à la Une
 
Territoires
 
édition
 
formations
et études
 
rendez-vous
 
espace
ressources
 
l'association
 
contacts
et accès
 
vous êtes ici : > Territoires > année 2004 > n°448 mai 
 
dossier de Territoires n°448 - mai 2004
 
  journal de Territoires
n°448 - mai 2004



> lire l'article du mois
 
dossier de Territoires
n°448 - mai 2004


Trop grosses, trop polluées, mal gouvernées
Les villes mégalos ?



> lire le sommaire
> lire l'article du mois
> pour aller plus loin sur le sujet
 
 
 
> LE SOMMAIRE
 
fondamentaux
 
L’urbanisation du monde
Vers une planète – ville ?
Jean-Paul Duchemin, directeur de recherche à l’IRD
 
Petite histoire du logemement en France
De l’inconfort à la précarité
Catherine Bonvalet, directrice de recherche à l’Ined
 
Services publics : l’eau
La fin des mythes, le début des problèmes
Henri Coing, professeur émérite à l’université Paris XII - Val-de-Marne
 
Parlons droit
Le référendum local
par Yves Delaire, avocat
 
Pour aller plus loin...
 
débats
 
Gouverner les villes
L’urbanisation, clé du renouveau politique
Gilles Vignon, directeur d’Orcades
 
Citoyenneté et gouvernance locale
Le territoire et la société monde
Pierre Calame, directeur de la Fondation Charles Léopold Mayer
 
Politiques publiques territorialisées
À nouvelle donne, nouvelles pratiques ?
Yves Jean, géographe, université de Poitiers
 
Développement
Tourisme durable et « Ville à vivre »
Monique Roullet-Caire, écomusée du Montmorillonnais, et Gilles Caire, Groupe d’études sur le développement économique et social, université de Poitiers
 
acteurs
 

Conseil de développement durable
Décloisonner à Poitiers

rencontre avec Dominique Royoux, communauté d’agglomération de Poitiers, et James Renaud, Conseil de développement durable
 
Colombie
La métamorphose de Bogota
Ricardo Montezuma, directeur de la Fondation Ville humaine
 
Bogota [suite]
Un modèle métisse, au-delà de la technologie
entretien avec Georges Amar, département prospective de la RATP
 
Développement économique / micro-crédit
Réintroduire de la richesse dans les territoires
rencontre avec Hélène Chevalier, Adie
 
micro-crédit [suite]
Bénin : des prêts contre la pauvreté
Michel Kouveglo, programme de crédit épargne à Cotonou
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Gouverner les villes
L’urbanisation, clé du renouveau politique
par Gilles Vignon
Directeur d’Orcades, ONG d’éducation au développement
 
Devant les faillites sociales et environnementales générées par une urbanisation incontrôlée, les habitants s'organisent et parviendront peut-être, à terme, à faire bouger des pouvoirs centraux traditionnels plus adaptés aux sociétés rurales qu'urbaines.
En quelques années, d’innombrables cafés internet se sont ouverts dans les villes des pays en développement. Pour 500 francs CFA, de jeunes Dakarois, le téléphone portable autour du cou, surfent sur le web. Cette apparence urbaine de l’Afrique est bien loin des représentations de la case et de la paysanne avec sa houe, plus conformes à nos images d’Épinal. Mais la réalité est là. Malgré son « retard » sur l’Asie et l’Amérique latine urbanisées depuis plusieurs décennies, la population africaine se presse de plus en plus vers les villes. Rattrapons cependant nos anciennes représentations avant de les mettre au rebut ! Car ce saisissant contraste entre l'Afrique rurale (et traditionnelle) et urbaine (jeune et « branchée ») pourrait ne pas être insignifiant en matière de processus démocratique.
Pour caricaturer, de nombreux dirigeants africains sont encore perçus comme des chefs de tribu.
La plupart des décisions qu’ils prennent sont motivées avant tout par la recherche de leurs intérêts particuliers, puis par ceux de leur famille, et enfin seulement par ceux d’un des peuples qui composent le pays, « leur pays ». Leurs pouvoirs sont-ils pour autant sans fondements ? Même si, souvent, la main de ces pouvoirs est ferme, et que les soutiens internationaux leur permettent de durer, ils ne sont pas dénués de légitimité interne. Cette légitimité, ils la trouvent dans le monde rural à travers le système traditionnel, dont les références ne sont pas démocratiques. Le chef est chef non pas parce qu’il est élu pendant une certaine période, mais parce qu’il est puissant et sage, et mis au défi de le rester. Les plus jeunes, les moins instruits, les moins puissants doivent le plus souvent rester muets sous l’arbre à palabres, mais leur soumission au pouvoir leur laisse la certitude d’accéder à une infime partie des bénéfices que la puissance et la sagesse du chef fait retomber en cascade. Attention aux jugements hâtifs. Ces systèmes de pouvoir traditionnel peuvent être très efficaces pour gérer une société. Ils reposent sur des valeurs (par exemple le respect des anciens) pouvant aussi inspirer nos systèmes occidentaux. Cependant, ils sont naturellement plus adaptés à des sociétés peu cosmopolites et le plus souvent rurales. Au-delà, cela devient plus compliqué.
À l’échelle nationale, si chef de tribu il y a, le pouvoir doit s’imposer aux autres peuples qui composent le pays. Certains dirigeants ont l’intelligence de laisser quelques postes d’influence à d’autres chefs, leaders naturels d’autres peuples. La République du Bénin semble être capable d’aller plus loin. Une véritable intégration de ces alliances de peuples et de régions au sein du processus électoral laisse à penser qu’un syncrétisme entre systèmes de pouvoir traditionnel et démocratique est possible. Néanmoins, malgré des évolutions encourageantes comme celle-ci, force est de reconnaître que dans encore trop de pays, la domination d’un ou de quelques peuples sur les autres est basée sur des logiques de répression et d’exploitation.

Vulnérabilité urbaine

Ces pouvoirs centraux seront certainement très économes de l’espace politique qu’ils accorderont aux pouvoirs municipaux et aux citoyens. On peut d’ailleurs comprendre pourquoi ils s’arc-boutent : légitimés dans et par certains villages, ces pouvoirs « traditionnels » se perdent en ville. Une vulnérabilité urbaine attestée par le fait qu'un grand nombre de coups d’État ont été réussis parce que leurs initiateurs ont été capables de s’accaparer quelques lieux clés de la capitale (le palais présidentiel, le Parlement et la radio nationale comptant généralement parmi les plus stratégiques). Cette réalité pousse les pouvoirs centraux à garder la plus grande maîtrise de la ville, de ses infrastructures et de sa gestion. Une des formes les plus abouties de cette volonté de tout maîtriser ne se traduit-elle pas dans la stratégie qui consiste à transférer purement et simplement les centres névralgiques du pouvoir dans une ville dont on est le maître absolu ?

Vers des villes du Sud durables ?

Pendant ce temps, poussées par la crise, les populations rurales partent en direction de la ville. Des zones d’habitation où ni eau ni routes n’ont été prévues émergent dans le dos des planificateurs. Les axes urbains, quant à eux, s’engorgent sous l’affluence de véhicules mal révisés, mal réglés et donc très polluants. Les populations rurales peu qualifiées pour les emplois urbains et un nombre important de réfugiées de conflits se déroulant dans les pays voisins ont du mal à être économiquement assimilés. Des quartiers d’exclusion se forment. La création de nouveaux débouchés, de nouveaux marchés et d'opportunités pour une diversification de l’économie sont à mettre à l’actif de ce tableau urbain qui, sans cela, serait apocalyptique. Mais, même si les retombées économiques de l’urbanisation devenaient réelles, elles ne parviendraient pas, à elles seules, à compenser les faillites sociales et environnementales.
La conciliation des domaines économique, social et environnemental, qui porte aussi le nom de développement durable, apparaît sans doute comme l’objectif à poursuivre pour éviter que beaucoup de grandes villes du Sud deviennent des lieux de chaos. Les habitants de Lagos seraient sans doute rêveurs si ils prenaient connaissance de la définition que prête Soledad Becerril Bustamante, actuel maire de Barcelone, à la ville durable. Il la voit comme étant « celle qui prendrait soin de fournir tous les services nécessaires, celle qui consommerait l’eau strictement indispensable, celle qui offrirait un transport public, qui ne ferait pas de bruit et ne polluerait pas, celle qui serait fleurie de toutes parts, qui est entourée de forêts et dans laquelle il y a de grands espaces verts, celle qui dessinerait avec attention la nouvelle périphérie et permettrait l’intégration sociale, celle qui planifierait la croissance sans épuiser le territoire, l’appauvrir ou le remplir mètre par mètre. De cette ville idéale ou ville durable, il est possible de s’approcher…» 1

Pas de démocratie sans citoyens

De pareilles merveilles urbaines sont-elles envisageables au Sud ? Il n’y a pas de réponses homogènes à cette question, les différences continentales et les écarts de ville à ville étant trop prononcés. Les difficultés n’atteignent pas partout les mêmes proportions, et certaines villes, notamment sud-américaines, ont déjà expérimenté des politiques novatrices et efficaces. Mais il est en revanche certain que rien ne sera possible tant qu’un véritable espace politique, proportionné au territoire urbain, et favorisant le dialogue entre les dirigeants, les citoyens et les autres acteurs de la ville, ne sera mis en
place. Comme on l’a vu, ni l’ouverture de cet espace de dialogue, indispensable pour atteindre les conciliations sur lesquelles repose le développement durable, ni un véritable transfert de compétences aux municipalités ne sont facilement compatibles avec la nature de certains pouvoirs centraux.
Bien sûr, on évoquera les politiques de décentralisation, progressivement mises en place dans les différents pays africains sous l’impulsion de puissances étrangères et de leurs coopérations bilatérales. Mais, même si la direction est la bonne, un ingrédient fondamental a été oublié :
il n’y a pas de démocratie sans citoyens.
En Afrique, comme un peu partout, les populations urbaines montrent leur capacité à s’organiser pour pallier les défaillances de gouvernance locale. Comme il n’y a pas de ramassage des ordures, comme les écoles publiques sont inefficaces ou absentes de certains quartiers, comme les banques classiques persistent à ne prêter qu’aux riches du secteur formel, ces populations se prennent en main, s’organisent et se cotisent. C’est fort bien, indispensable même. Cependant, ces solutions ont des limites, car on ne fait pas une politique avec une juxtaposition de micro-projets. Et c’est pourtant bien d’une politique capable de faire des projections, de coordonner les énergies, de consulter les citoyens, et finalement de trancher, dont ces villes ont besoin.
Les citoyens doivent donc se mobiliser un peu plus là où un véritable espace politique local reste à conquérir. Dans cette perspective, l’urbanisation est peut-être porteuse d’espoir. Si la clé à un accès plus large à l’éducation se trouve en
ville, si celle-ci offre véritablement une plus grande connexion au monde et si les impasses urbaines imposent la nécessité de rechercher d’urgence des solutions coordonnées, alors certains pouvoirs centraux seront mis au défi ou bousculés. À l’image des sociétés qui évoluent, un renouveau politique, et pourquoi pas démocratique, peut venir du bitume. l


gilles.vignon@orcades.org 1 Caroline Speirs, Le concept de développement durable : l’exemple des villes françaises, L’Harmattan, 2003.
 
> POUR ALLER PLUS LOIN
 
Contacts et sites internet

www.orcades.org
6 bis rue Albin Haller, zone République II, 86000 Poitiers. Tél. : 05 49 41 49 11, orcades@orcades.org

www.ciudadhumana.org
Fundacion ciudad hamana (Fondation ville humaine), Cll 71 # 6-57 of. 401 Bogota, Colombia. Tél. : (++57 1) 542 66 37, info@ciudadhumana.org

www.tourismedurable.net
site d’articles et d’actualité sur le tourisme durable et / ou participatif.

www.adie.org
site de l’Association pour le droit à l’initiative économique.
4, bd Poissonnière, 75009 Paris. Tél. : 01 56 03 59 00, adie@adie.org

http://id-ong.org/
site de l’association Initiative et développement, notamment porteuse du Programme crédit épargne à Cotonou, Bénin.
29, rue Ladmirault, 86000
Poitiers. Tél : 05 49 60 89 66, id@id-ong.org


À lire

Actions internationales des collectivités locales - Décoloniser la coopération, Territoires cahier 2, n°445, février 2004

Boston, Québac, Alberslund, Ziguinchor, Yaoundé, Karachi... - Quand les habitants pansent le développement urbain, Territoires cahier 2, n°430, septembre 2002

ONG de développement et mouvements sociaux - Partout, renforcer la société civile, Territoires cahier 2, n° 426, mars 2002

La démocratie en miettes, pour une révolution de la gouvernance, Pierre Calame, éditions Descartes & Cie, 2003

Mobilités urbaines, éloge de la diversité et devoir d’invention, Georges Amar, éditions de l’Aube, 2004

Le logement, une affaire de famille, sous la direction de Catherine Bonvalet et Anne Gotman, éditions L’Harmattan, 1993

Porto Alegre, les voix de la démocratie, Estelle Granet, éditions syllepse et Charles Léopold Mayer, 2003

Faire la ville autrement, La démocratie et la parole des habitants, Patrick Norymberg, éditions Yves Michel, 2001

Développement participatif urbain au Cameroun, éditions du Gret, 1998

La maîtrise des services publics urbains organisés en réseaux, Claude Martinand, Avis du Conseil économique et social, 2001

Microcrédit : prêts pour l’avenir !, brochure de 31 pages, Orcades

Les enjeux du développement durable, Le défi de Curitiba, documentaire de Benoît Théau et Alain Darrigrand, Orcades

Une ville par tous, nouveaux savoirs et nouveaux métiers urbains, l’expérience de Fortaleza au Brésil, Robert Cabanes, éditions Charles Léopold Mayer, 2000

Gouverner les villes avec leurs habitants, Catherine Foret, éditions Charles Léopold Mayer, 2001
 
journal de TERRITOIRES n° 448 - mai 2004
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Pays des mauges
Un territoire rural en lutte contre l’effet de serre
Par Véronique Berkani, journaliste
 
Depuis plusieurs années, une association locale réhabilitait le bocage dans le Pays des Mauges (Maine-et-Loire). Jusqu’au jour où ses animateurs se sont aperçus qu’ils pouvaient appuyer leur action sur un argument dans l’air du temps : la lutte contre l’effet de serre. Depuis, c’est le territoire tout entier qui s’est saisi des problèmes environnementaux locaux et... planétaires.

Le Pays des Mauges occupe le quart Sud-Ouest du Maine-et-Loire, entre Angers, Cholet et Nantes. Un paysage modelé par le bocage et l’élevage bovin. Les Mauges sont connues pour être le territoire des « usines à la campagne » : pas une commune rurale qui n’ait – ou n’ait eu – sa fabrique de chaussure ou de textile. Parmi les plus fameuses, les épopées des sociétés Éram, Catimini ou TBS ont durablement marqué le tissu économique. Aux plateaux succèdent coteaux et vallées, une topographie en « tôle ondulée » qui a valu aux Mauges son surnom de « petite Bretagne ». Voilà pour le paysage. Pour ce qui est de l’inconscient collectif, la « guerre de Vendée » occupe encore une place de choix dans les esprits. Le mot d’ordre de 1793, « Pour Dieu et le Roi », n’a pas totalement été oublié et les anciens conservent quelque chose de ces Chouans qui avaient voulu, malgré la Révolution, rester fidèles à leurs curés. « Les convictions ont changé, mais l’esprit reste », pense Alain Jarry, maire de Saint Quentin-en-Mauges. « C’est peut-être en partie pour cette raison que les Mauges est le premier territoire à bouger dans la région en cas de difficulté », indique Emmanuel Leheurteux, chargé du développement durable au Carrefour des Mauges (voir ci-contre). Aujourd’hui, le territoire a troqué sa devise catholique et monarchiste contre un adage environnementaliste d’une actualité brûlante : « Luttons contre l’effet de serre ». Initialement créé pour développer le tourisme, puis la culture, le Carrefour des Mauges s’intéresse depuis quelques années à la lutte contre l’émission des gaz à effet de serre au niveau local.

(Bo)cages à carbone

Tout démarre par une rencontre. En 2000, François Falloux, jusqu’alors spécialiste du stockage des gaz à effet de serre pour la Banque mondiale à Washington, rentre au pays prendre sa retraite. Là, il croise le chemin de l’association Mission bocage, issue du CRDA des Mauges (antenne locale de la chambre d’agriculture) et du Carrefour des Mauges, qui propose depuis 1991 un appui technique au développement et à la valorisation du bocage, décimé en grande partie par les remembrements, les restructurations et les échanges entre agriculteurs. Mission bocage le réhabilite pour son son rôle de protection des champs et des animaux, pour sa fonction de digue contre les inondations, contre l’érosion des sols, pour sa source continue de bois, etc. François Falloux souffle alors à l’association un argument supplémentaire pour appuyer son action : le stockage du carbone afin de lutter contre l’effet de serre. Du local, on s’élève brusquement au niveau planétaire. « Cette rencontre a été l’élément déclencheur », indique Yves Gabory, directeur de Mission bocage. « Nous n’avions en effet pas encore fait le lien entre bocage et effet de serre. » Lors d’une réunion d’information sur l’effet de serre en présence de François Falloux, d’élus, d’agriculteurs, d’associations et d’habitants, il est décidé d’évaluer les capacités du bocage en matière de stockage de carbone. Une première évaluation, réalisée par l’ONG internationale ProNaturA, révèle que le territoire possède un fort potentiel 1. « Nous devons maintenant solliciter des entreprises locales afin de financer du stockage de carbone selon le principe “neutralité carbone“ (financement du stockage de carbone à hauteur des émissions de gaz à effet de serre des entreprises) et mettre en place un fonds de péréquation. Quelques entreprises sont déjà partantes », indique Yves Gabory.
La machine était lancée, le territoire s’est emparé de la question. Le 8 mars 2004, Mission bocage signe une convention pour deux ans avec la région Pays-de-la-Loire et le département du Maine-et-Loire qui apporteront les premières aides à la replantation des « bergeons » (petits îlots boisés en bout de champs). Autre avancée notable : le département a rendu les paillages naturels (écorces de scierie, vieux foin) obligatoires dans la plantation des haies, au lieu des bâches plastiques communément utilisées, destructrices pour la biodiversité. Et Mission bocage va plus loin : « Nous ne concevons pas qu’un paillage provienne d’un lieu distant de plus de 20 km. Il est aberrant, par exemple, de faire parcourir plus de 600 km à des feutres 2 – de plus en plus utilisés pour le paillage pour des raisons esthétiques –, alors que des paysans du coin peuvent nous fournir du paillage naturel », estime Yves Gabory. Un contrat vient d’ailleurs d’être passé avec deux agriculteurs, dont l’un a planté huit hectares de chanvre, une fibre idéale pour le paillage, qui se dégrade très lentement et ne nécessite ni désherbage, ni insecticides et se montre peu exigeante en apports azotés. Mission bocage souhaite d’ailleurs relancer la filière de cette plante, historiquement présente dans la région.

Filière bois et tracteurs propres

Mission bocage fait également la promotion de la filière bois, une énergie renouvelable qui ne contribue pas au changement climatique. L’association, en convention avec l’Ademe, travaille à la mise en place d’un circuit court d’approvisionnement local en bois et tente de convaincre les paysans – avec beaucoup de difficultés – de valoriser leur bois. « Les agriculteurs ont malheureusement une image négative de ce travail, qu’ils voient comme une occupation de loisirs, et non comme une partie intégrante de leur métier. Nous tentons de les persuader qu’une heure passée à récolter du bois de chauffage est plus rentable qu’une heure consacrée à la production de lait… », argumente Yves Gabory.
Lors de la réunion d’information en présence de François Falloux, il avait également été décidé d’organiser un temps de rencontre sur l’effet de serre, en lien avec le territoire. Les premières Rencontres « Territoires et effet de serre », organisées en novembre 2001 par le Carrefour des Mauges, Mission bocage, ProNaturA international et l’École supérieure d’agriculture d’Angers, ont notamment attiré lors d’une soirée ouverte au grand public près de 1 300 personnes au Palais des congrès d’Angers. Suite aux deuxièmes rencontres, en 2002, le Pays des Mauges répond à un appel à projets de l’Ademe, ATEnEÉ (Actions territoriales pour l’environnement et l’efficacité énergétique) (voir ci-dessus). Les Mauges sont retenues avec vingt-et-un autres territoires français. Un programme de trois ans est mis au point par l’Ademe et le pays pour engager réflexions et actions autour de l’énergie dans les bâtiments, l’agriculture,les entreprises, les transports, les énergies renouvelables, etc. Concrètement, cela passe par des actions telles que les « bancs d’essai tracteurs » la création de parcs éoliens, l’amélioration de l’efficacité énergétique dans l’urbanisme (notamment à travers la révision des plans locaux d’urbanisme afin de mieux exposer les maisons au soleil, plutôt que de les aligner le long de la voirie), ou la mise en place d’un point information énergie. Le banc d’essai tracteurs se rapproche du contrôle technique automobile. Une unité itinérante mise à la disposition des agriculteurs par l’Association d’initiatives locales pour l’énergie et l’environnement (Aile), émanation de la Fédération régionale des coopératives d’utilisation de matériel agricole de l’Ouest, circule dans les Mauges depuis plus de trois ans. Aile a constaté que le tiers des 5 000 tracteurs diagostiqués depuis 1995 était en surconsommation. Une fois les réglages réalisés, il est possible d’économiser 1,5 litre de fuel par heure, ce qui représente en moyenne une économie d’un millier de litres par an et par tracteur, donc la non émission de 2,5 tonnes de CO2 par an. Pour l’agriculteur, le gain net est de 250 euros dès la première année et de 350 euros les suivantes. « Nous mettons en avant le gain économique potentiel pour l’agriculteur et nous expliquons également les effets bénéfiques sur l’effet de serre », indique Emmanuel Leheurteux. La préoccupation environnementale, souvent mal perçue par les agriculteurs, oblige les animateurs du Carrefour des Mauges à se montrer prudents pour ne pas braquer les esprits.

Premières collines après l’océan

En matière d’énergie éolienne, les Mauges ne sont pas non plus en reste ; elles disposent d’un fort potentiel éolien, étant les premières collines que l’on rencontre après l’océan. Après avoir constaté qu’en France, les deux tiers des projets éoliens étaient recalés par les préfets, quelques élus locaux ont décidé d’anticiper le dialogue avec les autorités déconcentrés de l’État et d’établir un schéma d’installation d’éoliennes dans les Mauges, en adéquation avec le schéma régional déjà existant. Une cartographie du potentiel éolien devrait être prête en juin 2004 afin de déterminer les sites susceptibles d’accueillir des éoliennes. La charte devra définir quel type de développement éolien les habitants des Mauges souhaitent, afin de préciser des règles du jeu.
Mais aujourd’hui, le temps presse. Les techniciens du pays craignent en effet de perdre leur crédibilité si la communication sur la lutte contre l’effet de serre n’est pas suivie d’effet. « L’aide apportée par l’Ademe pour le programme ATEnEÉ concerne principalement l’animation. Pour les actions proprement dites, les moyens manquent et plusieurs de nos projets sont déjà tombés à l’eau à cause de ça », s’inquiète Emmanuel Leheurteux. En effet, en dépit des discours, les coupes sombres dans les crédits environnementaux s’accélèrent. Les prochaines rencontres « Territoires et effet de serre » auront lieu en novembre 2004. D’ici là, il est impératif que d’autres actions concrètes prennent corps, sous peine de démobiliser tous ceux qui se sont fortement impliqués jusqu’ici dans la démarche.


Véronique Berkani



1- 39 000 tonnes potentielles de carbone par plantation de nouvelles haies, boisement de bergeons et arrêt des tailles en « haies carrées » (dont on empêchait la pousse en hauteur).
2- Le feutre s’obtient en frottant de la laine pour l’emmêler et en faire quelque chose de solide. Non tissé, il est cependant moins perméable et plus solide que le tissu.



Le pays des Mauges
La structure porteuse du Pays des Mauges est le syndicat mixte des Mauges, qui regroupe six communautés de communes (69 communes rurales). Le pays est actuellement en cours de constitution, sa charte devrait être prête en juin 2004. L’ensemble des missions du pays sont confiées à des associations de développement local : le Carrefour des Mauges / Centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) Loire et Mauges (culture, tourisme, environnement), Mission bocage (paysage agricole et environnement), le Comité régional de développement agricole et rural des Mauges (coordination, animation, conseil en développement agricole), l’Association de l’habitat des Mauges (habitat, aménagement et urbanisme) et le Comité d’expansion des Mauges (économie, emploi / formation, social, sport, observatoire de pays).

Le Carrefour des Mauges - CPIE Loire et Mauges fonctionne par groupes de travail. Pour chaque projet, des personnes intéressées sont réunies (élus, associations, agriculteurs, etc.) pour formuler des propositions. Celles-ci sont ensuite validées par les élus du bureau dans le cadre d’un comité de pilotage.

Carrefour des Mauges / CPIE Loire et Mauges
Tél. : 02 41 71 77 30, e-leheurteux@pays-des-mauges.com

Mission bocage
Tél. : 02 41 71 77 50, mission-bocage@pays-des-mauges.com

Le réseau ATEnEÉ
Un réseau s’organise autour des vingt-et-un premiers contrats ATEnEÉ (Actions territoriales pour l’environnement et l’efficacité énergétique). Il devra favoriser l’échange de pratiques et de savoir-faire et apporter une aide méthodologique aux chargés de mission. L’objectif est aussi de construire une culture commune aux problématiques environnementales et de développement durable dans les territoires.
Emmanuelle Albert, Entreprises, territoires et développement
Tél. : 01 43 92 68 13, e.albert@etd.asso.fr