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dossier de Territoires n°426 - mars 2002
 
ONG de développement et mouvements sociaux

partout, renforcer la société civile
 
 
> le sommaire
 
La démocratie participative : une des clés de voûte du développement
par Alain Laplanche

De la charité au partenariat : partout, participer à renforcer la société civile
par François Hannoyer

Développement et démocratie participative
Questions de contextes
par Jacques Picard

Échanges intercontinentaux entre paysans
Des partenariats pour une agriculture paysanne
rencontre avec Jean-Yves Griot

Mouvement des travailleurs ruraux sans terre
La lutte pour la terre questionne la société brésilienne
par Nicolas Leblanc

Coopération décentralisée
« Il faut accorder les acteurs de la coopération décentralisée »
par Pierre-Marie Cellier

Coopération décentralisée
« La coopération internationale permet de questionner nos modèles »
rencontre avec Patrick Braouezec

Pérou / Lorraine
Échanges après la mine
par Nicolas Leblanc

Coopération décentralisée
ONG et collectivités locales : dépasser les différences
par Alain Laplanche

Éducation au développement
Changer les mentalités
par Thomas Colmant

Éducation au développement
L'outil théâtre-action
par Véronique Berkani

Pour une autre mondialisation
La mauvaise gouvernance mondiale menace la démocratie
Rencontre avec Jean-Louis Bianco

Politiques de coopération
« Le développement passe par l'égalité des chances »
rencontre avec Doris Solis

Du Sud au Nord
Effets boomerang
rencontre avec Julia Rottiers

économie populaire
Organiser le secteur informel
par Ignace Guessehi

Structurer la société civile
« L'apolitisme des ONG africaine est une erreur »
rencontre avec Moussa Sissoko

Mali-enjeu
Insertion des jeunes et échanges en réseau
par Véronique Berkani

Discours d'acteurs
Le mouvement social face au Parti des travailleurs
Entretien avec Neide Silva, Neide Gonçalves et Alzira Medeiros

Regards croisés
Forum social mondial, et après ?
rencontre avec Gus Massiah, président du Crid et Pierre Tartakowsky, secrétaire général d'Attac

De Porto Alegre à Johannesburg : vers une société civile planétaire ?
par Serge Depaquit, Adels
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Forum social mondial : et après ?
rencontre avec Gus Massiah, président du Crid
et Pierre Tartakowsky, secrétaire général d'Attac
rencontre avec Gus Massiah, président du Crid et Pierre Tartakowsky, secrétaire général d'Attac
 
Actrices depuis des années d'une autre mondialisation, les ONG de développement sont aujourd'hui « rattrapées » par le mouvement anti-globalisation. Le rapprochement, facilité par des appartenances croisées, est en marche.

Comment l'Association pour une taxation des transactions financières pour l'aide aux citoyens (Attac) et le Centre de recherche et d’information sur le développement (Crid) se sont-ils investis dans la préparation et la tenue du deuxième Forum social mondial ?

Pierre Tartakowsky : Nous avons eu plusieurs soucis. Concernant Attac, le premier était d’enraciner, de légitimer en quelque sorte, au plan national, la présence de celles et ceux qui allaient se rendre à Porto Alegre, tout en évitant soigneusement les interférences avec les campagnes électorales en préparation. D’où le rassemblement du 19 janvier au Zénith, dont le succès a montré la vitalité du mouvement critique de la mondialisation libérale. Notre second souci était d’étoffer notre représentation en permettant la venue de délégués des comités locaux d'Attac. Nous avons donc participé financièrement au voyage d’une vingtaine de ces délégués, étant entendu qu’il leur revenait en contrepartie d’accomplir sur place un travail militant et, une fois revenu en France, de rendre compte de ce à quoi ils avaient assisté, participé. Notre ambition était de fournir un gros travail d’information, notamment en direction de nos adhérents, via internet. Cet effort d’élargissement militant correspond profondément à notre nature de mouvement d’éducation populaire et le résultat a dépassé ce que nous en espérions. Il indique une forte attente, qu’on mesure également au travers des deux visioconférences montées par nos comités du Rhône et de Marseille, qui ont regroupé chacune quelques six cents participants.

Gus Massiah : La stratégie du Crid se construit sur l'engagement de ses associations membres. Douze (sur trente-neuf) d'entre elles étaient présentes à Porto Alegre. Le Crid était aussi présent à travers ses partenaires, plus de quatre-vingt-dix sur place, de toutes les parties du monde, dont six délégués palestiniens et deux israéliens. Le Crid est d'autre part membre fondateur d'Attac et est donc associé à ses initiatives. Alors, comment les ONG de développement, qui ont des relations pluridécennales avec leurs partenaires du Sud, sont-elles rentrées dans les manifestations du concert antimondialisation, Porto Alegre étant la plus visible d’entre elles ? Le Crid a décidé de s'investir massivement dans le FSM et les forums continentaux qui le prépare. Sa raison d'être, ne l'oublions pas, est la création d'un mouvement de solidarité internationale, en France et dans le monde. Nous avons assisté depuis trois ou quatre ans, à une nouvelle étape historique : un mouvement de solidarité international qui apparaît comme une des alternatives possibles à la mondialisation libérale. Il nous fallait y participer avec nos propres apports : l'importance de la valeur « solidarité internationale » ; la force du partenariat comme objectif et comme moyen ; les alternatives de développement au niveau local, national et mondial que nous avons apprises avec nos partenaires.

Quels sont vos objectifs dans la participation et l'animation du FSM ?

P. T. : Nous sommes membres du comité d’organisation du FSM et y jouons notre rôle, ni plus, ni moins, dans ce que j’appellerais un cadre d’évidence. Il est évident que Porto Alegre doit jouer son rôle de pôle de rassemblement de toutes les forces qui s’interrogent sur des alternatives et s’engagent sur leurs expérimentations, que ces forces soient sociales, démocrates, ou écologistes. Il était évident également que ce rassemblement ne peut s’opérer que dans la valorisation de cette diversité qui converge face aux politiques de mondialisation. Évident enfin qu’Attac doit y porter ses fondamentaux antilibéraux, avec ses campagnes sur la taxe Tobin, son engagement sur l’annulation de la dette, sur les institutions internationales. Ce que nous avons fait en animant plusieurs conférences sur ces thèmes.

G. M. : Porto Alegre est actuellement l'espace le plus important de déploiement de la solidarité internationale, sa visibilité constituant une partie de sa force. Mais Porto Alegre, c'est également une rencontre de différents niveaux d'intervention, car un autre monde ne sera possible que si l'on intervient à tous ces niveaux : au plan local, par le partenariat entre associations ; au plan national, en intervenant sur les politiques publiques concernant notamment l'aide au développement ; au plan international, enfin, et d'abord par région (ce que font les forums continentaux) ; au niveau mondial ensuite, là d'où partent les contraintes d'aujourd'hui.

Comment Attac comprend-elle aujourd'hui les valeurs et les pratiques de la solidarité
internationale (en particulier celles portées depuis longtemps par les ONG de
développement) ?

P. T. : Attac est la résultante d’une large coalition d’acteurs dont la plupart des associations de développement sont partie prenante. Cette situation, associée à notre relative jeunesse, crée une situation paradoxale. Nous n’avons nul besoin de réinventer des analyses produites par ailleurs ; nous sommes rarement en situation de les combattre, et il est délicat – compte tenu de notre notoriété – de les reprendre purement et simplement à notre compte. Nous n’avons pas encore, de ce point de vue, les outils propres et la pratique politique de nos avoirs communs. C’est une phase de construction dont nous sortirons en améliorant notamment nos articulations internes, dans la diversité de celles et ceux qui font Attac. Reste que cette question est bien évidemment au cœur de notre réflexion, en termes quantitatifs bien entendu - lutte contre la pauvreté, aide publique -, mais surtout en termes de démocratie, de droits, de recherche d’un nouveau paradigme du développement, envisagé comme durable. Nul doute que la conférence des Nations unies sur le financement du développement de Monterey (Mexique, mars 2002), théoriquement centrée sur la recherche de financement pour lutter contre la pauvreté, va relancer cette question. En effet, ses approches sont effroyablement régressives. Disons, sans trop caricaturer, que la question de la sortie de la pauvreté est abandonnée à la responsabilité… des pauvres et des multinationales. De quoi s’inquiéter.

G. M. : Les organisations de solidarité internationale se situent aujourd'hui directement au niveau de l'architecture mondiale, et c'est là que nous rencontrons les autres mouvements. Depuis Seattle, et c'est ce qui n'est pas toujours facile à intégrer pour nous, nous ne sommes plus les seuls à poser la question de la solidarité internationale. C'est l'ensemble du mouvement social, à travers toutes ses composantes (syndicats, consommateurs et usagers, écologistes, associations de défense des droits de l'Homme, paysans…), qui s'est saisi de cette valeur, la considérant comme une dimension essentielle de son action.
Nous devons, nous aussi, élargir notre point de vue et construire alliances et synergies avec les autres. C'est ça, Porto Alegre.
Où en sont ces synergies ? Jusqu'à maintenant, cela passait par les secteurs internationaux des mouvements et par le fait que beaucoup de leurs militants étaient aussi militants de nos organisations de solidarité internationale. Mais il existait une autonomie assez forte entre les secteurs. Par exemple, le mouvement syndical menait d'un côté ses luttes contre la précarisation. Aujourd'hui, il construit directement ses stratégies syndicales en y intégrant ces dimensions Nord-Sud et les mouvements du Sud, mais aussi des partenariats comme le Crid. Dans un autre domaine, les associations du champ des droits de l'Homme, longtemps centrées sur les droits civils et politiques, se saisissent des droits économiques, sociaux et culturels. Elles rencontrent de fait la question du droit au développement, que le Crid pose depuis plusieurs années. Jusqu'à maintenant, on voyait bien une convergence du fait même que, souvent, c'était nos partenaires qui étaient réprimés.
Mais, aujourd'hui, nous avons fait un énorme pas en avant vers une nouvelle conception du développement qui intègre l'ensemble des droits, repose sur l'indivisibilité, la justiciabilité, les instances de recours… Les organisations de solidarité internationale ont été en avance mais n'ont pas toujours compris qu'elles ne soient pas, dès le départ, porteuses du mouvement anti-mondialisation. Elles ont été en partie à l'origine d'un phénomène qui, en France, a pris la forme d'un nouveau mouvement citoyen.

Quelles sont les perspectives ouvertes, de votre point de vue, par le FSM II ?

G. M. : Les perspectives concernent l'accélération de l'évolution de nos ONG vers une nouvelle étape du partenariat : avant-hier, nous aidions les gens dans le Sud, sur des motivations qui allaient de la charité à la culpabilité et à la solidarité internationale ; hier, nous sommes passés à l'aide aux projets portés par les partenaires. Aujourd'hui, nous travaillons avec des partenaires qui définissent leur projet et sont responsables dans chacune de leur société de la transformation sociale. Pour demain, dynamisées entre autres par le FSM, nos ONG visent une nouvelle étape : c'est à travers ces partenariats que nous reconstruisons le système mondial.
Dans la construction de cette nouvelle étape, la stratégie du Crid, collectif associatif, repose sur trois axes : c'est à partir de chacune des associations que se fait le travail de liaison entre élaboration et pratique, aux trois niveaux (local, national et mondial), en liaison avec les partenaires. Le partenariat est ensuite pensé comme identité du Crid. Le Crid, enfin, est une composante active de la construction du mouvement de solidarité en France et du mouvement citoyen mondial.

P. T. : Cette édition du Forum a été marquée par une plus grande diversité continentale et sociale, avec une présence plus forte des mouvements paysans - avec ou sans terre -, de représentants des « sans », de délégués des peuples indigènes. Ajoutez-y la représentation active et de haut niveau du syndicalisme mondial, la présence des grands réseaux critiques de la mondialisation libérale travaillant sur les flux financiers - comme Attac - sur la dette, les enjeux environnementaux, le commerce, la Marche mondiale des femmes et la tenue, en amont du FSM, d’un Forum des parlementaires et d’un Forum des collectivités locales, et vous réalisez l’ampleur des convergences en marche. Cette dynamique reste croissante. Elle doit en effet être appréciée à l’aune du contexte international, marqué par les attentats terroristes du 11 septembre 2001 et leurs suites guerrières. Il y avait là un sérieux défi qui, je crois, a été relevé. De ce point de vue, l’appel des mouvements sociaux lancé de Porto Alegre témoigne d’une forte maturité en articulant les enjeux de la paix et de la sécurité collective à ceux du développement, élargissant ainsi le champ des préoccupations et des jonctions et convergences possibles au plan international entre « mouvements sociaux » et « mouvements de paix » (lire encadré page 61).
Ce succès, qui n’avait rien d’acquis ou d’automatique, ne fait que renforcer une double question centrale pour son avenir : la poursuite d’un triple enracinement : local, social et alternatif.

Quelle place les institutions locales ont-elles dans la résistance à la mondialisation libérale ?

P. T. : La mondialisation est par nature une affaire de territoires ; elle les dilate, les formate, les recompose dans l’espace comme dans le temps. Pour nous, le local est justement l’endroit où un grain de sable peut gripper la machine. Ce grain de sable pourra être indifféremment la taxe Tobin ou la rébellion du Chiapas, un projet de réappropriation de tel service urbain, un mouvement de saisie d’une terre, la mise en œuvre de pratiques participatives.
C’est localement que s’enracinent les rapports de forces, les résistances à la mondialisation libérale ; et c’est à partir de là qu’il est possible de les projeter au plan international, leur conférant ainsi une force propulsive, une force d’avenir et d’alternative.

G. M. : Indéniablement, les collectivités locales occupent une place essentielle dans le mouvement mondial de résistance. Et, de ce point de vue, la coopération décentralisée doit bien être comprise comme un moyen et non pas un objectif. L'objectif reste bien de construire un cadre institutionnel au Sud permettant le développement des sociétés locales.
Les pistes de travail sont nombreuses : l'une est l'alliance entre municipalités, mouvements sociaux et associations pour peser sur les politiques publiques, par exemple dans les domaines de la lutte contre les discriminations, le logement, l'accès aux services publics, la fiscalité, la démocratie participative…
Il reste cependant du chemin à parcourir pour une réelle synergie entre associations et institutions locales, notamment pour harmoniser nos interventions et passer à de véritables stratégies communes de soutien en direction des partenaires du Sud.


Propos recueillis par Jacques Picard
 
journal de TERRITOIRES n°426 - mars 2002
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
démocratie locale et économie solidaire : les oubliées de la campagne
par Alexis Deck
 
La poussée sécuritaire des dernières municipales a déjà fait au moins une victime dans le débat politique : la démocratie locale. Décentralisation, économie solidaire, droit de vote des résidents étrangers, statut de l’élu local, démocratie participative…
Autant de thèmes rendus inaudibles par une campagne en manque d’imagination. La rédaction de Territoires a interpellé les candidats aux présidentielles sur ces thèmes qui feront le local de demain.

Après lui avoir consacré un discours « fondateur » à Rennes, l’actuel président de la République a aussitôt jeté la démocratie locale aux oubliettes des thématiques électoralement peu porteuses. Sur son site internet, les mots décentralisation, vote, institution renvoient pour l’instant à… la page d’accueil. Le décor est planté.

Démocratie participative
Lionel Jospin (PS) et Robert Hue (PCF) regrettent que la création de conseils consultatifs de quartier ne soit obligatoire qu’à partir de 80 000 habitants, et non de 20 000 comme le prévoyait initialement la loi Vaillant. Mais Antoine Waechter (Mouvement écologiste indépendant) refuse de « s’illusionner. Les citoyens font confiance aux élus qu’ils désignent. Plutôt que de créer des machines à frustrer », il lui paraît plus intéressant d’inciter les municipalités « à soumettre par voie référendaire les grands projets d’aménagement à la population ». Pour encourager la participation, Lionel Jospin et Olivier Besancenot (LCR) plaident pour la création de « crédits temps » alloués au citoyen investi dans des structures de proximité, sur le même modèle que les congés de représentation syndicale. Robert Hue souhaite également aller vers un statut du militant associatif, syndical et politique, « pour permettre l’investissement de chacun et de chacune et promouvoir un nouvel âge de la démocratie ». Olivier Besancenot constate que « les principales décisions qui affectent la vie des populations échappent totalement à la démocratie, car elles sont prises dans le secret et l’opacité des conseils d’administration ou des comités directeurs de multinationales ».

Il plaide, avec Robert Hue, pour la mise en place de budgets participatifs sur les modèles de la ville de Porto Alegre et de
l’État de Rio Grande do Sul. Corinne Lepage (Cap 21), quant à elle, propose de « réprimer la rétention d’information quand elle touche à la santé ou à l’environnement ». « Aujourd’hui, c’est le local qui invente le national », affirme Pierre Larrouturou (Nouvelle donne). « Il est temps que notre démocratie l’assume. » C’est dans cette perspective qu’il propose la loi d’initiative citoyenne : toute proposition de loi ayant recueilli la signature de 300 000 citoyens se verra inscrite à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale dans les six mois qui suivent son dépôt. Noël Mamère (Les Verts) défend le même principe pour un seuil de 500 000 signatures et souhaite l’instauration d’un droit au référendum d’initiative locale. Robert Hue défend une proposition similaire, mais fixe la barre à 10 % des électeurs pour l’examen d’une proposition de loi ou l’organisation d’un référendum. Il souhaite étendre ce mécanisme de participation aux conseils municipaux, généraux et régionaux. Enfin, Robert Hue et Noël Mamère entendent instaurer la proportionnelle à tous les niveaux (y compris à l’Assemblée nationale) et ce dernier propose le remplacement de l’Éna par une haute école de formation continue des fonctionnaires, afin d’ouvrir « l’État à la société ».

Statut de l’élu
Sur ce point, la critique de la professionnalisation et l’ouverture des responsabilités électives au plus grand nombre sont les préoccupations les plus fréquentes. Soucieuses d’égalité républicaine, Marie-Christine Boutin (Forum des républicains sociaux, dissidente UDF) et Corinne Lepage proposent de supprimer les avantages des fonctionnaires, en rendant automatique leur démission de la fonction publique en cas d’élection. Bizarrerie d’un programme sans doute mal bouclé, Corinne Lepage propose dans le même temps d’ouvrir aux élus un concours spécifique pour accéder à la fonction publique… Robert Hue insiste quant à lui sur la nécessaire augmentation du nombre de crédits d’heures de formation. Noël Mamère prévoit dans son programme des compensations financières pour les élus afin de leur assurer un maintien de leur niveau de vie (formation de réinsertion professionnelle à la sortie du mandat, statut de salarié protégé au même titre que les délégués du personnel, ouverture aux cotisations sociales…), comme Antoine Waechter, qui entend assurer à tous les élus une couverture sociale, ainsi que la pérennité de leur caisse de retraite et une période d’indemnisation lors du retour en milieu professionnel. Pour Noël Mamère, le cumul des postes électifs indemnisés n’est plus possible, le même poste d’élu ne doit pas être occupé plus de deux fois consécutives par la même personne et la fonction d’élu ne doit plus être confiée à une personne de plus de 70 ans.
Quant à Lionel Jospin, il propose un cadre statutaire et salarial aux élus territoriaux, comme pour les parlementaires. La solution serait alors de créer pour les présidents de conseil régional, de conseil général, les maires et les principaux adjoints, « un statut d’agent civique territorial, salarié de leur collectivité ».

Économie solidaire
Le sujet est visiblement loin d’être maîtrisé par un grand nombre de candidats. Jean-Philippe Allenbach (Parti fédéraliste), après avoir dénoncé son caractère « vague et flou », lui préfère l’économie « fédérative », qui ne l’est pas moins. Marie-Christine Boutin, à ce propos, explique que « la première des solidarités est la famille », et s’arrête là. Quant à Robert Hue, il répond à toutes nos questions… sauf à celle-ci. Globalement, les formations de gauche se méfient d’une économie solidaire « prétexte » à un désengagement de l’État, tandis que la droite s’inquiète d’une concurrence déloyale avec le secteur privé. À chacun son fonds de commerce. Seul Noël Mamère plaide en faveur d’une « grande loi sur l’économie solidaire pour développer les entreprises du tiers secteur. »

Décentralisation
Si les mots subsidiarité et décentralisation sont à la mode (ils sont dans la bouche de quasiment tous les candidats, même les plus jacobins), le champion de la décentralisation reste assurément Jean-Philippe Allenbach : suppression des départements, impôts directs à la région qui en fixe librement les taux à l’intérieur d’une fourchette nationale, parlement et gouvernement responsables pour chaque région. Il plaide pour la « clause de la région la plus favorisée », c’est-à-dire que toute région a le droit de bénéficier automatiquement, si elle le souhaite, de toute liberté accordée à une autre. Son de cloche approchant chez Alain Madelin (Démocratie libérale), qui affirme qu’« il faut aller beaucoup plus loin que ce qu’on a fait pour la Corse » et se dit favorable à ce « qu’un pouvoir réglementaire soit délégué aux régions ».
Lionel Jospin est favorable à l’horizon 2007 à « un scrutin démocratique » pour l’élection des conseillers intercommunaux. Comprenne qui pourra. Il se positionne également sur un renforcement du pouvoir régional « intégrant des transferts de compétence en matière d’université, de recherche, de formation professionnelle et de santé ». Noël Mamère souhaite pour sa part inscrire le processus de régionalisation dans la constitution, reconnaître la diversité linguistique de la France et transformer le Sénat en Chambre des régions. Il propose en outre de redécouper ces dernières sur des bases démocratiques.
Loin de ces préoccupations décentralisatrices, Jean-Pierre Chevènement met en garde : « Comment faire respecter l’ordre public dans les quartiers si la loi cesse d’être révérée comme norme intangible, supérieure à toute autre ? Donner aux collectivités territoriales le droit d’adapter la loi, c’est le suicide du Parlement.
La démocratie locale ne doit pas être, par démagogie, opposée à l’État républicain ».

Le droit de vote des résidents étrangers
Sur la question du droit de vote des résidents étrangers non communautaires (à l’exception de François Bayrou, qui y est favorable à condition de ne pas communiquer sur le sujet), le clivage gauche / droite reste pertinent. Sorti des modalités techniques (élections concernées, nombre d’années de présence sur le territoire avant l’obtention du droit de vote), l’ensemble des formations de gauche y est favorable, tandis que la droite y est hostile. Carton jaune à Corinne Lepage, qui juge que « notre pays n’est pas prêt pour admettre le vote des émigrés » (sic). Français de l’étranger, vous avez bien lu : si vous voulez voter, prenez vos valises et rentrez au plus vite. Pour le reste, circulez.

Pour conclure, notons que la palme de la réponse la plus lapidaire revient sans conteste à Blaise Hersent-Lechatreux, candidat du parti du Vote blanc, qui explique qu’« afin de rendre notre démarche la plus crédible possible, nous sommes tenus de nous rapprocher au maximum du comportement du bulletin blanc s’il existait : le bulletin blanc serait neutre politiquement, nous aussi ; le bulletin blanc ne se prononcerait sur aucun sujet, ne participerait à aucun débat, nous non plus. »
Une position sans ambiguités, transparente comme le vide.

Alexis Deck