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dossier de Territoires n°425 - février 2002
 
Listes motivé-e-s, associatives et citoyennes :

après la campagne, la vie continue...
 
 
> le sommaire
 
Un an après, où en sont les listes conçues
« pour permettre et non pour promettre » ?
par Philippe Laville

Listes citoyennes
Quelques éléments critiques
par Jean Pradic

Dérives citoyennes ?
La démocratie locale comme prétexte
par Anne-Sophie Hardy

Analyse d'acteurs
Les Motivées rennais aux frontières de la politique
par Christine Guionnet

Toulouse (Haute-Garonne)
Salah, Elisabeth, Michel et Isabelle : les Arabes du Capitole
rencontre avec Salah Amokrane

Toulouse (Haute-Garonne)
Motivé-e-s, un mouvement politique qui revisite l'identitaire
par Lucie Bargel

Strasbourg (Bas-Rhin)
Les citoyens s'envoient en l'Air
rencontre avec Mickaël Offerlin et Julien Ganard

Romainville (Seine-Saint-Denis)
Campagne, élection, gestion : la place ingrate de la participation
par Bernard Deljarrie

Noisiel (Seine-et-Marne)
Réveil brutal
par Véronique Berkani

Lavelanet (Ariège)
« Éviter les gadgets démocratiques »
par Nicolas Leblanc

Clamart (Hauts-de-Seine)
Liberté chérie
par Véronique Berkani

Antony (Hauts-de-Seine)
« Changer le comportement trop consommateur des habitants »
par Didier Bouvet

Bondy (Seine-Saint-Denis)
Une expérience politique qui se termine dans la souffrance
par Jacques Picard

Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine)
Des impôts locaux à la loi Vaillant, des citoyens s'unissent
par Daniel Rechaussat

Feurs (Loire)
Chaque quartier « représenté » en commission extra-municipale
rencontre avec Benoît Gardet

Beaumont (Puy-de-Dôme)
« Nous sommes des élus politiques, nous revendiquons un programme »
rencontre avec François Saint-André

Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)
« Voici le temps de l'île aux citoyens »
par Alexis Deck

Saint-Herblain (Loire-Atlantique)
« Une présence fondamentale à la communauté urbaine »
rencontre avec Pierre Masson

Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne)
Un « bon » résultat électoral assure-t-il une dynamique associative ?
par Dominique Glaymann

Chartres (Eure-et-Loir)
Énergies citoyennes : rouler à gauche, et à contre-courant
par Chantal Vinet et Gérard Leray

Charte des listes citoyennes
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Toulouse
Salah, Elisabeth, Michel et Isabelle : les Arabes du Capitole
Rencontre avec Salah Amokrane, élu municipal Motivé-e-s
 
Toulouse a été le point de départ involontaire de la vague motivé-e-s de mars dernier. Le tête de liste des activistes locaux revient sur un an de vie au capitole. Loin des feux médiatiques qui se sont déchaînés pendant la campagne, les motivé-e-s cherchent leurs marques en tant qu'élus minoritaires et entendent améliorer le travail en réseau de leur mouvement politique local.


Territoires : Vous avez organisé vos « diversités d'été » autour de la notion d'identité, notamment celle du mouvement Motivé-e-s. Dans quelle mesure votre identité est-elle liée aux cités et aux quartiers populaires ?


Salah Amokrane : Notre rapport aux quartiers populaires a évolué. Au début, notre appartenance à ces quartiers était un aspect sur lequel nous n'avons pas beaucoup insisté. Comme le fait que nous soyons en majorité issus de l'immigration. On pratiquait à ce niveau une auto-censure, sûrement par peur d'être accusés de communautarisme, mais aussi parce qu'il nous semblait que notre discours se plaçait dans des revendications démocratiques plus globales.
Seulement, au cours de la campagne, ces « identités » se sont imposées à nous. En positif et en négatif. En positif, parce que beaucoup de gens issus de ces quartiers et / ou de l'immigration nous ont contacté et soutenus en nous disant que ce que nous faisions était « important pour eux ». Mais en négatif aussi ; au cours de la campagne, nous sommes passés pour nos adversaires de «Coluches en puissance » à « il n'y aura pas d'arabes au Capitole ! » (NDLR : Le Monde, dans son édition du 18 avril 2001 relatait ces paroles prêtées à des colistiers de Philippe Douste-Blazy, sur le danger de « l'arrivée des arabes au Capitole ». Voir :
Au bout du compte, je me suis retrouvé au soir du second tour devant les caméras de France 3 à dire « Je m'appelle Salah Amokrane et je suis français » ! Aujourd'hui, les thèmes des quartiers ou de l'immigration occupent plus de place dans nos actions que pendant la campagne, parce que c'est important de se demander comment les questions politiques liées aux banlieues peuvent avoir une place dans le débat public à la mesure des enjeux qu'elles posent. Mais de la même manière que c'est important d'allier ces questions à d'autres : le féminisme, la démocratie locale, etc.
De toute façon, de quoi parle-t-on ? Quand on parle de quartiers populaires ou de cités, on parle de français issus de l'immigration. Quand on parle de niveau d'insécurité supporté, on pose en fait la question suivante : un scooter sans pot fait-il plus de bruit ou non quand il est conduit par un noir ? Aujourd'hui, plus qu'une identité fondatrice, la banlieue et l'immigration sont des questions politiques qui sont plus largement partagées au sein du mouvement.

Territoires : Vous disposez de quatre élus au sein du conseil municipal de Toulouse. Est-ce un lieu ouvert au débat politique ? Quel travail y menez-vous en tant qu'élus minoritaires ?

S. A. : C'est très difficile de parler politique au conseil, mais avoir des réponses à ses questions, c'est encore plus dur ! Sur notre travail, prenons un exemple : quand Philippe Douste-Blazy présente son « plan contre la délinquance des jeunes », on essaye d'amener des points de vue plus proches du terrain. Il y a un fossé gigantesque entre les acteurs de terrain et un personnel politique qui analyse une situation d'après ses normes propres, ce qui n'est pas un problème en soi, mais qui en l'occurrence sont complètement déconnectées de la réalité !
En conseil municipal, je me demande à chaque fois « mais de quels jeunes parle-t-ils ?! » Ça ne revient absolument pas à nier les problèmes, les agressions, le climat tendu qui existent dans les quartiers. Mais on voudrais essayer d'amener des éléments de réalité, pour au moins comprendre de quoi on parle. Ce qui, pour l'instant, n'est pas le cas, la majorité des élus ne se réfèrant qu'à des clichés dus à un manque total d'échange avec les gens concernés.

Territoires : Concrètement, avec qui travaillez-vous au sein du conseil ?

S. A. : Les quatre élus motivé-e-s forment un groupe indépendant. On a des prises de position commune avec le reste des élus de la gauche, mais on travaille assez peu avec eux. Et c'est pas entièrement de leur faute, c'est aussi un choix de notre part. Le problème, c'est que, bien souvent, le débat sur les affaires locales est contraint par un débat national inter-partis. Quand la député PS justifie l'action du gouvernement, quand Douste répond à une question sur les transports d'une PC « d'aller voir son ami Gayssot », etc., nous ne nous sentons pas vraiment concernés. Tout ça se traduit par un débat au ras des pâquerettes.
Du coup, le fond du problème avec les élus de gauche, c'est qu'ils commencent à comprendre nos valeurs, mais absolument pas notre culture de travail. On n'a pas de chapelle à défendre, on ne s'inscrit pas dans un clivage PS/UDF. On essaye de faire vivre une autre réalité d'opposition : cela ne veut pas dire que nous soyons une opposition moins radicale que la gauche classique à l'encontre de la municipalité, seulement que, dans la mesure de nos moyens, nous essayons de faire des contre-propositions, de travailler les dossiers. Concrètement, on organise un groupe de travail régulier, interne au mouvement, qui se réunit toutes les semaines pour préparer les ordres du jour du conseil, faire des compte-rendus systématiques, publier une lettre de liaison qui est distribuée aux 400 adhérents, etc.

Territoires : Comment le travail au sein du conseil et la dynamique propre au mouvement peuvent-ils s'enrichir mutuellement ?

S. A. : Il y a pas mal de points à l'ordre du jour du conseil qui pourraient nous intéresser directement et sur lesquels nous pourrions travailler collectivement. Mais la contrainte temporelle (nous avons environ 80 % de l'ordre du jour huit jours avant le conseil par le biais de la commission des finances, le reste cinq jours avant comme le demande la loi) est énorme. L'expérience venant, on espère pouvoir mieux anticiper sur les conseils prochains.
On essaye de toute façon d'être des relais sur des points qui nous intéressent particulièrement, ou des sujets vraiment importants, comme le Grand projet de ville. On essaye aussi de détourner l'ordre du jour pour poser nos propres questions ! De toute façon, il faut garder à l'esprit que depuis septembre, la totalité de notre énergie et des conseils municipaux sont consacrés à la catastrophe d'AZF.

Territoires : Quel est l'avenir de Motivé-e-s à Toulouse ?

S. A. : Nous avons un gros problème par rapport au rôle que nous voulons jouer dans le terrain associatif. Après vingt ans de politique de la ville, il ne reste souvent dans les quartiers populaires que des associations prestataires de services. Ce n'est pas dégradant que d'être prestataire de services, seulement, c'est une catégorie d'association bien précise, qui reste très contrainte institutionnellement.
Nous devons identifier les réseaux avec lesquels travailler, et peut-être construire nos propres relais. Je crois que notre travail sur l'identité de Motivé-e-s, entamé l'été dernier, même suspendu par quatre mois d'AZF, porte ses fruits. Localement, les chantiers que nous avons entrepris, notre travail sur les quartiers, sur notre fonctionnement au conseil ont bien avancé. Nous allons maintenant pouvoir, à partir de notre base locale identifiée, consolidée et assumée, mieux travailler sur nos relations inter-locales, sur nos
partenariats, nos réseaux.

Propos recueillis par Nicolas Leblanc.
 
journal de TERRITOIRES n°425 - février 2002
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Commerce des services
Qui veut noyer les servicers publics locaux ?
Par Daniel Monteux, animateur du groupe territoires et mondialisation d'Attac
 
En contestant à la commune de Châtellerault le droit de se réapproprier son service des eaux, Vivendi anticipe dangereusement les objectifs de l'Accord général sur le commerce des services, dont les négociations ont été relancées à Doha. Derrière la recherche d'une jurisprudence défavorable aux collectivités se cache un enjeu national : la privatisation des services publics locaux.

La ville de Châtellerault (Vienne) était liée à Vivendi par deux contrats. Le premier concerne la distribution de l'eau et s'achève dans quelques mois, le deuxième, un contrat sur l'assainissement, est arrivé à terme en juillet 2001. Châtellerault n'a pas renouvelé ce dernier contrat, qu'elle estime ruineux pour les contribuables.
Adhérant à la communauté d'agglomération (10 communes) dont elle est la ville centre, elle a confié l'assainissement - via cette communauté - au syndicat mixte Sivem, qui regroupe 80 communes de la Vienne (eau et assainissement) et elle se propose de récupérer en régie directe son service des eaux. Les délibérations réglementaires du Conseil municipal et du Conseil de communauté ont été approuvées par le préfet. C'est alors que Vivendi a déposé devant le tribunal administratif contre Châtellerault et contre la communauté, un recours pour " défaut d'appel d'offre ", estimant que les deux collectivités auraient dû mettre le Sivem ­ dont elles sont membres ­ en concurrence avec d'éventuels soumissionnaires privés. Pourquoi avoir attendu l'adhésion de Châtellerault au Sivem pour intenter cette action ?

Vivendi veut obtenir une jurisprudence défavorable aux collectivités
D'abord parce que Châtellerault, avec ses 35 000 habitants et 97% de son territoire couvert par le réseau d'assainissement, est un marché juteux. Mais un haut responsable de la multinationale n'a pas hésité à dire que son objectif principal était ailleurs : obtenir un arrêt qui ferait jurisprudence contre toute collectivité voulant mettre fin à ses contrats avec Vivendi pour se réapproprier, directement ou via une communauté d'agglomération, la maîtrise publique de l'eau, de l'assainissement, des déchets L'affaire est bien de portée nationale.
Au moment où son PDG Jean-Marie Messier lance pour le compte de la " World Company " l'assaut contre l'exception culturelles française, sa firme veut, en somme, anticiper sur l'obligation d'ouvrir tout service public, aussi local soit-il, à la concurrence privée, ce qui figure parmi les objectifs des négociations autour de l'Accord général sur le commerce des services (AGCS) et des marchés publics, relancées par l'OMC à Doha. Vivendi craint bel et bien que la décision de Châtellerault et les impasses des gestions privatisées ne poussent à d'autres réappropriations publiques qui priveraient la multinationale d'une de ses grandes sources de profit alimentant ses autres secteurs de domination (communication, édition). Observons que les communes n'ont pas cette liberté puisqu'elles sont tenues d'affecter à l'eau le produit des redevances de l'eau, à l'assainissement celui de l'assainissement

Mener la bataille juridique devant l'opinion publique
Les élus de Châtellerault et les premiers juristes consultés estiment, tout comme le prévoit l'actuel projet de loi sur l'eau, que ce qui est applicable aux communes doit être également applicable aux établissements publics de coopération intercommunale et aux syndicats mixtes auxquels elles ont transféré leurs compétences. La décision de Châtellerault entre dans ce cadre (régie directe qui ne réclame aucun appel d'offre) à moins que, dans l'esprit de l'AGCS, "on" ne se prépare à obliger les communes à ouvrir à la concurrence du privé l'ensemble des services qu'elles rendent à la population !
Vivendi n'aura de chances de gagner son procès que si la bataille juridique se mène loin de l'opinion publique. Il faut donc, à la fois, faire mesurer l'enjeu, faire connaître les objectifs réels de Vivendi, soutenir une démarche communale qui va dans le sens de la réappropriation publique de services rendus à la collectivité, dans le droit fil de l'intérêt général. Si Châtellerault était condamné, des milliers d'autres collectivités se trouveraient sans défense face à la pieuvre. Coopération intercommunale et syndicats mixtes perdraient leurs raisons d'être au profit du pouvoir hégémonique des multinationales qui contrôlent déjà majoritairement ce secteur, s'en partagent géographiquement les profits et se gardant bien de se faire des procès entre elles pour non respect des règles de la concurrence !
Solidarité avec les élus et la population de Châtellerault, publicité maximale sur l'affaire, débats publics, appel à prises de position de conseils municipaux et communautaires, actions spectaculaires sont à développer au plus vite.
Attac se doit d'y contribuer énergiquement.

D.M.