Brèves : Un
bistrot thérapeutique à Albi ; Cobonne, un village
cherche son avenir dans la participation ; la bataille du robinet
à Paris.
En blogs pour 2008
: Une nouvelle " maison commune
" à Puteaux chronique de Christophe Oléon,
blogmaster grenoblois www.greblog.net
Portrait Patricia Hanssens
Pays en chantier : La
campagne, ça Creuse ! chronique d'Olivier Dulucq, délégué
général de l'Unadel
Actualités
L'événement
: Et au milieu passe le TGV
L’ébulition de M'ric
Brèves : Débat
sur la gratuité des transports en Île-de-France,
Droit à la propriété contre droit au logement,
Conditions d’accueil des immigrés : le règne
du cynisme.
Syn-chronique : Les communes privilégient les familles
françaises ! Les 50 dernières années
vues à travers les pages de Correspondance municipale,
puis de Territoires
La terre vue du fiel : Manger
ou conduire, il va falloir choisir par Jean-Stéphane Devisse
et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Interview : Gisèle
Stievenard, adjointe au maire de Paris, chargée de la
solidarité et des affaires sociales, vice-présidente
du conseil général de Paris, interrogée
sur la prise en charge des mineurs isolés : " Il
serait logique qu’ils obtiennent leurs papiers. "
Parlons droit : Marchés
publics, aides des collectivités locales aux associations
Dossier : Participation des enfants : Comment
aller au-delà du pédagogique ?
L’enfant citoyen dans une démocratie
participative par Jean Le Gal, docteur en
sciences de l'éducation
La participation des enfants se base sur des
droits établis.
par Céline Braillon et Serge Depaquit,
présidente et vice-président de l’Adels
La campagne électorale
a rempli les médias et les conversations. Cependant,
un vide subsiste autour d’une question pourtant essentielle
: comment faire société et dépasser l’actuelle
déchirure du lien social ?
Un an et demi à peine après la révolte
de novembre 2005, on aurait pu imaginer que la construction
du vivre ensemble serait devenue l’un des thèmes
majeurs de la campagne électorale, mais celle-ci a répondu
à des logiques qui ne sont pas centrées sur les
enjeux du futur. Pourtant, une attente existe, qu’il serait
irresponsable de ne pas prendre en compte. Avec le recul, on
ne peut ignorer que l’explosion urbaine de 2005 n’est
que le révélateur d’une situation qui perdure
et s’aggrave. L’inquiétude sociale et l’absence
de perspective caractérisent les conditions d’existence
des quartiers populaires, les jeunes en étant les premières
victimes. Les questions posées traversent la réalité
sociale de notre pays, les zones de relégation étant
plus particulièrement touchées par le cumul de
tous les handicaps générés par la double
crise sociale et urbaine. Nombre de quartiers sont ainsi maintenus
hors du fameux " intérêt général
", d’où la concomitance des fractures sociales
et civiques constatées durant les vingt dernières
années.
Le bon peuple
Quel est-il, cet intérêt général
qui laisse au bord du chemin des pans entiers de la société
? La question ainsi posée s’adresse à toute
la société française, donc à la
pratique démocratique. Comment construire le vivre ensemble,
donner sens à une projection collective sur l’avenir
qui réponde aux besoins du plus grand nombre, à
commencer par les victimes des situations sociales dégradées
?
Il est urgent que le débat public s’attache à
dégager des éléments de réponse
en déclinant les enjeux essentiels d’une telle
démarche. Comment comprendre la fragmentation sociale
qui ne cesse de s’approfondir dans les domaines les plus
divers ? Le discours politique sur la mixité sociale
est des plus répandu et théoriquement accepté,
mais qu’en est-il dans la réalité ? Loin
de la pratique traditionnelle des promesses électorales
sans signification réelle, ce sont des lignes d’action
qu’il conviendrait de dégager. Encore faut-il comprendre
que la définition de telles lignes ne saurait résulter
du fait du prince et d’une logique descendante. On ne
pourra pas faire société sans renverser la donne
des pratiques de pouvoir les plus répandues. Reconstruire
du lien social ne se fera pas sans refonder le lien civique.
Telle est sans doute l’interrogation la plus pertinente
aujourd’hui : comment conjuguer ces deux exigences dans
le cadre des mutations qui traversent les sociétés
actuelles ?
Généraliser l’approche
démocratique
Agir sur les effets politiques de la fracture sociale, c’est
oser questionner la notion d’intérêt général.
Il est devenu indispensable de concevoir l’intérêt
général en termes de co-construction. Ajoutons
que la réflexion autour de ce qui fonde le développement
humain durable serait susceptible de donner du sens à
ces mises en commun.
De telles démarches, appuyées sur des processus
de démocratie délibérative, sont certainement
les seules en capacité de conduire à une généralisation
progressive de l’approche démocratique.
La qualité des thèmes proposés à
l’action est cependant ici essentielle. C’est à
partir d’enjeux sociaux réels que peuvent prendre
sens les mobilisations autour d’intérêts
communs clairement définis. La campagne électorale
elle-même en a témoigné, une grande incertitude
existe dans le rapport des citoyens à la représentation
politique : les démarches d’adhésion certes
perdurent, mais s’affaiblissent, tandis que les comportements
basés sur le rejet semblent seuls en mesure de structurer
une part décisive des choix de l’électorat.
De fait, ce sont les contenus du contrat démocratique
qui sont ainsi questionnés et exigent d’être
repensés dans les conditions du monde moderne. Le citoyen
a certes besoin que sa parole soit écoutée, mais
on ne saurait limiter son implication à cette seule approche
minimaliste. Ce sont les processus de la décision et
de la mise en responsabilité de chacun qui doivent être
redéfinis, afin que la société civile soit
intégrée à la construction de l’action
publique. Une nouvelle alliance, susceptible de redonner des
perspectives à ceux qui n’en ont plus, est à
initier, en synergie avec le renouvellement en profondeur de
la pratique démocratique. Ces " vraies questions
" sont aujourd’hui cruciales.
Par Valérie Becquet, sociologue, université
de Cergy - IUFM de Versailles, chercheure associée au
Centre de sociologie des organisations becquetv@club-internet.fr
Les dispositifs de
participation des enfants et des jeunes répondent à
trois grands types d’objectifs : gestionnaire, social
et politique. Dans une certaine opacité.
Le développement, au cours des dernières années,
de divers dispositifs visant à faire participer les enfants
et les jeunes, et les discours qui les accompagnent sur leurs
bien-fondés ou leurs bienfaits, appellent une réflexion
sur les objectifs poursuivis par leurs initiateurs. En regardant
de plus près un des formats actuellement privilégié
dans ce domaine (les conseils d’enfants et de jeunes),
leur mise en place semble être sous-tendue par des approches
et des objectifs hétérogènes et, surtout,
inégalement clarifiés au moment de leur conception.
Parfois le flou est tel que cela conduit à réduire
ces initiatives à de simples entreprises d’instrumentalisation,
faisant des enfants et des jeunes qui y participent les uniques
attributs d’une vitrine politique. La question des objectifs
est une des trois questions posée au moment de la création
d’un conseil d’enfants ou de jeunes, les deux autres
étant relatives au format (le public cible, le recrutement
et l’organisation) et aux moyens. Par la suite, et souvent
de manière très rapide, s’adjoint celle
de l’efficacité qui prend la forme du " est-ce
que ça marche ? " ou du " ça sert à
quoi ? ", cela sans que des critères pertinents
soient réellement énoncés pour apporter
une réponse adéquate. Or, il est fort possible
que ces différentes questions ne soient finalement que
les facettes d’une seule : celle de la nature du projet
entrepris pour les enfants et les jeunes.
Slogans
Que ce soit un conseil s’adressant à des enfants,
des jeunes mineurs ou des jeunes majeurs, qu’il soit initié
par l’État, par les collectivités locales
ou par les associations, se pose toujours au départ,
normalement, la question du projet. Mettre en place un conseil
d’enfants ou de jeunes, soit, mais pourquoi ? : la réponse
ne saurait se réduire à l’énonciation
de quelques formules qui sonnent juste ou à la mise en
valeur du caractère novateur de la démarche. Que
signifient des slogans comme " les jeunes ont la parole
" ou " vous avez la parole " ou " t’as
des choses à dire ? " ; ou encore, des formulations
comme " faire participer les enfants à la vie de
la cité " ou " associer les jeunes aux décisions
qui les concernent " et, pour finir, des expressions du
type " former de futurs citoyens " ou " faire
découvrir les institutions et les processus de décisions
publiques " ? Les initiateurs des conseils, mais aussi
les professionnels chargés de les animer, donnent-ils
le même sens à ces énoncés, s’accordent-ils
sur la pertinence de tels objectifs et, enfin, sur les enjeux
qu’ils posent ? Par ailleurs, comment les enfants et les
jeunes qui se retrouvent engagés au sein de ces instances
perçoivent-ils ces discours ?
S’il ressort de l’étude globale des démarches
participatives l’existence de trois objectifs (politique,
gestionnaire et social), ceux-ci ne permettent pas toujours
d’appréhender les buts poursuivis par les conseils
d’enfants et de jeunes. En procédant par élimination,
il semble d’emblée possible de considérer
que ces conseils ne poursuivent pas un objectif social, c’est-à-dire
qu’ils ne s’inscrivent pas dans un processus d’empowerment
visant à intégrer des populations spécifiques
ou à revivifier le lien entre les habitants d’un
même quartier, une approche qui peut se rencontrer dans
d’autres pays européens, par exemple en direction
de jeunes marginalisés. D’autres dispositifs ont
été conçus dans cette perspective, relevant
du travail social. L’objectif gestionnaire se rapproche
davantage de la réalité des conseils d’enfants
et de jeunes, même s’il s’agit souvent d’un
objectif inavoué. Alors que les doctrines du management
public considèrent de plus en plus la pertinence d’associer
les usagers ou les publics à des étapes du processus
de décision ou d’évaluation publiques, cela
au nom d’une plus grande transparence, efficacité
ou qualité des services et des biens produits, il apparaît
moins légitime de l’afficher dans le cas des enfants
et des jeunes. La raison en est simple, peut-être un peu
simpliste et, surtout, dommageable pour les publics visés.
Serait en effet considérée comme une forme d’instrumentalisation
le principe de recourir à des enfants ou à des
jeunes pour contribuer à définir l’offre
publique alors qu’ils sont, au même titre que leurs
aînés, des usagers de services et des habitants
d’un territoire.
Immortalité
Mais, derrière cette ambiguïté, s’en
profilent d’autres qui renvoient aux approches spécifiques
des décideurs de ces conseils. D’un côté,
c’est au nom d’une incompétence technique,
d’un manque d’intérêt, voire d’une
forme d’immaturité que la compétence d’usage
n’est pas reconnue aux enfants et aux jeunes, alors qu’elle
est appréhendée comme une richesse chez leurs
aînés. De l’autre, cela résulte de
l’usage qui est fait du conseil, à savoir qu’il
est davantage considéré comme un dispositif comparable
à une offre de " loisirs " que comme un outil
pour participer au processus de décision publique. Reste,
enfin, l’objectif politique, dont la traduction est source
de nombreux malentendus entre les élus, les animateurs
et les jeunes. C’est principalement en termes d’éducation
à la citoyenneté qu’il est appréhendé,
le conseil apparaissant comme un outil de formation du "
futur citoyen " : il constitue une sorte de pédagogie
active. Or, ce qui ressort des perceptions des enfants et des
jeunes de ces expériences est qu’ils prennent au
sérieux la possibilité offerte d’agir "
comme des citoyens ". Leur demande n’est pas d’être
" éduqué à " même si, tout
comme la grande majorité des personnes impliquées
dans une démarche participative, ils estiment avoir acquis
de nombreuses compétences. Leur intérêt
se situe plus du côté de l’agir politique,
aussi modeste soit-il, d’un agir revendiqué comme
étant " apartisan " (plus chez les jeunes que
chez les enfants), tout en étant efficace et visible.
En cela, ils attendent que les conseils soient plus des lieux
de participation que des lieux d’éducation par
une méthode participative.