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Territoires n°472 - novembre 2006

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  Journal de Territoires
n°472 - novembre
2006


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Dossier de Territoires
n°472 - novembre 2006


Jeune aux ressources incertaines
cherche logement avec vue sur avenir

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Dossier de Territoires n° 472 - novembre 2006
 
> LE SOMMAIRE
 
Fondamentaux
 
Panorama
Le mal logement des jeunes
rencontre avec Michel Mouillart, économiste
 
Logement des jeunes
Une galère ni anecdotique ni folklorique
Didier Vanoni, sociologue
 
L’état de jeunesse
Entre recherche d’autonomie et besoin d’accompagnement
Emmanuelle Maunaye, sociologue
 
Pour aller plus loin
Glossaire
 
Parlons droit
Engagement national pour le logement
Raphaëlle Cadet, avocate
 
Acteurs
 
Indre-et-Loire
Une association sur tous les fronts
Nicolas Leblanc, journaliste
 
Deux sèvres
Parthenay particulier
Aline Chambras, journaliste
 
Marne-la-Vallée
Des gaulois chez Disney
Sabrina Costanzo, journaliste
 
Débats
 
L’habitat, outil de socialisation
Loger les jeunes autrement
rencontre avec Nadine Dussert, UFJT
 
Crises du logement
Ouvrir l’accès au parc privé et à la ville
rencontre avec Jean-Pierre Lévy, urbaniste
 
Politiques pour le logement des jeunes
Adapter les politiques locales à des besoins nombreux et fluctuants
rencontre avec Jean-Claude Daniel, maire de Chaumont et Patrick Quinqueton, UFJT
 
Parlons droit
Le nouveau code des marchés publics
Raphaëlle Cadet, avocate
 
Conférences
 
Les " cadres " de l’expérience contestataire
Lilian Mathieu
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Panorama
Le mal logement des jeunes
rencontre avec Michel Mouillart
 
Territoires : Peut-on parler d’une spécificité du logement des jeunes ?

Michel Mouillard : La réponse à cette question n’est pas très facile. Car reconnaître que la question du logement des jeunes est spécifique, ce serait accepter que les moyens qui sont mis à disposition restent limités aux jeunes. Or, il est vrai qu’il y a un aspect spécifique du logement des jeunes, compte tenu, notamment, de leurs difficultés d’inscription dans un parcours résidentiel. Mais le vrai problème à traiter reste la question du logement en général avec, bien sûr, la question des jeunes qui se pose avec plus d’acuité puisqu’ils sont plus fragiles. Mais dire " oui, il y a une question spécifique du logement des jeunes ", c’est refuser de mettre en place une politique globale du logement or, on sait que c’est le contraire qu’il faut faire.

Les problèmes de logement touchent toutes les populations, mais sont amplifiés pour les jeunes. Pourquoi ?

Tout d’abord parce qu’ils ne sont pas encore " construits " et qu’ils vivent une période de fragilité : ils sont à un moment où leur parcours familial est heurté, leur parcours professionnel encore désordonné et leur parcours individuel en cours d’élaboration. Donc, la réponse logement que l’on pourrait leur apporter ne pourra être qu’imparfaite ou tout au moins provisoire, transitoire, dans le sens où, dans quelques mois, c’est peut-être de tout autre chose dont ils auront besoin s’ils se sont stabilisés. C’est pour ça que la situation est difficile et elle est d’autant plus difficile que cette instabilité ne trouve pas de compensation dans les réponses que le marché du logement peut leur apporter. Au contraire, le marché du logement aujourd’hui n’accepte plus cette forme d’instabilité. Et c’est là que le choc apparaît.

C’est-à-dire ?

J’ai été président d’un groupe de travail sur le logement des jeunes au Conseil national de l’habitat (CNH) de 2000 à 2002. Notre premier constat était le suivant : 8 % des jeunes qui avaient décohabité se trouvaient dans une situation de logement préoccupante à tous les égards (charges de logement insupportables, logements vétustes, indignes, etc.). De telles conditions ne peuvent que conduire à des dérives comportementales, comme l’absence de soins médicaux ou d’alimentation en raison de charges de logement conduisant à la privation. Pour traiter cela, il aurait fallu 400 000 logements supplémentaires abordables et dignes. Or rien n’a été fait. De plus, certains dispositifs ont même été défaits, avec le rétablissement du principe de l’évaluation forfaitaire pour les jeunes ou le rétablissement du délai du mois de carence, dont les conséquences sont très lourdes. Je m’explique : quand on aborde la question des aides personnelles au logement, puissant facteur de solvabilisation des jeunes ménages, on pourrait penser que les jeunes qui ont de faibles ressources devraient avoir beaucoup d’aides personnelles. Mais pour éviter ce genre de compensation, un principe diabolique a été mis en place : celui de l’évaluation forfaitaire des revenus pour les moins de vingt-cinq ans. C’est-à-dire que l’on prend pour principe que ces jeunes ont un revenu minimum qu’ils ne déclarent pas et qui peut représenter jusqu’à l’équivalent du Smic, quelle que soit leur situation (qu’ils soient SDF ou salariés). Ce mode de calcul avait été supprimé fin 2001 suite à une recommandation du groupe logement des jeunes du CNH. Mais Marc-Philippe Daubresse, alors secrétaire d’État au Logement, l’a rétabli en 2002. C’est un formidable retour en arrière auquel on a ajouté le rétablissement du délai du mois de carence : une des particularités des parcours professionnels des jeunes, c’est leur côté chaotique (alternance de périodes de travail et de chômage notamment). Or, avec ce système, à chaque fois qu’ils se trouvent en situation de perte d’emploi, leur premier mois de chômage ne donne pas droit aux versements des aides personnelles. Ainsi, un intermittent du spectacle peut perdre trois mois d’allocations logement s’il est trois fois au chômage dans l’année.

Nous parlons d’un " public jeune ". Mais peut-on vraiment faire abstraction des multitudes de situations ?

Non, en effet. Certes il y a une spécificité commune aux jeunes qui consiste à dire qu’ils sont dans l’élaboration de leur parcours résidentiel, familial et professionnel. Mais au-delà de ce particularisme, il y a de grandes disparités et notamment celle qui sépare les jeunes qui peuvent compter sur la solidarité familiale, au sens financier du terme, de ceux qui ne peuvent pas compter dessus. On sait que ce qui fait la précarité et la difficulté d’accès au logement des jeunes c’est la faiblesse de leurs ressources et la faiblesse de la qualité de leur signature (notamment concernant les cautions ou les garanties). Mais s’il y a derrière une solidarité familiale qui peut s’exprimer par transfert de ressources, cela est déterminant, à la fois, pour choisir son logement, pour l’équiper et pour y rester. Le problème aujourd’hui c’est que c’est précisément cette différence que les aides personnelles devraient compenser. Or ce n’est pas le cas. Les difficultés d’accès au logement sont donc d’autant plus fortes que les revenus des jeunes sont faibles et que les revenus des parents le sont aussi. Et les différences se creusent. Ainsi en 1999-2000, seuls 12,5 % des moins de trente ans accédaient à la propriété. En 2005, ils sont près de 20 %. Cette progression spectaculaire montre bien le fossé qui sépare ceux qui ont bénéficié de la solidarité familiale et les autres. Cela témoigne aussi du fait que ce ne sont plus les aides qui remplissent leur fonction de solidarité mais la famille. En matière de logement, ce genre de situation est totalement discriminante.

La question du logement des jeunes se pose-t-elle seulement dans certaines
régions ?


Pendant longtemps on a pensé que la question du logement des jeunes concernait surtout les grandes agglomérations, et notamment la région parisienne, où les loyers sont élevés. Cela est toujours vrai, mais aujourd’hui, les hausses de loyer se sont généralisées à l’ensemble du territoire et même les espaces ruraux n’y échappent plus. Bien sûr, on trouve encore des régions (comme certaines vallées des Vosges ou des pays dans l’Allier, etc.) où l’on observe des niveaux de loyer et de prix abordables. Mais dans ces zones, il n’y a plus d’activité économique et donc aucune perspective professionnelle ou familiale pour des jeunes qui voudraient s’y installer. Néanmoins, dans l’ensemble, on peut dire qu’aucune partie du territoire n’échappe au mécanisme du mal logement pour les jeunes, qu’ils soient saisonniers, étudiants, jeunes travailleurs ou apprentis. Cela s’explique certainement par le fait que la société considère trop facilement qu’il ne s’agit que d’une situation temporaire, et que pour devenir un adulte, il faut en passer par là. Propos recueillis par Aline Chambras
 
> POUR ALLER PLUS LOIN
 

Contacts

Union nationale des foyers et services pour jeunes travailleurs (UFJT)
www.ufjt.org

Fédération des associations pour la promotion et l’insertion par le logement (Fapil)
www.fapil.net

Union sociale pour l’habitat (USH)
www.union-habitat.org

Fondation Abbé Pierre
www.fondation-abbé-pierre.fr

Agence nationale pour l’information sur le logement (Anil)
www.anil.org

Consommation, logement et cadre de vie (CLCV)
www.clcv.org

Confédération nationale du logement (CNL)
www.lacnl.com

À lire

La construction de l’autonomie. Parents et jeunes adultes face aux études, Vincenzo Cicchelli, Puf, 2001.

" Entrer dans la vie adulte : des étapes toujours plus tardives mais resserrées ", Olivier Galland, Économie et statistique, n° 337-338, 2000.

l " Le départ de chez les parents : définitions d’un processus complexe ", Catherine Villeneuve-Gokalp, Économie et statistique, n° 304-305, 1997.

Jeunes en transit, l’aventure ambigüe des FJT, Olivier Galland et Marie-Victoire Louis, éditions Ouvrières, 1984.

UFJT, d’une jeunesse ouvrière à une jeunesse incertaine, Françoise Gaspard, L’Atelier, 1995.

Conseilleriez-vous à un(e) ami(e) de venir ici ?, Bernard Bastien et Philippe Bataille, L’Atelier, 1998.

Penser l’éducation populaire, Gérard Bonnefon, Chroniques sociales, 2006.

 
Journal de TERRITOIRES n° 472 - novembre 2006
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Nouveau cap pour la coopération décentralisée
Par Aline Chambras, journaliste
 
La Commission nationale de la coopération décentralisée s’est réunie le 3 octobre pour tirer le bilan des actions internationales portées par les collectivités locales et en présenter les nouvelles orientations. Une volonté de réforme qui suscite des inquiétudes.

La Commission nationale de la coopération décentralisée (CNCD) veut-elle infléchir le cours de la coopération décentralisée vers une plus grande rentabilité ? Réunie en séance plénière, sous la houlette de Brigitte Girardin, ministre déléguée à la Coopération, au développement et à la francophonie et en présence de Brice Hortefeux, ministre délégué aux Collectivités territoriales, la CNCD a en effet dressé un constat mitigé des expériences menées par les collectivités locales sur la scène internationale et présenté ses desiderata pour les années à venir. Certes, elle s’est tout d’abord félicitée d’une hausse de 15 %, pour l’année en cours, du budget alloué aux collectivités dans le cadre de leur action à l’international, soit 12,5 millions d’euros. Elle a également salué la forte présence française à l’étranger en rappelant que l’on recense aujourd’hui 3 250 collectivités ou groupements français impliqués dans plus de 6 000 coopérations décentralisées dans près de 120 pays. Elle a enfin réaffirmé sa volonté de donner encore plus d’autonomie aux collectivités dans leurs choix en matière de coopération décentralisée. Mais elle s’est aussi fortement inquiétée d’une " insuffisance de la présence des collectivités dans des pays qui paraissent avoir un rôle croissant sur la scène mondiale, comme l’Inde, le Brésil ou la Chine, pays émergents qui ne comptent que 220 liens, soit 11,2 % du total ", selon les termes de Brice Hortefeux. Ce dernier a, dans le même temps, déploré " une trop forte concentration de la présence du monde local français en Afrique Subsaharienne et dans l’Océan indien, avec 640 liens dont 120 rien que pour le Mali ". Concentration qui pourrait, selon lui, conduire à " une concurrence stérile ". Conclusion : une liste de destinations prioritaires, dont les noms n’ont pas encore été rendus publics, sera proposée aux collectivités.

Représentants de commerce

Pour Adda Bekkouche, chargé d’enseignement au département de science politique de l’université de Paris 1 (Panthéon-Sorbonne), la CNCD s’est distinguée par " la présence de fortes contradictions dans les consignes qu’elle a présentées le 3 octobre ". En effet, selon le chercheur, le gouvernement a beau prôner d’un côté la libre administration des collectivités, il n’a de cesse, d’un autre côté, de leur intimer d’agir en priorité en direction des pays émergents. " Ce qui revient à induire une réorientation économique de la coopération décentralisée, au détriment du principe d’autonomie des collectivités et de la notion de coopération en faveur du développement local et social (éducation, environnement, etc) ", s’inquiète Adda Bekkouche. Car la CNCD a décidé de mettre en place, pour la première fois, un nouveau dispositif de trois appels à projets, qui devrait permettre de définir quels programmes recevront le soutien financier du ministère des Affaires étrangères. " Quels seront les critères de sélection pour ces appels à projet ? ", s’interroge Adda Bekkouche. Selon lui, le plus grand risque serait que les collectivités " se transforment en représentants de commerce, responsables du rayonnement de la France à l’étranger et soient poussées à abandonner la question de la solidarité internationale ".

Abandonner l’Afrique ?

À Romans-sur-Isère, dans la Drôme, où les actions de coopération décentralisée sont nombreuses (voir Territoires n° 445, février 2004), le maire socialiste, Fabrice Bertholet, estime lui aussi que la CNCD a étonnamment insisté sur " le renforcement de l’influence de l’État en matière de coopération décentralisée ", mais ne s’alarme pas outre mesure. En effet, selon lui, " il n’y a pas grand bouleversement dans les nouvelles orientations prises par la CNCD ". Il lui paraît légitime que l’État " garantisse à ceux qui tiennent compte de ses souhaits une aide plus forte ". Cependant, il confesse que " s’il s’agit, en fait, d’abandonner notre travail avec l’Afrique, uniquement pour faire des bonnes affaires en Chine ou au Brésil alors, dans ce cas, il y a un vrai dévoiement de la notion de coopération décentralisée ". Avant d’ajouter que cette hypothèse lui paraît néanmoins trop radicale. Même son de cloche à Cités-Unies France (réseau qui fédère, depuis 1975, les collectivités territoriales engagées dans la coopération internationale). En effet, pour Nicolas Wit, le directeur général adjoint, pas question, pour l’instant, de tirer la sonnette d’alarme : " de nombreux élus sont sensibles à la dimension économique de la coopération et sont donc d’accord avec la volonté affichée du gouvernement de faire de la coopération un moyen de pénétration de nouveaux marchés. " Reste qu’il craint que " l’approche purement économique mise aujourd’hui en valeur ne soit plaquée à l’ensemble des actions de coopération ". Ce qui reviendrait à détourner la coopération décentralisée de ses engagements fondamentaux.
À suivre.