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dossier de Territoires n°449 - juin 2004
 
  journal de Territoires
n°449 - juin 2004



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dossier de Territoires
n°449 - juin 2004


Tourismes participatif, équitable, durable...
Du nouveau sous le soleil



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> LE SOMMAIRE
 
fondamentaux
 

Tourisme rural et développement local
Une longue histoire d'incompréhensions

Monique Roullet-Caire, responsable du service tourisme à l’Écomusée du Montmorillonnais, et Gilles Caire, économiste
 
Du tourisme à toutes les sauces
Le tourisme en 17 définitions
 
Et demain ?
Le tourisme à l'épreuve du développement durable
Françoise Potier, socioéconomiste et Francine Depras, sociologue
 
tourisme participatif urbain [suite]
Un tourisme qui développe ujn sentiment d'identité
rencontre avec Hélène Sallet-Lavorel, urbaniste
 
Tourisme participatif à paris
Peut-être un bon filon
rencontre avec Paul Roll, directeur général de l’Office de tourisme et des congrès de Paris
 
Tourisme de découverte économique
Une branche du tourisme dans le vent
Sabrina Costanzo, journaliste
 
Les nouvelles compétences touristiques
par Yves Delaire, avocat
 
Pour aller plus loin...
 
débats
 
Politiques régionales
Vulcania, le cône de l'anti-durable
rencontre avec Jean-Michel Duclos, écrivain, ancien conseiller régional
 
Collectivités locales
« Nous entrons dans une période de cohérence »
rencontre avec Yves Dauge, sénateur-maire de Chinon
 
Tourisme social
Parce que tout le;monde ne part pas en vacances
rencontre avec Carla Raséra, Union nationale des associations de tourisme et de plein air
 
Flux touristiques Nord-Sud
Ne pas faire me malheur des hôtes
Odile Albert, Centre de documentation tiers-monde de Paris
 
acteurs
 
Accueil paysan
L'accueil est à la campagne
Sabrina Costanzo, journaliste
 
Élus locaux et opérateurs privés
Le choix de "lengagement réciproque"
rencontre avec Élie Fayette, président du parc naturel régional Livradois-Forez
 
tourisme participatif urbain
A Belleville, cherchez l'insolite
Véronique Berkani, journaliste
 
Tourisme social [suite]
Que la porte des vacances s’ouvre àtous
Sabrina Costanzo, journaliste
 
Tourisme de découverte économique [suite]
À voir et à manger
Sabrina Costanzo, journaliste
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Tourisme participatif urbain [suite]
Un tourisme qui développe un sentiment d'identité
rencontre avec Hélène Sallet-Lavorel, urbaniste, chargée d’études tourisme à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région d’Île-de-France
 
Territoires : Vous avez rédigé un rapport consacré au tourisme participatif en Île-de-France 1 à la demande du conseil régional. La région a-t-elle décidé de promouvoir ce type de tourisme ?
Hélène Sallet-Lavorel : Le conseil régional, dans son schéma régional du tourisme et des loisirs de 2000, a fixé des orientations pour le développement du tourisme sur son territoire. Y figure notamment la volonté d’un « rapprochement entre visiteurs et Franciliens ». C’est dans ce cadre que s’inscrit mon étude, au cours de laquelle j’ai pu constater que les touristes manifestent de nouvelles attentes, dont la volonté de rencontrer les populations locales et d’échapper à la standardisation croissante des produits touristiques. Le tourisme de masse se développe et continuera à se développer (cent millions de touristes prévus par l’Organisation mondiale du tourisme en France en 2020) mais, parallèlement, on voit apparaître une recherche de sens, d’éthique, de rapprochement avec les habitants, en partie provoquée par la prise de conscience des dégâts occasionnés par le tourisme de masse. Ces prévisions nous obligent à anticiper car certains endroits en Île-de-France, à Paris notamment, sont sur-fréquentés, tandis que d’autres sont délaissés. Il est nécessaire de mieux diffuser les flux de touristes, sous peine de voir Paris se transformer en ville-musée dont les habitants fuiraient le cœur de ville. Un rapport récent du Codev (Conseil de développement économique durable de Paris) indiquait que « pour un développement durable du tourisme, il est extraordinairement dangereux de prolonger la cohabitation muette des Parisiens et des touristes, car l’indifférence risque de dégénérer en antagonisme ». Les habitants manifestent en effet parfois des réactions de rejet vis-à-vis des touristes ; or, le tourisme représente des retombées économiques importantes 2, mais également des possibilités de relations inter-culturelles, de rencontres, de fraternité. Suite à mon étude, le conseil régional et la ville de Paris, en partenariat avec l’État, ont créé une mission de développement pour aider les projets et promouvoir le tourisme participatif.

Que représente cette « niche » du tourisme participatif ?
C’est difficile à chiffrer, cette demande peut apparaître marginale, mais nombre d’associations se développent sur ce créneau, des salons spécialisés dans le tourisme alternatif voient le jour, etc. Même L’Officiel des spectacles incite à visiter la place d’Aligre ou le quartier chinois, lieux considérés jusque-là comme non touristiques. L’association Belleville insolite (lire article page 22), qui propose des circuits thématiques permettant la rencontre entre habitants et visiteurs, est devenue une référence en matière de tourisme alternatif. L’UCPA diversifie son offre de loisirs sportifs et propose la découverte de Paris à rollers. La société anonyme Urban safary développe un concept original de visites, balades découvertes de Paris guidées par SMS : les visiteurs guidés par des messages interactifs sur téléphone portable vont d’étape en étape (magasins, restaurants, musées…) où les attendent des commerçants, des artisans, etc., pour leur faire découvrir leur savoir-faire, déguster leurs spécialités… En Essonne, des ballades urbaines basées sur la notion de « dialogue entre Paris et l’Essonne », en liaison avec le centre Pompidou, sont organisées. Et les projets à naître sont nombreux. La mairie du 18e arrondissement, par exemple, prévoit l’ouverture d’un lieu d’accueil des touristes, de mémoire du quartier, de départ de visites urbaines, situé porte de Clignancourt, qui comprendra un café et un lieu d’exposition. À Aubervilliers et à Pantin, un parcours pourrait être développé comprenant la visite de L’Illustration en compagnie d’un homme passionné, né dans les locaux du journal, devenu coursier et toujours présent sur le site aujourd’hui. La « cité-jardin » de Stains est l’une des plus remarquables de France. Un habitant y a créé une association d’histoire locale ; un tel personnage, connaissant toute la vie passée et actuelle de la cité, donnerait une âme à des visites urbaines.
Le développement du tourisme participatif inciterait les Franciliens à mieux connaître leur propre environnement et aiderait à développer un sentiment d’identité, d’appartenance, de fierté et de cohésion, notamment dans les banlieues à propos desquelles les clichés perdurent. Cela inciterait également les décideurs à s’appuyer sur des réseaux de citoyens et à considérer les Franciliens comme de véritables « acteurs » et « animateurs » des politiques et projets touristiques développés dans leurs quartiers. Pendant très longtemps, il n’existait pas de Comités départementaux du tourisme (CDT) en banlieue parisienne, car on pensait que celle-ci ne pouvait en aucun cas constituer une destination touristique. Le premier en Île-de-France a été créé en Seine-Saint Denis à l’occasion de la coupe du monde de football en 1998, puis dans le Val-de-Marne et dans les Hauts-de-Seine.

Comment expliquer le retard de Paris en matière de tourisme participatif, alors que dans de nombreuses villes étrangères (Berlin, Londres, Amsterdam, New-York…), les initiatives favorisant le rapprochement entre visiteurs et habitants se multiplient ?
À Paris, première destination mondiale, le tourisme a toujours marché très fort. Les professionnels ne ressentent par conséquent pas le besoin de se remettre en cause, de se renouveler. Cependant, des études montrent que les étrangers ont certes envie de voir Paris, mais que la ville n’est pas perçue, notamment par les jeunes, comme dynamique, festive. Son image est souvent réduite au passé, au patrimoine, à l’architecture, une image un peu pâlissante et vieillissante. Or, les jeunes qui voyagent cherchent à s’immerger dans une autre culture, à rencontrer des gens. Et pour faire face à ses concurrentes, la destination Paris - Île-de-France doit développer une offre touristique répondant aux nouvelles attentes des visiteurs.

Le participatif, basé sur l’échange, ne risque-t-il pas, en se développant, de perdre son sens originel ?

Il faudra effectivement veiller à ce que les « produits participatifs » s’appuient sur les habitants eux-mêmes et ne soient pas un simple « alibi » pour répondre à une demande qui devrait s’amplifier dans les décennies à venir. Mais rappelons que le tourisme participatif s’adresse avant tout aux habitants eux-mêmes, aux Franciliens. Le message que nous souhaiterions faire passer est le suivant : arrêtons de caricaturer l’Île-de-France, de choisir systématiquement d’aller nous aérer en Normandie ou en Bourgogne, ouvrons les yeux, regardons un peu plus la diversité et la richesse qui existent autour de nous.

Propos recueillis par Véronique Berkani

1) Pour un tourisme participatif en Île-de-France. Encourager le rapprochement entre visiteurs et Franciliens, Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région Île-de-France (Iaurif), décembre 2003.
2) 250 000 emplois directs et 500 000 emplois induits en Île-de-France.
 
Du tourisme à toutes les sauces
rencontre avec Hélène Sallet-Lavorel, urbaniste, chargée d’études tourisme à l’Institut d’aménagement et d’urbanisme de la région d’Île-de-France
 
* Tourisme social
Il a pour but de permettre l’accès pour tous aux vacances, et notamment aux foyers aux revenus les plus modestes. L'Organisation mondiale du tourisme (OMT), 142 États membres, affirme (Manille, 1980) que « le droit d'accès aux vacances et à la liberté du voyage et du tourisme, conséquence naturelle du droit au travail (...) entraîne pour la société le devoir de créer pour l'ensemble des citoyens les meilleures conditions pratiques d'accès effectif et sans discrimination à ce type d'activité. » En France, le secteur du tourisme social est largement porté par des acteurs associatifs (auberges de jeunesse, maisons familiales de vacances, camps et villages de vacances, etc.), notamment regroupés au sein de l’Union nationale des associations de tourisme et de plein air (Unat).

* Tourisme solidaire
Le tourisme solidaire a vu le jour aux lendemains de la décolonisation, du fait de touristes militants du Nord qui, voyageant dans des pays du Sud, souhaitent parallèlement financer des actions de solidarité concrètes bénéficiant aux populations
« visitées » (projets de développement, fonds d’entraide…).

* Tourisme équitable
Se référant au commerce équitable, il est, comme le tourisme solidaire, majoritairement Nord-Sud ; la différence étant que les populations visitées sont des actrices économiques directes du circuit. Elles peuvent gérer l’hébergement et la restauration, les activités, les fournitures, etc., et une majorité des profits leur reviennent.

* Écotourisme
L'écotourisme est axé sur le contact avec la nature (observation d'oiseaux, d'écosystèmes, randonnée pédestre, ateliers éducatifs, etc.) et des cultures humaines traditionnelles. Il cherche à restreindre au maximum ses retombées négatives sur l'environnement naturel et socioculturel et à favoriser la protection des zones naturelles (soutien économique aux communautés et professionnels locaux qui protègent les zones naturelles, conscientisation des habitants du pays comme des touristes de la nécessité de préserver le capital naturel et culturel, etc.).

* Tourisme durable
Le tourisme durable se définit (OMT, 1988) comme une façon de gérer « toutes les ressources permettant de satisfaire les besoins économiques, esthétiques et sociaux et de préserver l'intégrité culturelle, les écosystèmes, la biodiversité et les systèmes de soutien de la vie ». Si l’écotourisme désigne une composante du secteur touristique, les principes de durabilité doivent s'appliquer à tous les types d'activités, d'opérations, d'entreprises et de projets touristiques, qu'ils soient anciens ou nouveaux.

* Tourisme populaire
Le tourisme populaire est historiquement lié à l’obtention des congés payés. Il a d'abord été caractérisé par une prise en charge communautaire des touristes (auberges de jeunesse, centres de vacances des comités d'entreprises, villages et clubs vacances) et par des critères d'économie (chambres d'hôtes, tourisme à la ferme…). Il s’est petit à petit transformé en...

* Tourisme de masse
Traité par les acteurs économiques à l'égal d'autres industries, le tourisme s’est démultiplié parallèlement à l’augmentation de la vitesse des moyens de transport (trains, cars, voitures, puis vols charters). Ce comportement social aussi massif que nouveau a été porté à son apogée à partir des années soixante par la grande vogue du sea, sex and sun.

* Ethno-tourisme
L’ethno-tourisme se pratique au contact de communautés dont les modes de vie sont apparentés à ceux des sociétés traditionnelles. Il se présente comme basé sur la découverte et la compréhension du comportement des populations visitées, « dans le respect et la protection de leur culture et de leur environnement », disent les opérateurs. Le sujet est éminemment délicat, certains y voyant plutôt une « perversion branchée » ou un voyeurisme post colonial aussi déplacé que dangereux. La polémique est ainsi largement entamée à propos du tourisme au Sud de la Guyane française.

* Tourisme culturel
L'expérience culturelle vise la découverte de villes, de lieux culturels institutionnels ou de foyers de création et d'expression culturelle ayant joué ou jouant un rôle important dans la vie culturelle des sociétés modernes. L'urbanisme, l'architecture, l'expression artistique sous toutes ses formes sont autant des composantes de l'expérience culturelle que la gastronomie.

* Tourisme d'aventure
Séjours basés sur la pratique d'un sport dans un environnement naturel (plongée sous-marine, escalade, pêche sportive, vélo de montagne, rappel, rafting, etc.). Le tourisme d’aventure peut aussi être assimilé à des parcours sur les traces de grandes conquêtes et explorations (traversées de désert, treks en montagne, etc.).

* Tourisme de découverte
économique (ex tourisme industriel)
Il se pratique au sein de sites industriels, artisanaux ou scientifiques, encore en activité ou non. Il vise autant l'exploration de paysages industriels, la découverte des conditions de vie des ouvriers, que la connaissance des technologies et procédés artisanaux, industriels ou scientifiques. Il est très lié à des publics scolaires ou au tourisme d’affaire.

* Tourisme sexuel
Pour l’OMT, qui dispose d’un groupe de travail spécifique contre le tourisme sexuel, il s’agit des voyages ayant « pour objet essentiel la réalisation d'une relation sexuelle à caractère commercial entre le touriste et des habitants du lieu de destination ». Tourisme de masse et pauvreté ont largement fait progresser le phénomène. Cette forme d'exploitation ne se cantonne pas à quelques destinations exotiques, mais sévit partout, les destinations du tourisme sexuel se déplaçant en fonction des efforts de protection dans tel ou tel pays (Asie, Amérique centrale et du Sud, Afrique, Europe de l'Est). Les touristes sexuels sont avant tout occidentaux (Europe, Australie, Amérique du Nord, Canada, Japon, Corée).

* Tourisme rural
Le tourisme rural est un mode d’hébergement « diffus » qui, en principe, permet de mieux intégrer les hébergements au milieu. Il est apparu dans les années 70, en réaction à la tendance à construire de grandes concentrations touristiques consommatrices d’espace et de ressources. Il base son attractivité sur un environnement rural façonné par l'agriculture, les habitudes et les coutumes agricoles.

* Tourisme religieux
Forme de tourisme qui se réalise au sein d'environnements sacralisés, hauts lieux de pratique religieuse ou d’expression de la spiritualité. Le pèlerinage en est la principale forme. La visite de la tombe de Jim Morrison au Père Lachaise relève-t-elle du tourisme religieux ?

* Tourisme alternatif
Le terme est générique et on peut dire qu’il rassemble écotourisme, tourisme durable, équitable, etc. L’alternative est ici à opposer au tourisme de masse et à ses nuisances (bouleversements sociaux, culturels, détérioration du patrimoine naturel, etc.). Elle est porteuse d’identité, de découverte et de développement local.

* Tourisme citoyen
Dire que le tourisme peut être citoyen, c’est le penser comme un acte délibéré se mettant au service de l’intérêt général : un acte politique, donc. Le boycott de certaines destinations en est un exemple, mais aussi selon les sensibilités citoyennes de chacun, l’écotourisme, le tourisme de proximité, le tourisme équitable, etc.

* Tourisme participatif
On peut comprendre ici la participation comme celle du visiteur à la vie locale du territoire visité, ou celle de la population d’accueil aux activités touristiques proposées, en général en temps qu’acteur économique. On se rapprocherait en cela du tourisme équitable. Si l’on comprend la participation comme celle de la population d’accueil aux processus décisionnels, il s’agira plus d’un tourisme autogéré...
 
> POUR ALLER PLUS LOIN
 
Contacts et sites internet

www.unat.asso.fr
L’Union nationale des associations de tourisme et de plein air regroupe un grand nombre des acteurs du tourisme associatif et social,
8, rue César Franck, 75015 Paris, tél. : 01 47 83 21 73

www.afit-tourisme.fr/
Agence française de l’ingénierie touristique (Afit), groupement d’intérêt public sous tutelle du ministère du Tourisme, 2, rue Linois, 75740 Paris cedex 15, tél. : 01 44 37 36 00

www.tourisme.gouv.fr
Site du ministère délégué au Tourisme, où on retrouve les chiffres clés du tourisme en France, des infos sur les chèques vacances, la bourse solidarité vacances, l’aggréement tourisme social, le site du conseil national du tourisme, etc.

www.chez.com/transverses/
Transverses, 7, rue Heyrault, 92100 Boulogne,
tél. / fax : 01 49 10 90 84
Association réfléchissant depuis 1994 aux liens entre tourisme et pays du Sud

www.ritimo.org
Ritimo, réseau des Centre de documentation tiers monde (CDTM)
21ter, rue Voltaire, 75011 Paris, tél. 01 44 64 74 14, contact@ritimo.org
CDTM Paris : 20, rue Rochechouart, 75009 Paris, tél. : 01 42 80 07 51, cdtmparis@ritimo.org

www.world-tourisme.org
Organisation mondiale du tourisme (OMT), Capitán Haya 42 020 Madrid (Espagne), tél. : (34) 91 567 81 00, omt@world-tourism.org

www.tourisme-durable.net
site d’articles et d’actualité sur le tourisme durable et / ou participatif.

www.actionconsommation.org
Site de l’association Action consommation, qui cherche à promouvoir une consommation responsable, notamment dans le domaine du tourisme,
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris info@actionconsommation.org

www.accueil-paysan.com
Réseau national Accueil paysan
Fédération Nationale, 9, rue de la Poste, 38 000 Grenoble, tél. : 04 76 43 44 83, info@accueil-paysan.com

www.source.asso.fr
Centre national de ressources sur le tourisme rural
Enita, 63370 Lempdes, tél. : 04 73 98 13 16, source@enitac.fr

www.novethic.org
Site de novethic, centre de ressources et d'expertise sur la responsabilité sociétale des entreprises et l'investissement socialement responsable,
14 boulevard Montmartre, 75009 Paris, tél. : 01 49 49 10 50


À lire

Voyage, j’oublie tout
brochure publiée par Ritimo (Réseau international des centres de documentation pour le développement et la solidarité internationale), mai 2003, 40 p.

D’autres voyages : du tourisme à l’échange
brochure publié par l’Unat (Union nationale des associations de tourisme et de plein air), 2002,58 p. Cette brochure présente une trentaine d’organismes proposant des voyages « différents ». En cours de réédition.

Tourisme Nord-Sud : nouveaux acteurs, nouvelles pratiques
dossier de presse du Centre de documentation tiers monde de Paris (CDTM), décembre 2001, 61 p.

Tourisme et Tiers monde : un bilan controversé
Georges Cazes, éditions L’Harmattan, 1992.

Décoloniser l'imaginaire
Serge Latouche, Parangon 2003.

Tourisme, éthique et développement
sous la direction de Pierre Amalou, Hervé Barioulet et Françoise Vellas, éditions L’Harmattan, 2001, 303 p.

Le tourisme en l'an 2000
Marc Boyer, Presses universitaires de Lyon, 1999, 265 p.

Vers une civilisation de loisirs ?
Joffre. Dumazedier, Paris, éditions du Seuil, 1962.

Tourisme de découverte économique et visites d’entreprises
Stéphane Ksouri, André Marcon, Pierre Preuilh, éditions La Découverte, 2001, 164 p.

Le tourisme de découverte économique en France en 2002
étude réalisée par l’assemblée des chambres françaises de commerce et d’industrie et la direction du tourisme, téléchargeable sur le site www.tourisme.gouv.fr

Piloter le tourisme durable dans les territoires et les entreprises
Jacques Perret, Jean-Paul Teyssandier, Agence française de l’ingénierie touristique (Afit), Paris, novembre 2000.

Évaluer le développement durable du tourisme
David Policarpo, École des hautes études en sciences sociales, Paris, septembre 2003.
 
journal de TERRITOIRES n° 449 - juin 2004
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Régions
Du participatif plein les bouches
Par Manuel Domergue, Journaliste
 
Lors des élections municipales de 2001, le thème de la démocratie participative a été largement utilisé pendant la campagne… et beaucoup moins après les élections. Pour les dernières régionales, les nouveaux exécutifs semblent montrer quelques intentions de s’y frotter, à une échelle où les initiatives préexistantes ne sont pas légions. En attendant le concret, petit tour d’horizon des déclarations les plus significatives.

«Ici, c'est la fin d'un système. C'est le début de la démocratie participative. » Depuis que Ségolène Royal a ainsi commenté solennellement sa victoire en Poitou-Charentes, le 28 mars 2004, la démocratie participative est devenue un des mots clés de la gauche victorieuse. Les vice-présidences régionales qui lui sont consacrées se multiplient. Ce passage de l'ombre autocratique à la lumière participative a même fait des émules à droite, puisque Nicolas Sarkozy y a fait référence lors d'un meeting entre les deux tours, le mardi 23 mars 2004, sans plus de détails. Les nouvelles équipes régionales en viennent à mobiliser des termes comme « budget participatif », en référence aux expériences de Porto Alegre, le laboratoire du Parti des travailleurs brésiliens. Lula avait fait de cette vitrine une base de sa conquête du pouvoir. Les socialistes et leurs alliés adopteraient-ils la même stratégie? Marie-Pierre de La Gontrie, première vice-présidente socialiste d’Île-de-France et adjointe à la démocratie locale à Paris, y voit une opportunité : « Il y a un vrai fossé idéologique entre la gauche et la droite sur ces questions », affirme-t-elle. « À droite, la seule légitimité, c’est l’élection. »

À gauche, on y pense
Et à gauche ? Derrière l’affichage, les projets demeurent souvent très flous. Chacun y va de sa définition. « Cela signifie ne pas faire ce qu'on veut quand on est élu. Parce que l'opinion des Bourguignons nous importe », avance Michel Neugnot, vice-président de la région Bourgogne (PS) au budget, au plan, aux finances, à la synthèse et à la démocratie participative. Au Parti socialiste, on reconnaît qu'il n'y a pas eu de réflexion au niveau national sur le sujet. Dans un texte datant de 2003 de dix pages qui détaillait les intentions du parti pour les élections de mars, il n'y est fait aucune mention. De même, le Contrat socialiste pour les régions et les départements 2004 ne parle que de la mise en place, une fois par an, d'un « forum annuel de suivi des engagements » et d'une rencontre annuelle avec les associations, ainsi que de l'envoi d'une lettre à chaque habitant. Chez les communistes aussi, les nouveaux conseillers régionaux arrivent sans feuille de route. Marjolaine Rauze, maire de Morsang-sur-Orge, une pionnière, a tenté de lancer un réseau sur la démocratie participative locale au sein du parti, mais elle n'a « pas rencontré beaucoup de répondant ». « On a laissé tomber parce que tout le monde était occupé par les élections », admet-elle. Du coup, Claire Villiers, fondatrice d’Agir ensemble contre le chômage (AC !) et nouvelle vice-présidente du conseil régional d'Île-de-France à la démocratie participative, élue sur la liste de Marie-George Buffet, admet que les propositions ne sont encore « que des têtes de chapitre » qu’elle a bien du mal à détailler : « On explore ». « On a à peine dépassé le stade de la réflexion », déclare quant à elle son homologue dans le Limousin, Sylvie Vaugelade (PS). Il faut dire qu’au niveau régional, la démocratie participative pose un problème d'échelle. Marie-Pierre de La Gontrie en est consciente : « L’échelon le plus évident, c’est la commune ». Selon Ségolène Royal, le défi est inédit : « En France, il n’y a aucun acquis au niveau régional ». Comment instaurer une démocratie de proximité dans une collectivité de plusieurs millions d'habitants ? Le plus commun est d'inviter à la table des discussions les partenaires habituels, comme les associations, les experts et les partenaires sociaux. C'est l'idée des grands forums thématiques ou territoriaux, ou des conseils consultatifs thématiques, promis notamment en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Mais pour impliquer les simples citoyens, Jean-Paul Huchon, en Île-de-France, a promis des « conseils de territoire, sur le modèle des conseils de quartier », ces instances municipales rendues obligatoires dans les villes de plus de 80 000 habitants par la loi Vaillant du 27 février 2002. Avec plus d’originalité, quelques exécutifs régionaux comme en Poitou-Charentes ou en Île-de-France veulent tester de nouvelles formes de représentation de la population, grâce à des « jurys citoyens ». Inspirés des jurys d’assise ou des « conférences de consensus », expérimentés en France sur des sujets comme l'interdiction des OGM, ils réunissent un panel représentatif de citoyens tirés au sort pour leur demander leur avis sur un sujet, avec l'aide d'experts. Les obstacles ne freinent pas François Auguste (PCF), nouveau vice-président de Rhône-Alpes, qui parle de « budget participatif pour la formation professionnelle ». « Il faut décentraliser des fonds budgétaires, explique-t-il, et laisser les acteurs concernés les gérer, à l'interface entre démocratie représentative et démocratie directe. » Toutefois, quand il évoque ses projets de « comités de ligne » entre usagers et gestionnaires sur les cinquante-et-une lignes de Trains express régionaux (TER) gérées par la région, il ne leur prévoit qu’un « pouvoir de proposition », sans « pouvoir de décision ».

« Faire voter les lycéens »
En Poitou-Charentes, Ségolène Royal envisage, elle, de « faire voter les lycéens » sur les investissements dans leurs établissements. Ou de réunir des « comités de bassin » pour débattre par exemple de la pollution de l’eau. Son objectif, à terme, est de mettre en débat 10 % du budget de la région. Toutefois, la nouvelle présidente de région est claire sur le partage des tâches entre élus et habitants : « co-élaboration » des politiques, pas « co-décision ». « Tout le monde est invité à débattre », explique-t-elle, « mais c’est moi et les élus qui décidons en dernier ressort. J’assume mes responsabilités, c’est moi qui donne les orientations politiques. »
De « forums » en « observatoires des engagements », un véritable partage des pouvoirs de décision entre citoyens et élus n'est donc presque jamais envisagé. « Chacun se targue, parce qu'il fait un peu de consultation, de réaliser de la démocratie participative », raille Marjolaine Rauze. C’est pourquoi Yves Sintomer, sociologue, tient à placer la barre plus haut. Pour ce spécialiste de Porto Alegre, « la démocratie participative commence avec l'introduction de processus de codécision, ce qui ne se réduit pas à une simple consultation des administrés. On peut par exemple laisser une assemblée de citoyens disposer d'un budget, ou en tout cas lui permettre de fixer des priorités budgétaires. » Les prétentions des présidents de région socialistes le laissent donc sceptique. « Ce n'est pas très crédible, parce jusqu’ici, on ne peut pas dire que le Parti socialiste ait promu avec fougue la démocratie participative. Cela relève plutôt de la tarte à la crème. Toutefois, la pratique suit toujours les discours, même avec retard. Or, les normes se transforment, le monopole de légitimité de l'élu est de plus en plus dur à défendre. » Pour Ségolène Royal, qui se définit elle-même comme « une éclaireuse », parfois un peu isolée, il y a une avancée, mais fragile : « Pour l’instant, il y a un mot, qui est crédible. Le grand danger, c’est d’en faire quelque chose d’artificiel. ça tuerait l’idée. » Car dans la plupart des régions, les projets sont plus que timides. Ainsi, au chapitre « démocratie participative » du programme de Georges Frêche, successeur de Jacques Blanc à la présidence du Languedoc-Roussillon, on peut lire en tout et pour tout : « Organisation d'états généraux dans tous les domaines de compétences de la région. Ouverture d'une Maison de la région dans les plus grandes villes. Mise en place d'une mission pour l'égalité hommes-femmes. » Ce qui ne l’empêche pas d’invoquer le concept dans les discours.

« Chacun son boulot »...
Dans le Limousin, resté à gauche, le dossier n’avance pas beaucoup non plus. Sa vice-présidente à la démocratie participative, Sylvie Vaugelade, proche de la tendance Nouveau monde au PS (Emmanuelli - Mélenchon) et militante à Attac, a pourtant fait le voyage de Porto Alegre en 2002.
Mais du modèle à sa réalisation, la distance est grande. Elle évoque des forums lors desquels les élus viendraient écouter les doléances et propositions de la population, puis se chargeraient de les faire remonter eux-mêmes jusqu’aux instances dirigeantes, qui trancheront : « C'est un problème de compétence », argumente-t-elle. « À chacun son boulot et tout ira mieux. » En Bourgogne, Michel Neugnot donne un sens plus que minimal à la démocratie participative : « ça passe par l'information, le dialogue et l'écoute respective entre élus et habitants. » Mais en cas de désaccord, ce sont toujours les élus qui disposent. Avant de conclure que, de toute façon, « si les électeurs ne sont pas d'accord avec nos choix, ils pourront toujours voter contre nous dans six ans ».