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Territoires n°470 - septembre 2006

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  Journal de Territoires
n°470 - septembre
2006


> lire l'article du mois
 
Dossier de Territoires
n°470 - septembre 2006


Artistes, militants, habitants...
Les nouveaux débatteurs de rue

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Dossier de Territoires n° 470 - septembre 2006
 
> LE SOMMAIRE
 
Fondamentaux
 
Panorama
Des nouvelles formes d’interventions dans l’espace public
Jérôme Guillet, association Matières prises
 
Parlons droit...
La liberté de manifester
Raphaëlle Cadet, avocate
 
Pour aller plus loin avec les nouveaux débatteurs de rue
Glossaire
 
Acteurs
 
Saint-Herblain
Théâtre à la criée
Aline Chambras, journaliste
 
Le Grand ramassage des peurs
Nicolas Leblanc, journaliste
 
Pari passu
Quartier (r)animé
Aline Chambras
 
Nouveaux militants
L’attaque des clowns
Nicolas Leblanc
 
Le Grand don
Périmètre de gratuité
Aline Chambras
 
Genève
Rendre la rue aux habitants
Sabrina Costanzo, journaliste
 
" L’intervention doit être subversive "
rencontre avec Clémentine Autain, adjointe chargée de la jeunesse à la mairie de Paris
 
Débats
 
Arts de la rue
" Le théâtre de rue reste fondamentalement politique "
rencontre avec Philippe Chaudoir, président de Lieux publics (Centre national de création des arts de la rue)
 
Le mythe des arts de la rue sur-politisés
rencontre avec Mathieu Louis, Compagnie D
 
Polémique
L’éduc pop à la rue ?
Nicolas Leblanc
 
Conférences
 
De l’autogestion à la démocratie participative : bifurcations et reformulations
Hélène Hatzfeld, texte à télécharger
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Panorama
Des nouvelles formes d’interventions dans l’espace public
Jérôme Guillet, association Matières prises
 
Difficile de relier au premier abord Guy Debord aux Fabulous trobadors, ou Immeubles en fête aux antipubs. Le lien, c’est l’espace public. Sa réappropriation est aujourd’hui l’objectif de penseurs, d’artistes, de militants, mais aussi d’habitants. Tour de piste des acteurs en présence et des questions qu’ils posent à la société.

1995. L’histoire retiendra l’effectif des cortèges, les premières organisations de chômeurs qui se présentent à des élections, l’émergence d’Attac, Bourdieu qui paie sa tournée, la montée en puissance des paquets de café Max Havelaar…, événements et phénomènes saillants d’une époque. Chacun a fait l’objet de commentaires et d’analyses. Et puis, dans les plis de cette période, d’autres phénomènes moins visibles, moins montrés, apparaissent. Ils ont pour terrain de jeu commun l’espace public : développement des happenings, de Act up à Greenpeace, progressive transformation de certains espaces tagués en fresques, début de contagion des repas de quartier, réquisitions de richesses dans les supermarchés, extension des Gays pride en province. La rue et les espaces publics semblent alors faire l’objet d’un regain d’intérêt, entraînant de nouvelles manières de s’y montrer et d’y agir.
Depuis, cette tendance ne semble pas unie dans un quelconque mouvement, mais les expériences se multiplient, au point que, dix ans plus tard, la " réappropriation de l’espace public " figure dans un nombre croissant de textes et de déclarations, du feuillet " anar " jusque dans les projets de collectivités.
Parmi les facteurs explicatifs de ce recours à l’espace public, figurent les difficultés des réseaux militants à renouveler leurs pratiques, mais aussi les impasses d’une démocratie participative institutionnelle. Les possibilités offertes par internet semblent avoir contribué à l’évolution des discours sur les espaces publics (physiques et virtuels) comme des pratiques qui peuvent s’y inventer.
Malgré la disparité des initiatives, on retrouve des constantes dans le rapport qu’elles créent avec leur public : la contestation d’une situation, sociale ou politique, par la proposition d’une action collective – et non par l’adoption d’un texte –, l’humour, la dérision, l’absence de ligne politique " serrée ", l’accessibilité de la démarche et son ouverture au plus grand nombre, la brièveté des engagements proposés, la gratuité, et la conviction que la multiplication des victoires symboliques sur l’ordre établi changera les gens, donc la société. " La tristesse et l’impuissance sont les manières dont le capitalisme s’invite chaque jour dans nos vies ", suggèrent Miguel Benasayag et Diego Sztulwark dans leur ouvrage Du contre-pouvoir (La Découverte, 2000). Les formes d’interventions récentes dans l’espace public se veulent la plupart du temps une manière de lutter sur ce front.
De la généralisation des pratiques conviviales (repas de quartier, fêtes d’immeuble) jusqu’à des propositions plus politisées entre activistes, penseurs, artistes, militants et habitants, nous vous proposons d’avancer ensemble sur quelques unes des pistes empruntées.

La piste théorique : des " situs " aux Taz

Dans les années 50 et 60, l’Internationale situationniste, groupe créatif, politique et expérimental, travaillait à la révolution et plus spécifiquement à la révolution de la vie quotidienne. Avant que ce groupe ne se délite (les révolutionnaires excluant les artistes), puis ne se dissolve, avant de se voir associé dans la mémoire collective à Guy Debord, leur principal leader, il y eut, pour réponse concrète à une critique de l’art, de la ville et de la vie quotidienne, des tentatives d’inventions dans la rue et les espaces urbains de situations, de déambulations, de happenings, qui permirent aux situationnistes de transformer certains moments de leur vie en œuvres d’art.
Dans les années 90, le livre Taz (Temporary autonomous zone ou zone d’autonomie temporaire) 1, du philosophe Hakim Bey, tentait de réactiver la piste " situ ", entre philosophie et poésie. Diffusé principalement via internet, l’ouvrage fut vite adopté comme une espèce de manuel d’action directe non violente, une hypothèse quant à la forme possible d’un soulèvement par contagion, dans lequel il s’agirait de " jouer " avec les marges de la société en inventant des formes de regroupements et d’activités inédites, conviviales, subversives, joyeuses et non marchandes, non répertoriées et non contrôlées par l’État. " La Taz est comme une insurrection sans engagement direct contre l’État, une opération de guérilla qui libère une zone (de terrain, de temps, d’imagination) puis se dissout, avant que l’État ne l’écrase, pour se reformer ailleurs dans le temps ou l’espace ", lit-on dans Taz. Dans les faits, qu’est-ce qu’une taz ? Une fête impromptue, un site internet, un " terrier à babos ", un happening, un dessin ou une inscription sur un mur… ? Si, pour Hakim Bey, la ville et ses différentes zones sont un terrain d’exploration privilégié et s’il cite quelques exemples, il préfère laisser le soin aux lecteurs d’imaginer le contenu et les activités de la Taz, car c’est de l’infini des possibles que celle-ci tire sa force.
Sur le terrain des concepts, les ramifications, filiations et prolongements sont nombreux : les situationnistes évidemment, le concept de rhizôme dans Mille plateaux de Gilles Deleuze et Félix Guattari 2 (Minuit, 1980), les zones et tendances non capitalistes de Résister c’est créer, de Miguel Benasayag et Florence Aubenas (La Découverte 2003), Le manuel de l’animateur social de Saul Alinsky 3 (Seuil, 1976) ou encore La violence de la dérision d’Albert Cossery (Joëlle Losfeld, 2000)… Autant de livres qui développent la question de la transformation sociale par des tactiques et stratégies " de biais ".

La piste des habitants : " Ma ville est le plus beau park "


Le quartier Arnaud Bernard, au centre-ville de Toulouse, a développé, depuis vingt ans, une impressionnante série d’initiatives par et pour ses habitants, portées par un collectif d’habitants, d’associations et d’artistes, dont les plus connus sont les Fabulous trobadors. Ce groupe chantant en français et en occitan a su faire connaître son quartier à travers ses textes, notamment en vantant le principe du repas de quartier, avec le succès qu’il connaît aujourd’hui. Les actions d’Arnaud Bernard (voir page 28) ne s’arrêtent pourtant pas à cette activité : réseau de gardes pour que les parents deviennent animateurs du temps de loisirs des enfants du quartier, "débats socratiques" sur la place, négociations du plan et de la construction d’un jardin public avec la mairie d’arrondissement, concerts et répétitions publiques dans les cafés… Une énergie et une volonté d’initiative qui se résument à travers un refrain des Fabulous : " Ma ville est le plus beau park, sa vie pleine d'attractions, ta ville sera ce park, si telle est ton ambition. "
Depuis quelques années, les repas de quartier et les repas d’immeuble ont intégré le quotidien. D’autres initiatives, moins connues, et ayant pour caractéristique d’être organisées par des habitants, se développent : le bookcrossing, ou en français Circul’livre, qui consiste à laisser volontairement des livres dans des lieux fréquentés pour que d’autres s’en saisissent ; le Grand don, rituel qui consiste à proposer des objets gratuits, une brocante où chacun se sert ; www.peuplade.fr, site internet qui propose à des gens d’un même quartier de découvrir s’il n’y a pas, proches d’eux, des gens ayant les mêmes passions, etc.
Face à la démultiplication des possibilités de loisirs et à un discours qui ne cesse de décrire l’atomisation du lien social, s’inventent des pratiques de convivialité et d’entraide qui visent – a minima – à désanonymer l’espace de vie commun.

La piste militante : les yé-yé du mégaphone


Ce n’est pas très français de lier mouvement politique et formes innovantes d’actions dans l’espace public ; c’est même plutôt déconsidéré. C’est de l’agit’ prop’, comme on disait, souvent avec un brin de dédain. Pourtant, l’absence de renouvellement des formes de manifestations et d’actions collectives a poussé certains à s’inspirer des voisins, notamment anglophones, pour reprendre et interpréter des manières nouvelles de revendiquer et de s’exposer dans l’espace public. Une génération – qui ne s’imaginait pas finir sa vie dans les réunions d’Attac – découvre avec délice les actions directes de la Circa (l’Armée clandestine insurgée et rebelle des clowns, l’existence d’Adbusters (en France, Casseurs de pubs) 4 et de leurs détournements publicitaires, les fêtes de rue de Reclaim The Streets ! (voir en France, La nuit des meutes 5) , les flashmobs6, actions collectives absurdes et jubilatoires, les vélorutions … Pour le moment, le résultat ressemble surtout à ce qui s’est fait pour la musique dans les années 60 : on adapte les tubes anglais et nord-américains du mieux qu’on peut. La réunion d’une culture de la contestation à la française, qui privilégie souvent le rapport de force et les tracts vengeurs, et celle plus anglo-saxonne privilégiant la dérision et les actions directes non violentes, n’a pas encore eu le temps de se faire. Tous les espoirs sont dès lors permis, car même si le choc interculturel est un processus lent, les transferts de méthodes entre différents pays restent plus simples entre militants qu’entre institutions.
Et certains de rêver : " Un jour, militer sera redevenu non sacrificiel, nous arriverons en avance aux manifs et partirons en retard... Les manifs seront drôles, ludiques, excitantes… et, plutôt qu’une vieille cégétiste qui crache ses trente ans de gauloises brunes dans le mégaphone, il y aura des chorales militantes. Nous aurons autant de chansons sur nos élus que les anglais peuvent en avoir sur leurs joueurs de football… De l’imagination, de la tactique, de l’art, de l’humour ! " Et des syndicalistes de répondre à ces rêveurs : " Si pour toi militer c’est un problème de détente et d’humour, c’est que tu n’es qu’un bourgeois de gauche, qui ne se déplace plus aux manifs et qui ne se bat pas pour des gens au jour le jour… Petit con, va, n’insulte pas ceux qui se sont battus pendant des années… "

La piste (aux étoiles) des artivistes


Activiste + artiste = artiviste. Une définition stricte semble pour l’instant exclue tant le terme est récent et sujet à controverse. Derrière ce terme, popularisé à l’occasion des contre-sommets du G8, on trouve des plasticiens, des graphistes, des comédiens proposant des réalisations, allant du détournement (monuments, publicités) jusqu’à des happenings ou des expositions. Les labels indépendants et de nombreux groupes musicaux revendiquent aussi l’appellation. Il s’agit essentiellement de permettre la prise de conscience de certaines réalités politiques ou sociales par le biais d’œuvres artistiques, la plupart du temps provocantes et explicites. Les artivistes, qui agissent souvent en bande, se réfèrent aux mouvements dadaïste, situationniste et punk, prônent une réactivité à l’actualité politique comme une logique de dissémination ; ce qui en amène une partie à choisir la rue et internet comme lieux tactiques pour exposer et diffuser leurs œuvres. Parallèlement aux fresques, pochoirs et slogans, aux affiches créées ou détournées, un concept revient, celui d’extension d’espace public par ajout de mobilier : prolonger un banc, installer des hamacs et des sièges dans la ville… des réalisations qu’on retrouve par exemple dans le collectif Rad.Art comme chez l’américain Heath Bunting 7.
Critiques de la ville et de la société de consommation, les artivistes semblent vouloir prolonger de fait l’histoire des groupes surréalistes, dadaïstes et situationnistes, sans avoir pour le moment ni unité, ni chef de file… Est-ce là un problème ou une chance ?

Vers une alliance durable ?

Les politiques d’aménagement, celles des rues, places et jardins, le fleurissement, les œuvres d’art commandées, les marchés, les brocantes, les fêtes de quartier, la fête de la musique, les festivals de théâtre de rue mais aussi la police municipale ou les éducateurs de rue font partie de l’animation de l’espace public. Cette activité est une prérogative qui revient aux municipalités et ses grandes orientations comme ses petites décisions sont des outils de visibilité et de communication pour une politique locale. Or, si l’on trouve de plus en plus de ronds-points fleuris et de festivals, la volonté d’encadrement a pourtant amené des restrictions à une période où une attente plus forte, illustrée par la généralisation de l’expression " réappropriation de l’espace public ", se faisait sentir : baisse des crédits aux associations de quartier, limitation des espaces d’affichage public, éclairage et caméra sur tous les lieux potentiels de rassemblement spontanés, ajouts de bandes de béton pour limiter ou empêcher les pratiques de rollers ou de skate, bancs anti-SDF, chasse aux graffeurs, etc.
Un décalage persistant existe entre les aspirations d’une partie de la population à réinventer un vivre ensemble, à ré-habiter la ville et une bonne partie des institutions qui, à la moindre opération, se gargarise dans ses bulletins municipaux, sans jamais prendre le risque d’une politique d’envergure. Aujourd’hui, entre les revendications classiques de la jeunesse et les aspirations plus récentes des militants et habitants, ce décalage incite à se jouer des lois et à travailler dans les marges. Il faudra pourtant bien des synergies et l’alliance durable des différents acteurs de l’espace public, y compris institutionnels, pour inventer de nouveaux rituels et aboutir à des innovations semblables à celles qui structurent un espace comme celui du quartier Arnaud Bernard.
Cette coopération, qui suppose que des institutions, de manière volontaire ou à travers un rapport de force, finissent par reconnaître et soutenir la valeur de certains projets associatifs et militants, semblait s’être dessinée avec l’arrivée de la gauche au pouvoir dans les années 80. Négocier les ambitions et les utopies ne fut dès lors pas un jeu terriblement gagnant, si l’on regarde les résultats actuels. Les mouvements d’éducation populaire, comme ceux de la culture et des arts de la rue, interpellant les pouvoirs publics dans les années 70 et grassement entretenus par ces derniers dans les années 80, se sont depuis installés dans un silence suspect, assourdissant, même lors d’évènements politiques forts, notamment pour ce qui s’est passé dans les banlieues récemment.
De nouvelles formes d’expression politique, la multiplication de nouveaux rituels conviviaux, ou encore l’émergence d’artistes et d’animateurs cherchant à mettre en scène, dans la rue, la parole et la vie des habitants 8 changeront-t-elle la donne, en proposant aux collectivités des pratiques et une réflexion neuves ? L’impératif de démocratie participative que s’impose une part des élus deviendra-t-il suffisamment contraignant pour les pousser à se risquer dans une politique d’éducation populaire et d’animation du territoire cohérente ? La multiplication des actions directes dans l’espace physique comme sur internet sera-t-elle le complément (attendu) en actes et méthodes des discours et des thèmes altermondialistes ? Ces différents groupes vont-ils s’ignorer, s’unir, se détester, s’éteindre ? La rencontre de ces nouvelles pratiques de la société civile et des volontés institutionnelles aboutira-t-elle à une transformation sociale ou à une récupération crasse ?
Il est inquiétant d’avoir certaines réponses de l’histoire…Il est rassurant d’avoir la possibilité de se poser, à nouveau, toutes ces questions. jeromeguillet@no-log.org

Matières prises : http://matieresprises.blogspot.com

1 À lire ou à télécharger sur : www.chez.com/hvp057/taz.html
2 À lire aussi l’analyse intéressante " Stopub : analyse provisoire d’un rhizome activiste " : http://multitudes.samizdat.net/Stopub-analyse-provisoire-d-un.html
3 Le livre est épuisé et non réédité. On peut toutefois lire quelques principes de Saul Alinsky sur:
www.rhone-alpes.centres-sociaux.org/article.php3?id_article=38
4 www.adbusters.org et www.casseursdepub.net
5 www.hns-info.net/article.php3?id_article=4497
6 http://flashmob.com et http://parismobs.free.fr
7 http://duo.irational.org/red_net
8 Exemples de collectifs d’artistes : www.agedelatortue.org ou www.komplex-kapharnaum.net
http://lovexperience.free.fr/bruitdufrigo.htm
 
> POUR ALLER PLUS LOIN avec les nouveaux débatteurs de rue
 

Dans la famille Artivistes…

Ilotopie
Depuis les années 80, cette compagnie marseillaise a fait de la liberté et de la démocratie dans l’espace public son sujet artistique de référence. D’où des " actions de désordre artistique interrogeant l'espace public ", portées par des créateurs, acteurs, sculpteurs, danseurs, musiciens, inventeurs, scénographes et chercheurs.
Tél. : 04 42 48 40 04, www.ilotopie.com

Ici même Paris
Depuis douze ans, ce groupe, piloté par Mark Etc, constitué de plasticiens performeurs, infiltre la ville travesti sous les traits de divers corps de métiers. Maîtres de l’imposture, ils manient le faux pour percuter la réalité.
Tél. : 01 40 05 17 44, www.icimeme.info

Ici même Grenoble
Depuis 1993, ce collectif polymorphe (danseurs, acteurs, performeurs, écrivains, etc.) constitué en association dite " tous travaux d’art ", a choisi la ville comme lieu et objet d’expérimentation. Une de ses dernières créations : un livre écrit à douze mains, Les paysages étaient extraordinaires, vendu avec son CD.
Tél. : 06 79 84 31 61, www.icimeme.info

Atelier d’architecture autogéré
Architectes, artistes, urbanistes, sociologues, étudiants, etc. mettent leurs pratiques et leurs points de vue en commun pour se réapproprier des espaces publics délaissés en les transformant en espace de rencontre, de débat et d’économie locale, lors d’aménagements temporaires et réversibles, réalisés avec les habitants.
www.urbantactics.org

Farine orpheline
Outre-Atlantique, plus exactement au Québec, ce groupe de créateurs pluridisciplinaires investit les " trous " urbains (friche industrielle, terrain vague, hôpital psychiatrique désaffecté, etc.) sous forme d’occupation de lieux, de performances, de parcours, etc..
www.farineorpheline.qc.ca

Action terroriste socialement acceptable (Atsa)
Depuis 1998, l’Atsa organise chaque année, à Montréal, " l’état d’urgence ", " manifestival " dont l’objectif est de stimuler la solidarité humaine et la création artistique socialement engagée.
www.atsa.qc.ca

Théâtre de l’arpenteur
Créée en 1980 par Hervé Lelardoux, cette compagnie se caractérise par son rapport aux espaces et aux publics sans cesse renouvelé, situant ainsi son travail dans la nécessité de replacer la parole artistique au sein de la ville. L’Arpenteur alterne de façon non sytématique théâtre en salle et théâtre hors salle.
Tél. : 02 99 36 89 98,
www.les-arpenteurs.com

Hendrik Sturm
Installé à Marseille depuis 1994, cet allemand, formé à la neurobiologie et aux arts plastiques enseigne à l’école des Beaux-arts de Toulon. Il propose des promenades urbaines dans la cité phocéenne entre découverte, psychogéographie et cospatialité…`
Tél. : 04 91 41 23 96

Échelle inconnue
Depuis 1998, ce " regroupement
organique " rouennais, constitué de
créateurs sonores, d’architectes, de plasticiens, etc., tente, au travers d’expériences centrées sur les questions de la ville, de l’espace et du territoire, de réaliser des
créations intégrant la population.
Tél. : 02 35 70 40 05,
www.echelleinconnue.net

...

...Dans la famille Militants…

Vélorution
Le mouvement Vélorution est parti d’une volonté de lancer, dans les années 90, des manifestations cyclistes à Paris, tous les premiers samedis du mois, à Bastille. Quatre ans de manifestations – jusqu’à six mille cyclistes – qui incitèrent Jean Tiberi à développer les pistes cyclables et favorisèrent la prise de conscience par les Parisiens des nuisances du tout-voiture en ville. Alors animé par des jeunes proches des Verts, il s’est depuis autonomisé, et surtout élargi à une quinzaine d’autres villes. En Angleterre, le mouvement
Critical Mass organise depuis douze ans des balades cyclistes dans Londres, en clamant " we are the trafic " pour tenter de mettre la pression sur la place de l’automobile. Ces mouvements se basent sur l’idée de la " masse critique ", c’est-à-dire un nombre suffisant de cyclistes et rollers qui leur permet de s’imposer dans la circulation comme ne peut pas le faire un cycliste isolé.
www.velorution.org

Les antipubs
Les antipubs " historiques ", l’association Résistance à l’agression publicitaire (Rap) en tête, militent pour une libération des espaces publics des messages publicitaires omniprésents. Leur ligne anti-consumériste figée sur la dénonciation de l’agression publicitaire a été, depuis l’automne 2003, de plus en plus débordée sur le terrain par des militants ou des collectifs informels qui font preuve d’une créativité nouvelle pour détourner dispositifs et slogans publicitaires. Ces tendances à l’utilisation de l’image, de la dérision et du détournement avait déjà été testée avec talent (mais pas dans l’espace public) par les publications de Casseurs de pub.
www.antipub.net
www.casseursdepub.net
www.bap.propagande.org

L’église de la très sainte consommation
Mouvement anti-consumériste, comme son nom l’indique en creux… Les prêtres et les fidèles de l’église organisent des happenings sous forme de temps de prières, de chants fervents et de prêches dans les temples de la très sainte consommation : rues commerçantes, grands magasins, etc. Leur panthéon comprend aussi les déesses Fringues, Bagnole, Pub, Guerre, Galerie commerciale, Police, Croissance et Malbouffe, les dieux Sport, Profit, Supermarché et Soldes.
http://consomme.free.fr


Des mouvements leurs sont proches à l’étranger, notamment en Angleterre, comme The vacuum cleaner ou My dad's strip club. The church of stop shopping du Révérend Billy et sa chorale prônent, elles, l’idéologie inverse… pour les mêmes finalités (New York).
www.thevacuumcleaner.co.uk
www.mydadsstripclub.com
www.revbilly.com

The Spaces hijackers

Groupe d’" anarchitectes " né en 1999 au Royaume-Uni et présent depuis 2003 à Singapour, qui se bat notamment contre les projets urbains détruisant les identités locales, les privatisations et empiètements du privé sur l’espace public.
www.spacehijackers.org (en anglais, mais très drôle)

Reclaim the streets !
Last but not least, les anglais de Reclaim the streets ! sont apparus à Londres au début des années 90. Leur concept de base est simple : l'appropriation festive et temporaire d'un espace public par les corps, la créativité et la musique, d’une manière trop sympathique et joyeuse pour être évincée brutalement. Cette appropriation n’est pour autant pas gratuite : elle est bien, en tant que perturbation du trafic et de la quotidienneté, une critique des modes de vie dominants et consuméristes. Reclaim the streets ! se place dans la galaxie des eco-warriors anglais de la même époque, qui tentaient d’empêcher par des squats radicaux la destruction d’espaces naturels en vue de la construction d’un grand programme d’extension routière.
Un de ses animateurs, John Jordan, donnera naissance à l’Armée des clowns clandestine insurgée et rebelle (Circa).
http://rts.gn.apc.org

...

...Dans la famille Habitants

Fête des immeubles
Le désormais coutumier " Immeubles en fête " ou " fête des voisins " existe depuis 1999. Pour l’édition 2006, plus de six millions d'habitants se sont retrouvés dans 457 villes de France et une centaine de villes européennes (Prague, Rome, Bruxelles, Ljubljana, Luxembourg, Riga, Dublin, Varsovie, Lisbonne, etc.). Histoire de (re)nouer des solidarités de voisinage.
Tél. : 01 42 12 72 72,
www.immeublesenfete.com

Repas de quartier
Né en 1991, sur la place des Tiercerrettes à Toulouse, d’une idée de Claude Sicre (du groupe Fabulous Trobadors), le premier repas de quartier fait très vite des petits et essaime dans de nombreux quartiers de France. Pour lutter contre l’indifférence et le déclin des liens traditionnels, ces repas collectifs et participatifs sont devenus aujourd’hui un rite presque incontournable.
Tél. : 05 61 12 11 16, www.arnaud-bernard.net/repas-histoires.php

Festival des boîtes aux lettres de Saint-Martin d’Abbat

Pour la première fois, les Abbatiens (Loiret, 1 200 habitants) soucieux de ravigoter leur bourgade, ont organisé cet été (29 et 30 juillet, puis 5 et 6 août) un festival des boîtes aux lettres. Deux cents boîtes, sur les cinq cents que comptent le village, ont été personnalisées, calligraphiées, sculptées ou peinturlurées pour le plus grand plaisir du public venu en nombre, et de loin.
Tél. : 06 87 24 00 70,
www.letterboxvillage.com

 
Journal de TERRITOIRES n° 470 - septembre 2006
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
La société civile entre en campagne
Par Aline Chambras, journaliste
 
Dans la perspective de 2007, de nombreuses associations veulent infléchir les débats, en se présentant auprès des partis politiques comme des forces de propositions et d’initiatives.

Si aucun candidat, programme à l’appui, n’est encore formellement désigné dans la course à la présidentielle, la société civile est, elle, déjà en campagne. Avec deux espoirs : parvenir à peser sur les partis, en leur exposant les problématiques à explorer en priorité et les solutions à y apporter, mais aussi aider à une prise de conscience citoyenne. Pour, au final, détrôner les sempiternels et dangereux débats sur la sécurité, l’immigration ou le " déclin " de la France…
Ce lobbying, exempté d’intérêt économique, porté par l’intérêt général et apolitique – dans le sens où il s’adresse à tous les partis – à l’exception du Front national – n’est pas une nouveauté. Attac ou la Ligue des droits de l’homme, notamment, ont coutume d’interpeller les candidats. Mais, pour 2007, la pression associative devrait prendre une importance inédite, avec l’engagement sur le terrain politique d’ONG traditionnellement éloignées des contingences électorales. Peut-être faut-il y voir les conséquences d’un 21 avril 2002 et d’un contexte social et environnemental alarmant ?… Quoi qu’il en soit, les campagnes électorales à venir (présidentielle et législatives en 2007, municipales en 2008) devront compter sur la participation de la société civile.

L’union fait la force

Pour mieux se faire entendre, certaines ont choisi de se regrouper afin de mettre en commun leurs expériences et leurs propositions. C’est le cas, par exemple, de cinquante-sept associations écologistes, dont WWF ou Greenpeace, réunies pour l’occasion électorale au sein de l’Alliance pour la planète (www.lalliance.fr). Inauguré le 22 mars dernier, ce collectif promet, via sa campagne " quelle France pour 2012 ? ", d’obliger les candidats à aborder la question de la défense de l’environnement. Et de tenter de les convaincre de mettre enfin en application les mesures écologistes qu’elles demandent depuis des années.
Au cas où cette union ne parviendrait pas à suffisamment orienter le cours des débats, certains membres de cette " Alliance ", comme Greenpeace ou Les Amis de la terre, se sont engagés dans un autre collectif, lui aussi déterminé à influencer le cours de la campagne 2007. Réunies sous l’égide " 2007 : urgence planétaire, votons pour une France solidaire ", créée le 6 février dernier à l’initiative du Centre de recherche et d’informations pour le développement (Crid, www.crid.asso.fr), dix associations interpelleront les candidats et leur soumettront leurs projets, axés sur la défense de l’environnement et la solidarité internationale. Enfin, les ONG regroupées au sein de Coordination Sud se sont, elles aussi, engagées dans la bataille en lançant l’appel " Élections 2007, pour une France solidaire et ouverte sur le monde " 1. Soucieuses d’apporter leur expertise en matière de politique publique de solidarité internationale, elles proposent également aux éventuels élus des solutions en matière de politiques étrangère, commerciale et agricole. Reste à savoir si de telles initiatives réussiront à se compléter et si elles sauront forcer les candidats à insuffler davantage d’écologie et de solidarité dans leur programme.

Expertise à l’appui

À ces trois initiatives s’ajoute la montée au créneau d’autres associations, qui veulent, elles aussi, avoir leur mot à dire. Ainsi, la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars, www.fnars.org) lançait, en janvier 2006, des États généraux sur le thème " L’exclusion n’est pas une fatalité ". Elle vient aussi de publier un Livre blanc dans lequel elle propose un état des lieux de l’exclusion, région par région, grâce au travail de ses acteurs locaux, ainsi que des solutions pour y remédier. L’ouvrage, envoyé à tous les élus, devrait permettre " de sortir des discours langue de bois des partis qui osent dire que l’exclusion est leur priorité ", précise la présidente, Nicole Maestraci. La Fnars espère par exemple que sont enfin clairement mis sur la table " la question du pilotage entre les compétences et les moyens nationaux et ceux confiés aux conseils généraux dans le cadre de
l’action sociale ".
Sur le même thème, Atd Quart-Monde a mis en place, depuis mai 2006, les réseaux " Vie locale citoyenne " (www.atd-quartmonde.asso.fr). Ces réseaux ont pour mission principale d’assurer veille et interpellation, en faisant remonter jusqu’à la sphère publique les données relatives à la pauvreté afin de faire de la lutte contre la misère une priorité nationale. Leur rôle consiste également à conseiller et soutenir les élus locaux, notamment départementaux, dans leur lutte contre l’exclusion.
Dans un autre registre, la ligue Roc pour la préservation de la faune sauvage et la défense des non chasseurs a ouvert un site consacré à la biodiversité (www.biodiversite2007.org) qui proposera, en temps voulu, un tableau comparatif des programmes des candidats dans le domaine de l’environnement. Histoire d’aider le citoyen à faire son choix et de mettre les politiques face à leurs contradictions, nombreuses dans ce domaine.
Enfin, méthode plus traditionnelle, le réseau
Sortir du Nucléaire, lui, appellera à manifester dans cinq grandes villes (Rennes, Lille, Strasbourg, Lyon et Toulouse) le samedi 17 mars 2006, afin d’imposer la question du nucléaire comme thème majeur de la présidentielle et des législatives. En espérant que ces nombreuses initiatives réussissent à mettre du sel dans les débats… et dans les actions qui suivront.

1 www.coordinationsud.org/article.php3?id_article=2910