Brèves : Économie
sociale et solidaire : La clé de Sol ; Économie
: Territoires et stratégies régionales.
En blogs pour 2008
: Les blogs aussi ont des épines
! chronique de Gérard Leray,
blogmaster de la Piquouse de rappel (http://lapiquouse.info)
L'événement
: Banlieues en plan
L’ébulition de M'ric
Brèves : Emploi
: La formation professionnelle recentralisée ? ; États
généraux de la santé : Maisons de santé
: enfin le consensus ? ; Haute-Vienne : L’épicerie
d’art ; Santé : Cancers et pesticide, le scandale
antillais ; Notation des ministres : Culture du résultat
ou science de l’erreur?
Syn-chronique :Le vélo municipal à La Rochelle Les 50 dernières années
vues à travers les pages de Correspondance municipale,
puis de Territoires
La terre vue du fiel : Marasme
Poitevin par Jean-Stéphane Devisse
et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Parlons droit : Élections
: Au lendemain des municipales
60 initiatives pour agir localement
Comment imaginer l’avenir ?
Élections municipales : enjeux locaux,
contexte global
Par Serge Depaquit, vice-président
de l’Adels
Carte des 60 intiatives
Culture et développement pour chacun
"Aider mieux, sans forcément dépenser
plus", interview de Dick Annegarn, artiste, directeur du
Festival du verbe
Territoires de partages et de solidarités
"Notre société génère
de plus en plus d’exclusion", interview de Xavier
Emmanuelli, fondateur du Samu social de Paris, président
du Haut comité pour le logement des personnes défavorisées
Une écologie citoyenne
"Le manque d’éducation à
l’environnement est criant", Gilles Clément,
jardinier paysagiste
Les associations : pôles de recherche
en développement social, par François Hannoyer,
directeur de l’Adels
Le budget participatif, remède au clientélisme
et à la corruption ?, par Osmany Porto de Oliveira, étudiant
brésilien, prépare un mémoire de Master
2 recherche intitulé Coopération décentralisée
et démocratie participative : une étude de Porto
Alegre et Saint-Denis.
Débat :
Rénovation urbaine, le traumatisme de la table rase
Jean Gadrey Professeur émérite
d’économie à l’université Lille
1, coauteur avec Florence Jany-Catrice de Les nouveaux indicateurs
de richesse, La Découverte, 2007.
Vous avez été
approché pour faire partie de la commission Stiglitz-Sen
sur de nouvelles mesures de la richesse et vous tentez de créer
un forum alternatif visant à élargir le débat
à la société civile. Quelles réserves
émettez-vous sur cette commission ?
La commission comprenant les prix Nobel Joseph Stiglitz et Amartya
Sen, dont les travaux seront coordonnés par Jean-Paul
Fitoussi, est un projet qui, au départ, a suscité
des inquiétudes liées à son inscription
dans une stratégie jugée politicienne, mais il
répond à un vrai besoin. Les indicateurs économiques
communément admis (PIB par habitant, croissance économique),
reflètent de moins en moins ce dont nous avons besoin
pour orienter les choix politiques. La prise en compte des dommages
collatéraux engendrés par une croissance forte
rend nécessaire la création d’autres indicateurs,
intégrant d’autres variables (inégalités,
pauvreté, place des femmes dans la société,
données environnementales, etc.). Il est impensable qu’un
groupe d’experts puisse décider seul des questions
relatives au bien-être, et il est nécessaire de
maintenir un dialogue avec les associations et les ONG qui travaillent
sur ces questions depuis des années. C’est pourquoi
ma participation à cette commission dépendait
de garanties solides d’échanges avec la société
civile, ce qui semble être acquis. En parallèle,
des réseaux très divers, qui mènent une
réflexion portant sur des indicateurs alternatifs, ont
monté un forum des indicateurs de bien-être. On
compte des réseaux de chercheurs, le collectif richesse,
le collectif Utopia, le réseau BIP 40, les associations
Pekea et 4D, la fondation France libertés, des membres
du comité scientifique d’Attac, et beaucoup de
collectivités territoriales. Pour que la commission Stiglitz-Sen
ne se referme pas sur elle-même, nous avons voulu être
présents dans le débat pour valoriser les travaux
des réseaux sur ces questions.
Quels sont les indicateurs alternatifs
existants ? Que peuvent-ils apporter ?
Les premiers indicateurs alternatifs connus, datant de 1990,
sont issus du programme des Nations unies pour le développement
(Pnud). Le plus diffusé est l’indicateur de développement
humain (IDH) qui, du reste, est rudimentaire, car il comporte
seulement trois variables (PIB par habitant, espérance
de vie, niveau d’éducation). La comparaison des
classements par pays entre PIB et IDH donne de bons exemples
de l’insuffisance des indicateurs économiques traditionnels
pour mesurer le " progrès " : un pays comme
la Suède, au PIB par habitant moyen, est très
bien classé pour l’IDH ; les États-Unis,
premiers des grands pays pour le PIB par habitant, reculent
nettement dans le classement IDH. Il existe aussi l’indicateur
synthétique de pauvreté humaine, l’indicateur
de participation des femmes à la vie économique
et politique, qui intègrent des facteurs qui sortent
des logiques purement marchandes ou monétaires. Un travail
très intéressant vient d’être mené
par Florence Jany-Catrice sur l’expérimentation
d’un indicateur de santé sociale au niveau des
régions françaises. L’intérêt
de ces démarches est de trouver de nouveaux indicateurs,
prenant en compte d’autres variables qui sont facteurs
de progrès, de les médiatiser, de faire débat
autour de ces questions pour qu’elles pèsent sur
les décisions. L’enjeu est de trouver un nombre
limité d’indices synthétiques, intégrant
de nombreuses variables, qui soient capables de concurrencer
le PIB.
Les citoyens peuvent-ils contribuer
à ces réflexions pour qu’elles pèsent
dans les choix politiques?
Dans le cadre du forum parallèle, nous allons organiser
des débats, dont le premier aura lieu à Saint-Ouen
(93), le 29 mars. Dès le mois d’avril, nous comptons
sur un vaste débat à l’Assemblée
nationale, au moment où la commission Stiglitz-Sen doit
commencer ses travaux. Si les citoyens s’emparent du débat,
réfléchissent sur le sens qu’ils donnent
au progrès, font part de leurs préoccupations,
cela aura un retentissement dans les instances élues,
et pèsera dans la réorientation des politiques
publiques. Pouvoir disposer d’indicateurs alternatifs
dépend à la fois d’innovations au sommet
de l’expertise et d’innovations à la base,
à partir de la dynamique des territoires. Si les nouveaux
indicateurs acquièrent leur légitimité
et sont diffusés, les décideurs ne pourront plus
s’en désintéresser. Il y aura des efforts
statistiques à faire, car on manque parfois de données,
mais l’Inséé est capable d’évoluer.
Et si certains politiques cherchent à jeter de la poudre
aux yeux, la société civile ne se laissera pas
faire. Propos recueillis par Blanche
Caussanel
Interview de Salah Amokrane, conseiller municipal
Motivé-e-s de 2001 à 2008 à Toulouse.
Aux élections
municipales de 2001, la liste citoyenne des Motivé-e-s
remportait 12,38 % des voix au premier tour. Vous êtes
l’un des quatre conseillers municipaux d’opposition
issus de cette liste. Sept ans après, quel bilan dressez-vous
de votre participation à la vie politique toulousaine?
Tout d’abord, je tiens à rappeler que si la droite
l’a emporté à Toulouse avec environ 55 %
des voix, le fonctionnement propre des municipales a fait, qu’au
final, la droite obtenait environ 80 % des élus. Une
absence de proportionnalité qui, il me semble, enferme
l’opposition dans une forme d’impuissance. En outre,
en tant qu’élu d’opposition, je n’étais
pas associé à la gestion de la cité, puisque
je ne pouvais pas, par exemple, travailler avec les services,
notamment sur les questions budgétaires et urbanistiques.
Or, sur ces sujets, il est primordial de pouvoir travailler
avec des techniciens et des experts. Le rôle des conseillers
Motivé-e-s était de fait vraiment réduit
à la portion congrue. En somme, dans une municipalité,
le maire est surpuissant, et une poignée d’élus
de la majorité concentrent les fonctions essentielles.
Néanmoins, j’ai pu profiter de mon statut pour
avoir un rôle d’observateur privilégié
et me rendre compte des nombreux dysfonctionnements inhérents
aux structures municipales. Ainsi, j’ai pu constater que
les délibérations du conseil municipal ne servent
en fait qu’à enregistrer les décisions du
maire. Car l’opposition étant en minorité
et la majorité votant comme un seul homme, il est très
difficile d’infléchir les décisions. J’imaginais
d’ailleurs qu’il existerait une plus grande diversité
de vote au sein même de la majorité, mais le fonctionnement
reste au fond très politicien.
Avez-vous malgré tout réussi
à infléchir certaines décisions ?
Pour résumer, je dirais qu’à peine 5 % de
nos propositions ont été retenues. Et à
chaque fois, il s’agissait de décisions très
consensuelles qui correspondaient à une attente évidente
de l’opinion publique et qui étaient donc parfaitement
assumables par la majorité. Nous avons obtenu la création
d’un poste d’adjoint et d’une commission à
l’égalité homme-femme. Notre groupe a également
initié une ligne de travail et de crédit sur la
coopération avec la Palestine. Mais mon rôle d’élu
de l’opposition ne consistait pas seulement à siéger
au conseil municipal. Un des aspects les plus intéressants
de mon mandat a été de travailler avec les associations
et le mouvement social, de servir de relais entre élus
et société civile et vice-versa. C’est un
travail militant que j’estime nécessaire : comme
j’avais accès à de nombreuses informations
locales, je les faisais ensuite circuler auprès des habitants,
dans les quartiers. Car je reste convaincu que les élus
ne peuvent pas tout régler tout seuls. J’ai donc
pris mon rôle d’interface très à cœur,
afin de permettre aux habitants et aux associations de se mobiliser.
Cette année, les Motivé-e-s
se représentent mais sur une liste collective (Debout
!) portée par la LCR. Pourquoi ce choix ?
Personnellement je ne me représente pas, car je préfère
laisser la place. D’autant que j’estime que la question
du cumul et du non-renouvellement des mandats handicape fortement
la vie politique. Quoi qu’il en soit, si les Motivé-e-s
ont choisi cette fois de ne pas mener leur combat tout seuls,
à l’inverse de 2001, c’est parce que le contexte
a changé. Depuis les dernières élections
municipales, nous avons connu les attentats du 11 septembre
2001, l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second
tour de la présidentielle le 21 avril 2002, les révoltes
des jeunes des quartiers populaires en novembre 2005 et, plus
récemment, l’élection de Nicolas Sarkozy.
Autant dire qu’eu égard à cette situation
politique nationale et internationale, il nous a paru primordial
de ne pas entrer dans la logique de multiplication des listes
à gauche, mais au contraire d’œuvrer à
ce que des dynamiques unitaires se mettent en place à
la gauche du PS. D’autant que la LCR avait nettement les
moyens de faire sa liste seule. Mais cette logique d’unité
est préférable et permettra, je l’espère,
à la gauche de se recomposer.
Quels sont les combats à mener d’ici 2014 ?
Ils sont nombreux. Mais je pense que la priorité est
de régler le problème de la fracture entre Toulouse
et ses quartiers. Car si Toulouse a la particularité
d’avoir des quartiers populaires dans la ville, des banlieues
dans la ville en somme, cela n’a pas empêché
qu’une terrible fracture se creuse, séparant la
ville en deux entités. Avec d’un côté,
les grandes écoles, les chercheurs, les Toulousains de
l’aérospatiale et d’Airbus, notamment, c’est-à-dire
ceux qui ont profité du développement récent
de la région ; et de l’autre les Toulousains laissés
sur le carreau, victimes de la crise économique, sans
qualification, issus de l’immigration, en situation précaire
ou au chômage. Or, pour ces derniers, la seule réponse
apportée jusque-là par les pouvoirs publics a
été celle du renouvellement urbain. Ainsi, dans
le cadre du grand projet de ville (GPV) mis en place par la
municipalité – un des plus gros GPV de France,
d’ailleurs – 500 millions d’euros ont été
déboursés, dont 80 % pour la pierre… Mais,
depuis sept ans, il n’y a pas eu une embauche d’éducateur,
par exemple. Or, si l’on croit que l’on va régler
les problèmes des quartiers en démolissant, on
se leurre. Il faut s’attaquer aux discriminations et aux
problèmes sociaux en priorité. Sinon, je crains
que les deux Toulouse n’en viennent à s’affronter.
La dimension participative des opérations
de renouvellement urbain n’a-t-elle pas permis aux habitants
des quartiers de donner leur point de vue ?
Non. La politique de renouvellement urbain a été
complètement bidon en matière de participation
et de concertation. L’élu en charge du projet se
contentait de faire des réunions d’information
descendante. Quant aux commissions consultatives de quartier
qui ont été mises en place, leur composition était
définie par le maire, qui a d’ailleurs lui-même
nommé les maires de quartiers. Or, pour qu’une
politique de participation fonctionne, il faut permettre la
libre initiative des habitants, il faut qu’ils puissent
se constituer spontanément en comités de quartier.
Mais dans le quartier du Mirail, par exemple, il n’existe
pas de salle de réunion dont pourraient disposer les
40 000 habitants… Au fond, je dirais que la démocratie
locale est à l’image des relations sociales dans
la ville.
Changer la politique, vous croyez encore
que c’est possible ?
Oui. Je pense qu’il faut d’abord s’attaquer
à la logique de notabilisation des élus locaux,
en prônant le non-cumul et le non-renouvellement des mandats.
La politique ne doit pas devenir un métier. Même
si l’on ne peut pas nier qu’aujourd’hui il
est très dur d’organiser les relèves. Mais
de là à attendre qu’une loi statue sur ce
problème… Non, il faut faire en amont un travail
d’éducation populaire pour que les gens comprennent
les tenants et les aboutissants de ces questions. Sinon, cela
signifie qu’il aurait fallu attendre la loi sur la parité
pour voir des femmes en politique ou que des quotas soient instaurés
pour voir des immigrés sur des listes ! C’est impensable…
Il faut aussi permettre aux habitants des banlieues de structurer
leur engagement. En effet, dans les quartiers, de très
nombreuses personnes ont un vrai point de vue, une véritable
analyse de leur situation, mais elles ont de grandes difficultés
à s’engager au sein de collectifs, car, pour cela,
il leur faut prendre des initiatives, la parole, ce qui n’est
pas évident pour quelqu’un qui manque ou estime
manquer de références politiques…
Pour les personnes de ma génération, cela a été
plus facile, car nous avons, par exemple, connu la marche pour
l’égalité en 1983 qui nous a aidés
à nous construire une pensée politique. Mais,
aujourd’hui, il n’y a plus d’organisations
de jeunesse ou d’éducation populaire dans les quartiers.
Et de fait, ces jeunes, en général, ne comprennent
plus ou mal ce qui se passe. Ce qui explique, entre autres,
le fossé grandissant entre les jeunes des quartiers et
les politiques de gauche, les premiers ayant une vision déformée
des seconds et vice-versa. C’est ce fossé qu’il
faut combler. Pour cela, la gauche comme les habitants des quartiers
doivent travailler sur la question du lien entre l’histoire
de l’immigration et les discriminations. Car la politique
ce n’est pas que des idées et des valeurs, mais
aussi des réalités complexes qu’il faut
réussir à démêler, hors d’une
approche caricaturale. Propos recueillis
par Aline Chambras