Points rencontre jeunes (PRJ)
Mettre les jeunes en mouvement
rencontre avec Nathalie Martin, coordinatrice
STAJ Montpellier
Plans locaux pluriannuels pour l'insertion
et l'emploi (Plie)
Un dispositif d’insertion, levier du territoire
rencontre avec Bruno Betz, président
d’Europlie
" Je ne suis pas un animateur ! "
portrait de Michel Lulek, militant associatif
L’animation dans les pays "
Ingénieurs de fabrication collective "
rencontre avec Loïc Dutay, permanent de
l’Adés
Université du citoyen de Montpellier
Habitants / experts / décideurs : le triangle d’or
rencontre avec Evelyne Menou, directrice de
Peuple et culture Montpellier
Débats
Changement social, changement territorial
Pour une autonomie de la fonction animation
François Hannoyer
Animer un budget participatif
L’animateur : carburant, huile et liquide de refroidissement
du projet
iPatricia Chollet, chargée de mission
Culture et promotion
L’élu, l’animation et
le débat public " Se garder de confisquer le
débat "
rencontre avec Daniel Breuiller, maire d’Arcueil
> L'ARTICLE DU
MOIS
L’animation en situation
Accompagner des groupes vers leur ailleurs
Par François Hannoyer
Chaque groupe est
différent, dans son histoire, sa composition, ses obectifs,
sa surface sociale, etc. : leur animation variera d’autant,
pour favoriser leur ouverture à l’altérité.
La fonction animation est le plus souvent requise pour l’accompagnement
de " groupes ". S’agissant de l’exercice
de la démocratie locale et de la participation du plus
grand nombre à l’animation de l’espace
public, il est nécessaire de clarifier ce que sont
ces " groupes " et ce qu’on peut penser de
leur attente en matière d’animation.
Pour mener cette courte réflexion, nous partons du
postulat qui affirme d’une part, que l’animation
est moteur de changement de l’environnement par le groupe
et, d’autre part, que ce changement peut être
réciproque : le groupe et chacun de ses membres vont
être amenés à changer eux-mêmes.
Quelques clés permettent de défricher la diversité
des demandes potentielles.
Deux axes problématiques permettent de définir
sa place dans la Cité. Le premier décrit son
degré de matérialité, du plus concret
au plus abstrait. Le second positionne sa surface sociale,
du plus identitaire au plus citoyen, en passant par toutes
les formes de regroupements qui permettent aux individus de
se lier au collectif. En croisant ces deux axes, on obtient
un schéma (voir page 13) décrivant quatre pôles
que l’on peut incarner en quatre groupes-types : un
collectif politique préparant une élection municipale
; l’équipe dirigeante d’une association
locale d’éducation populaire (centre social,
MJC, foyer rural, etc.) ; un groupe de skaters ; et un collectif
de défense d’un site naturel.
Zone A : groupe citoyen / projet
immatériel
La dynamique d’un tel groupe est "
politique ". Ses membres expriment des idées, échangent
sur une vision à long terme de la société
et des changements à y apporter. Ici, animer, c’est
proposer d’expérimenter le projet, c’est-à-dire
de le mettre à l’épreuve des faits sociaux,
dans une pratique dont les tenants et les aboutissants seront
évaluables concrètement. Le groupe doit apprendre
à gérer son propre fonctionnement, à se
confronter à des avis extérieurs dans la réalisation
de programmes concrets. Transformer les idées d’une
équipe de candidats à l’élection
municipale en programme d’action, inscrire celui-ci dans
un territoire et écouter les électeurs demande
des efforts importants que la fonction animation permet de conduire.
Zone B : groupe identitaire / projet
immatériel
Cette zone montre un groupe empreint d’une
identité culturelle forte. Dans ce cas, animer, c’est
pousser ses membres à définir l’utilité
sociale de leur projet commun, à exprimer cette identité
au contact d’autres groupes. Il s’agit d’utiliser
la dynamique interne, si satisfaisante soit-elle, pour poser
des actes dans l’espace public, social ou politique. Lorsqu’elle
est sollicitée par les conseils d’administration
de structures locales d’éducation populaire pour
les aider à (re)définir leur projet associatif,
la fonction animation propose à ces dirigeants de vérifier
l’actualité des valeurs qu’ils partagent
et de positionner leur culture d’entreprise dans le débat
public local.
Zone C : groupe identitaire
/ projet matérialisé
Le groupe est ici fondé concrètement
autour d’une pratique communautaire. Ses membres partagent
une passion commune pour une discipline individuelle ou collective.
Apporter du changement, c’est proposer aux adeptes d’inscrire
leurs pratiques dans un espace plus vaste, une réflexion
sociale, culturelle, politique, ou, inversement, de proposer
à d’autres de se pencher sur ces pratiques pour
comprendre ce qu’elles révèlent de notre
société. Il s’agit alors presque de médiation
culturelle lorsqu’il s’agit, dans ce registre, de
permettre qu’un dialogue s’instaure entre les autorités
locales de tous ordres et un groupe de skaters qui utilisent
les espaces collectifs pour " rider en toute liberté
".
Zone D : groupe citoyen / projet
matérialisé
Les individus qui composent le collectif
(de défense d’un site par exemple) doivent travailler
à faire valoir l’identité du groupe qu’ils
forment ensemble, son existence sociale et le poids que celle-ci
peut avoir à revendiquer dans son environnement direct.
L’animation commande en tout premier lieu de fonder le
groupe autour de son projet, peut-être même de hiérarchiser
ou même de choisir entre plusieurs axes d’action,
de tempérer les leadership de tel ou tel meneur, de faire
accepter une dynamique démocratique dans le fonctionnement
des réunions, etc.
Comprendre d’où vient le groupe
Une telle vision schématique des groupes est bien sûr
caricaturale. Les contrastes sont en réalité moins
tranchés, d’autant que se mélangent, au
sein d’un même groupe, des histoires individuelles
et sociales multiples, des projets différents et peut-être
contradictoires. Les représentations du territoire et
les interactions avec d’autres groupes, les stratégies
conduisent à l’adoption de postures qui, heureusement,
font que la réalité sociale reste chatoyante et
toujours surprenante. Deux autres clés de lecture peuvent
pourtant être utilisées pour décoder les
dynamiques en place, les inscrire dans le changement et faire
en sorte que le mouvement ainsi créé soit porteur
de changement social durable.
La première propose de distinguer ce qui a donné
lieu à l’origine du groupe. La personnalité
de l’initiateur du groupe mérite qu’on s’attarde
sur ce qu’elle induit dans son positionnement et son fonctionnement.
Quelle volonté initiale a présidé à
la constitution du groupe, administrative, politique, associative
ou syndicale, citoyenne ?
Est-elle due à un événement spécifique
ou plus enracinée dans une histoire ancienne ? S’il
s’agit d’un événement : est-il né
du fait des acteurs locaux, de leurs interactions éventuellement
conflictuelles, ou d’un fait exogène (venant de
" l’extérieur ") ?
La seconde tient à rendre lisible la composition du groupe.
Est-il homogène (socialement, politiquement, géographiquement…)
ou pas ?
À quels facteurs de différenciation son hétérogénéité
est-elle due ? Peut-on identifier un ou plusieurs objectifs
présents parmi les participants ? Existe-t-il différents
statuts parmi les membres ? Le groupe est-il structuré
autour de lois et règlements, sont-ils explicites ou
non ?
Le mode d’animation d’un groupe résulte de
la prise en compte de toutes ces questions, et de bien d’autres
encore. Bien au-delà de la seule posture d’une
personne incarnant la fonction, elle est, en soi, une partie
non négligeable de la dynamique du groupe. Elle prend
une part importante dans la capacité de ses membres à
s’identifier en qualité d’acteur, donc à
se projeter dans leur environnement et à déterminer
le projet de changement qu’ils souhaitent voir apporter,
Animer un projet participatif ne peut appartenir au seul animateur,
professionnel ou bénévole, qui incarnerait toutes
ces dimensions. C’est un projet politique qui nécessite
que soient négociées les postures sociales adaptées,
les valeurs qui les sous tendent et les modalités d’organisation
qui en découlent. F. H.
> POUR ALLER PLUS
LOIN
Contacts
Commission nationale du débat
public (CNDP)
La CNDP est chargée de veiller au respect de la participation
du public au processus d'élaboration des projets d'aménagement
ou d'équipement d'intérêt national, dès
lors qu'ils présentent de forts enjeux socio-économiques
ou ont des impacts significatifs sur l'environnement ou l'aménagement
du territoire.
6, rue du Général Camou 75007 Paris
01 42 19 20 26, www.debatpublic.org
Culture et promotion
Vingt-cinq équipes régionales ou locales qui
apportent un soutien aux initiatives locales ou aident à
trouver des réponses aux besoins économiques
et sociaux qui émanent des individus ou des groupes.
28, rue Godefroy Cavaignac 75011 Paris
01 40 09 68 10, www.culture-promotion.org
IPNS
Journal d'information et de débat du plateau de Millevaches
Michel Lulek 23340 Faux-la-Montagne
05 55 67 99 29
STAJ Montpellier
Association de jeunesse et d'éducation populaire pour
la formation d'animateurs et l'accompagnement de projets de
jeunes
6, rue Calmette 34690 Fabrègues
04 67 85 35 42, www.staj.asso.fr/montpellier
Adés (Association pour
un développement solidaire)
Accompagnement de territoires en recherche de construction
de leur projet de développement
Loïc Dutay La Bosse 35550 Saint Just
02 99 72 63 43, dutay.loic@wanadoo.fr
Peuple et culture Montpellier
- antenne de la Mosson
Association d'éducation populaire qui lutte contre
les inégalités culturelles et pour le droit
au savoir tout au long de la vie.
Evelyne Menou 136, rue de Bari 34080 Montpellier peuple-culture.paillade@wanadoo.fr
Europlie
Association nationale des directeurs de Plans locaux pour
l’insertion et l’emploi (Plie)
Centre de ressources Europlie
34, rue des Noyers 49000 Angers
02 41 74 98 62
Profession banlieue
Centre de ressources politique de la ville en Seine-Saint
Denis
15, rue Catulienne 93200 Saint Denis
01 48 09 26 36, www.professionbanlieue.org
arpenteurs
Processus démocratiques et durables de fabrication
de la ville, à travers l'animation d'espaces de débat
entre ses acteurs
9, place des Écrins 38600 Fontaine
04 76 53 19 29, www.arpenteurs.fr
Arc-en-ciel Théâtre
Compagnie d’action théâtrale et association
d’éducation populaire
110 ter, rue Marcadet 75018 Paris
01 42 23 40 30, www.arcencieltheatre.org
À lire
Animer un projet participatif, modes d’emploi, François
Hannoyer (dir.), Adels, 2005
Conseils de quartier, modes d’emploi, 2e édition
augmentée, Adels, 2004
Le métier d’animateur, Jean-Marie Mignon, La
Découverte, 2005
Acteurs dans la ville, acteur dans sa vie. Favoriser la participation,
Christiane Bopp-Limoge, Chroniques sociales, 2004
La dynamique des groupes, Roger Mucchielli, 17e édition,
ESF éditeur, 2004
Quand la démocratie locale se professionnalise, Profession
banlieue, 2004
Dynamique des communications dans les groupes, Gilles Amado
et André Guitte, 4e édition, Armand Colin, 2003
Des " Nous " et des " Je " qui inventent
la cité, Édith Heurgon, Josée Landrieu
(dir.), L’Aube, 2003
La dynamique des groupes, Jean Maisonneuve, 4e édition,
Puf, collection Que sais je ?, 2002
Le travail social avec des groupes, Hélène Massa,
Dunod, 2001
Le projet de territoire, Didier Minot (dir.), La Bergerie
nationale, 2001
Le théâtre-forum, pour une pédagogie de
la citoyenneté, Yves Guerre, L’Harmattan, 1998
L'éducation, pratique de la liberté, Paulo Freire,
Asdic, Lusigny-sur-Ouche, 1996
Pédagogie des opprimés, Paulo Freire, Maspero,
1974
La dynamique des groupes restreints, Didier Anzieu et Jean-Yves
Martin, Puf, 1968
Journal de TERRITOIRES
n° 458 - mai 2005
> L'ARTICLE DU MOIS
Libye
Démocratie directe et dictature peuvent-elles coexister
?
Moncef Djaziri, Institut d’études
politiques et internationales de l’université de
Lausanne (Suisse)
Le colonel Mo’ammar
Kadhafi, président de la Libye depuis 1969, se dit adepte
de la " démocratie directe ". Un positionnement
surprenant qui paraît mal s’accorder avec le fait
que toute opposition dans son pays est idéologiquement
non reconnue et juridiquement interdite.
La " démocratie directe " est un des slogans
mis en avant par Mo’ammar Kadhafi depuis le coup d’État
de 1969 ; il constitue un élément fondamental
de son idéologie. L’idée de base consiste
dans le rejet de la démocratie représentative,
associée à de la tromperie, et dans l’appel
à l’exercice du pouvoir direct par le peuple. Cela
s’est traduit depuis 1974 par la mise en place de structures
institutionnelles organisées autour de la séparation
entre deux pouvoirs, celui du peuple souverain qui exerce sa
volonté au sein des congrès populaires, et celui
de l’administratif, censé exécuter la volonté
du peuple souverain et appliquer les décisions prises
par les congrès populaires. L’administration elle-même
est placée sous la responsabilité d’une
structure gouvernementale, appelée système des
comités populaires, avec un exécutif local, régional
et national, celui du comité populaire général.
Outre cette dimension, Kadhafi a introduit une deuxième
distinction entre un pouvoir de prise de décision et
de gestion, appelé pouvoir gestionnaire, et un pouvoir
d’impulsion des grandes orientations dans le pays, ou
pouvoir révolutionnaire et constitué de comités
révolutionnaires, organisés et dirigés
par Kadhafi lui-même. Ce pouvoir garde le contrôle
sur les secteurs clés comme le pétrole, l’industrie
et la défense. De fait, ce deuxième pouvoir est
hiérarchiquement supérieur au premier et échappe
donc à tout contrôle populaire, dans la mesure
où il incarne " la révolution " et jouit
d’une légitimité qui est à la fois
révolutionnaire et charismatique.
Un pays qui n’a jamais connu
la démocratie
La " démocratie directe " représente
une phase importante de la formation d’un espace public
libyen, dans un pays, il faut le rappeler, qui n’a jamais
connu la démocratie : dès l’indépendance
en 1951, il a été gouverné par une monarchie
autoritaire. Pour autant, il y a peu d’études descriptives
du fonctionnement réel de ce dispositif de " démocratie
directe ". Les quelques remarques rapides qu’on peut
faire après plus de vingt ans d’observation et
d’étude de la vie politique en Libye nous permettent
d’affirmer qu’il est bien difficile de considérer
qu’il s’agit là d’une structure démocratique
au sens strict du terme, c’est-à-dire de pouvoir
direct du peuple, non seulement en raison de l’existence
du deuxième pouvoir (le pouvoir révolutionnaire)
qui se subordonne au premier, mais aussi pour la raison que
les congrès populaires se réunissent une fois
par an (avec de rares réunions extraordinaires), ce qui
est contraire à la démocratie directe athénienne,
qui semble être la référence implicite de
Kadhafi, où l’ecclesia se réunissait plusieurs
fois par an et où les mandats étaient non seulement
impératifs, ce qui est plus ou moins le cas en Libye,
mais limités et révocables, ce qui n’est
pas le cas ici.
Une culture politique de la participation
Mais l’idéologie de la " démocratie
directe ", prônée par Kadhafi, a généré
chez les jeunes Libyens une culture politique de la participation
et une sorte d’attente démocratique qui pèsera
dans la vie politique libyenne. C’est dire que le système
de participation à l’exercice du pouvoir, en vigueur
depuis 1969, devra nécessairement évoluer pour
prendre en compte et intégrer les transformations sociales
et culturelles qui font que les Libyens d’aujourd’hui,
bien différents de ceux des années soixante, souhaitent
peut-être des structures politiques qui sauvegardent les
grands principes de la " démocratie directe "
auxquels ils ont été acculturés, mais intègrent
les principes de la démocratie représentative,
comme l’État de droit, la reconnaissance de la
pluralité des opinions et la consécration du droit
à l’opposition d’exister et de s’exprimer.
Car un système démocratique est constitué
non seulement d’un mode d’organisation des pouvoirs
qui donne le dernier mot au peuple et qui organise une certaine
médiation, mais c’est aussi un système où
l’opinion inverse est non seulement respectée,
mais dont l’existence est reconnue et consacrée
par un système juridique. Or, tel n’est pas le
cas en Libye actuellement, puisque toute opposition est non
seulement idéologiquement non reconnue, mais est juridiquement
interdite.
Un modèle en transition
L’idéologie de Kadhafi, organisée autour
des principes de la " démocratie directe ",
a certainement contribué à former une conscience
populaire, voire nationale, et a permis l’émergence
d’une conscience politique dans une société
tribale que la rente pétrolière a projetée
très rapidement dans une modernité ; d’abord
celle de la consommation, puis celle d’une société
qui aspire à entrer dans la modernité politique.
Nous pensons donc que le modèle politique sui generis
de " démocratie directe ", tel qu’il
a été élaboré et mis en place depuis
1969, est nécessairement un modèle en transition
vers un modèle plus stabilisé. Ce dernier devra
avoir certaines caractéristiques de la démocratie
représentative, avec le maintien, sous une forme ou sous
une autre, de quelques uns des aspects de la " démocratie
directe " telle qu’elle est actuellement pratiquée.
Le modèle de la " démocratie directe "
a permis aux Libyens d’entrer en politique. L’évolution
de ce modèle lui permettrait d’entrer dans la démocratie,
qui ne peut être que plurielle et tolérante. C’est
là que pourrait résider la nouvelle mission de
Kadhafi, celle de faire évoluer son propre modèle
pour le rendre compatible avec l’évolution de la
société libyenne et avec les exigences du monde
contemporain. moncef.djaziri@unil.ch