Concertation dans la loi SRU, Ateliers populaires d'urbanisme,
Comités permanents de concertation, Community planning, éducation
au cadre de vie
> le sommaire
Grande-synthe : la fin de l'atelier de travail urbain
?
Chronique d'une mort imprévue
par Véronique Berkani
Éducation au cadre de vie
Freezer sur la ville (ou qui a mis le Bordeaux au frigo ?!)
par Nicolas Leblanc
L'Atelier public urbain social d'Échirolles
Première controverse
par Pierre Mahey
Atelier populaire d'urbanisme de Lille-Moulins
Heurs et malheurs d'une association « poil à gratter »
par Patricia Hanssens
Friche industrielle cherche projet partagé
La participation n'est pas toujours un long fleuve tranquille
par Raphaële Bruyère
Agglomération orléanaise
Les ateliers participatifs de l'Athanor
par Grégoire Saint-Rémy
Participation et méthode
Community planning week-end à Aubergenville
par Isabelle Val De Flor
« La plus-value de la participation »
rencontre avec John Thompson
Paris rive gauche
Une « concertation » permanente pour la plus grande Zac de Paris
par Agnès Planchais et Ginette Treton
Solidarité urbaine
La mixité sociale : une fausse bonne idée ?
par François Hannoyer
La concertation, du quartier à l'agglomération
Un rôle impertinent pour les agences d'urbanisme
par Sylvie Barnezet
Les agences d'urbanisme
« Outils de culture commune »
rencontre avec André Rossinot
Concertation dans l'urbanisme réglementaire
SRU : le paradoxe d'une loi pour plus de démocratie
par Emmanuel Perreau
Du Pos au Plu
Esprit de la loi SRU et enjeux de la gouvernance
par Giuseppe Bonacorsi
Plan de déplacements urbains
Donner des voies aux sans voix
par François Prochasson
> L'ARTICLE DU MOIS
Grande-synthe : la fin de l'atelier de travail urbain ?
Chronique d'une mort imprévue
par Véronique Berkani, journaliste à Territoires
L'Atelier de travail urbain (Atu) de Grande-Synthe,
qui réunissait habitants, élus et techniciens
autour de l'élaboration de projets urbains depuis 1994,
a vu sa vie interrompue suite à l'arrivée d'une
nouvelle majorité municipale en mars dernier. Aujourd'hui,
les « anciens » de l'Atu souhaitent rebondir en
créant une association destinée à devenir
un espace de débat citoyen et une force de proposition
en matière d'aménagement de la ville.
Premier enjeu : l'éloignement temporel de la mort, le
rapprochement géographique de la maladie les bassins
de vie quotidienne
L'Atelier de travail urbain (Atu) de Grande-Synthe (Nord), née
en 1994 de la volonté politique de la municipalité,
sur proposition de l'agence d'urbanisme et de développement
de la région Flandre-Dunkerque, a été balayé
par l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle majorité
municipale en mars dernier. « Notre local a été
vidé quelques semaines seulement après l'installation
de la nouvelle équipe », indique Joëlle Lefeyer,
habitante et participante à l'Atu. Le nouveau maire,
Damien Careme, fils de René Careme, maire de Grande-Synthe
de 1971 à 1991, a mis fin à l'expérience
car, selon son analyse, « le fonctionnement de l'Atu,
qui réunissait tout le temps les mêmes personnes,
n'était pas satisfaisant. C'est un groupe qui avait été
" institutionnalisé ". » Le maire dit
vouloir s'adresser directement à ses concitoyens plutôt
que de se retrancher derrière l'avis d'un groupe constitué
dont il ne reconnaît pas la légitimité.
L'Atu, qui fonctionnait grâce aux moyens mis à
sa disposition par la mairie, a réuni, de 1994 à
2001, des volontaires habitants, élus, professionnels
et techniciens dans l'élaboration de projets urbains
(lire Territoires n° 399 bis, septembre-octobre 1999). Les
réunions, deux jours tous les deux mois, préparées
par un groupe de pilotage et animées par un consultant
indépendant, drainaient régulièrement un
noyau dur de soixante personnes. « À l'Atu, les
habitants, usagers de la ville, experts du quotidien, imaginaient
et vivaient les projets ; les techniciens, « hommes de
l'art », concepteurs, dessinaient les projets ; et les
élus étaient surtout là pour écouter
et préparer leurs décisions futures », rappelle
Michel Joncquel, ancien conseiller municipal délégué
à l'urbanisme et porteur de l'Atu. « J'écoutais,
j'y puisais un argumentaire afin de convaincre l'exécutif
municipal du bien fondé d'un projet. Si mon intervention
en binôme avec un technicien n'était
pas suffisamment convaincante, le projet retournait à
l'Atu pour y être amendé. »
Un fonctionnement très ouvert
« L'Atu
a été une école de patience et de citoyenneté.
Nous nous mettions ensemble autour de la table et, quand les
professionnels (urbanistes, paysagistes) avaient tendance à
aller trop vite, nous les arrêtions, nous ralentissions
le processus en remettant leurs propositions en cause afin d'arriver,
à terme, à un projet réellement coproduit
», précise Joëlle Lefeyer.
Michel Joncquel regrette bien sûr que le dispositif n'ait
pas été repris par la nouvelle municipalité,
mais maintient que l'une des particularités de l'Atu
son absence de statut formel constituait aussi une
partie de sa richesse : un fonctionnement très ouvert
dans lequel la représentativité n'était
pas recherchée. « Les habitants ne représentaient
qu'eux-mêmes, nous n'avons jamais cherché à
rassembler un échantillon représentatif de la
population de Grande-Synthe.
L'Atu n'existait que du fait de l'existence d'une volonté
politique et de l'activité de ses participants. Rien
n'a été cadré, contrôlé, sauf
lors du démarrage pour lequel des habitants avaient été
" repérés " par les élus afin
de lancer la dynamique ». Le cadre, très informel,
n'engageait que des personnes physiques. « Nous n'avons
jamais envisagé qu'un tel outil de participation citoyenne
puisse un jour être jeté à la poubelle par
un nouvel élu. Nous aurions dû nous constituer
en association, mais l'Atu marchait tellement bien que nous
n'en avons pas ressenti la nécessité »,
regrette aujourd'hui Joëlle Lefeyer. À cet imprévu
s'est rajouté le principal obstacle à la formalisation
: comment faire coexister dans une même entité
le triptyque élus-professionnels-habitants ? C'est la
question à laquelle les membres de l'Atu n'ont jamais
vraiment su répondre.
Une force de proposition
Aujourd'hui, le noyau dur de l'Atu essentiellement des
habitants, ainsi que quelques anciens élus s'est
regroupé dans un collectif promis à se transformer
en association. « Notre but est de devenir un espace de
débat citoyen et une force de proposition en matière
d'aménagement de la ville mais non un contre-pouvoir
politique », précise Michel Joncquel. L'idéal
serait que l'association soit ralliée par des professionnels
paysagistes, urbanistes, architectes afin de transformer
les idées en projets. Et on peut imaginer que certains
techniciens de la ville, mis à l'écart suite aux
dernières élections, soient tentés de rejoindre
l'association afin d'y exercer leur rôle de citoyen.
L'Atu souhaite également continuer à exister vis-à-vis
de l'extérieur. En effet, l'expérience participative
des ex-membres de l'Atu leur vaut d'être régulièrement
sollicités par des villes, diverses collectivités
territoriales ou, dernièrement, l'École nationale
d'application des cadres territoriaux de Nancy. L'Atu est également
partie prenante de réseaux d'habitants ou de villes qui
travaillent sur les mêmes thématiques (Hacer (1),
Rêves d'habitants
(2), Échirolles, Cran-Gevrier, Saint-Jean de Braye, Moissy-Cramayel).
Peu de temps avant le verdict des urnes, l'Atu avait entamé
une réflexion sur la création d'un atelier
de travail interurbain avec les villes de Dunkerque et de
Fort-Mardyck, notamment autour d'un projet de requalification
de la RN1 qui dessert les trois communes. « Une idée
complexe à mettre en uvre et qui suscite des réticences
politiques et techniques. » Un dossier que la future association
des membres de l'Atu contribuera sans doute à défricher
(3).
Véronique Berkani
L'ATU est une association depuis le 21 janv 02
(1) Habitants citoyens d'Europe en réseau c/o Arpenteurs
- Tél. : 04 76 53 19 29, hacer@arpenteurs.fr
(2) Réseau d'échanges volontaires d'expériences
solidaires d'habitants c/o MDSL - Tél. : 01 53 38 99
19.
(3) Peut-être en connexion avec les Atu du Dunkerquois
animés par l'agence d'urbanisme et de développement
de la région Flandre-Dunkerque.
journal de TERRITOIRES
n°424 - janvier 2002
> L'ARTICLE DU MOIS
Missions
de protection du peuple Palestinien : Les citoyens s'en mêlent
Par Véronique Berkani
Face à la répression dramatique
dont est victime le peuple palestinien, exposé aux assauts
guerriers de la politique du gouvernement Sharon, des citoyens
décident de prendre leurs responsabilités. Depuis
juin 2001, des missions civiles se rendent régulièrement
en Palestine et en Israël afin d'y pratiquer une solidarité
active et de témoigner.
Barrages militaires, démolitions de maisons, expropriations,
encerclement, étouffement, colonisation, « assassinats
ciblés », depuis la deuxième Intifada (septembre
2000), la répression qui s'abat sur les Palestiniens
s'aggrave de jour en jour. Les flambées actuelles de
violence et de répression mettent en lumière,
s'il en était encore besoin, l'extrémisme du gouvernement
Sharon. L'avenir n'a jamais été aussi noir pour
les Palestiniens qui « détiennent le triste privilège
d'être le seul peuple au monde à être victime,
mais néanmoins désigné comme bourreau,
et rituellement couvert d'opprobre », analyse Youssef,
membre du comité de vigilance pour une paix réelle
au Moyen-Orient et animateur de la campagne civile internationale
pour la protection du peuple palestinien. Pour eux, nulle compassion
internationale.
Les Palestiniens sont soumis à trois régimes distincts
:
-ceux « de l'intérieur » (de nationalité
israélienne) subissent une forme d'apartheid législatif
permis par un arsenal de lois de « mise à l'écart
» ;
-les habitants des territoires « autonomes » (occupés
depuis 1967) survivent dans des enclaves quadrillées
par des colonies de peuplement illégales (plus de 30
% ont été construites après les accords
d'Oslo de 1993) et d'innombrables check-points (« points
de contrôle » de l'armée israélienne)
qui divisent les territoires en une quarante de petites entités
et sabotent la continuité géographique d'un État
palestinien prétendument en devenir ;
-enfin, les réfugiés (trois millions, c'est-à-dire
la moitié de la population palestinienne) ont été
expulsés de leurs terres.
Face à ce déni de droit, l'Union européenne
se contente d'émettre de molles protestations, quand
elle ne renvoie pas dos-à-dos les deux parties, établissant
une symétrie insupportable entre une armée suréquipée
et un peuple désarmé. C'est pourquoi des militants
de longue date de la cause palestinienne, lassés du peu
d'impact des formes d'action « classiques » passent
désormais à une autre forme de lutte, plus concrète
: l'envoi de missions civiles de protection du peuple palestinien.
Depuis juin dernier, les délégations se succèdent
à un rythme soutenu.
Cent personnes se sont ainsi rendus en Palestine entre Noël
et le premier de l'an, sans compter les délégations
étrangères (deux cents Américains, des
Italiens, des Espagnols, des Hollandais, des Anglais). «
Nous sollicitons des personnalités de la société
civile afin qu'elles conduisent des délégations
pour donner une visibilité à la question palestinienne
», explique Youssef. Un autre objectif est d'impliquer
un maximum de citoyens. « Les personnes qui
se rendent sur place dans le cadre des missions civiles peuvent
se rendre compte de la situation et sensibiliser les gens ici.
Si tout
le monde avait conscience de ce qui se passe, il y a longtemps
que ce serait terminé », estime Jean-Christian
Meyer, photographe, participant à la mission d'octobre
2001.
Soutenu par l'Association France-Palestine solidarité,
l'Association des Palestiniens en France, l'Apeis, la Campagne
pour le droit au retour des réfugiés palestiniens,
le Comité de soutien aux luttes civiles et politiques
en Tunisie, la Confédération paysanne, le Comité
de vigilance pour une paix réelle au Proche-Orient, le
Comité pour le droit des victimes de l'occupation israélienne
au Liban, Droit au logement, Droits devant ! !, Mouvement de
l'immigration et des banlieues, Union juive pour la paix, le
Rassemblement franco-palestinien pour la paix...
Des enjeux avant tout politiques
Les membres des missions pratiquent une solidarité active
avec les Palestiniens en manifestant contre ce qui empoisonne
quotidiennement leur vie, notamment les check-points.
La mission partie en octobre a par exemple accompagné
des étudiants entre Ramallah et la faculté de
Bir Zeit, au travers d'une zone de couvre-feu. « Nous
avons été gazés par les militaires israéliens
; ils ont tiré des balles en plastique et des rafales
de M-16 en l'air. Ils ont aussi braqué les canons de
leurs chars dans notre direction, mais ont fini par partir,
ce qui constituait une réelle victoire », raconte
Jean-Christian Meyer. « Si nous n'avions pas été
présents, l'armée aurait tiré sur les étudiants
», ajoute Samira Sissani, également de retour d'une
mission.
Plutôt qu'à notre humanité, les animateurs
de la campagne en appellent à notre conscience citoyenne,
car les enjeux de la solidarité envers les Palestiniens
sont avant tout politiques. En effet, il ne s'agit pas simplement
d'apporter une aide morale et symbolique aux populations palestiniennes,
mais surtout de dénoncer physiquement les agissements
de l'État israélien, de ses soldats et de ses
colons.
Les manifestations et rassemblements organisés aux abords
des check-points, la participation à la cueillette des
olives avec des paysans palestiniens, la dénonciation
active des démolitions de maisons, des expropriations
ou des arrachages d'oliviers et les tentatives non-violentes
pour freiner des interventions des soldats israéliens
(encerclement de chars) sont les signes visibles de ces nouvelles
formes de solidarité.
Les participants des missions reviennent tous avec un sentiment
entêtant : comment peut-on, dans un tel contexte de disproportion
du rapport de forces , parler de « guerre », c'est
à dire de coups donnés de part et d'autre ? De
retour en France, ces derniers s'engagent à témoigner
et à exercer une pression sur les gouvernements afin
d'obtenir l'envoi d'une force internationale de protection du
peuple palestinien.
Jumelages avec des camps de réfugiés
Dans ce combat, certains élus politiques ne sont pas
en reste. L'association pour la promotion des jumelages entre
les villes de France et les camps de réfugiés
palestiniens compte aujourd'hui soixante-trois communes adhérentes.
Toutes les tendances politiques y sont représentées,
à l'exception de l'extrême droite. Son initiateur,
Fernand Tuil, a mis en place en 1989 un jumelage - le premier
du type - entre le camp de réfugiés palestinien
de Dheisheh et la ville de Montataire (Oise). En janvier 2001,
l'association a invité des représentants de cinquante-neuf
camps de réfugiés (en Syrie, Jordanie, Liban et
en Palestine) afin d'impulser la création de nouveaux
jumelages avec des villes européennes. « Le jumelage
a un intérêt primordial, celui de tisser des liens
entre les hommes. Il permet à des Français de
découvrir la culture palestinienne, de mieux connaître
la situation et de contrecarrer l'idéologie qui taxe
les Palestiniens de terroristes », indique Fernand Tuil.
Du 29 au 3 décembre 2001, l'association a organisé
le voyage d'une délégation de 134 élus
(européens, nationaux et locaux), syndicalistes, universitaires,
associatifs et... citoyens. Douze villes y ont participé
: Champigny, Dignes-les-Bains, Évry, Karhaix Plouergue,
Limay, Mantes-la-Ville, Monchy-Saint-Éloi, Pierrefitte,
Roubaix, le San de Saint-Quentin-en-Yveline, Saint-Denis et
Trelissac. Sur place, les rencontres officielles (consulat de
France, élus palestiniens et israéliens, Autorité
palestinienne) ont alterné avec des échanges avec
les ONG israéliennes et palestiniennes. « La plupart
des gens sont revenus profondément choqués, ébranlés
», affirme Fernand Tuil. À leur retour, une soixantaine
de meetings ont été programmés et des projets
concrets d'échanges prennent forme.
Une goutte d'eau dans un océan de violence ? Peut-être.
Mais sans conteste une cause qui mérite le voyage.
Véronique Berkani
Le
rapport de l'Onu
L'Onu a rendu public le 20 décembre 2001 une étude
portant sur l'impact de la politique de bouclage des territoires
palestiniens occupés et autonomes, adoptée par
les autorités israéliennes depuis le début
de la deuxième Intifada. Les pertes, en termes de revenus,
subies par les Palestiniens, sont comprises entre 2,4 et 3,2
milliards de dollars. Les revenus fiscaux de l'Autorité
palestinienne ont baissé de 57 % pendant les neuf premiers
mois de la crise. Au niveau local, les municipalités
se sont concentrées sur les services de première
nécessité. Le taux moyen de demandeurs d'emploi
dépasse désormais 35 % de la population active.
Enfin, le nombre des personnes vivant au-dessous du seuil de
pauvreté devrait dépasser 46 % de la population
fin 2001, soit le double par rapport au début de l'Intifada.
Campagne civile internationale pour la protection du peuple
palestinien 37, rue d'Amsterdam 75008 Paris
E-mail : palestine@noos.fr
- Fax : 01 48 56 80 16
Association pour la promotion des jumelages entre les villes
de France et les camps de réfugiés palestiniens
Mairie 60160 Montataire - Tél. : 03 44 64 44 04 À
consulter aussi : www.solidarite-palestine.org