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dossier de Territoires n°456 - mars 2005

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  journal de Territoires
n°456 - mars
2005


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dossier de Territoires
n°456 - mars 2005


Acteurs locaux et technologies de l'information
La révolte de la "toile d'en bas"



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> lire l'article du mois
> pour aller plus loin sur le sujet
 
 
 
> LE SOMMAIRE
 
Fondamentaux
 
Quel rôle pour les acteurs locaux ?
Agir dans une société en rupture
Valérie Peugeot, association Vecam
 
Les élus locaux à l’ère numérique
Réseaux et renouveau politique
Véronique Kleck, secrétaire générale de l’association Vecam
 
Espaces publics numériques
Accès à l’information ou éducation aux médias ?
Philippe Cazeneuve et Franck Briand, respectivement coordinateur régional des structures d’appui à la vie associative en Rhône-Alpes et vice-président de CRéATIF
 
Réseaux de communications électroniques
Un nouveau service public
Patrick Vuitton, délégué général de l’Avicca
 
Acteurs
 

Internet
Les sites de ressources coopéra- tifs : un tumulte très constructif

Véronique Berkani, journaliste
 

Le 13e se met en déséquilibre

rencontre avec Jérôme Relinger, élu à Paris
 
Brest
Écrit public, écrit citoyen
Sabrina Costanzo, journaliste
 
Emmaüs
Inciter les SDF à se former aux TIC
Ricardo Parrilla, responsable du Cyberespace Agora
 
Centre social Belle Ville
Éducation pop-up-ulaire
Nicolas Leblanc, journaliste
 
Débats
 
Le libre dans l’administration et les collectivités
Logiciels libres, argent public et mutualisation
François Élie, président de l’Adullact, élu à Angoulême
 
Nouveaux modes de coopération décentralisée en matière de Tic
L'âge de raison ?
Blaise Mercier, membre fondateur de l’association Mosaïque du monde
 
Parlons droit
Collectivités territoriales et communications électroniques
Benoît de La Taille, avocat
 
Pour aller plus loin
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Internet
Les sites de ressources coopératifs : un tumulte très constructif
Par Véronique Berkani, Journaliste
 

Internet s’est construit à contre-courant des modes de pensée traditionnels, introduisant de nouvelles façons de produire et d’aborder la connaissance. Tela Botanica, Wikipédia ou Biblio-fr sont quelques uns de ces outils dits " coopératifs " dont la force repose sur la notion de réseau.

Internet. Une mine d’informations, de propositions plus ou moins honnêtes, un nœud de débrouille et d’embrouilles, d’échanges désordonnés fourmillant de vie, nouvelle complexité à gérer au jour le jour, surcroît de travail, échanges plus rapides, plus directs, moins coûteux. Des possibilités quasi infinies de plus en plus explorées par d’innombrables initiateurs d’expériences novatrices. Parmi ceux-la, des adeptes de la toile construisent, ensemble, quasiment sans restriction, des bases de données hyper-documentées qui viennent concurrencer les informations dûment validées par nos institutions, bousculant nos conceptions des modes de production et de la propriété intellectuelle, instillant une nouvelle façon de penser et d’agir, intrinsèquement liée à l’outil internet. " La culture hacker est une culture du don ", affirme Eric Steven Raymond, hacker de longue date, qui a pris part à l’émergence d’internet. De même Manuel Castells, sociologue de la révolution technologique : " Deux-tiers des serveurs du monde utilisent le système Apache, développé et maintenu par un réseau coopératif d’informaticiens. (…) La culture hacker imprègne aujourd’hui une grande partie de la société. Elle se diffuse auprès des nouvelles générations et pas uniquement dans des domaines technologiques. Les ONG en sont une bonne illustration. Elles déploient des capacités d’innovation formidables pour réduire la pauvreté en s’affranchissant des pesanteurs technocratiques des gouvernements. Plus une société est une société d’information et d’économie de la connaissance, plus la capacité d’innover à l’intérieur du système, avec des moyens créatifs, est importante. " 1 Bien loin des perceptions du " monstre froid ", ce serait donc l’économie du don qui prévaudrait dans la galaxie numérique. " Inventé à l’origine à l’intention des militaires américains, le net a pourtant été construit sur le principe de l’économie du don ", confirme Richard Barbrook, spécialiste des hypermédias. " Les scientifiques ne peuvent obtenir la reconnaissance personnelle de leurs efforts individuels qu’en collaborant ouvertement les uns avec les autres à travers l’économie universitaire du don. Malgré la commercialisation de plus en plus grande de la recherche, la diffusion gratuite des découvertes reste la méthode la plus efficace pour résoudre les problèmes communs à l’intérieur d’une discipline scientifique donnée. Dès le début, le libre échange de l’information a donc été fermement ancré dans les technologies et les usages sociaux du cyberespace. " 2

Un " arbre des forums "

Tela Botanica, Wikipédia ou Biblio-fr sont quelques uns de ces outils coopératifs, partageux, généreux, qui se donnent sans compter, et reçoivent finalement bien plus. " En réseau, nous sommes extrêmement nombreux à travailler sur un même sujet. C’est ce qui fait notre force ", note Daniel Mathieu, président-fondateur de Tela Botanica, réseau dont la vocation est de contribuer au rapprochement de tous les botanistes de langue française. Il permet à chacun de participer à des forums de discussion et au montage de projets collectifs portant sur la création de bases de données, la réalisation d’articles, d’ouvrages et d’outils informatiques, le recensement des herbiers et des collections végétales, l’indexation des revues botaniques, l’harmonisation de la nomenclature végétale, etc. " Les réseaux coopératifs ont pour objet de mettre en relation des acteurs qui ont le désir de conduire des projets en commun ou de faire partager des connaissances dans le cadre d’une thématique commune ", explique Daniel Mathieu. L’association Tela Botanica a été créée en 1999 pour redonner une nouvelle dimension à la botanique, discipline en voie d’abandon par le système scolaire et universitaire français, en permettant notamment de monter des projets d’ampleur nationale et internationale. " Le terrain était alors totalement vierge. Les compétences en botanique sont surtout détenues par des amateurs, qui ne sont pas structurés, et une multitude de petites associations locales qui n’utilisent pas les technologies de l’information et de la communication (Tic). " Par le biais d’internet, trois types de publics – étudiants, retraités et professionnels (organismes de recherche, conservatoires botaniques, muséums, etc.) – ont pu se rencontrer. Tela Botanica a commencé à fonctionner avec des listes de discussion Yahoo, gratuites. " Nous avons progressivement appris à structurer les débats. Nous nous sommes par exemple aperçus qu’avec cinq cents personnes abonnées à une liste de discussion, on arrivait à saturation avec en moyenne une vingtaine de messages par jour. Là, les gens commencent à décrocher. " Les listes de discussion se sont alors démultipliées pour s’intéresser, l’une aux fougères, l’autre aux lichens, aux plantes aquatiques, etc., pour arriver, en tout, à plus d’une trentaine de listes. Sur le site internet de l’association, un " arbre des forums " rend cette ramification visible : chaque branche représente un thème de discussion. Il est possible de reconstituer la croissance de l’arbre depuis son origine et d’interroger la base des messages depuis le début. " Les débats sont très riches sur le réseau et peuvent durer longtemps, sans forcément aboutir à un consensus. On en arrive simplement à un point où tout a été dit. Il est donc très instructif d’avoir accès aux arguments qui ont été avancés tout au long du débat ", estime Daniel Mathieu.

Des données non valides mais bonnes !


Mais que peut apporter un tel " bazar " ?, pourraient légitimement s’interroger les néophytes. Comment arriver à un résultat " scientifique " dans un tel chaos ? " Nos données ne sont pas validées scientifiquement par un organisme public. Elles ne sont pas valides mais elles sont bonnes ! ", s’exclame Daniel Mathieu. Pour prendre un exemple célèbre, qui aurait cru, en 1993, lorsque Linus Torvalds lance le projet Linux visant à produire un système d’exploitation informatique entièrement libre d’accès, basé sur la libre contribution de milliers d’informaticiens travaillant bénévolement en réseau, qu’il ferait mieux que Microsoft avec Windows et ses milliards de dollars ? Linux est réputé aujourd’hui être le meilleur système d’exploitation informatique. " Le style de développement de Linus Torvalds – distribuez vite et souvent, déléguez tout ce que vous pouvez déléguer, soyez ouvert jusqu’à la promiscuité – est venu comme une surprise. À l’opposé de la construction de cathédrales, silencieuse et pleine de vénération, la communauté Linux paraissait plutôt ressembler à un bazar, grouillant de rituels et d’approches différentes (très justement symbolisé par les sites d’archives de Linux, qui acceptaient les contributions de n’importe qui), à partir duquel un système stable et cohérent ne pourrait apparemment émerger que par une succession de miracles ", écrivait en 1998 Eric Steven Raymond 3.
Le cercle vertueux mis en place à Tela Botanica est le suivant : publication gcritiques gcorrections gpublication getc. Les adeptes de la coopération sur internet font confiance au réseau pour " épurer ", faire sa propre critique. C’est ce schéma qui a permis de mettre sur pied l’index de la flore de France (liste de tous les noms de plantes, ainsi que tous leurs synonymes), devenu, dans les faits, la référence internationale pour la France. Trente personnes y travaillent depuis quatre ans dans le réseau Tela Botanica (qui compte aussi aujourd’hui quatre salariés). " Notre force, c’est le réseau, c’est d’arriver à faire en sorte que des connaissances éparses s’agrègent autour d’un même objet. Quand on a demandé aux contributeurs de Tela Botanica de mettre des photos en ligne pour illustrer les plantes répertoriées, nous en avons reçues 450 000 en quinze jours ! Cette force du réseau est imbattable ! ", se réjouit Daniel Mathieu. Face à cette force de frappe, les institutions telles que le Muséum national d’histoire naturelle, qui ne peuvent pas entrer dans des logiques similaires, se retrouvent démunies.

Réintroduire la notion de doute

Wikipedia, une encyclopédie collaborative sur internet, fait le même pari que Tela Botanica sur la capacité du réseau à générer sa propre critique et à améliorer progressivement son contenu. " Un autocontrôle est assuré par la communauté elle-même ", explique Nicolas Weeger, président de l’association Wikimédia France (liée par un contrat de représentation avec la Wikimedia Foundation de Jimmy Wales, initiateur du projet aux États-Unis). Wikipedia est une encyclopédie libre dont la version francophone existe depuis mars 2001. C’est un wiki, c’est-à-dire un site web dynamique dont tout visiteur peut modifier les pages à volonté. Actuellement, deux cents nouveaux articles y sont mis en ligne chaque jour. Plus de 1 300 000 textes, toutes langues confondues, peuvent être consultés. " Notre mission est de distribuer gratuitement la totalité du savoir mondial à chaque être humain sur notre planète, dans la langue de son choix, sous une licence libre qui permet de le modifier, de l’adapter, de le réutiliser et de le redistribuer à volonté ", écrit Jimmy Wales dans le bulletin de la Wikimedia Foundation. Oui, mais si " tout le monde " peut modifier à loisir n’importe quel article, quid de la fiabilité des données consultables ? " Effectivement ", répond Nicolas Weeger, " n’importe qui peut faire de la propagande, diffuser des données erronées. Mais n’importe qui peut aussi venir y apporter des corrections ultérieurement, c’est le principe même de l’outil wiki. " Le lecteur n’est plus passif mais aiguise son sens critique et prend l’habitude de consulter différentes sources, voire de remonter jusqu’à la source primaire. Un mode de fonctionnement qui fait dire à Patricia, utilisatrice régulière de Wikipedia, qu’il " réintroduit de façon originale et intéressante la notion de doute dans la connaissance. Je pense que ce qui fait peur à pas mal de monde, c’est la réapparition du doute dans les informations qui nous sont données ou vendues. Wikipedia participe de ce mouvement de mise en perspective de l’information. " Ne pas tout prendre pour argent comptant, ne jamais croire qu’une information est dépourvue de subjectivité. Bon réflexe et bon exercice. " Ce fonctionnement a aussi le mérite de remettre le lecteur au centre : s’il n’est pas satisfait, il modifie ou il laisse un commentaire sur la page de discussion liée à l’article. Cela relativise le fossé entre auteurs et lecteurs ", ajoute Nicolas Weeger. Wikipedia est divisé en différents espaces. Le premier est " neutre ", c’est celui des articles encyclopédiques. À chaque article est associée une page de discussion sur laquelle les contributeurs peuvent débattre. On peut accéder à l’intégralité de l’historique de chaque article, c’est-à-dire ses multiples versions. On assiste parfois sur Wikipedia à des " guerres d’édition " : quelqu’un modifie un article, l’auteur initial repasse derrière et rétablit la première version, etc. " Quand ça arrive, nous tentons de résoudre le conflit. " C’est le rôle du sysop (system operator), " administrateur " élu par la communauté 4 qui peut bloquer des pages pour qu’elles ne soient plus modifiables, empêcher les interventions de certains utilisateurs ou supprimer un article. " Il s’agit d’une modération implicite, dans le cas où quelqu’un vandalise des articles, supprime une page pour la remplacer par des insultes, etc. " 2 000 utilisateurs sont enregistrés sur le site francophone. Un noyau dur de cinquante personnes, venant de tous les milieux, se " reconnaissent " entre eux et ont un fort sentiment d’appartenance à la " communauté Wikipedia ". Wikipedia est également une encyclopédie réactive à l’actualité. Deux jours après le Tsunami en Asie, on pouvait y trouver un article détaillé et très documenté sur le sujet. Il en est de même pour les lendemains d’élections, par exemple, pour lesquelles les résultats sont immédiatement intégrés.

Un catalyseur de luttes

Autre exemple, Biblio-fr, créé sur une base entièrement bénévole en 1993, est une liste de discussion qui regroupe bibliothécaires et documentalistes francophones, ainsi que toute personne intéressée par la diffusion électronique de l’information documentaire. Sa création a coïncidé avec l’arrivée de l’informatisation et d’internet dans les bibliothèques. Sara Aubry, modératrice, gère environ quatre-vingt messages par jour, qui sont répartis dans différentes rubriques : offre et demande d’emplois, questions-réponses, débats et points de vue, etc. 12 500 personnes sont abonnées à la liste de discussion (1 500 personnes en 1998). " Biblio-fr est un outil d’échange sur les pratiques professionnelles, et a aussi eu un rôle de catalyseur des luttes. Il a par exemple donné une meilleure visibilité à certains débats, comme celui autour du rapport Borzeix qui préconisait l’introduction d’un système de prêt payant, contre lequel les bibliothécaires se sont insurgés ", estime-t-elle. Cependant, ses initiateurs se posent aujourd’hui la question de son utilité car les " moments creux " sont de plus en plus fréquents et le réseau a tendance à se limiter à un service de petites annonces. " Une partie des débats qui avaient lieu sur Biblio.fr ont disparu au profit des blogs", indique Sara Aubry. En matière de Tic, plus que dans n’importe quel autre domaine, l’avenir appartient à ceux qui, les premiers, sauront comprendre vite et s’adapter…
Jungle libérale, mangrove libertaire ou généralisation des pratiques coopératives et prolongement de l’économie du don ? Une partie de la réponse sera peut-être apportée prochainement dans le dénouement du conflit virulent opposant les internautes adeptes du " peer-to-peer " aux grosses maisons de disques.

V.B.

1 Interview parue dans Le Monde du 1er juin 2002.
2 Holy fools : a critique of the avant-garde in the age of the net, Verso, Londres, 1999. Traduit par Jean-Marc Mandosio.
3 La cathédrale et le bazar, 1998, traduit par Sébastien Blondeel.
4 Le site francophone Wikipedia compte une trentaine de sysops.

www.tela-botanica.org, www.wikipedia.fr, http://listes.cru.fr/wws/info/biblio-fr

 
> POUR ALLER PLUS LOIN
 

Contacts

Collectivités locales et Tic

Association des internautes territoriaux : www.ait.asso.fr

Association des professionnels internet et webmestres territoriaux (Apronet) : www.apronet.asso.fr

Villes internet : www.villes-internet.net

Communautés d’échanges autour des enjeux de la société de l’information

Vecam est une association qui s’est constituée sur les constats suivants : l’information, les productions culturelles et le savoir connaissent une numérisation croissante ; les réseaux informatiques maillent progressivement les territoires ; toutes les forces structurant les sociétés humaines sont ou seront touchées par la combinaison de ces éléments. Le rôle de Vecam est de donner aux citoyens les moyens de s’interroger, comprendre, débattre et s’approprier ces transformations. Plus que la maîtrise technique des outils numériques, c’est au décryptage politique et social que l’association tente de contribuer. www.vecam.org

Carrefour mondial de l’internet citoyen (CMIC) :
www.globalcn.org/fr/accueil.ntd

Initié par la ville de Brest, @brest met en réseau et relie au web les acteurs et actrices de l’internet et du multimédia à Brest, en Pays de Brest et Bretagne Armorique :
www.a-brest.net

Fondation internet nouvelle génération (Fing) : www.fing.org

Les pénélopes : www.penelopes.org

Biblio-fr : http://listes.cru.fr/wws/info/biblio-fr

Accès pour tous et internet solidaire

Centres sociaux de Paris, Espaces publics numériques : http://epn.centres-sociaux-paris.org

Créatif (Accès public et appropriation citoyenne des technologies de l’information) :
www.creatif-public.net

Internet de rue : http://reso.blogs.com/crealiens

Médias-Cité : www.medias-cite.org

Espace Métis : www.espacemetis.org

Web 1901 (webmasters associatifs) : www.web1901.org

Libertés publiques et Tic

Imaginons un réseau internet solidaire (Iris) : www.iris.sgdg.org

Fédération informatique et libertés (Fil) : www.vie-privee.org

Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) : www.cnil.fr

Forum des droits de l’internet : www.foruminternet.org

Autour de l’écrit public


Écrit public : www.ecrit-public.net

Webtrotteurs des quartiers : www.webtrotteurs-quartiers.org

Autour du logiciel libre

Association pour la promotion et la recherche en informatique libre (April) : www.april.org

AbulÉdu, solution logicielle libre pour l'école : www.abuledu.org

Association des développeurs et des utilisateurs de logiciels libres pour les administrations et les collectivités territoriales (Adullact) : www.adullact.org

Autour des contenus ouverts et de la propriété intellectuelle

Biblio du libre : www.freescape.eu.org/biblio

Creative commons France : http://fr.creativecommons.org

Un point c’est tout : www.upct.org

Entreprises coopératives dans le champs des Tic


Hébergeurs solidaires :
Ouvaton : http://ouvaton.coop
Globenet : www.globenet.org
e-toiles : http://e-toiles.coop

Politique internationale

Sommet mondial de la société de l’information : www.itu.int/wsis/


À lire

Du bon usage de la piraterie, Florent Latrive, éd. Exils, 2004. Une
version numérique pour le partage est diffusée en Creative
commons by-nc-sa sur le site : www.freescape.eu.org/piraterie

Cause commune : l’information entre bien commun et propriété,
Philippe Aigrain, éd. Fayard, collection Transversales, 2005

L’accessibilité pour tous aux Tic : comment toucher et intéresser les publics les plus éloignés ?, sous la direction de Philippe Cazeneuve, CRéATIF, 2005

Techno mordus Techno exclus ? Vivre et travailler à l'ère du numérique, Yves Lasfargue, éd. Organisation, 2000

Mondialisation et technologies de la communication en Afrique, sous la direction d’Annie Chéneau-Loquay, co-édition Karthala et Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine (MSHA), 2004

Liberté, égalité, business, Jean-Paul Smets-Solanes et Benoît Faucon, éd. Edispher, 1998
L’idiot du village mondial, sous la direction de Michel Sauquet, éd. Charles Léopold Mayer, 2004

Pour en finir une fois pour toutes avec la " fracture numérique ", Philippe Cazeneuve, 2003 : www.creatif-public.net/article.php3?id_article=12

Internet : au service de qui ?, Revue Quart Monde, n° 187, août 2003

Fractures numériques, inégalités sociales et processus d’appropriation des innovations, Patricia Vendramin et Gérard Valenduc, intervention au colloque international " Tic et inégalités : les fractures numériques ", 18-19 novembre 2004, Paris : http://irene.asso.free.fr/papers/vendramin.pdf 

 
journal de TERRITOIRES n° 456 - mars 2005
 
> LES 2 ARTICLEs DU MOIS
 

Numéro spécial 9e Rencontres de la démocratie locale :
Les citoyens renouvellent le contrat démocratique

 
La gauche en question
Serge Depaquit, vice-président de l’Adels
 
Un peu plus de deux ans nous séparent d’échéances politiques majeures susceptibles de se traduire par une défaite de l’actuelle majorité. Évidemment, rien n’est joué entre un gouvernement aux prises avec la montée du mécontentement social et une gauche politiquement aphone. Mais l’enjeu est d’importance, tant la crise du rapport des citoyens à l’action publique menace les bases mêmes de la démocratie. D’où l’intérêt d’une opportunité peu commune offerte par les hasards de l’inversion du calendrier électoral : l’existence d’un espace temps de plus de deux ans sans enjeu électoral, alors que la question du changement politique est déjà en point de mire de tous les commentateurs. Aussi une fenêtre de crédibilité est-elle disponible, dont les mouvements civiques devraient se saisir autour d’une question simple : allons-nous parler pendant deux ans de la " binette " du candidat, ou des questions fondamentales que pose à notre société l’évolution du monde moderne ?
La question se pose évidemment autant à droite qu’à gauche, avec cependant une différence importante : la droite gouverne et nous pouvons juger sur pièces, alors que la gauche, après son effondrement de 2002 est, par la force des choses, contrainte au réexamen de ses lignes d’action.
L’Adels est une association sans attache partisane, mais qui inscrit son action dans une stratégie de changement social et démocratique. Elle est donc, à partir de là, soucieuse du débat avec les forces politiques de gauche, même si elle n’exclut pas le dialogue et la confrontation avec les représentants de la droite dite parlementaire. Il se trouve par ailleurs que les récents scrutins montrent que la gauche est potentiellement en situation de l’emporter, la droite étant actuellement en grande difficulté. La suite des événements peut modifier ces données actuelles, il n’en reste pas moins qu’un changement de majorité est aujourd’hui en question, mais à partir de quelle logique : victoire par défaut ou sur la base d’un projet politique fort ?
Que ferait, une fois au pouvoir, une gauche disposant de pouvoirs élargis : présidence de la République, ce qui instaure quasi automatiquement la majorité à l’Assemblée nationale, monopole du gouvernement des régions… ? À franchement parler, nous n’en avons pas l’ombre d’une idée ! Nous n’ignorons pas que le temps de la définition des futurs engagements électoraux est encore à venir, mais nous ne percevons, dans le débat politique actuel, aucune prémisse d’une quelconque novation politique.
L’objectif le plus fondateur de la démocratie consiste très certainement à amener la conscience individuelle à l’appréhension de l’universel. Or, cette construction prospective ne peut se réaliser sans qu’existe un lien civique consistant, alors qu’aujourd’hui il se délite.
La gauche, si elle veut l’emporter autrement que par une victoire à la Pyrrhus, doit être en mesure de proposer un véritable projet novateur en termes de transformations sociale et démocratique. La seule bonne gestion, les corrections à la marge d’un système générant inégalités et destruction du lien social ne sont plus à la hauteur de l’enjeu. Il est aujourd’hui prioritaire de retrouver le sens profond de la politique, qui doit se situer à l’intersection de l’histoire et de la projection sur l’avenir. L’oublier, comme l’a fait la gauche pendant la période passée, rendrait difficilement " durable " un succès qui serait alors essentiellement dû à l’inconsistance de l’adversaire.
Nous voulons pour notre part contribuer, avec d’autres acteurs de la société civile, à ce débat sur le fond et à partir de nos modestes compétences. Nous sommes notamment porteurs de réflexions et de propositions relatives au nécessaire renouvellement de la démocratie face aux mutations des sociétés modernes. Des réformes institutionnelles essentielles devraient être entreprises afin d’en terminer avec l’esprit monarchique qui domine aujourd’hui.
À tous les niveaux, du quartier à l’Europe, voire au mondial, les processus de prise de décision doivent être repensés afin que le citoyen ait quelque part prise sur des choix qui concernent son avenir, comme celui de ses enfants. Face à la croissance des inégalités et des relégations, la dimension sociale de la citoyenneté doit faire l’objet d’une réflexion en profondeur afin d’agir avec détermination en faveur d’une nouvelle donne. Sans ces remises en cause du consensus dominant, les contenus des actions que nous menons, soutenons ou relayons sur le terrain, développement durable, projets de territoire, rôle des dispositifs dits participatifs, risquent de perdre leur sens pour devenir des banalités.
Nous avons deux ans pour la tenue d’un débat public se situant hors des facilités habituelles. Il ne saurait prendre sens sans la participation active de la société civile. Il me semble que les 9e Rencontres de la démocratie locale se sont situées dans une telle perspective.
 
Relier politique et transformation sociale
Véronique Berkani, journaliste
 

Table ronde. Samedi matin, après une synthèse des forums de la veille, les Rencontres accueillaient quelques " personnalités " politiques afin, à l’approche des échéances électorales de 2007, d’évoquer les réformes institutionnelles nécessaires au renouvellement de notre démocratie.
À la tribune, Marie-Christine Blandin, sénatrice verte du Nord, Jacqueline Fraysse, députée communiste des Hauts-de-Seine, et Michel Dinet, président socialiste du conseil général de Meurthe-et-Moselle, se sont livrés à un exercice d’analyse de la crise démocratique, puis de hiérarchisation des réformes à engager.
" Ceux qui en bavent le plus "
Pour Marie-Christine Blandin, " les gens aiment la politique, mais sont fâchés avec les politiques dont ils doutent qu’ils veuillent ou puissent changer les choses ". Selon la sénatrice, " la meilleure boîte à idées est celle des plus pauvres d’entre nous, ceux qui en bavent le plus ". Or, ce sont eux qu’il est le plus difficile de faire venir dans les dispositifs de participation. D’où sa proposition de création d’un " revenu d’existence pour tous, afin de permettre une certaine disponibilité d’esprit à ces populations ", afin qu’ils apportent leurs idées et fassent part de leurs urgences. Et Marie-Christine Blandin de pointer " la machine hypnotique, le monde falsifié véhiculé par la télévision, véritable problème démocratique " selon elle. Une analyse partagée par Bénédicte Madelin, administratrice de l’Adels, également présente à la tribune, qui a insisté sur le fait que les inégalités entre territoires ne cessaient de se creuser – un phénomène qui risque de s’amplifier avec la " décentralisation " Raffarin qui déstructure la solidarité nationale pour la basculer au niveau local. Petit bémol sur le revenu d’existence :
" Ne risquerait-il pas d’enfermer toute une population dans le non-emploi ? ",
s’interroge-t-elle.
Jacqueline Fraysse dit avoir senti cette crise démocratique s'accroître à l’unisson avec la globalisation et la " vision néo-libérale utilitariste de l’homme et de l’environnement, qui déstructure les pays du Nord et exploite comme jamais les pays du Sud ". " Nous vivons une dépossession de notre patrimoine culturel, politique, environnemental, etc., au profit de quelques décideurs mondiaux. On culpabilise les citoyens en leur disant que leur santé, leur retraite, leur emploi coûtent trop cher… " Dans ce contexte, les élus apparaissent loin de leurs administrés : le problème posé aux élus n’est pas de " formuler des projets “proches des gens” ", mais " de faire avec les gens. " " Plus que jamais, les citoyens ont envie de se mêler des affaires qui les concernent, il suffit d’observer le bouillonnement associatif, les mouvements sociaux. Notre rôle d’élu est de favoriser cette ébullition, de lui donner la possibilité de peser réellement sur les décisions, de co-construire avec les citoyens. "
En cause, l’abolition du projet de transformation sociale
Michel Dinet a, lui, commencé par un préalable non superflu : " Je n’ai pas honte d’être élu. " Le président de conseil général, qui n’exerce plus qu’un seul mandat – " la bascule est difficile, mais ensuite on travaille beaucoup mieux " – a insisté sur le décalage entre le temps électoral et le temps de la société. " Aujourd’hui, plus grand monde ne pense qu’en changeant les élus, la vie changera. " Cette crise est inquiétante, pense-t-il, mais elle a aussi le mérite de révéler que la délégation a des limites et qu’une délibération qui n’est pas le seul fait de l’élu est un levier fort de la démocratie.
Serge Depaquit, vice-président de l’Adels, perçoit pour sa part une crise très profonde du rapport à la politique, non conjoncturelle et largement répandue dans le monde moderne où la progression de l’abstention est régulière. " C’est le cas en Europe, aux États-Unis, au Japon et dans quelques pays urbanisés du Sud. Pour prendre un exemple saisissant (tiré du n°441 de Territoires, octobre 2003), à Aubervilliers, 30 % des habitants n’ont pas le droit de vote, 20 % ne sont pas inscrits sur les listes électorales, et sur les 50 % restants, seuls 40 % votent : les élus ne représentent donc que 8 à 9 % de la population en âge de voter ! " La démocratie représentative est de moins en moins " représentative " ! En cause, l’abolition du projet de transformation sociale, " la société de l’incertitude " et l’éclatement des lieux de la décision. Mais l’état des lieux n’est pas uniformément sombre, car crise civique ne signifie pas " dépolitisation ". Pour preuve, lors du scrutin présidentiel d’avril 2002, les 18-25 ans qui s’étaient abstenus au 1er tour se sont massivement mobilisés lors du second. " Car dans ce cas-là, le scrutin était véritablement politique, il avait un sens ", analyse Serge Depaquit. Il en est de même pour la démocratie participative, concept " fourre-tout " selon le vice-président de l’Adels. " La question fondamentale est celle du partage du pouvoir. Participer à quoi ? Si le citoyen n’a pas de pouvoir, je ne vois pas pourquoi il participerait ! Le monde change, et la décision aussi, qui doit impliquer une pluralité d’acteurs, de compétences, de savoirs… "
Mandat unique, droit de l’élu…
Après le temps du constat est venu celui des propositions. " La plus opérante pour la démocratie est selon moi le mandat unique ", a affirmé Marie-Christine Blandin, y décelant un formidable appel à un renouvellement du personnel politique (femmes, jeunes, pauvres, enfants de l’immigration, etc.). " Un élu qui n’a qu’un mandat a du temps pour ouvrir des espaces démocratiques ; un élu qui ne cumule pas n’utilise pas l’un de ses mandats pour servir l’un de ses autres mandats. " La proposition mise en avant par Jacqueline Fraysse fut la création d’un véritable statut de l’élu, inscrit dans la loi, qui donne des droits et des moyens aux élus de tous niveaux. Une évolution qui permettrait à l’Assemblée nationale et au Sénat de représenter mieux la France qui vit et qui travaille. Michel Dinet, quant à lui, a souhaité que les assemblées départementales ne soient plus renouvelées par moitié tous les trois ans, mais entièrement tous les six ans, pour avoir le temps de développer des politiques cohérentes. Une question, restée en suspens, a clos la table ronde : différentes sources de légitimité (services publics, élus, citoyens…) doivent contribuer à bâtir la décision publique. Comment faire converger ces acteurs dans une confrontation positive ?

"Entendu dans la salle… "

La société civile est-elle opposée au politique ? " " Faut-il être de gauche pour être à l’Adels ? " " Ce sont souvent les mêmes qui votent et qui participent aux dispositifs de démocratie locale. " " Les conseils de quartier sont élitistes, ils n’intègrent pas facilement les populations en difficulté. Il est très difficile de leur faire prendre en compte les questions sociales. " " Nous, élus, membres de conseils de quartier, nous ne pouvons pas tout ! Que pouvons-nous faire, par exemple, quand les dérogations à la carte scolaire, extrêmement nombreuses, empêchent la mixité sociale ? " " D’accord pour le mandat unique, mais il faudrait aussi limiter les mandats dans le temps. Le moule “Éna” rend la culture politique des élus bien trop homogène. " " Nous avons besoin d’une VIe République qui intègre des objectifs de démocratie participative. " " Le suffrage universel est sacralisé au détriment de la prise en compte d’une démocratie “qualitative” (associations…). "

V.B.