Depuis une vingtaine d’années, nous assistons au développement
plus ou moins affirmé d’une démocratie de proximité,
basée sur la consultation(1) et l’information des citoyens
au niveau local : CICA, référendum local, Conseils de Quartier,
enquêtes publiques… Il s’agit d’une « reconnaissance
législative du droit des habitants à la participation locale
»(2) . Parallèlement, il existe une volonté nouvelle(3)
et concomitante de prendre en compte la parole des personnes, en tant
qu’« acteurs » des dispositifs publics au regard notamment
des plus démunis : Comité de liaison locale ANPE qui associe
les chômeurs, Instance d’usagers au sein des CAF, participation
des associations aux instances locales de l’insertion (CLI, CDI,
etc.)… Les associations y jouent d’ailleurs un rôle
prépondérant, dans la mesure où elles sont censées
représenter ces populations. Elles sont ainsi reconnues comme des
acteurs incontournables des politiques locales.
Pourtant il nous arrive de constater l’impossibilité pour
les personnes vivant l’exclusion ou une forme d’exclusion
de se faire entendre dans ce contexte pourtant affichée de concertation
avec les habitants, dans le cadre de la démocratie locale, ou de
consultation dans le cadre la prise en compte de la parole des «
usagers ». Est-ce que le fait de vivre une situation d’exclusion
rend illégitime sa parole ? Les conditions pour entendre cette
parole sont-elles aujourd’hui réunies ?
Paradoxalement, nous constatons un accompagnement de plus en plus distancié
des personnes en exclusion de la part des acteurs sociaux traditionnels.
Leur action étant de plus en plus guidé par le concept de
gestion du social ; ceux-ci disposent de moins en moins du contact relationnel
quotidien avec les personnes, premier espace de la parole des exclus.
C’est dans cet espace que de nouveaux acteurs sociaux se sont immiscés,
tirant leur légitimité de leur relation de proximité,
et aujourd’hui ils tendent à devenir des médiateurs
entre les Sans- voix et les acteurs sociaux traditionnels.
Or, c’est bien sur la base de l’expérience de terrain,
de la connaissance des situations vécues au quotidien de l’intérieur,
et des solidarités qu’ils expérimentent, que l’expertise
des Sans-voix devrait être reconnue. Afin qu’ils puissent
participer au débat public, il faut pouvoir les interpeller, les
écouter et les prendre en compte. Ecouter la parole des Sans-voix
est devenue nécessaire. La question ne serait plus de discuter
cette nécessité, mais bien de savoir comment la mettre en
œuvre.
(1) Le modèle français de démocratie locale, tel
qu’il est voulu par le législateur et reproduit par les édiles,
se réfère clairement au principe consultatif, et plus rarement
à celui de la concertation. La mise en place des instances de consultation
s’accompagne souvent d’une confusion des termes consultation/concertation/participation,
qui pourrait laisser penser qu’elles constituent également
des instances de participation (voir de cogestion)….
(2) Cf. article de Marion Paoletti, Un projet inutile et nuisible in Libération
du 23/07/2001.
(3) Cf. par exemple la Loi de Prévention et de lutte contre les
Exclusions du 298 juillet 1998.