La démocratie participative : une des clés
de voûte du développement
par Alain Laplanche
De la charité au partenariat : partout, participer à renforcer
la société civile
par François Hannoyer
Développement et démocratie participative
Questions de contextes
par Jacques Picard
Échanges intercontinentaux entre paysans
Des partenariats pour une agriculture paysanne
rencontre avec Jean-Yves Griot
Mouvement des travailleurs ruraux sans terre
La lutte pour la terre questionne la société brésilienne
par Nicolas Leblanc
Coopération décentralisée
« Il faut accorder les acteurs de la coopération décentralisée
»
par Pierre-Marie Cellier
Coopération décentralisée
« La coopération internationale permet de questionner nos modèles
»
rencontre avec Patrick Braouezec
Pérou / Lorraine
Échanges après la mine
par Nicolas Leblanc
Coopération décentralisée
ONG et collectivités locales : dépasser les différences
par Alain Laplanche
Éducation au développement
Changer les mentalités
par Thomas Colmant
Éducation au développement
L'outil théâtre-action
par Véronique Berkani
Pour une autre mondialisation
La mauvaise gouvernance mondiale menace la démocratie
Rencontre avec Jean-Louis Bianco
Politiques de coopération
« Le développement passe par l'égalité des chances
»
rencontre avec Doris Solis
Du Sud au Nord
Effets boomerang
rencontre avec Julia Rottiers
économie populaire
Organiser le secteur informel
par Ignace Guessehi
Structurer la société civile
« L'apolitisme des ONG africaine est une erreur »
rencontre avec Moussa Sissoko
Mali-enjeu
Insertion des jeunes et échanges en réseau
par Véronique Berkani
Discours d'acteurs
Le mouvement social face au Parti des travailleurs
Entretien avec Neide Silva, Neide Gonçalves
et Alzira Medeiros
Regards croisés
Forum social mondial, et après ?
rencontre avec Gus Massiah, président du Crid
et Pierre Tartakowsky, secrétaire général d'Attac
De Porto Alegre à Johannesburg : vers une société civile
planétaire ?
par Serge Depaquit, Adels
> L'ARTICLE DU MOIS
Forum social mondial : et après ?
rencontre avec Gus Massiah, président du Crid
et Pierre Tartakowsky, secrétaire général d'Attac
rencontre avec Gus Massiah, président du Crid et Pierre Tartakowsky, secrétaire
général d'Attac
Actrices depuis des années d'une autre
mondialisation, les ONG de développement sont aujourd'hui
« rattrapées » par le mouvement anti-globalisation.
Le rapprochement, facilité par des appartenances croisées,
est en marche.
Comment l'Association pour une taxation des transactions financières
pour l'aide aux citoyens (Attac) et le Centre de recherche et
d’information sur le développement (Crid) se sont-ils
investis dans la préparation et la tenue du deuxième
Forum social mondial ?
Pierre Tartakowsky : Nous avons eu plusieurs soucis. Concernant
Attac, le premier était d’enraciner, de légitimer
en quelque sorte, au plan national, la présence de celles
et ceux qui allaient se rendre à Porto Alegre, tout en
évitant soigneusement les interférences avec les
campagnes électorales en préparation. D’où
le rassemblement du 19 janvier au Zénith, dont le succès
a montré la vitalité du mouvement critique de
la mondialisation libérale. Notre second souci était
d’étoffer notre représentation en permettant
la venue de délégués des comités
locaux d'Attac. Nous avons donc participé financièrement
au voyage d’une vingtaine de ces délégués,
étant entendu qu’il leur revenait en contrepartie
d’accomplir sur place un travail militant et, une fois
revenu en France, de rendre compte de ce à quoi ils avaient
assisté, participé. Notre ambition était
de fournir un gros travail d’information, notamment en
direction de nos adhérents, via internet. Cet effort
d’élargissement militant correspond profondément
à notre nature de mouvement d’éducation
populaire et le résultat a dépassé ce que
nous en espérions. Il indique une forte attente, qu’on
mesure également au travers des deux visioconférences
montées par nos comités du Rhône et de Marseille,
qui ont regroupé chacune quelques six cents participants.
Gus Massiah : La stratégie du Crid se construit sur l'engagement
de ses associations membres. Douze (sur trente-neuf) d'entre
elles étaient présentes à Porto Alegre.
Le Crid était aussi présent à travers ses
partenaires, plus de quatre-vingt-dix sur place, de toutes les
parties du monde, dont six délégués palestiniens
et deux israéliens. Le Crid est d'autre part membre fondateur
d'Attac et est donc associé à ses initiatives.
Alors, comment les ONG de développement, qui ont des
relations pluridécennales avec leurs partenaires du Sud,
sont-elles rentrées dans les manifestations du concert
antimondialisation, Porto Alegre étant la plus visible
d’entre elles ? Le Crid a décidé de s'investir
massivement dans le FSM et les forums continentaux qui le prépare.
Sa raison d'être, ne l'oublions pas, est la création
d'un mouvement de solidarité internationale, en France
et dans le monde. Nous avons assisté depuis trois ou
quatre ans, à une nouvelle étape historique :
un mouvement de solidarité international qui apparaît
comme une des alternatives possibles à la mondialisation
libérale. Il nous fallait y participer avec nos propres
apports : l'importance de la valeur « solidarité
internationale » ; la force du partenariat comme objectif
et comme moyen ; les alternatives de développement au
niveau local, national et mondial que nous avons apprises avec
nos partenaires.
Quels sont vos objectifs dans la participation et l'animation
du FSM ?
P. T. : Nous sommes membres du comité d’organisation
du FSM et y jouons notre rôle, ni plus, ni moins, dans
ce que j’appellerais un cadre d’évidence.
Il est évident que Porto Alegre doit jouer son rôle
de pôle de rassemblement de toutes les forces qui s’interrogent
sur des alternatives et s’engagent sur leurs expérimentations,
que ces forces soient sociales, démocrates, ou écologistes.
Il était évident également que ce rassemblement
ne peut s’opérer que dans la valorisation de cette
diversité qui converge face aux politiques de mondialisation.
Évident enfin qu’Attac doit y porter ses fondamentaux
antilibéraux, avec ses campagnes sur la taxe Tobin, son
engagement sur l’annulation de la dette, sur les institutions
internationales. Ce que nous avons fait en animant plusieurs
conférences sur ces thèmes.
G. M. : Porto Alegre est actuellement l'espace le plus important
de déploiement de la solidarité internationale,
sa visibilité constituant une partie de sa force. Mais
Porto Alegre, c'est également une rencontre de différents
niveaux d'intervention, car un autre monde ne sera possible
que si l'on intervient à tous ces niveaux : au plan local,
par le partenariat entre associations ; au plan national, en
intervenant sur les politiques publiques concernant notamment
l'aide au développement ; au plan international, enfin,
et d'abord par région (ce que font les forums continentaux)
; au niveau mondial ensuite, là d'où partent les
contraintes d'aujourd'hui.
Comment Attac comprend-elle aujourd'hui les valeurs et les pratiques
de la solidarité
internationale (en particulier celles portées depuis
longtemps par les ONG de
développement) ?
P. T. : Attac est la résultante d’une large coalition
d’acteurs dont la plupart des associations de développement
sont partie prenante. Cette situation, associée à
notre relative jeunesse, crée une situation paradoxale.
Nous n’avons nul besoin de réinventer des analyses
produites par ailleurs ; nous sommes rarement en situation de
les combattre, et il est délicat – compte tenu
de notre notoriété – de les reprendre purement
et simplement à notre compte. Nous n’avons pas
encore, de ce point de vue, les outils propres et la pratique
politique de nos avoirs communs. C’est une phase de construction
dont nous sortirons en améliorant notamment nos articulations
internes, dans la diversité de celles et ceux qui font
Attac. Reste que cette question est bien évidemment au
cœur de notre réflexion, en termes quantitatifs
bien entendu - lutte contre la pauvreté, aide publique
-, mais surtout en termes de démocratie, de droits, de
recherche d’un nouveau paradigme du développement,
envisagé comme durable. Nul doute que la conférence
des Nations unies sur le financement du développement
de Monterey (Mexique, mars 2002), théoriquement centrée
sur la recherche de financement pour lutter contre la pauvreté,
va relancer cette question. En effet, ses approches sont effroyablement
régressives. Disons, sans trop caricaturer, que la question
de la sortie de la pauvreté est abandonnée à
la responsabilité… des pauvres et des multinationales.
De quoi s’inquiéter.
G. M. : Les organisations de solidarité internationale
se situent aujourd'hui directement au niveau de l'architecture
mondiale, et c'est là que nous rencontrons les autres
mouvements. Depuis Seattle, et c'est ce qui n'est pas toujours
facile à intégrer pour nous, nous ne sommes plus
les seuls à poser la question de la solidarité
internationale. C'est l'ensemble du mouvement social, à
travers toutes ses composantes (syndicats, consommateurs et
usagers, écologistes, associations de défense
des droits de l'Homme, paysans…), qui s'est saisi de cette
valeur, la considérant comme une dimension essentielle
de son action.
Nous devons, nous aussi, élargir notre point de vue et
construire alliances et synergies avec les autres. C'est ça,
Porto Alegre.
Où en sont ces synergies ? Jusqu'à maintenant,
cela passait par les secteurs internationaux des mouvements
et par le fait que beaucoup de leurs militants étaient
aussi militants de nos organisations de solidarité internationale.
Mais il existait une autonomie assez forte entre les secteurs.
Par exemple, le mouvement syndical menait d'un côté
ses luttes contre la précarisation. Aujourd'hui, il construit
directement ses stratégies syndicales en y intégrant
ces dimensions Nord-Sud et les mouvements du Sud, mais aussi
des partenariats comme le Crid. Dans un autre domaine, les associations
du champ des droits de l'Homme, longtemps centrées sur
les droits civils et politiques, se saisissent des droits économiques,
sociaux et culturels. Elles rencontrent de fait la question
du droit au développement, que le Crid pose depuis plusieurs
années. Jusqu'à maintenant, on voyait bien une
convergence du fait même que, souvent, c'était
nos partenaires qui étaient réprimés.
Mais, aujourd'hui, nous avons fait un énorme pas en avant
vers une nouvelle conception du développement qui intègre
l'ensemble des droits, repose sur l'indivisibilité, la
justiciabilité, les instances de recours… Les organisations
de solidarité internationale ont été en
avance mais n'ont pas toujours compris qu'elles ne soient pas,
dès le départ, porteuses du mouvement anti-mondialisation.
Elles ont été en partie à l'origine d'un
phénomène qui, en France, a pris la forme d'un
nouveau mouvement citoyen.
Quelles sont les perspectives ouvertes, de votre point de vue,
par le FSM II ?
G. M. : Les perspectives concernent l'accélération
de l'évolution de nos ONG vers une nouvelle étape
du partenariat : avant-hier, nous aidions les gens dans le Sud,
sur des motivations qui allaient de la charité à
la culpabilité et à la solidarité internationale
; hier, nous sommes passés à l'aide aux projets
portés par les partenaires. Aujourd'hui, nous travaillons
avec des partenaires qui définissent leur projet et sont
responsables dans chacune de leur société de la
transformation sociale. Pour demain, dynamisées entre
autres par le FSM, nos ONG visent une nouvelle étape
: c'est à travers ces partenariats que nous reconstruisons
le système mondial.
Dans la construction de cette nouvelle étape, la stratégie
du Crid, collectif associatif, repose sur trois axes : c'est
à partir de chacune des associations que se fait le travail
de liaison entre élaboration et pratique, aux trois niveaux
(local, national et mondial), en liaison avec les partenaires.
Le partenariat est ensuite pensé comme identité
du Crid. Le Crid, enfin, est une composante active de la construction
du mouvement de solidarité en France et du mouvement
citoyen mondial.
P. T. : Cette édition du Forum a été marquée
par une plus grande diversité continentale et sociale,
avec une présence plus forte des mouvements paysans -
avec ou sans terre -, de représentants des « sans
», de délégués des peuples indigènes.
Ajoutez-y la représentation active et de haut niveau
du syndicalisme mondial, la présence des grands réseaux
critiques de la mondialisation libérale travaillant sur
les flux financiers - comme Attac - sur la dette, les enjeux
environnementaux, le commerce, la Marche mondiale des femmes
et la tenue, en amont du FSM, d’un Forum des parlementaires
et d’un Forum des collectivités locales, et vous
réalisez l’ampleur des convergences en marche.
Cette dynamique reste croissante. Elle doit en effet être
appréciée à l’aune du contexte international,
marqué par les attentats terroristes du 11 septembre
2001 et leurs suites guerrières. Il y avait là
un sérieux défi qui, je crois, a été
relevé. De ce point de vue, l’appel des mouvements
sociaux lancé de Porto Alegre témoigne d’une
forte maturité en articulant les enjeux de la paix et
de la sécurité collective à ceux du développement,
élargissant ainsi le champ des préoccupations
et des jonctions et convergences possibles au plan international
entre « mouvements sociaux » et « mouvements
de paix » (lire encadré page 61).
Ce succès, qui n’avait rien d’acquis ou d’automatique,
ne fait que renforcer une double question centrale pour son
avenir : la poursuite d’un triple enracinement : local,
social et alternatif.
Quelle place les institutions locales ont-elles dans la résistance
à la mondialisation libérale ?
P. T. : La mondialisation est par nature une affaire de territoires
; elle les dilate, les formate, les recompose dans l’espace
comme dans le temps. Pour nous, le local est justement l’endroit
où un grain de sable peut gripper la machine. Ce grain
de sable pourra être indifféremment la taxe Tobin
ou la rébellion du Chiapas, un projet de réappropriation
de tel service urbain, un mouvement de saisie d’une terre,
la mise en œuvre de pratiques participatives.
C’est localement que s’enracinent les rapports de
forces, les résistances à la mondialisation libérale
; et c’est à partir de là qu’il est
possible de les projeter au plan international, leur conférant
ainsi une force propulsive, une force d’avenir et d’alternative.
G. M. : Indéniablement, les collectivités locales
occupent une place essentielle dans le mouvement mondial de
résistance. Et, de ce point de vue, la coopération
décentralisée doit bien être comprise comme
un moyen et non pas un objectif. L'objectif reste bien de construire
un cadre institutionnel au Sud permettant le développement
des sociétés locales.
Les pistes de travail sont nombreuses : l'une est l'alliance
entre municipalités, mouvements sociaux et associations
pour peser sur les politiques publiques, par exemple dans les
domaines de la lutte contre les discriminations, le logement,
l'accès aux services publics, la fiscalité, la
démocratie participative…
Il reste cependant du chemin à parcourir pour une réelle
synergie entre associations et institutions locales, notamment
pour harmoniser nos interventions et passer à de véritables
stratégies communes de soutien en direction des partenaires
du Sud.
Propos recueillis par Jacques Picard
journal de TERRITOIRES
n°426 - mars 2002
> L'ARTICLE DU MOIS
démocratie locale et économie solidaire : les oubliées de la campagne
par Alexis Deck
La poussée sécuritaire des dernières
municipales a déjà fait au moins une victime dans
le débat politique : la démocratie locale. Décentralisation,
économie solidaire, droit de vote des résidents
étrangers, statut de l’élu local, démocratie
participative…
Autant de thèmes rendus inaudibles par une campagne en
manque d’imagination. La rédaction de Territoires
a interpellé les candidats aux présidentielles
sur ces thèmes qui feront le local de demain.
Après lui avoir consacré un discours « fondateur
» à Rennes, l’actuel président de
la République a aussitôt jeté la démocratie
locale aux oubliettes des thématiques électoralement
peu porteuses. Sur son site internet, les mots décentralisation,
vote, institution renvoient pour l’instant à…
la page d’accueil. Le décor est planté.
Démocratie participative
Lionel Jospin (PS) et Robert Hue (PCF) regrettent que la création
de conseils consultatifs de quartier ne soit obligatoire qu’à
partir de 80 000 habitants, et non de 20 000 comme le prévoyait
initialement la loi Vaillant. Mais Antoine Waechter (Mouvement
écologiste indépendant) refuse de « s’illusionner.
Les citoyens font confiance aux élus qu’ils désignent.
Plutôt que de créer des machines à frustrer
», il lui paraît plus intéressant d’inciter
les municipalités « à soumettre par voie
référendaire les grands projets d’aménagement
à la population ». Pour encourager la participation,
Lionel Jospin et Olivier Besancenot (LCR) plaident pour la création
de « crédits temps » alloués au citoyen
investi dans des structures de proximité, sur le même
modèle que les congés de représentation
syndicale. Robert Hue souhaite également aller vers un
statut du militant associatif, syndical et politique, «
pour permettre l’investissement de chacun et de chacune
et promouvoir un nouvel âge de la démocratie ».
Olivier Besancenot constate que « les principales décisions
qui affectent la vie des populations échappent totalement
à la démocratie, car elles sont prises dans le
secret et l’opacité des conseils d’administration
ou des comités directeurs de multinationales ».
Il plaide, avec Robert Hue, pour la mise en place de budgets
participatifs sur les modèles de la ville de Porto Alegre
et de
l’État de Rio Grande do Sul. Corinne Lepage (Cap
21), quant à elle, propose de « réprimer
la rétention d’information quand elle touche à
la santé ou à l’environnement ». «
Aujourd’hui, c’est le local qui invente le national
», affirme Pierre Larrouturou (Nouvelle donne). «
Il est temps que notre démocratie l’assume. »
C’est dans cette perspective qu’il propose la loi
d’initiative citoyenne : toute proposition de loi ayant
recueilli la signature de 300 000 citoyens se verra inscrite
à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale
dans les six mois qui suivent son dépôt. Noël
Mamère (Les Verts) défend le même principe
pour un seuil de 500 000 signatures et souhaite l’instauration
d’un droit au référendum d’initiative
locale. Robert Hue défend une proposition similaire,
mais fixe la barre à 10 % des électeurs pour l’examen
d’une proposition de loi ou l’organisation d’un
référendum. Il souhaite étendre ce mécanisme
de participation aux conseils municipaux, généraux
et régionaux. Enfin, Robert Hue et Noël Mamère
entendent instaurer la proportionnelle à tous les niveaux
(y compris à l’Assemblée nationale) et ce
dernier propose le remplacement de l’Éna par une
haute école de formation continue des fonctionnaires,
afin d’ouvrir « l’État à la
société ».
Statut de l’élu
Sur ce point, la critique de la professionnalisation et l’ouverture
des responsabilités électives au plus grand nombre
sont les préoccupations les plus fréquentes. Soucieuses
d’égalité républicaine, Marie-Christine
Boutin (Forum des républicains sociaux, dissidente UDF)
et Corinne Lepage proposent de supprimer les avantages des fonctionnaires,
en rendant automatique leur démission de la fonction
publique en cas d’élection. Bizarrerie d’un
programme sans doute mal bouclé, Corinne Lepage propose
dans le même temps d’ouvrir aux élus un concours
spécifique pour accéder à la fonction publique…
Robert Hue insiste quant à lui sur la nécessaire
augmentation du nombre de crédits d’heures de formation.
Noël Mamère prévoit dans son programme des
compensations financières pour les élus afin de
leur assurer un maintien de leur niveau de vie (formation de
réinsertion professionnelle à la sortie du mandat,
statut de salarié protégé au même
titre que les délégués du personnel, ouverture
aux cotisations sociales…), comme Antoine Waechter, qui
entend assurer à tous les élus une couverture
sociale, ainsi que la pérennité de leur caisse
de retraite et une période d’indemnisation lors
du retour en milieu professionnel. Pour Noël Mamère,
le cumul des postes électifs indemnisés n’est
plus possible, le même poste d’élu ne doit
pas être occupé plus de deux fois consécutives
par la même personne et la fonction d’élu
ne doit plus être confiée à une personne
de plus de 70 ans.
Quant à Lionel Jospin, il propose un cadre statutaire
et salarial aux élus territoriaux, comme pour les parlementaires.
La solution serait alors de créer pour les présidents
de conseil régional, de conseil général,
les maires et les principaux adjoints, « un statut d’agent
civique territorial, salarié de leur collectivité
».
Économie solidaire
Le sujet est visiblement loin d’être maîtrisé
par un grand nombre de candidats. Jean-Philippe Allenbach (Parti
fédéraliste), après avoir dénoncé
son caractère « vague et flou », lui préfère
l’économie « fédérative »,
qui ne l’est pas moins. Marie-Christine Boutin, à
ce propos, explique que « la première des solidarités
est la famille », et s’arrête là. Quant
à Robert Hue, il répond à toutes nos questions…
sauf à celle-ci. Globalement, les formations de gauche
se méfient d’une économie solidaire «
prétexte » à un désengagement de
l’État, tandis que la droite s’inquiète
d’une concurrence déloyale avec le secteur privé.
À chacun son fonds de commerce. Seul Noël Mamère
plaide en faveur d’une « grande loi sur l’économie
solidaire pour développer les entreprises du tiers secteur.
»
Décentralisation
Si les mots subsidiarité et décentralisation sont
à la mode (ils sont dans la bouche de quasiment tous
les candidats, même les plus jacobins), le champion de
la décentralisation reste assurément Jean-Philippe
Allenbach : suppression des départements, impôts
directs à la région qui en fixe librement les
taux à l’intérieur d’une fourchette
nationale, parlement et gouvernement responsables pour chaque
région. Il plaide pour la « clause de la région
la plus favorisée », c’est-à-dire
que toute région a le droit de bénéficier
automatiquement, si elle le souhaite, de toute liberté
accordée à une autre. Son de cloche approchant
chez Alain Madelin (Démocratie libérale), qui
affirme qu’« il faut aller beaucoup plus loin que
ce qu’on a fait pour la Corse » et se dit favorable
à ce « qu’un pouvoir réglementaire
soit délégué aux régions ».
Lionel Jospin est favorable à l’horizon 2007 à
« un scrutin démocratique » pour l’élection
des conseillers intercommunaux. Comprenne qui pourra. Il se
positionne également sur un renforcement du pouvoir régional
« intégrant des transferts de compétence
en matière d’université, de recherche, de
formation professionnelle et de santé ». Noël
Mamère souhaite pour sa part inscrire le processus de
régionalisation dans la constitution, reconnaître
la diversité linguistique de la France et transformer
le Sénat en Chambre des régions. Il propose en
outre de redécouper ces dernières sur des bases
démocratiques.
Loin de ces préoccupations décentralisatrices,
Jean-Pierre Chevènement met en garde : « Comment
faire respecter l’ordre public dans les quartiers si la
loi cesse d’être révérée comme
norme intangible, supérieure à toute autre ? Donner
aux collectivités territoriales le droit d’adapter
la loi, c’est le suicide du Parlement.
La démocratie locale ne doit pas être, par démagogie,
opposée à l’État républicain
».
Le droit de vote des résidents étrangers
Sur la question du droit de vote des résidents étrangers
non communautaires (à l’exception de François
Bayrou, qui y est favorable à condition de ne pas communiquer
sur le sujet), le clivage gauche / droite reste pertinent. Sorti
des modalités techniques (élections concernées,
nombre d’années de présence sur le territoire
avant l’obtention du droit de vote), l’ensemble
des formations de gauche y est favorable, tandis que la droite
y est hostile. Carton jaune à Corinne Lepage, qui juge
que « notre pays n’est pas prêt pour admettre
le vote des émigrés » (sic). Français
de l’étranger, vous avez bien lu : si vous voulez
voter, prenez vos valises et rentrez au plus vite. Pour le reste,
circulez.
Pour conclure, notons que la palme de la réponse la plus
lapidaire revient sans conteste à Blaise Hersent-Lechatreux,
candidat du parti du Vote blanc, qui explique qu’«
afin de rendre notre démarche la plus crédible
possible, nous sommes tenus de nous rapprocher au maximum du
comportement du bulletin blanc s’il existait : le bulletin
blanc serait neutre politiquement, nous aussi ; le bulletin
blanc ne se prononcerait sur aucun sujet, ne participerait à
aucun débat, nous non plus. »
Une position sans ambiguités, transparente comme le vide.