Tsiganes,
migrants, saisonniers, usagers des transports...
Nous sommes tous des mobiles-hommes
Où comment la société appréhende les citoyens enmouvement
> le sommaire
Ville,
flux et société
La ville en trans- ?
par Paul Blanquart
Mobilité et organisation territoriale
Des modes de transport au modèle de société
rencontre avec Jacques Lévy
Conflans-Sainte Honorine (Yvelines)
La ville, le fleuve et l'autre rive
par François Hannoyer
Travailleurs saisonniers
Le météore, l’aspirant et le professionnel
par Marion Douarche
Migrations pendulaires
La mobilité non maîtrisée accentue la ségrégation
sociale
par Marc Wiel
À l’échelle planétaire
Panorama des migrations internationales
par William Berthomière et Isabelle Bouhet
Portrait de Kamal Mezoued
Le droit au voyage
par Véronique Berkani
Tsiganes et gens du voyage
Rapport au territoire, représentations et réalités
sociales
par Bernard Monnier
Les conséquences d’un arsenal réglementaire inapproprié
Vers une ségrégation croissante des familles tsiganes
par Jean-Baptiste Humeau
Demande et offre d’habitat des gens du voyage
Itinérance n’est pas errance
par François Lacroix
Habitat et mobilité
Loger des Tsiganes : une gageure ?
par Luc Monnin
Les Tsiganes et le droit
Histoire d’une législation imparfaite
par Jacqueline Charlemagne
Bilan des schémas départementaux d'accueil des gens du
voyage
Un accouchement aux forceps
par Jacques Picard
Portrait de René Debarre
«On nous déteste parce qu’on est libres»
par Sabrina Costanzo
Gens du voyage
Citoyens de seconde zone
par Marguerite Gille
Enfants du voyage, Grigny (Essonne)
Des classes « sas » pour être acteur de son apprentissage
rencontre avec Françoise Malique
> L'ARTICLE DU MOIS
Demande et offre d’habitat
des Gens du Voyage
Itinérance n'est pas errance
Par François Lacroix, Directeur de l’Association
départementale "gens du voyage de l’Essonne"
Les voyageurs ne sont pas des « gens de nulle part », ce que les
politiques publiques ont souvent cru bon d’oublier. Ainsi, ce sont des
politiques d’accueil qui sont pensées – et quelquefois mises
en œuvre -, rarement des politiques d’habitat. Il est donc temps
d’écouter demandes de ces populations, qui réclament rarement
des aires de stationnement. Exemple dans l’Essonne.
« Voyageurs », « Gens du Voyage », ces mots fabriqués
en France pour désigner des populations, à la suite de celui
de « nomades », sont chargés d’histoire, de sens
et de contre-sens.
• Histoire. Les carnets forain et anthropométrique (dit «
nomade ») sont créés en 1912 à la suite du carnet
ouvrier, qui réglemente au XIXe siècle la circulation des
ouvriers. Les nomades, nouvelle classe dangereuse du XXe siècle.
Ne sachant pas nommer et reconnaître l’identité culturelle
(manouche, sinti, rom, gitane…), la France perçoit et nomme
des populations à travers le mode de vie particulier qui semble les
caractériser le plus : le nomadisme. L’approche culturelle
niée, seule subsiste l’approche sociale qui prend, selon les
époques, des tonalités diverses qui souvent se cumulent :
le danger social, le handicap social, la pauvreté, la marginalité.
Et le « nomade » concentre en lui toutes les figures de l’altérité
sociale, faute d’avoir été reconnu dans son altérité
culturelle.
• Sens. Bien sur, la mobilité - une mobilité particulière
attachée au logement et à l’économie - fait partie
de l’histoire, de la mémoire et de la vie quotidienne de nombreux
groupes tsiganes. Le rapport à la mobilité marque ainsi l’identité
Tsigane, mais de manière très diverse d’un groupe familial
à l’autre. Pour certains, elle est la marque de la distinction
culturelle. Pour d’autres, elle est une des couleurs collectives de
l’identité. Pour tous, elle dit cependant une certaine forme
de rapport aux biens, aux autres, à l’espace, au monde, au
monde des vivants et des morts. L’expérience centrale du monde
peut se dire pour une part en celle du déracinement et du détachement.
• Contre-sens. L’approche française de familles à
partir de leur plus forte visibilité sociale (le nomadisme) et non de
leur identité culturelle (ce qui fait que l’on est manouche ou
sinti…) provoque une catégorisation chère à l’administration
et à la sociologie politique : ils sont nomades et nous sommes sédentaires.
Comme les choses sont plus complexes, la catégorisation va s’affiner
en distinguant, parmi les nomades, les « nomades-nomades », les
« nomades en voie de sédentarisation » et les « nomades
sédentarisés » ! Et depuis trente ans, avec quelques variations
sémantiques ou quantitatives, le monde du voyage est divisé en
tiers par nombre de ceux qui prétendent impulser des politiques.
L’expérience tsigane est faite de mobilité
et de sédentarité
Mais, comme l’approche est focalisée sur le nomadisme, les politiques
émergentes sont centrées sur l’accueil des nomades. Les
communes sont invitées à faire des « aires de stationnement
» (1960 à 1990) ou sont obligées d’« accueillir
» (1972-1990-2000). Mais ça ne marche pas puisque, sur les «
aires de stationnement », ce sont principalement des familles «
nomades qui se sédentarisent » qui s’installent en permanence,
sauf si l’on a trouvé le gestionnaire adéquat pour faire
le ménage au bout d’un mois, trois mois ou de l’année
scolaire. « Les voyageurs, les nomades, c’est fait pour voyager
», dixit l’administration ou les politiques, qui n’ont pas
envie de voir se fixer chez eux des populations qui se trimballent sur le dos
un peu trop d'a priori négatifs.
L’approche sociale se referme en piège : on croyait éclaircir
en catégorisant, mais l’objet a disparu et l’on s’en
étonne… Car l’expérience centrale tsigane du détachement
ne va pas sans celle de l’attachement. Pour s’en détacher,
il faut que le lieu existe avec toutes ses multiples formes d’appartenance.
Ainsi, les nomades dont on parle ou les Tsiganes dont on ne parle pas «
sont » d’un lieu, comme vous et moi. Mais nous nous sommes évertués
à ne pas le voir, à ne pas les voir et le déni est apparu,
sous la forme de la facilité et de la catégorisation, qui fait
du nomade ou du Tsigane l’illégitime du lieu puisque sa nature
est de passer. L’expérience tsigane, comme l’expérience
humaine en général, est faite de complexité et d’un
mixte : mobilité et sédentarité, nomade et sédentaire
tout à la fois. Eux comme nous. Faute de décrypter cette complexité,
les politiques d’accueil soit vouées à l’échec
puisqu’il ne s’agit pas d’accueillir des passagers ou des
étrangers du lieu, mais de prendre en compte des habitants d’une
commune, d’une région, d’un pays, avec leur forme de mobilité
particulière.
L’itinérance n’est pas errance
De ce fait, les politiques à promouvoir ne peuvent être des politiques
de stationnement ou d’accueil, mais des politiques de l’habitat.
Car les Tsiganes ou les familles qui vivent ou se déplacent avec leur
logement-caravane habitent, - ce n’est pas une révélation,
c’est du bon sens - les lieux où ils vivent, les territoires où
ils circulent. Ils habitent pour certains avec leur logement mobile, la caravane,
et pour tous de manière familiale. Et la question clef ne porte pas sur
la manière de prendre en compte des populations nomades mais sur les
manières et les moyens d’intégrer des formes particulières
d’habitat dans la diversité de l’habitat ordinaire. Et les
Plan d’occupation des sols, ou les Plans locaux d’urbanisme et le
Plan local d’habitat sont en premier concernés, comme sont concernés
en priorité les collectivités locales et non l’État
qui n'intervient que pour fixer le cadre des politiques de l’habitat.
Parler d’habitat est un risque quand le seul champ institutionnel d’analyse
est celui offert par les catégorisations existantes. Parce que, de ce
fait, l’habitat serait du coté des « nomades sédentaires
» ou des « nomades en voie de sédentarisation », alors
que l’accueil serait du coté des « nomades-nomades ».
Or, loin de s’opposer au nomadisme, l’habitat en est le cadre et
la ressource. Pour voyager, il faut habiter. L’itinérance n’est
pas errance. L’ailleurs, inséparable du nomadisme, est le lieu.
Contrairement à la pensée commune, l’habitat ne rime pas
avec sédentarisation, mais avec le couple « lieu et nomadisme »
dans lequel toutes les histoires individuelles et familiales existent.
Pour comprendre la demande de logement, et surtout la demande d’habitat,
sans errer sur de fausses pistes (la sédentarité par exemple),
l’histoire s’impose comme nécessité.
La présence des Tsiganes/Gens du Voyage en Essonne - mais nous pourrions
dire aussi en Île-de-France - se construit au XXe siècle sur trois
phénomènes ou évènements (Histoire rurale, histoire
événementielle et histoire urbaine).
L’Essonne est, dès le début du XXe siècle, d’un
coté une zone de maraîchage et de l’autre d’agriculture
intensive, demandant par à-coup un afflux important de main-d’œuvre.
Des groupes familiaux participent à cette activité rurale et s’établissent
peu à peu sur des parcelles de terrain, déplaçant ainsi
leur lieu principal de vie : de la Bretagne, de l’Indre-et-Loire, etc.
à l’Essonne. Migration rurale. Les guerres (1914 / 1918, 1939 /
1945) obligent à l’arrêt un certain nombre de familles qui
se fixent en Essonne : leur pôle d’attache glisse ainsi de la Belgique,
de la Moselle… à l’Essonne. Pour beaucoup de Gens du Voyage,
les années étaient rythmées par une alternance : la ville
l’hiver, la campagne l’été. Les portes de Paris ont
ainsi hébergé pendant des siècles des populations dont
l’économie était structurée sur cette alternance.
Les années 60-70 sont les années de grand chambardement : grands
travaux, périphérique, urbanisation… rejettent peu à
peu, de plus en plus loin de la ville, aux franges de l’agglomération,
les populations pour lesquelles la ville n’avait pas stabilisé
l’habitat. Les familles réagissent de deux manières différentes
: les unes acquièrent des terrains sur les anciennes terres de maraîchage
et rejoignent ainsi les premières arrivées, les autres se rassemblent
peu à peu en groupes de plus en plus nombreux pour arriver à s’imposer
dans un milieu urbain hostile.
L’aire collective est le substitut de l’habitat
La demande exprimée à l’association n’a jamais, en
trente ans, portée sur la réalisation d’aire collective
de séjour. Elle n’a toujours concerné que le terrain d’habitat
familial. « Avoir un bout de terrain, une cour », en location ou
propriété, en pleine ville ou en périphérie, pour
que les membres de la famille (deux à dix ménages) puissent y
poser leur logement mobile le temps de la mauvaise saison, ou plus, en fonction
des nécessités de la famille, de la santé et de l’économie.
Pour pouvoir bénéficier du confort, d’une annexe en dur
pour la cuisine et la pièce d’eau d’abord, puis pour une
chambre ou deux.
Car le monde change - pour tout le monde - et la demande en terme d’habitat
change beaucoup plus vite que le temps nécessaire à la réalisation
des projets d’habitat. Il y a vingt-cinq ans l’autocensure de tous
(acteurs et familles) ne permettait de faire émerger que la demande de
terrains familiaux sans bâti. Aujourd’hui, l’expérience
et la connaissance des uns et des autres permettent l’expression du besoin
de confort, de la nécessaire diversité de l’habitat et du
besoin de mixité sociale. La famille reste le centre de l’habitat,
même si chaque ménage souhaite de plus en plus son autonomie. En
tissu urbain, le lotissement est souvent la forme obligée de l’habitat,
mais ce lotissement est un espace familial composé de parcelles individuelles
pour chaque ménage de la famille.
La demande d’habitat familial n’est pas une demande de sédentarisation
: elle exprime une demande d’autonomie dans la gestion de son propre mode
de vie. L’aire collective de séjour assigne non seulement à
un lieu mais aussi à la différence et à la dépendance.
La demande de terrain d’habitat familial dit tout autant l'aspiration
à l’autonomie qu’à l’intégration. Il
s’offre comme une possibilité plus grande de respect.
L’expression de la demande d’aire collective et de séjour
ne s’est jamais faite à l’association que par défaut
de la prise en compte du besoin d’habitat, comme le minimum nécessaire
à la survie. L’aire collective de séjour est le substitut
de l’habitat, et non l’inverse. Elle en est le complément
nécessaire, mais seulement le complément.
Parallèlement aux études menées pour le schéma départementale
de l’Essonne par des cabinets d’étude, l’association
a proposé aux familles qui le voulaient d’exprimer leur besoin
d’habitat. 230 ménages sont sortis de l’anonymat et ont écrit
leur aspiration à un terrain d’habitat familial. Le schéma
annonce le besoin de 1100 places-caravane, ce qui veut dire le besoin d’emplacements
pour 600 ménages (deux caravanes / ménage). 40% se sont exprimés
pour un habitat familial. Et si l’on interrogeait les autres ? Et si l’on
faisait une véritable enquête sur les besoins des familles, et
non sur les besoins des collectivités locales ?
Quelques réalisations existent déjà. Il a fallu vingt ans
entre le diagnostic du besoin (1978) et le faire (1996) : lotissement de terrains
familiaux de Verrières-le-Buisson. Cinq ans pour que se concrétise
une deuxième opération (2001) : la cour Nicolle, à Breuillet.
Quatre ans pour que s’élabore la troisième (entrée
dans les lieux prévue : fin 2004 début 2005 à Brétigny
sur Orge). Et si, finalement, le véritable moteur était l’initiative
privée ? Onze terrains familiaux d’initiative publique en 2002,
trente-huit en 2005, alors qu'il y en a plus de cinq cents d’initiative
privée en Essonne.
Ainsi le véritable effort de la démarche publique
devrait aujourd’hui viser à faciliter l’accession à
la propriété et consolider l'initiative des familles à
la recherche de leur habitat grâce à :
- la reconnaissance de la caravane comme logement,
- la création d’aides à l’accession (prêts sociaux,
aides au logement),
- l’inscription obligatoire de ce mode d’habitat dans les Plans
locaux d’urbanisme.
L’histoire, l’initiative privée et l’expression
de la demande individuelle invitent à prendre d’autres chemins
que ceux parcourus jusque là, adossés essentiellement sur
l’ordre public. Il faut établir le droit commun pour tous et
faire que celui-ci s’enrichisse de la diversité culturelle.
Autoriser l’habitat pour permettre la vie sociale.
F.L.
journal de TERRITOIRES
n°435 - février 2003
> L'ARTICLE DU MOIS
DÉBAT
Instances de quartier,
« Information », « consultation », « concertation
» : une différenciation démagogique ?
Par Pierre Servain
Les différentes instances de quartier et réunions
publiques qui font la fierté des élus « concertateurs
» ne se partageraient qu’en deux catégories : celles
qui relèvent de règles implicites et non discutées,
engendrant des motivations divergentes et dysfonctionnelles des acteurs
participants, et celles, démocratiques, de participation ou de coopération.
Tout d’abord, une petite précision sémantique. J’appelle
« profanes » les participants des dispositifs type conseils
de quartier ou comités participatifs qui ne sont ni des élus,
ni des agents municipaux. Cela, premièrement parce que, dans le cadre
de la démocratie représentative, ils sont exclus du travail
politique dans chacune de ses étapes (débat, prise de décision,
exécution politiques), et deuxièmement, parce que cela m’évite
de les appeler « habitants » ou « citoyens », comme
si les élus et les agents municipaux n’en étaient pas,
eux aussi.
Les sociologues français qui travaillent sur la question ont pris
l’habitude de distinguer quatre type de démarches participatives
: « l’information », la « consultation »,
la « concertation », la « participation » ou «
coopération » (voir Territoires n°399 bis). Les élus
savent bien utiliser cette terminologie, afin de mettre un nom sur ce qu’ils
appellent de multiples « nouvelles étapes dans notre démarche
participative ».
Une distinction artificielle et démagogique
Cette distinction se base sur les objectifs explicites, officiels, des réunions
publiques. Mais, dans les faits, les participants ne se soucient guère
de ces objectifs. Aussi, une réunion « d’information »
sur un projet précis ne les empêche jamais de parler de tout autre
chose. Les élus et les agents municipaux promettent implicitement qu’ils
prennent en compte ces demandes, mais rien ne les y oblige. D’ailleurs,
ils ne peuvent pas répondre à toutes les demandes, d’abord
parce qu’ils sont limités, notamment financièrement et,
ensuite, parce que les demandes elles-mêmes sont parfois irréalistes,
non souhaitables, contradictoires entre elles. En somme, il s’agit des
mêmes règles que les réunions de « consultation »,
ou de « concertation ». Les « nouvelles étapes »
annoncées témoignent en fait le plus souvent d’une systématisation
de la même démarche. Seule la « coopération »
marque une rupture nette. Il semble que la seule utilité réelle
de faire une distinction entre les trois premiers types de démarches
participatives n’est que de donner du grain à moudre à la
communication démagogique.
Sept motivations pour aller aux réunions publiques
Je vais rester dans les trois premiers types de démarches, réunies
tout simplement sous le titre de « réunion publique ».
Les règles de fonctionnement ne diffèrent pas vraiment d’une
réunion publique à l’autre. Première observation
: elles ne sont pas débattues collectivement, elles sont majoritairement
de l’ordre de l’implicite, de l’inconscient, de l’habitude.
Ensuite, on peut se rendre compte que les élus et les agents des
services municipaux utilisent les réunions publiques selon quatre
motivations principales :
* se livrer à la lutte politicienne (« Notre parti fait mieux son
travail que les autres, nous sommes plus proches de vous » ; rarement
très poussé lors des réunions publiques elles-mêmes,
mais souvent en coulisse, à leur propos) ;
* mesurer l’opinion des profanes (écouter les degrés
et motifs de contentement ou de mécontentement, tester leurs réactions
en proposant des projets) ;
* influencer l’opinion des profanes (tenter de les convaincre d’accepter
une position politique ou, plus souvent, que les agents municipaux font
bien leur travail : à savoir, selon les responsabilités, proposer
des solutions politiques, nettoyer les rues, etc.) ;
* donner de la légitimité à leurs décisions
(une décision peut être élaborée dans la coopération,
elle peut être discutée, ou simplement évoquée.
Dans tous les cas, une décision peut être pareillement présentée,
par la suite, comme ayant acquis une légitimité démocratique
supplémentaire par son passage dans un dispositif participatif).
Remarquons que cette utilisation peut être particulièrement
dangereuse.
Les profanes ont, quant à eux, trois utilisations principales des
réunions publiques :
* agir en tant que comité de défense des usagers (les élus
et les agents municipaux sont considérés comme un service
chargé de gérer l’espace public ; les profanes peuvent
se limiter à demander de l’information, ou bien formuler des
demandes, de façon véhémente ou consensuelle) ;
* agir en tant que structure d’animation locale (pour la convivialité
de quartier, et / ou pour l’intégration sociale, par l’organisation
d’activités de solidarité et de convivialité
dans le quartier ou, plus simplement, par le partage d’un moment pendant
les réunions publiques elles-mêmes) ;
* agir en tant que tribune publique (profiter qu’il y a du monde pour
diffuser des idées et des informations : présenter son association,
ses projets, inciter les autres profanes à participer aux activités
des associations, prendre à partie l’assemblée pour
féliciter ou désavouer les élus et les agents municipaux,
se donner du poids dans un conflit local entre profanes, etc.).
Effets dysfonctionnels et conservateurs
L’aspect divers, voire contradictoire, des utilisations des réunions
publiques créent bien des quiproquos. En fait, aucune ne peut être
efficace, puisqu’elle est gênée pas les autres. Le manque
de débat collectif sur les dispositifs participatifs, de délibération
collective sur ses objectifs et règles de fonctionnement est la première
raison de leur manque d’efficacité. En effet, au moins dans
le discours, il paraît évident aujourd’hui pour la quasi-totalité
des personnes qu’il est nécessaire de créer des nouveaux
espaces de rencontre entre élus, services publics et profanes ; mais,
à regarder de près, rien n’est moins évident
que de savoir comment cela, et surtout pourquoi cela. L’argument selon
lequel les élus n’ont pas à « décider de
comment et pourquoi les profanes vont participer » ne justifie pas
que ce débat ne doive pas être organisé : de fait, il
ne se fait pas tout seul. Les aspects divers et implicites des utilisations
des réunions publiques jouent un rôle à la fois dysfonctionnel
et conservateur. Mais la première question est sans doute la suivante
: est-ce que, finalement, ça n’arrange pas tout le monde ?