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dossier de Territoires n°457 - avril 2005

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  journal de Territoires
n°457 - avril
2005


> lire l'article du mois
 
dossier de Territoires
n°457 - avril 2005


L'expression dans l'espace public,
les tags gueulent et
les graffs griffent



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> pour aller plus loin sur le sujet
 
 
 
> LE SOMMAIRE
 
Fondamentaux
 
L’art ou la loi ?
Tags et graffs, entre institutions et générations
Alain Vulbeau, sociologue
 
Décryptage
De la zulu Nation au graffiti writer
Hondo, graffeur
 
Analyse
L’art d’intervenir dans l’espace public
Hugues Bazin, sociologue
 
Pollution visuelle
Maîtriser l'affichage publicitaire intempestif dans sa commune
Pierre-Jean Delahousse, Paysages de France
 
Affichage associatif
De nombreuses villes hors-la-loi
Sabrina Costanzo, journaliste
 
Acteurs
 
De la rue à l’atelier, un parcours de graffeur
autoportrait de Hondo
 
Charleroi (Belgique)
Spirou sous les bombes
Sabrina Costanzo, journaliste
 
Bagnolet (Seine-saint Denis)
Kosmopolite,un festival d’art mural co-géré
Sabrina Costanzo, journaliste
 
Territoires ruraux
Les champs du graffit
Alexandra Audoin-Martin, doctorante en sciences de l’éducation
 
Débats
 
Relations graffeurs - collectivités
Un deal permanent
Sabrina Costanzo, journaliste
 
La peur des jeunes et de la nouveauté
interview d’Alexandra Audoin-Martin, doctorante en sciences de l’éducation
 
Mouvements antipub
L’art et la révolte
Véronique Berkani, journaliste
 
Parlons droit
Tags et graffitis : quelles sanctions ?
Raphaëlle Cadet, avocate
 
Pour aller plus loin
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Relations graffeurs - collectivités
Un deal permanent
Par Sabrina Costanzo, Journaliste
 

Face aux graffs et aux tags, le cœur des collectivités balance : réprimer, réinsérer, utiliser ? Les graffeurs, eux, attendent surtout une reconnassance artistique de leur mouvement.

"Qui manipule qui ? " Une question redondante posée par les parties concernées dès qu’il s’agit de caractériser les partenariats graffeurs / municipalités. Un leitmotiv qui illustre, en France, toute l’ambiguïté de l’action publique à l’égard du graffiti qui associe allègrement répression des tagueurs et promotion du graffiti comme pratique artistique. Une approche qui se reflète dans la façon dont les municipalités qualifient les pratiques : le " graffiti " et les " tags " ont une tonalité péjorative, alors que les " graffs " et les " fresques " sonnent de façon plus positive. Cette qualification manichéenne est en fait erronée car tout graffeur considère que les quatre modes d’expression sont inséparables. " L’essence du graff, c’est l’école de la rue : il faut avoir fait du vandale pour être reconnu par le milieu ", explique Shuck2 [prononcez Shuck two], un graffeur de Nanterre. " Le graff est à la fois un mouvement d’expression artistique, sociale et politique. Or, dans l’expression politique, il y a une dimension contestataire, que l’on retrouve dans le graffiti, un marquage du territoire, que l’on retrouve dans le tag… ", argumente Jean-Claude Richez, responsable études et formations à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep).

Atelier macramé nouvelle version

Le mouvement graffiti aspire à être reconnu par les autorités municipales, non seulement comme un mouvement artistique, mais aussi comme un mouvement social et politique. Toute collectivité qui tente de le prendre en compte se place, selon Jean-Claude Richez, face à une contradiction : " Le graff n’a de sens que dans la tension légal / illégal, et donc dans une remise en cause du fonctionnement de l’espace public. Or, le graffiti interpelle les pouvoirs publics et les usages de l’espace public car il constitue une remise en cause du fonctionnement de ce même espace public que la puissance publique doit réguler. " La politique d’une municipalité à l’égard du graffiti dépend des rapports de force entre quatre services municipaux qui ont chacun une posture différente : le service sécurité parle de répression, quand le service propreté évoque le coût de ce qui est considéré comme une pollution ; l’adjoint à la jeunesse doit s’efforcer d’entretenir un dialogue avec les jeunes issus des classes moyennes et populaires et prendre en compte cette forme d’expression en ouvrant des espaces légaux pour les graffeurs ; l’adjoint à la culture s’intéresse lui à la plus-value esthétique d’un mouvement artistique. Les graffeurs qui font le choix de la collaboration avec les municipalités sont en général confrontés à l’adjoint à la jeunesse. Ce qui génère dans neuf cas sur dix une forte frustration. Le graffiti, comme le hip hop en général, veut être reconnu comme mouvement artistique. " Les relations sont hypocrites ", s’insurge Shuck2. " Les mairies qui affirment leur volonté de prendre en compte le graff ne veulent faire que du social et rien d’autre. "
Jean-Claude Richez analyse ces rapports graffeurs / municipalités " comme des tentatives d’enfermement ". En France, le graffiti est cantonné dans le socio-culturel, et l’atelier graffiti vire souvent, pour Jean-Claude Richez, " à l’atelier macramé nouvelle version ". L’atelier graffiti est un outil pratique de répression / promotion… mais qui peut se retourner contre ses instigateurs. Car initier au graffiti permet à la fois d’éviter les tags… et d’inciter au tag. Les ateliers, tels qu’ils sont conçus aujourd’hui, sont jugés inefficaces par les graffeurs : ce ne sont pas des ateliers d’une semaine qui peuvent initier des adolescents au graffiti.

Droit de cité

L’autre solution fréquemment adoptée pour encadrer le mouvement graffiti est de mettre à leur disposition des surfaces à peindre. Mais sous prétexte d’assurer la promotion du graffiti, la concession de murs s’inscrit dans une logique de contrôle. " Les municipalités donnent des murs pour canaliser les tags et voir apparaître les graffeurs au grand jour. Quand tu signes avec une municipalité, tu joues le jeu et passe un contrat moral. Moi je ne tague plus sur Nanterre ", explique Shuck2, spécialisé, comme il le dit, dans " le graff pur et dur, axé sur la lettre ". Et le graffeur d’apporter une critique supplémentaire : " Les commandes municipales portent surtout sur de la fresque grand public (BD, paysages). C’est rare d’arriver à négocier un mur avec du pur graff. Ces fresques figuratives contribuent à diffuser une image ringarde du graff. "
Cependant, les graffeurs reconnaissent que la réalisation de fresques commandées par les municipalités constitue pour eux un moyen de progresser, de se faire connaître et de faire reconnaître leur passion. Mais Shuck2 ne manque pas de relever l’effet pervers de telles pratiques. " On a graffé gratuitement pour une ville pendant notre jeunesse. Aujourd’hui, on essaye de vivre de notre pratique, mais on ne voit venir aucun retour de manivelle, les mairies continuent à fonctionner sur le mode de la gratuité et refusent de payer nos fresques. "
Le rapport d’une ville au graffiti est révélateur de la manière dont elle pense la jeunesse. Aujourd’hui, les municipalités doivent être conscientes qu’il faut sortir de cette logique de contrôle et d’occupation pour aller vers une logique de reconnaissance. Certaines ont franchi le pas, en acceptant de reconnaître le graffiti comme fait social et lui ont donné un réel droit de cité (lire page 25). " Le graff est un mouvement de fond et si les politiques de répression ou d’encouragement peuvent en modifier le rythme de progression, elles ne changent pas la donne, car l’enjeu se situe dans le fonctionnement de l’espace public ", estime Jean-Claude Richez. " On assiste aujourd’hui à une reconfiguration des rapports à l’espace public, des formes de représentation des pratiques politiques et artistiques. Le graffiti est le révélateur d’une profonde transformation de l’espace public. " S.C.

 
> POUR ALLER PLUS LOIN
 

Sites

www.artcrimes.com
Le plus ancien site sur le graffiti. La référence mondiale du graff ! Site en anglais

www.urbandream.be
Meeting européen de graffiti de Charleroi

www.kosmopolite.com
Festival international de graffiti et d’expression urbaine, Kosmopolite, à Bagnolet

www.chez.com/grafart/principal.htm

Grafart est un site axé sur le graffiti, sous ses différentes formes

www.aero.fr
Association aero pour le développement de la culture hip hop
Maison des associations
10.18 Quartier du grand parc
14200 Hérouville-Saint Clair
06 14 42 69 94, asso@aero.fr


À lire

Patrimoine, tags et graffs dans la ville, actes des rencontres de Bordeaux des 12 et 13 juin organisées par l’association Renaissance des cités d’Europe, Scérén (services, culture, éditions, ressources pour l’Éducation nationale) - CRDP, 2004

Les jeunes dans la ville, Jean-Pierre Augustin, Presses universitaires de Bordeaux, 1991

Kool-Killer ou l’insurrection par les signes, Jean Baudrillard, Paris, Gallimard, 1976

Souffrances et violences à l’adolescence, Patrick Baudry, Paris, ESF, 2000

La culture hip hop, Hugues Bazin, Desclée de Brouwer, 1995

" Hip hop : le besoin d’une nouvelle médiation politique ", Hugues Bazin, dans Mouvements n°11,
La Découverte, 2000

" La culture Hip Hop. Forme archaïque et modernité ", Hugues Bazin, dans La lettre FFMJC, 1998

" La fonction sociale des arts de la rue ", Hugues Bazin, dans À la recherche des enfants de la rue, Karthala, coll. Questions d’enfances, 1998

Culture hip-hop, jeunes des cités et politiques publiques, Sylvia Faure et Marie Carmen, La Dispute - Snédit, 2005

Tags et graffs, les jeunes à la conquête de la ville, Marie-Line Felonneau et Stéphanie Busquets, Paris, L’Harmattan, coll. Psychologies, 2001

Rap ton tag, François Goalec, École moderne française, coll. Parole en stock, 2000

Le tag, une expression adolescente, Anne Fleury Tassel, thèse, université Paris 7, 1998

Le lisse et l’incisif - Les tags dans le métro, Michel Korkoreff, Paris, Institut de recherche et d’information socio-économique, 1990

Du tag au graff’art, les messages de l’expression murale graffitée, Martine Lani-Blaye, Paris, Hommes & Perspectives, 1993

L’étranger dans la ville, du rap au graff mural, Alain Milon, Paris, Puf, coll. Sociologie d’aujourd’hui, 1999

" Tags, graff, rap : autres formes de communications urbaines ", Alain Milon, dans Urbanisme n°299, mars-avril 1998

Changer la ville - Pour une nouvelle urbanité, Jean-Pierre Sueur, Paris, Odile Jacob, 1999

Culture hip hop et politique de la ville, J.-P. Vivier, Centre d’études et d’actions sociales, 1991

Du tag au tag, Alain Vulbeau, Desclée de Brouwer, 1992

Émergences culturelles et jeunesse populaire : turbulences ou médiations ?, sous la direction d’Alain Vulbeau et Manuel Boucher, Injep - L’Harmattan, 2003

Magazines

Radikal
Le " magazine du mouvement hip hop "
Tél. : 01 49 18 18 18, www.radikal-mag.com

Graff it !
Le trimestriel spécialisé du graffiti
Tél. : 01 49 69 94 97, www.graffitmag.com

Et aussi : Mix Grill, Graff Bombz...

 
Journal de TERRITOIRES n° 457 - avril 2005
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Environnement : les acteurs locaux contre l’État
Jean-David Abel, adjoint au maire de Romans-sur-Isère
 
En matière d’environnement, jamais un gouvernement n’aura pratiqué aussi rigoureusement la déconnexion entre ses discours et ses actes, mettant en péril les initiatives locales les plus volontaristes.

Il ne se passe guère de mois sans qu’une initiative quelconque concernant le " développement durable " ne soit annoncée avec tambours, trompettes, et le plus souvent chœurs de nombreux médias, qui répercutent trop régulièrement les discours d’intention sans aller vérifier la réalité des politiques gouvernementales et les moyens qui leur sont alloués. Ainsi, nous avons eu l’installation
d’un Conseil national dudit développement durable, l’élaboration d’une stratégie du même nom, doublée d’une autre stratégie en faveur de la bio-diversité, en écho à l’organisation d’une conférence internationale sur le sujet à Paris, sans compter de nombreuses communications sur les déchets, le climat, les risques, sans oublier quelques tentatives législatives et même constitutionnelles, puisqu’il faut bien mentionner l’adoption de la Charte de l’environnement. Au moins pourrait-on dire que cette dernière, à défaut d’enclencher des modifications réelles des politiques publiques, pourrait ouvrir la voie à des prises en compte et des jurisprudences positives en matière d’environnement. Ce qui n’est pas le cas pour les autres initiatives mentionnées, qui demeurent de façon générale au niveau des discours mais ne sont suivies d’aucune déclinaison pratique, quand on n’assiste pas à des régressions pures et simples en matière de réglementation ou de budgets. Qu’on en juge par quelques exemples.

Le " plan climat " accouche d'une souris

Les changements climatiques représentent un des sujets majeurs de l'heure, dont ce gouvernement répète à satiété les enjeux. Malheureusement, le " plan climat " maintes fois annoncé et différé a accouché d'une souris : une collection de mesures pré-existantes 1, rien de volontaire en matière fiscale (logement ou transports), un Plan national d'allocation de quotas d'émissions au rabais 2 malgré les demandes réitérées de Bruxelles, l'abandon de nombreux engagements en matière ferroviaire dans les contrats de plan doublé d'une relance des projets autoroutiers... sans oublier la minoration du rôle de la Mission inteministérielle sur l'effet de serre, rapatriée au ministère de l’Écologie et du Développement durable (Medd) alors qu'elle était auparavant placée auprès du premier ministre. Si on regarde les moyens, outre les coupes sombres dans le budget de l'Ademe (maîtrise énergétique, développement des énergies renouvelables, développement de l'intermodalité dans les transports urbains…), on constate la baisse de 75 % entre 2003 et 2005 des soutiens apportés aux transports en commun en site propre que les collectivités développent dans le cadre de leurs plans de déplacements urbains. L’eau était annoncée – légitimement – comme un des domaines où la nécessité de réformer notre dispositif législatif et réglementaire était le plus urgent, et ce d'autant plus que la directive cadre européenne sur l'eau d'octobre 2000 impose aux États membres des objectifs de préservation et de reconquête de la qualité assez ambitieux. Malheureusement, après des années d'atermoiements où le gouvernement s'est montré plus préoccupé de prélever des moyens sur la trésorerie des Agences de l'eau (210 millions d'euros, une paille !), au détriment de leurs engagements auprès des collectivités, le projet de loi sur l'eau récemment annoncé est en nette régression sur ces objectifs. L'abandon du principe pollueur-payeur en matière d'intrants azotés ou de produits phytosanitaires, l'abaissement du débit réservé pour les prélèvements d'eau en rivière 3, l'inégalité des différentes catégories d'usagers devant la redevance (au profit des agriculteurs et des industriels) n'annoncent pas pour demain une amélioration de la qualité des eaux de surface comme souterraines...

Passivité par rapport à l'offensive des lobbies

On pourrait détailler secteur par secteur l'abaissement des objectifs de l'État face aux lobbies, industriels et agricoles en particulier. On peut relever ainsi le manque d'ambition (quand ce n'est pas l'invention de nouveaux obstacles) en matière de développement des énergies renouvelables ; l'affaiblissement des concours apportés aux collectivités en matière de politiques de traitement des déchets ; la passivité par rapport à l'offensive des lobbies sur la question des OGM ; le soutien de ce gouvernement aux pressions de l'industrie chimique contre le projet européen de directive " Reach " réglementant dans une optique de précaution l'utilisation des substances chimiques ; des régressions sur les lois " montagne " et " littoral " ; et, bien évidemment, la diminution des budgets de l'environnement, sensible tant dans les budgets de l'Ademe que dans ceux des directions régionales de l'environnement, sans oublier les coupes claires effectuées dans les soutiens aux associations de protection de l'environnement. Dans ces domaines comme dans bien d'autres, on a le sentiment que l'État est en constant retard sur la société. Des collectivités, des associations s'engagent pourtant, développant des politiques volontaristes en matière d'aménagement ou d'environnement. Développement d'Agendas 21 territoriaux, inclusion progressive des normes HQE dans les constructions ou rénovations, rattrapage du retard en matière de transports collectifs, instauration de politiques volontaires en matière de protection de la ressource en eau, inclusion de normes sociales et environnementales dans les cahiers des charges, élaboration de politiques volontaires en matière d'économie d'énergie ou de développement des énergies renouvelables, poursuite de la mise à niveau des politiques de gestion des déchets, etc. Mais sur tout ces sujets, et tant d'autres, les moyens manquent. Le nécessaire volontarisme dans tous ces domaines ne portera ses fruits que par le redéploiement de moyens à la hauteur des enjeux. Autant de chantiers à venir, pour l'État comme pour les collectivités, qui permettront, au-delà des incantations à la " croissance ", de mettre en œuvre de réelles politiques de développement soutenable. J.-D. A. abel.vincent@wanadoo.fr

1 Pour ce qui concerne le bâtiment, le plan climat se contente de reprendre la directive européenne sur l’efficacité énergétique dans ce secteur. Il reprend également des mesures d'éducation en œuvre depuis longtemps, comme les campagnes de communication de l'Ademe.

2 Le Plan national d'allocation de quotas définit la quantité globale de quotas d'émissions de CO2 allouée gratuitement par l'État aux exploitants industriels et aux producteurs d'énergie pour 2005-2007.

3 Le " débit réservé " est le volume d'eau instantané qui doit être laissé à la rivière dans laquelle on prélève de l'eau afin d'assurer son bon état biologique.