Accueil au Palais des congrès, Samedi 29 mars de 9 h à 9
h 30
Préparation : La Villede Villeurbanne (Jean Berthinier)
et le Forum de la gauche citoyenne (Henri Jacquot).
Introduction et animation : Jean Berthinier - adjoint
au maire de Villeurbanne, Henri Jacquot - Forum de la Gauche Citoyenne
Intervention : F.T.C.R. (Fédération des
Tunisiens pour une Citoyenneté des Deux Rives) 3, rue de Nantes
75019 Paris. tél. : 01 46 07 54 04 - fax : 01 40 34 18 15. ftcr@club-internet.fr
> texte introductif
Il est banal de s’inquiéter de la dépolitisation,
qui est plutôt une perte de crédit des politiques. On s’interroge
alors, à juste raison, sur ce qui peut l’expliquer dans les
pratiques de la « classe politique ». Ne faudrait-il pas s’interroger
aussi sur la façon dont est définie la citoyenneté,
et ce qui est couramment appelé le « contrat républicain
» ?
Utiliser le mot « citoyenneté », ou bien encore «
le » citoyen, est d’ailleurs caractéristique de la
volonté d’abstraction qui fonde la tradition républicaine.
Dans la sphère politique, républicaine et laïque, ne
peuvent se retrouver les différences, voire les inégalités,
qui marquent la sphère des activités privées : chacun
est égal, parce qu’identique, vis-à-vis des droits
politiques, droit de vote, libertés publiques etc…
Cette conception a eu une fonction historique de rupture avec les cloisonnements
inégalitaires d’Ancien Régime, et a sa grandeur :
vouloir imposer les mêmes droits et devoirs à tous, au-delà,
et malgré les hiérarchies et différences qu’apportent
l’âge, le sexe, les milieux, les origines ou les cultures.
Cependant, comment ne pas constater aujourd’hui, sans retomber pour
autant dans une version étroite de la critique marxiste de la politique
comme simple instance « superstructurelle », que cette abstraction
dissimule mal l’inégalité des conditions concrètes
d’exercice des droits politiques ? Sous-représentation des
femmes, abstention massive et vote protestataire des jeunes, des populations
défavorisées, ou issues de l’immigration. Aussi grave
que le rejet « des politiques » est l’idée que
« la politique » ne saurait répondre aux questions
posées dans la vie concrète de chacun.
La revendication de la parité pour les femmes, suivie de mesures
législatives, a, pour la première fois dans la tradition
politique française, posé cette question de l’exercice
concret des droits politiques pour une catégorie particulière
de citoyens. Au-delà de l’évaluation que l’on
peut déjà faire de cette première évolution,
ne faut-il pas trouver également des moyens pour que la participation
politique concerne aussi les jeunes, les exclus, les immigrés,
par la reconnaissance de leur situation spécifique dans le champ
politique ?
Ces moyens doivent-ils revêtir nécessairement des aspects
institutionnels (inscription automatique et permanente sur les listes
électorales, droit de vote des étrangers résidant
pour les élections territoriales et européennes…)
ou rester de l’ordre des transformations à opérer
dans les pratiques quotidiennes de citoyenneté (démocratie
participative, ou mieux délibérative, et pas seulement représentative…)
?
Cette interrogation est d’ampleur, puisqu’elle pose la question
du « modèle français d’intégration »,
à entendre au sens large. Mais elle concerne aussi les collectivités
locales qui, par diverses modalités, tentent d’apporter des
réponses : conseil de jeunes, de résidents étrangers,
des anciens etc… ou bien encore les associations : groupe de femmes,
associations de jeunes, ou communautaires, souvent soucieuses d’être
reconnues en tant que telles par les politiques.
Le débat peut donc porter aussi bien sur les problèmes de
fond qui concernent la « République d’aujourd’hui
», que sur les solutions concrètes expérimentées
ici ou là.
> contribution 1 : "Entreprise,Salariés
et Pratiques Politiques" par ESP-LYON
Les contributions au ateliers sont livrées
telles que reçues à l'Adels, elles n'engagent pas l'association.
Cette contribution a été proposée par les Equipes
Syndicales et Populaires (E.S.P.) au dernier Congrès de l'UDF.
Jacques Petit qui en a été le rédacteur et le rapporteur
souligne la portée générale des éléments
contenus qui peuvent s'appliquer à la majorité des formations
politiques en France.
La sous représentation dans le monde politique, des salariés
des entreprises est injuste et elle devient pénalisante pour l’ensemble
des Français. Le rôle moteur qu’ont pris peu à
peu ces personnes de statuts différents, mais travaillant dans
un contexte commun, est pourtant prédominant pour l’évolution
de notre pays. Leur faible nombre est notoire chez les élus et
très insuffisant au niveau des militants notamment dans nos fédérations.
Sans vouloir prioritairement être élus, plus de représentants
du monde économique pourraient apporter des pratiques qui enrichiraient
notre mouvement ( cf. annexe ). Leur faible représentation contribue
profondément au décalage grandissant avec la France réelle
dans un pays où l’éducation et la formation, donc
les différentes « cultures » jouent un rôle important.
Il importe de donner toute sa place à la « culture »
du monde des entreprises à coté de celle des juristes, des
professeurs, des experts en administration etc...
Le déséquilibre tient autant de la pratique des entreprises
que de celle relative au statut des élus. Les ESP sont bien conscientes
que seule, une convergence entre le travail des législateurs et
le comportement des chefs d’entreprise, sera susceptible d’être
efficace. Elles entendent donc aider l’UDF à participer au
rééquilibrage progressif du rôle politique légitime,
que doivent pouvoir jouer dans le devenir du Pays, tous les citoyens quelle
que soit leur activité.
D’une analyse de la composition de l’Assemblée Nationale
se dégagent deux éléments :
*Sur plusieurs législatives le déséquilibre, entre
le poids des catégories professionnelles et leur représentation
parlementaire, tout comme ses causes, ne varie pratiquement pas.
*Il serait réducteur de ne considérer que le seul rapport
de l’influence respective des fonctionnaires et des salariés
du secteur privé. Beaucoup d’autres « cultures professionnelles
» interviennent.
En fait les grandes familles socio professionnelles se classent en ordre
d’importance décroissante de représentativité
comme suit :
*Les professions libérales qui regroupent 5 % en France des travailleurs
actifs (*) représentent 104 élus soit 18 % des députés
( soit 1 pour 3.300 ). La seule famille juridique dispose de 37 sièges
( 1 pour 1.622 ) et la famille métiers de la santé de 48
sièges.
*Les fonctionnaires, les cadres et autres personnels du public qui regroupent
30 % des actifs (*) regroupent 213 élus soit 38 % des députés
( soit 1 pour 30.000 ). Sur ce total 193 députés proviennent
des rangs des hauts fonctionnaires, des enseignants et des cadres du public
( 1 pour 6.409 ).
* Les acteurs du secteur privé qui regroupent plus de 60 % ( 14
millions sur un total de 23 ) des actifs (*) comptent 97 élus soit
17 % des députés ( soit 1 pour 150.000 ). Sur ce total 74
correspondent aux cadres du privé ( 1 pour 20 000 ).
Les E.S.P. sont particulièrement concernées par la population
salariée aussi ont-elles commencées à travailler
dans ce domaine en complément et hors du champ syndical (qui en
France à une stratégie déclarée de coupure
avec la vie politique).
Elles expriment le souhait que l’UDF, qui se livre à un important
effort de prise en compte de l’évolution de notre société,
intègre son groupe de travail dans un axe national coordonné
par un élu chef de file.
Les ESP actuellement en plein redéploiement participent à
l’arrivée de nouveaux adhérents.
Nombre d’entre eux sont sensibles au fait souvent ignoré
que notre parti dispose depuis des décades d’un groupe spécifique
proche de leurs attentes en tant que « citoyens-partie prenante
du monde de l’entreprise ». Il est clair que plus de soutien
de la part des dirigeants de l’UDF faciliterait la création
de nouvelles équipes dans toute la France. Cela augmenterait pour
notre famille politique le nombre de nouveaux militants à partir
d’une population largement majoritaire et peu sensible aux idéologies
globalisantes.
La notion de « responsabilité sociale des entreprises »
( R.S.E.) prolonge peu à peu dans les sociétés les
plus performantes, et en la rendant plus concrète, celle de l’
« entreprise citoyenne ». Beaucoup de patrons "anticipateurs"
décident, dans l’intérêt direct et à
plus ou moins long terme de leur gestion, de prendre en main cette mission.
Ils souhaitent prévenir une aggravation de la cassure entre la
création de valeur par les entreprises et sa redistribution dans
l’ensemble de la société.
Il y a là une opportunité pour convaincre un noyau de dirigeants
d’examiner les conditions pouvant permettre la participation de
leurs salariés à l’action publique. Quelques uns d’entre
eux qui sont prêts à un échange sur ce plan l’ont
déjà entrepris depuis longtemps. En liaison avec des consultants
et des universitaires nous pourrions ainsi préparer avec eux des
expérimentations nouvelles.
Le déploiement au plan de l’ Union Européenne est
une source d’innovation pour beaucoup d’entreprises . Les
premières comparaisons établies à partir des Parlements
allemands et anglais montrent l’importance traditionnelle que ces
assemblées accordent, en les accueillant nombreux en leur sein,
aux représentants des salariés. Il est vrai que dans ces
pays les syndicats sont en relation structurée et inter communicante
avec le monde politique ce que nous ne connaissons pas en France. Il y
a un vide à combler et une opportunité pour l’UDF
mais il ne s’agit en aucune façon pour nous d’une défense
quelconque de statuts particuliers qui demeure de la seule responsabilité
des partenaires sociaux.
(*)Les données de base proviennent de l’Assemblée
Nationale (15/05/02) et de l’Insee ( 07/01
Annexe : Quelques apports spécifiques de la culture d’entreprise
La reconnaissance de l’identité véritable de la France
moderne engage à tenir compte entre autres des meilleures pratiques
des acteurs de l’entreprise. L’entreprise n’est pas
uniquement une structure capitaliste mais aussi une communauté
d’intérêts.
L’ interface des ESP avec le monde économique permet de s’adresser
à quasi la totalité des niveaux sociaux en faisant appel
à leur environnement quotidien commun :
. Rechercher un équilibre entre les nécessités du
marché et les légitimes préoccupations sociales :
question essentielle qu’ont à résoudre les démocraties
modernes.
. Apprendre à gérer des antagonismes apparents dans un «
espace » qui doit rester dynamique et commun.
. Savoir conserver ses valeurs propres dans un monde où compétition
et coopération coexistent vis à vis des concurrents les
plus féroces.
. Savoir passer très vite d’une vision d’ensemble à
une décentralisation efficace.
Savoir anticiper et Conduire le changement en gardant son identité.
De nouvelles pratiques dans un certaine nombre d’entreprises quant
à la gestion des ressources humaines et du temps libre permettent
heureusement de libérer un périmètre de motivations
et de disponibilités nouvelles. Cela renforce souvent l’efficacité
des sociétés qui peuvent investir sur ce plan.
> contribution 2 : "Secteur
Privé et Partis Politiques" par Jacques Petit, Groupe de travail
ACADI*
Les contributions au ateliers sont livrées
telles que reçues à l'Adels, elles n'engagent pas l'association.
Nous vivons une des rares périodes de notre histoire où
les éléments les plus moteurs de la société
ne participent que marginalement à la gestion politique. Après
les différentes catégories sociales successives qui ont
modelé notre pays, les salariés des entreprises jouent collectivement
aujourd’hui un rôle essentiel dans la vie contemporaine. La
comparaison entre le nombre de leurs représentants et celui de
ceux du secteur public ou des professions libérales est révélatrice.
Elle indique que l’identité des partis correspond de moins
en moins à celle du pays réel et concourt ainsi à
une indifférence grandissante vis à vis de la politique..
Les causes du déséquilibre sont multiples: origines socioprofessionnelles
favorisées, rémunération souvent insuffisante et
non prise en compte de la reconversion des élus, pratique du cumul
des mandats, non-différenciation des différents niveaux
du pouvoir politique et organisation uniformisatrice des partis.
Si une plus juste représentation politique devient une nécessité
en France cette évolution ne dépend pas uniquement du monde
politique :
* Les exigences légitimes du management ne créaient pas
jusqu’à présent une situation très favorable
à l’implication des acteurs de l’entreprise dans le
militantisme politique. De ce fait leur présence est en proportion
très significativement inférieure à leur poids démographique
et leur contribution à la valeur ajoutée du pays. Or les
données d’une bonne gestion des ressources humaines évoluent.
Les modifications qui interviennent dans le déroulement de la vie
active ( succession de phases à objectifs différents ) et
dans celle des sociétés ( ATT, contre effets de la mondialisation…)
peuvent libérer un champ de motivation et de disponibilité
nouveau pour les salariés des entreprises.
Or de nombreux salariés et entrepreneurs, ont pris toute leur place
dans les tensions d’adaptation des entreprises françaises
au monde moderne. Ils doivent pouvoir aussi participer, dans leur statut
de citoyens, à la recherche d’une plus grande efficacité
dans l’exercice de la vie politique. Les acteurs du privé
peuvent notamment faciliter la recherche d’un équilibre si
décisif de nos jours, entre les rudes nécessités
du marché et l’indispensable préoccupation sociale
qui façonnent les démocraties modernes. L’expérience
qu’ils acquièrent dans leurs organisations peut être
précieuse en politique. Notamment la pratique des antagonismes
et des paradoxes qu’ils apprennent à gérer pour assurer
un développement commun. Une plus grande participation de dirigeants,
de cadres et de salariés en général contribuerait
à rendre les partis plus créatifs, plus efficaces et plus
représentatifs. Sans une prise en compte de leur apport il sera
notamment difficile au Politique d’assurer une régulation
efficace de l’Economique
Dans un premier temps l’aménagement d’un contexte plus
favorable dans les entreprises rendrait possible une implication militante
plus grande dans les structures des formations politiques. Il est vrai
qu’actuellement pendant leur vie active, rares sont les membres
de cet univers professionnel qui désirent, peuvent ou même
pensent, à faire une véritable carrière politique.
Cela limitera le nombre des élus issus de leurs rangs. Cela ne
s’oppose pas à l’exercice d’une plus grande influence
à l’intérieur des appareils, de la part de personnes
qui au delà de leur métier veulent participer à la
vie de la cité.
* Parallèlement le monde politique manque de projets réellement
partagés avec les citoyens, il vit dans un univers plus ou moins
clos qui le conduit à relativiser sa mission de gestion de l’intérêt
public. Un sondage de la Sofres indique dés 1998 que seulement
31% des Français ont le sentiment d’être bien représentés
par une formation politique. Plus récemment un autre sondage a
annoncé qu’environ 70% de ceux-ci souhaitent un candidat
aux présidentielles qui ne soit pas issu des partis. Il est probable
que les partis politiques qui sauront réactualiser l’origine
socioprofessionnelle, la nature, l’importance et le rôle interne
de leurs militants aborderont mieux l’avenir.
De nos jours le militantisme se résume souvent, plus par une adhésion
relativement passive aux propositions des élus. Le faible nombre
de militants par rapport à ces derniers réduit leur capacité
d’influence ce qui nuit à la démocratie interne des
partis. Cette situation limite l’apport de projets par des militants
que nous qualifierons de “ porteurs d’initiatives ”
car enrichissant les réponses à donner aux attentes de nos
concitoyens. Sans un sursaut nous risquons de voir se developper une démocratie
aléatoire, celle des émotions recueillies par un vote électronique.
Seul un militantisme renouvellé permettra d’éviter
des candidatures trop souvent auto proclamées par « un club
des élus » de plus en plus hermétique.
Dans un monde de plus en plus complexe et évoluant très
vite, les partis du futur pourraient s’organiser autour de deux
exigences qui deviennent à la fois de plus en plus nécessaires
et complémentaires. Celle d’une “ logique des militants
”, plus à long terme et plus audacieuse et celle de la «
logique des élus » qui reflète la contingence de leurs
responsabilités. Les représentants de la culture de l’entreprise
pourraient encourager un passage plus rapide de la vision à la
prise de décision et à sa mise en oeuvre. Il paraît
en effet nécessaire de compenser l’ excès de culture
juridique et administrative de nos différentes institutions.
* Une démarche volontaire de réajustement nécessite
une impulsion qui doit provenir tant des dirigeants et des syndicats que
des leaders politiques. Elle pourrait être initiée dans le
cadre des Régions par des expérimentations préparées
en accord avec les partenaires sociaux. La saine émulation qui
pourrait en résulter rendrait possible une plus grande fluidité
des carrières politiques et une adaptation plus rapide de notre
pays aux changements. Cet effort pour une organisation plus pertinente
et plus juste des débats implique un travail de la société
civile tant à l’extérieur qu’au sein même
des partis.
Cette action apporterait sa contribution à une pratique plus opportune
des clivages (pour solutionner les véritables attentes des électeurs),
à leur utilisation à bon escient (le moins possible a priori)
et à la nécessaire différenciation des comportements
trop uniformes des partis (chaque niveau politique a ses missions et ses
enjeux propres). Cette évolution ne correspond pas à la
recherche de compromis réducteurs mais à la nécessité
de gérer des forces contraires dans un espace citoyen commun. Elle
ne supprime pas la légitimité du combat entre les grands
courants politiques mais peut le rendre plus efficace.
Il n’y a pas de fatalité et nos voisins européens
connaissent moins ce décalage d’identité qui provient
tant de notre culture managériale que politique. Nous pouvons le
réduire en nous appuyant sur les facteurs de changement qui émergent
aujourd’hui en France. Le métissage des expériences
et des savoir-faire est en général une source de progrès.
Le monde politique français aurait avantage à élargir
ses horizons et le monde des affaires pourrait y trouver une nouvelle
dimension citoyenne.
NB. Notons enfin sur le plan pratique, qu’en se développant
dans le champ politique, “ le net ” peut offrir au militant
de base un outil que la plupart des acteurs de l’entreprise connaissent
souvent bien et qui est adapté aux fluctuations de leur disponibilité.
La “ cyber-militance ” est aussi à inventer !
*ACADI : Association de Cadres Dirigeants de l'Industrie
pour le progrès social et économique, à Lyon, a publié
plusieurs notes sur la revitalisation de la vie démocratique en
France.