Observer la ville
Quelques questions simples, mais graves
par Georges Gontcharoff
Observateurs de quartiers à Rillieux-la-Pape
Observer pour mieux durer
par Jean Kloppenburg
Les observateurs de quartiers, Rillieux-la-Pape
« Le dispositif s’inscrit dans la durée »
rencontre avec Jacky Darne
Observer, et après ?
Observer tout seul ne sert à rien !
par Pierre Mahey, Arpenteurs
Les inspecteurs du domaine public, brest
Sillonner la ville pour une meilleure qualité de vie
par Claire Chognot
Saint-Ghislain (Belgique)
Des lunettes à double foyer
par Marc Vandewynckele
L’observation
Quelles incidences sur l'organisation du service public ?
par Philippe Mouton
Crêt-de-Roch, Saint-Étienne
Parcours commentés
par Véronique Berkani
Enjeux et outils
Environnement et débat public : un lien naturel
par Vincent Jacques-le-Seigneur
Observation et démocratie locale
Mettre en débat nos visions du territoire
par Nicolas Leblanc
L’observatoire des engagements, Bobigny
Des observateurs jugent les engagements des élus
par Claire Chognot
Cinisello balsamo, italie
Espace et mémoire
par Aline Chambras
Observer l’imaginaire pour agir sur l’espace
« Lire la ville comme un “paysage intérieur” »
rencontre avec Roberto Albanese
Analyse
L'« ignorance habitante »
par Yves Chalas
Saint-Martin-d’Hères (Isère)
Trois outils pour traduire la parole des habitants
par Anne Benoit-Janin
« Visites de quartier »
Oullins lave plus blanc
par Véronique Berkani
Quelles transpositions possibles ?
L’observation mérite pérennisation… et humilité
par Cyril Kretszchmar
Gardes-nature, territoire de Belfort
Un service à cheval… et intercommunal
par Alexis Deck
Le diagnostic de ressources
À la recherche de la petite pantoufle de vair
par Jacqueline Lorthiois
Les agences d’urbanisme
De l’observation classique à l’observation partagée
par Sylvie Barnezet
> L'ARTICLE DU MOIS
Le diagnostic de ressources
À la recherche de la petite pantoufle de vair
par Jacqueline Lorthiois, socio-économiste,
membre de l’Adels
Nombre d’acteurs locaux sont en recherche d’un observateur
extérieur qui va leur offrir une vision « objective » de
leur territoire, de ses faiblesses et donc des axes de travail qu’il faudra
mettre en route. Mais si cet observateur, sérieux, reconnu, n’observe
pas là où on lui dit de regarder, et met son nez dans les richesses,
les ressources, les potentiels du territoire… C’est la recherche
de la pantoufle de vair contre les godillots de la statistique.
La demande de la municipalité de Vieille-rue semblait
pressante (1). « Il faut absolument recréer un tissu d'entreprises.
Venez-nous aider. » J'avais demandé une réunion de tous
les acteurs. La salle était pleine. Le tour de table ressemblait à
une tragédie antique : « Y a plus d'emplois… Toutes les usines
ferment. On est devenu une commune-dortoir… » ; « Les chiffres
du chômage explosent… » ; « Et puis que faire avec toutes
ces mouettes ? »…
Des mouettes ? J'ai cru avoir mal entendu. Mais non, une autre personne renchérit
: « Faudrait s'occuper des mouettes… » Nous sommes pourtant
à mille miles de toute terre maritime ! À la sortie, j'agrippe
un éducateur pour le questionner : « Ah ? Les mouettes ? Ce sont
les jeunes habillés en noir et blanc, agglutinés au rez-de-chaussée
des immeubles… On ne sait pas quoi en faire. Toute la journée,
ils tiennent les murs. » Et d'ajouter : « Vous vous rendez compte.
Ici, il y a un taux de chômage des jeunes de 30 %. » Je traduis
immédiatement : « Ah bon, et que font les 70 % ? » Réponse
: « Aucune idée. » J'insiste : « Et pourtant, ce serait
drôlement utile pour les 30 %, de savoir ce que font les 70 %. »
Mon interlocuteur me regarde comme une clé à molette qui aurait
croisé un poisson rouge.
J'ai l'habitude de ces statistiques de manque. La plupart des acteurs locaux
savent le nombre de chômeurs de leur territoire. Tout comme l'homme ou
la femme de la rue en connaît le chiffre national (officiel). Mais combien
y a-t-il de travailleurs occupés en France ? Quand je tente un sondage
dans un amphi d'étudiants en économie, le chiffre varie à
cinq ou dix millions près. Et vous, l'élu qui cherchez à
tout prix à mettre vos administrés « en emploi »,
combien y en a-t-il déjà sur votre territoire ? Où vont-ils
? Que font-ils donc ? Ignorance significative. « Voici les chiffres de
la situation de l'emploi » me répond le responsable de l'observatoire
que j'interroge, en me tendant une étude de l'ANPE. « C'est le
contraire, vous me donnez les chiffres des demandeurs d'emploi », lui
rétorqué-je. « Ça, c'est uniquement pour ceux qui
visent la filière chômage. Mais pour ceux qui choisissent d'autres
filières d'activités ? »
Les lunettes roses
Les acteurs sont toujours très interloqués quand je coupe court
aux litanies négatives, ce que j'appelle les « listes noires »
des territoires : nombre de fermetures d'usines ou d'écoles, nombre de
Rmistes, de chômeurs de longue durée, retards scolaires, actes
de délinquance... « Bon, d'accord, mais qu'est-ce qui marche ?
» Et pourtant, il s'agit d'une évidence. Les listes noires ne servent
qu'à faire fuir. Il faut des ressources pour construire un projet, pour
donner envie de faire du développement. D'où ce conseil issu de
ma longue expérience, pour les travailleurs sociaux, les conseillers
de l'ANPE : « Inutile d'emporter avec vous des lunettes noires. Vous en
trouverez toujours sur place. Par contre, emportez toujours les roses…
» Moi-même, j'en possède toujours une paire, rangée
en permanence dans mon cartable. Observer ce qui manque, ce qui a raté,
ce qui est fini, ça sert pour la nostalgie ou pour l'histoire. Les constats,
c'est utile pour la police ou les assurances, pas en socio-économie.
Avec des matériaux inertes, on peut tout au mieux écrire les mémoires
du territoire. Mais, pour tout de suite, pour organiser l'action, pour construire
du futur, il faut du vivant. Le mortifère, faut réserver ça
pour les enterrements. Pour fabriquer de l'avenir, on a besoin de terreau, avec
des graines qui poussent.
« Qu’est-ce que vous avez réussi ? »
Même constat à Finfonds-sur-Loing, dans un centre d'accueil pour
jeunes délinquants (traduisez « maison de redressement »),
à 50 km de tout centre commercial, dans une campagne désolée.
Le contraire de l’île de la tentation ! Je suis censée trouver
des idées de projets d'insertion pour les jeunes. Mais j'ai déjà
fort à faire avec les éducateurs. Le tour de table est édifiant.
« Ici ? Les jeunes arrivent à quatorze ans. C'est trop tard. Et
ils partent à dix-huit ans. C'est trop tôt. On ne sert à
rien, on n'a le temps de rien faire. Quand on veut avoir des nouvelles des anciens,
y a qu'à feuilleter le journal, on les retrouve à la rubrique
faits divers : braquage de supermarché, agression de personne âgée...
» Avec un regard aussi négatif sur leur propre utilité,
comment ces adultes pourraient-ils apprendre aux jeunes à se motiver
? J'insiste : « Qu'est-ce que vous avez réussi ? » Un silence
pesant s'installe. « Ah !, si, tu te souviens, untel qui est revenu nous
voir, avec sa femme et ses gosses… Et Josette, quand elle est arrivée,
elle déchirait tout. On lui donnait ses vêtements au compte-gouttes,
chaque matin. On pouvait rien laisser dans la chambre. Peu à peu, elle
s'est laissée apprivoiser… » La mémoire revient progressivement,
les récits se succèdent. « Tiens, on devrait les écrire.
» « On peut vous aider ? », demandent les jeunes qui tournent
autour de nous, intrigués par les prémices de ce qui devient un
journal. Et voilà comment est né le projet d'atelier d'imprimerie
pour les jeunes.
Reprenons l'exemple plus haut de Vieille-rue. « Vous vous rendez compte,
j'ai 2 500 jeunes sur ma commune », dit avec désespoir l'élu
local (2). « Qu'est-ce que je peux faire pour baisser le taux de chômage
? » Je lui réponds froidement : « Continuez à faire
ce que je vous faites, à envoyer des messages négatifs…
Tous les jeunes vont partir, il n'y aura plus que des vieux, et votre taux de
chômage baissera. » S'agit-il en effet uniquement de pousser une
virgule, dans un simple jeu statistique ? Car enfin, s'il y a des jeunes chômeurs,
il y a aussi, en nombre plus élevé, des jeunes occupés
au travail. Vous avez des demandeurs d'emploi ? C'est que vous avez de la main-d’œuvre
! C'est que votre population est jeune et en âge de travailler ! Vous
en avez de la chance ! Dans certains territoires au vieillissement accentué,
on cherche désespérément des jeunes et des adultes en âge
d'activité.
Les étudiants et les mouettes
Avec les travailleurs sociaux de Vieille-rue, on tente d'aller plus loin dans
le diagnostic. « En fait », constate l'un d’eux, « sur
le quartier y a pas plus de 200 jeunes qui foutent la merde. Les autres ne posent
pas de problèmes ». En poursuivant la réflexion, on constate
que « les 40 travailleurs sociaux du quartier s'occupent tous des 200.
Mais personne ne s'occupe des 2 300 autres. Si ça se trouve, il y aurait
parmi ces derniers des jeunes qui voudraient bien nous aider »…
Les éducateurs partent en enquête et, à leur grande surprise,
trouvent effectivement des jeunes préoccupés par le retard scolaire
ou la galère de leurs congénères moins favorisés.
Plusieurs dizaines d'étudiants « insérés »
proposent de prendre chacun en charge une des « mouettes ». Et voilà
des ressources mobilisées, qui allègent un peu les éducateurs.
S'ils faisaient alors de la prévention, pour que les efforts conjugués
des uns et des autres fassent diminuer de moitié ce chiffre fatidique
de 200 - jugé jusqu'alors incompressible ?
Le diagnostic de ressources, c'est cela. C'est très simple. Il s'agit
d'inverser le regard. La plupart des observatoires observent les trous du gruyère
: ça donne faim et ça ne nourrit pas. On y fabrique de la culpabilité,
de la nostalgie. « Nombre de jeunes sans solution en sortie de dispositif
»… Vous vous rendez compte de ce qu'il y a de définitif,
d'irréparable, dans ce terme de « sans solution » ?
Avec la vision « ressources », on abandonne la question «
De quoi manquez-vous ? » On cesse de formuler une « demande ».
Il n'y a rien de plus humiliant qu'une demande ! « On en a marre de raconter
nos malheurs », me confie un « revenu-minimum-d'insertion-iste »
(3) accablé. En banlieue de Lens, en plein bassin minier, les vieilles
femmes (y a plus de vieux !) racontent qu'autrefois, les mineurs se désignaient
par leur pourcentage… Traduisez « de silicose ». Au café,
le « 70 % » (qui avait quelques mois à vivre) clouait le
bec au minable qui n'avait « que » 35 %… Avec de telles lunettes
noires, les seules réponses possibles sont de type réparation,
traitement social. Quand ce n'est pas organisation d'aires de stockage pour
rebuts.
Le prince charmant
À l'inverse, le nez chaussé de lunettes roses, on identifie une
« offre ». Les réussites du territoire et / ou de ses habitants.
Les ressources humaines, les initiatives, les échanges, les liens sociaux,
la créativité, la convivialité, etc. Et on voit à
quelles conditions faire fructifier ces « plus » (4). Il y a toujours
dans chaque territoire, chez chaque personne, des trésors cachés
d'imagination, de savoir-faire, d'intelligence. Une rareté qu'on ne retrouve
pas ailleurs, ce que j'ai appelé la petite pantoufle de vair. Le vair
(dans la version occidentale de Charles Perrault, et non le « verre »
pour les incultes de Disneyland) est une ravissante fourrure gris-bleue, douce
comme de la soie, provenant d'un petit écureuil de Russie (5). Le vair
est comme l'hermine, une matière rare et précieuse. Seuls des
princes pouvaient se l'offrir. C'est pour moi le symbole de la spécificité.
Elle est si parfaite, elle épouse (!!) si bien le pied, que cette pantoufle
ne va qu'à Cendrillon. Et les méchantes sœurs ont beau faire
(6), elles n'arrivent pas à s'approprier un objet fait uniquement pour
sa propriétaire. Pour moi, les techniciens des observatoires locaux doivent
être les parrains et marraines bienveillants, penchés sur le berceau
d'un territoire avec ses habitants. Ils doivent être les orfèvres,
les ciseleurs des matériaux qui vont servir à construire la destinée
de ces territoires. 0n doit avoir en tête Jean-Paul Gauthier fabriquant
cette étonnante robe bleu-blanc-rouge à volants pour l’accordéoniste
Yvette Horner… Elle ne peut aller qu'à elle. Tout territoire est
une Cendrillon qui attend son grand couturier pour aller au bal du développement.
Pour les techniciens-observateurs, le top du savoir-faire à acquérir,
c’est la sûreté et l'humour de l’« œil juste
». La justesse, au sens musical du terme, ce qui sonne juste, en harmonie,
ce qui va bien avec. Oui, vous l'avez deviné, n'en déplaise aux
grincheux, je crois au prince charmant !
J. L.
(1) Rappelons que, selon une habitude désormais
ancienne, j'indique les exemples à ne pas suivre par des faux noms, les
« bons » sont en clair.
(2) Dans un colloque sur les emplois-jeunes, je m'étonnais de la différence
entre les élus qui déplorent le nombre élevé de
jeunes sur leur territoire et les Français qui s’extasiaient de
la longévité d'une Jeanne Calment. Comme si « être
jeune » était un handicap, et « rester jeune », une
ressource...
(3) Précisons que l'auteur de cet article est un « contrat-de-trois-ans-iste
» et que le rédacteur en chef de cette revue est un « contrat-à-durée-indéterminée-iste
»...
(4) Voir mon livre Le Diagnostic local de ressources qui va être réédité
à la fin de l'année. En vente à l'Adels.
(5) Vous imaginez Cendrillon, allant au bal avec des chaussures de verre ? Bonjour
la prise de risque pour le prince charmant, en l'invitant à une valse.
(6) Dans la vraie version de Perrault, elles vont jusqu'à se couper les
phalanges des pieds pour pouvoir mettre ces pantoufles, version qui a été
expurgée (jugée trop cruelle pour les enfants). C'est oublier
que ce conte s'adresse d'abord aux adultes !
journal de TERRITOIRES
n°433 - juin 2003
> L'ARTICLE DU MOIS
FESTIVAL INTERNATIONAL DU THÉÂTRE
ACTION
Parce que le théâtre n’est pas aux pièces"
par Nicolas Leblanc
Un « festival en réseau » regroupe depuis presque vingt ans
des compagnies pour qui le théâtre ne s’arrête pas
au rideau rouge : le Fita, festival international du théâtre action.
Il s’agit avant tout d’échanger sur une démarche singulière,
militante et active, mais qui ne renie jamais son sens artistique.
On sait le théâtre être un lieu artistique
à part.
Un espace qui, de tous temps, a été le terreau
de militances esthétiques, humaines, mais aussi politiques. Sans doute
faut-il y voir le fruit d’une relation particulière avec l’espace,
le temps
– et l’instant. La diffusion du « spectacle vivant »
théâtral reste en effet tout à fait particulière
par rapport aux autres arts dits « majeurs ». Le théâtre
est un éternel recommencement. Banalité, certes, mais qui façonne
– on peut du moins en poser l’hypothèse – durablement
la vision des hommes et des femmes de théâtre face à leur
action : parmi eux se trouve un grand nombre de ce qu’on pourrait appeler
des « situationnistes de l’art ». De nombreuses compagnies,
à travers le monde, façonnent les interactions entre la matière
théâtrale et l’outil théâtre, entre l’écriture
de la scène et le rôle des acteurs, dans des sociétés
où les personnages sont prédominants sur les personnes. Ils s’appellent
« en résistance », « théâtre action »,
« en mouvement », « théâtre de l’autre
», « de conscientisation », « engagé »…
Ils jonglent avec les formes, les publics, les lieux, les décalages techniques
et esthétiques et les ancrages spatiaux et sociaux de toutes sortes.
Travailler avec le « non-public »
Pour Arielle Chenot, fondatrice (et toujours l’un des deux piliers) du
Théâtre du Levant, « après 68, il y avait des actions
théâtrales partout ; le Levant a travaillé avec des employés
du textile, avec les gens touchés par les marées noires, etc.
De nombreuses troupes étaient en action. Nous, nous avons continué,
mais nous nous sommes sentis de plus en plus seuls… » Et pourtant,
des troupes comme le Levant continuaient à travailler au plus près
des gens, de ceux qu’ils appellent souvent le « non-public ».
Mais le « mouvement » était plus diffus, de moins en moins
perceptible dans une démarche et un « réseau » communs.
Très tôt soutenues par les pouvoirs publics (dès les années
70), les troupes belges de théâtre action ont, elles, réussi
à s’organiser et à faire prendre en compte leur spécificité.
Une circulaire théâtre-action, datée de 1984, a entériné
leur large reconnaissance et leur a donné les moyens de se développer.
Depuis, les compagnies et les pratiques se sont multipliées et diversifiées.
Un Centre du théâtre action, à l’initiative de quatre
compagnies belges, pilote l’organisation tous les deux ans d’un
festival international du théâtre action (Fita), qui s’inscrit
dans cette dynamique partenariale. Au fil des millésimes, les organisateurs
belges ont croisé des acteurs du monde entier, pratiquant toutes formes
de théâtre ; petit à petit, un réseau européen
et international, plus ou moins formalisé, s’est bâti. En
1996, le Centre du théâtre action invite le Levant à venir
au festival, qui faisait alors tourner des troupes en Belgique. Pour Arielle
Chenot, c’est alors l’évidence : il faut disséminer
l’expérience en France, faire également tourner ces troupes
d’Amérique du Sud, d’Afrique, du Moyen-Orient, etc., en France.
« Les Belges avaient mené un travail de terrain passionnant »,
se souvient-elle, « recherchant aussi bien en Uruguay qu’en France
de nombreuses troupes “en résistance”, sur le terrain, dans
les quartiers, travaillant même avec eux. Ils connaissaient beaucoup plus
de troupes françaises que nous, qui nous sentions alors isolés.
»
Les échanges n’ont plus cessé
En 1998, le Fita s’ouvre donc à la France, coordonné pour
l’Hexagone par le Théâtre du Levant. Une association de fait,
Théâtres en mouvement, s’organise, autour d’un texte
fondateur. Depuis, le Festival s’est également ouvert à
l’Italie, et les échanges entre tous les continents n’ont
plus cessé. Cette année, pour la 9e édition du festival,
des compagnies du Togo, du Sénégal, du Burkina Faso, du Maroc,
de Cuba, d’Uruguay, de Palestine et, bien sûr, de France, de Belgique
et d’Italie se sont produites et ont échangé sur leurs pratiques.
Leur point commun ? Au-delà des méthodes, des démarches
et des convictions. Mais aussi le fait qu’« elles ont toutes une
forme artistique », précise Arielle Chenot. « Ce n’est
pas du théâtre à slogans. Les sujets que nous traitons peuvent
être plus ou moins universels. Les compagnies présentent pendant
le festival une pièce qui peut voyager d’un contexte à l’autre.
» Ainsi, le festival 2002 s’est terminé à Paris par
une soirée sur le thème de la mondialisation, où le Levant
montrait sa dernière création : Les ramasseurs de miettes. Une
fable qui met en scène le dernier
ouvrier de la terre avec le dernier fou-de-Bassant, l’un et l’autre
recomposant ensemble un monde nouveau à partir des miettes d’humanité
que
la mondialisation souveraine a bien voulu leur laisser… Une amorce idéale
pour un débat plus
en profondeur entre les comédiens et le public. Quel qu’il soit.
Nicolas Leblanc
Théâtre du Levant
162, rue de Belleville – 75020 Paris - Tél. : 01 46 36 47 63, e-mail
: theatre.levant@wanadoo.fr
Théâtres en mouvement
« Aujourd’hui, les membres de Théâtre en mouvement
se reconnaissent dans des actes de création de nature multiple qui :
• impliquent prioritairement ceux qui, dans la société,
sont en situation d’oppression de quelque nature qu’elle soit,
• mettent en cause concrètement les
modèles économiques, sociaux, politiques et culturels dominants,
• affirment ainsi l’existence d’une démarche alternative
en résistance aux pouvoirs
établis et aux savoirs imposés.
Pour autant, les praticiens concernés ne se définissent ni comme
des travailleurs
sociaux, ni comme des thérapeutes : ce sont bel et bien des créateurs
de théâtre. »
Extrait du texte créateur de Théâtres en
mouvement, signé en 1999 par 45 membres, dont 28 compagnies.