40 ans
de développement participatif en France / Partie II
n° spécial 10 ans de l'Union nationale des acteurs et structures du développement
local
> le sommaire
Édito
Agir pour le développement local
par Éric Andrieu
Centre
Bretagne, 1965-…
Le Mené toujours en mouvement
par Paul Houée
Les
parcs naturels régionaux, 1967-…
Entrer dans le développement par le territoire
par Sabrina Costanzo
Les
parcs naturels régionaux, 1967-…
Développement, oui mais lequel ? 13
entretien avec Marie-Élisabeth Chassagne, Stéphane
Adam et Annie L’Horset
Le
Plateau picard, 1982-…
Mobiliser les individus avant les institutions
par Pierre Guyard
Colombey-les-Belles,
1978-…
Esprit et structures d’un ÉPCI légendaire
par François Hannoyer
Les Monts du Lyonnais
Le centre culturel anime le développement local
par Sabrina Costanzo
Le Coglais, 1967-…
La voie du développement économique
par Sabrina Costanzo
Le Coglais, 1967-…
Faire confiance au local et arrêter les suspicions
entretien avec Jean Malapert
Val-de-Lorraine,
1989-…
Ils sont partis 500, seront-ils 5 000 en arrivant au port ?
par François Hannoyer
SPÉCIAL
10 ANS DE L’UNADEL
Pratiques diverses, valeurs communes : l’aventure d’un réseau
d’acteurs
Ou petite histoire politique de l’Unadel
par Véronique Berkani, François Hannoyer
et Nicolas Leblanc avec l’aide de toute l’équipe de l’Unadel
> L'ARTICLE DU MOIS
Les
parcs naturels régionaux, 1967- ...
entrer dans le développement par le territoire
par Sabrina Costanzo
Les parcs naturels régionaux, pionniers en matière de développement
durable, ont ouvert la voie de l'intercommunalité. Même s'ils
ont partagé des objectifs communs avec les mouvements de développement
local, leur expérience au service de projets communs de
territoire a été peu propagée.
Aujourd'hui, confrontés à l'émergence des pays, ils
se doivent de repenser leur articulation avec les différents territoires
de projet existants.
La volonté
de l’État de mettre en place une politique d’aménagement
du territoire, l'esprit du bouillonnement culturel pré-68 qui anime
les participants du colloque de Lurs-en-Provence en septembre 1966 (lire
encadré page 14) : tout était réuni pour que l’idée
« d’un autre aménagement du territoire basé
sur une “réconciliation“ entre l’homme et la
nature » (1) aboutisse à la création, en 1967, des
parcs naturels régionaux (PNR). Face à l’urbanisation,
aux mutations technologiques, à la décomposition des paysages
agraires induits par les trente glorieuses, les PNR se fixent pour mission
la protection et la valorisation du patrimoine, la préservation
des milieux naturels particuliers. En parallèle aux actions environnementales,
les PNR affichent progressivement la nécessité d’entrer
dans une démarche de développement global, de regarder du
côté de la culture, de l’économie, du social…
en bref, de faire du développement durable avant la lettre (2).
Mais si l’objectif est la recherche permanente de l’équilibre
entre développement et environnement, sur le terrain, la balance
semble pencher du côté de la préservation du patrimoine.
Le mouvement du développement local, encore naissant, donne, lui,
la priorité au développement culturel, économique
et social. Jusqu'à présent, les PNR semblent être
restés à l'écart des mouvements et des dynamiques
de développement territorial. L'institutionnalisation des pays
nécessiterait aujourd'hui une meilleure concertation entre les
PNR et les différents acteurs du développement local.
Difficile
conciliation entre développement économique et environnement
Les premiers parcs sont situés à proximité des grandes
villes. « Poumons verts », ils ont vocation à accueillir
les citadins des agglomérations proches. Les PNR jouent la carte
du patrimoine, de la pédagogie à l’environnement,
de l’accueil et du tourisme de pleine nature. Si la nécessité
d’animer des secteurs ruraux en difficulté figure parmi les
objectifs principaux des PNR (3), la mission de développement socio-économique
tarde à prendre corps. Pour Yves Gorgeu, chargé de mission
à Mairie-conseils, « le rôle des parcs dans le développement
local ne s’est pas vraiment posé pendant les dix premières
années de leur existence » (4). Dans le même temps,
le courant du développement local cherche à mobiliser les
populations autour de la prise en charge de leur territoire. La mise en
place d’un modèle de développement endogène
oriente les acteurs locaux vers la satisfaction des besoins des habitants
en matière d’emploi, de logement, de services, de culture…
Les initiateurs du mouvement de développement local reprochent
alors aux PNR d'occulter le développement économique. «
Les parcs sont restés sur leurs positions en n’ayant jamais
cherché le dialogue, affichant pour s’en écarter leur
spécificité en matière de gestion du patrimoine naturel,
alors que leur différence aurait très bien pu être
mise à profit pour occuper une place particulière de laboratoire
et d’expérimentation au sein même du développement
local. Il s’agissait pour eux de ne pas se banaliser et de défendre
une approche de développement local fondé sur le patrimoine.
» (5)
Favoriser une approche transversale des problèmes
C'est la crise économique qui les incitera à se tourner
du côté des entreprises et de l’emploi.
La circulaire du 12 septembre 1979 indique que « les PNR visent
à favoriser une activité économique et sociale suffisante
pour permettre aux habitants de rester au pays ».
Il s’agit là d’un objectif a minima. Mais, durant les
années quatre-vingt, les PNR s’efforcent de mettre en place
un développement plus auto-centré. Le créneau du
développement durable est lancé et se poursuit. Les années
quatre-vingt-dix semblent annoncer la montée en puissance de la
préoccupation économique des parcs.
Issu des mouvements associatifs du milieu rural, le développement
local se caractérise par sa démarche ascendante. La politique
des PNR, même si elle se concrétise au niveau local, reste
programmative. Considérés comme des structures d'élus,
on a pu reprocher aux PNR leur manque de prise en compte des populations
locales. Les quelques associations d’amis et d’usagers des
parcs n’ont pas pu jouer à plein leur rôle de participation
des populations aux politiques des parcs. Les PNR essaient aujourd'hui
de jouer plus fortement la carte de l’animation et cherchent à
faire participer le plus grand nombre au projet de territoire (les journées
nationales des PNR auront cette année pour thème : «
Ces forces vives qui
font notre territoire : de l’information à la concertation
»).
Malgré tout, les PNR restent précurseurs dans de nombreux
domaines. Ils ont réussi à démontrer que la réunion
d'élus de tous niveaux peut créer un lieu de décision
efficace pour la gestion d'un territoire. La présence d'une équipe
pluridisciplinaire de techniciens au service des acteurs locaux est un
moyen de diagnostiquer finement les ressources et les énergies
d'un territoire, de l'aider à progresser dans la valorisation du
patrimoine. Point commun avec le mouvement de développement local,
les PNR ont développé une approche transversale des problèmes,
et passé outre les découpages administratifs. Précurseurs,
ils ont cependant peu participé à la mise en place de l'intercommunalité.
La loi d’orientation sur l’aménagement et le développement
durable du territoire (Loaddt), à travers la constitution des pays
et l’adhésion à une charte, s’inspire ainsi
de l’expérience des PNR. Il leur appartient désormais
de trouver leur place et de s'ouvrir aux autres acteurs des territoires.
Sabrina Costanzo
(1) Le difficile
dialogue des parcs naturels régionaux avec le mouvement du développement
local, Yves Gorgeu dans Territoires et acteurs du développement
local, des nouveaux lieux de démocratie, sous la direction de Jean-Pierre
Deffontaines et Jean-Pierre Prod'homme, Éditions de l'Aube, 2001.
(2) Le concept de développement durable est lancé lors de
la publication du rapport Brundtland, en 1988. Lire : Le développement
durable, levier de la gouvernance locale, le Quatre pages de l’Adels,
n°1, avril 2002.
(3) Notamment dans le décret du 1er mars 1967 instituant les parcs
naturels régionaux.
(4) Yves Gorgeu, 2001, op cit.
(5) Yves Gorgeu, 2001, op cit.
journal de TERRITOIRES
n°432 - novembre 2002
> L'ARTICLE DU MOIS
«
Les territoires, entre réflexion et pragmatisme »
Rencontre
avec Vanessa Marx, directrice adjointe des relations internationales de Porto
Alegre (Brésil) et Stéphane Peu, maire-adjoint chargé des relations internationales
de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)
La ville de Florence, avec la Fédération mondiale des citées
unies (FMCU), le réseau international des villes pour l’inclusion
sociale et la ville de Porto Alegre, organise les 3 et 4 novembre 2002 le forum
européen des autorités locales. Le thème en est : «
les autorités locales européennes pour les droits globaux et l’inclusion
sociale ». Questions à deux protagonistes.
Dans
quelle dynamique s’inscrit le forum européen des autorités
locales, auquel vous participez ?
Vanessa Marx : Depuis le second forum mondial des autorités locales en
février dernier, à Porto Alegre, de nombreuses rencontres ont
eu lieu et vont permettre d’amplifier la mobilisation pour le prochain
forum social mondial (FSM), en janvier prochain, à Porto Alegre. Le dernier
FSM a réuni mille participants de deux cents villes, dont des villes
très importantes : Paris, Rome, Barcelone, Genève, Rio de Janeiro,
Porto Alegre… Nous espérons encore amplifier cette mobilisation.
Stéphane Peu : Le forum européen fait suite à la décision
que nous avons prise à Porto Alegre de continuer à réunir
dans les forums sociaux (continentaux ou mondiaux) les mouvements sociaux et
les autorités locales. Pour le forum de Florence, nous allons aussi tenir
des débats spécifiques à notre continent, comme les services
publics ou la question des droits, éclairée à l’aune
de l’immigration.
Le
troisième FSM marquera-t-il la fin d’une période de mobilisation
avant une phase plus tournée vers l’action ?
V. M. : Nous sommes déjà en phase d’action, principalement
par deux biais : la coopération de ville à ville et le lobbying
auprès des instances internationales. La coopération décentralisée
fonctionne déjà bien entre les villes du réseau international
pour l’inclusion sociale, notamment par le regroupement de petites et
moyennes villes qui n’auraient pas les moyens, seules, d’avoir une
politique internationale. Ce qui se passe au niveau local est également
intéressant : chaque collectivité du réseau s’est
engagée à avoir un débat dans son organe délibératif
sur la déclaration de Porto Alegre, en vue d’une adoption «
solennelle ».
Il semble qu’il y ait eu des problèmes de communication entre les
forums sociaux et les forums des autorités locales. Quel est l’état
de vos rapports ?
V. M. : Il n’y a pas de malentendus, il y a même eu des participations
croisées entre le forum des autorités locales et le FSM. Ce qui
est sûr, c’est que les relations entre les mouvements sociaux et
les collectivités locales sont très différentes selon les
contextes régionaux. Le passage à l’échelle internationale
permet justement de dépasser et de transcender les mauvaises relations
locales. Nous avons également besoin de converger avec la réunion
mondiale des parlementaires, parce que nous sommes tous porteurs d’une
autre mondialisation, chacun avec nos rôles propres et nos responsabilités
différentes.
S. P. : Il me semble que le mouvement altermondialiste ne doit pas uniquement
être protestataire et de l’ordre du contre-pouvoir. Au forum des
autorités locales, nous devons échanger des façons de faire,
des expériences. Les collectivités locales sont un échelon
d’expérimentation, de mise en débat du politique, et en
même temps de proximité. Ce qui nous rassemble à Porto Alegre,
c’est d’une part de dire que « le monde n’est pas une
marchandise » et, de l’autre, qu’« un autre monde est
possible ». Or, La mondialisation, en affaiblissant considérablement
les États, a enclenché un double mouvement de renforcement des
lieux de décision transnationaux, mais aussi de montée en puissance
des collectivités locales. Il ne faut pas que les villes ne soient que
des lieux d’amortissement des décisions économiques et financières,
mais qu’elles prennent part à ces décisions et qu’elles
puissent engendrer un mouvement de résistance au système libéral.
Dans le forum social mondial coexistent des sensibilités différentes
quant aux rapports avec les pouvoirs locaux. Sans doute que les partisans de
la coupure franche et les partisans du partenariat détiennent chacun
une part de vérité, mais je crois qu’il n’y aura pas
de construction d’alternative durable au libéralisme si on ne lie
pas les actions alternatives des collectivités avec la protestation des
mouvements sociaux. Je ne crois pas que le FSM ait juste pour ambition d’être
la mouche du coche mondial. Il ne faudrait pas que les membres du FSM, en constatant
l’échec des idéologies de gauche, en tirent la conclusion
de l’inutilité de la politique !
Est-ce
que les autorités locales sont à leur place quand elles discutent
avec des instances internationales ? Ne s’éloignent-elles pas de
leur fonction première de travail direct avec les populations ?
V. M. : Je ne crois pas que cela soit antagoniste. Nous sommes à notre
place, parce que les villes ont un rôle fondamental à jouer pour
une autre mondialisation : nous sommes porteurs d’une grande partie des
solutions et des moyens pour donner la parole aux citoyens. Nous faisons partie
de ceux qui peuvent concrétiser les déclarations de Porto Alegre.
S. P. : On assiste à une montée en puissance des collectivités
locales dans la construction sociale du monde de demain. J’y vois trois
acteurs essentiels : les États, le mouvement social et les ONG, et les
collectivités locales. Or, ce sont les collectivités locales qui
font aujourd’hui la synthèse des deux premiers acteurs, à
travers leurs pratiques de délibération et d’élaboration
législatives, d’une part, et de mise en pratique directe, d’autre
part. C’est ce qui fait leur force.