L’urbanisation du monde
Vers une planète – ville ?
Jean-Paul Duchemin, directeur de recherche
à l’IRD
Petite histoire du logemement en France
De l’inconfort à la précarité
Catherine Bonvalet, directrice de recherche
à l’Ined
Services publics : l’eau
La fin des mythes, le début des problèmes
Henri Coing, professeur émérite
à l’université Paris XII - Val-de-Marne
Parlons droit
Le référendum local
par Yves Delaire, avocat
Pour aller plus loin...
débats
Gouverner les villes
L’urbanisation, clé du renouveau politique
Gilles Vignon, directeur d’Orcades
Citoyenneté et gouvernance locale
Le territoire et la société monde
Pierre Calame, directeur de la Fondation Charles
Léopold Mayer
Politiques publiques territorialisées
À nouvelle donne, nouvelles pratiques ?
Yves Jean, géographe, université
de Poitiers
Développement
Tourisme durable et « Ville à vivre »
Monique Roullet-Caire, écomusée
du Montmorillonnais, et Gilles Caire, Groupe d’études
sur le développement économique et social, université
de Poitiers
acteurs
Conseil de développement durable
Décloisonner à Poitiers
rencontre avec Dominique Royoux, communauté
d’agglomération de Poitiers, et James Renaud, Conseil
de développement durable
Colombie
La métamorphose de Bogota
Ricardo Montezuma, directeur de la Fondation
Ville humaine
Bogota [suite]
Un modèle métisse, au-delà de la technologie
entretien avec Georges Amar, département
prospective de la RATP
Développement économique
/ micro-crédit
Réintroduire de la richesse dans les territoires
rencontre avec Hélène Chevalier,
Adie
micro-crédit [suite]
Bénin : des prêts contre la pauvreté
Michel Kouveglo, programme de crédit
épargne à Cotonou
> L'ARTICLE DU
MOIS
Gouverner les villes
L’urbanisation, clé du renouveau politique
par Gilles Vignon
Directeur d’Orcades, ONG d’éducation au développement
Devant les faillites
sociales et environnementales générées
par une urbanisation incontrôlée, les habitants
s'organisent et parviendront peut-être, à terme,
à faire bouger des pouvoirs centraux traditionnels plus
adaptés aux sociétés rurales qu'urbaines.
En quelques années, d’innombrables cafés
internet se sont ouverts dans les villes des pays en développement.
Pour 500 francs CFA, de jeunes Dakarois, le téléphone
portable autour du cou, surfent sur le web. Cette apparence
urbaine de l’Afrique est bien loin des représentations
de la case et de la paysanne avec sa houe, plus conformes
à nos images d’Épinal. Mais la réalité
est là. Malgré son « retard » sur
l’Asie et l’Amérique latine urbanisées
depuis plusieurs décennies, la population africaine
se presse de plus en plus vers les villes. Rattrapons cependant
nos anciennes représentations avant de les mettre au
rebut ! Car ce saisissant contraste entre l'Afrique rurale
(et traditionnelle) et urbaine (jeune et « branchée
») pourrait ne pas être insignifiant en matière
de processus démocratique.
Pour caricaturer, de nombreux dirigeants africains sont encore
perçus comme des chefs de tribu.
La plupart des décisions qu’ils prennent sont
motivées avant tout par la recherche de leurs intérêts
particuliers, puis par ceux de leur famille, et enfin seulement
par ceux d’un des peuples qui composent le pays, «
leur pays ». Leurs pouvoirs sont-ils pour autant sans
fondements ? Même si, souvent, la main de ces pouvoirs
est ferme, et que les soutiens internationaux leur permettent
de durer, ils ne sont pas dénués de légitimité
interne. Cette légitimité, ils la trouvent dans
le monde rural à travers le système traditionnel,
dont les références ne sont pas démocratiques.
Le chef est chef non pas parce qu’il est élu
pendant une certaine période, mais parce qu’il
est puissant et sage, et mis au défi de le rester.
Les plus jeunes, les moins instruits, les moins puissants
doivent le plus souvent rester muets sous l’arbre à
palabres, mais leur soumission au pouvoir leur laisse la certitude
d’accéder à une infime partie des bénéfices
que la puissance et la sagesse du chef fait retomber en cascade.
Attention aux jugements hâtifs. Ces systèmes
de pouvoir traditionnel peuvent être très efficaces
pour gérer une société. Ils reposent
sur des valeurs (par exemple le respect des anciens) pouvant
aussi inspirer nos systèmes occidentaux. Cependant,
ils sont naturellement plus adaptés à des sociétés
peu cosmopolites et le plus souvent rurales. Au-delà,
cela devient plus compliqué.
À l’échelle nationale, si chef de tribu
il y a, le pouvoir doit s’imposer aux autres peuples
qui composent le pays. Certains dirigeants ont l’intelligence
de laisser quelques postes d’influence à d’autres
chefs, leaders naturels d’autres peuples. La République
du Bénin semble être capable d’aller plus
loin. Une véritable intégration de ces alliances
de peuples et de régions au sein du processus électoral
laisse à penser qu’un syncrétisme entre
systèmes de pouvoir traditionnel et démocratique
est possible. Néanmoins, malgré des évolutions
encourageantes comme celle-ci, force est de reconnaître
que dans encore trop de pays, la domination d’un ou
de quelques peuples sur les autres est basée sur des
logiques de répression et d’exploitation.
Vulnérabilité urbaine
Ces pouvoirs centraux seront certainement très économes
de l’espace politique qu’ils accorderont aux pouvoirs
municipaux et aux citoyens. On peut d’ailleurs comprendre
pourquoi ils s’arc-boutent : légitimés
dans et par certains villages, ces pouvoirs « traditionnels
» se perdent en ville. Une vulnérabilité
urbaine attestée par le fait qu'un grand nombre de
coups d’État ont été réussis
parce que leurs initiateurs ont été capables
de s’accaparer quelques lieux clés de la capitale
(le palais présidentiel, le Parlement et la radio nationale
comptant généralement parmi les plus stratégiques).
Cette réalité pousse les pouvoirs centraux à
garder la plus grande maîtrise de la ville, de ses infrastructures
et de sa gestion. Une des formes les plus abouties de cette
volonté de tout maîtriser ne se traduit-elle
pas dans la stratégie qui consiste à transférer
purement et simplement les centres névralgiques du
pouvoir dans une ville dont on est le maître absolu
?
Vers des villes du Sud durables ?
Pendant ce temps, poussées par la crise, les populations
rurales partent en direction de la ville. Des zones d’habitation
où ni eau ni routes n’ont été prévues
émergent dans le dos des planificateurs. Les axes urbains,
quant à eux, s’engorgent sous l’affluence
de véhicules mal révisés, mal réglés
et donc très polluants. Les populations rurales peu
qualifiées pour les emplois urbains et un nombre important
de réfugiées de conflits se déroulant
dans les pays voisins ont du mal à être économiquement
assimilés. Des quartiers d’exclusion se forment.
La création de nouveaux débouchés, de
nouveaux marchés et d'opportunités pour une
diversification de l’économie sont à mettre
à l’actif de ce tableau urbain qui, sans cela,
serait apocalyptique. Mais, même si les retombées
économiques de l’urbanisation devenaient réelles,
elles ne parviendraient pas, à elles seules, à
compenser les faillites sociales et environnementales.
La conciliation des domaines économique, social et
environnemental, qui porte aussi le nom de développement
durable, apparaît sans doute comme l’objectif
à poursuivre pour éviter que beaucoup de grandes
villes du Sud deviennent des lieux de chaos. Les habitants
de Lagos seraient sans doute rêveurs si ils prenaient
connaissance de la définition que prête Soledad
Becerril Bustamante, actuel maire de Barcelone, à la
ville durable. Il la voit comme étant « celle
qui prendrait soin de fournir tous les services nécessaires,
celle qui consommerait l’eau strictement indispensable,
celle qui offrirait un transport public, qui ne ferait pas
de bruit et ne polluerait pas, celle qui serait fleurie de
toutes parts, qui est entourée de forêts et dans
laquelle il y a de grands espaces verts, celle qui dessinerait
avec attention la nouvelle périphérie et permettrait
l’intégration sociale, celle qui planifierait
la croissance sans épuiser le territoire, l’appauvrir
ou le remplir mètre par mètre. De cette ville
idéale ou ville durable, il est possible de s’approcher…»
1
Pas de démocratie sans citoyens
De pareilles merveilles urbaines sont-elles envisageables
au Sud ? Il n’y a pas de réponses homogènes
à cette question, les différences continentales
et les écarts de ville à ville étant
trop prononcés. Les difficultés n’atteignent
pas partout les mêmes proportions, et certaines villes,
notamment sud-américaines, ont déjà expérimenté
des politiques novatrices et efficaces. Mais il est en revanche
certain que rien ne sera possible tant qu’un véritable
espace politique, proportionné au territoire urbain,
et favorisant le dialogue entre les dirigeants, les citoyens
et les autres acteurs de la ville, ne sera mis en
place. Comme on l’a vu, ni l’ouverture de cet
espace de dialogue, indispensable pour atteindre les conciliations
sur lesquelles repose le développement durable, ni
un véritable transfert de compétences aux municipalités
ne sont facilement compatibles avec la nature de certains
pouvoirs centraux.
Bien sûr, on évoquera les politiques de décentralisation,
progressivement mises en place dans les différents
pays africains sous l’impulsion de puissances étrangères
et de leurs coopérations bilatérales. Mais,
même si la direction est la bonne, un ingrédient
fondamental a été oublié :
il n’y a pas de démocratie sans citoyens.
En Afrique, comme un peu partout, les populations urbaines
montrent leur capacité à s’organiser pour
pallier les défaillances de gouvernance locale. Comme
il n’y a pas de ramassage des ordures, comme les écoles
publiques sont inefficaces ou absentes de certains quartiers,
comme les banques classiques persistent à ne prêter
qu’aux riches du secteur formel, ces populations se
prennent en main, s’organisent et se cotisent. C’est
fort bien, indispensable même. Cependant, ces solutions
ont des limites, car on ne fait pas une politique avec une
juxtaposition de micro-projets. Et c’est pourtant bien
d’une politique capable de faire des projections, de
coordonner les énergies, de consulter les citoyens,
et finalement de trancher, dont ces villes ont besoin.
Les citoyens doivent donc se mobiliser un peu plus là
où un véritable espace politique local reste
à conquérir. Dans cette perspective, l’urbanisation
est peut-être porteuse d’espoir. Si la clé
à un accès plus large à l’éducation
se trouve en
ville, si celle-ci offre véritablement une plus grande
connexion au monde et si les impasses urbaines imposent la
nécessité de rechercher d’urgence des
solutions coordonnées, alors certains pouvoirs centraux
seront mis au défi ou bousculés. À l’image
des sociétés qui évoluent, un renouveau
politique, et pourquoi pas démocratique, peut venir
du bitume. l
gilles.vignon@orcades.org
1 Caroline Speirs, Le concept de développement durable
: l’exemple des villes françaises, L’Harmattan,
2003.
> POUR ALLER PLUS
LOIN
Contacts et sites internet
www.orcades.org
6 bis rue Albin Haller, zone République II, 86000 Poitiers.
Tél. : 05 49 41 49 11, orcades@orcades.org
www.tourismedurable.net
site d’articles et d’actualité sur le tourisme
durable et / ou participatif.
www.adie.org
site de l’Association pour le droit à l’initiative
économique.
4, bd Poissonnière, 75009 Paris. Tél. : 01 56
03 59 00, adie@adie.org
http://id-ong.org/
site de l’association Initiative et développement,
notamment porteuse du Programme crédit épargne
à Cotonou, Bénin.
29, rue Ladmirault, 86000
Poitiers. Tél : 05 49 60 89 66, id@id-ong.org
À lire
Actions internationales des collectivités locales - Décoloniser
la coopération, Territoires cahier 2, n°445, février
2004
Boston, Québac, Alberslund, Ziguinchor, Yaoundé,
Karachi... - Quand les habitants pansent le développement
urbain, Territoires cahier 2, n°430, septembre 2002
ONG de développement et mouvements sociaux - Partout,
renforcer la société civile, Territoires cahier
2, n° 426, mars 2002
La démocratie en miettes, pour une révolution
de la gouvernance, Pierre Calame, éditions Descartes
& Cie, 2003
Mobilités urbaines, éloge de la diversité
et devoir d’invention, Georges Amar, éditions de
l’Aube, 2004
Le logement, une affaire de famille, sous la direction de Catherine
Bonvalet et Anne Gotman, éditions L’Harmattan,
1993
Porto Alegre, les voix de la démocratie, Estelle Granet,
éditions syllepse et Charles Léopold Mayer, 2003
Faire la ville autrement, La démocratie et la parole
des habitants, Patrick Norymberg, éditions Yves Michel,
2001
Développement participatif urbain au Cameroun, éditions
du Gret, 1998
La maîtrise des services publics urbains organisés
en réseaux, Claude Martinand, Avis du Conseil économique
et social, 2001
Microcrédit : prêts pour l’avenir !, brochure
de 31 pages, Orcades
Les enjeux du développement durable, Le défi de
Curitiba, documentaire de Benoît Théau et Alain
Darrigrand, Orcades
Une ville par tous, nouveaux savoirs et nouveaux métiers
urbains, l’expérience de Fortaleza au Brésil,
Robert Cabanes, éditions Charles Léopold Mayer,
2000
Gouverner les villes avec leurs habitants, Catherine Foret,
éditions Charles Léopold Mayer, 2001
journal de TERRITOIRES
n° 448 - mai 2004
> L'ARTICLE DU MOIS
Pays des mauges
Un territoire rural en lutte contre l’effet de serre
Par Véronique Berkani, journaliste
Depuis plusieurs années, une association locale réhabilitait
le bocage dans le Pays des Mauges (Maine-et-Loire). Jusqu’au
jour où ses animateurs se sont aperçus qu’ils
pouvaient appuyer leur action sur un argument dans l’air
du temps : la lutte contre l’effet de serre. Depuis,
c’est le territoire tout entier qui s’est saisi
des problèmes environnementaux locaux et... planétaires.
Le Pays des Mauges occupe le quart Sud-Ouest du Maine-et-Loire,
entre Angers, Cholet et Nantes. Un paysage modelé par
le bocage et l’élevage bovin. Les Mauges sont
connues pour être le territoire des « usines à
la campagne » : pas une commune rurale qui n’ait
– ou n’ait eu – sa fabrique de chaussure
ou de textile. Parmi les plus fameuses, les épopées
des sociétés Éram, Catimini ou TBS ont
durablement marqué le tissu économique. Aux
plateaux succèdent coteaux et vallées, une topographie
en « tôle ondulée » qui a valu aux
Mauges son surnom de « petite Bretagne ». Voilà
pour le paysage. Pour ce qui est de l’inconscient collectif,
la « guerre de Vendée » occupe encore une
place de choix dans les esprits. Le mot d’ordre de 1793,
« Pour Dieu et le Roi », n’a pas totalement
été oublié et les anciens conservent
quelque chose de ces Chouans qui avaient voulu, malgré
la Révolution, rester fidèles à leurs
curés. « Les convictions ont changé, mais
l’esprit reste », pense Alain Jarry, maire de
Saint Quentin-en-Mauges. « C’est peut-être
en partie pour cette raison que les Mauges est le premier
territoire à bouger dans la région en cas de
difficulté », indique Emmanuel Leheurteux, chargé
du développement durable au Carrefour des Mauges (voir
ci-contre). Aujourd’hui, le territoire a troqué
sa devise catholique et monarchiste contre un adage environnementaliste
d’une actualité brûlante : « Luttons
contre l’effet de serre ». Initialement créé
pour développer le tourisme, puis la culture, le Carrefour
des Mauges s’intéresse depuis quelques années
à la lutte contre l’émission des gaz à
effet de serre au niveau local.
(Bo)cages à carbone
Tout démarre par une rencontre. En 2000, François
Falloux, jusqu’alors spécialiste du stockage
des gaz à effet de serre pour la Banque mondiale à
Washington, rentre au pays prendre sa retraite. Là,
il croise le chemin de l’association Mission bocage,
issue du CRDA des Mauges (antenne locale de la chambre d’agriculture)
et du Carrefour des Mauges, qui propose depuis 1991 un appui
technique au développement et à la valorisation
du bocage, décimé en grande partie par les remembrements,
les restructurations et les échanges entre agriculteurs.
Mission bocage le réhabilite pour son son rôle
de protection des champs et des animaux, pour sa fonction
de digue contre les inondations, contre l’érosion
des sols, pour sa source continue de bois, etc. François
Falloux souffle alors à l’association un argument
supplémentaire pour appuyer son action : le stockage
du carbone afin de lutter contre l’effet de serre. Du
local, on s’élève brusquement au niveau
planétaire. « Cette rencontre a été
l’élément déclencheur »,
indique Yves Gabory, directeur de Mission bocage. «
Nous n’avions en effet pas encore fait le lien entre
bocage et effet de serre. » Lors d’une réunion
d’information sur l’effet de serre en présence
de François Falloux, d’élus, d’agriculteurs,
d’associations et d’habitants, il est décidé
d’évaluer les capacités du bocage en matière
de stockage de carbone. Une première évaluation,
réalisée par l’ONG internationale ProNaturA,
révèle que le territoire possède un fort
potentiel 1. « Nous devons maintenant solliciter des
entreprises locales afin de financer du stockage de carbone
selon le principe “neutralité carbone“
(financement du stockage de carbone à hauteur des émissions
de gaz à effet de serre des entreprises) et mettre
en place un fonds de péréquation. Quelques entreprises
sont déjà partantes », indique Yves Gabory.
La machine était lancée, le territoire s’est
emparé de la question. Le 8 mars 2004, Mission bocage
signe une convention pour deux ans avec la région Pays-de-la-Loire
et le département du Maine-et-Loire qui apporteront
les premières aides à la replantation des «
bergeons » (petits îlots boisés en bout
de champs). Autre avancée notable : le département
a rendu les paillages naturels (écorces de scierie,
vieux foin) obligatoires dans la plantation des haies, au
lieu des bâches plastiques communément utilisées,
destructrices pour la biodiversité. Et Mission bocage
va plus loin : « Nous ne concevons pas qu’un paillage
provienne d’un lieu distant de plus de 20 km. Il est
aberrant, par exemple, de faire parcourir plus de 600 km à
des feutres 2 – de plus en plus utilisés pour
le paillage pour des raisons esthétiques –, alors
que des paysans du coin peuvent nous fournir du paillage naturel
», estime Yves Gabory. Un contrat vient d’ailleurs
d’être passé avec deux agriculteurs, dont
l’un a planté huit hectares de chanvre, une fibre
idéale pour le paillage, qui se dégrade très
lentement et ne nécessite ni désherbage, ni
insecticides et se montre peu exigeante en apports azotés.
Mission bocage souhaite d’ailleurs relancer la filière
de cette plante, historiquement présente dans la région.
Filière bois et tracteurs propres
Mission bocage fait également la promotion de la filière
bois, une énergie renouvelable qui ne contribue pas
au changement climatique. L’association, en convention
avec l’Ademe, travaille à la mise en place d’un
circuit court d’approvisionnement local en bois et tente
de convaincre les paysans – avec beaucoup de difficultés
– de valoriser leur bois. « Les agriculteurs ont
malheureusement une image négative de ce travail, qu’ils
voient comme une occupation de loisirs, et non comme une partie
intégrante de leur métier. Nous tentons de les
persuader qu’une heure passée à récolter
du bois de chauffage est plus rentable qu’une heure
consacrée à la production de lait… »,
argumente Yves Gabory.
Lors de la réunion d’information en présence
de François Falloux, il avait également été
décidé d’organiser un temps de rencontre
sur l’effet de serre, en lien avec le territoire. Les
premières Rencontres « Territoires et effet de
serre », organisées en novembre 2001 par le Carrefour
des Mauges, Mission bocage, ProNaturA international et l’École
supérieure d’agriculture d’Angers, ont
notamment attiré lors d’une soirée ouverte
au grand public près de 1 300 personnes au Palais des
congrès d’Angers. Suite aux deuxièmes
rencontres, en 2002, le Pays des Mauges répond à
un appel à projets de l’Ademe, ATEnEÉ
(Actions territoriales pour l’environnement et l’efficacité
énergétique) (voir ci-dessus). Les Mauges sont
retenues avec vingt-et-un autres territoires français.
Un programme de trois ans est mis au point par l’Ademe
et le pays pour engager réflexions et actions autour
de l’énergie dans les bâtiments, l’agriculture,les
entreprises, les transports, les énergies renouvelables,
etc. Concrètement, cela passe par des actions telles
que les « bancs d’essai tracteurs » la création
de parcs éoliens, l’amélioration de l’efficacité
énergétique dans l’urbanisme (notamment
à travers la révision des plans locaux d’urbanisme
afin de mieux exposer les maisons au soleil, plutôt
que de les aligner le long de la voirie), ou la mise en place
d’un point information énergie. Le banc d’essai
tracteurs se rapproche du contrôle technique automobile.
Une unité itinérante mise à la disposition
des agriculteurs par l’Association d’initiatives
locales pour l’énergie et l’environnement
(Aile), émanation de la Fédération régionale
des coopératives d’utilisation de matériel
agricole de l’Ouest, circule dans les Mauges depuis
plus de trois ans. Aile a constaté que le tiers des
5 000 tracteurs diagostiqués depuis 1995 était
en surconsommation. Une fois les réglages réalisés,
il est possible d’économiser 1,5 litre de fuel
par heure, ce qui représente en moyenne une économie
d’un millier de litres par an et par tracteur, donc
la non émission de 2,5 tonnes de CO2 par an. Pour l’agriculteur,
le gain net est de 250 euros dès la première
année et de 350 euros les suivantes. « Nous mettons
en avant le gain économique potentiel pour l’agriculteur
et nous expliquons également les effets bénéfiques
sur l’effet de serre », indique Emmanuel Leheurteux.
La préoccupation environnementale, souvent mal perçue
par les agriculteurs, oblige les animateurs du Carrefour des
Mauges à se montrer prudents pour ne pas braquer les
esprits.
Premières collines après
l’océan
En matière d’énergie éolienne,
les Mauges ne sont pas non plus en reste ; elles disposent
d’un fort potentiel éolien, étant les
premières collines que l’on rencontre après
l’océan. Après avoir constaté qu’en
France, les deux tiers des projets éoliens étaient
recalés par les préfets, quelques élus
locaux ont décidé d’anticiper le dialogue
avec les autorités déconcentrés de l’État
et d’établir un schéma d’installation
d’éoliennes dans les Mauges, en adéquation
avec le schéma régional déjà existant.
Une cartographie du potentiel éolien devrait être
prête en juin 2004 afin de déterminer les sites
susceptibles d’accueillir des éoliennes. La charte
devra définir quel type de développement éolien
les habitants des Mauges souhaitent, afin de préciser
des règles du jeu.
Mais aujourd’hui, le temps presse. Les techniciens du
pays craignent en effet de perdre leur crédibilité
si la communication sur la lutte contre l’effet de serre
n’est pas suivie d’effet. « L’aide
apportée par l’Ademe pour le programme ATEnEÉ
concerne principalement l’animation. Pour les actions
proprement dites, les moyens manquent et plusieurs de nos
projets sont déjà tombés à l’eau
à cause de ça », s’inquiète
Emmanuel Leheurteux. En effet, en dépit des discours,
les coupes sombres dans les crédits environnementaux
s’accélèrent. Les prochaines rencontres
« Territoires et effet de serre » auront lieu
en novembre 2004. D’ici là, il est impératif
que d’autres actions concrètes prennent corps,
sous peine de démobiliser tous ceux qui se sont fortement
impliqués jusqu’ici dans la démarche.
Véronique Berkani
1- 39 000 tonnes potentielles de carbone par plantation de nouvelles
haies, boisement de bergeons et arrêt des tailles en «
haies carrées » (dont on empêchait la pousse
en hauteur).
2- Le feutre s’obtient en frottant de la laine pour l’emmêler
et en faire quelque chose de solide. Non tissé, il est
cependant moins perméable et plus solide que le tissu.
Le pays des Mauges
La structure porteuse du Pays des Mauges est le syndicat mixte
des Mauges, qui regroupe six communautés de communes
(69 communes rurales). Le pays est actuellement en cours de
constitution, sa charte devrait être prête en juin
2004. L’ensemble des missions du pays sont confiées
à des associations de développement local : le
Carrefour des Mauges / Centre permanent d’initiatives
pour l’environnement (CPIE) Loire et Mauges (culture,
tourisme, environnement), Mission bocage (paysage agricole et
environnement), le Comité régional de développement
agricole et rural des Mauges (coordination, animation, conseil
en développement agricole), l’Association de l’habitat
des Mauges (habitat, aménagement et urbanisme) et le
Comité d’expansion des Mauges (économie,
emploi / formation, social, sport, observatoire de pays).
Le Carrefour des Mauges - CPIE Loire et Mauges fonctionne par
groupes de travail. Pour chaque projet, des personnes intéressées
sont réunies (élus, associations, agriculteurs,
etc.) pour formuler des propositions. Celles-ci sont ensuite
validées par les élus du bureau dans le cadre
d’un comité de pilotage.
Le réseau ATEnEÉ
Un réseau s’organise autour des vingt-et-un premiers
contrats ATEnEÉ (Actions territoriales pour l’environnement
et l’efficacité énergétique). Il
devra favoriser l’échange de pratiques et de
savoir-faire et apporter une aide méthodologique aux
chargés de mission. L’objectif est aussi de construire
une culture commune aux problématiques environnementales
et de développement durable dans les territoires.
Emmanuelle Albert, Entreprises, territoires et développement
Tél. : 01 43 92 68 13, e.albert@etd.asso.fr