Animation : Francine Depras DRD, Raymond Vasselon DRD Saint Etienne
(Démocratiser radicalement la démocratie) - http://www.budget-participatif.org/
Interventions :
• Claude Laguillaume - Médecin de Santé Publique,
animateur du réseau de Santé Communautaire
• Coordination contre l'autoroute A51
> texte introductif
La République a été un formidable instrument de valorisation
de la « volonté générale » au travers
des notions d’intérêt général, de bien
public, de choix rationnellement construit par un Etat soucieux et garant
du principe d’égalité. Le pouvoir pour tous ne s’est-il
pas trop vite satisfait de l’adhésion par « consentement
» à ces principes portés par la puissance publique
?
Ces principes ont-ils perdu de leur validité dans une société
qui revendique la liberté comme un bien privé capable d’arbitrer
des choix de société ? sont-ils suffisants et essentiels
pour avancer dans la démocratie participative ?Face à la
montée des formes diversifiées de désintérêt
et de défiance à l’égard de la sphère
politique, ne doit-on s’orienter vers un nouvel apprentissage de
la vie publique qui donne à chacun les moyens d’exprimer
sa volonté dans le cadre de débats argumentés ?
Comment construire le pouvoir de tous ? dans quel espace de décision
et d’exécution ? quels outils ? quelle conception du rôle
des techniciens, des économistes, des experts ?quelle organisation
? quelles limites ? comment accepter le conflit et en faire les bases
d’une élaboration nouvelle de la volonté générale
?
La problématique sera approfondie et éclairée par
des contributions locales comme suit :
Les institutions ne sont plus en phase avec la société.
Elles ne permettent ni de répondre à l’exigence de
participation citoyenne ni à celle-ci de s’exercer. Elles
fonctionnent toujours sur le mode autocentré de l’application
des décisions du haut vers le bas, du centre vers la périphérie.
Les organisations qui y sont représentées (pas seulement
les partis politiques, les syndicats mais aussi les associations) en subissent
les conséquences. Il y a une défiance : le pouvoir est confisqué,
ceux qui ont des responsabilités dans les institutions apparaissent
comme un groupe qui s’est approprié le pouvoir et qui veut
le conserver à tout prix (on parle de classe politique).
La critique atteint maintenant les associations, elles-mêmes accusées
d’être instrumentalisées quand elles touchent des subventions
et qu’elles sont professionnalisées et spécialisées
dans ce qu’on appelle parfois l’ingénierie sociale.
La centralisation et la hiérarchie « aspirent » le
pouvoir de réflexions et de décisions et le concentrent
au « sommet » et « au centre ». Certes la centralisation
a été précieuse et efficace lorsque le nombre de
ceux qui étaient suffisamment instruits et qualifiés pour
diriger était réduit : concentrer pouvoirs et moyens entre
leurs mains (bien sûr ils étaient totalement intègres
et dévoués à la cause publique... ?) était
un point de passage quasiment incontournable. Mais leur action a produit
du développement économique, social et culturel qui a élargi
sans cesse le nombre de ceux qui peuvent prétendre à la
responsabilité et qui donc vivent la concentration comme une aliénation.
Aujourd’hui la capacité d’élaboration, de projection
et de construction socio-politique est très décentralisée
sur les territoires. De plus, avec le progrès des moyens de communication,
elle est très mobile. Les rapports centre - périphérie,
sommet - base sont totalement bouleversés.
Voici ce que dit Michèle Riot-Sarcey historienne à propos
du débat qui agite la gauche traditionnelle :
« …Nous évoluons dans deux directions : soit la valorisation
des mouvements sociaux, des mouvements anti-mondialisation, … soit
la reproduction du système politique, venant de partis certes affaiblis,
mais qui cherchent à séduire les acteurs des mouvements
sociaux, tout en conservant les mêmes structures de désignation
des responsables et des candidats à la représentation politique…
Pour construire une véritable alternative, encore faut-il dresser
un bilan critique du passé, notamment pour ce qui concerne la reproduction
des piliers du système hiérarchique… L’idée
d’émancipation collective a été conçue
dans l’objectif unique de la prise du pouvoir d’Etat, on a
laissé de coté l’apprentissage du processus d’émancipation
individuelle qui bien sûr implique le respect de l’autre,
la responsabilité… certains, ont très peur d’imaginer
autre chose… qui ne soit pas fondé au fond sur l’irresponsabilité
du plus grand nombre ».
D’un autre point de vue, selon Marcel Gauchet ( in la Démocratie
contre elle-même ) annonce un rôle de l’Etat sécurisant
versus sécuritaire qui tient à la dépossession économique
et financière des nations.
« Si l’état a été irrémédiablement
défait en tant qu’instrument d’une maîtrise politique
de l’économie, il ne s’ensuit aucunement que l’heure
est à son dépérissement. Au contraire. Plus nous
allons devoir vivre avec ce principe de dépossession sans remède
inscrit dans la mobilité industrielle et financière, plus
les fonctions de cohérence , de protection, de formations remplies
par l’état seront décisives. »