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vous êtes ici : > Territoires > année 2007> n°476 mars
 
Territoires n°476 - mars 2007

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Le sommaire

Les articles en ligne :

Les niveaux de concertation dans les opérations de renouvellement urbain

Système d'information géographique ou crayons de couleur ?

 
Sommaire
 
Initiatives locales
 
Brèves : Le futsal appelle à voter à Créteil, Allonnes zone de justice sociale,
Pas vu pas Plu à Gagny.
En blogs pour 2008 : Poitiers 2008 : bâtir ensemble un programme municipal
chronique de Christophe Oléon, blogmaster grenoblois www.greblog.net
Portrait Marion Paoletti
Pays en chantier : Que je t'aimeuh...
chronique d'Olivier Dulucq, délégué général de l'Unadel
 
Actualités
 
L'événement : Parité : il reste tant à faire
L’ébulition de M'ric
Brèves : L'Anru détruit beaucoup, mais construit-elle ?, Cantines scolaires : les déboires de la gratuité, Juges de proximité : plan de sauvetage.
Syn-chronique : L'information pour une mairie : pourquoi et comment ?
Les 50 dernières années vues à travers les pages de Correspondance municipale, puis de Territoires
La terre vue du fiel : La grippe aviaire sous contrôle ?
par Jean-Stéphane Devisse et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Interview : Georges debrégeas, co-animateur de l'Autre campagne : "Sortir de la langue de bois militante.
Parlons droit : Un droit opposable ou effectif ?
 
Dossier : Systèmes d'information géographique : une cartographie participative est-elle possible ?
 
Des plans pour résister
par Pierre Mahey, urbaniste
Représenter l’espace sur un plan reste une gageure. Pourtant, les citoyens ont intérêt à s’approprier cet outil.
 
SIG et démocratie participative : mythe ou réalité ?
par Carine Péribois, géographe
Aucune expérience sérieuse d’utilisation participative de systèmes d’information géographique n’est connue en France.
 
Ces SIG venus d'en haut
par Sabrina Costanzo
Les SIG comme outil d'aide à la décision pour les collectivités et surtout de communication.
 
Tour de France de carto participative
par Pierre Mahey
À Échirolles, Fontaine, Grande-Synthe, Montreuil... des citoyens dessinent la ville,
pour mieux la changer.
 
Malakoff 360
par Sabrina Costanzo
Des photos panoramiques, des cartes cliquables et des habitants qui apprennent à mieux connaître leur quartier.
 
SIG ou crayons de couleur ?
par Sabrina Costanzo
Un conseil de quartier de Paris se bat pour l’accès aux SIG.
 
Les " hot spots " débarquent en France
par Aline Chambras
Plus répandu que le SIG participatif : le SIG sécuritaire.
 
Pour aller plus loin
 
Reportage Nord-Pas-de-Calais : un travail de fourmis
 
International Maroc : Une brèche participative dans le plan Villes sans bidonville
 
Analyses
 
Les niveaux de concertation dans les opérations de renouvellement urbain
par Brigitte Guigou, chargée d'études à l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Île-de-France, enseigante à l'Institut français d'urbanisme
 
Sciences, société civile et politiques : un ménage à trois
par Christophe Bonneuil, historien des sciences
 
Débat : " La dernière Révolution "
 
Et aussi ...
 
Lectures, forum des lecteurs, Adels info, le bloc-notes de l'Adels
 
 
Pour aller plus loin
Sites de référence :

Conseil national de l'information géographique (CNIG)

Le CNIG a pour mission de conseiller le gouvernement sur toutes les questions relatives au secteur de l’information géographique et contribue à en stimuler le développement. www.cnig.gouv.fr

Association française pour l'information géographique (Afigéo)
L’Afigéo rassemble la communauté d’intérêt des acteurs et des professionnels privés et publics de l’information géographique. www.afigeo.asso.fr

École nationale des sciences géographiques (ENSG)
Propose des offres en matière de formation initiale, professionnelle ou à distance ainsi qu’un centre de documentation donnant accès à des références bibliographiques sur les SIG. www.ensg.ign.fr

Le SIG de la DIV
Le SIG de la délégation interministérielle à la ville permet l’accès aux données du recensement de la population Inséé pour les contrats de ville, communes et zones urbaines sensibles de plus de 6 000 habitants, ainsi que l’accès aux données ANPE sur les demandeurs d'emploi (1998, 2000 et 2002) pour les contrats de ville, les communes et toutes les ZUS. www.ville.gouv.fr

Institut géographique national (IGN)
Le géoportail de l'IGN est accessible depuis juin 2006. Il permet à chacun de naviguer en 2D sur les photos aériennes et les cartes IGN de la commune ou du lieu de son choix. La balade en 3D sera opérationnelle courant 2007. www.ign.fr

Institut atlantique d'aménagement des territoires (IAAT)
L’IAAT est un centre de ressources auprès des territoires de Poitou-Charentes et des régions atlantiques, il produit des données utiles à l’analyse des évolutions des territoires, diffuse l’information sous forme cartographique, et conçoit des outils de débat, des supports à la mutualisation et au partage des données et informations. Le site de l’IAAT propose
l'" AtelierC@rto ", outil de création cartographique qui permet de consulter, de concevoir et de télécharger sa propre carte à partir de données et indicateurs régulièrement actualisés. www.iaat.org

Centre régional de l'information géographique Provence-Alpes-Côte d'Azur
Le Crige PACA réuni les différents utilisateurs de systèmes géographiques de la région Paca et met au service de l’ensemble des acteurs publics et de leurs ayant droit des cartes et des bases de données. www.crige-paca.org

Quelques lectures :

Les figures du projet territorial. La Tour d’Aigues, Bernard Debarbieux et Sylvie Lardon, éditions de l’Aube, Datar, 2003, 270 p.

Ces territorialités qui se dessinent. La Tour d’Aigues, Bernard Debarbieux et Martin Vanier, éditions de l’Aube, DATAR, 2002, 267 p.

Représentations spatiales et développement territorial, Sylvie Lardon, Pierre Maurel et Vincent Piveteau, Paris, Hermès, 2001, 437 p.

L’apport de l’information géographique à la construction des intercommunalités : les défis de la concertation en France et en Belgique, Carine Péribois et Stéphane Roche, Les Annales de la Recherche Urbaine, n° 99 Intercommunalité et intérêt général, septembre 2005, p.84-92.

Aspects organisationnels des SIG, Stéphane Roche et Claude Caron, éditions Hermès-Lavoisier, Traité IGAT, Paris, 2004, 312 p.

Cartographie animée et interactive, Didier Josselin, Sara Fabrikant, Revue internationale de géomatique volume 13 - n° 1, Hermès, 2003, 127 p.

La mise en oeuvre d'un système d'information géographique dans une collectivité territoriale, Michel Essevaz-Roulet, La Lettre du Cadre Territorial, 1999, 194 p.

Maîtrise d'ouvrage SIG, fiches techniques du Conseil national de l’information géographique,
n° 0 à 70, CNIG, 1997 à 2003.
 
 
Les articles en ligne
 
Les niveaux de concertation dans les opérations de renouvellement urbain
Par Brigitte Guigou, chargée d’études à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France, enseignante à l’Institut français d’urbanisme
 
Dans les sites en rénovation urbaine, les acteurs locaux peuvent choisir entre quatre voies de concertation avec les habitants : n’y mettre aucune énergie, se concentrer sur la gestion urbaine, travailler le rapport à l’espace public ou débattre des choix politiques à l’œuvre.

Reprenant des orientations affichées dans le cadre de la politique de la ville à la fin des années 90, l'Agence nationale de rénovation urbaine (Anru) fait de l’amélioration de la gestion urbaine de proximité un enjeu dans les quartiers en rénovation urbaine. L’Anru souligne aussi la nécessité d'impliquer les habitants dans ces démarches qui visent à améliorer le quotidien par une gestion concertée entre les collectivités locales et les bailleurs sociaux. Force est pourtant de constater qu’il y a loin des intentions affichées à la réalité des actions menées. Les expériences d’implication des habitants dans la gestion urbaine sont peu nombreuses, et le nombre d’habitants concerné reste faible. Dans une majorité de sites, la relation aux habitants s’organise principalement autour de l’information sur les options du projet urbain, sur les démolitions et les relogements. Dans ces sites, il s’agit d’abord de négocier et d’accompagner les locataires dans leur processus de relogement. Quelques sites font pourtant exception. S’appuyant sur les changements ouverts par le projet de rénovation urbaine, élus et techniciens travaillent avec les habitants et leurs associations pour améliorer la gestion quotidienne du quartier et anticiper sur la phase d’après-chantier. Je fais ici le choix de " zoomer " sur les lieux qui ont développé les démarches les plus intéressantes, pour illustrer la diversité des actions, des modes d’organisation et des orientations qui fondent ces démarches. En effet, les dispositifs d’implication des habitants s’appuient sur des conceptions différentes de la place des habitants des quartiers populaires dans la ville.

Déficit de concertation


La résidentialisation [1] apparaît, dans plusieurs des sites étudiés [2], comme une opportunité pour rattraper un déficit de concertation autour du projet de rénovation urbaine. L’enjeu est de renouer ou de renforcer un dialogue qui a pu être distendu, de dépasser des conflits qui ont pu opposer élus, direction des organismes bailleurs avec les habitants et leurs associations. De plus, élus et techniciens sont souvent perplexes sur les choix d’aménagement des espaces résidentialisés. Les incertitudes sont nombreuses sur la taille des unités résidentielles à créer, la localisation des places de stationnement, l’intérêt de proposer ou pas des aires de jeux et des espaces collectifs pour les résidents (jardin, cour, local, etc.). Engager une concertation permet, dans l’esprit des élus et des techniciens, une programmation plus adaptée aux usages et aux modes d’intervention des gestionnaires.
C’est ici l’expertise d’usage des habitants qui est valorisée. L’implication repose alors sur des modalités diverses : appel aux volontaires, repérage d’habitants ressource, enquêtes usages, communication (affiches, courrier, porte-à-porte, etc.). Elle s’accompagne parfois d’un travail pédagogique à destination de tous les acteurs (habitants, professionnels, élus), par exemple sous la forme de visites d’opérations de résidentialisation, ou d’échanges avec des professionnels ayant expérimenté de telles opérations. Il est évident que la réception de cette offre de concertation dépend de l’histoire des relations entre habitants, élus et techniciens. Lorsqu’il y a des conflits autour des options du projet (démolitions, prévisions d’évolution des loyers et des charges…), l’espace ouvert pour la concertation devient un lieu d’affrontement. De même, si la gestion quotidienne du quartier est défaillante, si l’information circule mal, si les nuisances liées au chantier sont trop fortes, l’espace sera utilisé par les habitants pour traiter ces enjeux. Quelles que soient leurs divergences, élus, professionnels et habitants espèrent néanmoins que le projet de rénovation urbaine apportera des améliorations notables dans les relations entre résidents. Mais les uns et les autres conçoivent cette influence du " spatial " sur le lien social de façon différente.

Méfiance à l’égard des espaces collectifs

La ville et les bailleurs sociaux espèrent que la résidentialisation facilitera la gestion et améliorera les relations sociales. Tous deux attendent une régulation des tensions et une appropriation des espaces collectifs par les résidents. Pour ceux-ci, la concertation ouvre un espace de dialogue. C’est l’occasion de parler de l’ambiance, des tensions entre voisins, des manquements à la règle. Confrontée aux difficultés d’établir des normes entre voisins sur la " bonne " manière d’utiliser les parties communes, la majorité des habitants témoignent d’une méfiance par rapport aux espaces collectifs. La plupart n’ont aucun désir de s’approprier des espaces partagés avec des voisins, notamment par crainte des tensions qui pourraient s’y développer. Ils aspirent d’abord à bénéficier de lieux calmes, propres et bien gérés. La méfiance des habitants est d’ailleurs d’autant plus forte qu’il existe des dysfonctionnements dans les modes d’intervention des gestionnaires, des attentes non satisfaites sur la propreté, la tranquillité ou la gestion du peuplement… Dans ce contexte, améliorer la gestion du quartier de façon significative est indispensable. C’est une condition sine qua non à l’implication des habitants. Le non respect de cette condition explique l’essoufflement de démarches qui sont lancées indépendamment de toute amélioration concrète et visible de la propreté ou de la tranquillité du quartier.
Pour autant, les sites qui appuient leur dispositif d’implication sur de réelles avancées en matière de gestion de proximité peuvent aussi avoir des conceptions divergentes. Pour certains, un aménagement et une gestion de qualité sont suffisants pour améliorer le fonctionnement des unités résidentielles. La concertation est alors centrée sur les aménagements et la gestion des espaces. L’apport des habitants est conçu sous l’angle d’une expertise d’usage. C’est notamment le cas lorsqu’il n’y a pas de visée politique qui sous-tend la concertation, ou lorsque les bailleurs sociaux deviennent les principaux, voir les seuls interlocuteurs des habitants. Cette option a plusieurs limites. D’une part, il n’est pas évident que la concertation avec les usagers aboutisse de façon mécanique à un projet de meilleure qualité. Les évaluations montrent la complexité et la multiplicité des facteurs qui influent sur la perception de la qualité dans l’habitat. D’autre part, elle enferme l’habitant dans son rôle de locataire et la concertation dans un dispositif technique, visant principalement à optimiser les choix d’aménagement dans les espaces résidentiels. Elle opère donc une coupure entre la sphère du résidentiel et la sphère de l’espace public, alors même que les deux sont intimement liés. Les tensions ou dégradations dans l’un des espaces ont nécessairement des répercussions sur l’autre type d’espace.

Définir des règles communes

Pour d’autres, réaménagement et gestion doivent s’accompagner d’un travail sur la régulation des relations et sur l’appropriation des espaces collectifs. Des réseaux d’habitants ressource et des chartes de bon voisinage à l’échelle des unités résidentielles sont par exemple mis en place. Ces chartes ont pour objectif de définir des règles collectives d’usage et de gestion des espaces partagés. Elles ouvrent un dialogue sur les manières de vivre ensemble et de régler des différents. L’élaboration d’une charte, lorsqu’elle s’inscrit dans un processus de travail pérenne, peut contribuer au renforcement de la confiance des habitants dans leurs propres capacités d’initiatives et dans celles des institutions. Dans un site, la qualité des espaces résidentiels et publics, l’amélioration de la gestion et l’ouverture d’un dialogue a transformé en adhésion l’opposition initiale des habitants vis-à-vis de l’option de mise à disposition d’espaces partagés. D’un site à l’autre, des différences existent pourtant dans le poids donné aux institutions dans la régulation des relations sociales : certains mettent davantage l’accent sur la responsabilité individuelle des habitants (les problèmes seraient d’abord dus aux comportements des habitants qui ne respecteraient pas les règles du vivre ensemble). D’autres donnent un poids plus important aux institutions (les problèmes ont d’abord pour cause des défaillances d’organisation, de savoir-faire ou de légitimité des acteurs de proximité). Ces deux conceptions vont conduire à privilégier des interventions différentes (et parfois complémentaires), dans le premier cas, par exemple, l’appui sur des habitants ressource jouant un rôle de médiateur, dans le second cas l’appui sur des acteurs socio-éducatifs (travailleurs sociaux, éducateurs, médiateurs, enseignants, police de proximité…).
Dans quelques sites, enfin, la concertation s’inscrit aussi dans une visée politique. Face aux difficultés de recrutement des amicales de locataires et au faible engagement politique des habitants, la concertation sur la gestion du quartier est conçue comme une opportunité pour amener les habitants à s’investir dans la vie publique. Les questions abordées dépassent alors le cadre de la proximité ou, plus exactement, les problèmes quotidiens de gestion sont utilisés pour débattre des choix politiques. La gestion urbaine peut alors fonctionner comme un support à la démocratie participative et à la décentralisation de la gestion de la collectivité locale. Pour les élus, l’enjeu est de donner aux habitants les moyens d’analyser les dynamiques du quartier en lien avec celles des échelons territoriaux de plus grande taille. Il est aussi de leur donner les moyens d’avoir individuellement et collectivement prise sur les décisions. Des villes comme Grenoble dans les années 60 ou Nantes au milieu des années 90 ont expérimenté des démarches de ce type. Les élus engagés dans les projets de rénovation urbaine ont-ils aujourd’hui la capacité de soutenir durablement ces démarches ? Brigitte Guigou

1 La résidentialisation se traduit par la création d’unités résidentielles dont les limites avec l’espace public sont matérialisées, et qui regroupent un ensemble de logements autour d’espaces collectifs et des services à l’habitat.
2 Cet article s’appuie sur les travaux menés depuis plusieurs années par l’Iaurif sur la gestion urbaine de proximité. Pour en savoir plus : Fiches repères pour la rénovation urbaine. Les démarches de gestion urbaine de proximité, Anru, 2006, et Vers des projets de rénovation urbaine pérennes ? L’apport des démarches de gestion urbaine de proximité, note rapide n° 421, décembre 2006, Iaurif.

À lire aussi : " Les incertitudes de la résidentialisation. Transformation des espaces et régulation des usages ", dans La société des voisins. Partager un habitat collectif, sous la direction de Bernard Haumont et Alain Morel, Maison des sciences de l’homme, 2005.
 
Système d'information géographie ou crayons de couleur ?
par Sabrina Costanzo
 
Paris - Porte Saint-Denis Paradis. L’utilisation citoyenne des SIG se heurte au problème de l’accès aux données. Passé cet obstacle, les SIG permettent de donner corps et de renforcer les propositions émanant des structures participatives.

" Un exemplaire papier du plan parcellaire de Paris et une boîte de crayons de couleur : voilà ce que la mairie de Paris a donné aux conseils de quartier dans le cadre de la concertation pour le renouvellement de son Plan local d’urbanisme ", rappelle amusé René Perier, membre de l’équipe d’animation du conseil de quartier Porte Saint-Denis Paradis, situé dans le 10e arrondissement parisien. Pour donner corps à leurs propositions, les membres de ce conseil de quartier avaient en effet envisagé d’utiliser les potentialités des SIG. Mais, en tant que structure de participation, ils se sont heurtés à l’obstacle de l’accès aux données. La demande du conseil de quartier auprès de l’Atelier parisien d’urbanisme (Apur) de disposer des données numériques n’a pas été relayée par la mairie du 10e arrondissement. " L’Apur était pourtant tout disposé à mettre à disposition les informations ", relève René Perier. " Cet exemple illustre un phénomène assez général : les services ont du mal à passer à une gestion de l’information à l’aide de bases de données. Et lorsqu’ils franchissent le cap, il leur est difficile de partager cette information. Les services publics sont ainsi très souvent réticents à mettre les données à disposition. " L’utilisation citoyenne des SIG se heurte aussi à l’impossibilité d’accéder aux fonds de cartes numériques, (licences d’utilisation des producteurs comme l’IGN) et au caractère onéreux des logiciels informatiques (SIG) qui allient gestion de bases de données et gestion de la cartographie. " Les SIG n’ont d’intérêt qu’à condition que les données et les produits finis soient accessibles et échangeables ", insiste René Perier. Car cet ancien expert géomètre et urbaniste, aujourd’hui consultant, croit en la vertu des cartes et de l’information géographique comme outil d’aide à l’élaboration de projets. " Nous avons besoin de la cartographie pour avoir un vrai débat public. Elle permet de donner corps aux propositions citoyennes. Les SIG sont des outils qui peuvent faciliter et renforcer le dialogue et les complémentarités des conseils de quartier et des structures participatives avec les services techniques. "

Scanner les cartes

Le conseil de quartier, déterminé à aller au bout de son ambition cartographique, a malgré tout réussi, grâce à une bonne connaissance des procédés teintée de débrouillardise et d’une forte dose de mobilisation, à utiliser les SIG, et à fournir cartes et plans numériques pour présenter ses propositions, notamment dans le cadre du Plu. " Pour le Plu, nous n’avons pas pu avoir accès à une cartographie numérique et nous avons dû scanner l’exemplaire papier qui nous a été donné. Par ailleurs, nous avons pu obtenir par nos propres moyens une photographie aérienne. Nous avons en fait décliné localement l’excellent travail d’analyse urbaine réalisé par l’Apur au niveau de Paris." Le 10e arrondissement parisien compte plus de 90 000 habitants et six conseils de quartier. Le conseil de quartier Porte Saint-Denis Paradis dispose d’une équipe d’animation " élargie " de dix-sept membres. Pour le Plu, le conseil de quartier a lancé un appel à participation. Près d’une cinquantaine de personnes ont mené, par groupe de deux ou trois, des enquêtes sur les dix-neuf îlots du quartier. Les informations ont été classées par thème et par îlot puis retranscrites en propositions sous forme de cartes et de plans à l’aide d’un logiciel de SIG. Le conseil de quartier a ainsi pu produire un plan numérique simplifié du parcellaire et y affecter de l’information sous forme de couches de données relatives à la nature du bâti, aux espaces verts, cheminements doux, parkings…, et le SIG leur a permis de croiser les données et de produire des cartes thématiques en utilisant des couleurs mettant par exemple en évidence la nature des parcelles : blanc pour une co-propriété privée, jaune pour une mono-propriété institutionnelle, rouge pour une propriété publique. " Lorsqu’il s’est agi de formuler des propositions dans le cadre du Plu en matière de logements sociaux, cela nous a permis de mettre rapidement en évidence les mono-propriétés, les plus adaptées pour ce type de construction. Nous souhaitions attirer l’attention sur la nécessaire vigilance à assurer sur la mutabilité des quartiers : il nous a été possible de croiser clairement le type de propriété de la parcelle et sa qualité ", constate René Perier. Autre exemple : le conseil de quartier a mis en place un " groupe verdir ". Composé d’une dizaine de personnes, il planche sur un programme de végétalisation du quartier et a formalisé sur un plan les opérations de végétalisation imaginables : à chaque objet (jardinière, etc.) est affecté un symbole et chaque couleur correspond à un projet d’aménagement. Tout un travail qui a demandé un effort de synthèse des propositions et de création de typologies mis à plat dans un tableau synthétique réalisé en parallèle à la cartographie.

Mobilisation des compétences

Preuve est faite que les compétences locales peuvent être force de propositions partageables. Mais encore faut-il savoir les mobiliser. " La compétence citoyenne est éclatée. Sur les 15 000 habitants que compte le quartier il y a plusieurs dizaines de cabinets d’architectes, sans compter les paysagistes et les urbanistes ", constate René Perier. L’Appel à idées lancé par le conseil de quartier en mai 2006 pour le réaménagement du cœur d’îlot Bonne nouvelle Échiquier (Territoires n°471) a permis de recueillir quatorze proposions dont la majorité ont été produites sous format numérique. " La démocratie participative trouve son intérêt lorsque les habitants qui ont des compétences techniques trouvent des modalités de diffusion de l’information qui puissent être appréhendées par tous les habitants ", analyse Xavier Boissarie, membre du conseil de quartier et développeur d’applications 3D en temps réel. " La démocratisation des données urbaines est moins liée à un appauvrissement de ces données qui appelleraient à être simplifiées qu’à un travail de design sur la présentation de l’information. "

Du wiki appliqué aux SIG...

Traduire des systèmes de données urbaines complexes en images partageables par tous, c’est ce que Xavier Boissarie, fraîchement initié aux SIG, a essayé de faire avec les membres du conseil de quartier en pensant le site Parole publique, interactif et participatif, facile à manipuler, offrant la possibilité pour les habitants d’entrer eux- mêmes des données. " Il n’existe pas encore de SIG participatifs permettant de faire de la concertation en temps réel avec entrée immédiate des données, du Wiki appliqué aux SIG en quelque sorte. Mettre de tels outils entre les mains des habitants permettrait d’aller plus loin dans la démocratie participative ", estime Xavier Boissarie. Par manque de moyens humains et financiers, le site Parole publique n’a pu être développé. " Ce serait un atout considérable si les compétences des professionnels du quartier, associées aux compétences d’usage des habitants et usagers du quartier, pouvaient être mises à contribution en appui au travail des services techniques et à celui des élus ", espère René Perier. Mais ceux-ci ont encore du mal à admettre qu’il existe une compétence des habitants. Le discours des élus tombe encore très souvent dans le registre du " pourquoi donner de tels outils aux habitants ? ", ou du " c’est trop compliqué pour eux "… Le tout teinté d’une certaine méfiance : " Ils vont trop loin dans ce qu’on leur a demandé dans le cadre du Plu. " " La mairie est d’accord pour consulter les conseils de quartier, mais ne va pas jusqu’au bout de la logique ", estime René Perier. " Elle est un intermédiaire, et c’est normal, car il est difficile pour les services centraux d’auditionner l’ensemble des acteurs. Mais il aurait été souhaitable que la ville ménage, en plus des séances publiques d’information, des temps de dialogue et de travail entre les conseils de quartier et les agents municipaux missionnés pour le Plu. Nous avons ici, à tort, fait preuve de discipline, et décidé de ne pas contourner la mairie d’arrondissement . Mais dans le cadre de la concertation sur le Plan climat, nous sommes déterminés à aller voir directement la mission Plan climat ", ajoute René Perier, convaincu que le rôle d’un conseil de quartier ou de toute autre instance de démocratie participative n’est pas seulement de permettre de recueillir l’avis des habitants mais de faire en sorte qu’ils participent à la préparation voire à la prise de décision. " La démocratie participative c’est de la mobilisation de compétences, elle doit permettre un apport de données complémentaires aux données publiques. Dans ce cas, les SIG prennent tout leur sens, car ils sont indissociables de l’idée de mobilisation de compétence." Sabrina Costanzo