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Territoires n°478 - mai 2007

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Le sommaire

Les articles en ligne :

"Reconstruire du lien social ne se fera pas sans refonder le lien civique." Par Céline Braillon et Serge Depaquit, présidente et vice-président de l'Adels.

Le malentendu sur les conseils d'enfants et de jeunes, par Valérie Bequet, sociologue.

 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : Un bistrot thérapeutique à Albi ; Cobonne, un village cherche son avenir dans la participation ; la bataille du robinet à Paris.
En blogs pour 2008 : Une nouvelle " maison commune " à Puteaux
chronique de Christophe Oléon, blogmaster grenoblois www.greblog.net
Portrait Patricia Hanssens
Pays en chantier : La campagne, ça Creuse !
chronique d'Olivier Dulucq, délégué général de l'Unadel
 
Actualités
 
L'événement : Et au milieu passe le TGV
L’ébulition de M'ric
Brèves : Débat sur la gratuité des transports en Île-de-France, Droit à la propriété contre droit au logement, Conditions d’accueil des immigrés : le règne du cynisme.
Syn-chronique : Les communes privilégient les familles françaises !
Les 50 dernières années vues à travers les pages de Correspondance municipale, puis de Territoires
La terre vue du fiel : Manger ou conduire, il va falloir choisir
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Interview : Gisèle Stievenard, adjointe au maire de Paris, chargée de la solidarité et des affaires sociales, vice-présidente du conseil général de Paris, interrogée sur la prise en charge des mineurs isolés : " Il serait logique qu’ils obtiennent leurs papiers. "
Parlons droit : Marchés publics, aides des collectivités locales aux associations
 
Dossier : Participation des enfants : Comment aller au-delà du pédagogique ?
 
L’enfant citoyen dans une démocratie participative
par Jean Le Gal, docteur en sciences de l'éducation
La participation des enfants se base sur des droits établis.
 
Le malentendu sur les objectifs des conseils d'enfants et de jeunes
par Valérie Bequet, sociologue
Les objectifs des conseils d’enfants et de jeunes : gestionnaire, social et politique, sont pour le moins opaques
 
Bréviandes. Dessine-moi ta commune
par Aline Chambras
Des enfants réaménagent leur ville. Reportage.
 
" La participation a toujours comme limite l’interprétation que l’on en tire "
interview de Patrick Dal Cin, paysagiste-urbaniste
 
Amérique latine. Des budgets participatifs " jeunes "
par Yves Cabannes, urbaniste
Facteur de réussite ou d’échec, perspectives... : étude de quatre cas sud-américains.
 
Québec. Une logique d’action
par Sabrina Costanzo
Le conseil municipal des enfants concentre son énergie sur les questions scolaires.
 
Italie. Des espaces publics sur mesure
par Aline Chambras
Les villes transalpines se convertissent-elles à l’expertise enfantine ?
 
Saumur. Quand les enfants prennent leur ville en main
par Sabrina Costanzo
Un conseil municipal d’enfants qui n’a pas peur de l’action.
 
" Il faut impliquer toutes les générations aux décisions. "
interview de Mikaël Garnier-Lavalley, délégué national de l’Anacej
 
Reportage L’Isle-Arné Un éco-quartier sort de terre
 
International Québec : Pointe-Saint-Charles s’imagine autrement
 
Analyses
 
Gestion des déchets : faut-il élargir les compétences publiques ?
par Gérrd Bertolini, économiste
 
Économie solidaire et réforme de l’action publique
par Jean-Louis Laville, sociologue
 
Document : Appel à une mobilisation civique (à l'initiative de Récit)
 
Débat : " Reconstruire du lien social ne se fera pas sans refonder le lien civique."
 
Et aussi ...
 
Lectures, forum des lecteurs, Adels info, le bloc-notes de l'Adels
 
 
 
Les articles en ligne
 
" Reconstruire du lien social ne se fera pas sans refonder le lien civique. "
par Céline Braillon et Serge Depaquit, présidente et vice-président de l’Adels
 
La campagne électorale a rempli les médias et les conversations. Cependant, un vide subsiste autour d’une question pourtant essentielle : comment faire société et dépasser l’actuelle déchirure du lien social ?

Un an et demi à peine après la révolte de novembre 2005, on aurait pu imaginer que la construction du vivre ensemble serait devenue l’un des thèmes majeurs de la campagne électorale, mais celle-ci a répondu à des logiques qui ne sont pas centrées sur les enjeux du futur. Pourtant, une attente existe, qu’il serait irresponsable de ne pas prendre en compte. Avec le recul, on ne peut ignorer que l’explosion urbaine de 2005 n’est que le révélateur d’une situation qui perdure et s’aggrave. L’inquiétude sociale et l’absence de perspective caractérisent les conditions d’existence des quartiers populaires, les jeunes en étant les premières victimes. Les questions posées traversent la réalité sociale de notre pays, les zones de relégation étant plus particulièrement touchées par le cumul de tous les handicaps générés par la double crise sociale et urbaine. Nombre de quartiers sont ainsi maintenus hors du fameux " intérêt général ", d’où la concomitance des fractures sociales et civiques constatées durant les vingt dernières années.

Le bon peuple

Quel est-il, cet intérêt général qui laisse au bord du chemin des pans entiers de la société ? La question ainsi posée s’adresse à toute la société française, donc à la pratique démocratique. Comment construire le vivre ensemble, donner sens à une projection collective sur l’avenir qui réponde aux besoins du plus grand nombre, à commencer par les victimes des situations sociales dégradées ?
Il est urgent que le débat public s’attache à dégager des éléments de réponse en déclinant les enjeux essentiels d’une telle démarche. Comment comprendre la fragmentation sociale qui ne cesse de s’approfondir dans les domaines les plus divers ? Le discours politique sur la mixité sociale est des plus répandu et théoriquement accepté, mais qu’en est-il dans la réalité ? Loin de la pratique traditionnelle des promesses électorales sans signification réelle, ce sont des lignes d’action qu’il conviendrait de dégager. Encore faut-il comprendre que la définition de telles lignes ne saurait résulter du fait du prince et d’une logique descendante. On ne pourra pas faire société sans renverser la donne des pratiques de pouvoir les plus répandues. Reconstruire du lien social ne se fera pas sans refonder le lien civique. Telle est sans doute l’interrogation la plus pertinente aujourd’hui : comment conjuguer ces deux exigences dans le cadre des mutations qui traversent les sociétés actuelles ?

Généraliser l’approche démocratique

Agir sur les effets politiques de la fracture sociale, c’est oser questionner la notion d’intérêt général. Il est devenu indispensable de concevoir l’intérêt général en termes de co-construction. Ajoutons que la réflexion autour de ce qui fonde le développement humain durable serait susceptible de donner du sens à ces mises en commun.
De telles démarches, appuyées sur des processus de démocratie délibérative, sont certainement les seules en capacité de conduire à une généralisation progressive de l’approche démocratique.
La qualité des thèmes proposés à l’action est cependant ici essentielle. C’est à partir d’enjeux sociaux réels que peuvent prendre sens les mobilisations autour d’intérêts communs clairement définis. La campagne électorale elle-même en a témoigné, une grande incertitude existe dans le rapport des citoyens à la représentation politique : les démarches d’adhésion certes perdurent, mais s’affaiblissent, tandis que les comportements basés sur le rejet semblent seuls en mesure de structurer une part décisive des choix de l’électorat. De fait, ce sont les contenus du contrat démocratique qui sont ainsi questionnés et exigent d’être repensés dans les conditions du monde moderne. Le citoyen a certes besoin que sa parole soit écoutée, mais on ne saurait limiter son implication à cette seule approche minimaliste. Ce sont les processus de la décision et de la mise en responsabilité de chacun qui doivent être redéfinis, afin que la société civile soit intégrée à la construction de l’action publique. Une nouvelle alliance, susceptible de redonner des perspectives à ceux qui n’en ont plus, est à initier, en synergie avec le renouvellement en profondeur de la pratique démocratique. Ces " vraies questions " sont aujourd’hui cruciales.
 
Objectifs des conseils d’enfants et de jeunes : le malentendu
Par Valérie Becquet, sociologue, université de Cergy - IUFM de Versailles, chercheure associée au Centre de sociologie des organisations becquetv@club-internet.fr
 
Les dispositifs de participation des enfants et des jeunes répondent à trois grands types d’objectifs : gestionnaire, social et politique. Dans une certaine opacité.

Le développement, au cours des dernières années, de divers dispositifs visant à faire participer les enfants et les jeunes, et les discours qui les accompagnent sur leurs bien-fondés ou leurs bienfaits, appellent une réflexion sur les objectifs poursuivis par leurs initiateurs. En regardant de plus près un des formats actuellement privilégié dans ce domaine (les conseils d’enfants et de jeunes), leur mise en place semble être sous-tendue par des approches et des objectifs hétérogènes et, surtout, inégalement clarifiés au moment de leur conception. Parfois le flou est tel que cela conduit à réduire ces initiatives à de simples entreprises d’instrumentalisation, faisant des enfants et des jeunes qui y participent les uniques attributs d’une vitrine politique. La question des objectifs est une des trois questions posée au moment de la création d’un conseil d’enfants ou de jeunes, les deux autres étant relatives au format (le public cible, le recrutement et l’organisation) et aux moyens. Par la suite, et souvent de manière très rapide, s’adjoint celle de l’efficacité qui prend la forme du " est-ce que ça marche ? " ou du " ça sert à quoi ? ", cela sans que des critères pertinents soient réellement énoncés pour apporter une réponse adéquate. Or, il est fort possible que ces différentes questions ne soient finalement que les facettes d’une seule : celle de la nature du projet entrepris pour les enfants et les jeunes.

Slogans

Que ce soit un conseil s’adressant à des enfants, des jeunes mineurs ou des jeunes majeurs, qu’il soit initié par l’État, par les collectivités locales ou par les associations, se pose toujours au départ, normalement, la question du projet. Mettre en place un conseil d’enfants ou de jeunes, soit, mais pourquoi ? : la réponse ne saurait se réduire à l’énonciation de quelques formules qui sonnent juste ou à la mise en valeur du caractère novateur de la démarche. Que signifient des slogans comme " les jeunes ont la parole " ou " vous avez la parole " ou " t’as des choses à dire ? " ; ou encore, des formulations comme " faire participer les enfants à la vie de la cité " ou " associer les jeunes aux décisions qui les concernent " et, pour finir, des expressions du type " former de futurs citoyens " ou " faire découvrir les institutions et les processus de décisions publiques " ? Les initiateurs des conseils, mais aussi les professionnels chargés de les animer, donnent-ils le même sens à ces énoncés, s’accordent-ils sur la pertinence de tels objectifs et, enfin, sur les enjeux qu’ils posent ? Par ailleurs, comment les enfants et les jeunes qui se retrouvent engagés au sein de ces instances perçoivent-ils ces discours ?
S’il ressort de l’étude globale des démarches participatives l’existence de trois objectifs (politique, gestionnaire et social), ceux-ci ne permettent pas toujours d’appréhender les buts poursuivis par les conseils d’enfants et de jeunes. En procédant par élimination, il semble d’emblée possible de considérer que ces conseils ne poursuivent pas un objectif social, c’est-à-dire qu’ils ne s’inscrivent pas dans un processus d’empowerment visant à intégrer des populations spécifiques ou à revivifier le lien entre les habitants d’un même quartier, une approche qui peut se rencontrer dans d’autres pays européens, par exemple en direction de jeunes marginalisés. D’autres dispositifs ont été conçus dans cette perspective, relevant du travail social. L’objectif gestionnaire se rapproche davantage de la réalité des conseils d’enfants et de jeunes, même s’il s’agit souvent d’un objectif inavoué. Alors que les doctrines du management public considèrent de plus en plus la pertinence d’associer les usagers ou les publics à des étapes du processus de décision ou d’évaluation publiques, cela au nom d’une plus grande transparence, efficacité ou qualité des services et des biens produits, il apparaît moins légitime de l’afficher dans le cas des enfants et des jeunes. La raison en est simple, peut-être un peu simpliste et, surtout, dommageable pour les publics visés. Serait en effet considérée comme une forme d’instrumentalisation le principe de recourir à des enfants ou à des jeunes pour contribuer à définir l’offre publique alors qu’ils sont, au même titre que leurs aînés, des usagers de services et des habitants d’un territoire.

Immortalité

Mais, derrière cette ambiguïté, s’en profilent d’autres qui renvoient aux approches spécifiques des décideurs de ces conseils. D’un côté, c’est au nom d’une incompétence technique, d’un manque d’intérêt, voire d’une forme d’immaturité que la compétence d’usage n’est pas reconnue aux enfants et aux jeunes, alors qu’elle est appréhendée comme une richesse chez leurs aînés. De l’autre, cela résulte de l’usage qui est fait du conseil, à savoir qu’il est davantage considéré comme un dispositif comparable à une offre de " loisirs " que comme un outil pour participer au processus de décision publique. Reste, enfin, l’objectif politique, dont la traduction est source de nombreux malentendus entre les élus, les animateurs et les jeunes. C’est principalement en termes d’éducation à la citoyenneté qu’il est appréhendé, le conseil apparaissant comme un outil de formation du " futur citoyen " : il constitue une sorte de pédagogie active. Or, ce qui ressort des perceptions des enfants et des jeunes de ces expériences est qu’ils prennent au sérieux la possibilité offerte d’agir " comme des citoyens ". Leur demande n’est pas d’être " éduqué à " même si, tout comme la grande majorité des personnes impliquées dans une démarche participative, ils estiment avoir acquis de nombreuses compétences. Leur intérêt se situe plus du côté de l’agir politique, aussi modeste soit-il, d’un agir revendiqué comme étant " apartisan " (plus chez les jeunes que chez les enfants), tout en étant efficace et visible. En cela, ils attendent que les conseils soient plus des lieux de participation que des lieux d’éducation par une méthode participative.