à la Une
 
Territoires
 
édition
 
formations
et études
 
rendez-vous
 
espace
ressources
 
l'association
 
contacts
et accès
 
vous êtes ici : > Territoires > année 2007> n°482 novembre
 
Territoires n°482 - novembre 2007

envoyer cette page à un ami Envoyer par mail

   


Le sommaire

Les articles en ligne :

"En France, la liberté d'expression audiovisuelle n'existe pas" interview de Michel Fiszbin, de Zalea TV.

"Il ne suffit pas de faire appel au peuple pour que le peuple participe", interview de Marion Carrel, sociologue.



 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : La compagie Ilotopie dans le delta du Rhône ; Villeurbanne met à diposition des sénions des cyclo-pousses ; la réglementation de la publicité à Paris.
En blogs pour 2008 : L'intercommunalité, le grand enjeu des municipales
chronique de Gérard Leray, blogmaster de la Piquouse de rappel (http://lapiquouse.info)
Portrait de Pierre Muller, à l'origine du site ordinateurs-de-vote.org et de l'association Crii-Vote
 
Actualités
 
L'événement : Grenelle : vers une démocratie écologique ?
L’ébulition de M'ric
Brèves : Sans-papiers : le retour de la délation ; Peuples autochtones : Vers une souveraineté kanak anticipée ? ; Grand Lyon : la guerre du robinet fait couler beaucoup d'encre ; Maisons de l'emploi : tout le monde s'y perd
Syn-chronique : Les abris du profit
Les 50 dernières années vues à travers les pages de Correspondance municipale, puis de Territoires
La terre vue du fiel : Nobel ou Grenelle ?
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Interview : Michel Fiszbin, créateur et président de Zalea TV, co-fondateur de la Coordination permanente des médias libres, et ex-animateur de Carbonne 14, l'une des premières radios libres : "En France, la liberté d'expression audiovisuelle n'existe pas."
Parlons droit : Télévisions locales : quel pouvoir pour les collectivités territoriales ?
 
Les absents de la participation : Comment faire entendre leur voix ?
 
Élargir la participation citoyenne, un défi à relever ?
par Judith Ferrando Y Puig, docteure en sociologie
La démocratie participative doit faire la preuve de son efficacité pour réunir davantage de citoyens.
 
"Ma responsabilité est de faire surgir une exigence de participation."
par Claire Villiers, vice-présidente de la région île-de-France
 
" Il ne suffit pas de faire appel au peuple pour que le peuple participe. ".
Interview de Marion Carrel, sociologue, auteure de "Pauvreté, citoyenneté et participation. Quatre positions dans le débat sur les modalités d'organisation de la participation des habitants dans les quartiers d'habitat social"
Les catégories populaires sont les grandes absentes de la participation.
 
Brésil. Diversifier la participation, à Belo Horizonte
par Héloïse Nez, Adels
Les pionniers du budget participatif peinent à réunir toutes les composantes de la société sans dénaturer le processus.
 
"Que des gens qui ne votent plus s'insèrent dans des instances de participation est déjà une réussite !"
interview de Claude Farge, premier adjoint au maire de Pont-de-Claix
 
Participation : la machine à décevoir est en route
par Julien Talpin, doctorant à l'Institut universitaire européen
 
Participation des jeunes : un apprentissage à double sens
par Blanche Caussanel
 
Sortir la participation de son huis clos
par Jean-Luc Cipière, délégué général de Fac et François Hannoyer, directeur de l’Adels
Il faut construire le droit à participer.
 
"Toute dynamique n'a pas vocation à être pérenne"
interview de Jean Berthinier, adjoint au maire de Villeurbanne, chargé de la démocratie locale et de la citoyenneté
 
Reportage Ardèche : Un hameau coopératif
 
International Suisse : La démocratie helvétique, un modèle à suivre ?
 
Analyses
 
Le mythe de la démocratie européenne
Par Romain Cazajous, juriste européen, université de Tours.
 
Débat : L'éducation populaire : hypothèse pour une alternative
 
Et aussi ...
 
Lectures, forum des lecteurs, Adels info, le bloc-notes de l'Adels
 
 
 
Les articles en ligne
 
" En France, la liberté d’expression audiovisuelle n’existe pas. "
Entretien avec Michel Fiszbin créateur et président de Zalea TV, co-fondateur de la Coordination
permanente des médias libres, et ex-animateur de Carbone 14, l’une des premières radios libres.
 
Le 23 septembre dernier, l’association Zalea TV a décidé de se dissoudre. Pourquoi ?

Zalea TV est née au début 2000, suite au combat que nous avons mené pour que les chaînes associatives indépendantes soient autorisées. On s’est dit qu’il fallait créer une chaîne associative nationale qui diffuse les programmes du monde associatif. Un média libre, non-marchand et non service public, qui fonctionnerait sur le principe du " public access " qui consiste à éditer, diffuser et éditorialiser des programmes issus de l’activité citoyenne. En 2007, on a même pensé que Zalea pourrait passer sur la TNT. Mais l’élection présidentielle a marqué un grand coup de barre à droite. Le rejet de notre candidature à la TNT Île-de-France s’est fait juste après l’élection de Sarkozy. Au niveau politique, c’est donc verrouillé. Et sur le plan technologique, on s’est aperçu que des programmes qui, au moment de notre création, ne pouvaient pas être diffusés autrement que par nous, pouvaient maintenant l’être pour un public important grâce à internet et aux sites de vidéos partagées. C’est cette double révolution, politique et technologique, qui nous a fait dire qu’on ne servait plus à rien.

Pourquoi est-ce si difficile d’imposer une télé libre associative ?

Parce qu’en France, la liberté d’expression audiovisuelle n’existe pas ! Ce qui l’entrave, ce sont les intérêts idéologiques, technologiques et financiers mêlés, incarnés par les mêmes grands groupes, les mêmes dirigeants et, bien sûr, par le CSA, qui en est le bras politique. Les dirigeants ont peur de la contestation citoyenne, de la société, de la vraie démocratie. Ils ont peur d’autoriser une télévision qui, avec les mêmes outils que le système télévisuel, critique ce même système télévisuel.

Les télés étrangères ont-elles les même difficultés ?

Non ! Aux États-Unis, par exemple, dès qu’un réseau câblé se crée, il a l’obligation de financer un canal d’accès public. La liberté d’expression, là-bas, c’est de dire : " Si je veux diffuser un programme, il faut que j’en aie les moyens et que ça soit accessible à tous ". En France, la liberté d’expression n’existe que sur internet. Or, ce qui nous intéresse nous, c’est l’idée de mass media, autrement dit la diffusion sur le hertzien, le câble et le satellite.

Où en est la télévision associative locale ?

On tire la sonnette d’alarme depuis longtemps. Car les TV locales privées commerciales contrôlées par des groupes de presse régionaux ou nationaux, comme les TV des collectivités locales contrôlées par les élus politiques locaux, prolifèrent. Entre ces deux acteurs se dessinent des alliances très critiquables. Par exemple, l’ensemble des chaînes contrôlées par les collectivités locales d’Île-de-France se sont alliées au groupe NRJ pour être diffusées sur la TNT Île-de-France. Si les collectivités locales se prêtent au jeu de NRJ, on va se retrouver face à la même dérive des radios libres qui sont devenues des radios privées commerciales. Sauf que, pour le coup, il reste encore six cents radios associatives locales indépendantes. La différence réside dans le fait que parmi les radios libres, plus de trois cents émargent au fonds de soutien à l’expression radiophonique. Or un tel fonds, qui émane d’une taxe sur les recettes publicitaires des médias, n’existe pas pour la télé. Et pour le mettre en place, il faudra une vraie volonté politique.

N’avez-vous pas essayé de diffuser vos programmes via la télé " normale " ?

Si, notamment auprès de France 3. Mais jamais le service public n’a voulu prendre en charge cette mission. Greenpeace, Amnesty ou MSF ne peuvent pas diffuser en télévision les programmes qu’elles produisent. Idem pour les associations plus petites. Car ces programmes ne sont pas formatés aux critères des chaînes commerciales ou de service public, qui sont aussi des chaînes commerciales… Le système audiovisuel est un appareil d’oppression idéologique, culturelle, d’anesthésie générale du corps social. Du coup, l’expression citoyenne critique beaucoup ce système. Alors comment les chaînes peuvent-elles critiquer le système qu’elles incarnent ? Ce n’est pas possible.

Quelle est la suite pour Zalea ?


Après la dissolution de Zalea, on s’est doté d’une association qui s’appelle Le dispositif, et nous allons mettre en place un site web avec des photos, des vidéos, des textes… Ce magazine internet sera consacré à la critique sociale et culturelle, notamment celle du système médiatique. Ce sera un site satirique de " contre-désinformation générale "...
Propos recueillis par Pauline Graulle
www.zalea.org
 
" Il ne suffit pas de faire appel au peuple pour que le peuple participe. "
Entretien Marion Carrel, maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Lille 3, auteure de " Pauvreté, citoyenneté et participation. Quatre positions dans le débat sur les modalités d’organisation de la “participation des habitants” dans les quartiers d’habitat social ", dans Cultures et pratiques participatives, une perspective comparative, sous la direction de Catherine Neveu , L’Harmattan, 2007.
 
Il est souvent dit que les catégories populaires sont les grandes absentes des processus participatifs. Êtes-vous d’accord avec ce constat ?

Pas entièrement. Lors d’enquêtes de terrain dans les quartiers d’habitat social à Grenoble, j’ai pu constater que les personnes situées au bas de l’échelle sociale n’étaient pas totalement invisibles dans les processus participatifs. Au contraire même, j’ai remarqué que l’envie de participer était très forte parmi elles. Le problème c’est que souvent les espoirs suscités par ces dispositifs sont déçus, la plupart du temps du fait que les processus à l’œuvre ne sont pas vraiment participatifs. Or, ces personnes ne sont pas idiotes : lorsqu’on leur dit de venir à une réunion publique afin de donner leur avis sur tel ou tel sujet et, qu’au final, on leur explique que leurs remarques ne rentrent dans aucune case, ils sont bien conscients que ce c’est pas de la participation mais de l’information descendante…
Au bout du compte, ayant le sentiment d’avoir été trompées, ces personnes ne reviennent pas dans ces dispositifs. Ce qui aboutit à ce que les visions stéréotypées s’exacerbent, d’un côté comme de l’autre : pour les catégories populaires, l’incompétence de l’administration et du politique à prendre en compte leurs problèmes est encore plus flagrante, tandis que pour les organisateurs de ce type de réunions publiques, le sentiment que ces gens ne veulent pas participer est renforcé.

Qui sont ces personnes qui ont du mal à s’insérer dans les processus participatifs ?


Il s’agit en grande majorité des personnes non ou peu diplômées, des jeunes, des mères de famille, des français issus de l’immigration et des étrangers. C’est-à-dire à peu près les mêmes catégories que celles qui sont privées ou se tiennent écartées du vote. Cela souligne que le " cens caché ", dont parlait Daniel Gaxie, en 1978, pour évoquer les inégalités culturelles et la ségrégation politique à l’œuvre dans la démocratie représentative, existe aussi dans les processus participatifs. Selon Daniel Gaxie, le cens caché explique que, bien que chacun soit égal en droit, en réalité, ce sont toujours majoritairement les hommes, et parmi eux les plus diplômés et les plus blancs qui détiennent les positions d’élus ou de représentants du peuple. Or, un des grands espoirs de la démocratie participative était justement de faire éclater ce cens caché. Force est de constater pourtant que ce n’est pas le cas car il ne suffit pas de faire appel au peuple pour que le peuple participe.

Comment expliquez-vous que cette notion de " cens caché " persiste dans les structures participatives ?

Je pense que cela s’explique par le fait que les dispositifs participatifs, tels qu’ils sont mis en œuvre en France, ne sont pas particulièrement adaptés à des populations qui ne maîtrisent pas bien la langue, le vocabulaire lié à ces thématiques, et / ou ne sont pas à l’aise avec ce genre de questions. Je crois que nous avons comme idéal un citoyen désincarné, capable de laisser ses particularités au vestiaire. Or, lorsque notre position dans la société fait que l’on a peu de reconnaissance sociale, comme lorsque l’on est peu diplômé, il apparaît que l’on a plutôt tendance à s’auto-exclure des processus démocratiques. D’autant que notre société cultive un regard de mépris envers les personnes peu diplômées, jugées incapables de s’exprimer publiquement, selon les codes de la parole distanciée, dans le langage de
" l’intérêt général ". Ce mépris social aboutit à ce que la personne visée a beaucoup de mal à s’accorder le droit à la parole. De fait, en général, elle préfère laisser la place aux autres, prise d’un sentiment d’infériorité et de déférence à l’égard des autorités, qui peut aussi se transformer en colère ou en résignation et conduire au repli et à la dévalorisation. Une autre piste d’analyse est le degré de partage de pouvoir effectif que ceux qui le détiennent sont prêts à mettre en œuvre : lorsque les habitants des quartiers d’habitat social sont appelés en amont des projets, avec le rôle précis de co-producteurs de diagnostics, de propositions, voire de décisions, alors les expériences, notamment étrangères, montrent qu’ils participent davantage.

Que nous dit ce phénomène sur la capacité de la démocratie participative à susciter un regain d’intérêt pour la chose publique ?

Cela souligne très clairement que la démocratie participative ne permet pas de lutter par magie contre le phénomène de " cens caché ". Il faut donc que les tenants et les aboutissants de la démocratie participative soient clarifiés, que les participants sachent en toute transparence ce que leur parole va devenir et que, surtout, les démarches participatives soient aménagées sur des temps plus longs, avec un investissement monétaire et professionnel à la hauteur des enjeux démocratiques en question. Le but étant de restaurer la confiance et de sortir des représentations stigmatisantes et excluantes qui forgent, du côté des plus défavorisés comme du côté des plus favorisés, l’idée d’un impossible dialogue entre les classes.

Quels sont les risques, pour la société, si cette non-participation des classes populaires perdure ?

Ceci est tout d’abord néfaste pour la démocratie, car de nombreux problèmes sociaux, notamment celui des violences, symboliques et réelles, qui concernent surtout ces populations, ne sont pas débattus publiquement. Or, la base de la démocratie est de permettre le traitement de tous les problèmes qui, par leur répétition, entravent le vivre ensemble, et de favoriser la transformation de la violence en conflits argumentés.
Cela a également des conséquences sur l’autonomie des personnes, puisqu’on sait qu’hors de la parole publique, il est difficile de s’émanciper individuellement et collectivement. Enfin, le danger est que la fracture civique, déjà à l’œuvre dans la démocratie représentative, ne se renforce dans la démocratie participative. Ce qui serait un échec total.
Propos recueillis par Aline Chambras