Rencontre avec Claudine Amoros, Syndicat démocratique
unitaire des Bouches-du-Rhône
Corbeil-Essonnes
Un clientélisme en rafale
Éthique et intégrité,
collectif
Prévention à Rennes
" L’application de la loi n’est pas notre objectif
"
Rencontre avec Jean-Yves Gérard, maire
adjoint de Rennes
Orléans
Peur sur la ville
Véronique Berkani, journaliste
Créteil
" Un millefeuille de dispositifs "
Sabrina Costanzo, journaliste
Débats
Le phénomène sécuritaire
" Ne pas chercher à éradiquer la violence
"
Rencontre avec Joëlle Bordet, psychosociologue
Décryptage
La peur, objet de toutes les politiques
Rencontre avec Laurent Bonelli, chercheur en
sciences politiques
Conférences
Conseils de quartier :
quatre ans après la loi sur la démocratie de proximité
Marion Ben-Hammo
> L'ARTICLE DU
MOIS
Décryptage
La peur, objet de toutes les politiques
rencontre avec Laurent Bonelli, chercheur en
sciences politiques
Territoires : Les débats
politiques sur l’insécurité sont alimentés
par nombre d’experts. Certains, sans nuance, prônent
une compréhension très sécuritaire de la
situation. D’autres, tel Sébastian Roché
1, portent un discours très entendu par les élus
de droite comme de gauche, basé sur le sentiment d’insécurité
et les incivilités. Quel rôle a ce type de discours
dans la politique sécuritaire de l’actuel gouvernement
?
Laurent Bonelli : Sébastian
Roché s’est intéressé à la
question de la sécurité au travers de l’étude
du " sentiment d’insécurité ".
Une notion qui n’est pas un objet scientifique mais fut
élaborée dans et pour le débat politique
2. Le sentiment d’insécurité apparaît
dans le débat politique à la fin des années
70, notamment dans le rapport Peyrefitte de 1977, Réponses
à la violence, qui dit qu’il faut distinguer la
montée du crime de celle de la peur du crime. Pour mesurer
cette peur du crime, la commission commande un sondage. Le rapport
sera assez vite oublié, mais l’idée de cette
séparation entre violences et peur demeure, avec son
corollaire : si elles sont différentes, il faut mettre
en œuvre des actions elles aussi différentes. Ce
sera le point d’entrée en politique de la sécurité.
Les élus – notamment locaux – ne peuvent
pas grand chose contre la délinquance : un maire ne va
pas intervenir dans un braquage. Par contre, il peut jouer sur
le " sentiment d’insécurité ",
sur les peurs individuelles et collectives de ses administrés.
Il peut par exemple recruter une police municipale, installer
des caméras de vidéo-surveillance, changer l’éclairage
public, voire même faire accompagner les personnes âgées
par des agents pour aller retirer de l’argent, comme on
le voit à Paris, ou à Créteil… La
peur est un terrain que les élus peuvent investir.
Ces actions n’ont pas
de conséquences sur le terrain strict des violences,
de la sécurité ?
Peut-être à la marge. Mais elles ne sont pas faites
pour cela, elles sont efficaces contre le sentiment d’insécurité.
La police municipale rassure quand elle patrouille, mais son
action contre la délinquance se réduit le plus
souvent à mettre des contraventions pour mauvais stationnement.
Un meilleur éclairage public atténue les inquiétudes.
En termes de prévention des violences, toutes les études
prouvent que la vidéo-surveillance n’a d’effet
que dans des espaces clos : grands magasins, parkings…,
parce que le lien entre la constatation d’un fait et l’intervention
est immédiat. Dans l’espace public, ce lien est
plus qu’hypothétique... À bien des endroits,
on peut voir des jeunes qui dealent tranquillement sous l’œil
des caméras. Bien des élus seraient inspirés
d’installer de fausses caméras avec des diodes
qui clignotent, vu le prix exorbitant des systèmes de
vidéo-surveillance ! L’effet serait presque le
même… Enfin, l’accompagnement des personnes
âgées peut prévenir une agression, mais,
là encore, cela remplit surtout très bien l’objectif
prioritaire de rassurer certaines fractions de la population.
Le sentiment d’insécurité
est donc devenu le point central du débat politique.
Comment glisse-t-on vers le discours sécuritaire actuel
?
Reprenons le fil. À partir de 1983, l’insécurité
devient un véritable enjeu aux élections municipales.
Et cela va aller crescendo jusqu’en 2002. La notion de
" sentiment d’insécurité " va
permettre à de nombreux élus de décrire
le ras-le-bol d’une partie de leur population, la peur
des gens de traverser les groupes de jeunes dans le hall des
immeubles, etc. Et peu importe le caractère scientifiquement
limité de la notion. Surtout, dans ses travaux, Roché
instaure un lien de causalité entre " sentiment
d’insécurité " et " incivilités
". Les " incivilités ", il ne les a pas
inventées ; c’est un concept qui vient des États-Unis
et qu’on retrouve dans les travaux de Wesley Skogan sur
la " spirale du déclin ", repris par Wilson
et Kelling qui aboutissent, eux, à la théorie
de la " vitre brisée ". Ces chercheurs ont
fait des enquêtes sur les modes et les vitesses de dégradation
des quartiers, et ils en ont conclu que les petits désordres
attiraient des désordres plus grands (des boîtes
aux lettres dégradées, on passe graduellement
au trafic de drogue, etc.). En fait, ce continuum a été
détruit plus tard par Bernard Harcourt ou Loïc Wacquant,
à partir des mêmes données d’enquête,
en montrant qu’on pouvait leur faire dire tout et son
contraire 3. Mais cette idée que les petites incivilités
sont les responsables du sentiment d’insécurité
marche très fort auprès des élus ! Cela
leur donne une théorie immédiatement opératoire
pour jouer contre la peur : lutter contre les petites incivilités
va souvent devenir le résumé des politiques de
sécurité locale. Et certains vont prendre cette
logique au pied de la lettre : puisque les grands problèmes
commencent avec les petits désordres, il faut taper très
fort dès les premiers faits : c’est la " tolérance
zéro " qui sera menée à New York.
En France, nous n’y sommes pas, mais quand on voit les
réformes pénales, il semblerait que l’on
en prenne le chemin.
Ce lien entre incivilités
et sentiment d’insécurité fait plus que
séduire les élus, il s’impose véritablement
dans tout débat politique et médiatique.
Tout ceci se passe au début des années 80, à
un moment où on observe un vrai regain de tension dans
les quartiers populaires. La principale explication est un affaiblissement
des mécanismes disciplinaires antérieurs, notamment
l’usine, qui était un appareil de normalisation
très efficace pour les jeunes sans qualification. Attention,
quand je dis l’usine, c’est l’emploi à
l’usine à plein temps, avec un statut stable et
des résistances ouvrières fortes. Quand un jeune
violent entrait à l’usine, le système le
faisait arrêter les " petites conneries ", notamment
parce que le milieu du travail intégrait ses propres
valeurs : la virilité dans le travail manuel et l’anti-autoritarisme
dans la lutte syndicale. Le fait de pouvoir se projeter dans
une perspective d’avenir terminait de le " ranger
". Ce schéma est progressivement remplacé
à partir de la seconde moitié des années
70 avec l’arrivée du post-fordisme, de l’automatisation
et des délocalisations, par un avenir ouvrier beaucoup
moins garanti : c’est le chômage de masse, l’intérim
et les contrats précaires. Pierre Bourdieu, avec l’exemple
du sous-prolétariat algérien 4, a parfaitement
démontré combien la précarité existentielle
enferme dans l’immédiateté. Dans cette situation,
le jeune est enfermé dans une quotidienneté faite
de débrouilles (intérim, recel, deal), et on sait
qu’il n’y a rien de plus propice au désordre.
À cette période, on voit revenir des comportements
présents au début de la révolution industrielle,
quand les travailleurs étaient des journaliers. La seconde
explication du regain de violence au début des années
80 est, bien sûr, " l’explosion " du cadre
scolaire : la massification de l’enseignement fait que
l’on retrouve tout un tas de jeunes à l’école,
mais qu’ils ne s’y retrouvent pas ! Ils sont pris
dans un temps scolaire alors que l’école, contrairement
à ses promesses, les laisse en bas des hiérarchies
sociales. Résultat : des chahuts à l’école
et une période d’apesanteur sociale propice aux
petits désordres à l’extérieur. Et,
bien sûr, se rajoute à cette situation le fait
que les quartiers se transforment en même temps, avec
le départ des plus aisés qui laissent les lieux
aux plus pauvres et aux plus précaires. Cette évolution
traduit en fait une crise de reproduction des milieux populaires,
qui va creuser des fractures entre générations.
C’est l’avènement de conflits entre des vieux
ouvriers de plus en plus précarisés et des jeunes
sans affectation qui occupent l’espace de manière
de plus en plus visible. Ces tensions vont se traduire dans
une partie de la population par ce qui sera interprété
politiquement comme une " demande de sécurité
" que les votes FN traduiraient 5.
Que revêt la lutte contre
les incivilités ?
C’est la menace de couper les allocations familiales,
les vigiles des bailleurs, la lutte contre les tags, la multiplication
des patrouilles de police, etc. Ces modes conceptuelles (vitre
brisée, tolérance zéro, etc.) viennent
en fait donner une cohérence pseudo-théorique
à leurs pratiques ordinaires. Lesquelles combinent le
plus souvent trois volets : rassurer les braves gens, contrôler
et menacer la minorité des pires, en même temps
que l’on négocie avec certains d’entre eux.
Rares sont les communes qui n’ont pas recours à
l’ensemble de ces technologies sociales, même si
la dernière est rarement affichée comme telle
!
En dépit du fait qu’elle soit fréquente,
elle est régulièrement dénoncée
par ceux qui n’y sont pas associés comme une manière
" d’acheter la paix sociale ". Alors qu’en
fait, la gestion d’une municipalité nécessite
de savoir concilier des intérêts divergents. Tout
le monde n’est pas comme le maire d’une grande ville
du Sud-Ouest de la France qui, à la suite d’une
flambée de violence due au décès d’un
jeune, disait : " Les quartiers, je m’en fous, tout
ce que je veux, c’est qu’ils ne brûlent pas,
c’est mauvais pour l’image de ma ville. " Hélas,
il semblerait que dans un contexte où les quartiers se
dégradent socialement, où leurs revendications
politiques peinent à se faire entendre, les voies coercitives
tendent de plus en plus à l’emporter sur les autres.
Et on ne voit pas ce qui pourrait en sortir de bon. Propos
recueillis par Nicolas Leblanc
1 Sébastian Roché est directeur de recherches
au CNRS et professeur à l'IEP de Paris et de Grenoble.
Il est l‘auteur de La société incivile.
Qu’est-ce que l’insécurité ?, Seuil,
1996 ; et dernièrement de Police de proximité.
Nos politiques de sécurité, Seuil, 2005.
2 Voir les critiques de Renée Zauberman, dans "
La peur du crime et la recherche ", Année sociologique
n° 32.
3 Bernard Harcourt, Illusion of order. The false promise of
broken, windows policing, Harvard university press, 2001 et
Loïc Wacquant, Punir les pauvres, Agone, 2004.
4 Pierre Bourdieu, " Les sous prolétaires algériens
", Agone n° 26/27, 2002.
5 Sur le caractère faux de ce raisonnement, voir Annie
Collovald, Le " populisme du FN ". Un dangereux contresens,
Paris, Le Croquant, 2004.
Némésis : association
de travailleurs sociaux, soignants, personnels de l’Éducation
nationale et de la justice, etc., créée en 2004
à Orléans pour défendre l’éthique
de leurs métiers mise
à mal localement.
Némésis : 20, rue du Parc, 45000 Orléans
Le groupe Claris (Clarifier
le débat public sur l’insécurité)
produit des dossiers et des notes de lecture sur les contextes
dans lesquels se construisent les problèmes dits "
d’insécurité ". www.groupeclaris.com
La fondation Copernic, à
travers ses groupes de travail rassemblant des universitaires
et des acteurs du mouvement social, prend part au débat
public et apporte un autre éclairage aux questions
sociales et économiques. Le groupe " quartiers
populaires " publiera en septembre 2006 un document intitulé
Dynamiques sécuritaires dans les quartiers populaires. www.fondation-copernic.org
Association française des
magistrats de la jeunesse et de la famille afmjf@club-internet.fr
À lire
Pratiques et discours sécuritaires. La machine à
punir, sous la direction de Laurent Bonelli et Gilles Sainati,
L'esprit frappeur, 2004
Avec des contributions de Claude Beuzelin, Didier Bigo, Élisabeth
Chauvet, Sandrine Garcia, Serge
Halimi, Franck Poupeau, Pierre Rimbert, Pierre Tévanian,
Anastassia Tsoukala et Loïc Wacquant.
Violences urbaines, violences sociales. Genèse des
nouvelles classes dangereuses, Stéphane Beaud et Michel
Pialoux, Fayard, 2003
Délinquance et insécurité en Europe.
Vers une pénalisation du social ?, Groupe européen
de recherches sur la justice pénale, Bruylant, Bruxelles,
2001
Violences et insécurité. Fantasmes et réalités
dans le débat français, Laurent Mucchelli, La
Découverte, 2001
Revue Territoires :
o Violences de jeunes. L’approche éducative,
n° 408, mai 2000
o Prisons, centres de rétention, rue... La barbarie
intérieure, n° 418, mai-juin 2001
o Sentiment d’insécurité, surenchère
médiatique, démagogie politique : le piège
sécuritaire, n° 427, avril 2002
Articles disponibles sur : www.adels.org,
rubrique Territoires.
Revue Cultures et conflits :
o Approches critiques de la sécurité, n°
54, 2004
o Facettes de l’(in)sécurité, n°51,
2003
o Défense et identités : un contexte sécuritaire
global ?, n° 44, 2002
Textes intégraux sur : www.conflits.org
Enfermement de la misère, misère de l’enfermement,
revue Écorev n° 15, 2004
Surveiller et punir, Michel Foucault, Gallimard, 1975
Journal de TERRITOIRES
n° 468 -
mai 2006
> L'ARTICLE DU MOIS
Des maires sans toit et hors-la-loi
Par Véronique Berkani, journaliste
Le député-maire
du Raincy, Éric Raoult, a pris la tête d’une
fronde contre l’article 55 de la loi SRU obligeant les
communes à disposer d’au moins 20 % de logements
sociaux sur leur territoire.
Dans un contexte de crise aiguë du logement, la riposte
ne s’est pas faite attendre.
A l'occasion du débat sur la loi Borloo "Engagement
national pour le logement", l'article 55 de la loi solidarité
et renouvellement urbains (SRU) essuie les tirs groupés
de parlementaires désireux d'assouplir l'obligation faite
aux communes de disposer d’au moins 20 % de logements
sociaux 1. Les coups ont déjà porté, puisque
les députés ont obtenu que les logements vendus
dans le cadre d’opérations d’accession sociale
à la propriété soient aussi comptabilisés
dans les 20 %.
Le 4 avril, en deuxième lecture au Sénat, un amendement
est en partie venu rétablir l’esprit de la loi
en excluant les prêts à taux zéro. Mais
il ne s’agit que d’une correction partielle, car
les logements HLM vendus seront toujours comptabilisés
pendant cinq ans dans les 20 %.
À la tête de cette fronde, le député-maire
(UMP) du Raincy Éric Raoult (Seine-Saint-Denis) a créé
une Coordination pour la " diversité urbaine "
et tente de rallier à sa cause les 742 maires des villes
ayant moins de 20 % de logements sociaux afin de " défendre
l’image et l’honneur de ces élus caricaturés
et stigmatisés par un a priori idéologique et
partisan qui refuse de les écouter pour connaître
leur spécificité ". Éric Raoult propose
à la place de " substituer le contrat à la
contrainte "… À l’autre bout de l’échiquier
politique, des élus franciliens qui, pour leur part,
remplissent l’obligation des 20 %, se sont rassemblés
autour du maire d’Arcueil (" Gauche citoyenne "),
Daniel Breuiller, qui a lancé un autre collectif : Maires
au nom de la loi SRU. Celui-ci pointe du doigt " les communes
hors la loi " dont il a publié une liste sur son
site internet 2 et appelle les régions et les départements
de gauche à ne plus subventionner ces mauvaises élèves.
" Ces communes ont choisi de se mettre “hors solidarité
régionale”, il n’y a donc pas de raison qu’elles
en bénéficient ", estime Daniel Breuiller.
Le collectif souligne que la crise est aujourd’hui sans
précédent (320 000 demandeurs de logements sociaux
en Île-de-France) et concerne une large frange de la population,
puisque deux Franciliens sur trois peuvent prétendre
à un logement social du fait du montant de leurs revenus.
" 20 %, c’est vraiment un minimum minimorum, 40 %
en moyenne serait l’optimum en Île-de-France ",
estime Daniel Breuiller.
De plus en plus de logements intermédiaires
" Nous jugeons scandaleuses les attaques lancées
contre l’article 55 de la loi SRU ", appuie Christophe
Robert, sociologue et responsable des recherches à la
Fondation abbé Pierre. " C’est une bonne loi,
pragmatique et efficace, dans la mesure où elle répond
à la nécessité de mieux répartir
les logements sociaux sur le territoire des agglomérations.
Depuis deux ans, on construit beaucoup, le problème est
qu’il s’agit de logements qui ne sont pas accessibles
à la grande majorité des Français. "
En effet, avec plus de 360 000 mises en chantier en 2004, et
près de 400 000 en 2005, le rythme de la construction
n’a jamais été aussi élevé
depuis deux décennies. Mais, dans le même temps,
les ménages éprouvent les pires difficultés
à trouver des logements adaptés à leurs
besoins à des prix correspondant à leurs capacités
financières.
Pour 2005, 80 000 des 90 000 logements sociaux prévus
à la construction ont été financés.
Plus grave, la Fondation abbé Pierre souligne que ce
sont les logements intermédiaires pour classes moyennes
qui prennent une place croissante dans ces constructions, minorant
encore le chiffre du " vrai " logement social 3.
Des miradors autour du Raincy ?
" La polémique sur le fait qu’on traînerait
certains maires dans la boue est sans objet. La loi est équilibrée,
puisque les villes ont vingt ans pour atteindre ce taux minimal
de 20 % ", soutient Christophe Robert. Les objectifs triennaux
de rattrapage fixés par les préfets pour la période
2002-2004 sont cependant loin d’être atteints. Deux
tiers des communes concernées se situent en dessous de
leur objectif, parmi lesquelles 154 (sur 743) n’ont financé
aucun logement social. C’est par exemple le cas d’Allauch
(Bouches-du-Rhône), Villeneuve-lès-Avignon (Gard),
Rixheim (Haut-Rhin), Sceaux (Hauts-de-Seine) ou encore Savigny-sur-Orge
(Essonne) 4. Facteur aggravant, ce sont les communes qui sont
très proches des 20 % qui ont atteint ou dépassé
leur objectif triennal, tandis que celles qui en sont loin n’ont
consenti qu’un effort limité. Ormesson-sur-Marne,
commune de 9 800 habitants dans le Val-de-Marne, comptabilise
seize logements sociaux et n’en a réalisé
aucun sur les 109 fixés dans le cadre de son objectif
triennal. " Cet objectif n’est pas le nôtre,
puisqu’il est fixé par l’État ",
indique ainsi Edmond Barriquand, adjoint en charge de l’urbanisme.
Dans cette commune, l’habitat collectif est proscrit au
bénéfice d’un urbanisme d’habitations
basses avec jardins privatifs. Le Plan d’occupation des
sols a bien été modifié en 1996, mais uniquement
pour s’ouvrir à du " pavillon groupé
" (semi collectif) dans certaines zones, ce qui a permis
la construction des seize logements sociaux. Douze autres logements
sociaux sont en cours de réalisation et trois autres
terrains ont été acquis par la mairie dans ce
but. " Nous avons choisi d’avancer à notre
rythme, à notre échelle. Selon la loi, nous manquons
de 729 logements sociaux ; mais sauf à renoncer aux options
fondamentales de notre urbanisme, ce que nous ne souhaitons
pas, nous ne pourrons pas les réaliser ", ajoute
Edmond Barriquand, porte-parole d’une commune qui ne compte
pas accueillir n’importe qui au milieu de ses pavillons.
La polémique n’est donc pas prête de s’éteindre
et deviendra probablement de plus en plus violente entre "
pro loi " et partisans de son assouplissement dans les
années à venir. La posture des villes réfractaires
apparaîtra encore plus choquante pour les communes limitrophes
de celles qui culminent parfois à 70 % de logements sociaux.
" On ne mettra pas de miradors autour du Raincy ",
ironise Daniel Breuiller. La loi " engagement national
pour le logement " reviendra devant le Parlement au cours
de la deuxième quinzaine du mois de mai.
1 Pour les communes d’au moins 1 500 habitants en Île-de-France
et 3 500 hors Île-de-France, comprises dans une agglomération
de plus de 50 000 habitants comprenant au moins une commune
de plus de 15 000 habitants.