Montsauche les Settons
Les sillons de la participation
Sabrina Costanzo
Grâce au comité
de territoire des Grands lacs du Morvan, le canton de Montsauche
les Settons dispose d’un projet d’animation de son
territoire et expérimente la concertation entre acteurs
locaux.
Un territoire vierge d’industries, des champs vallonnés
à perte de vue avec des vaches qui paissent paisiblement…
mais sans s’adonner à leur supposé passe-temps
favori : regarder passer les trains. Car, ici, au cœur
du Morvan, le train s’arrête à Montbard.
Et pour rejoindre Saulieu, puis les communes jouxtant le lac
des Settons, les routes sinueuses constituent le passage obligatoire.
Le manque d’axes de communication est un des principaux
soucis du canton de Montsauche les Settons, territoire classé
zone montagne. Ses 3 700 habitants et une densité comprise
entre onze et treize habitants au km2 révèlent
une autre difficulté, celle de répondre au plus
près aux besoins de la population. Les morvandiaux de
souche sont aussi, pour la plupart, peu enclins à participer
à l’animation de leur territoire, car encore très
ancrés dans leurs traditions, un trait renforcé
par l’habitat majoritairement composé de fermes
isolées et de petites bourgades. " On a du mal à
faire participer la population ", constate Sylvie Marmiez,
animatrice du centre social. " Ils ont tendance à
dire qu’ils ne sont pas concernés. Un des enjeux
du projet de territoire est de les convaincre du contraire.
" Une population à l’âme d’autant
moins participative qu’elle n’a jamais vraiment
été incitée à le faire par ses élus.
L’esprit de François Mitterrand, maire de Château-Chinon
et conseiller général du canton de Montsauche
les Settons, soucieux de préserver l’authenticité
du Morvan et dont la culture politique allait plus à
la centralisation du pouvoir qu’à son partage,
guide encore beaucoup d’édiles locaux. L’action
du comité de territoire du canton de Montsauche les Settons,
association qui œuvre à dynamiser le territoire
en favorisant la participation et qui a mis en place, en 2004,
un projet de territoire essaie d’aller, non sans difficultés,
à contre-courant des coutumes locales.
Aller à l’encontre de
l’esprit de clocher
Le comité de territoire est né en 2003 d’une
scission. En 2001, la communauté de communes du Haut
Morvan, qui réunit deux cantons, Montsauche les Settons
et Château-Chinon, se lance dans la rédaction d’un
projet de développement dans le cadre d’une convention
passée avec le conseil général, suite à
la loi Voynet de 1999 sur les pays. Un comité de territoire
est créé à cet effet, composé d’élus
des deux cantons et de représentants de la société
civile. Mais une fois le projet finalisé, des voies se
prononcent pour sa dissolution. Les représentants du
canton de Montsauche les Settons et de la société
civile s’y opposent et font perdurer le comité
de territoire, dont ils recentrent l’activité sur
leur canton. En parallèle, les élus entament une
réflexion sur l’opportunité de créer
une nouvelle communauté de communes. La communauté
de commune des Grands lacs du Morvan voit ainsi le jour en 2004.
" Avec l’ancienne communauté de communes,
les méthodes de travail étaient plutôt à
l’heure de la centralisation autour de Château-Chinon.
La communauté de communes des Grands lacs est jeune et
les élus ont encore l’esprit de clocher. Même
si l’intérêt collectif est perçu,
il n’est pas porté dans les faits ", explique
Jean-Claude Lamalle, président du comité de territoire.
Brain storming géant
Le comité est une sorte de laboratoire informel d’initiation
à la concertation entre élus et à la participation
de la population. En 2003, il reprend le projet de territoire,
défini à l’origine pour les deux cantons
mais qui n’a jamais pris effet, et le recentre sur Montsauche
les Settons. L’état des lieux, photographie économique
et sociale du territoire en 2003, est réactualisé
à l’aide de cinq commissions thématiques
: logement, santé et personnes âgées ; culture,
sports et loisirs ; développement économique et
touristique ; agriculture, environnement et aménagement
de l’espace ; enfance, jeunesse et formation. Au total,
les commissions ont rassemblé près de deux cents
personnes, élus et acteurs du territoire, qui ont travaillé
pendant douze à dix-huit mois. " Ici, on n’est
pas habitués au travail en commun, qui plus est entre
élus et habitants. Le comité permet aux élus
de travailler ensemble hors des structures officielles. Il s’est
défini comme une interface. C’est une initiative
de vie politique partagée ", explique Jean-Claude
Lamalle. Afin de déterminer les enjeux de développement
du territoire, chaque commission a fait émerger ses priorités.
" Après un brain storming géant croisant
les priorités de chaque thématique, le retour
sur terre s’est fait naturellement. Les participants ont
vite ressenti les besoins immédiats et pris conscience
des priorités transversales ", se souvient Marie-Line
Sallat, agent de développement. Parmi les priorités
déterminées par les commissions, on trouve la
nécessité de favoriser l’accueil des nouvelles
populations et d’améliorer les conditions de résidence
; de rendre plus accessibles les services à la population
et d’adapter leur offre aux besoins de la population ;
de soutenir le développement économique à
travers la valorisation des ressources locales.
" Sans le relationnel, les projets
capotent "
Les priorités ont ensuite été hiérarchisées
et certaines ont fait l’objet d’actions prioritaires.
Le tourisme a ainsi été au centre des attentions.
Deux sites doivent être aménagés pour favoriser
l’accueil des visiteurs : la cascade du saut de Gouloux
et la presqu’île de Blaizy. Miser sur le tourisme
comme axe de développement sur un territoire à
dominante agricole peut être pertinent économiquement
mais difficile à faire accepter socialement, comme le
remarque Stéphane Loubatier, président du club
omnisport des grands lacs du Morvan : " Le loisir est parfois
ressenti ici comme négatif : la culture paysanne est
contre le temps de loisir. " De nouveaux services ont été
proposés à la population. Mais Marie-Line Sallat
constate que " si le portage des repas et les transports
collectifs à la demande appartiennent aux besoins exprimés,
ils fonctionnent en fait assez peu ". Le portage de repas
à domicile, action impulsée par le comité
de territoire et le centre social, s’adresse plus particulièrement
aux personnes âgées. " Mis en place alors
qu’il n’existait aucun service de ce type, il est
aujourd’hui en concurrence avec un prestataire privé
qui travaille sur la communauté de communes voisine.
Or, les gens se tournent d’avantage vers lui, parce qu’il
achemine des repas chauds, ce que nous ne pouvons faire pour
des soucis réglementaires ", explique, non sans
rancœur, Jean-Claude Lamalle, qui pose la question de la
viabilité financière du service. " Mais il
a quand même permis d’éviter la fermeture
de la classe unique de l’école de Saint-Brisson
et Gouloux, en faisant office de cantine. " " On arrive
à monter des projet mais, le plus difficile, c’est
de faire vivre la réalisation ", constate Stéphane
Loubatier. " Ici, l’aspect relationnel est primordial.
Il faut être aux côtés de la population et
ne pas lui donner l’impression de lui imposer les choses.
Sans le relationnel, les meilleurs projets peuvent capoter.
"
Re-motiver la population sur le projet
La phase de concrétisation des actions s’est accompagnée
d’une diminution de la participation. " Contrairement
à l’état des lieux et à la définition
des enjeux, la phase de réalisation est technique et
comporte des lourdeurs administratives. Autant de délais
et de contraintes difficiles à assumer pour tout un chacun.
On peut aussi mettre ça sur le compte d’un déficit
de communication. L’enjeu du second projet de territoire
sera notamment de communiquer de façon plus lisible sur
ce qui se passe ", explique le président du comité
de territoire. Un constat qui s’inscrit dans la phase
d’évaluation entamée depuis juillet par
le bureau du comité, dans l’optique d’un
renouvellement de la contractualisation avec le conseil général
en avril 2007. " Nous comptons profiter de cette nouvelle
phase pour re-motiver la population et la faire participer à
la réflexion sur le nouveau projet ", explique Marie-Line
Sallat. Confortée par Jean-Claude Lamalle qui ajoute
: " Nous voulons réaliser une synergie entre les
différents acteurs du territoire pour qu’ils se
sentent partie prenante du projet collectif. " Un souhait
qui, ici plus qu’ailleurs, ressemble à un défi.
Sabrina Costanzo
Comité de territoire des Grands
lacs du Morvan
03 86 84 57 40
Le Capricorne
5 rue St Germain – Auxerre, 03 86 46 90 09
Café littéraire tous les deux mois.
Le Maison Fort
10 rue Fourier – Auxerre, 03 86 52 91 58
Café-débat-philo tous les deux mois,
généralement le vendredi (20h - 22h30).
Librairie Le Cyprès
17 rue Pont Cizeau – Nevers, 03 86 57 53 36
Réunions ouvertes du groupe philosophique Skole tous
les deuxièmes vendredi du mois (19h - 21h). Thème
pour 2006 / 2007 : le temps.
Maison de la culture de Nevers et
de la Nièvre (MCNN)
2, bd Pierre de Coubertin – Nevers,
Érick Seinandre : 03 86 93 09 09
Bar des sciences et société de la Nièvre,
une fois par trimestre, au restaurant Acte II scène
IV.
Les débats se font autour d’un conférencier,
un pot est offert à la fin, l’accès est
libre et gratuit.
Bar Perrusset
99 Grande Rue – La Coupée, Charnay-les-Mâcon
Michel Simier : 03 85 34 88 27
Bistrot citoyen tous les deux mois.
Librairie le Cadran Lunaire
27 rue Franche – Mâcon, 03 85 38 85 27
" La comète a rendez-vous avec la lune "
:
tous les 3e vendredi du mois (18h30 - 19h30),
un comédien du Théâtre sur la comète
lit des extraits du livre coup de cœur du libraire.
La lecture est suivi d’un débat.
Association La Buissonnière
120 rue St Antoine – Mâcon, 03 85 38 93 64
Cafés-rencontres trois à quatre fois par an
dans cette association d’éducation populaire.
MJC Chenôve - la maison du
citoyen
7, rue de longvic – Chenôve
Bistrots philosophiques une fois par mois,
souvent le vendredi (20h), entrée libre et gratuite.
O Kil
1, rue Auguste Perdrix – Dijon, 03 80 30 02 48
Tous les mardis, café polyglotte à partir de
19h30 : débats sur un thème, par " table
de langue " (anglais, espagnol, allemand, japonais, français,
selon les volontés des participants)…
Brasserie Au Bureau
22 avenue du Maréchal Foch – Dijon,
03 80 43 58 33
Tous les 1er mardis du mois, 20h30 - 22h30 : le Bar des sciences,
discussion avec des " spécialistes " (pensez
à réserver, c’est presque toujours plein).
Le Nid du Geai
11 grande rue, La Borde – St-Martin-sur-Oreuse (proche
Sens), 03 86 97 69 45
Café philo un dimanche après-midi par mois,
avec buffet sucré (entrée 5 euros).
L’Argentic café
14 place de l’hôtel de ville – Chalon-sur-Saône,
03 85 94 06 11, www.argentic-cafe.com
Un café touche à tout à la programmation
ambitieuse : huit cafés-débats par an avec l’université
pour tous de Bourgogne (deux cafés-philo, deux cafés-citoyens,
deux cafés-scientifiques, deux cafés-littéraires),
un débat par trimestre avec un ou des photographe(s)
exposé(s) sur le lieu, enfin un atelier nutrition par
trimestre, avec recette faite en commun puis débat
avec un médecin nutritionniste. Plus quelques dîners
lectures au cours de l’année…
Journal de TERRITOIRES
n° 471 - octobre 2006
> L'ARTICLE DU MOIS
Les désastreuses conséquences
de la privatisation du rail malien
Par Aline Chambras, journaliste
Depuis la privatisation
du chemin de fer malien en 2003, certaines
régions rurales se retrouvent complètement enclavées,
sans espoir de développement.
Avec la vente de la Régie du chemin de fer du Mali (RCFM)
à un consortium franco-canadien (Canac-Getma), le 1er
octobre 2003, les deux tiers des gares, soit vingt-six sur trente-six,
jalonnant l’unique ligne de chemin de fer, ont été
fermées. L’actuel président de Transrail
(nom donné à la nouvelle compagnie du rail), contacté
par la rédaction, a préféré ne pas
s’exprimer. Pourtant, en 2004, le directeur général
de l’époque de Transrail SA, Daniel Masse, expliquait
dans le journal malien L’Essor (20 septembre 2004) : "
Ces petites gares engendraient plus de charges que de recettes.
" Un argument financier qui a malheureusement mis à
mal toute l’organisation économique, sociale et
culturelle des bourgades situées le long de la ligne
et au-delà, notamment dans la province de Kayes, très
isolée. En effet, de nombreux habitants (et plus spécialement
les femmes et les jeunes) des villes riveraines des rails vivaient
de la vente, via le train, des produits locaux. Notons que le
Mali, qui compte parmi les pays les plus pauvres de la planète,
connaît de gros problèmes de transport dus au très
mauvais état de ses routes, quand elles existent, et
à des voies de communication principalement constituées
de sentiers, pistes et autres chemins. De plus, sans frontière
maritime, le Mali est dépendant de son voisin, le Sénégal,
pour ses échanges par bateau avec l’international.
La ligne de chemin de fer reliant Dakar, au Sénégal,
à Koulikoro, sur le fleuve Niger au Mali, construite
en 1904 (pour satisfaire l’économie coloniale),
longue de 1228 kilomètres était donc très
vite apparue, à la décolonisation, comme le mode
de communication et d’échanges le plus performant.
Quand le train ne siffle plus…
Dans les localités situées sur le tracé
du chemin de fer, une véritable économie, rythmée
par l’arrivée et le départ des trains, s’était
mise en place, permettant à de nombreuses familles de
survivre. Le micro-crédit commençait même
à se développer. C’est ce qu’explique
dans L’Essor une habitante de Badinko, localité
de cinq mille habitants, à quinze kilomètres de
Bamako : " Je cueillais des jujubes et je les vendais aux
passagers du train durant leur halte. Avec l’argent gagné,
je pouvais acheter à manger pour ma famille et même
faire quelques économies en vue d’acheter une brebis
ou une génisse. " Mais, avec la fermeture de la
gare de Badinko, comme de celle de Golumbo, Kouliboro, Tienfala,
Sébécoro, etc., l’espoir de mener à
bien ces projets de développement a été
anéanti. Et ces bourgades, destituées de leur
gare, font aujourd’hui figure de villes mortes. Ainsi,
à Sébécoro, les fruits pourrissent dans
les champs, faute d’acheteur.
À Fangala, ce sont les pêcheurs qui ne trouvent
plus de client pour leurs poissons et nombre d’entre eux
ont dû quitter leur village ou se reconvertir en bûcheron.
Comble du paradoxe : malgré ce genre de surproduction
locale, ces villes manquent cruellement de produits de première
nécessité habituellement acheminés par
le train. Quant aux adeptes des petits boulots nés avec
l’arrivée du train – porteurs, pousseurs
de pousse-pousse, vendeurs d’eau fraîche, etc. –,
ils figurent eux aussi dans la longue liste des dommages collatéraux
de la privatisation. Tout comme la multiplication des malades
décédés sans avoir pu atteindre à
temps un centre de santé ou des femmes mortes en couche,
indique là encore à quel point les conséquences
de la fermeture de ces petites gares sont désastreuses.
Neuf heures de marche
" On a créé la misère de toutes pièces
et on nous vole notre espoir de voir nos conditions de vie s’améliorer
", s’indigne Tiécoura Traoré, cheminot
à la RCFM, puis à Transrail, et président-fondateur
du Collectif citoyen pour la reconstitution et le développement
intégré du rail malien (Cocidirail), créé
en 2003. Selon lui, " l’impératif du développement
des zones rurales demandait un assouplissement des logiques
purement commerciales ". Conscients de la dégradation
de leur quotidien suite à la privatisation, de nombreux
Maliens ont choisi d’intégrer le Cocidirail en
créant des comités locaux dans les villes situées
le long des rails. Une longue marche de protestation de neuf
heures a également été organisée
par le Collectif, le 27 mars dernier. Mais la direction de Transrail
ne semble pas se préoccuper du mouvement de protestation.
Elle s’est même offert le licenciement, sans prime
ni indemnité, de Tiécoura Traoré, le 11
octobre 2004. (Déjà, en 2003, plus de six cents
cheminots avaient été licenciés à
la veille du transfert de la RFCM à Transrail). Enfin,
et cela malgré l’obligation qui lui a été
faite de maintenir le service voyageur, déficitaire,
l’entreprise semble se concentrer exclusivement sur le
transport de marchandises, qui a été multiplié
par six depuis 2003. Une expansion faite au détriment
du service voyageur, de moins en moins sûr : les accidents
ferroviaires se multiplient (deux morts le 18 février
2006, trois morts le mois suivant). Quant à la sécurité
horaire, elle n’est plus du tout assurée : pour
rallier Kayes à Bamako (soit cinq cents kilomètres),
il faut souvent prévoir vingt-quatre heures ! Autant
dire que certaines zones du Mali sont devenues quasi inaccessibles.
Aline Chambras / www.cocidirail.infos