Brèves : La
compagie Ilotopie dans le delta du Rhône ; Villeurbanne
met à diposition des sénions des cyclo-pousses
; la réglementation de la publicité à Paris.
En blogs pour 2008 : L'intercommunalité,
le grand enjeu des municipales chronique de Gérard Leray,
blogmaster de la Piquouse de rappel (http://lapiquouse.info)
Portrait de Pierre Muller,à l'origine du site ordinateurs-de-vote.org
et de l'association Crii-Vote
Actualités
L'événement
: Grenelle : vers une démocratie
écologique ?
L’ébulition de M'ric
Brèves : Sans-papiers
: le retour de la délation ; Peuples autochtones : Vers
une souveraineté kanak anticipée ? ; Grand Lyon
: la guerre du robinet fait couler beaucoup d'encre ; Maisons
de l'emploi : tout le monde s'y perd
Syn-chronique :Les abris du profit Les 50 dernières années
vues à travers les pages de Correspondance municipale,
puis de Territoires
La terre vue du fiel : Nobel
ou Grenelle ? par Jean-Stéphane Devisse
et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Interview : Michel
Fiszbin, créateur et président de Zalea TV, co-fondateur
de la Coordination permanente des médias libres, et ex-animateur
de Carbonne 14, l'une des premières radios libres : "En France, la liberté
d'expression audiovisuelle n'existe pas."
Parlons droit : Télévisions
locales : quel pouvoir pour les collectivités territoriales
?
Les absents de la participation : Comment faire
entendre leur voix ?
Élargir la
participation citoyenne, un défi à relever ?
par Judith Ferrando Y Puig, docteure en sociologie
La démocratie participative doit faire
la preuve de son efficacité pour réunir davantage
de citoyens.
"Ma responsabilité
est de faire surgir une exigence de participation."
par Claire Villiers, vice-présidente de la région
île-de-France
Les catégories populaires sont les grandes
absentes de la participation.
Brésil. Diversifier
la participation, à Belo Horizonte
par Héloïse Nez, Adels
Les pionniers du budget participatif peinent
à réunir toutes les composantes de la société
sans dénaturer le processus.
"Que des gens qui ne votent plus s'insèrent
dans des instances de participation est déjà une
réussite !" interview de Claude Farge, premier
adjoint au maire de Pont-de-Claix
Participation : la machine à décevoir
est en route par Julien Talpin, doctorant à
l'Institut universitaire européen
Participation des jeunes : un apprentissage
à double sens par Blanche Caussanel
Sortir la participation de son huis clos par Jean-Luc Cipière, délégué
général de Fac et François Hannoyer, directeur
de l’Adels
Il faut construire le droit à participer.
"Toute dynamique n'a pas vocation
à être pérenne" interview de Jean Berthinier, adjoint
au maire de Villeurbanne, chargé de la démocratie
locale et de la citoyenneté
Reportage Ardèche
: Un hameau coopératif
International Suisse
: La démocratie helvétique, un modèle à
suivre ?
Analyses
Le mythe de la démocratie
européenne Par Romain Cazajous, juriste
européen, université de Tours.
Débat : L'éducation populaire
: hypothèse pour une alternative
Entretien avec Michel Fiszbin créateur
et président de Zalea TV, co-fondateur de la Coordination
permanente des médias libres, et ex-animateur de Carbone
14, l’une des premières radios libres.
Le 23 septembre dernier,
l’association Zalea TV a décidé de se dissoudre.
Pourquoi ?
Zalea TV est née au début 2000, suite au combat
que nous avons mené pour que les chaînes associatives
indépendantes soient autorisées. On s’est
dit qu’il fallait créer une chaîne associative
nationale qui diffuse les programmes du monde associatif. Un
média libre, non-marchand et non service public, qui
fonctionnerait sur le principe du " public access "
qui consiste à éditer, diffuser et éditorialiser
des programmes issus de l’activité citoyenne. En
2007, on a même pensé que Zalea pourrait passer
sur la TNT. Mais l’élection présidentielle
a marqué un grand coup de barre à droite. Le rejet
de notre candidature à la TNT Île-de-France s’est
fait juste après l’élection de Sarkozy.
Au niveau politique, c’est donc verrouillé. Et
sur le plan technologique, on s’est aperçu que
des programmes qui, au moment de notre création, ne pouvaient
pas être diffusés autrement que par nous, pouvaient
maintenant l’être pour un public important grâce
à internet et aux sites de vidéos partagées.
C’est cette double révolution, politique et technologique,
qui nous a fait dire qu’on ne servait plus à rien.
Pourquoi est-ce si difficile d’imposer
une télé libre associative ?
Parce qu’en France, la liberté d’expression
audiovisuelle n’existe pas ! Ce qui l’entrave, ce
sont les intérêts idéologiques, technologiques
et financiers mêlés, incarnés par les mêmes
grands groupes, les mêmes dirigeants et, bien sûr,
par le CSA, qui en est le bras politique. Les dirigeants ont
peur de la contestation citoyenne, de la société,
de la vraie démocratie. Ils ont peur d’autoriser
une télévision qui, avec les mêmes outils
que le système télévisuel, critique ce
même système télévisuel.
Les télés étrangères
ont-elles les même difficultés ?
Non ! Aux États-Unis, par exemple, dès qu’un
réseau câblé se crée, il a l’obligation
de financer un canal d’accès public. La liberté
d’expression, là-bas, c’est de dire : "
Si je veux diffuser un programme, il faut que j’en aie
les moyens et que ça soit accessible à tous ".
En France, la liberté d’expression n’existe
que sur internet. Or, ce qui nous intéresse nous, c’est
l’idée de mass media, autrement dit la diffusion
sur le hertzien, le câble et le satellite.
Où en est la télévision
associative locale ?
On tire la sonnette d’alarme depuis longtemps. Car les
TV locales privées commerciales contrôlées
par des groupes de presse régionaux ou nationaux, comme
les TV des collectivités locales contrôlées
par les élus politiques locaux, prolifèrent. Entre
ces deux acteurs se dessinent des alliances très critiquables.
Par exemple, l’ensemble des chaînes contrôlées
par les collectivités locales d’Île-de-France
se sont alliées au groupe NRJ pour être diffusées
sur la TNT Île-de-France. Si les collectivités
locales se prêtent au jeu de NRJ, on va se retrouver face
à la même dérive des radios libres qui sont
devenues des radios privées commerciales. Sauf que, pour
le coup, il reste encore six cents radios associatives locales
indépendantes. La différence réside dans
le fait que parmi les radios libres, plus de trois cents émargent
au fonds de soutien à l’expression radiophonique.
Or un tel fonds, qui émane d’une taxe sur les recettes
publicitaires des médias, n’existe pas pour la
télé. Et pour le mettre en place, il faudra une
vraie volonté politique.
N’avez-vous pas essayé
de diffuser vos programmes via la télé "
normale " ?
Si, notamment auprès de France 3. Mais jamais le service
public n’a voulu prendre en charge cette mission. Greenpeace,
Amnesty ou MSF ne peuvent pas diffuser en télévision
les programmes qu’elles produisent. Idem pour les associations
plus petites. Car ces programmes ne sont pas formatés
aux critères des chaînes commerciales ou de service
public, qui sont aussi des chaînes commerciales…
Le système audiovisuel est un appareil d’oppression
idéologique, culturelle, d’anesthésie générale
du corps social. Du coup, l’expression citoyenne critique
beaucoup ce système. Alors comment les chaînes
peuvent-elles critiquer le système qu’elles incarnent
? Ce n’est pas possible.
Quelle est la suite pour Zalea ?
Après la dissolution de Zalea, on s’est doté
d’une association qui s’appelle Le dispositif, et
nous allons mettre en place un site web avec des photos, des
vidéos, des textes… Ce magazine internet sera consacré
à la critique sociale et culturelle, notamment celle
du système médiatique. Ce sera un site satirique
de " contre-désinformation générale
"... Propos recueillis par Pauline Graulle www.zalea.org
Entretien Marion Carrel, maîtresse de
conférences en sociologie à l’université
de Lille 3, auteure de " Pauvreté, citoyenneté
et participation. Quatre positions dans le débat sur
les modalités d’organisation de la “participation
des habitants” dans les quartiers d’habitat social
", dans Cultures et pratiques participatives, une perspective
comparative, sous la direction de Catherine Neveu , L’Harmattan,
2007.
Il est souvent dit
que les catégories populaires sont les grandes absentes
des processus participatifs. Êtes-vous d’accord
avec ce constat ?
Pas entièrement. Lors d’enquêtes de terrain
dans les quartiers d’habitat social à Grenoble,
j’ai pu constater que les personnes situées au
bas de l’échelle sociale n’étaient
pas totalement invisibles dans les processus participatifs.
Au contraire même, j’ai remarqué que l’envie
de participer était très forte parmi elles. Le
problème c’est que souvent les espoirs suscités
par ces dispositifs sont déçus, la plupart du
temps du fait que les processus à l’œuvre
ne sont pas vraiment participatifs. Or, ces personnes ne sont
pas idiotes : lorsqu’on leur dit de venir à une
réunion publique afin de donner leur avis sur tel ou
tel sujet et, qu’au final, on leur explique que leurs
remarques ne rentrent dans aucune case, ils sont bien conscients
que ce c’est pas de la participation mais de l’information
descendante…
Au bout du compte, ayant le sentiment d’avoir été
trompées, ces personnes ne reviennent pas dans ces dispositifs.
Ce qui aboutit à ce que les visions stéréotypées
s’exacerbent, d’un côté comme de l’autre
: pour les catégories populaires, l’incompétence
de l’administration et du politique à prendre en
compte leurs problèmes est encore plus flagrante, tandis
que pour les organisateurs de ce type de réunions publiques,
le sentiment que ces gens ne veulent pas participer est renforcé.
Qui sont ces personnes qui ont du mal à s’insérer
dans les processus participatifs ?
Il s’agit en grande majorité des personnes non
ou peu diplômées, des jeunes, des mères
de famille, des français issus de l’immigration
et des étrangers. C’est-à-dire à
peu près les mêmes catégories que celles
qui sont privées ou se tiennent écartées
du vote. Cela souligne que le " cens caché ",
dont parlait Daniel Gaxie, en 1978, pour évoquer les
inégalités culturelles et la ségrégation
politique à l’œuvre dans la démocratie
représentative, existe aussi dans les processus participatifs.
Selon Daniel Gaxie, le cens caché explique que, bien
que chacun soit égal en droit, en réalité,
ce sont toujours majoritairement les hommes, et parmi eux les
plus diplômés et les plus blancs qui détiennent
les positions d’élus ou de représentants
du peuple. Or, un des grands espoirs de la démocratie
participative était justement de faire éclater
ce cens caché. Force est de constater pourtant que ce
n’est pas le cas car il ne suffit pas de faire appel au
peuple pour que le peuple participe.
Comment expliquez-vous que cette notion
de " cens caché " persiste dans les structures
participatives ?
Je pense que cela s’explique par le fait que les dispositifs
participatifs, tels qu’ils sont mis en œuvre en France,
ne sont pas particulièrement adaptés à
des populations qui ne maîtrisent pas bien la langue,
le vocabulaire lié à ces thématiques, et
/ ou ne sont pas à l’aise avec ce genre de questions.
Je crois que nous avons comme idéal un citoyen désincarné,
capable de laisser ses particularités au vestiaire. Or,
lorsque notre position dans la société fait que
l’on a peu de reconnaissance sociale, comme lorsque l’on
est peu diplômé, il apparaît que l’on
a plutôt tendance à s’auto-exclure des processus
démocratiques. D’autant que notre société
cultive un regard de mépris envers les personnes peu
diplômées, jugées incapables de s’exprimer
publiquement, selon les codes de la parole distanciée,
dans le langage de
" l’intérêt général ".
Ce mépris social aboutit à ce que la personne
visée a beaucoup de mal à s’accorder le
droit à la parole. De fait, en général,
elle préfère laisser la place aux autres, prise
d’un sentiment d’infériorité et de
déférence à l’égard des autorités,
qui peut aussi se transformer en colère ou en résignation
et conduire au repli et à la dévalorisation. Une
autre piste d’analyse est le degré de partage de
pouvoir effectif que ceux qui le détiennent sont prêts
à mettre en œuvre : lorsque les habitants des quartiers
d’habitat social sont appelés en amont des projets,
avec le rôle précis de co-producteurs de diagnostics,
de propositions, voire de décisions, alors les expériences,
notamment étrangères, montrent qu’ils participent
davantage.
Que nous dit ce phénomène
sur la capacité de la démocratie participative
à susciter un regain d’intérêt pour
la chose publique ?
Cela souligne très clairement que la démocratie
participative ne permet pas de lutter par magie contre le phénomène
de " cens caché ". Il faut donc que les tenants
et les aboutissants de la démocratie participative soient
clarifiés, que les participants sachent en toute transparence
ce que leur parole va devenir et que, surtout, les démarches
participatives soient aménagées sur des temps
plus longs, avec un investissement monétaire et professionnel
à la hauteur des enjeux démocratiques en question.
Le but étant de restaurer la confiance et de sortir des
représentations stigmatisantes et excluantes qui forgent,
du côté des plus défavorisés comme
du côté des plus favorisés, l’idée
d’un impossible dialogue entre les classes.
Quels sont les risques, pour la société,
si cette non-participation des classes populaires perdure ?
Ceci est tout d’abord néfaste pour la démocratie,
car de nombreux problèmes sociaux, notamment celui des
violences, symboliques et réelles, qui concernent surtout
ces populations, ne sont pas débattus publiquement. Or,
la base de la démocratie est de permettre le traitement
de tous les problèmes qui, par leur répétition,
entravent le vivre ensemble, et de favoriser la transformation
de la violence en conflits argumentés.
Cela a également des conséquences sur l’autonomie
des personnes, puisqu’on sait qu’hors de la parole
publique, il est difficile de s’émanciper individuellement
et collectivement. Enfin, le danger est que la fracture civique,
déjà à l’œuvre dans la démocratie
représentative, ne se renforce dans la démocratie
participative. Ce qui serait un échec total. Propos recueillis par Aline Chambras