Panorama
Des nouvelles formes d’interventions dans l’espace
public
Jérôme Guillet, association Matières
prises
Difficile de relier
au premier abord Guy Debord aux Fabulous trobadors, ou Immeubles
en fête aux antipubs. Le lien, c’est l’espace
public. Sa réappropriation est aujourd’hui l’objectif
de penseurs, d’artistes, de militants, mais aussi d’habitants.
Tour de piste des acteurs en présence et des questions
qu’ils posent à la société.
1995. L’histoire retiendra l’effectif des cortèges,
les premières organisations de chômeurs qui se
présentent à des élections, l’émergence
d’Attac, Bourdieu qui paie sa tournée, la montée
en puissance des paquets de café Max Havelaar…,
événements et phénomènes saillants
d’une époque. Chacun a fait l’objet de commentaires
et d’analyses. Et puis, dans les plis de cette période,
d’autres phénomènes moins visibles, moins
montrés, apparaissent. Ils ont pour terrain de jeu commun
l’espace public : développement des happenings,
de Act up à Greenpeace, progressive transformation de
certains espaces tagués en fresques, début de
contagion des repas de quartier, réquisitions de richesses
dans les supermarchés, extension des Gays pride en province.
La rue et les espaces publics semblent alors faire l’objet
d’un regain d’intérêt, entraînant
de nouvelles manières de s’y montrer et d’y
agir.
Depuis, cette tendance ne semble pas unie dans un quelconque
mouvement, mais les expériences se multiplient, au point
que, dix ans plus tard, la " réappropriation de
l’espace public " figure dans un nombre croissant
de textes et de déclarations, du feuillet " anar
" jusque dans les projets de collectivités.
Parmi les facteurs explicatifs de ce recours à l’espace
public, figurent les difficultés des réseaux militants
à renouveler leurs pratiques, mais aussi les impasses
d’une démocratie participative institutionnelle.
Les possibilités offertes par internet semblent avoir
contribué à l’évolution des discours
sur les espaces publics (physiques et virtuels) comme des pratiques
qui peuvent s’y inventer.
Malgré la disparité des initiatives, on retrouve
des constantes dans le rapport qu’elles créent
avec leur public : la contestation d’une situation, sociale
ou politique, par la proposition d’une action collective
– et non par l’adoption d’un texte –,
l’humour, la dérision, l’absence de ligne
politique " serrée ", l’accessibilité
de la démarche et son ouverture au plus grand nombre,
la brièveté des engagements proposés, la
gratuité, et la conviction que la multiplication des
victoires symboliques sur l’ordre établi changera
les gens, donc la société. " La tristesse
et l’impuissance sont les manières dont le capitalisme
s’invite chaque jour dans nos vies ", suggèrent
Miguel Benasayag et Diego Sztulwark dans leur ouvrage Du contre-pouvoir
(La Découverte, 2000). Les formes d’interventions
récentes dans l’espace public se veulent la plupart
du temps une manière de lutter sur ce front.
De la généralisation des pratiques conviviales
(repas de quartier, fêtes d’immeuble) jusqu’à
des propositions plus politisées entre activistes, penseurs,
artistes, militants et habitants, nous vous proposons d’avancer
ensemble sur quelques unes des pistes empruntées.
La piste théorique : des "
situs " aux Taz
Dans les années 50 et 60, l’Internationale situationniste,
groupe créatif, politique et expérimental, travaillait
à la révolution et plus spécifiquement
à la révolution de la vie quotidienne. Avant que
ce groupe ne se délite (les révolutionnaires excluant
les artistes), puis ne se dissolve, avant de se voir associé
dans la mémoire collective à Guy Debord, leur
principal leader, il y eut, pour réponse concrète
à une critique de l’art, de la ville et de la vie
quotidienne, des tentatives d’inventions dans la rue et
les espaces urbains de situations, de déambulations,
de happenings, qui permirent aux situationnistes de transformer
certains moments de leur vie en œuvres d’art.
Dans les années 90, le livre Taz (Temporary autonomous
zone ou zone d’autonomie temporaire) 1, du philosophe
Hakim Bey, tentait de réactiver la piste " situ
", entre philosophie et poésie. Diffusé principalement
via internet, l’ouvrage fut vite adopté comme une
espèce de manuel d’action directe non violente,
une hypothèse quant à la forme possible d’un
soulèvement par contagion, dans lequel il s’agirait
de " jouer " avec les marges de la société
en inventant des formes de regroupements et d’activités
inédites, conviviales, subversives, joyeuses et non marchandes,
non répertoriées et non contrôlées
par l’État. " La Taz est comme une insurrection
sans engagement direct contre l’État, une opération
de guérilla qui libère une zone (de terrain, de
temps, d’imagination) puis se dissout, avant que l’État
ne l’écrase, pour se reformer ailleurs dans le
temps ou l’espace ", lit-on dans Taz. Dans les faits,
qu’est-ce qu’une taz ? Une fête impromptue,
un site internet, un " terrier à babos ", un
happening, un dessin ou une inscription sur un mur… ?
Si, pour Hakim Bey, la ville et ses différentes zones
sont un terrain d’exploration privilégié
et s’il cite quelques exemples, il préfère
laisser le soin aux lecteurs d’imaginer le contenu et
les activités de la Taz, car c’est de l’infini
des possibles que celle-ci tire sa force.
Sur le terrain des concepts, les ramifications, filiations et
prolongements sont nombreux : les situationnistes évidemment,
le concept de rhizôme dans Mille plateaux de Gilles Deleuze
et Félix Guattari 2 (Minuit, 1980), les zones et tendances
non capitalistes de Résister c’est créer,
de Miguel Benasayag et Florence Aubenas (La Découverte
2003), Le manuel de l’animateur social de Saul Alinsky
3 (Seuil, 1976) ou encore La violence de la dérision
d’Albert Cossery (Joëlle Losfeld, 2000)… Autant
de livres qui développent la question de la transformation
sociale par des tactiques et stratégies " de biais
".
La piste des habitants : " Ma ville est le plus beau park
"
Le quartier Arnaud Bernard, au centre-ville de Toulouse, a développé,
depuis vingt ans, une impressionnante série d’initiatives
par et pour ses habitants, portées par un collectif d’habitants,
d’associations et d’artistes, dont les plus connus
sont les Fabulous trobadors. Ce groupe chantant en français
et en occitan a su faire connaître son quartier à
travers ses textes, notamment en vantant le principe du repas
de quartier, avec le succès qu’il connaît
aujourd’hui. Les actions d’Arnaud Bernard (voir
page 28) ne s’arrêtent pourtant pas à cette
activité : réseau de gardes pour que les parents
deviennent animateurs du temps de loisirs des enfants du quartier,
"débats socratiques" sur la place, négociations
du plan et de la construction d’un jardin public avec
la mairie d’arrondissement, concerts et répétitions
publiques dans les cafés… Une énergie et
une volonté d’initiative qui se résument
à travers un refrain des Fabulous : " Ma ville est
le plus beau park, sa vie pleine d'attractions, ta ville sera
ce park, si telle est ton ambition. "
Depuis quelques années, les repas de quartier et les
repas d’immeuble ont intégré le quotidien.
D’autres initiatives, moins connues, et ayant pour caractéristique
d’être organisées par des habitants, se développent
: le bookcrossing, ou en français Circul’livre,
qui consiste à laisser volontairement des livres dans
des lieux fréquentés pour que d’autres s’en
saisissent ; le Grand don, rituel qui consiste à proposer
des objets gratuits, une brocante où chacun se sert ;
www.peuplade.fr,
site internet qui propose à des gens d’un même
quartier de découvrir s’il n’y a pas, proches
d’eux, des gens ayant les mêmes passions, etc.
Face à la démultiplication des possibilités
de loisirs et à un discours qui ne cesse de décrire
l’atomisation du lien social, s’inventent des pratiques
de convivialité et d’entraide qui visent –
a minima – à désanonymer l’espace
de vie commun.
La piste militante : les yé-yé du mégaphone
Ce n’est pas très français de lier mouvement
politique et formes innovantes d’actions dans l’espace
public ; c’est même plutôt déconsidéré.
C’est de l’agit’ prop’, comme on disait,
souvent avec un brin de dédain. Pourtant, l’absence
de renouvellement des formes de manifestations et d’actions
collectives a poussé certains à s’inspirer
des voisins, notamment anglophones, pour reprendre et interpréter
des manières nouvelles de revendiquer et de s’exposer
dans l’espace public. Une génération –
qui ne s’imaginait pas finir sa vie dans les réunions
d’Attac – découvre avec délice les
actions directes de la Circa (l’Armée clandestine
insurgée et rebelle des clowns, l’existence d’Adbusters
(en France, Casseurs de pubs) 4 et de leurs détournements
publicitaires, les fêtes de rue de Reclaim The Streets
! (voir en France, La nuit des meutes 5) , les flashmobs6, actions
collectives absurdes et jubilatoires, les vélorutions
… Pour le moment, le résultat ressemble surtout
à ce qui s’est fait pour la musique dans les années
60 : on adapte les tubes anglais et nord-américains du
mieux qu’on peut. La réunion d’une culture
de la contestation à la française, qui privilégie
souvent le rapport de force et les tracts vengeurs, et celle
plus anglo-saxonne privilégiant la dérision et
les actions directes non violentes, n’a pas encore eu
le temps de se faire. Tous les espoirs sont dès lors
permis, car même si le choc interculturel est un processus
lent, les transferts de méthodes entre différents
pays restent plus simples entre militants qu’entre institutions.
Et certains de rêver : " Un jour, militer sera redevenu
non sacrificiel, nous arriverons en avance aux manifs et partirons
en retard... Les manifs seront drôles, ludiques, excitantes…
et, plutôt qu’une vieille cégétiste
qui crache ses trente ans de gauloises brunes dans le mégaphone,
il y aura des chorales militantes. Nous aurons autant de chansons
sur nos élus que les anglais peuvent en avoir sur leurs
joueurs de football… De l’imagination, de la tactique,
de l’art, de l’humour ! " Et des syndicalistes
de répondre à ces rêveurs : " Si pour
toi militer c’est un problème de détente
et d’humour, c’est que tu n’es qu’un
bourgeois de gauche, qui ne se déplace plus aux manifs
et qui ne se bat pas pour des gens au jour le jour… Petit
con, va, n’insulte pas ceux qui se sont battus pendant
des années… "
La piste (aux étoiles) des artivistes
Activiste + artiste = artiviste. Une définition stricte
semble pour l’instant exclue tant le terme est récent
et sujet à controverse. Derrière ce terme, popularisé
à l’occasion des contre-sommets du G8, on trouve
des plasticiens, des graphistes, des comédiens proposant
des réalisations, allant du détournement (monuments,
publicités) jusqu’à des happenings ou des
expositions. Les labels indépendants et de nombreux groupes
musicaux revendiquent aussi l’appellation. Il s’agit
essentiellement de permettre la prise de conscience de certaines
réalités politiques ou sociales par le biais d’œuvres
artistiques, la plupart du temps provocantes et explicites.
Les artivistes, qui agissent souvent en bande, se réfèrent
aux mouvements dadaïste, situationniste et punk, prônent
une réactivité à l’actualité
politique comme une logique de dissémination ; ce qui
en amène une partie à choisir la rue et internet
comme lieux tactiques pour exposer et diffuser leurs œuvres.
Parallèlement aux fresques, pochoirs et slogans, aux
affiches créées ou détournées, un
concept revient, celui d’extension d’espace public
par ajout de mobilier : prolonger un banc, installer des hamacs
et des sièges dans la ville… des réalisations
qu’on retrouve par exemple dans le collectif Rad.Art comme
chez l’américain Heath Bunting 7.
Critiques de la ville et de la société de consommation,
les artivistes semblent vouloir prolonger de fait l’histoire
des groupes surréalistes, dadaïstes et situationnistes,
sans avoir pour le moment ni unité, ni chef de file…
Est-ce là un problème ou une chance ?
Vers une alliance durable ?
Les politiques d’aménagement, celles des rues,
places et jardins, le fleurissement, les œuvres d’art
commandées, les marchés, les brocantes, les fêtes
de quartier, la fête de la musique, les festivals de théâtre
de rue mais aussi la police municipale ou les éducateurs
de rue font partie de l’animation de l’espace public.
Cette activité est une prérogative qui revient
aux municipalités et ses grandes orientations comme ses
petites décisions sont des outils de visibilité
et de communication pour une politique locale. Or, si l’on
trouve de plus en plus de ronds-points fleuris et de festivals,
la volonté d’encadrement a pourtant amené
des restrictions à une période où une attente
plus forte, illustrée par la généralisation
de l’expression " réappropriation de l’espace
public ", se faisait sentir : baisse des crédits
aux associations de quartier, limitation des espaces d’affichage
public, éclairage et caméra sur tous les lieux
potentiels de rassemblement spontanés, ajouts de bandes
de béton pour limiter ou empêcher les pratiques
de rollers ou de skate, bancs anti-SDF, chasse aux graffeurs,
etc.
Un décalage persistant existe entre les aspirations d’une
partie de la population à réinventer un vivre
ensemble, à ré-habiter la ville et une bonne partie
des institutions qui, à la moindre opération,
se gargarise dans ses bulletins municipaux, sans jamais prendre
le risque d’une politique d’envergure. Aujourd’hui,
entre les revendications classiques de la jeunesse et les aspirations
plus récentes des militants et habitants, ce décalage
incite à se jouer des lois et à travailler dans
les marges. Il faudra pourtant bien des synergies et l’alliance
durable des différents acteurs de l’espace public,
y compris institutionnels, pour inventer de nouveaux rituels
et aboutir à des innovations semblables à celles
qui structurent un espace comme celui du quartier Arnaud Bernard.
Cette coopération, qui suppose que des institutions,
de manière volontaire ou à travers un rapport
de force, finissent par reconnaître et soutenir la valeur
de certains projets associatifs et militants, semblait s’être
dessinée avec l’arrivée de la gauche au
pouvoir dans les années 80. Négocier les ambitions
et les utopies ne fut dès lors pas un jeu terriblement
gagnant, si l’on regarde les résultats actuels.
Les mouvements d’éducation populaire, comme ceux
de la culture et des arts de la rue, interpellant les pouvoirs
publics dans les années 70 et grassement entretenus par
ces derniers dans les années 80, se sont depuis installés
dans un silence suspect, assourdissant, même lors d’évènements
politiques forts, notamment pour ce qui s’est passé
dans les banlieues récemment.
De nouvelles formes d’expression politique, la multiplication
de nouveaux rituels conviviaux, ou encore l’émergence
d’artistes et d’animateurs cherchant à mettre
en scène, dans la rue, la parole et la vie des habitants
8 changeront-t-elle la donne, en proposant aux collectivités
des pratiques et une réflexion neuves ? L’impératif
de démocratie participative que s’impose une part
des élus deviendra-t-il suffisamment contraignant pour
les pousser à se risquer dans une politique d’éducation
populaire et d’animation du territoire cohérente
? La multiplication des actions directes dans l’espace
physique comme sur internet sera-t-elle le complément
(attendu) en actes et méthodes des discours et des thèmes
altermondialistes ? Ces différents groupes vont-ils s’ignorer,
s’unir, se détester, s’éteindre ?
La rencontre de ces nouvelles pratiques de la société
civile et des volontés institutionnelles aboutira-t-elle
à une transformation sociale ou à une récupération
crasse ?
Il est inquiétant d’avoir certaines réponses
de l’histoire…Il est rassurant d’avoir la
possibilité de se poser, à nouveau, toutes ces
questions. jeromeguillet@no-log.org
> POUR ALLER PLUS
LOIN avec les nouveaux débatteurs de rue
Dans la famille Artivistes…
Ilotopie
Depuis les années 80, cette compagnie marseillaise
a fait de la liberté et de la démocratie dans
l’espace public son sujet artistique de référence.
D’où des " actions de désordre artistique
interrogeant l'espace public ", portées par des
créateurs, acteurs, sculpteurs, danseurs, musiciens,
inventeurs, scénographes et chercheurs.
Tél. : 04 42 48 40 04, www.ilotopie.com
Ici même Paris
Depuis douze ans, ce groupe, piloté par Mark Etc, constitué
de plasticiens performeurs, infiltre la ville travesti sous
les traits de divers corps de métiers. Maîtres
de l’imposture, ils manient le faux pour percuter la
réalité.
Tél. : 01 40 05 17 44, www.icimeme.info
Ici même Grenoble
Depuis 1993, ce collectif polymorphe (danseurs, acteurs, performeurs,
écrivains, etc.) constitué en association dite
" tous travaux d’art ", a choisi la ville
comme lieu et objet d’expérimentation. Une de
ses dernières créations : un livre écrit
à douze mains, Les paysages étaient extraordinaires,
vendu avec son CD.
Tél. : 06 79 84 31 61, www.icimeme.info
Atelier d’architecture autogéré
Architectes, artistes, urbanistes, sociologues, étudiants,
etc. mettent leurs pratiques et leurs points de vue en commun
pour se réapproprier des espaces publics délaissés
en les transformant en espace de rencontre, de débat
et d’économie locale, lors d’aménagements
temporaires et réversibles, réalisés
avec les habitants. www.urbantactics.org
Farine orpheline
Outre-Atlantique, plus exactement au Québec, ce groupe
de créateurs pluridisciplinaires investit les "
trous " urbains (friche industrielle, terrain vague,
hôpital psychiatrique désaffecté, etc.)
sous forme d’occupation de lieux, de performances, de
parcours, etc.. www.farineorpheline.qc.ca
Action terroriste socialement acceptable
(Atsa)
Depuis 1998, l’Atsa organise chaque année, à
Montréal, " l’état d’urgence
", " manifestival " dont l’objectif est
de stimuler la solidarité humaine et la création
artistique socialement engagée. www.atsa.qc.ca
Théâtre de l’arpenteur
Créée en 1980 par Hervé Lelardoux, cette
compagnie se caractérise par son rapport aux espaces
et aux publics sans cesse renouvelé, situant ainsi
son travail dans la nécessité de replacer la
parole artistique au sein de la ville. L’Arpenteur alterne
de façon non sytématique théâtre
en salle et théâtre hors salle.
Tél. : 02 99 36 89 98, www.les-arpenteurs.com
Hendrik Sturm
Installé à Marseille depuis 1994, cet allemand,
formé à la neurobiologie et aux arts plastiques
enseigne à l’école des Beaux-arts de Toulon.
Il propose des promenades urbaines dans la cité phocéenne
entre découverte, psychogéographie et cospatialité…`
Tél. : 04 91 41 23 96
Échelle inconnue
Depuis 1998, ce " regroupement
organique " rouennais, constitué de
créateurs sonores, d’architectes, de plasticiens,
etc., tente, au travers d’expériences centrées
sur les questions de la ville, de l’espace et du territoire,
de réaliser des
créations intégrant la population.
Tél. : 02 35 70 40 05, www.echelleinconnue.net
...
...Dans la famille Militants…
Vélorution
Le mouvement Vélorution est parti d’une volonté
de lancer, dans les années 90, des manifestations cyclistes
à Paris, tous les premiers samedis du mois, à
Bastille. Quatre ans de manifestations – jusqu’à
six mille cyclistes – qui incitèrent Jean Tiberi
à développer les pistes cyclables et favorisèrent
la prise de conscience par les Parisiens des nuisances du
tout-voiture en ville. Alors animé par des jeunes proches
des Verts, il s’est depuis autonomisé, et surtout
élargi à une quinzaine d’autres villes.
En Angleterre, le mouvement
Critical Mass organise depuis douze ans des balades cyclistes
dans Londres, en clamant " we are the trafic " pour
tenter de mettre la pression sur la place de l’automobile.
Ces mouvements se basent sur l’idée de la "
masse critique ", c’est-à-dire un nombre
suffisant de cyclistes et rollers qui leur permet de s’imposer
dans la circulation comme ne peut pas le faire un cycliste
isolé. www.velorution.org
Les antipubs
Les antipubs " historiques ", l’association
Résistance à l’agression publicitaire
(Rap) en tête, militent pour une libération des
espaces publics des messages publicitaires omniprésents.
Leur ligne anti-consumériste figée sur la dénonciation
de l’agression publicitaire a été, depuis
l’automne 2003, de plus en plus débordée
sur le terrain par des militants ou des collectifs informels
qui font preuve d’une créativité nouvelle
pour détourner dispositifs et slogans publicitaires.
Ces tendances à l’utilisation de l’image,
de la dérision et du détournement avait déjà
été testée avec talent (mais pas dans
l’espace public) par les publications de Casseurs de
pub. www.antipub.net www.casseursdepub.net www.bap.propagande.org
L’église de la très
sainte consommation
Mouvement anti-consumériste, comme son nom l’indique
en creux… Les prêtres et les fidèles de
l’église organisent des happenings sous forme
de temps de prières, de chants fervents et de prêches
dans les temples de la très sainte consommation : rues
commerçantes, grands magasins, etc. Leur panthéon
comprend aussi les déesses Fringues, Bagnole, Pub,
Guerre, Galerie commerciale, Police, Croissance et Malbouffe,
les dieux Sport, Profit, Supermarché et Soldes. http://consomme.free.fr
Des mouvements leurs sont proches à l’étranger,
notamment en Angleterre, comme The vacuum cleaner ou My dad's
strip club. The church of stop shopping du Révérend
Billy et sa chorale prônent, elles, l’idéologie
inverse… pour les mêmes finalités (New
York). www.thevacuumcleaner.co.uk www.mydadsstripclub.com www.revbilly.com
The Spaces hijackers
Groupe d’" anarchitectes " né en 1999
au Royaume-Uni et présent depuis 2003 à Singapour,
qui se bat notamment contre les projets urbains détruisant
les identités locales, les privatisations et empiètements
du privé sur l’espace public. www.spacehijackers.org
(en anglais, mais très drôle)
Reclaim the streets !
Last but not least, les anglais de Reclaim the streets ! sont
apparus à Londres au début des années
90. Leur concept de base est simple : l'appropriation festive
et temporaire d'un espace public par les corps, la créativité
et la musique, d’une manière trop sympathique
et joyeuse pour être évincée brutalement.
Cette appropriation n’est pour autant pas gratuite :
elle est bien, en tant que perturbation du trafic et de la
quotidienneté, une critique des modes de vie dominants
et consuméristes. Reclaim the streets ! se place dans
la galaxie des eco-warriors anglais de la même époque,
qui tentaient d’empêcher par des squats radicaux
la destruction d’espaces naturels en vue de la construction
d’un grand programme d’extension routière.
Un de ses animateurs, John Jordan, donnera naissance à
l’Armée des clowns clandestine insurgée
et rebelle (Circa). http://rts.gn.apc.org
...
...Dans la famille Habitants
Fête des immeubles
Le désormais coutumier " Immeubles en fête
" ou " fête des voisins " existe depuis
1999. Pour l’édition 2006, plus de six millions
d'habitants se sont retrouvés dans 457 villes de France
et une centaine de villes européennes (Prague, Rome,
Bruxelles, Ljubljana, Luxembourg, Riga, Dublin, Varsovie,
Lisbonne, etc.). Histoire de (re)nouer des solidarités
de voisinage.
Tél. : 01 42 12 72 72, www.immeublesenfete.com
Repas de quartier
Né en 1991, sur la place des Tiercerrettes à
Toulouse, d’une idée de Claude Sicre (du groupe
Fabulous Trobadors), le premier repas de quartier fait très
vite des petits et essaime dans de nombreux quartiers de France.
Pour lutter contre l’indifférence et le déclin
des liens traditionnels, ces repas collectifs et participatifs
sont devenus aujourd’hui un rite presque incontournable.
Tél. : 05 61 12 11 16, www.arnaud-bernard.net/repas-histoires.php
Festival des boîtes aux lettres de Saint-Martin d’Abbat
Pour la première fois, les Abbatiens (Loiret, 1 200
habitants) soucieux de ravigoter leur bourgade, ont organisé
cet été (29 et 30 juillet, puis 5 et 6 août)
un festival des boîtes aux lettres. Deux cents boîtes,
sur les cinq cents que comptent le village, ont été
personnalisées, calligraphiées, sculptées
ou peinturlurées pour le plus grand plaisir du public
venu en nombre, et de loin.
Tél. : 06 87 24 00 70, www.letterboxvillage.com
…
Journal de TERRITOIRES
n° 470 - septembre 2006
> L'ARTICLE DU MOIS
La société civile entre
en campagne
Par Aline Chambras, journaliste
Dans la perspective
de 2007, de nombreuses associations veulent infléchir
les débats, en se présentant auprès des
partis politiques comme des forces de propositions et d’initiatives.
Si aucun candidat, programme à l’appui, n’est
encore formellement désigné dans la course à
la présidentielle, la société civile est,
elle, déjà en campagne. Avec deux espoirs : parvenir
à peser sur les partis, en leur exposant les problématiques
à explorer en priorité et les solutions à
y apporter, mais aussi aider à une prise de conscience
citoyenne. Pour, au final, détrôner les sempiternels
et dangereux débats sur la sécurité, l’immigration
ou le " déclin " de la France…
Ce lobbying, exempté d’intérêt économique,
porté par l’intérêt général
et apolitique – dans le sens où il s’adresse
à tous les partis – à l’exception
du Front national – n’est pas une nouveauté.
Attac ou la Ligue des droits de l’homme, notamment, ont
coutume d’interpeller les candidats. Mais, pour 2007,
la pression associative devrait prendre une importance inédite,
avec l’engagement sur le terrain politique d’ONG
traditionnellement éloignées des contingences
électorales. Peut-être faut-il y voir les conséquences
d’un 21 avril 2002 et d’un contexte social et environnemental
alarmant ?… Quoi qu’il en soit, les campagnes électorales
à venir (présidentielle et législatives
en 2007, municipales en 2008) devront compter sur la participation
de la société civile.
L’union fait la force
Pour mieux se faire entendre, certaines ont choisi de se regrouper
afin de mettre en commun leurs expériences et leurs propositions.
C’est le cas, par exemple, de cinquante-sept associations
écologistes, dont WWF ou Greenpeace, réunies pour
l’occasion électorale au sein de l’Alliance
pour la planète (www.lalliance.fr).
Inauguré le 22 mars dernier, ce collectif promet, via
sa campagne " quelle France pour 2012 ? ", d’obliger
les candidats à aborder la question de la défense
de l’environnement. Et de tenter de les convaincre de
mettre enfin en application les mesures écologistes qu’elles
demandent depuis des années.
Au cas où cette union ne parviendrait pas à suffisamment
orienter le cours des débats, certains membres de cette
" Alliance ", comme Greenpeace ou Les Amis de la terre,
se sont engagés dans un autre collectif, lui aussi déterminé
à influencer le cours de la campagne 2007. Réunies
sous l’égide " 2007 : urgence planétaire,
votons pour une France solidaire ", créée
le 6 février dernier à l’initiative du Centre
de recherche et d’informations pour le développement
(Crid, www.crid.asso.fr), dix associations interpelleront les
candidats et leur soumettront leurs projets, axés sur
la défense de l’environnement et la solidarité
internationale. Enfin, les ONG regroupées au sein de
Coordination Sud se sont, elles aussi, engagées dans
la bataille en lançant l’appel " Élections
2007, pour une France solidaire et ouverte sur le monde "
1. Soucieuses d’apporter leur expertise en matière
de politique publique de solidarité internationale, elles
proposent également aux éventuels élus
des solutions en matière de politiques étrangère,
commerciale et agricole. Reste à savoir si de telles
initiatives réussiront à se compléter et
si elles sauront forcer les candidats à insuffler davantage
d’écologie et de solidarité dans leur programme.
Expertise à l’appui
À ces trois initiatives s’ajoute la montée
au créneau d’autres associations, qui veulent,
elles aussi, avoir leur mot à dire. Ainsi, la Fédération
nationale des associations d’accueil et de réinsertion
sociale (Fnars, www.fnars.org) lançait, en janvier 2006,
des États généraux sur le thème
" L’exclusion n’est pas une fatalité
". Elle vient aussi de publier un Livre blanc dans lequel
elle propose un état des lieux de l’exclusion,
région par région, grâce au travail de ses
acteurs locaux, ainsi que des solutions pour y remédier.
L’ouvrage, envoyé à tous les élus,
devrait permettre " de sortir des discours langue de bois
des partis qui osent dire que l’exclusion est leur priorité
", précise la présidente, Nicole Maestraci.
La Fnars espère par exemple que sont enfin clairement
mis sur la table " la question du pilotage entre les compétences
et les moyens nationaux et ceux confiés aux conseils
généraux dans le cadre de
l’action sociale ".
Sur le même thème, Atd Quart-Monde a mis en place,
depuis mai 2006, les réseaux " Vie locale citoyenne
" (www.atd-quartmonde.asso.fr). Ces réseaux ont
pour mission principale d’assurer veille et interpellation,
en faisant remonter jusqu’à la sphère publique
les données relatives à la pauvreté afin
de faire de la lutte contre la misère une priorité
nationale. Leur rôle consiste également à
conseiller et soutenir les élus locaux, notamment départementaux,
dans leur lutte contre l’exclusion.
Dans un autre registre, la ligue Roc pour la préservation
de la faune sauvage et la défense des non chasseurs a
ouvert un site consacré à la biodiversité
(www.biodiversite2007.org) qui proposera, en temps voulu, un
tableau comparatif des programmes des candidats dans le domaine
de l’environnement. Histoire d’aider le citoyen
à faire son choix et de mettre les politiques face à
leurs contradictions, nombreuses dans ce domaine.
Enfin, méthode plus traditionnelle, le réseau
Sortir du Nucléaire, lui, appellera à manifester
dans cinq grandes villes (Rennes, Lille, Strasbourg, Lyon et
Toulouse) le samedi 17 mars 2006, afin d’imposer la question
du nucléaire comme thème majeur de la présidentielle
et des législatives. En espérant que ces nombreuses
initiatives réussissent à mettre du sel dans les
débats… et dans les actions qui suivront.