Brèves : Animation
en milieu rural dans le Parc régional de la Brenne, Des
" enfants sauvages " dans la cité de Saint-Herblain,
Quel développement pour le sud-ouest parisien ?
En blogs pour 2008
: La blogosphère bouscule
la communication politique chronique de Christophe Oléon,
blogmaster grenoblois www.greblog.net
Portrait Henri Tamar, syndicaliste
(CGT) à la municipalité de Drancy
Pays en chantier : Tous
dépités ! chronique d'Olivier Dulucq, délégué
général de l'Unadel
Brèves : ÉDF,
GDF, La Poste Énergie, courrier… la libéralisation
est sur les rails, Insertion Les départements peinent
à financer le RMI, Moi et mon quartier Des gênes
très sociales
Syn-chronique :Les communes face à l’ordinateur Les 50 dernières années
vues à travers les pages de Correspondance municipale,
puis de Territoires
La terre vue du fiel : Brigitte,
ils sont devenus fou ! par Jean-Stéphane Devisse
et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Reste à inventer la télé par Gilles Rousselot, militant associatif,
Michel Garcin, journaliste et Pierre Mahey, urbaniste
Arrêter de mépriser la télévision
pour la transformer en instrument de changement.
Reportage Albi
: Douze quartiers pour concerter
International Espagne
: Un budget participatif à l’européenne
Analyses
Le Code des marchés
publics : un outil du développement social et environnemental Par Sophie Szpirglas, secrétaire du Réseau
d’expertise indépendante et solidaire (Résol)
De la diversité dans l’économie
plurielle Par Madeleine Hersent, sociologue
et consultante. Fondatrice de l’Agence pour le développement
de l’économie locale (www.adel.asso.fr)
et co-présidente du Mouvement pour l’économie
solidaire.
Débat : " Si, aujourd’hui,
je veux aider l’Afrique… "
Antoinette Baujard, économiste à
l'université de Caen, et maître d'œuvre du
projet d’expérimentation de nouveaux modes de scrutin.
Le 22 avril, les électeurs
de trois communes – Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin),
Louvigny (Calvados) et Cigné (Mayenne) – ont pu
participer à des votes expérimentaux, par "
approbation " et par " note ". De quoi s’agit-il
?
Cette expérience est née de la rencontre de deux
initiatives. Celle du centre d’analyse stratégique
(Cas) qui mène, depuis un an, une enquête sur la
geste électorale et a lancé, en 2006, un appel
d’offres visant à expérimenter de nouveaux
modes de scrutin. Et celle du groupe de chercheurs, économistes,
politistes, sociologues, des universités de Caen, de
Strasbourg et du CNRS, dont je fais partie, et qui travaillent
sur ce qu’on appelle la théorie du vote qui questionne
les propriétés des modes de scrutin. Des expériences
de vote par note et de vote par approbation ont ainsi été
mises en place. Ces deux modes de scrutin ont en commun d’être
différents des scrutins traditionnellement utilisés
en France. Certes, avec le vote par note ou par approbation,
l’électeur ne choisit qu’un candidat, comme
dans le scrutin uninominal, mais, il n’y a qu’un
seul tour, afin de gagner en simplicité et en coût
et, surtout, le scrutin est plurinominal. Ce qui signifie que
les électeurs, même s’ils ne choisissent
au final qu’un candidat, peuvent s’exprimer sur
tous les prétendants. Avec le vote par note, l’électeur
évalue chaque candidat en lui accordant la note 1, 2
ou 0. Le candidat qui réunit le plus de points (la somme
de toutes les notes qui lui ont été attribuées)
est élu. Dans le cas du vote par approbation, l’électeur,
au lieu de noter tous les candidats, indique seulement ceux
qu’il approuve, ceux qu’il souhaite soutenir et
écarte les autres. Le candidat ayant réuni le
plus grand nombre de soutiens ou d’approbations est élu.
Dans les deux cas, le choix électoral peut être
exprimé avec plus de nuances. Et le vote devient par
conséquent moins silencieux, c’est-à-dire
qu’il constitue une source d’information plus riche
et rend l’analyse politique plus solide.
Est-ce à dire que le scrutin
uninominal à deux tours ne permet pas d’exprimer
correctement un choix électoral ?
Non, et ce n’est pas là notre objectif. En revanche,
nous savons que le scrutin uninominal à deux tours comporte
des défauts théoriques. Il favorise, encore plus
que les autres, le vote utile, et ne permet pas toujours à
l’électeur de voter par conviction. Son autre inconvénient
est d’être très sensible à la moindre
variation, notamment dans le cas de l’entrée en
course de ce que l’on appelle les candidats " clones
". Ainsi, en 2002, si Christine Taubira n’avait pas
été candidate, le résultat du premier tour
aurait été complètement différent.
Enfin, le dernier travers de ce mode de scrutin est de ne pas
permettre d’élire le " vainqueur de Condorcet
" qui désigne, dans notre jargon, le candidat qui
l’aurait emporté dans tous les cas de duels possibles.
En 2007, ce vainqueur de Condorcet aurait certainement été
François Bayrou.
Ces votes expérimentaux ont-ils abouti à des résultats
différents de ceux du scrutin officiel ?
Pas complètement, puisque, dans notre échantillon
de quelque 2 836 bulletins, nous retrouvons, pour les deux modes
de scrutin expérimentés, le même trio de
finalistes : Ségolène Royal, Nicolas Sarkozy et
François Bayrou. Cela dit, leur, ordre d’arrivée
est différent, puisque c’est le candidat centriste
qui arrive en tête. Enfin, c’est pour les autres
candidats que la différence de résultats, selon
le mode de scrutin, est la plus visible : Olivier Besancenot
et Dominique Voynet, par exemple, arrivent respectivement en
quatrième et cinquième position, loin devant Jean-Marie
Le Pen.
Quels enseignements ces résultats
vous ont-ils permis de tirer ?
En permettant de s’exprimer plus, ces modes de scrutins
offrent plus d’informations, ce qui permet par exemple
de faire la part des choses entre le vote de conviction, le
vote utile et le vote contre. Ainsi, nous pouvons en conclure
que tous les votes ne sont pas des votes de conviction et que
tous les non-votes ne sont pas non plus des expressions de désaccord.
Avec ces votes expérimentaux, on peut en effet plus facilement
mesurer la véritable adhésion des électeurs
à une cause, que son représentant soit élu
ou pas. Cela permet donc de relativiser le vote utile. Enfin,
le fait que les électeurs aient bien accueilli l’idée
de s’interroger sur les modes de scrutin, montre que cette
expérience est susceptible de nourrir un débat
informé sur les modes de scrutin. Propos
recueillis par Aline Chambras
...ainsi que quelques contributions
complémentaires
Comment comprendre la victoire du
projet de Nicolas Sarkozy ? Certainement pas en le caricaturant,
ce qui serait le meilleur moyen de ne tirer aucune leçon
de ces élections 2007. Les 21 questions qui suivent représentent
des pistes de débats pour continuer le débat localement.
Individu et société
1 Les résultats électoraux
de 2007 représentent-ils l’échec de toutes
les tentatives politiques, associatives et d’éducation
populaire de construire du projet collectif contre l’hégémonie
d’un modèle " individualiste " ?
2 Quels sont les facteurs d’évolution de la société
que la gauche et les mouvements sociaux n’avaient pas
suffisamment intégrés avant ces élections
?
3 La peur gouverne-t-elle notre société ?
Des convictions bousculées
4 Qu’est ce que la société
civile ?
5 La société civile est-elle de gauche ? De droite
?
6 Le citoyen et la société civile ont-ils été
mythifiés, couverts de vertus imaginaires ?
7 La démocratie d’opinion est-elle plus écoutée
que la démocratie participative ?
8 Ségolène Royal aurait-elle mieux réussi
sa campagne sans " la démocratie participative "
?
9 Le pouvoir réel ou supposé de subversion de
la démocratie participative fait-il peur ?
10 Peut-on être confronté à une démocratie
participative néo-libérale ?
La question sociale
11 La démocratie participative peut-elle
répondre à la fracture sociale ?
12Les dispositifs de participation touchent-ils un nombre de
personnes suffisant, dans toutes les couches sociales ?
13 Quels sont les lieux de débats aujourd’hui fréquentés
par les classes sociales les plus fragiles?
14 Pour qui et pour quoi votent les classes sociales les plus
fragiles ?
15 Le très faible taux d’abstention au scrutin
présidentiel marque-t-il le début de la fin de
la crise de la représentation ?
L’analyse du scrutin
16 Les territoires (centre-ville, périurbain,
Zus, rural) présentent-ils une géographie du vote
de plus en plus clivé droite / gauche ?
17 Est-ce que le vote très à droite des personnes
de plus de 65 ans (entre 70 et 75 %) au second tour de la présidentielle
est une nouveauté de ce scrutin ?
18 Quelles sont les nouvelles frontières du clivage gauche
- droite dans les thèmes des débats politiques
?
19Le fait que le mouvement altermondialiste ait eu un candidat
autoproclamé, avait-il un sens, politiquement et électoralement
parlant ?
20Les résultats des élections de 2007 vont-ils
conditionner les résultats des municipales de 2008?
21 Les médias ont-ils joué un rôle décisif
pendant la campagne présidentielle, et les médias
alternatifs ont-ils une place dans l’avenir ?
Par Georges Gontcharoff, conseiller de la rédaction
de Territoires
La peur s’est
installée sur la France. Les groupes qui composent la
société ont peur les uns des autres, et chacun
a peur de l’avenir. Cette angoisse généralisée
engendre des comportements spécifiques qu’il faut
combattre en reprenant la peur à la racine.
Il y a peu, au " jité " de France 2, est organisé
un mini-débat à partir d’un rapport sur
les maisons de retraite. Titre : " Faut-il avoir peur des
maisons de retraite ? " Dans les semaines qui précèdent,
un bus scolaire verse dans un fossé : " Faut-il
avoir peur de confier vos enfants au service de ramassage scolaire
? " Des patients décèdent dans un hôpital
public, à la suite d’une infection nosocomiale
: " Faut-il avoir peur de l’hôpital ? "…
Ainsi, l’orchestration de la peur, à tout moment,
en toutes occasions et sur toutes les chaînes, fonctionne
depuis des années. Les catastrophes lointaines sont aussi
convoquées. Le tsunami frappe les rives de l’Océan
Indien : " Faut-il avoir peur de vivre le long des côtes
françaises ? " ; l’Etna se réveille
avec force : " Faut- il craindre le voisinage des volcans
d’Auvergne ? ". L’écologie, sur de justes
diagnostics, est une occasion rêvée d’instiller
des paniques : le réchauffement climatique et la montée
des eaux, les OGM, les dangers du nucléaire… Et
Yves Cochet écrit Pétrole apocalypse. Je ne parle
pas du terrorisme. Quand il frappe à Londres ou à
Madrid on se demande s’il va toucher le métro parisien.
Et les patrouilles armées du plan Vigipirate, comme les
conseils permanents de vigilance, omniprésents dans les
transports en commun, me rappellent à tout instant que
je vis dans un monde dangereux. Les grandes craintes sanitaires
sont aussi des raisons de me faire trembler : le sida, la vache
folle, la grippe aviaire, autant d’occasions de reportages
terrifiants : " Quand le virus sera transmis d’homme
à homme, ce sera dix millions de morts en Europe "
(sic). Ajoutons, les craintes sociales réelles et légitimes.
On montre les tentes le long du canal Saint-Martin : "
Faut-il avoir peur de se retrouver un jour SDF ? " La précarité
du travail, le démantèlement des acquis sociaux,
l’inquiétude pour l’avenir de nos enfants,
voilà d’autres aliments objectifs pour notre angoisse.
Les études montrent que les femmes âgées
de 70 ans et plus sont celles qui ont proportionnellement voté
le plus à droite (lire pages 30-31). J'y vois une preuve
de plus du rôle de la peur qui touche toute la population,
mais qui s'accroît encore avec la fragilité de
l'âge et du sexe, la crainte existentielle de la fin de
vie et le besoin d'un soutien adéquat. Il faut avoir
les nerfs solides et le jugement sûr pour résister
à tout cela, pour rester raisonnablement optimiste et
continuer d’agir.
Le laxisme de la gauche
J’habite dans une commune qui est passée, en 2001,
entre les mains d’une droite dure, après six mandatures
d’union de la gauche à direction communiste. Il
y a eu beaucoup d’autres mairies perdues comme cela. La
campagne s’est faite sur le laxisme de la gauche par rapport
au problème de l’insécurité, sur
la promesse de création d’une police municipale
(que la gauche refusait) et sur l’installation de caméras
de vidéo surveillance. Aujourd’hui, il y a quarante
policiers municipaux et soixante caméras (400 000 en
tout en France, dont 320 000 à Paris), pas beaucoup moins
de délinquance (en dépit d’une communication
forcenée sur des chiffres truqués), mais les enquêtes
semblent montrer que les citoyens sont globalement satisfaits
et en redemandent ! Ce sont les cités HLM qui ont voté
le plus à droite, là où les petites gens
de l’ancien " peuple de gauche " souffrent le
plus des incivilités et des délinquances au quotidien.
Il faut analyser cette maladie profonde du corps social. Les
Français sont les plus gros consommateurs au monde d’antidépresseurs
et d’anxiolytiques : une fois et demie la consommation
par habitant des nord-américains, pourtant déjà
passablement shootés. La France est le pays d’Europe
qui a le plus de policiers par habitant (et qui en veut encore
plus) : quatre policiers et gendarmes pour mille habitants,
soit cinquante fois plus qu’en Allemagne ou en Grande
Bretagne, cent fois plus qu’en Finlande ou en Norvège.
Les historiens " millénaristes ", qui ont étudié
les peuples et les périodes des grandes peurs de l’humanité,
ont dégagé les types de réactions collectives
à la peur. La première est l’appétit
de jouissance (" la danse sur le volcan "), la frénésie
de consommation, la recherche sans limite du plaisir.
Il faut profiter au maximum de la vie avant la fin du monde.
La seconde est le repli dans sa coquille supposée protectrice,
sa famille, son clan, sa communauté, sa croyance. La
peur du Jugement dernier alimente tous les fondamentalismes.
La troisième est l’appel à un Sauveur entre
les mains duquel on se remet. " Je vous protégerai
", dit-il, car il parle toujours à la première
personne, et il tient toujours ses promesses, comme Dieu "
qui ne vous abandonne pas ". La quatrième est la
recherche d’un bouc émissaire, responsable de tous
nos maux. Le juif médiéval provoquait la peste.
Le complot judéo-maçonnique d’avant-guerre
a été la cause de la défaite de la France.
Les communistes rongeaient le pays, et les chars soviétiques
étaient à deux heures et demie de Paris. Les émigrés
mangent notre pain et déséquilibrent nos budgets
sociaux. Les paresseux qui vivent d’allocations trop généreusement
distribuées, dévalorisent la valeur travail, etc.
C’est toujours la faute de l’autre qui, non seulement
me fait peur, mais sape mes valeurs, et ma société,
de l’intérieur.
Tâches messianiques
On ne voit pas pourquoi la fameuse " société
civile ", dont nous nous sommes gargarisés, serait
différente de la société tout court. Elle
est aussi composite, multiclassiste, bourrée de contradictions,
tremblante de peurs réelles et de peurs fantasmées,
que la société tout entière. Nous avons
surinvesti sur elle et nous l’avons dotée de la
tâche simplement messianique de construire une contre-société
: " un autre monde est possible ". Il va nous falloir
décaper sérieusement ce concept, et nous demander,
en effet, comment des mouvements sociaux peuvent construire,
puis imposer, des alternatives au modèle dominant. Le
vieux problème des rapports entre l’avant-garde
consciente et organisée (les 2 % qui " participent
") et les masses d’individus apeurés que le
Sauveur rassure, reste d’actualité. Pour rendre
notre projet crédible, il faudra être plus réaliste
à l’égard du citoyen réel, travaillé
par la mise en scène permanente des peurs, spectateur
passif, consommateur frénétique, " décérébré
pour donner du pouvoir à Coca-Cola ", et que, pourtant,
nous espérons entraîner dans une action collective,
grâce à une pédagogie de la citoyenneté,
par l’école et par l’éducation populaire.
Il ne s’agit pas de jeter le bébé avec l’eau
du bain, mais de prendre mieux conscience que notre tâche
est à long terme et aléatoire et que notre échec
est peut-être le fruit de notre impatience et de nos illusions,
en particulier en ce qui concerne l’ampleur et les formes
du militantisme et la nature des outils de la prise du pouvoir.