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vous êtes ici : > Territoires > année 2003 > n°438 mai 
 
dossier de TERRITOIRES n°438 - mai 2003
 
Développement durable

UNE UTOPIE LES PIEDS SUR TERRE
 
 
> LE SOMMAIRE
 
Histoire d’une antinomie
Néolibéralisme ou développement durable
par René Passet
 
Citoyenneté
Développement durable et démocratie
par Jacques Picard
 
Pour un environnement maîtrisé
Échirolles sur son 21
par Bruno Cohen-Bacrie
 
Ateliers-actions
Pas à pas
par Sylvie Barnezet
 
Agenda 21 du Pays de Gâtine (Deux-Sèvres)
Du développement local au durable : quels changements ?
par Nicolas Leblanc
 
Diagnostic participatif et développement durable à Barcelone
Échos d’un éco-quartier
par Daniel Mathias
 
Entreprises et développement durable
Liaisons dangereuses
par Aline Chambras
 
Politique de la ville
« D’abord, une réparation durable »
interview de Claude Dilain
 
Projet européen
L’industrie peut-elle rimer avec développement durable ?
par Sabrina Costanzo
 
Politique lilloise de transport
Vers une mobilité durable
par Marc Santre
 
Les Toits bleus, Montreuil-sous-Bois (Seine-Saint Denis)
Le solaire sur le toit
par Krystel Hamon
 
Technologies appropriées
« Les pays du Sud pourraient ouvrir la voie »
par Cherif Zaouch
 
De l’éco-développement au développement durable
Il y avait déjà un avenir avant Rio
par François Hannoyer
 
Agenda 21 local
Outil de renouvellement de la démocratie locale
par Nathalie Hollec
 
Développer... les alternatives
Pour un développement doux
par Jacqueline Lorthiois
 
La décroissance
L’art du partage
par Vincent Cheynet
 
Indicateurs
L’empreinte écologique, un outil pour les territoires
par Aurélien Boutaud
 
L'agenda 21 d'Angers
Marketing ou objectif politique ?
par Cyria Emelianoff
 
L’expérience du conseil régional Nord-Pas-de-Calais, 1992 1998
« Un basculement conflictuel »
interview de Marie-Christine Blandin
 
Santé et inégalités sociales
Les risques environnementaux
par André Cicolella
 
Syndicalistes et environnementalistes
Trouver des terrains d’entente
Interview croisée de Pierre Bobe et de Christian Garnier
 
L'école de la Paix, Auberchicourt (Nord)
L’effervescence du « grandir »
par Patricia Hanssens
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Histoire d’une antinomie
Néolibéralisme ou développement durable
par René Passet, professeur émérite d’économie à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne (1)
 
Appréhender l’économie comme une fin et non comme un moyen, c’est l’isoler des sphères sociales et naturelles vers lesquelles elle devrait s’ouvrir pour s’engager dans la voie du développement. Sauf à être déformé, le développement durable ne peut être pleinement envisagé dans un système dominé par le néolibéralisme.

Si l’expression « développement durable » est apparue en 1987, avec le rapport Brundtland, c’est dès le début des années 1970 que Nicholas Georgescu-Rögen, ou moi-même (2), formulions le problème, et que le rapport du Club de Rome (1972, lire page 33), reposant sur le modèle global de Jay W. Forrester, professeur au Massachussetts institute of technology, soulignait qu’une croissance matérielle immodérée détruisait le milieu naturel. Le développement se dissociait alors de la croissance. Il impliquait une double ouverture de l’économie sur la reproduction des sphères sociale et naturelle qui la portent, impératif que reprenait un peu plus tard le concept de développement durable.
Ce n’est pas dans cette voie que s’orientait l’économie néo-libérale, rameau détaché du tronc principal de la pensée libérale au début des années 1980. Science ou dogme ? Cette économie possède ses textes sacrés, ses prophètes et ses guides. Ses « Tables de la loi » ont pour nom « Consensus de Washington » qui formule l’essentiel de la doctrine : ouverture des frontières aux mouvements de capitaux et de marchandises, réduction du rôle de l’État au profit des intérêts privés, primauté absolue de la régulation marchande, instrumentalisation de la finalité humaine et finalisation de l’instrument économique. Friedrich Hayek, Milton Friedman, Gary Becker, George Gilder… prophètes du néolibéralisme, sont tous convaincus que du déchaînement des appétits privés, jaillira un bien-être collectif qu’ils réduisent à la satisfaction de ces mêmes appétits. Ses guides, Ronald Reagan, Margaret Thatcher, après la longue « traversée du désert de l’État Providence », ont conduit leurs peuples à l’orée de la terre promise. Le point fort de leur programme est la libre circulation des capitaux à travers le monde. Il en résulte la concentration de ces derniers et le déplacement des lieux du pouvoir économique du niveau des nations à celui de la sphère financière internationale. Avec 30 000 milliards de dollars, elle contrôle une masse de liquidités comparable au produit mondial annuel ; une journée de spéculation sur devises représente l’équivalent des réserves de toutes les banques centrales du monde. Elle possède donc « la puissance de feu » lui permettant d’imposer sa logique aux institutions internationales, aux États et aux entreprises.

Un cercle « vicieux »
Or, cette logique se situe aux antipodes du développement durable. Celui-ci, tel que nous l’avons défini, comporte un triple impératif de respect des interdépendances entre générations, d’ouverture de l’économie sur les sphères qui l’englobent et de soumission à des valeurs que l’économie (moyen, et non finalité) ne saurait produire. À l’interdépendance, ce système substitue le conflit. Son impératif premier n’est que de fructification rapide des patrimoines financiers. Au « cercle vertueux fordiste », par lequel la croissance du profit et celle du salaire se nourrissaient mutuellement, elle substitue un cercle foncièrement « vicieux » dans lequel le dividende du capital se nourrit de la régression de tous les autres revenus : trop de salaire, d’impôt, de protection sociale, d’aide internationale… De là résulte une triple fracture : sociale, dans la mesure où le licenciement des travailleurs et l’exclusion deviennent les moyens de réserver au capital financier les gains de productivité du système ; mondiale, étant donné que les capitaux – affluant prioritairement vers les zones de haute rentabilité que sont les pays riches, entrant et sortant au gré des anticipations – creusent les inégalités et déstabilisent les régions fragiles (comme l’Asie du Sud-Est en 1997), cependant que les plans d’ajustement structurels condamnent les pays pauvres endettés (l’Argentine, mais pas les États-Unis) à sacrifier leur développement au remboursement prioritaire des créanciers ; environnementale, enfin, dans la mesure où le plus grand gain financier immédiat s’obtient au détriment de la reproduction de la nature.
À l’ouverture sur les sphères humaine et naturelle, la logique initiée par la sphère spéculative internationale substitue le repliement. Les temps de la finance rythment la vie économique et sociale : James Tobin rapportait naguère les propos d’un financier pour qui le très long terme se réduisait, disait-il, aux « dix prochaines minutes » ; malheureusement, c’est ce « long terme» qui commande l’appareil productif et génère une course productiviste dont l’emploi et les mécanismes régulateurs de la biosphère sont les premières victimes. Au regard de la finance, tout devient marchandise : le vivant que l’on s’attache à breveter ; la culture, l’art, le spectacle qui, de finalités, deviennent instruments de l’appareil qui devrait les servir, comme en témoigne notamment la pratique de l’« audimat » ; la vie humaine appréciée à sa Life time value (LTV), c’est-à-dire la capacité potentielle d’achat qu’une personne représente pour l’appareil commercial – compte tenu de ses revenus, son appartenance sociale, ses habitudes personnelles, son espérance de vie…

Le champ des valeurs
À l’ouverture sur les valeurs enfin, la logique néo-libérale substitue la prééminence du marché proclamé neutre, donc objectif et universel. Prétention aujourd’hui insoutenable. Dès lors, en effet, que l’appareil productif a réglé, en moyenne et globalement, le problème de la couverture des besoins fondamentaux à l’échelle du monde, pendant que l’inégale distribution des richesses maintient des portions entières de l’humanité dans la détresse, le problème n’est plus de production mais de partage ; or, le marché ne sait pas faire cela, il n’y a aucune théorie économique de l’optimum en matière de répartition. La question se pose donc dans le champ des valeurs, en termes de justice distributive. Quand l’activité productive des hommes menace l’existence de la vie sur Terre, se pose le problème de la solidarité intergénérationnelle. Restreindre les niveaux de vie actuels pour préserver ceux des générations futures ? Au nom de quoi ? La réponse se trouve encore une fois dans le champ des valeurs. S’en remettre au marché, c’est proclamer la loi marchande, valeur suprême, au-dessus des droits de l’homme et des valeurs de la vie. En un mot, l’approche néo-libérale évolue dans un univers dominé par le nominal et le court terme, alors que le développement durable se situe au niveau des flux et des mécanismes « réels » que transforme l’économie. L’ouvrage de Joseph Stiglitz (3) montre abondamment combien cette logique peut être destructrice des sociétés humaines.
L’économie néo-libérale ne peut donc s’approprier le développement durable qu’en le mutilant et en le dénaturant. Toute sa stratégie consiste à réduire la reproduction des trois sphères à celle du seul facteur « capital ». La nature, nous dit-on, n’est productive que par le travail qui s’y trouve incorporé, elle ne représente que de la matière première transformée par le travail… c’est-à-dire un capital. De sorte que, lorsque le « capital naturel » s’épuise, on peut compenser sa réduction par l’augmentation du capital technique et maintenir constant le flux de production découlant d’un capital total inchangé.

Le règne du facteur « capital »
La conclusion pratique est donc que le développement durable s’effectue, au sein de la sphère économique, par la gestion du capital technique, selon les bonnes lois de la seule économie vraie… néo-libérale, évidemment. Une vision absurde : lorsque le « capital naturel » s’amenuise, c’est que les prélèvements qu’il subit sont supérieurs à ses rythmes de reconstitution. Maintenir – provisoirement – le flux en intensifiant les prélèvements sur un stock qui s’épuise, revient à accélérer la destruction du « capital naturel ». Un monde dominé par la logique de ses moyens est un monde fou. Partout où s’affirme le règne de l’argent, les choses se pervertissent : le sacrifice des hommes devient le moyen d’assurer « la bonne marche » du système productif. Mais une bonne marche pour quelle utilité, si celle-ci repose sur le malheur de ceux qu’il devrait servir ? Quand le seul critère justifiant tout est la réussite financière, quand les repères éthiques ont disparu, les frontières s’estompent entre le légal et le mafieux, le tissu social se délabre. Au nom de quoi pourrait-on réguler la société ? Le temps de la rationalité instrumentale est passé. Désormais, la rationalité doit s’apprécier dans le champ des finalités humaines.

René Passet


(1) Auteur notamment de L’Économique et le vivant, Payot, 1979 ou Economica, 1996 ; L’illusion néo-libérale, Fayard, 2000 ; Une économie de rêve, Fayard, Mille-et-une-nuits, 2003. Il a été président du conseil scientifique d’Attac de 1998 à 2001.
(2) The entropy law and the economic process, N. Georgescu-Rögen, Harvard university press,1971. R. Passet, Une science tronquée, Le Monde 12-01-1971, et L’Économique et le vivant, op.cit.
(3) Joseph E. Stiglitz (Prix Nobel d’économie), La grande désillusion, Fayard, 2002.


Mini glossaire
• Développement durable : concept associant la recherche de l’augmentation de la satisfaction des besoins sociaux des populations avec la préoccupation que cette recherche ne crée pas les cause de sa propre fin. Concrètement, le développement durable se préoccupe des rapports entre les problématiques sociales, environnementales et économiques, certains rajoutant culturelles. Il a une forte dimension intergénérationnelle (« les générations futures ») et passe par une redéfinition approfondie des rapports Nord / Sud.
• Agenda 21 : « Ce qui doit être fait pour le XXIe siècle ». C’est une proposition complémentaire de la déclaration générale du sommet de Rio (1992). L’Agenda 21 est un plan global conçu par les gouvernements, les acteurs civiques, économiques et sociaux qui se donne pour objectif d’organiser la rupture des pratiques contraires à un développement durable. Il se décline au plan local (Agenda 21 local).
• Décroissance : concept qui vise à traduire le constat d’un « sur-développement » économique des pays du Nord, qui compromettent ainsi l’équilibre social et écologique planétaire. Il s’agit cependant d’une option plus radicale que « la croissance zéro » introduite dans les débats par le Club de Rome (1968). La solution avancée, qui permet de poser un certain nombre de question, est celle de la réduction de la production des biens et des richesses économiques des pays du Nord.
 
 
journal de TERRITOIRES n°438 - mai 2003
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Blanquefort, Gironde
L’échappée belle (1)
par Véronique Berkani
 
Blanquefort est nouvellement pilotée par une équipe d’élus profondément imprégnés d’éducation populaire.
Une culture qui les a conduits à mettre en place des conseils de quartier dont le mode de recrutement a permis la découverte des personnes « inconnues », trouvant – peut-être – le moyen d’éviter l’omniprésence pesante des militants multi-casquettes.

L’alternance a créé la surprise à Blanquefort en mars 2001. Vincent Feltesse (PS), chef de file d’une liste gauche plurielle, citoyen récent de la petite ville de Gironde (15 000 habitants), a brutalement fait irruption sur le devant de la scène. Là où, jusqu’à présent, le meilleur score de la gauche s’était péniblement élevé à 27 % des suffrages, sa liste affichait un massif 57,7 % sur un programme vantant la transparence, la proximité et la démocratie participative.
Les tout nouveaux élus, issus pour les deux tiers du milieu associatif, se retrouvaient ainsi aux manettes de la municipalité avec une mince expérience politique. « Sur vingt-six, je crois que seuls deux ou trois d’entre nous avaient déjà exercé un mandat », se souvient Jean-Louis Bariat, conseiller municipal délégué à la démocratie locale et aux conseils de quartier.
Premier réflexe de ce quasi néophyte : s’abstraire du terrain pendant un mois, explorer les bibliothèques, fureter sur internet, à la recherche de recettes éprouvées. Outre la participation à un séminaire consacré aux conseils de quartier réunissant une dizaine de villes, organisé par l’Adels entre avril 2002 et mars 2003 (2), la récolte aboutit à la création d’une commission extra-municipale réunissant un tiers d’associations, un tiers de personnes tirées au sort parmi un groupe de volontaires et quatre « personnes ressource ».

Séparation des genres
La réflexion s’engage, à raison d’une séance tous les quinze jours pendant neuf mois, et se conclut par la rédaction d’une charte des conseils de quartier (3). Présentée à la population lors d’une soirée réunissant 350 personnes et validée par le conseil municipal en janvier 2002, celle-ci affirme dans son préambule que « la démocratie participative vient en renfort, et non en substitut de la démocratie représentative ». À noter, elle exclut les élus de la composition des conseils. « J’ai été très attentif à ce que les genres restent séparés. Pour qu’un vrai débat puisse s’instaurer, il faut que chaque structure jouisse d’une autonomie franche », indique Paul Vasseur, directeur général adjoint chargé des services à la population. « S’il a semblé naturel à la plupart des membres de la commission qu’il ne fallait pas que les élus soient présents au sein des conseils, il leur paraissait important d’aménager des temps de rencontre obligatoires entre les deux. » La charte prévoit donc que l’élu référent et le conseil de quartier se rencontrent à la demande de l’une des parties, ou au minimum une fois par trimestre. Tout habitant est membre de droit de l’assemblée de quartier et peut devenir membre du conseil. Onze personnes sont tirées au sort au sein de l’assemblée sur la base du volontariat. Les tirés au sort « recrutent » ensuite cinq habitant(e)s de leur choix, afin d’assurer la représentation du quartier dans sa diversité socio-culturelle et corriger la prévisible sous-représentation de certaines catégories de population (jeunes, femmes, étrangers…). Cette diversité convoitée est, de l’avis de tous, loin d’être atteinte, mais le dispositif présente le mérite d’avoir attiré au-delà des sphères balisées des militants associatifs multi-casquettes. « Nous avons vu apparaître des gens différents, "inconnus". On estime qu’environ 30 à 50 % des volontaires se sont manifestés du fait de leur seul intérêt pour les conseils de quartier, alors qu’ils n’étaient présents dans aucune autre structure à Blanquefort », évalue Paul Vasseur.

Du micro-quartier au monde
C’est le cas de Monique Medeville, présidente du conseil de quartier Majolinas, habitante de Blanquefort depuis 1970. Ou d’Éric Heisel, président du conseil de quartier Caychac, arrivé voici deux ans. Ceux-ci se disent attentifs à ne pas s’aventurer sur le terrain politique et conçoivent leur action comme « un échange, une collaboration » avec les élus. Éric Heisel cite par exemple la réflexion sur le projet de Maison des services publics, soumis à son conseil de quartier. « Le projet a été largement amélioré. Je considère que c’est une victoire du groupe, et non du camp des opposants au projet contre ses partisans, ou inversement », indique-t-il. De petits dérapages ont tout de même été constatés, qui ont amené le comité d’éthique et d’évaluation, chargé de veiller au bon déroulement de la vie des conseils de quartier, à rédiger une « charte d’engagement moral des membres des conseils de quartier ». « Il est arrivé que des membres des conseils expriment des opinions personnelles contraires à la position prise par le collectif », indique aussi Monique Medeville.
Mais, mis à part ces incidents de rodage – les conseils de quartier fonctionnent depuis un an –, les deux présidents disent avoir le sentiment de peser sur les décisions. Monique Medeville cite le service de ramassage des déchets verts à la disposition des personnes âgées, isolées ou handicapées, mesure proposée par son conseil de quartier en passe de prendre corps. Éric Heisel ajoute : « Les élus ont tout intérêt à suivre nos avis, car s’ils ne le faisaient pas, les gens se démobiliseraient très vite. » Au rang des préoccupations les plus fréquemment exprimées, rien d’inédit : la sécurité routière, la sécurité des biens et des personnes, les « problèmes de trottoirs », d’environnement... « Nous avons la volonté politique de faire participer les habitants. Il est normal que ceux-ci se situent pour commencer au niveau du micro-quartier, mais j’espère que c’est pour passer ensuite à d’autres dimensions : l’intercommunalité, l’Europe, le monde ! », rêve tout haut Jean-Louis Bariat. « Notre but est aussi de réconcilier les citoyens avec la politique. Plus on les associera aux décisions, plus ils se sentiront politiquement responsables et plus ils iront voter. »

Une MJC aiguillon
L’Association blanquefortaise culturelle (ABC) n’est pas étrangère à l’esprit qui anime l’actuelle majorité, dont bon nombre de membres sont issus. Cette MJC a été créée par la mairie voici vingt ans afin de coordonner la vie associative et d’organiser l’action jeunesse en direction des collégiens. Selon Jean-Luc Flipo, ex-directeur, sa politique a toujours été de « favoriser le débat public et l’autonomie des jeunes, de défendre la laïcité et de faire vivre l’éducation populaire ». Aujourd’hui responsable du service médiation-prévention-sécurité à la mairie, il se dit attentif à ce que les conseils de quartier ne deviennent « ni des courroies de transmission, ni des lieux de contre-pouvoir, mais se situent bien dans la co-gestion ». Et ne se réduisent pas non plus à de simples « comités des fêtes ». Un dessein qui ne semble pas hors de portée dans une ville qui, comme l’explique Marie-Josée Malaterre, actuelle directrice de l’ABC, a assigné à la MJC, dans le cadre d’une convention (4), la mission d’aiguillon de la population : « Celle-ci doit être à même de critiquer l’action publique. »
Les conseils de quartier contribuent en tout cas à « dénoyauter » les lieux de pouvoir, à sortir des échanges circonscrits aux seuls élus, techniciens et associations « accréditées ». Les membres de l’ancienne majorité n’ont pour l’instant pas cédé à la tentation d’investir massivement ces instances pour en faire des instruments de contre-pouvoir politicien. Certains y apportent même leur concours constructif. « À Blanquefort, on est plutôt habitué à une opposition de consensus », remarque Paul Vasseur. Un consensus qui peut tout de même supporter quelques entailles. Louis Fournier, ancien maire, aujourd’hui conseiller municipal, souligne la difficulté de la mise en place des conseils de quartier « qui valorisent la participation, sans pour autant lui donner les moyens d’exister ». « Le risque que j’y voyais », ajoute-il, « et qui est en train de devenir réalité, est que la municipalité prenne les conseils en otages et les rende responsables de ses propres échecs… Je suis d’accord pour donner la parole à la population, mais les élus doivent aussi assumer leurs responsabilités. » L’ancien maire épingle aussi le fonctionnement des conseils, qu’il qualifie de « démocratie très encadrée ». « Tout est contrôlé, ficelé, la municipalité accompagne les débats de façon très orientée. D’emblée, on briefe les gens en leur disant : ça, c’est possible, ça, non... »
« Si on voulait tout contrôler, on ne mettrait pas en place des conseils de quartier ! », défend, au contraire, Paul Vasseur.

Véronique Berkani


(1) Du nom du festival de théâtre de rue à destination du jeune public qui a lieu chaque année à Blanquefort.
(2) Pour plus de renseignements, appeler l’Adels : 01 43 55 40 05.
(3) Voir cette charte et d’autres : http://www.adels.org/cq/ressources_cq.htm
(4) Jean-Luc Flipo et Marie-Josée Malaterre sont mis à disposition par la Fédération française des maisons des jeunes et de la culture, respectivement à la mairie de Blanquefort et à l’ABC. En réalité, c’est la municipalité qui finance leurs postes, mais cette filiation est le signe de l’adhésion de la ville au projet d’éducation populaire.