovation urbaine, le traumatisme de la table rase
 
Et aussi ...
 
Lectures, forum des lecteurs, Adels info, le bloc-notes de l'Adels
 
 
 
Les articles en ligne
 
" Des indicateurs alternatifs pour concurrencer le PIB ! "
Jean Gadrey Professeur émérite d’économie à l’université Lille 1, coauteur avec Florence Jany-Catrice de Les nouveaux indicateurs de richesse, La Découverte, 2007.
 
Vous avez été approché pour faire partie de la commission Stiglitz-Sen sur de nouvelles mesures de la richesse et vous tentez de créer un forum alternatif visant à élargir le débat à la société civile. Quelles réserves émettez-vous sur cette commission ?

La commission comprenant les prix Nobel Joseph Stiglitz et Amartya Sen, dont les travaux seront coordonnés par Jean-Paul Fitoussi, est un projet qui, au départ, a suscité des inquiétudes liées à son inscription dans une stratégie jugée politicienne, mais il répond à un vrai besoin. Les indicateurs économiques communément admis (PIB par habitant, croissance économique), reflètent de moins en moins ce dont nous avons besoin pour orienter les choix politiques. La prise en compte des dommages collatéraux engendrés par une croissance forte rend nécessaire la création d’autres indicateurs, intégrant d’autres variables (inégalités, pauvreté, place des femmes dans la société, données environnementales, etc.). Il est impensable qu’un groupe d’experts puisse décider seul des questions relatives au bien-être, et il est nécessaire de maintenir un dialogue avec les associations et les ONG qui travaillent sur ces questions depuis des années. C’est pourquoi ma participation à cette commission dépendait de garanties solides d’échanges avec la société civile, ce qui semble être acquis. En parallèle, des réseaux très divers, qui mènent une réflexion portant sur des indicateurs alternatifs, ont monté un forum des indicateurs de bien-être. On compte des réseaux de chercheurs, le collectif richesse, le collectif Utopia, le réseau BIP 40, les associations Pekea et 4D, la fondation France libertés, des membres du comité scientifique d’Attac, et beaucoup de collectivités territoriales. Pour que la commission Stiglitz-Sen ne se referme pas sur elle-même, nous avons voulu être présents dans le débat pour valoriser les travaux des réseaux sur ces questions.

Quels sont les indicateurs alternatifs existants ? Que peuvent-ils apporter ?

Les premiers indicateurs alternatifs connus, datant de 1990, sont issus du programme des Nations unies pour le développement (Pnud). Le plus diffusé est l’indicateur de développement humain (IDH) qui, du reste, est rudimentaire, car il comporte seulement trois variables (PIB par habitant, espérance de vie, niveau d’éducation). La comparaison des classements par pays entre PIB et IDH donne de bons exemples de l’insuffisance des indicateurs économiques traditionnels pour mesurer le " progrès " : un pays comme la Suède, au PIB par habitant moyen, est très bien classé pour l’IDH ; les États-Unis, premiers des grands pays pour le PIB par habitant, reculent nettement dans le classement IDH. Il existe aussi l’indicateur synthétique de pauvreté humaine, l’indicateur de participation des femmes à la vie économique et politique, qui intègrent des facteurs qui sortent des logiques purement marchandes ou monétaires. Un travail très intéressant vient d’être mené par Florence Jany-Catrice sur l’expérimentation d’un indicateur de santé sociale au niveau des régions françaises. L’intérêt de ces démarches est de trouver de nouveaux indicateurs, prenant en compte d’autres variables qui sont facteurs de progrès, de les médiatiser, de faire débat autour de ces questions pour qu’elles pèsent sur les décisions. L’enjeu est de trouver un nombre limité d’indices synthétiques, intégrant de nombreuses variables, qui soient capables de concurrencer le PIB.

Les citoyens peuvent-ils contribuer à ces réflexions pour qu’elles pèsent dans les choix politiques?

Dans le cadre du forum parallèle, nous allons organiser des débats, dont le premier aura lieu à Saint-Ouen (93), le 29 mars. Dès le mois d’avril, nous comptons sur un vaste débat à l’Assemblée nationale, au moment où la commission Stiglitz-Sen doit commencer ses travaux. Si les citoyens s’emparent du débat, réfléchissent sur le sens qu’ils donnent au progrès, font part de leurs préoccupations, cela aura un retentissement dans les instances élues, et pèsera dans la réorientation des politiques publiques. Pouvoir disposer d’indicateurs alternatifs dépend à la fois d’innovations au sommet de l’expertise et d’innovations à la base, à partir de la dynamique des territoires. Si les nouveaux indicateurs acquièrent leur légitimité et sont diffusés, les décideurs ne pourront plus s’en désintéresser. Il y aura des efforts statistiques à faire, car on manque parfois de données, mais l’Inséé est capable d’évoluer. Et si certains politiques cherchent à jeter de la poudre aux yeux, la société civile ne se laissera pas faire. Propos recueillis par Blanche Caussanel

www.alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey
www.produitinterieurdoux.org/
www.caracoleando.org/spip.php?article39
 
" Il faut lutter contre la notabilisation des élus locaux. "
Interview de Salah Amokrane, conseiller municipal Motivé-e-s de 2001 à 2008 à Toulouse.
 
Aux élections municipales de 2001, la liste citoyenne des Motivé-e-s remportait 12,38 % des voix au premier tour. Vous êtes l’un des quatre conseillers municipaux d’opposition issus de cette liste. Sept ans après, quel bilan dressez-vous de votre participation à la vie politique toulousaine?

Tout d’abord, je tiens à rappeler que si la droite l’a emporté à Toulouse avec environ 55 % des voix, le fonctionnement propre des municipales a fait, qu’au final, la droite obtenait environ 80 % des élus. Une absence de proportionnalité qui, il me semble, enferme l’opposition dans une forme d’impuissance. En outre, en tant qu’élu d’opposition, je n’étais pas associé à la gestion de la cité, puisque je ne pouvais pas, par exemple, travailler avec les services, notamment sur les questions budgétaires et urbanistiques. Or, sur ces sujets, il est primordial de pouvoir travailler avec des techniciens et des experts. Le rôle des conseillers Motivé-e-s était de fait vraiment réduit à la portion congrue. En somme, dans une municipalité, le maire est surpuissant, et une poignée d’élus de la majorité concentrent les fonctions essentielles.
Néanmoins, j’ai pu profiter de mon statut pour avoir un rôle d’observateur privilégié et me rendre compte des nombreux dysfonctionnements inhérents aux structures municipales. Ainsi, j’ai pu constater que les délibérations du conseil municipal ne servent en fait qu’à enregistrer les décisions du maire. Car l’opposition étant en minorité et la majorité votant comme un seul homme, il est très difficile d’infléchir les décisions. J’imaginais d’ailleurs qu’il existerait une plus grande diversité de vote au sein même de la majorité, mais le fonctionnement reste au fond très politicien.

Avez-vous malgré tout réussi à infléchir certaines décisions ?

Pour résumer, je dirais qu’à peine 5 % de nos propositions ont été retenues. Et à chaque fois, il s’agissait de décisions très consensuelles qui correspondaient à une attente évidente de l’opinion publique et qui étaient donc parfaitement assumables par la majorité. Nous avons obtenu la création d’un poste d’adjoint et d’une commission à l’égalité homme-femme. Notre groupe a également initié une ligne de travail et de crédit sur la coopération avec la Palestine. Mais mon rôle d’élu de l’opposition ne consistait pas seulement à siéger au conseil municipal. Un des aspects les plus intéressants de mon mandat a été de travailler avec les associations et le mouvement social, de servir de relais entre élus et société civile et vice-versa. C’est un travail militant que j’estime nécessaire : comme j’avais accès à de nombreuses informations locales, je les faisais ensuite circuler auprès des habitants, dans les quartiers. Car je reste convaincu que les élus ne peuvent pas tout régler tout seuls. J’ai donc pris mon rôle d’interface très à cœur, afin de permettre aux habitants et aux associations de se mobiliser.

Cette année, les Motivé-e-s se représentent mais sur une liste collective (Debout !) portée par la LCR. Pourquoi ce choix ?

Personnellement je ne me représente pas, car je préfère laisser la place. D’autant que j’estime que la question du cumul et du non-renouvellement des mandats handicape fortement la vie politique. Quoi qu’il en soit, si les Motivé-e-s ont choisi cette fois de ne pas mener leur combat tout seuls, à l’inverse de 2001, c’est parce que le contexte a changé. Depuis les dernières élections municipales, nous avons connu les attentats du 11 septembre 2001, l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle le 21 avril 2002, les révoltes des jeunes des quartiers populaires en novembre 2005 et, plus récemment, l’élection de Nicolas Sarkozy. Autant dire qu’eu égard à cette situation politique nationale et internationale, il nous a paru primordial de ne pas entrer dans la logique de multiplication des listes à gauche, mais au contraire d’œuvrer à ce que des dynamiques unitaires se mettent en place à la gauche du PS. D’autant que la LCR avait nettement les moyens de faire sa liste seule. Mais cette logique d’unité est préférable et permettra, je l’espère, à la gauche de se recomposer.

Quels sont les combats à mener d’ici 2014 ?


Ils sont nombreux. Mais je pense que la priorité est de régler le problème de la fracture entre Toulouse et ses quartiers. Car si Toulouse a la particularité d’avoir des quartiers populaires dans la ville, des banlieues dans la ville en somme, cela n’a pas empêché qu’une terrible fracture se creuse, séparant la ville en deux entités. Avec d’un côté, les grandes écoles, les chercheurs, les Toulousains de l’aérospatiale et d’Airbus, notamment, c’est-à-dire ceux qui ont profité du développement récent de la région ; et de l’autre les Toulousains laissés sur le carreau, victimes de la crise économique, sans qualification, issus de l’immigration, en situation précaire ou au chômage. Or, pour ces derniers, la seule réponse apportée jusque-là par les pouvoirs publics a été celle du renouvellement urbain. Ainsi, dans le cadre du grand projet de ville (GPV) mis en place par la municipalité – un des plus gros GPV de France, d’ailleurs – 500 millions d’euros ont été déboursés, dont 80 % pour la pierre… Mais, depuis sept ans, il n’y a pas eu une embauche d’éducateur, par exemple. Or, si l’on croit que l’on va régler les problèmes des quartiers en démolissant, on se leurre. Il faut s’attaquer aux discriminations et aux problèmes sociaux en priorité. Sinon, je crains que les deux Toulouse n’en viennent à s’affronter.

La dimension participative des opérations de renouvellement urbain n’a-t-elle pas permis aux habitants des quartiers de donner leur point de vue ?

Non. La politique de renouvellement urbain a été complètement bidon en matière de participation et de concertation. L’élu en charge du projet se contentait de faire des réunions d’information descendante. Quant aux commissions consultatives de quartier qui ont été mises en place, leur composition était définie par le maire, qui a d’ailleurs lui-même nommé les maires de quartiers. Or, pour qu’une politique de participation fonctionne, il faut permettre la libre initiative des habitants, il faut qu’ils puissent se constituer spontanément en comités de quartier. Mais dans le quartier du Mirail, par exemple, il n’existe pas de salle de réunion dont pourraient disposer les 40 000 habitants… Au fond, je dirais que la démocratie locale est à l’image des relations sociales dans la ville.

Changer la politique, vous croyez encore que c’est possible ?

Oui. Je pense qu’il faut d’abord s’attaquer à la logique de notabilisation des élus locaux, en prônant le non-cumul et le non-renouvellement des mandats. La politique ne doit pas devenir un métier. Même si l’on ne peut pas nier qu’aujourd’hui il est très dur d’organiser les relèves. Mais de là à attendre qu’une loi statue sur ce problème… Non, il faut faire en amont un travail d’éducation populaire pour que les gens comprennent les tenants et les aboutissants de ces questions. Sinon, cela signifie qu’il aurait fallu attendre la loi sur la parité pour voir des femmes en politique ou que des quotas soient instaurés pour voir des immigrés sur des listes ! C’est impensable… Il faut aussi permettre aux habitants des banlieues de structurer leur engagement. En effet, dans les quartiers, de très nombreuses personnes ont un vrai point de vue, une véritable analyse de leur situation, mais elles ont de grandes difficultés à s’engager au sein de collectifs, car, pour cela, il leur faut prendre des initiatives, la parole, ce qui n’est pas évident pour quelqu’un qui manque ou estime manquer de références politiques…
Pour les personnes de ma génération, cela a été plus facile, car nous avons, par exemple, connu la marche pour l’égalité en 1983 qui nous a aidés à nous construire une pensée politique. Mais, aujourd’hui, il n’y a plus d’organisations de jeunesse ou d’éducation populaire dans les quartiers.
Et de fait, ces jeunes, en général, ne comprennent plus ou mal ce qui se passe. Ce qui explique, entre autres, le fossé grandissant entre les jeunes des quartiers et les politiques de gauche, les premiers ayant une vision déformée des seconds et vice-versa. C’est ce fossé qu’il faut combler. Pour cela, la gauche comme les habitants des quartiers doivent travailler sur la question du lien entre l’histoire de l’immigration et les discriminations. Car la politique ce n’est pas que des idées et des valeurs, mais aussi des réalités complexes qu’il faut réussir à démêler, hors d’une approche caricaturale. Propos recueillis par Aline Chambras