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dossier de Territoires n°432 - novembre 2002
 
40 ans de développement participatif en France / Partie II

n° spécial 10 ans de l'Union nationale des acteurs et structures du développement local
 
 
> le sommaire
 
Édito
Agir pour le développement local
par Éric Andrieu

Centre Bretagne, 1965-…
Le Mené toujours en mouvement
par Paul Houée

Les parcs naturels régionaux, 1967-…
Entrer dans le développement par le territoire
par Sabrina Costanzo

Les parcs naturels régionaux, 1967-…
Développement, oui mais lequel ? 13
entretien avec Marie-Élisabeth Chassagne, Stéphane Adam et Annie L’Horset

Le Plateau picard, 1982-…
Mobiliser les individus avant les institutions
par Pierre Guyard

Colombey-les-Belles, 1978-…
Esprit et structures d’un ÉPCI légendaire
par François Hannoyer

Les Monts du Lyonnais
Le centre culturel anime le développement local
par Sabrina Costanzo

Le Coglais, 1967-…
La voie du développement économique
par Sabrina Costanzo

Le Coglais, 1967-…
Faire confiance au local et arrêter les suspicions
entretien avec Jean Malapert

Val-de-Lorraine, 1989-…
Ils sont partis 500, seront-ils 5 000 en arrivant au port ?
par François Hannoyer

SPÉCIAL 10 ANS DE L’UNADEL
Pratiques diverses, valeurs communes : l’aventure d’un réseau d’acteurs
Ou petite histoire politique de l’Unadel
par Véronique Berkani, François Hannoyer et Nicolas Leblanc avec l’aide de toute l’équipe de l’Unadel
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Les parcs naturels régionaux, 1967- ...
entrer dans le développement par le territoire
par Sabrina Costanzo
 
Les parcs naturels régionaux, pionniers en matière de développement durable, ont ouvert la voie de l'intercommunalité. Même s'ils ont partagé des objectifs communs avec les mouvements de développement local, leur expérience au service de projets communs de
territoire a été peu propagée.
Aujourd'hui, confrontés à l'émergence des pays, ils se doivent de repenser leur articulation avec les différents territoires de projet existants.

La volonté de l’État de mettre en place une politique d’aménagement du territoire, l'esprit du bouillonnement culturel pré-68 qui anime les participants du colloque de Lurs-en-Provence en septembre 1966 (lire encadré page 14) : tout était réuni pour que l’idée « d’un autre aménagement du territoire basé sur une “réconciliation“ entre l’homme et la nature » (1) aboutisse à la création, en 1967, des parcs naturels régionaux (PNR). Face à l’urbanisation, aux mutations technologiques, à la décomposition des paysages agraires induits par les trente glorieuses, les PNR se fixent pour mission la protection et la valorisation du patrimoine, la préservation des milieux naturels particuliers. En parallèle aux actions environnementales, les PNR affichent progressivement la nécessité d’entrer dans une démarche de développement global, de regarder du côté de la culture, de l’économie, du social… en bref, de faire du développement durable avant la lettre (2). Mais si l’objectif est la recherche permanente de l’équilibre entre développement et environnement, sur le terrain, la balance semble pencher du côté de la préservation du patrimoine. Le mouvement du développement local, encore naissant, donne, lui, la priorité au développement culturel, économique et social. Jusqu'à présent, les PNR semblent être restés à l'écart des mouvements et des dynamiques de développement territorial. L'institutionnalisation des pays nécessiterait aujourd'hui une meilleure concertation entre les PNR et les différents acteurs du développement local.

Difficile conciliation entre développement économique et environnement
Les premiers parcs sont situés à proximité des grandes villes. « Poumons verts », ils ont vocation à accueillir les citadins des agglomérations proches. Les PNR jouent la carte du patrimoine, de la pédagogie à l’environnement, de l’accueil et du tourisme de pleine nature. Si la nécessité d’animer des secteurs ruraux en difficulté figure parmi les objectifs principaux des PNR (3), la mission de développement socio-économique tarde à prendre corps. Pour Yves Gorgeu, chargé de mission à Mairie-conseils, « le rôle des parcs dans le développement local ne s’est pas vraiment posé pendant les dix premières années de leur existence » (4). Dans le même temps, le courant du développement local cherche à mobiliser les populations autour de la prise en charge de leur territoire. La mise en place d’un modèle de développement endogène oriente les acteurs locaux vers la satisfaction des besoins des habitants en matière d’emploi, de logement, de services, de culture… Les initiateurs du mouvement de développement local reprochent alors aux PNR d'occulter le développement économique. « Les parcs sont restés sur leurs positions en n’ayant jamais cherché le dialogue, affichant pour s’en écarter leur spécificité en matière de gestion du patrimoine naturel, alors que leur différence aurait très bien pu être mise à profit pour occuper une place particulière de laboratoire et d’expérimentation au sein même du développement local. Il s’agissait pour eux de ne pas se banaliser et de défendre une approche de développement local fondé sur le patrimoine. » (5)

Favoriser une approche transversale des problèmes
C'est la crise économique qui les incitera à se tourner du côté des entreprises et de l’emploi.
La circulaire du 12 septembre 1979 indique que « les PNR visent à favoriser une activité économique et sociale suffisante pour permettre aux habitants de rester au pays ».
Il s’agit là d’un objectif a minima. Mais, durant les années quatre-vingt, les PNR s’efforcent de mettre en place un développement plus auto-centré. Le créneau du développement durable est lancé et se poursuit. Les années quatre-vingt-dix semblent annoncer la montée en puissance de la préoccupation économique des parcs.
Issu des mouvements associatifs du milieu rural, le développement local se caractérise par sa démarche ascendante. La politique des PNR, même si elle se concrétise au niveau local, reste programmative. Considérés comme des structures d'élus, on a pu reprocher aux PNR leur manque de prise en compte des populations locales. Les quelques associations d’amis et d’usagers des parcs n’ont pas pu jouer à plein leur rôle de participation des populations aux politiques des parcs. Les PNR essaient aujourd'hui de jouer plus fortement la carte de l’animation et cherchent à faire participer le plus grand nombre au projet de territoire (les journées nationales des PNR auront cette année pour thème : « Ces forces vives qui
font notre territoire : de l’information à la concertation »).
Malgré tout, les PNR restent précurseurs dans de nombreux domaines. Ils ont réussi à démontrer que la réunion d'élus de tous niveaux peut créer un lieu de décision efficace pour la gestion d'un territoire. La présence d'une équipe pluridisciplinaire de techniciens au service des acteurs locaux est un moyen de diagnostiquer finement les ressources et les énergies d'un territoire, de l'aider à progresser dans la valorisation du patrimoine. Point commun avec le mouvement de développement local, les PNR ont développé une approche transversale des problèmes, et passé outre les découpages administratifs. Précurseurs, ils ont cependant peu participé à la mise en place de l'intercommunalité. La loi d’orientation sur l’aménagement et le développement durable du territoire (Loaddt), à travers la constitution des pays et l’adhésion à une charte, s’inspire ainsi de l’expérience des PNR. Il leur appartient désormais de trouver leur place et de s'ouvrir aux autres acteurs des territoires.

Sabrina Costanzo

(1) Le difficile dialogue des parcs naturels régionaux avec le mouvement du développement local, Yves Gorgeu dans Territoires et acteurs du développement local, des nouveaux lieux de démocratie, sous la direction de Jean-Pierre Deffontaines et Jean-Pierre Prod'homme, Éditions de l'Aube, 2001.
(2) Le concept de développement durable est lancé lors de la publication du rapport Brundtland, en 1988. Lire : Le développement durable, levier de la gouvernance locale, le Quatre pages de l’Adels, n°1, avril 2002.
(3) Notamment dans le décret du 1er mars 1967 instituant les parcs naturels régionaux.
(4) Yves Gorgeu, 2001, op cit.
(5) Yves Gorgeu, 2001, op cit.
 
journal de TERRITOIRES n°432 - novembre 2002
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
« Les territoires, entre réflexion et pragmatisme »
Rencontre avec Vanessa Marx, directrice adjointe des relations internationales de Porto Alegre (Brésil) et Stéphane Peu, maire-adjoint chargé des relations internationales de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)
 
La ville de Florence, avec la Fédération mondiale des citées unies (FMCU), le réseau international des villes pour l’inclusion sociale et la ville de Porto Alegre, organise les 3 et 4 novembre 2002 le forum européen des autorités locales. Le thème en est : « les autorités locales européennes pour les droits globaux et l’inclusion sociale ». Questions à deux protagonistes.

Dans quelle dynamique s’inscrit le forum européen des autorités locales, auquel vous participez ?
Vanessa Marx : Depuis le second forum mondial des autorités locales en février dernier, à Porto Alegre, de nombreuses rencontres ont eu lieu et vont permettre d’amplifier la mobilisation pour le prochain forum social mondial (FSM), en janvier prochain, à Porto Alegre. Le dernier FSM a réuni mille participants de deux cents villes, dont des villes très importantes : Paris, Rome, Barcelone, Genève, Rio de Janeiro, Porto Alegre… Nous espérons encore amplifier cette mobilisation.
Stéphane Peu : Le forum européen fait suite à la décision que nous avons prise à Porto Alegre de continuer à réunir dans les forums sociaux (continentaux ou mondiaux) les mouvements sociaux et les autorités locales. Pour le forum de Florence, nous allons aussi tenir des débats spécifiques à notre continent, comme les services publics ou la question des droits, éclairée à l’aune de l’immigration.

Le troisième FSM marquera-t-il la fin d’une période de mobilisation avant une phase plus tournée vers l’action ?
V. M. : Nous sommes déjà en phase d’action, principalement par deux biais : la coopération de ville à ville et le lobbying auprès des instances internationales. La coopération décentralisée fonctionne déjà bien entre les villes du réseau international pour l’inclusion sociale, notamment par le regroupement de petites et moyennes villes qui n’auraient pas les moyens, seules, d’avoir une politique internationale. Ce qui se passe au niveau local est également intéressant : chaque collectivité du réseau s’est engagée à avoir un débat dans son organe délibératif sur la déclaration de Porto Alegre, en vue d’une adoption « solennelle ».

Il semble qu’il y ait eu des problèmes de communication entre les forums sociaux et les forums des autorités locales. Quel est l’état de vos rapports ?
V. M. : Il n’y a pas de malentendus, il y a même eu des participations croisées entre le forum des autorités locales et le FSM. Ce qui est sûr, c’est que les relations entre les mouvements sociaux et les collectivités locales sont très différentes selon les contextes régionaux. Le passage à l’échelle internationale permet justement de dépasser et de transcender les mauvaises relations locales. Nous avons également besoin de converger avec la réunion mondiale des parlementaires, parce que nous sommes tous porteurs d’une autre mondialisation, chacun avec nos rôles propres et nos responsabilités différentes.
S. P. : Il me semble que le mouvement altermondialiste ne doit pas uniquement être protestataire et de l’ordre du contre-pouvoir. Au forum des autorités locales, nous devons échanger des façons de faire, des expériences. Les collectivités locales sont un échelon d’expérimentation, de mise en débat du politique, et en même temps de proximité. Ce qui nous rassemble à Porto Alegre, c’est d’une part de dire que « le monde n’est pas une marchandise » et, de l’autre, qu’« un autre monde est possible ». Or, La mondialisation, en affaiblissant considérablement les États, a enclenché un double mouvement de renforcement des lieux de décision transnationaux, mais aussi de montée en puissance des collectivités locales. Il ne faut pas que les villes ne soient que des lieux d’amortissement des décisions économiques et financières, mais qu’elles prennent part à ces décisions et qu’elles puissent engendrer un mouvement de résistance au système libéral. Dans le forum social mondial coexistent des sensibilités différentes quant aux rapports avec les pouvoirs locaux. Sans doute que les partisans de la coupure franche et les partisans du partenariat détiennent chacun une part de vérité, mais je crois qu’il n’y aura pas de construction d’alternative durable au libéralisme si on ne lie pas les actions alternatives des collectivités avec la protestation des mouvements sociaux. Je ne crois pas que le FSM ait juste pour ambition d’être la mouche du coche mondial. Il ne faudrait pas que les membres du FSM, en constatant l’échec des idéologies de gauche, en tirent la conclusion de l’inutilité de la politique !

Est-ce que les autorités locales sont à leur place quand elles discutent avec des instances internationales ? Ne s’éloignent-elles pas de leur fonction première de travail direct avec les populations ?
V. M. : Je ne crois pas que cela soit antagoniste. Nous sommes à notre place, parce que les villes ont un rôle fondamental à jouer pour une autre mondialisation : nous sommes porteurs d’une grande partie des solutions et des moyens pour donner la parole aux citoyens. Nous faisons partie de ceux qui peuvent concrétiser les déclarations de Porto Alegre.
S. P. : On assiste à une montée en puissance des collectivités locales dans la construction sociale du monde de demain. J’y vois trois acteurs essentiels : les États, le mouvement social et les ONG, et les collectivités locales. Or, ce sont les collectivités locales qui font aujourd’hui la synthèse des deux premiers acteurs, à travers leurs pratiques de délibération et d’élaboration législatives, d’une part, et de mise en pratique directe, d’autre part. C’est ce qui fait leur force.


Propos recueillis par Nicolas Leblanc