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En blogs pour 2008 : Voix
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Syn-chronique :Nouveau mandat : l'information municipale Les 50 dernières années
vues à travers les pages de Correspondance municipale,
puis de Territoires
La terre vue du fiel : Oups,
le living ! par Jean-Stéphane Devisse
et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Interview de Serge Bonnefoy, secrétaire
technique de l’association Terres en villes.
Comment définit-on
l’agriculture périurbaine, et quelle est son importance
?
Avant de définir l’agriculture périurbaine,
il faudrait définir le périurbain, ce qui est
toujours difficile parce que, par définition, il s’étend
en permanence. Il existe différents types de territoires
périurbains, ce que l’on a appelé les premières,
secondes et troisièmes couronnes. Cette typologie est
maintenant à nuancer, les choses sont de plus en plus
complexes, mais ce qui reste vrai c’est qu’il y
a des territoires extrêmement différents. Ceux
sur lesquels nous travaillons sont des territoires périurbains
à proximité d’agglomérations importantes,
disons les vingt à trente premiers kilomètres
autour des grandes villes. Et dans ces zones, l’agriculture
périurbaine subsiste et est même très importante
: en 2000, 44 % des exploitations agricoles françaises
se trouvaient en zone classée " périurbain
" par l’Inséé ! Il faut ajouter beaucoup
de zones de maraîchage inclues directement dans les villes
centres et les agglomérations. L’ensemble forme
une agriculture urbaine et périurbaine qu’il ne
faut absolument pas négliger.
Ces terres agricoles sont-elles menacées
? Et quels sont les enjeux de leur sauvegarde ?
Les enjeux sont multiples : paysagers, en termes de qualité
de vie, de liens sociaux, mais aussi d’économie
et d’écologie. La disparition de cette agriculture
serait un manque très important pour l’attractivité
des territoires urbains. Et pourtant, effectivement, ces terres
sont menacées. D’abord par l’étalement
urbain : on estime que 60 000 hectares par an de terres naturelles
et
agricoles disparaissent en France, dont un tiers directement
dû à l’étalement urbain, qui fait
aussi beaucoup de dégâts " indirects ",
en morcelant les parcelles, en compliquant la circulation des
engins agricoles, voire en engendrant des pollutions urbaines
qui baissent la productivité des terres.
Comment en est-on arrivé là
?
La France fait particulièrement figure de mauvais élève
en Europe de ce point de vue. D’abord, parce que l’agriculture
française s’est spécialisée dans
la production de masse et la monoculture, ce qui a distendu
les liens que les campagnes entretenaient historiquement avec
les villes, les éloignant des marchés urbains.
Ce mouvement a conduit à ce que les ceintures vertes
des agglomérations soient fragilisées et reculent.
Autre cause : la France n’a pas cru bon de mettre en place
une planification urbaine suffisamment efficace, contrairement
à d’autres pays européens, ce qui a favorisé
l’étalement.
L’agriculture périurbaine est-elle aujourd’hui
mieux reconnue comme un enjeu de la construction de nos agglomérations
? Quels sont les outils que vous souhaitez mettre en avant pour
mieux la préserver, voire la développer ?
C’est un enjeu qui n’est pas encore jugé
prioritaire, mais qui est quand même de mieux en mieux
reconnu. Il a d’abord était traité au plan
local, par des acteurs qui ont inventé des réponses
innovantes, dans la région lyonnaise dès 1979,
puis vers Grenoble en 1984 ou encore autour d’Aubagne
en 1990. Aujourd’hui, l’agriculture périurbaine
devrait faire l’objet d’une politique dans toutes
les agglomérations ; cela devrait d’ailleurs être
une compétence obligatoire. Pour ce qui est des outils,
ils sont de deux ordres. D’abord améliorer notre
planification urbaine. Les Schémas de cohérence
territoriale et les Plans locaux d’urbanisme ne suffisent
pas ; un premier pas est la mise en place de périmètres
de protection et de mise en valeur des espaces agricoles et
naturels périurbains (PAEN, loi du 23 février
2005 relative au développement des territoires ruraux)
au niveau départemental. Mais on est encore dans un système
où le problème du différentiel entre les
fonciers bâti et non bâti reste trop important.
Deuxième axe de travail : promouvoir le marché
des circuits courts. Cela touche autant la vente directe des
produits agricoles que le passage par un grossiste ou même
la vente en supermarché, à condition que l’on
reste dans le cadre d’une production locale consommée
localement, avec le moins d’intermédiaires possible.
Parce que l’agriculture est le meilleur lien entre les
villes et leurs arrières-pays. Propos
recueillis par Nicolas Leblanc
Le conseil général
du Val-de-Marne s’est doté d’une mission
démocratie participative qui appuie les services du département
souhaitant mener des actions de concertation. Une manière
de propager des savoir-faire, mais aussi d’aider les agents
à saisir le sens d’une révolution participative,
lente, mais en route.
La mission démocratie participative du conseil général
du Val-de-Marne a, sur le papier, des finalités identiques
à bien des services ou missions en charge des relations
avec les habitants. Pourtant, elle n’est pas, à
l’image de la plupart de ses homologues, spécialisée
dans la gestion de dispositifs tels que les conseils départementaux
de concertation (lire page 30) ou dans la gestion d’événements,
type rencontres ou assises de la démocratie participative.
Depuis janvier 2007, elle a fait de l’accompagnement des
services dans l’élaboration de processus de démocratie
participative ainsi que de l’appui méthodologique
ses activités principales. Ses actions de formation et
de production d’actions propres visant à favoriser
la diffusion de la démocratie participative ne viennent
qu’en complément de cette activité de ressource.
" C’est un choix stratégique, qui considère
que la démocratie participative est une composante de
l’ensemble des politiques du département ",
explique Daniel Breuiller, conseiller général
délégué à la démocratie participative,
et maire d’Arcueil. " L’enjeu est d’aider
chaque direction, chaque élu, à professionnaliser
ses pratiques de démocratie participative. Il s’agit
d’accompagner les services sur des projets qu’ils
souhaitent mener de façon participative. " Un positionnement
qui révèle la volonté de miser sur le rôle
que peuvent jouer les agents des services dans la diffusion
de la culture participative. Car ces derniers constituent souvent
le sommet oublié du triangle élus, habitants,
techniciens, quand on ne leur reproche pas de freiner les initiatives
participatives. " La démocratie participative ne
se joue pas qu’entre les élus et les habitants.
Les techniciens ne sont pas un écran qui empêche
de rencontrer les habitants. L’administration est un élément
du système et doit clairement intégrer ce rôle
", estime Pascal Jarry, chef de projet à la mission
démocratie participative. Sophie Largeau, elle aussi
chef de projet, fait part de la " volonté de rentrer
dans une expérience plus professionnalisante de la concertation,
pour que la démocratie participative soit partie intégrante
des projets. "
Coconstruction avec les services
Proposée par Daniel Breuiller en octobre 2004, la mission
démocratie participative est installée en avril
2006. Elle rassemble trois chefs de projets, qui ont chacun
leurs domaines de référence. La mission est rattachée
à la délégation générale
à la citoyenneté et au développement durable,
sous la direction de Boris Petroff, pour qui ce rattachement
est fondamental : " Dans la même entité administrative,
nous abordons ainsi les différentes facettes d’une
gestion qui place le citoyen au cœur de la dynamique publique
: démocratie participative et développement durable,
mais aussi gestion des temps et rythmes urbains, territorialisation
et, donc, gestion de proximité. " Cette délégation
dépend elle-même directement du directeur général
des services, ce qui facilite la transversalité et accroît
la légitimité de ses actions. La mission démocratie
participative intervient uniquement à la demande d’un
service, pour résoudre un problème ou mettre en
place un projet. Elle n’a pas pour objectif d’imposer
aux services de conduire des démarches participatives
dans leurs projets, ni de juger s’ils conduisent bien
ou mal les processus de participation. La mission n’agit
pas non plus " pour " ou " à la place
" des services, et son travail ne consiste pas à
communiquer des recettes toutes faites. L’accompagnement
consiste plutôt à la formulation de conseils, d’orientations
pour aider les services à mettre eux-mêmes en place
les processus participatifs. La mission intervient " avec
" le service qui conserve la main sur son projet. "
Au début, certains services ont été surpris,
car ils s’attendaient à un travail d’animateur
de la concertation ", se souvient ainsi Sophie Largeau.
" Notre mode d’action permet de ne pas créer
dans les services une dépendance par rapport à
nous : nous ne voulons pas être la béquille indispensable,
ni l’alibi démocratique ", précise
Aline Guérin, la troisième chef de projet. "
Nous visons l’autonomie des professionnels en les aidant
à se forger une compétence et des repères,
pour que le recours à la participation devienne un réflexe
et un atout qui facilite la gestion de leur projet. "
Faire vivre des expériences
Un automatisme qui doit aussi être présent chez
les élus, et que Daniel Breuiller s’efforce de
développer en parallèle : " Au nom du président
du Conseil général, j’essaie de capitaliser
les acquis de la démocratie participative et de faire
des propositions nouvelles à l’exécutif
et à l’assemblée départementale,
ou à l’occasion des comités de pilotage
mis en place pour différents projets. " Développer
de tels automatismes nécessite de mettre en place des
nouvelles formes de dialogue entre élus et techniciens,
de changer les pratiques, de modifier les équilibres
de pouvoirs au sein du conseil général. La mission
démocratie participative essaie de contribuer à
cette évolution des dynamiques managériales vers
plus de participation. Pour Pascal Jarry, " la modernisation
de l’administration et la diffusion de la démocratie
participative sont à mener en parallèle. Et, parfois,
la démocratie participative peut progresser plus vite.
" Aussi, la mission a mis en place toute une série
d’étapes visant à impliquer dans les processus
de concertation toute la hiérarchie du service demandeur.
Par ce biais, la mission accompagne, si besoin, les services
pour préciser l’engagement des élus dans
la démarche. " Nous essayons de faire vivre des
expériences où chacun est à sa place, habitants,
élus, techniciens, sans souci de hiérarchie, ce
qui permet une libre circulation de la parole et libère
la créativité ", explique Aline Guérin.
Laurent Sochard, responsable de formation à l’école
nationale d'application des cadres territoriaux (Énact)
d’Angers, insiste ainsi sur le fait que " diffuser
des pratiques de démocratie participative passe par la
mise en place de nouveaux modes de management. Il faut mettre
de la transversalité, ce qui subvertit les relations
pyramidales. Mais expérimenter un pouvoir différent,
plus difficile à lire que celui hiérarchique,
pyramidal, est toujours perçu comme inquiétant.
Il faut d’abord clarifier les relations en interne et
les objectifs et, après, on trouvera facilement les citoyens
pour participer. Le renouvellement de la démocratie passe
par le renouveau des pratiques des élus et des techniciens,
et non par un changement d’attitude de la part des citoyens.
Il faut arrêter de focaliser sur les mauvais citoyens.
"
Une dent de plus
L’accompagnement fait l’objet d’une évaluation
en interne. Chaque projet implique de manière différente
les trois chefs de projet de la mission. L’un est référent
du projet, il le suit au jour le jour. Un second aide le référent
à prendre du recul dans les phases délicates,
il dialogue avec lui quand des interrogations se posent. Enfin,
le troisième reste extérieur au quotidien du projet,
se rendant ainsi disponible pour réaliser le bilan de
l’accompagnement fourni par la mission avec le service
concerné, une fois le projet achevé. Pour les
acteurs de la mission, c’est un des moyens qui leur permet
de réinterroger constamment leurs pratiques et leurs
outils. Car si l’appui méthodologique implique
une inventivité face à chaque projet, les acteurs
de la mission formalisent le travail réalisé afin
de pouvoir disposer d’un socle d’intervention commun,
qu’ils cherchent sans cesse à enrichir. Une démarche
critique essentielle selon Laurent Sochard : " Les savoirs
et les compétences ne sont rien s’ils ne sont pas
assortis d’un questionnement éthique, d’une
posture critique pour éviter les pièges de la
démocratie participative, c’est-à-dire tomber
dans l’injonction de la participation sans se poser les
questions des objectifs, de la finalité. " La logique
consistant à se doter d’une mission transversale
où l’intérêt n’est pas centré
sur le dispositif mais sur l’accompagnement des acteurs
(habitants, élus, agents) permet de mettre au service
de l’ensemble de la collectivité une autre méthode
de travail, qui ne va pas sans bouleversement organisationnel
ou hiérarchique. Un cap difficile à franchir (la
ville de Besançon, par exemple, a cette ambition affichée
dans un projet de service, dont la mise en place peine à
être effective), et qui explique que les services démocratie
participative, quelle que soit l’échelle territoriale,
optent souvent pour la gestion de dispositifs, même si
c’est pour mettre ces derniers au service des agents :
animation de conseils de quartier pour que les agents puissent
venir y présenter leurs projets, comme à Rezé
; travail d’appui auprès des élus et services
pour la préparation des réunions de quartier effectuée
par la mission citoyenneté et territoires à Nantes.
D’autres optent pour l’accompagnement de facto,
informel, comme à Lanester. " Les instances de démocratie
participative fonctionnent bien à Lanester. Mais on s’aperçoit
que les élus et les services "consultent pour consulter",
sans se poser de questions. J’essaie de les sensibiliser
par exemple sur la question de l’opportunité ou
non de saisir un conseil de quartier ", indique Gilles
Naudin, en charge de la direction de la citoyenneté,
" lorsque je suis informé de la saisine des conseils
de quartier ou d’une autre instance participative de la
ville, j’essaie de faire un travail de préparation,
de faire réfléchir les élus ou services
demandeurs sur leurs intentions vis-à-vis de la participation.
" Pour Laurent Sochard, " l’intérêt
de l’accompagnement est essentiel, sans quoi la démocratie
participative court le risque d’être une dent de
plus dans le râteau organisationnel. C’est toujours
plus facile d’avoir un élu et un service faisant
de la démocratie participative dans leur pré carré
que de mettre en place une organisation capable d’irriguer
la démocratie participative dans d’autres services.
Or, la démocratie participative ne doit pas être
à part, ou en plus, mais une façon de produire
de l’action locale, quel qu’en soit le thème.
" Sabrina Costanzo