Brèves : Chrétiens
en Forum : ma commune c'est mon affaire ; Des ateliers pour
échanger sur le budget à Villeneuve-d'Ascq ; Conférence
de citoyens sur le changement climatique dans le Limousin ;
Les amandiers refleurissent dans le PNR Loire-Anjou-Touraine.
En blogs pour 2008
: La blogosphère bouscule
la communication politique chronique de Gérard Leray,
blogmaster de la Piquouse de rappel (http://lapiquouse.info)
Portrait Marie-Hélène
Gracia, infirmière scolaire
en Bretagne
Brèves : 4e
Sommet citoyen de Montréal ; Le fichier "base élève"
gêne ; Dix ans de débat public pour la CNDP
Syn-chronique :Comités d'action de quartier et luttes
de classes au sein de la ville Les 50 dernières années
vues à travers les pages de Correspondance municipale,
puis de Territoires
La terre vue du fiel : Le
vautour espagnol, victime de la vache folle ! par Jean-Stéphane Devisse
et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Interview : Jacques
Muller, ingénieur agronome, maire Vert de Wattwiller
et sénateur du Haut-Rhin : " Le maire n'a
aucun pouvoir en matière de protection de l'environnement.
"
Parlons droit : Services
sociaux d'intérêt général : l'Europe
veut sortir du flou
Dossier : Budgets participatifs en Europe :
les bons comptes font-ils
les bons citoyens?
Les budgets participatifs
en Europe par Yves Sintomer, Professeur de sociologie
politique
En s’implantant
en Europe, la notion de budget participatif s’est adaptée
aux réalités politiques locales, quitte à
perdre de sa force de subversion.
France. Fer de lance
de l’ambiguë " proximité " par Yves Sintomer
Avant d’être participative, la démocratie
locale française est surtout " de proximité
".
Portugal. La participation, ou l’avènement
d’une politique de proximité par Nelson Dias, sociologue
et Giovanni Allegretti, chercheur
Le Portugal cherche
à reconstruire la confiance dans la politique locale.
Italie. Une alternative
à consolider par Michelangelo Secchi, coopérative
Mesaverde et Giovanni Allegretti
Proches du modèle
brésilien, les BP italiens cherchent un second souffle.
Allemagne. "
On ne peut pas espérer de profondes transformations politiques
d’une participation ponctuelle et réduite " par Carsten Herzberg, Doctorant au
Centre Marc Bloch à Berlin
Pas question de changement social
pour les BP Outre-Rhin.
Angleterre. "
Les budgets participatifs n’influent pas sur la politique
et le budget locaux " par Anja Röcke, Doctorante finlandaise
en Sciences sociales
En Angleterre, comme
en Pologne, la tentation de l’instrumentalisation guette.
Reportage île-de-France
: Un potager pour mon quartier
Propositions pour des services
publics locaux mutualisés Par Pascal Arnac, ingénieur, s'efforce de promouvoir
avec différentes associations, un nouveau modèle
de coopération entre collectivités territoriales.
Le mille-feuille à la française
est toujours aussi indigeste Par Marc Terrisse, spécialiste
en aménagement du territoire et développement
local, Laboratoire Cerhio-Lhamans, université du Maine,
Le Mans.
Débat : " Une alternative citoyenne
aux lotissements "
Maîtriser le
foncier est un véritable défi, auquel est confronté
l’ensemble des collectivités locales. Comment acquérir
et construire lorsque le prix du foncier flambe et que les terrains
manquent ? Comment concilier les besoins d’urbanisation
et les préoccupations environnementales ? Des questions
auxquelles les outils juridiques existants devraient répondre.
Mais, dans la pratique, de nombreux problèmes persistent…
À défaut de donner un mode d’emploi de la
maîtrise foncière, l’État a mis à
la disposition des collectivités territoriales une vaste
boite à outils (lire page 10), soulignant combien la
maîtrise de la question foncière est une étape
incontournable du développement local. Avoir un projet
de développement du territoire pour mieux anticiper sur
le foncier, c’est précisément la philosophie
du législateur qui a repensé les outils de gestion
foncière avec la loi relative à la Solidarité
et au renouvellement urbain (SRU) de 2000. Mais les outils de
maîtrise foncière étant disséminés
dans de nombreux textes, il est souvent difficile pour une collectivité
de s’y retrouver. D’autant que, face à la
pénurie du foncier, à la spéculation du
marché, à l’étalement urbain et aux
préoccupations environnementales, celles-ci ont-elles
les moyens d’avoir une réelle maîtrise foncière
?
De la planification...
Une stratégie foncière implique d’observer
et de planifier pour mieux agir, en définissant, d’une
part des objectifs généraux en matières
sociale, économique, environnementale et, d’autre
part, les moyens opérationnels et structurels propres
à réaliser ces objectifs. Une enquête réalisée
en 2005 sous l’égide de Mairie-conseils et de la
Fédération nationale des sociétés
d’aménagement foncier et d’établissement
rural (FNsafer) [1] met en lumière les limites des outils
de maîtrise foncière, notamment pour les plus petites
communes, malmenées entre extension urbaine et protection
des espaces naturels et agricoles. En effet, deux tiers des
communes interrogées estiment qu’il y a un manque
de terrains disponibles pour la construction… à
moins de toucher aux terres agricoles. En théorie, à
travers les documents de planification, la réglementation,
aussi complexe soit-elle, devrait permettre de réaliser
un équilibre avec, au centre, la notion de projet de
développement. Selon Éric Tocquer, directeur des
études et de la programmation de Rennes métropole,
" cette notion de projet de territoire doit s’inscrire
dans une temporalité, dans l’espace, et dans la
perspective d’un développement durable et d’économie
d’espace, basée sur l’idée d’une
anticipation des zones à enjeu ". Le Schéma
de cohérence territoriale (Scot), élaboré
au niveau intercommunal sur une échelle de 15 à
20 ans, fixe les orientations générales des politiques
d’urbanisme, de l’habitat, des déplacements,
des activités économiques et des équipements
publics en planifiant l’organisation générale
du territoire. Il présente l’avantage d’inciter
l’intercommunalité à adopter une véritable
stratégie foncière. Toutefois, il n’établit
en aucun cas une cartographie de destination des sols et ne
se substituent donc pas aux Plans locaux d’urbanisme (PLU),
ayant succédé aux anciens Plans d’occupation
des sols (Pos). Les PLU, élaborés à l’échelon
communal et, de plus en plus souvent, intercommunal, fixent
les règles d’utilisation des sols et contiennent
un Projet d’aménagement et de développement
durable (Padd), lequel présente un projet politique local
mettant en valeur les grands enjeux fonciers. Cependant, le
Padd n’a aucune valeur juridique et n’engage que
politiquement la collectivité.
Or, si en théorie la commune doit partir du Padd pour
effectuer le zonage, on s’aperçoit que, bien souvent,
c’est l’inverse, le Padd apparaissant comme un simple
accessoire. En pratique, le Scot et le PLU permettent donc aux
collectivités d’aménager leur territoire,
en délimitant les zones agricoles des zones bâties,
à bâtir et naturelles. En outre, le PLU peut répondre
en partie aux problèmes de pénurie des terrains
et de spéculation foncière, puisque la collectivité
a la possibilité, à travers cet outil, de réaliser
des réserves foncières importantes, des servitudes
[2] et d’exercer un droit de préemption urbain.
Le PLU permet alors de contrôler la forme urbaine et,
dans une certaine mesure, de réguler l’offre
foncière. Enfin, il existe la carte communale, qui tend
à disparaître au profit du PLU. En effet, c’est
un outil ancien, plus facile à mettre en œuvre,
mais beaucoup moins intéressant, car il ne permet pas
à la commune de réaliser des emplacements réservés,
des espaces boisés, des servitudes, ni de définir
la taille des parcelles [3]. Quant au PLH, il est le principal
outil de planification visant à développer une
politique locale du logement. Elaboré par un établissement
public de coopération intercommunale (ÉPCI), il
est contraignant envers le PLU mais doit respecter les orientations
définies dans le Scot. Toutefois, le programme d’action
défini dépend de la compétence de l’ÉPCI
: il peut se trouver qu’un ÉPCI s’engage
à travers un PLH, lequel indique les moyens fonciers
à mettre en œuvre, sans que l’ÉPCI
ne dispose d’une compétence en matière d’urbanisme
! Il est à noter, enfin, que tous ces documents de planification
sont soumis à une règle de hiérarchie,
selon laquelle la validité d’un document d’urbanisme
est conditionnée à sa compatibilité au
document de rang supérieur. C’est ce qui permet,
pour Éric Tocquer, " une imbrication cohérente
des documents de planification ".
… à l’intervention
foncière
D’autres dispositifs, comme les outils d’acquisition
foncière ou d’aménagement opérationnel
du territoire, permettent d’intervenir directement sur
le foncier. En matière d’acquisition foncière,
la voie amiable reste celle à privilégier mais,
à défaut, le droit de préemption urbain
permet à la collectivité dotée d’un
PLU ou d’une carte communale de se substituer à
l’éventuel acquéreur d’un bien immobilier.
C’est un outil facile à mettre en œuvre pour
une commune, pourvu que l’acquisition se fasse en vue
d’un projet d’intérêt général.
Néanmoins, cet outil ne saurait suffire à une
stratégie foncière cohérente, car le moment
de son exercice n’est jamais choisi par la collectivité.
De même, la zone d’aménagement différé
(Zad) permet d’instaurer un droit de préemption
sur un territoire délimité. Cet outil présente
un double avantage : efficace pour lutter contre la spéculation
foncière en l’établissant dans des zones
propices à la hausse des prix, il permet à la
collectivité de prévoir des réserves foncières
dans le but de protéger certains espaces. Ainsi, l’agglomération
de Béziers a créé des Zad en vue de préempter
des terrains où réaliser des logements sociaux.
Mais la Zad peut aussi être utilisée à des
fins de préservation d’espaces agricoles et naturels.
Sa durée, limitée à quatorze ans, est souvent
jugée trop juste par les collectivités. Enfin,
l’expropriation pour cause d’utilité publique
ne peut constituer le mode normal d’acquisition, et son
usage reste limité. En matière d’outils
d’aménagement opérationnel, le plus important
reste la zone d’aménagement concerté (Zac),
qui est une zone à l’intérieur de laquelle
une personne publique compétente décide de l’aménagement
et de l’équipement des terrains. Toujours d’initiative
publique, elle peut être réalisée par une
personne privée. Elle permet d’agir stratégiquement,
notamment pour désenclaver des territoires. Toutefois,
pour être mise en œuvre, le projet d’urbanisme
de la Zac doit être inclus dans le PLU. Ce faisant, la
collectivité n’a pas besoin d’être
propriétaire de tous les terrains couvrant la Zac, elle
pourra les acquérir ultérieurement via les outils
d’acquisition cités plus hauts. Alternative à
la Zac pour des opérations de moindre envergure, le lotissement
consiste en une division d’une propriété
afin d’accueillir des constructions. Le plus souvent réalisé
par un promoteur privé, il ne permet cependant pas de
maîtriser complètement sa forme urbaine, contrairement
au permis de construire groupé pour lequel la division
de la propriété n’est pas le préalable
à la construction, mais la conséquence.
Vers une nouvelle maîtrise foncière
Face à la complexité de mise en œuvre des
outils fonciers, il semble indispensable de repenser la maîtrise
foncière locale. En effet, on constate souvent des écarts
entre le cadre prospectif souhaité par le législateur
et la réalité du terrain. Beaucoup de collectivités,
incapables d’élaborer une véritable "vision"
foncière, sont confrontées aux problèmes
récurrents de la pénurie des terrains et de la
flambée des prix. Une première réflexion
peut ainsi être menée sur la question du niveau
de compétence pertinent : plus le territoire couvert
est large, plus l’action pourra être efficace. Bien
que plus complexe à mettre en œuvre au niveau intercommunal
du fait qu’il doit concilier les intérêts
de plusieurs communes, le PLU intercommunal offre aux communes
rurales une gestion plus large et plus cohérente du territoire.
Il peut de même être très utile pour une
collectivité de faire appel à un Établissement
public foncier (ÉPF) ou pour plusieurs intercommunalités
de créer un établissement public foncier local
(ÉPFL). Dans le premier cas, il s’agit en fait
d’un ÉPF d’État. Marc Kaszinski, directeur
de l’ÉPF du Nord-Pas-de-Calais, créé
en 1990, le définit comme " un outil opérationnel
à la disposition des collectivités agissant sur
un territoire suffisamment vaste afin de les aider à
exécuter des politiques foncières et qui permet
de mutualiser des ressources foncières et financières
ainsi qu’une capacité technique et d’offrir
du temps aux collectivités pour élaborer un projet
de territoire ". Leur mission consiste principalement à
mobiliser du foncier en gérant des biens à la
place des collectivités, tout en les aidant à
définir des stratégies et leur mise en pratique.
Toutefois, les ÉPF peuvent développer leur propres
priorités, comme dans le programme pluriannuel d’intervention
de l’ÉPF Nord-pas-de-Calais, où le logement
social est une priorité. Dans le second cas, contrairement
à l’ÉPF d’État, l’ÉPFL
est élaboré à l’initiative des collectivités
concernées et agit à l’échelle de
plusieurs intercommunalités. Il permet de la même
façon aux collectivités de se concentrer sur une
réelle stratégie sans se soucier de la gestion.
Faire appel à un ÉPF, aussi bien d’État
que local, permet à une collectivité de bénéficier
d’une aide juridique et technique précieuse. Les
agences d’urbanisme peuvent également apporter
une telle aide. Toutefois, elles ne sont principalement présentent
que dans les grandes agglomérations, les petites communes
ne disposant que rarement d’une ingénierie suffisante
pour faire face à la complexité de mise en œuvre
pratique des outils fonciers. Une partie de la solution semble
donc bien résider dans une mutualisation des efforts,
une plus grande coordination entre les collectivités
en recherchant notamment un échelon pertinent pour exercer
les compétences, ou " dans une combinatoire indispensable
des outils fonciers ", selon Éric Tocquer. Celui-ci
concluant que " l’enjeu pour une collectivité
est moins d’avoir une parfaite maîtrise foncière
que d’être acteur de son propre développement
". C’est ainsi qu’à Rennes, on a pu,
d’une part développer toute la panoplie des outils
fonciers et, d’autre part, mener, sur la base d’un
PLH particulièrement développé [4], une
politique très volontariste en matière de logements
sociaux, afin de réduire le problème de la spéculation
foncière en faisant émerger une offre de logement
diversifiée.
Une chose est sûr, le fil directeur des projets fonciers
des collectivités est en train de changer radicalement,
sous l’impulsion de la nécessité d’un
développement durable, ce qu’Éric Tocquer
nomme le passage " d’une logique d’extension
urbaine à une logique de renouvellement urbain ".
Ce qui pose souvent localement autant de problèmes politiques
que juridiques et techniques. Romain
Cazajous
1 " La gestion foncière des communes de moins de
3500 habitants ", www.localtis.fr rubrique publications.
2 Issues de la loi SRU, ces servitudes permettent de "
geler " le terrain. Seules les constructions autorisées
par la collectivité pourront y être réalisées
par le propriétaire.
3 À défaut d’un PLU ou d’une carte
communale, la commune sera soumise à la règle
très restrictive de la constructibilité limitée.
4 Le PLH prévoit que 50 % des logements construits soient
des logements aidés, dont 25 % de logements locatifs
sociaux.
Maîtrise foncière : la
boite à outils
Outils de planification (selon l’ordre
hiérarchique)
o Directive territoriale d’aménagement (DTA) :
élaborée sous la responsabilité de l’État,
elle fixe les principaux objectifs de l’État en
matière de localisation des grandes infrastructures et
de préservation des espaces naturels.
o Schéma de cohérence territoriale (Scot) : au
niveau intercommunal, il fixe les orientations générales
des politiques d’urbanisme, de l’habitat, des activités
économiques, etc.
o Programme local de l’habitat (PLH) : outil d’observation,
de définition et de planification des actions servant
au développement d’une politique locale de logement.
o Plan local d’urbanisme (PLU) : au niveau communal ou
intercommunal, il établit un projet global d’urbanisme
et fixe les règles d’utilisation des sols.
o Carte communale : plus limitée que le PLU, elle fixe
néanmoins les règles d’utilisation des sols
en délimitant les secteurs constructibles de ceux où
les constructions ne sont pas admises.
Tous ces documents sont facultatifs, sauf pour les agglomérations
de plus de 50 000 habitants, qui doivent élaborer un
Scot. Il peut donc arriver en théorie qu’une commune
ne soit couverte par aucun document, ce qui dans la pratique
reste rare. Par ailleurs, seuls les PLU et les cartes communales
sont opposables aux tiers, car ils réglementent l’usage
des sols et servent de base aux autorisations de construire.
Les documents restent néanmoins opposables entre eux,
la légalité d’un PLU peut par exemple être
contestée du fait qu’il ne respecte pas les orientations
définies dans le Scot ou dans le PLH.
Outils d’acquisition foncière
o Droit de préemption urbain (DPU) : permet à
une collectivité d’acquérir un bien en se
substituant à l’acquéreur trouvé
par un vendeur.
o Zone d’aménagement différé (Zad)
: créée par l’État sur proposition
d’une commune ou d’un ÉPCI, c’est un
secteur à l’intérieur duquel s’applique
un droit de préemption équivalent au DPU sans
que l’existence d’un document d’urbanisme
soit nécessaire.
o Expropriation pour cause d’utilité publique :
procédure permettant à la collectivité
territoriale de s’approprier grâce à la contrainte
un terrain pour réaliser un projet d’aménagement.
Outils d’aménagement opérationnel
o Zone d’aménagement concerté (Zac) : opération
d’aménagement par laquelle une collectivité
réalise ou fait réaliser l'aménagement
et l'équipement des terrains en vue de les céder
ou de les concéder à des utilisateurs publics
ou privés. Cette procédure consiste donc à
la fois à produire des constructions et à réaliser
des équipements publics.
o Lotissement : soumis à une autorisation administrative
individuelle, il consiste dans la division d’une propriété
foncière en vue d’y implanter des bâtiments.
o Permis de construire groupé : autorisation donnée
à un constructeur pour réaliser des bâtiments
sur le même terrain.
Outils fiscaux et financiers
o La participation pour voirie et réseaux : possibilité
offerte aux communes de percevoir des propriétaires riverains
bénéficiant de la desserte, une contribution financière
pour la réalisation des travaux. Adaptée aux plus
petites communes, elle évite de mettre en place des procédures
plus complexes comme la Zac ou le PAE.
o La Taxe locale d’équipement : outil permettant
de financer des équipements rendus nécessaires
par l’urbanisation, c’est un impôt forfaitaire
perçu par les communes exigibles sur toutes les opérations
assujetties à un permis de construire.
o Le Programme d’aménagement d’ensemble (PAE)
: outil complémentaire à la taxe locale d’équipement
et plus intéressant au niveau des recettes, il permet
le financement, par les constructeurs, de tout ou partie des
frais relatifs à la réalisation d’équipements
publics importants telles que des voiries rendues nécessaires
par l’édification de nouvelles constructions.
o La subvention pour surcharge foncière : subvention
étatique allouée à des organismes bailleurs
sociaux en vue de la construction de logements locatifs aidés
lorsque le prix du foncier est très élevé.
Acteurs et structures
o Associations foncières urbaines (AFU) : ce sont des
associations de propriétaires fonciers se réunissant
dans le but de réaliser un aménagement commun.
Il apparaît que la propriété foncière
est souvent très complexe du fait d’une multiplicité
de propriétaires. L’AFU présente l’avantage
d’éviter leur opposition en les associant dans
la réalisation des travaux. Ce sont soit des personnes
de droit privé créées librement, soit des
établissements publics quand elles sont soumises à
autorisation administrative, soit constituées d’office
par l’autorité administrative.
o Établissements publics fonciers (ÉPF) : établissements
publics à caractère industriel et commercial,
ils sont soit d’État, soit locaux et sont exclusivement
destinés aux interventions foncières, notamment
les acquisitions foncières en vue d’un aménagement
futur ou de réserves foncières.
o Sociétés d’aménagement foncier
et d’établissement rural (Safer) : sociétés
anonymes investies d’une mission d’intérêt
général, elles ont pour but de mettre en œuvre
le volet foncier de la politique d’aménagement
et de développement durable du territoire rural.
o Agences d’urbanisme : outils d’observation, de
réflexion, de prospective et de dialogue, elles associent
en partenariat l’État et les collectivités
territoriales en vue d’élaborer un projet de développement
local.
de Caracas,
Marie Weis, Jérémie Choukroun et Erwan Joyeau
À travers la
mise en place des conseils communaux, le Vénézuela
prétend installer un nouveau rapport entre citoyens et
politique, dépassant la médiation des collectivités
locales. Révolution en marche ou démagogie ? Visite
sur place, à Caracas.
Avec la nouvelle constitution de 1999, dite bolivarienne, le
Vénézuela entame une transition vers une démocratie
participative. Les Vénézuéliens sont désormais
invités à s’engager de manière directe
dans la gestion des affaires publiques. Dans la pratique, le
peuple ne participe sans doute pas plus aux hautes sphères
de la nation : pour l’instant, c’est à l’échelle
locale qu’a lieu le changement. La loi des " conseils
communaux " (CC) de 2006 (voir encadré page 39)
donne à la communauté le pouvoir et les moyens
financiers d’assumer son développement. Cette autogestion
communautaire constitue le cœur du nouveau programme du
président Hugo Chavez. L’idée, à
terme, est d’articuler les CC du local au national, pour
constituer une nouvelle géométrie du pouvoir.
Ce 8 juillet 2007, les vingt-huit CC du quartier de San Augustin,
formés ou en cours de formation, ont rendez-vous pour
échanger leurs expériences. San Augustin est un
espace divisé entre des grands immeubles au nord, situés
au cœur de Caracas, et un imposant barrio (bidonville)
au sud, où s’entasse une population pauvre et longtemps
délaissée. Les constructions anarchiques accrochées
à flanc de collines n’ont jamais été
planifiées. L’absence de voie de pénétration
enclave le quartier qui manque, comme d’autres barrios
de la ville, de canalisations d’eau, de collecte des déchets
et de réseau électrique. Criminalité, chômage,
problèmes de santé publique et d’alimentation
sont la réalité d’une grande majorité
de la population de Caracas, et contrastent brutalement avec
l’opulence des beaux quartiers.
Tout reste à apprendre
Aujourd’hui, environ deux cents personnes ont fait le
déplacement pour cette rencontre qui est la première
du genre. C’est bien, mais moins que prévu. Le
peuple s’est en effet désintéressé
de la politique après des années de désorganisation,
de mépris et de clientélisme. D’ailleurs,
les petits groupes qui arrivent peu à peu se plaignent
tous : " Les gens sont apathiques ". Combien d’élections
sont repoussées faute de présence, combien atteignent
tout juste le quorum exigé ? Une économie pétrolière
important massivement ses biens de consommation et l’influence
de l’american way of life ont exacerbé l’individualisme.
Réapprendre à construire ensemble, à se
détacher de sa telenovela (série télévisée
à l’eau de rose) pour affronter les réalités
de la communauté est le plus ardu. La participation demande
du temps, du dialogue, et ne tient pas du miracle.
" Dans les mentalités, il s’agit de passer
d’un fonctionnement vertical à un fonctionnement
horizontal ", insiste Roche, un des organisateurs de la
réunion. Comme des dizaines d’autres promoteurs
des CC, il passe ses journées à sillonner les
quartiers pour éveiller les consciences, motiver les
communautés et apporter son expérience aux assemblées
balbutiantes. Parfois, dans les rues étroites et encombrées
de Caracas, assis, debout, ou à leurs balcons, les membres
de la communauté se réunissent en masse pour élire
leur conseil. Mais c’est loin d’être partout
la règle : sur les vingt-huit CC de San Augustin, seuls
huit sont formés. La loi est encore trop récente.
D’ailleurs, un seul a pour l’instant obtenu de l’argent
de la part de l’État. Le processus est en effet
difficile : " Tous les CC connaissent des problèmes
", s’accordent à dire les participants. Tout
reste à apprendre : animer une réunion, diagnostiquer,
monter un projet, gérer un budget. Quelques ateliers
de formation existent, mais ils ne sont pas systématiques.
Du coup, les CC se cassent parfois les dents, au risque de démotiver
la communauté. La communication est, de plus, un vrai
défi pour empêcher qu’un fossé ne
se creuse entre ceux qui s’impliquent et les autres.
Appareil institutionnel court-circuité
Aujourd’hui, tout le monde était invité,
mais seules les personnes directement contactées sont
venues. " Moyens de communication " est justement
le thème d’une des tables rondes. Les idées
fusent. " Faire un journal en ligne ", " passer
à la télévision "… Ceux qui
sont venus ne manquent pas de bonne volonté et sont avides
d’échanger. Mais jusqu’à quand cette
énergie bénévole va-t-elle se mobiliser
? La population peut-elle réellement se charger de toutes
ces tâches qui, en Europe, seraient confiées aux
collectivités ? Il faut comprendre que l’administration
vénézuélienne a été totalement
décrédibilisée par un long passé
de corruption et d’inefficacité. Hugo Chavez court-circuite
donc volontairement tout l’appareil institutionnel : les
budgets votés par les CC sont accordés directement
par la Commission présidentielle. Cela les dote d’une
réelle efficacité, mais c’est également
un outil de pouvoir terrifiant si, à l’avenir,
le régime devenait autoritaire. Car, déjà,
on redoute la politisation des CC. À l’une des
tables, on s’emporte : " Le conseil, c’est
pour tout le monde, chavistes ou opposants ! Ici, il n’y
a que des gens qui œuvrent pour le bien de la communauté.
" Mais il est vrai que Hugo Chavez reste le principal moteur
du processus et ne cesse d’encourager le peuple…
Démagogie ? Risque de manipulation présidentielle
? Possible. Et pourtant… Le pouvoir communal pourrait
bien être le plus sûr garde-fou à une dérive
autoritaire. Car, s’il y a bien une révolution
au Venezuela, elle ne se cantonne pas à la redistribution
des richesses, mais vise à l’émancipation
des citoyens aux prises avec la pauvreté, le manque d’éducation
et les carcans sociaux. Quelle surprise, au milieu des barrios,
d’entendre citer la constitution de mémoire ! La
culture, le droit et la politique sont descendus dans la rue
! Et cette révolution des consciences pourrait bien,
elle, être irréversible. À 19 heures, les
salles se vident d’âmes et s’emplissent de
silence. Ingrid, promotrice et organisatrice de la réunion,
conclut : " La dignité, personne ne nous l’enlevera
plus. " Marie Weis, Jérémie
Choukroun et Erwan Joyeau