Il y a des scrutins de trop, et d’autres
qui manquent
Entretien avec Claude Grivel, élu local
Sortir des échelles habituelles
de la concertation
Entretien avec Pascal Jarry, technicien communautaire
Politique de proximité à
Nantes métropole
L’agglomération : Si loin, si proche...
Sabrina Costanzo, journaliste
La politique de l’habitat du Pays
Yonnais
Ou comment construire de l’interco sur le dos de la mixité
sociale
François Madoré, géographe
Débats
Le logement dans l’intercommunalité
Georges Gontcharoff, conseiller de la rédaction
L’intercommunalité contre
la démocratie locale ?
Les dangers de l’entre-soi intercommunal
Fabien Desage et Nicolas Bué, politologues
" L’intercommunalité
est mal vécue "
Sabrina Costanzo, journaliste
Conférences Une
nouvelle rubrique consacrée à des présentations
ou des retranscriptions de conférences sur la démocratie
participative
Démocratie, participation et transformation
sociale : contextualiser le débat
Joan Subirats
> L'ARTICLE DU
MOIS
Effets territoriaux de l’intercommunalité
Le nouveau pouvoir communal-communautaire
Martin Vanier, professeur à l’Institut
de géographie alpine de l’université de
Grenoble
L’État
a promu l’intercommunalité pour transformer l’architecture
communale. Loin d’avoir disparues, les communes affichent
encore toute leur légitimité politique et leur
capacité d’action locale face aux structures
intercommunales, qui doivent aussi se positionner à
l’égard des départements et régions.
Comme tous les observateurs de la vie publique locale s’accordent
à le dire désormais, l’intercommunalité,
spécificité française, aura servi paradoxalement
à pérenniser une architecture communale exceptionnelle
par le nombre, mais plus encore par le contenu politique,
et de ce fait rétive à toute redéfinition
radicale. Le premier effet territorial majeur de l’intercommunalité
en France est l’ouverture d’une nouvelle ère
institutionnelle pour des communes vieilles de plus de deux
siècles mais bases de l’édifice ; et ce
parallèlement à leur mutation dans tous les
autres pays de l’Union européenne. À partir
de là, on proposera ici trois aperçus des effets
territoriaux de l’intercommunalité : effets sur
l’identité territoriale du politique, via le
partage obligatoire de la légitimité politique
locale entre communes et communautés ; effets sur l’organisation
territoriale des fonctions politiques, via la remise en cause
de l’hégémonie des exécutifs locaux
; effets sur les collectivités territoriales départementales
et régionales aux prises avec deux niveaux concurrents
d’intercommunalité.
Partager la légitimité
politique locale
Avec la fiscalité propre, désormais acquise
fin 2004 pour 2 525 groupements, touchant 88 % des communes
et 84 % de la population, et le principe, en perspective pour
2007-2008, de l’élection des conseillers communautaires
au suffrage universel direct, les conditions seront bientôt
réunies pour faire des ÉPCI un quatrième
type de collectivités locales, constitutionnellement
reconnu. Mais, même sans statut constitutionnel, les
ÉPCI captent de plus en plus souvent une part notable
de la légitimité locale, en particulier en tant
qu’interlocuteurs directs des usagers de services locaux.
La commune, ses élus, son administration, ne peuvent
plus prétendre être les seuls représentants
démocratiques des intérêts publics locaux,
les seuls garants du bien commun. De l’intérêt
communal à l’intérêt communautaire,
il y a certes un changement d’échelle, mais surtout
un changement d’état d’esprit politique
dans la mesure où deux pouvoirs, à terme tous
deux à égalité de statut, sont amenés
à se référer à la même territorialité,
reconnue comme locale. Que peut-il alors se passer, dans cette
situation sans précédent ? Trois scénarios
sont possibles. Dans le premier scénario, le pouvoir
communal s’évanouit à force de transferts,
tandis que les élus locaux réinvestissent leurs
ressources sur la scène intercommunale. La commune
se meurt autour de ses dernières missions administratives,
et l’intercommunalité prend le leadership de
tous les dossiers locaux. Le partage de la légitimité
locale n’est que passager, le temps que le communautaire
l’emporte définitivement sur le communal, accomplissant
ainsi en douceur l’impensable diminution des 36 782
communes. On pourrait voir la proposition de se référer,
pour les futures élections communautaires de 2007-2008,
au même scrutin d’arrondissement que pour Paris,
Lyon, et Marseille, comme une étape vers cette lente
disparition du pouvoir communal. Ce scénario peut valoir
pour les plus grandes agglomérations, où l’identité
d’agglomération pèse déjà
aussi lourd que les identités communales, mais il prendra
du temps. Dans un second scénario, la résistance
du pouvoir technico-politique communal est tel, que c’est
au contraire l’intercommunalité qui reste un
appareillage de coopération sans légitimité
politique forte. Le même système PLM qui tend
à transformer les communes en arrondissements dans
les grandes agglomérations peut signifier ailleurs
que les arbitrages politiques sont d’abord communaux
(constitution des listes de candidats, thèmes de campagne,
répartition des votes), les choix communautaires leur
restant subséquents : on choisit l’élu
comme maire ou conseiller municipal, avant de l’envisager
comme président d’ÉPCI ou élu communautaire.
Ce scénario a toute sa crédibilité dans
les très nombreuses configurations géographiques
où le territoire intercommunal demeure multipolaire,
avec des identités fortes de villages, d’anciens
villages devenus banlieues, de bourgs ou de petites villes,
au sein d’un même groupement.
C’est pourquoi un troisième scénario s’impose,
dans lequel aucun des deux pouvoirs ne l’emporte et
les deux niveaux locaux doivent composer, au moins une génération,
soit en considérant l’ensemble du paysage territorial
français – avec des intercommunalités
plutôt " communautaristes " dans les grandes
agglomérations et des intercommunalités plutôt
" communalistes " ailleurs – soit dans des
situations concrètes où les communes comme l’intercommunalité
s’avèrent incontournables.
Répartition interterritoriale
des fonctions politiques
En résumé, l’acteur intercommunal n’est
pas seulement un niveau supplémentaire qui vient s’insérer
dans la hiérarchie géographique des collectivités
locales entre la commune et le département, comme on
le résume simplement. Il est le même que l’acteur
communal, mais investi d’une mission interterritoriale,
au sein de ce qu’on pourrait appeler le nouveau complexe
local de pouvoirs. L’État a ainsi créé
les possibilités d’une décentralisation
qui, plutôt qu’une régionalisation à
laquelle il est idéologiquement tenté de la
ramener, ou d’une départementalisation à
laquelle il contribue de fait, pourrait bien s’avérer
une
" intercommunalisation ", au bénéfice
(ou à la charge) du complexe local de pouvoirs communal-communautaire.
La France est un des rares pays à ne pas avoir mis
en place un partage des fonctions politiques au sein de ses
collectivités territoriales. Contrairement à
son organisation des pouvoirs centraux, on sait qu’un
scrutin unique désigne un conseil apparemment souverain
sur son périmètre d’exercice (conseil
municipal, général, régional) d’où
émane par vote interne un exécutif (adjoints
au maire ou vice-présidents) qui s’auto-missionne
et s’auto-évalue, à la limite non négligeable
près du contrôle préfectoral de légalité
a posteriori, il est vrai. Cette réalité curieuse
et fort peu démocratique, au moins au regard du principe
philosophique du partage des pouvoirs, est évidemment
un héritage de la soumission des pouvoirs locaux au
pouvoir d’État. Avec l’intercommunalité,
au contraire, un partage des fonctions politiques est sans
doute en train de se mettre en place de fait, sinon de se
voir reconnaître de droit, et ce pour trois raisons.
La délibération au niveau intercommunal
La première raison tient à la montée
de l’exigence consultative, voire participative, dont
l’intercommunalité est porteuse. Pendant que
quelques communes innovantes s’efforcent de mettre en
place ces lieux et moments qui partagent l’acte politique,
les communautés d’agglomération et les
pays sont tenus de constituer, doter, et écouter des
conseils consultatifs, sur le mode de leur choix. L’expression
citoyenne directe, la démocratie participative, l’intervention
de la société civile, sont invoquées
selon des dispositifs différenciés. Un nouveau
laboratoire socio-politique est ouvert, via l’intercommunalité,
qui peut constituer une scène politique que la pratique
communale n’a pas permis de faire vivre, dans l’immense
majorité des cas, avec des maires qui concentrent tous
les pouvoirs et ont fini par imposer une culture civique du
monopole des fonctions politiques. À l’échelle
intercommunale peut aujourd’hui se structurer une fonction
consultative durable et légitime à l’égard
de l’ensemble du complexe local de pouvoirs : le débat
public, le forum permanent, la prospective partagée,
l’évaluation démocratique, en sont quelques-unes
des missions. Il est logique de voir la fonction délibérative
– seconde raison – glisser peu à peu également
vers l’échelle intercommunale. De même
que le Parlement fait de plus en plus souvent le constat que
son travail consiste à traduire en droit français
les directives cadres du droit communautaire, les communes
sont amenées à concerter leur travail délibératif
afin de donner une vie réglementaire à la coopération.
Dans le jeu un peu laborieux, mais nécessaire, des
aller-retour entre commissions municipales et commissions
intercommunales, puis conseil municipal et conseil communautaire,
il est clair que la technicité de la délibération,
qui équivaut toute chose égale par ailleurs
à l’acte législatif national, remonte
vers l’intercommunalité. Dans ces temps de partage
du pouvoir local, dont il a été question précédemment,
il faut bien que quelqu’un tienne la plume, et ce de
façon cohérente pour un ensemble de partenaires.
Les communes continuent de délibérer, mais il
s’agit de plus en plus alors de préparer la délibération
finale, communautaire, celle qui déclenchera vraiment
l’action.
Quant à celle-ci – troisième raison –,
il est paradoxalement probable que beaucoup de communes en
conservent la maîtrise. Dans la réalisation de
travaux, et plus encore dans la mise en place de services,
la connaissance fine du terrain est cruciale. En règle
générale, le fait que les compétences
majeures aient été transférées
aux communautés ne signifie pas qu’elles ont
à les exécuter directement elles-mêmes,
surtout lorsqu’elles ont été créées
ex nihilo : la délégation de maîtrise
d’ouvrage, la maîtrise d’ouvrage partagée,
le conventionnement, sont quelques-unes des formes de partenariat
qui ramènent l’exécution vers les
communes. La fonction exécutive ne peut pas échapper
aux maires, tant que les ÉPCI ne sont pas installés
constitutionnellement dans l’architecture territoriale
nationale. Bien entendu, les communautés sont pilotées
par leur propre exécutif, mais de même que dans
le travail délibératif, le pouvoir concret remonte
vers l’intercommunalité, en matière de
travail exécutif, il reste contrôlé par
le niveau municipal.
La France des 3 000 et la France
des 300
Le grand débat des années 1990 sur l’aménagement
du territoire, la recomposition territoriale et la relance
de l'intercommunalité, pour décisif qu'il fut
en termes d’avancées législatives, n’aura
finalement pas tranché dans l’alternative de
la bonne maille territoriale, débat récurrent
de l’État-nation français, comme de beaucoup
d’autres.
Si les lois du 24 juin et du 12 juillet 1999 ont procédé
d’une nette distinction de philosophies politiques –
l’institution " en dur " pour la loi Chevènement
et ses ÉPCI fiscalement intégrés aux
compétences obligatoires, le projet et le contrat pour
la loi Voynet et ses pays négociés à
la démarche pragmatique – elles ont tout de même
instauré une famille de territoires, et non des moindres,
qui relèvent des deux logiques à la fois : les
communautés d’agglomération. Elles sont
comptées parmi les 2 525 ÉPCI à fiscalité
propre, qui correspondront grosso modo à la maille
cantonale lorsque l’intégration sera achevée,
mais elles sont aux côtés des pays pour dessiner
la France à l’échelle des bassins d’emploi
chère à un certain nombre de réformateurs.
Or, dans un cas, celui de l’intercommunalité
de base, elles sont, comme les communautés de communes,
plutôt les partenaires naturels des politiques territoriales
des départements, qui ont la bonne taille pour appréhender
cette France à 3 000 entités qui prend figure.
Dans l’autre cas, celui du territoire de projet contractualisé,
elles sont, avec les pays et les parcs naturels régionaux,
les mailles privilégiées des politiques territoriales
des régions, qui correspondent bien à la maille
des trois cents – plus cent-cinquante agglomérations
donc – si fréquemment invoquée.
Autant ces questions ne troublent pas outre mesure le monde
de l’intercommunalité, qui a depuis longtemps
l’habitude, quoi qu’il en dise, de se mouvoir
dans une certaine complexité institutionnelle, autant
elles ne peuvent laisser indifférent les deux collectivités
territoriales englobantes. La réorganisation des services
et des modes d’action sectoriels sur des logiques territoriales
et transversales est en cours dans beaucoup d’administrations
départementales et régionales. Dans la France
des 3 000 communautés, le département a de beaux
jours devant lui, à condition d’évoluer
vers une nouvelle représentation territoriale qui efface
les cantons. Avec une France en trois cents pays et cent-cinquante
agglomérations, ce sont plutôt les régions
qui
assureront le rôle de fédérateur des territoires
locaux. La " République des territoires "
est sans doute en marche, mais laquelle ? Quant à l’État,
il lui reste à prendre acte de deux conséquences
le concernant : l’État déconcentré
ne peut plus être l’acteur technique, normatif
et finalement toujours pilote qu’il a longtemps été,
dès lors que ce rôle est fermement tenu par le
complexe local de pouvoirs ; les politiques de l’État
ne peuvent plus être celles de l’indifférenciation,
de l’unicité de la norme, de l’homogénéité
des objectifs, dès lors que le principe d’une
administration territoriale de la République l’a
emporté. Ce sont là vraisemblablement les effets
territoriaux à venir d’une intercommunalité
qui, voulue avec opiniâtreté par un État
dont on a dit la grande motivation originelle – transformer
le système des 36 000 et quelques communes –,
produit en retour les conditions et les nécessités
d’une transformation de son géniteur. martin.vanier@ujf-grenoble.fr
> POUR ALLER PLUS
LOIN
Ressources
Le site officiel incontournable est bien sûr celui de
la Délégation générale aux collectivités
locales, dépendant du ministère de l’Intérieur
: www.dgcl.interieur.gouv.fr
L’association d’élus à son tour incontournable,
c’est l’Assemblée des communautés
de France (ADCF). Son site est entièrement tourné
vers l’intercommunalité : www.intercommunalités.com
Du point de vue de l’expertise technique ou associative,
voir le site très complet d’Entreprise territoires
et développement... www.projetdeterritoire.com
... celui plus proche des acteurs du développement durable
et plus
militant de l’Unadel... www.unadel.asso.fr
... et celui centré sur les pays de
l’Association pour la fondation des pays (APFP) : www.pays.asso.fr/
Sans oublier de naviguer dans les articles passés de
Territoires, dans le recensement de l’observatoire de
la démocratie locale, etc., sur le site de l’Adels
! www.adels.org
À lire
Intercommunalité et démocratie locale. Dédale
et le citoyen, Territoires n°434, janvier 2003
Établissements publics de coopération intercommunale,
J.-C. Rigault, Héricy, éditions du Puits Fleuri,
2003
L’intercommunalité. Bilan et perspectives, R. Rangeon,
Paris, Puf, 1997
Luttes d’institutions. Enjeux et contradictions de l’administration
territoriale, D. Gaxie (dir.), Paris, L’Harmattan, 1997
Coopération intercommunale et société locale,
P. Moquay, Paris, L’Harmattan, 1998
L’avenir de la taxe professionnelle intercommunale, M.
François, E. Lengereau (dir.), Paris, LGDJ, 1998
Intercommunalités et gouvernements locaux. L’exemple
des départements de l’Ouest de la France, Hervé
Michel, Paris, L’Harmattan, 1999
L’invention politique de l’agglomération,
F. Baraize, E. Négrier (dir.), Paris, L’Harmattan,
2001
L’intercommunalité au service du projet de territoire,
G. Logié, Paris, Syros, 2001
Leçons de finances locales, E. Douat, A. Guengant, Paris,
Economica, 2002
Décentralisation et intercommunalité en France
et en Europe, J.-C. Némery (dir.), Paris, L’Harmattan,
2003
Les effets de l’intercommunalité, R. Le Saout,
F. Madoré (dir.), Rennes, Pur, 2004
" Enjeux (inter)communaux ? Constitution, traduction et
euphémisation des questions intercommunales lors des
élections municipales de 2001 dans la communauté
urbaine de Lille ", N. Bué, F. Desage, L. Matejko,
dans Mobilisations électorales, J. Lagroye, P. Lehingue,
F. Sawicki (dir.), Paris, Puf / Curapp, 2005
" La métropole n’est-elle qu’un mot
? Retour critique sur un lieu commun ", N. Bué.
et F. Desage, dans B. Dolez, D. Paris (dir.), Métropoles
en construction, Paris, L’Harmattan, 2004
" L’intercommunalité sans le citoyen. Les
dimensions structurelles d’une moins-value démocratique
", N. Bué, F. Desage, dans R. Le Saout et F. Madoré
(dir.), Les effets de l’intercommunalité, Rennes,
Pur, 2004
Journal de TERRITOIRES
n° 461 -
octobre 2005
> L'ARTICLE DU MOIS
Les pays sauvés par leurs acteurs
Entretien avec Dominique Voynet, sénatrice
de la Seine-Saint Denis
Territoires : Six
ans après, quel bilan tirez-vous de la mise en place
de la loi d'orientation pour l'aménagement et le développement
durable du territoire (Loaddt) que vous avez initiée
en 1999, et notamment des pays ? Dominique Voynet: Dans ce domaine-là, comme dans beaucoup d’autres,
on ne dispose guère d’outils d’évaluation
et de suivi. C’est donc essentiellement aux acteurs
locaux, aux professionnels et aux associations impliqués
sur le terrain qu’est revenue la tâche d’accompagner
et d’évaluer empiriquement la mise en place des
pays, tâche d’autant plus difficile que les évolutions
législatives et réglementaires depuis 2002 les
ont profondément déstabilisés. Les conditions
de renégociation des contrats de plan État-régions
et l’insécurité budgétaire généralisée
qui en a résulté, la quasi disparition du volet
territorial ont, en outre, fragilisé toutes les procédures
de conventionnement et affaibli, au moins pendant les années
2002 et 2003, la relance de la politique des pays, décourageant
de fait beaucoup d’acteurs. Sous couvert de simplification
de procédure et de retour à l’esprit de
1995 (loi Pasqua), les modifications introduites par la droite
ont tendu à réduire la dimension " développement
durable " des textes, à affirmer davantage encore
le département comme échelon pouvant interférer
avec la création des pays – et par conséquent
à relativiser la place des régions – et
à supprimer, sous prétexte de lutte contre les
lourdeurs bureaucratiques, tout risque d’émergence
d’un échelon administratif ou politique nouveau.
Pour ce qui est des conseils de développement, leurs
missions, que la Loaddt laissait très ouvertes, ont
été rendues encore plus floues, et seule la
mobilisation des acteurs des pays a empêché la
suppression des conseils de développement ou, ce qui
revenait à peu près au même, leur transformation
en organes facultatifs. Mais " ce qui n’est pas
interdit restant autorisé ", les interprétations
larges restent possibles. L’expérience montre
que plus le conseil de développement a été
associé en amont à l’élaboration
du contrat, plus il peut peser sur les conditions de son application
et sur le suivi des priorités opérationnelles
retenues. Cependant, le risque d’essoufflement lors
du passage d’une phase à l’autre est bien
présent. De nombreux conseils de développement
se sont investis dans des dispositifs de détection
et d’accueil de nouveaux projets. Ils s’impliquent
dans la communication avec la population à travers
des journaux, des fêtes, des forums, des sites ou des
plaquettes, dans des réunions destinées à
produire de la contre-expertise ou du complément d’expertise
sur les études produites par les cabinets spécialisés.
Ainsi s’expérimentent des formes originales de
débat public, des méthodes pour parvenir à
des formes de compromis ou de consensus.
Quelles pistes imaginez-vous pour
relancer la démarche ?
Je crois que nous devons continuer sans relâche à
poser la question politique de la simplification du système
d’organisation administratif de notre pays et de la
réduction du nombre d’échelons. La question
du dépassement du départementalisme reste une
nécessité. En attendant, il faut réaffirmer
le rôle de chef de file des régions et le lien
direct pays / régions. Cette simplification des procédures
passe bien sûr par une meilleure articulation entre
les outils existants d’aménagement foncier ou
d’urbanisme – notamment les schémas de
cohérence territoriale et les plans locaux d’urbanisme
– et les projets de pays, à travers des instances
de pilotage moins nombreuses et moins cloisonnées.
Le pays appellera dans les années à venir des
formes juridiques plus normées, plus simples et plus
attractives fiscalement. De même, le financement des
intercommunalités ne peut pas dépendre ad vitam
aeternam des aléas des politiques budgétaires
de l’État ou des régions. Des recettes
fiscales affectées aux intercommunalités –
aux pays en particulier – et celles de fonds régionaux
permanents sont nécessaires. Enfin, il faudra sans
doute positionner les conseils de développement comme
des sortes de conseils économiques et sociaux locaux,
représentatifs des organisations de la société
civile et chargés d’animer l’information
et le débat public sur les objectifs du pays et de
faire l’interface avec les citoyens afin de maintenir
le caractère partagé du projet, de travailler
à la prospective locale et à la formation des
acteurs, d’évaluer les résultats des politiques
conduites et d’être une instance de médiation
entre les pôles de la décision locale en matière
de services publics locaux.
En disant cela, c’est à une nouvelle étape
de la décentralisation et de la réforme de l’État
que je pense... Propos recueillis
par Véronique Berkani