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dossier de Territoires n°424 - janvier 2002
 
La ville : l'inventer ou la subir

Concertation dans la loi SRU, Ateliers populaires d'urbanisme, Comités permanents de concertation, Community planning, éducation au cadre de vie
 
 
> le sommaire
 
Grande-synthe : la fin de l'atelier de travail urbain ?
Chronique d'une mort imprévue
par Véronique Berkani

Éducation au cadre de vie
Freezer sur la ville (ou qui a mis le Bordeaux au frigo ?!)
par Nicolas Leblanc

L'Atelier public urbain social d'Échirolles
Première controverse
par Pierre Mahey

Atelier populaire d'urbanisme de Lille-Moulins
Heurs et malheurs d'une association « poil à gratter »
par Patricia Hanssens

Friche industrielle cherche projet partagé
La participation n'est pas toujours un long fleuve tranquille
par Raphaële Bruyère

Agglomération orléanaise
Les ateliers participatifs de l'Athanor
par Grégoire Saint-Rémy

Participation et méthode
Community planning week-end à Aubergenville
par Isabelle Val De Flor

« La plus-value de la participation »
rencontre avec John Thompson

Paris rive gauche
Une « concertation » permanente pour la plus grande Zac de Paris
par Agnès Planchais et Ginette Treton

Solidarité urbaine
La mixité sociale : une fausse bonne idée ?
par François Hannoyer

La concertation, du quartier à l'agglomération
Un rôle impertinent pour les agences d'urbanisme
par Sylvie Barnezet

Les agences d'urbanisme
« Outils de culture commune »
rencontre avec André Rossinot

Concertation dans l'urbanisme réglementaire
SRU : le paradoxe d'une loi pour plus de démocratie
par Emmanuel Perreau

Du Pos au Plu
Esprit de la loi SRU et enjeux de la gouvernance
par Giuseppe Bonacorsi

Plan de déplacements urbains
Donner des voies aux sans voix
par François Prochasson
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Grande-synthe : la fin de l'atelier de travail urbain ?
Chronique d'une mort imprévue
par Véronique Berkani, journaliste à Territoires
 
L'Atelier de travail urbain (Atu) de Grande-Synthe, qui réunissait habitants, élus et techniciens autour de l'élaboration de projets urbains depuis 1994, a vu sa vie interrompue suite à l'arrivée d'une nouvelle majorité municipale en mars dernier. Aujourd'hui, les « anciens » de l'Atu souhaitent rebondir en créant une association destinée à devenir un espace de débat citoyen et une force de proposition en matière d'aménagement de la ville.

Premier enjeu : l'éloignement temporel de la mort, le rapprochement géographique de la maladie ­ les bassins de vie quotidienne
L'Atelier de travail urbain (Atu) de Grande-Synthe (Nord), née en 1994 de la volonté politique de la municipalité, sur proposition de l'agence d'urbanisme et de développement de la région Flandre-Dunkerque, a été balayé par l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle majorité municipale en mars dernier. « Notre local a été vidé quelques semaines seulement après l'installation de la nouvelle équipe », indique Joëlle Lefeyer, habitante et participante à l'Atu. Le nouveau maire, Damien Careme, fils de René Careme, maire de Grande-Synthe de 1971 à 1991, a mis fin à l'expérience car, selon son analyse, « le fonctionnement de l'Atu, qui réunissait tout le temps les mêmes personnes, n'était pas satisfaisant. C'est un groupe qui avait été " institutionnalisé ". » Le maire dit vouloir s'adresser directement à ses concitoyens plutôt que de se retrancher derrière l'avis d'un groupe constitué dont il ne reconnaît pas la légitimité.

L'Atu, qui fonctionnait grâce aux moyens mis à sa disposition par la mairie, a réuni, de 1994 à 2001, des volontaires habitants, élus, professionnels et techniciens dans l'élaboration de projets urbains (lire Territoires n° 399 bis, septembre-octobre 1999). Les réunions, deux jours tous les deux mois, préparées par un groupe de pilotage et animées par un consultant indépendant, drainaient régulièrement un noyau dur de soixante personnes. « À l'Atu, les habitants, usagers de la ville, experts du quotidien, imaginaient et vivaient les projets ; les techniciens, « hommes de l'art », concepteurs, dessinaient les projets ; et les élus étaient surtout là pour écouter et préparer leurs décisions futures », rappelle Michel Joncquel, ancien conseiller municipal délégué à l'urbanisme et porteur de l'Atu. « J'écoutais, j'y puisais un argumentaire afin de convaincre l'exécutif municipal du bien fondé d'un projet. Si mon intervention ­ en binôme avec un technicien ­ n'était pas suffisamment convaincante, le projet retournait à l'Atu pour y être amendé. »
Un fonctionnement très ouvert

« L'Atu a été une école de patience et de citoyenneté. Nous nous mettions ensemble autour de la table et, quand les professionnels (urbanistes, paysagistes) avaient tendance à aller trop vite, nous les arrêtions, nous ralentissions le processus en remettant leurs propositions en cause afin d'arriver, à terme, à un projet réellement coproduit », précise Joëlle Lefeyer.
Michel Joncquel regrette bien sûr que le dispositif n'ait pas été repris par la nouvelle municipalité, mais maintient que l'une des particularités de l'Atu ­ son absence de statut formel ­ constituait aussi une partie de sa richesse : un fonctionnement très ouvert dans lequel la représentativité n'était pas recherchée. « Les habitants ne représentaient qu'eux-mêmes, nous n'avons jamais cherché à rassembler un échantillon représentatif de la population de Grande-Synthe.

L'Atu n'existait que du fait de l'existence d'une volonté politique et de l'activité de ses participants. Rien n'a été cadré, contrôlé, sauf lors du démarrage pour lequel des habitants avaient été " repérés " par les élus afin de lancer la dynamique ». Le cadre, très informel, n'engageait que des personnes physiques. « Nous n'avons jamais envisagé qu'un tel outil de participation citoyenne puisse un jour être jeté à la poubelle par un nouvel élu. Nous aurions dû nous constituer en association, mais l'Atu marchait tellement bien que nous n'en avons pas ressenti la nécessité », regrette aujourd'hui Joëlle Lefeyer. À cet imprévu s'est rajouté le principal obstacle à la formalisation : comment faire coexister dans une même entité le triptyque élus-professionnels-habitants ? C'est la question à laquelle les membres de l'Atu n'ont jamais vraiment su répondre.

Une force de proposition
Aujourd'hui, le noyau dur de l'Atu ­ essentiellement des habitants, ainsi que quelques anciens élus ­ s'est regroupé dans un collectif promis à se transformer en association. « Notre but est de devenir un espace de débat citoyen et une force de proposition en matière d'aménagement de la ville ­ mais non un contre-pouvoir politique », précise Michel Joncquel. L'idéal serait que l'association soit ralliée par des professionnels ­ paysagistes, urbanistes, architectes ­ afin de transformer les idées en projets. Et on peut imaginer que certains techniciens de la ville, mis à l'écart suite aux dernières élections, soient tentés de rejoindre l'association afin d'y exercer leur rôle de citoyen.

L'Atu souhaite également continuer à exister vis-à-vis de l'extérieur. En effet, l'expérience participative des ex-membres de l'Atu leur vaut d'être régulièrement sollicités par des villes, diverses collectivités territoriales ou, dernièrement, l'École nationale d'application des cadres territoriaux de Nancy. L'Atu est également partie prenante de réseaux d'habitants ou de villes qui travaillent sur les mêmes thématiques (Hacer (1), Rêves d'habitants
(2), Échirolles, Cran-Gevrier, Saint-Jean de Braye, Moissy-Cramayel).

Peu de temps avant le verdict des urnes, l'Atu avait entamé une réflexion sur la création d'un atelier de travail interurbain avec les villes de Dunkerque et de Fort-Mardyck, notamment autour d'un projet de requalification de la RN1 qui dessert les trois communes. « Une idée complexe à mettre en uvre et qui suscite des réticences politiques et techniques. » Un dossier que la future association des membres de l'Atu contribuera sans doute à défricher (3).


Véronique Berkani


L'ATU est une association depuis le 21 janv 02
(1) Habitants citoyens d'Europe en réseau c/o Arpenteurs - Tél. : 04 76 53 19 29, hacer@arpenteurs.fr
(2) Réseau d'échanges volontaires d'expériences solidaires d'habitants c/o MDSL - Tél. : 01 53 38 99 19.
(3) Peut-être en connexion avec les Atu du Dunkerquois animés par l'agence d'urbanisme et de développement de la région Flandre-Dunkerque.
 
journal de TERRITOIRES n°424 - janvier 2002
 
> L'ARTICLE DU MOIS
 
Missions de protection du peuple Palestinien : Les citoyens s'en mêlent
Par Véronique Berkani
 
Face à la répression dramatique dont est victime le peuple palestinien, exposé aux assauts guerriers de la politique du gouvernement Sharon, des citoyens décident de prendre leurs responsabilités. Depuis juin 2001, des missions civiles se rendent régulièrement en Palestine et en Israël afin d'y pratiquer une solidarité active et de témoigner.

Barrages militaires, démolitions de maisons, expropriations, encerclement, étouffement, colonisation, « assassinats ciblés », depuis la deuxième Intifada (septembre 2000), la répression qui s'abat sur les Palestiniens s'aggrave de jour en jour. Les flambées actuelles de violence et de répression mettent en lumière, s'il en était encore besoin, l'extrémisme du gouvernement Sharon. L'avenir n'a jamais été aussi noir pour les Palestiniens qui « détiennent le triste privilège d'être le seul peuple au monde à être victime, mais néanmoins désigné comme bourreau, et rituellement couvert d'opprobre », analyse Youssef, membre du comité de vigilance pour une paix réelle au Moyen-Orient et animateur de la campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien. Pour eux, nulle compassion internationale.

Les Palestiniens sont soumis à trois régimes distincts :
-ceux « de l'intérieur » (de nationalité israélienne) subissent une forme d'apartheid législatif permis par un arsenal de lois de « mise à l'écart » ;
-les habitants des territoires « autonomes » (occupés depuis 1967) survivent dans des enclaves quadrillées par des colonies de peuplement illégales (plus de 30 % ont été construites après les accords d'Oslo de 1993) et d'innombrables check-points (« points de contrôle » de l'armée israélienne) qui divisent les territoires en une quarante de petites entités et sabotent la continuité géographique d'un État palestinien prétendument en devenir ;
-enfin, les réfugiés (trois millions, c'est-à-dire la moitié de la population palestinienne) ont été expulsés de leurs terres.

Face à ce déni de droit, l'Union européenne se contente d'émettre de molles protestations, quand elle ne renvoie pas dos-à-dos les deux parties, établissant une symétrie insupportable entre une armée suréquipée et un peuple désarmé. C'est pourquoi des militants de longue date de la cause palestinienne, lassés du peu d'impact des formes d'action « classiques » passent désormais à une autre forme de lutte, plus concrète : l'envoi de missions civiles de protection du peuple palestinien. Depuis juin dernier, les délégations se succèdent à un rythme soutenu.
Cent personnes se sont ainsi rendus en Palestine entre Noël et le premier de l'an, sans compter les délégations étrangères (deux cents Américains, des Italiens, des Espagnols, des Hollandais, des Anglais).
« Nous sollicitons des personnalités de la société civile afin qu'elles conduisent des délégations pour donner une visibilité à la question palestinienne », explique Youssef. Un autre objectif est d'impliquer un maximum de citoyens. « Les personnes qui
se rendent sur place dans le cadre des missions civiles peuvent se rendre compte de la situation et sensibiliser les gens ici. Si tout
le monde avait conscience de ce qui se passe, il y a longtemps que ce serait terminé », estime Jean-Christian Meyer, photographe, participant à la mission d'octobre 2001.

Soutenu par l'Association France-Palestine solidarité, l'Association des Palestiniens en France, l'Apeis, la Campagne pour le droit au retour des réfugiés palestiniens, le Comité de soutien aux luttes civiles et politiques en Tunisie, la Confédération paysanne, le Comité de vigilance pour une paix réelle au Proche-Orient, le Comité pour le droit des victimes de l'occupation israélienne au Liban, Droit au logement, Droits devant ! !, Mouvement de l'immigration et des banlieues, Union juive pour la paix, le Rassemblement franco-palestinien pour la paix...

Des enjeux avant tout politiques
Les membres des missions pratiquent une solidarité active avec les Palestiniens en manifestant contre ce qui empoisonne quotidiennement leur vie, notamment les check-points.
La mission partie en octobre a par exemple accompagné des étudiants entre Ramallah et la faculté de Bir Zeit, au travers d'une zone de couvre-feu. « Nous avons été gazés par les militaires israéliens ; ils ont tiré des balles en plastique et des rafales de M-16 en l'air. Ils ont aussi braqué les canons de leurs chars dans notre direction, mais ont fini par partir, ce qui constituait une réelle victoire », raconte Jean-Christian Meyer. « Si nous n'avions pas été présents, l'armée aurait tiré sur les étudiants », ajoute Samira Sissani, également de retour d'une mission.
Plutôt qu'à notre humanité, les animateurs de la campagne en appellent à notre conscience citoyenne, car les enjeux de la solidarité envers les Palestiniens sont avant tout politiques. En effet, il ne s'agit pas simplement d'apporter une aide morale et symbolique aux populations palestiniennes, mais surtout de dénoncer physiquement les agissements de l'État israélien, de ses soldats et de ses colons.
Les manifestations et rassemblements organisés aux abords des check-points, la participation à la cueillette des olives avec des paysans palestiniens, la dénonciation active des démolitions de maisons, des expropriations ou des arrachages d'oliviers et les tentatives non-violentes pour freiner des interventions des soldats israéliens (encerclement de chars) sont les signes visibles de ces nouvelles formes de solidarité.
Les participants des missions reviennent tous avec un sentiment entêtant : comment peut-on, dans un tel contexte de disproportion du rapport de forces , parler de « guerre », c'est à dire de coups donnés de part et d'autre ? De retour en France, ces derniers s'engagent à témoigner et à exercer une pression sur les gouvernements afin d'obtenir l'envoi d'une force internationale de protection du peuple palestinien.

Jumelages avec des camps de réfugiés
Dans ce combat, certains élus politiques ne sont pas en reste. L'association pour la promotion des jumelages entre les villes de France et les camps de réfugiés palestiniens compte aujourd'hui soixante-trois communes adhérentes. Toutes les tendances politiques y sont représentées, à l'exception de l'extrême droite. Son initiateur, Fernand Tuil, a mis en place en 1989 un jumelage - le premier du type - entre le camp de réfugiés palestinien de Dheisheh et la ville de Montataire (Oise). En janvier 2001, l'association a invité des représentants de cinquante-neuf camps de réfugiés (en Syrie, Jordanie, Liban et en Palestine) afin d'impulser la création de nouveaux jumelages avec des villes européennes. « Le jumelage a un intérêt primordial, celui de tisser des liens entre les hommes. Il permet à des Français de découvrir la culture palestinienne, de mieux connaître la situation et de contrecarrer l'idéologie qui taxe les Palestiniens de terroristes », indique Fernand Tuil.

Du 29 au 3 décembre 2001, l'association a organisé le voyage d'une délégation de 134 élus (européens, nationaux et locaux), syndicalistes, universitaires, associatifs et... citoyens. Douze villes y ont participé : Champigny, Dignes-les-Bains, Évry, Karhaix Plouergue, Limay, Mantes-la-Ville, Monchy-Saint-Éloi, Pierrefitte, Roubaix, le San de Saint-Quentin-en-Yveline, Saint-Denis et Trelissac. Sur place, les rencontres officielles (consulat de France, élus palestiniens et israéliens, Autorité palestinienne) ont alterné avec des échanges avec les ONG israéliennes et palestiniennes. « La plupart des gens sont revenus profondément choqués, ébranlés », affirme Fernand Tuil. À leur retour, une soixantaine de meetings ont été programmés et des projets concrets d'échanges prennent forme.
Une goutte d'eau dans un océan de violence ? Peut-être. Mais sans conteste une cause qui mérite le voyage.


Véronique Berkani




Le rapport de l'Onu

L'Onu a rendu public le 20 décembre 2001 une étude portant sur l'impact de la politique de bouclage des territoires palestiniens occupés et autonomes, adoptée par les autorités israéliennes depuis le début de la deuxième Intifada. Les pertes, en termes de revenus, subies par les Palestiniens, sont comprises entre 2,4 et 3,2 milliards de dollars. Les revenus fiscaux de l'Autorité palestinienne ont baissé de 57 % pendant les neuf premiers mois de la crise. Au niveau local, les municipalités se sont concentrées sur les services de première nécessité. Le taux moyen de demandeurs d'emploi dépasse désormais 35 % de la population active. Enfin, le nombre des personnes vivant au-dessous du seuil de pauvreté devrait dépasser 46 % de la population fin 2001, soit le double par rapport au début de l'Intifada.



Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien 37, rue d'Amsterdam 75008 Paris
E-mail : palestine@noos.fr - Fax : 01 48 56 80 16



Association pour la promotion des jumelages entre les villes de France et les camps de réfugiés palestiniens
Mairie 60160 Montataire - Tél. : 03 44 64 44 04
À consulter aussi : www.solidarite-palestine.org