L'Adels vous propose de participer au débat de deux façons.
- Contribuez, en amont, en envoyant
avant la soirée du 15 novembre vos contributions
écrites par e-mail à territoires@adels.org,
que nous metrtons à disposition du public sur cette page.
-Participez à la soirée
débat en écrivant à adels@adels.org.
L'animation de cette soirée sera préparée
en fonction des contributions reçues.
Serge Depaquit introduira la soirée débat.
Pourquoi une soirée interactive consacrée à
la crise civique ?
Interview de Serge Depaquit, vice-président
de l’Adels, à l’occasion de la sortie du
livre Renouveler la démocratie : oui, mais comment ?
(Adels, 2005). Un article paru dans le numéro 461 d'octobre
de Territoires.
La démocratie incertaine
Territoires : Renouveler la démocratie...
est un livre qui vous tient à cœur et que vous avez
écrit à partir d’une réflexion collective,
associative. Quelle est son histoire ?
Serge Depaquit : L’Adels sera bientôt vieille de
cinquante ans. Elle a des acquis, de l’expérience
en termes de démocratie et de développement local.
Seulement, depuis sa création, de l’eau est passée
sous les ponts, et beaucoup de choses ont changé. Les
membres de l’association ont voulu vérifier point
par point si les acquis théoriques qui nous servent de
base de réflexion correspondaient bien au présent
pour, le cas échéant, les développer en
fonction de ce qui fait vraiment l’actualité, aujourd’hui.
Cette volonté de revisiter notre projet associatif s’est
accompagné d’un constat : nous sommes face à
une crise très profonde de la démocratie. Alors
nous avons jugé que la première chose à
faire était de comprendre ce qui se passait. Si l’on
veut agir, changer les choses, cela n’est pas possible
sans cette compréhension des mutations en cours. La description
de l’ampleur de la crise du lien au politique représente
donc la première partie du livre. Nous avons essayé
de la décrypter avec précision. Après chaque
élection, on nous explique les raisons de l’abstention
et des votes d’évasion par des arguments qui tiennent
de la conjoncture politique, ou du manque de proximité
des candidats… Autant de raisonnements qui ne sont pas
faux, mais qui ne vont pas au fond de la réalité
de la crise.
Quelles sont donc les grandes raisons de cette crise ? S. D. : Je crois que la crise
de la politique est d’abord une crise du rapport au futur.
La politique, c’est à la fois la formation d’une
mémoire partagée et une projection collective
sur l’avenir. Or, aujourd’hui, celles-ci sont en
panne parce qu’on est dominé par des questions
de gestion et qu’on est dans l’abolition du projet.
Et ces non-représentations collectives du passé
comme du futur se conditionnent l’une l’autre. La
politique perd alors son sens, le citoyen ne voyant plus à
quoi elle sert, comment elle peut changer les conditions de
vie de chacun. Le résultat est un appauvrissement du
débat démocratique : à tort ou à
raison, on ne voit plus qu’à la marge les différences
de politique entre la droite et la gauche.
Plus profondément encore, je crois qu’il y a une
crise de l’hégémonie (au sens gramscien
du terme) dans la société. J’entends par
là que les gens ne se reconnaissent plus majoritairement
dans un système commun de valeurs, dans une idéologie
ou même une culture. Cela signifie que, au-delà
de toute tendance politique, c’est la direction de la
société elle-même qui n’est pas claire.
Ce que l’on savait faire avant ne fonctionne plus : les
idéologies jadis dominantes sont aujourd’hui caduques,
la mondialisation, bien au-delà du simple plan financier,
change totalement la donne, et face à tout cela, la politique
a beaucoup de mal à rester porteuse d’un projet
de changement social. Tout ceci affecte particulièrement
la gauche. L’évolution du mot réforme est
en cela significatif : il est devenu synonyme d’annonce
d’une régression sociale à venir…
Nous avons besoin au contraire d’un réformisme
de conquête sociale.
La crise de la démocratie, c’est
donc la crise des politiques ?
S. D. : Pas tout à fait. C’est une crise
du rapport des citoyens à la représentation qu’il
ne faut pas réduire à une crise du ou des politiques.
Elle a une dimension sociale essentielle à comprendre
: celle de la société de l’incertitude.
On a régulièrement le sentiment de vivre dans
un monde en accélération, où l’on
n’arrive plus à suivre les mutations, notamment
technologiques. Mais on oublie tout aussi régulièrement
de dire que ce n’est pas vrai sur les plans social et
économique. On montre au contraire dans le livre que,
sur le plan social, on vit une tendance à la rigidification
des statuts, à la panne de l’ascenseur social qui
se double d’une absence collective et individuelle de
lisibilité de l’avenir. Contrairement à
la situation pendant les trente glorieuses, le fils n’est
pas en condition de croire qu’il va vivre mieux que son
père. Là encore, l’imaginaire collectif,
notamment des jeunes générations, en est considérablement
modifié. Le fond de la destruction du rapport à
la politique est dans ce phénomène qui fait que
la politique intègre, peut-être involontairement,
dans son action et dans son organisation, la société
de l’incertitude.
Crise culturelle, crise de nos projections
sur l’avenir, n’y a-t-il pas aussi des explications
plus institutionnelles, notamment des dysfonctionnements ou
des mutations dans le champ de la démocratie locale ?
S. D. : Bien sûr. Ce sont même des facteurs
qui nous concernent particulièrement à l’Adels.
Les lieux de prise des décisions se sont totalement éclatés
dans l’emboîtement progressif des territoires. L’accès
aux informations, aux acteurs pertinents est plus complexe que
jamais. La citoyenneté, pour se renouveler, doit prendre
cela en compte, se redéployer sur de nouvelles échelles,
acquérir de nouvelles compétences collectives.
Mais parallèlement et plus globalement, nous devons redéfinir
les termes du contrat démocratique, ce que l’on
a essayé de mettre en travail dans la seconde partie
du livre.
Quelles sont les voies de renouveau ?
S. D. : Nous sommes partis d’une évidence
souvent oubliée : la citoyenneté, ce n’est
pas seulement le vivre ensemble et la sociabilité, c’est
aussi le gouvernement de la Cité. C’est donc une
question de partage du pouvoir de décision. Aujourd’hui,
prendre une décision implique les élus, bien sûr,
mais aussi une multitude d’acteurs, de savoirs, de compétences,
d’institutions pour qu’elle soit la meilleure possible
en terme de pertinence, mais aussi parce qu’elle a besoin
d’un soutien large au sein du corps social pour être
efficace. Cette nouvelle manière de faire implique un
besoin de formation du jugement public. Les élus sont
confrontés à la complexité des situations
à trancher, et s’il n’intègrent pas
le partage du savoir, des compétences et, finalement,
du pouvoir, leur action sera de moins en moins appropriée
aux véritables enjeux et donc de moins en moins acceptée.
Ce passage d’une ancienne conception de l’action
publique, qu’il n’est pas question de dénigrer
mais de dépasser, à un renouveau, représente
un enrichissement de l’exercice démocratique, avec
notamment la mise en place de processus décisionnels
neufs. On peut citer quelques espaces publics de délibération
développés dans le livre : les conseils de quartier,
à condition de penser précisément leurs
contenus et leurs objectifs ; les budgets participatifs ; certaines
formes rigoureuses d’évaluation démocratique
; les conférences de consensus ; les jurys citoyens,
etc. Autant d’outils qui peuvent être mis en œuvre
à tous les niveaux de notre système démocratique,
particulièrement aux échelles locales et régionales.
Dans la période à venir, le débat citoyen
devrait nous permettre de faire remonter des propositions de
réformes institutionnelles nouvelles que l’on soumettra
aux candidats pour sortir du système actuel de monarchie
élective. Il est temps que le personnel politique comprenne
qu’il y a un besoin de changements fondamentaux pour renouveler
la démocratie et stopper la dégradation constante
des liens entre les citoyens et leurs représentants.
Propos recueillis par Nicolas Leblanc
Les contributions reçues
L'Adels met en ligne les contributions écrites au débat.
Elles sont à télécharger au format *.rtf.
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03- Néolibéralisme ou développement durable...
il faut choisir, Par René Passet, professeur émérite
d’économie à l’université Paris
1 Panthéon-Sorbonne, membre fondateur d’Attac,
ancien président de son premier conseil scientifique,
et aujourd’hui président d’honneur. (64ko)