Brèves : Radio
droit de cité à Mantes-la-Jolie, La maison de
la citoyenneté à Kingersheim, Campagne de thermographie
aérienne à Reims
En blogs pour 2008
: Les cahiers de doléance
du 3e millénaire chronique de Christophe Oléon,
blogmaster grenoblois www.greblog.net
Portrait Dominique Massé
Pays en chantier : Le
Beat y est bon chronique d'Olivier Dulucq, délégué
général de l'Unadel
Actualités
L'événement
: Droit au logement : que restera-t-il
de l'hiver 2007 ?
L’ébulition de M'ric
Brèves : Mariages
sous surveillance, Quelle utilité pour le vote électronique
?, Une place pour les associations dans le renouveau politique.
Syn-chronique : L'architecture
à la portée des citoyens Les 50 dernières années
vues à travers les pages de Correspondance municipale,
puis de Territoires
La terre vue du fiel : Les
enfants du bon dieu et les canards sauvages par Jean-Stéphane Devisse
et Christophe Beurois, Médiation et environnement
Familiariste, contrôle social, insertion
économique et sociale, éducatif, développement
local et autonomie : autant de référentiels permettant
d’évaluer les politiques jeunesse
Bagneux : Une conférence pour un
dialogue permanent par Sabrina Costanzo
À Bagneux, jeunes, élus et professionnels
de la jeunesse inventent d’autres façons de dialoguer.
Grenoble - Berriat : La culture de
la relève par Aline Chambras
L'association Cap-Berriat milite pour une citoyenneté
active des jeunes en accompagnant leurs projets
Grenoble - Jouhaux-Teisseire par Aline Chambras
Le dispositif animation mis en place en 2002
dans le quartier Jouhaux-Teisseire peine à trouver ses
marques.
Communauté
du pays de Vendôme : Une politique change d’échelle par Nicolas Leblanc
Dans la communauté du pays de Vendôme,
le transfert de la politique jeunesse au niveau communautaire
s’est accompagné d’un changement d’orientation
politique.
Reportage Berre-l’Étang : Les naufragés
du maraîchage
InternationalKenya : Un nouveau cycle des forums sociaux
mondiaux
Analyses
À quoi servent les
télévisons locales ?
par Yolande Riou, auteure de Les télévisions locales
et la participation citoyenne, mémoire de sociologie
Conflits locaux : de nouvelles scènes
de production territoriale ? par Patrice Melé, géographe
rencontre avec Jean-Claude Ameisen, professeur
d'immunologie à la faculté de médecine
Xavier Bichat / université Paris 7 et co-rapporteur avec
Chantal Deschamps et Mario Stasi de l’avis du Comité
consultatif national d’éthique pour les sciences
de la vie et de la santé (CCNÉ) Sur La santé
et la médecine en prison (décembre 2006).
L’avis du comité
d’éthique, comme tous les rapports sur les prisons
françaises publiés depuis 2000, est très
sévère, et pointe des faits accablants sur l’état
de santé et la prise en charge des détenus.
Des milliers de personnes souffrant de maladies mentales graves
(dont 4 000 schizophrènies) sont détenues en prison
au lieu d’être soignées dans des hôpitaux
psychiatriques. Malgré la loi du 11 février 2005
pour l’égalité des droits des personnes
handicapées, des milliers de personnes en situation de
handicap sont détenues en prison dans des conditions
incompatibles avec le respect de leurs besoins et de leur dignité.
Chaque année, plus de cent personnes se suicident en
prison, et plus de cent autres meurent de maladie ou de vieillesse
malgré la loi du 4 mars 2002 qui prévoit la suspension
de peine en fin de vie. Chaque année, 60 000 personnes
présumées innocentes sont placées en détention
provisoire dans des maisons d’arrêt, où elles
vivent dans des conditions de promiscuité et d’hygiène
dégradantes. Chaque année, des détenus
sont maintenus à l’isolement disciplinaire pendant
des durées qui risquent de porter atteinte à leur
santé mentale… Ce non respect du droit à
la protection de la santé, pourtant inscrit dans le préambule
de notre constitution, traduit un problème plus large
: un non respect des droits fondamentaux et de la dignité
de la personne détenue. Pourquoi tant de rapports, réalisés
par les institutions françaises et européennes
les plus reconnues, ont-ils eu si peu d’effet ? Pourquoi
tant de lois, d’articles du code de procédure pénale,
du code de la santé etc. ne sont pas appliqués,
ou ne le sont que partiellement ? Pourquoi tant d’inertie,
tant de refus de voir et d’agir, quand il s’agit
de la prison ? Il y a dans notre société une confusion
entre la notion de sanction légale et volonté
de punir, de faire souffrir, ou de se venger. Nous pensons qu’il
est temps que notre société s’engage dans
une véritable réflexion sur le sens de la peine
et le sens de la prison. La prison est l’institution de
la République à laquelle revient en dernier recours
la charge d’appliquer la loi. La loi prévoit que
la détention est une sanction définie par la seule
privation du droit d’aller et venir librement. La prison
ne peut être un lieu où le détenu n’a
pas accès aux autres droits fondamentaux garantis à
chacun notamment le droit à la protection de sa santé.
La prison doit être un lieu de réinsertion et non
de déshumanisation ; de vie et non de mort ; de santé
mentale et non de folie. Un lieu qui permette le maintien des
liens affectifs et familiaux du détenu : les trop rares
Unités de visite familiales doivent être généralisées.
Et, selon les termes de Robert Badinter, " la prison doit
demeurer l’ultime recours, l’ultime " : la
détention provisoire doit, comme le prévoit la
loi, être une exception, et non la règle ; et les
peines de substitution prévues par la loi doivent enfin
être réellement mises en œuvre.
Plus habitué aux questions de
bioéthique, le Comité consultatif national d’éthique
a-t-il hésité avant de répondre à
la saisine de l’Observatoire international des prisons
(OIP) sur la situation sanitaire des prisons françaises
?
Ce n’est pas la première fois que le CCNÉ
s’engage dans une réflexion sur des problèmes
d’éthique médicale qui ne sont pas directement
liés à des avancées récentes de
la science : c’était déjà le cas,
par exemple, de l’avis Fin de vie, arrêt de vie,
euthanasie en 2000 ou de l’avis Refus de traitement et
autonomie de la personne en 2005. On a souvent tendance à
oublier à quel point la " bioéthique "
moderne plonge ses racines dans des problèmes qui concernent
le respect élémentaire de la dignité humaine.
Ainsi, la notion de " consentement libre et informé
", un des fondements actuels de l’éthique
biomédicale moderne, est née en 1947 du jugement
de Nuremberg. L’avis du CCNÉ a été
approuvé par trente-huit des quarante membres, deux ayant
rédigé des contributions complémentaires,
qui sont d’autant plus intéressantes qu’elles
expriment deux points de vue opposés : pour l’une,
ce n’est pas le rôle du CCNÉ de se prononcer
sur de tels sujets, qui sont avant tout des sujets de société
; pour l’autre, le CCNÉ aurait dû aller plus
loin, et aborder la question du sens même de la peine
et de l’utilité de la prison. Ces deux contributions
ont le mérite de révéler clairement la
ligne de crête qu’a suivie notre avis.
Propos recueillis par Nicolas Leblanc
par Jean-Claude Richez, responsable de l’unité
de la recherche, des études et de la formation à
l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation
populaire (Injép)
Les politiques locales
de la jeunesse se forgent dans les représentations que
les adultes ont des jeunes. Décryptage.
Historiquement, il faut attendre la deuxième partie du
20e siècle pour voir apparaître une préoccupation
en matière de politique jeunesse. Dans les années
30, avec le Front populaire, le temps des loisirs se développe,
avec la nécessité d’encadrer la jeunesse.
L’idée est qu’il faut la contrôler
pour éviter qu’elle ne devienne délinquante.
L’État développe alors son pouvoir de contrôle.
Sous le gouvernement de Vichy, l’État va élaborer
des projets liés aux problématiques de la jeunesse
en développant l’agrément des associations.
La IVe République délègue les problématiques
de jeunesse aux associations, comme les Francas, les MJC ou
Léo Lagrange, qui sont alors très puissantes.
Avec la Ve République, l'État reprend le contrôle,
à travers deux axes. D’une part, en développant
les équipements de proximité (centres sociaux,
MJC, club 1000), d’autre part, en créant le Fonjép
(Fonds de coopération de la jeunesse et de l’éducation
populaire, lire Territoires n°463) qui va être le
début d’une professionnalisation des acteurs. Par
la suite, la question de la jeunesse ne sera plus jamais aussi
fortement portée, mais abordée par le biais des
politiques d'insertion, et des politiques de la ville. À
ce jour, on constate un éclatement des politiques jeunesse
entre plusieurs secteurs (secteur temps libre, secteur sport,
culture, santé, emploi) dans lesquels si les questions
de jeunesse sont plus ou moins prises en compte, la jeunesse
reste rarement envisagée de façon globale. Pour
analyser les politiques jeunesse, on peux utiliser six idéaux
types,
ou référentiels.
1 - Le référentiel " Familialiste "
L’idée est que la jeunesse ne relève pas
du politique, mais reste dans la sphère familiale. Ce
référentiel repose sur une représentation
des jeunes comme mineurs, donc incapables sur le plan juridique,
déresponsabilisés et sans droit propre en dehors
de la famille. Notre société est encore marquée
aujourd’hui par cette idée de renvoyer les jeunes
à leur famille.
2 - Le référentiel " Contrôle social
"
L’idée est qu’il faut surveiller les jeunes
et, au besoin, les punir. On part ici d’une affirmation
: les jeunes sont un danger. Cette idée se développe
depuis les années 50, notamment à travers la prévention
spécialisée. Il faut donc occuper les jeunes pour
éviter les dérapages. De cette idée sont
nés les contrats vie-ville-vacances.
3- Le référentiel " Insertion économique
et sociale "
L’idée est de considérer le jeune comme
un problème. Il présente des déficits personnels
(échec scolaire, inadaptation au travail…) qu’il
faut pallier. Ici, l’origine sociale des difficultés
est minimisée au bénéfice d’un traitement
individuel des carences.
Ce référentiel est apparu dans les années
80 devant la montée du chômage des jeunes et la
volonté d’y apporter un traitement social.
4- Le référentiel " Éducatif "
L’idée est que la jeunesse n’est qu’une
question d’éducation. La référence
scolaire est dominante. Il n’existe pas d’espace
éducatif en dehors de l’école et du service
public de l’éducation. L’éducation
informelle est peu considérée, de même que
le rôle des familles. On peut considérer que ce
système pousse les parents à la " démission
".
5- Le référentiel " Développement
local "
Référentiel assez récent, qu’on rencontre
dans les zones en difficulté, notamment dans le monde
rural inquiet du vieillissement de la population et de la faiblesse
démographique. Ici, le jeune est perçu comme une
ressource, un potentiel indispensable à la survie des
territoires. Pour conserver les jeunes sur un territoire, il
faut offrir aux familles et aux jeunes des services publics
et un temps libre de qualité. La politique touristique
est alors également dirigée vers l’accueil
de jeunes.
6- Le référentiel " Autonomie "
Modèle récent et progressiste où le jeune
est considéré comme un véritable acteur
impliqué dans la construction de son parcours, un citoyen
en puissance qui peut s’exprimer, participer à
la vie publique, s’engager. Ces politiques développent
l’accompagnement des initiatives des jeunes et les instances
de participation en privilégiant les démarches
de responsabilisation.
En croisant ces référentiels avec les différents
domaines d’intervention des politiques jeunesse (éducation,
logement, santé, sports, loisirs, citoyenneté,
transports et mobilité…), on peut construire une
grille d’analyse intéressante au niveau local,
en incluant le caractère implicite ou explicite des mesures,
et les articulations existantes ou non. Par ailleurs, la combinaison
de ces référentiels deux par deux donne trois
modèles de représentation des jeunes.
famille / éducation : le jeune est un mineur, à
élever, à éduquer.
Contrôle / insertion : le jeune est en difficulté
ou dangereux.
Développement local / autonomie : le jeune est une ressource.
Il faut tenir compte des effets de champ (un modèle pouvant
influer sur les autres référentiels) et des effets
sociologiques (profil socioculturel plus ou moins favorable
à la mise en œuvre d’un modèle). Le
contexte démographique peut être déterminant
dans l’apparition de certaines dynamiques, de même
que la manière de penser le rapport entre générations.
Il faut alors s’interroger sur la place que l’on
donne aux jeunes et sur la manière plus ou moins équitable
avec laquelle ils sont traités. Ces modèles peuvent
aider les institutions à analyser leurs représentations
de la jeunesse et à interroger les orientations politiques
mises en places ou souhaitables, en fonction des particularités
locales. Jean-Claude Richez
Les huit invariants d’une politique
jeunesse réussie
1. Pas de politique de jeunesse sans volonté politique.
2. Nécessité de professionnels qualifiés.
3. Faire accepter ses projets et missions et non pas créer
le besoin selon un appel d'offres.
4. Créer un multi-partenariat : culture commune à
construire (les réseaux de mutualisation de professionnels
sont très importants).
5. Importance de l'éducation non formelle portée
par des associations qui est une plus value. Souvent les associations
solides sont plus pérennes que les élus et portent
donc la mémoire.
6. Pour les jeunes, la dimension informelle de l’accueil
prime sur le projet qui leur est destiné.
7. Tenir compte de la problématique du logement dans
l’élaboration de politiques jeunesse, ainsi que
d’une mobilité géographique choisie et sécurisée.
8. Considérer la jeunesse de façon globale.