La participation n’est pas spontanée.
Comment le serait-elle alors que le débat public est
si difficile à mener du fait de la crise de la représentation,
des questions d’alternances politiques sur fond de mondialisation
de l’économie ? Comment les gens, préoccupés
par leur situation économique, l’avenir bouché
des jeunes,… pourraient-ils s’occuper de Politique
alors que les partis, les syndicats, les associations, les
administrations leur semblent si éloignés ?
La question sociale se pose avec une acuité nouvelle.
Des mouvements portent avec détermination sur la scène
publique des questions fondamentales de droit, de justice,
de coopération, de solidarité. Pendant un temps,
le débat a semblé être partitionné
en deux espaces disjoints.
D’une part, une approche globale, portée par
les altermondialistes, critique et conteste l’hégémonie
de l’économie capitaliste, interpelle les États
et les institutions internationales. Les mouvements qui animent
ce renouveau politique ont diverses origines. Si les liens
qui les unissent sont à l’échelle de la
planète, leur révolte est nourrie par des luttes
locales.
D’autre part, une énergie citoyenne locale qui
s’immisce dans la gestion du territoire et dans les
méandres de la décision publique locale. La
décentralisation ayant rendu celle-ci plus visible,
les décideurs semblent être " à portée
de main ". De nombreuses sources de contestation se font
jour, elles aussi d’origines et de sensibilités
très diverses. Territoires ruraux et urbains développent
des projets, organisent des lieux où l’aménagement
du territoire comme le sens de l’action publique sont
questionnés.
Certains souhaitent, d’autres redoutent le lien entre
les deux mouvements.
Partout, en milieu rural comme dans les agglomérations,
des usagers, des habitants s’affirment non plus en sujets
mais en acteurs. La vie quotidienne fourmille d’événements
à propos desquels les citoyens sentent plus ou moins
confusément qu’ils recèlent des dysfonctionnements.
Le consommateur voudrait comprendre plus précisément
les ressorts de la grande distribution ; l’électeur
s’y retrouver dans la répartition des compétences
; l’usager de l’administration connaître
les fondements du droit auquel elle se réfère
; le salarié être en capacité d’agir
sur le positionnement de son entreprise dans le système
économique…
Quel sens donner aux valeurs, aux objectifs, aux pratiques
d’éducation populaire dans ce contexte ? L’animation
doit-elle être le bras séculier d’un pouvoir,
ou l’outil de mobilisation de contre-pouvoirs ? La logique
binaire ne convient pas. Les organisations associatives, syndicales,
para administratives se pensent-elles comme un espace de médiation
entre le politique et l’individu ?, entre l’économique
et le social ?, entre les groupes d’appartenance ? La
question n’est pas nouvelle dans le monde de l’animation.
Même si les contextes changent, l’animateur est
toujours amené à se poser la question de sa
mission, de son rapport à la commande des institutions
ou de sa hiérarchie, à la demande des personnes
et des groupes ; aux méthodes aptes à créer
de l’autonomie, de la citoyenneté ; aux fondements
politiques, sociaux, éducatifs de cette mise en mouvement.
Les contradictions institutionnelles ont de tout temps été
au cœur de cette introspection nécessaire. Aujourd’hui
comme hier, la fonction d’animation est le reflet des
contradictions politiques qui l’environnent.
Nombreuses sont actuellement les organisations qui, au contact
des territoires en mouvement, veulent infléchir la
formation des animateurs, leur statut, les filières
métiers. Les chantiers sont plus ou moins avancés
par l’Union nationale des acteurs et structures du développement
local (Unadel), dans les centres ressources politiques de
la ville, dans plusieurs unités de formation et de
recherche des universités ou dans quelques grandes
associations employeur.
Pourtant, rares sont les espaces et les temps réservés
à un approfondissement des études, dans l’action,
dans le service municipal, dans une équipe d’agents
de développement ou parmi les salariés d’une
association, qui soient au service de l’animateur et
lui permettent de prendre un peu de recul sur ses pratiques
et leurs fondements.
Le présent ouvrage se veut un guide d’accompagnement
dans l’animation des projets menés par des collectivités
locales, des associations ou des groupes de citoyens sur le
territoire local, pour lesquels la participation de la population,
d’une communauté d’appartenance plus ou
moins large, d’un groupe social déterminé
est requise en préalable ou imposée dans le
cours du déroulement de l’action.
Il se situe au croisement de deux démarches :
expliquer des notions, les distinguer les unes des autres
pour éclairer et aider à la compréhension
des mobiles de l’action ;
accompagner l’action en proposant des temps de réflexion
permettant aux acteurs de s’arrêter et de vérifier
qu’ils partagent ou non les fondements philosophiques,
politiques et sociaux du projet auquel ils participent.
Il est découpé en trois chapitres :
- le premier propose une réflexion sur le sens que
revêt aujourd’hui la question de l’animation
des projets participatifs.
- Le second invite à suivre les différents temps
de la vie d’un groupe porteur de projet.
- Dans le troisième, ce sont les situations d’animation
et les attitudes de l’animateur qui sont proposées
comme éléments de méthode.
Mais, au vu de la multiplicité des approches, la diversité
des contextes locaux, des liens entre les différents
acteurs, quelques pages ne peuvent prétendre à
l’exhaustivité des questionnements. Cela commande
au lecteur de ne pas se satisfaire des premiers pas qui lui
sont proposés ici et d’approfondir sa démarche
avec ses interlocuteurs.
Les phases, les séquences que suit un projet ne sont
jamais exactement les mêmes, dans un déroulement
et une méthode qui se confondraient avec un calendrier.
De même, la participation est un mouvement multiforme
qui a fait dire à certains animateurs locaux qu’elle
n’arrivait jamais là où on avait conçu
de la convoquer !
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